2003
THÉRAPIE FAMILIALE
D’ENNEMIS À COÉQUIPIERS
le difficile apprentissage de la coparentalité
après un divorce conflictuel
P. Gonçalves
[*]
Département de Psychiatrie
Centre de Thérapies Brèves Epinettes
Rue des Epinettes, 10
CH-1227 Carouge/Genève
A. Grimaud de vincenzi
[**]
Lors d’un divorce conflictuel, les enfants sont presque inévitablement triangulés dans la lutte entre
les parents, qu’elle soit ouverte ou faite de disqualifications sournoises du type de celles décrites par Gard~ner sous le nom de syndrome d’aliénation parentale.
Les auteurs décrivent, en prenant comme fil conducteur deux vignettes cliniques, différentes interventions
et techniques systémiques (inspirées des approches structurales, stratégiques et narratives) ayant pour but
de détrianguler l’enfant et aider les parents à constituer progressivement une équipe parentale collaborante
et fonctionnelle.
Sont particulièrement soulignés quelques pièges à éviter et la nécessité d’articuler les interventions théra~peutiques avec les tribunaux concernés.Mots-clés :
Divorce conflictuel, Enfant triangulé, Co-parentalité, Syndrome d’aliénation parentale.
In the process of a conflict~ual divorce, children are almost always caught in the triangle of their parents’ fights. This war may either open
or made of insidious disqualifications like those described by Gardner as the parental alienation syndrome.
The authors describe different interventions and techniques inspired from structural, strategic and narra~tive approaches, aiming to de-triangulate the children and help parents achieve collaboration as a func~tional parenting team.
They stress some potential traps and the need to coordinate therapeutic interventions with the courts
involved in custody decisions.Keywords :
Conflicting divorce, Child triangulation, Co-parenting, Parental alienation syndrome.
Cuando un divorcio resulta conflictivo, es casi inevitable que los hijos resulten presos en el
triángulo provocado por la lucha entre los padres, sea esta abierta o constituida de discalificaciones sola~padas, tales aquellas puestas en evidencia por Gardner y designadas por el concepto de síndrome de alie~nación parentál.
Analizando dos situaciones clínicas, los autores describen diferentes intervenciones y técnicas sistémicas
(inspiradas de consideraciones estructurales, estratégicas y narrativas) a fin de romper el triángulo que
encierra los hijos y de ayudár a los padres a constituír progresivamente un equipo parientál colaboradór y
funccionál.
Se ponen de manifiesto algunas trampas que deben ser evitadas y la necesidád de articulár las intervencio~nes terapéuticas con los tribunales responsables.Palabras claves :
Divorcio conflictivo, Hijo « triangulado», Co-parentalidad, Síndrome de alienación parentál.
Lorsqu’un divorce prend une tournure conflictuelle, chacun des ex-conjoints,
pour sauvegarder une estime de soi blessée par l’échec du projet, éventuellement
idéalisé, de couple ou de famille, se lance dans des stratégies manichéennes visant à
rendre l’autre entièrement responsable de l’échec du « rêve ».
Il ou elle va alors, plus ou moins consciemment, essayer soit de faire payer cette
blessure à l’autre, soit d’en obtenir un peu de réparation. Dans les luttes qui s’ensui~vent, liées notamment au partage du patrimoine commun, les enfants – particulière~ment investis sur le plan affectif – vont être directement impliqués. Sous l’optique
manichéenne que nous décrivions plus haut, chacun des deux va tenter de s’appro~prier le rôle du « bon parent » et de soustraire les enfants à l’influence imaginée per~nicieuse et délétère du parent perçu comme « méchant » dans cette construction du
monde propre au « temps de guerre ».
Dans ces conditions, le moindre incident relationnel ou désaccord éducatif
repéré lors des transmissions des enfants (et cela même s’il n’y a aucun contact
direct entre les parents) est vite perçu comme une violation du territoire, une attaque
personnelle ou un abus des enfants. Ces derniers sont alors les témoins de querelles
violentes et répétitives – de palier, téléphoniques ou par avocats interposés – qui ne
font qu’augmenter leur malaise et leur conflit de loyautés.
Si une guerre ouverte de ce type s’observe plutôt chez les couples parentaux qui
se considèrent comme étant « à armes égales », d’autres modalités plus sournoises se
manifestent quand un des ex-partenaires ne s’estime pas en mesure d’affronter
l’autre ouvertement.
Une stratégie de disqualifications insidieuses et subtiles peut alors se mettre en
place, dans le cadre de laquelle l’image de l’autre parent est systématiquement déva~lorisée et dénigrée aux yeux de l’enfant. Celui-ci, quotidiennement exposé à cette
logique, finit par y adhérer et se détacher peu à peu de ce « mauvais parent » avec
lequel il avait pourtant auparavant, un lien affectif significatif et de bonne qualité.
Ceci est d’autant plus facile que l’enfant est lui-même à la recherche d’un moyen
d’échapper à la torture de son conflit de loyautés : son besoin d’attachement au
parent « non-gardien » est très difficile à concilier, au quotidien, avec la nécessité de
maintenir un climat de transparence et confidentialité avec le parent avec lequel il
vit de façon plus permanente (surtout si ce dernier considère l’autre comme un
ennemi).
Richard Gardner, pédopsychiatre ayant beaucoup publié sur le vécu des enfants
face au divorce et sur les litiges autour de l’attribution de la garde (7), a décrit sous
la désignation de « syndrome d’aliénation parentale » (8) des comportements
parentaux (cf. tableau annexe) pouvant se manifester à différents niveaux de gravité
et dont les formes les plus extrêmes aboutissent à la destruction souvent irréversible
de ce qui était auparavant un bon lien avec l’autre parent.
Ces jeux de disqualification et dénigrement du parent absent sont, bien entendu,
très difficiles à neutraliser par le « parent aliéné » seul; et des thérapeutes ou des
experts non avertis ne pourront que difficilement y faire face, surtout s’ils tombent
dans des positions de « sens commun » assez fréquentes, comme :
- tenir compte uniquement de l’avis des enfants;
- laisser les parents décider seuls de ce qui pourrait être bien pour les enfants;
- se lancer sans précaution dans une thérapie familiale « classique » qui serait vite
abandonnée.
Dans un tel contexte, la neutralité du thérapeute ou de l’expert pourrait l’amener
involontairement à cautionner ce qui doit être considéré comme un véritable abus
psychologique de l’enfant.
Pour « détrianguler » le ou les enfants des conflits parentaux – ouverts ou cachés
– il faudra aider toute la famille à « déconstruire » les « solutions » relationnelles qui
sont devenues à leur tour « le problème » (13) et amener progressivement le couple
parental à construire une nouvelle « vision du monde », où le besoin de liens des
enfants avec chacun des parents, séparément, peut devenir de nouveau la priorité
dominante (3).
Selon les situations et l’évolution personnelle des thérapeutes, différentes
approches psychothérapeutiques peuvent être utiles dans ce but.
1. Approches structurales
Les approches dites structurales, conceptualisées par Salvador Minuchin,
visent à changer les interactions définissant l’organisation structurale de la famille,
afin de la rendre plus fonctionnelle. Les interventions qui s’en inspirent (10) peu~vent, tout d’abord, aider à rétablir des frontières claires entre les territoires de cha~cun des parents : les intrusions irrespectueuses dans le territoire de « l’autre », à pro~pos des divergences au niveau de sa façon de penser, de ses préférences, de son style
éducatif ou éventuellement de son nouveau partenaire affectif ou conjoint, sont
dévastatrices pour l’enfant. Ce dernier va devoir, dans ce climat, faire attention à ses
prises de position et sera contraint de choisir ses « alliances » entre deux camps
ennemis.
Le rétablissement des frontières claires va permettre l’émergence d’une accepta~tion mutuelle entre parents qui favorisera l’apprentissage par l’enfant de son droit à
avoir :
- deux espaces relationnels distincts;
- un attachement et une relation suivie avec son père et sa mère;
- une liberté de mouvements pour passer de l’un à l’autre.
La notion de hiérarchie, si chère à Minuchin et à Haley, est également de grande
utilité. En effet, tant qu’ils sont aveuglés par leur conflit, les parents ne sont pas en
mesure d’assurer une hiérarchie compétente et fonctionnelle – du moins à propos
des sujets conflictuels dont ils sont « juge et partie ». Dans ces conditions, une hié~rarchie fonctionnelle de substitution (représentée par les instances judiciaires ou de
tutelle temporaire mandatées par elles) peut être nécessaire pour assurer le respect
des priorités essentielles pour les enfants.
Cette autorité supra-parentale peut s’avérer structurellement un allié précieux
pour le thérapeute. Il pourra solliciter des parents qu’ils dépassent leurs discordes en
se fixant comme but d’arriver à un consensus agréé et entériné par l’autorité judi~ciaire qui leur restituera leur autorité hiérarchique perdue.
2. Approches stratégiques
Les approches dites stratégiques, dans la lignée de l’école milanaise, soulignent
l’interférence des configurations relationnelles du passé dans les comportements du
présent. Les stratégies thérapeutiques qui s’en inspirent (11) visent à introduire dans
cet équilibre homéostatique figé des changements qui permettent l’émergence de
solutions créatives pour les problèmes du présent. Ces interventions vont aider le
thérapeute à identifier des conflits personnels ou systémiques plus anciens, sous-jacents à l’extrême résonance (4) que la rupture conjugale (et la lutte de pouvoir qui
en découle) produit chez chacun des protagonistes. Elles peuvent aussi inspirer des
moyens pour les traiter et les neutraliser. La relation privilégiée que chaque parent
essaie d’établir avec ses enfants et la façon dont il/elle s’en sert dans une tentative
de réparation de son propre passé peut être mieux comprise à cette lumière. Le
parent concerné pourra ainsi identifier, par exemple, une relation hyperprotectrice
ou symbiotique qui interfère avec l’autonomie relationnelle de l’enfant, comme une
résonance ou une tentative de réparer une carence de son propre passé.
3. Modèle narratif
Le modèle narratif développé par Michael White (14) postule que le psychisme
humain est largement déterminé par un « récit dominant » sur soi-même et ses rela~tions avec les autres. Récit dont la force provient du fait qu’il est partagé par le sujet
concerné avec son environnement social.
Pour permettre un changement lors de situations bloquées dans un problème,
c’est au thérapeute d’aller mettre en évidence des « descriptions alternatives » non
« contaminées » par le récit officiel.
La méthode heuristique pour y arriver est un questionnement qui ne se prétend
pas neutre (« relative influence questionning ») puisqu’il est sous-tendu par une
intention bien précise : trouver des exceptions à cette description « saturée par le
problème ».
Une fois ces exceptions (« unique outcomes ») identifiées, le rôle du thérapeute
est de leur donner de la consistance, de les « épaissir » comme une mayonnaise; et
de trouver ensuite un moyen pour partager ces nouvelles descriptions avec des
membres significatifs de l’environnement social concerné.
Michael White mentionne, à ce propos, le parallélisme de sa démarche avec le
récit de l’évolution des espèces. Bateson avait souligné, en effet, (1) que les muta~tions anatomiques survenues par hasard dans une espèce ne sont maintenues que si
elles sont l’objet d’un acte de sélection et renforcement. L’utilité d’une mutation (la
longueur du cou de la girafe, la transformation des membres antérieurs des reptiles
en ailes, etc.) opérait un renforcement sélectif qui les rendait durables.
Une forme de renforcement assez original est celui proposé par David Epston,
sous forme d’écrits (5). Il utilise particulièrement des lettres qui soulignent, après
une séance, les points dominants du « récit alternatif » qui y a émergé. Ses clients
apprécient bien le caractère « durable » de ces documents qu’ils relisent ensuite à
maintes reprises.
Dans le cas d’un couple engagé dans l’escalade systémique d’une lutte de pou~voir, chacun des deux perçoit l’autre à travers une description dominée par sa mal~veillance intrinsèque, sa volonté de nuire et sa dangerosité irréversible.
Dans le contexte de ce récit, ce n’est pas étonnant que chacun veuille protéger
les enfants de celui qui est perçu comme incarnant « le mal ».
Si le thérapeute identifie dans le passé ancien ou récent des exceptions lors des~quelles les parents sont arrivés, malgré leur conflit, à avoir une vision commune sur
un point, à se montrer un minimum de respect ou à collaborer l’un avec l’autre – une
brèche s’ouvre dans cet édifice « d’hostilité irréductible à perpétuité ».
Restera le travail patient de consolider cette « description alternative ». Ceci peut
se faire d’abord en utilisant des situations relationnelles impliquant les enfants. Le
soulagement de ceux-ci, l’amélioration de leurs symptômes ou l’expression candide
– et souvent surprenante – de leur attachement aux deux parents vont constituer un
premier renforcement de ce nouveau récit.
A un niveau social plus large, la méthode des écrits d’Epston nous semble la
mieux applicable. Les rapports d’expertise et autres lettres aux instances judiciaires
– que les parents ne manqueront pas de lire et relire dans le moindre détail – consti~tuent une tribune idéale pour « officialiser » socialement la nouvelle description de
leur co-parentalité.
4. Interventions spécifiques
Finalement, les interventions spécifiquess’adressant au syndrome d’aliénation
parentale (7) s’avèrent nécessaires, en cas de présence de ce trouble, comme étape
préalable à la négociation d’un consensus parental et à l’établissement d’une équipe
parentale fonctionnelle. Ces interventions, qu’elles s’adressent au parent dit « alié~nant » ou qu’elles se fassent en collaboration avec le parent dit « aliéné » nécessitent,
dans les niveaux plus sévères du syndrome, une collaboration très étroite avec les
tribunaux dont les mesures et la menace de sanctions jouent un rôle structurant, par~fois incontournable dans la démarche.
5. Articulation avec les tribunaux
Par ailleurs, une articulation cohérente de l’action thérapeutique avec les tribu~naux, quelles que soient les circonstances, est une condition sine qua non de toute
tentative de détriangulation des enfants de la guerre des parents.
En effet, lors de l’escalade symétrique à laquelle se livrent les parents dans leurs
luttes de pouvoir (que chacun des deux perçoit, sans doute sincèrement, comme une
lutte « pour le bien de l’enfant »), le parent non gardien introduit fréquemment une
action juridique visant au changement d’attribution de la garde.
Le bien de l’enfant exigerait la poursuite d’une relation suivie avec chacun des
parents. Ceci serait le meilleur moyen pour l’aider à gérer la peine de la séparation
et le deuil d’une famille intacte comme auparavant. Or, les parents ont beaucoup de
peine à reconnaître cette priorité, aveuglés qu’ils sont par l’intensité émotionnelle
de leur conflit. Lors de cette lutte pour la garde, ils ont tendance (ainsi que leurs
avocats et parfois même les tribunaux) à négliger ce besoin essentiel des enfants
ainsi que le postulat classique qui en découle. Postulat selon lequel l’enfant devrait
être placé chez le parent qui peut mieux garantir son accès à l’autre parent ainsi
qu’aux familles élargies des deux côtés (2).
Les instances judiciaires, en raison de leur pouvoir décisionnel supra-parental,
jouent un rôle central pour sauvegarder les priorités fondamentales pour l’enfant,
que les parents ne peuvent plus voir et pour mettre un peu d’ordre hiérarchique bien~venu dans la tempête (comme on le verra dans la deuxième vignette présentée).
Mais ces mêmes instances peuvent aussi être subtilement « utilisées » par l’un ou
l’autre des parents dans ses manœuvres de lutte pour le pouvoir (ce qui illustrera
l’autre exemple clinique). Dans ces circonstances, l’absence de coordination entre
les interventions judiciaires et les experts ou thérapeutes peut rendre mutuellement
inopérantes leurs tentatives pour détrianguler l’enfant.
La clarification des besoins psychologiques des enfants soumis à la tempête
émotionnelle d’un divorce n’est pas très avantagée par le principe du débat contra~dictoire qui caractérise la justice. Les enfants, avec leurs stratégies propres pour
trouver une solution à leur conflit de loyautés, peuvent à leur tour induire parents et
tribunaux en erreur. L’un de nous, lors d’une expertise pour l’attribution de la garde,
a été confronté à une situation d’impasse juridique où deux des plus réputés avocats
d’un pays voisin étaient arrivés. En effet, l’enfant, pour sauvegarder son lien avec
chacun des parents, avait adopté à leur égard la stratégie qu’utilisent les agents
doubles faisant de l’espionnage simultanément pour deux pays en guerre. Il disait à
chacun des parents comme il était heureux en sa compagnie et malheureux chez
« l’autre ». Les parents, tous les deux assez fortunés, n’avaient pas hésité à engager
les meilleurs avocats, chacun de son côté, pour se livrer une bataille de plusieurs
années en vue de libérer l’enfant des griffes du parent cru, à tort, « méchant ».
L’expertise a permis de mettre en évidence la stratégie de l’enfant et de faire recon~naître son besoin de liens étroits avec chaque parent, à tour de rôle.
A ce titre le nouveau droit suisse du divorce a introduit dans la procédure des
dispositions permettant de mieux apprécier les intérêts psychologiques de l’enfant,
notamment par son audition, en cas de conflit, par un expert neutre.
Vignette 1
Un couple, divorcé depuis 5 ans, se dispute la garde de leur fils Martin, actuellement
âgé de 9 ans, placé dans un foyer par décision judiciaire.
Les parents, François et Sabine, se sont mariés 12 ans auparavant alors que François
était déjà père d’un grand fils de 14 ans (dont la maman ne s’était jamais occupée) et
Sabine avait de son premier mariage deux filles de 14 et 16 ans à l’époque.
Au moment du divorce, Martin est resté chez sa mère et voyait son père chaque 15 jours
et la moitié des vacances scolaires. Cette organisation avait fonctionné pendant deux
ans mais au moment où François s’installe avec une nouvelle compagne (et que simul~tanément la fille aînée de Sabine quitte sa mère pour aller vivre avec son ami) la mère de
Martin s’oppose au droit de visite du père de celui-ci. Elle dira que l’enfant s’est plaint
de violences de la part de son père et qu’il ne l’aimait plus.
Pour elle, le discours de l’enfant a réactualisé les comportements de son ex-mari à son
propre égard au moment du divorce et elle décide de le protéger en n’acceptant plus
que son père vienne le chercher pour exercer son droit de visite. Les tentatives de
François pour contacter téléphoniquement son fils ou pour faire changer son ex~femme d’avis restent vaines. De guerre lasse, et sous conseil de son avocat, il engage
une procédure contre la décision de la mère dans le cadre de laquelle une expertise
psychiatrique de celle-ci est demandée. Celle-ci étant relativement défavorable à la
mère, le juge ordonne une mesure de placement d’urgence d’une année, pendant
laquelle les deux parents peuvent visiter leur enfant seulement dans le cadre du foyer
d’hébergement. Le climat entre les deux blocs familiaux est extrêmement tendu,
Sabine et ses deux filles reprochant à François d’avoir provoqué le placement de Mar~tin qui, quant à lui, donne des signes indirects d’avoir bénéficié de ce lieu de vie
neutre puisque ses résultats scolaires s’améliorent.
Chacun des parents continue à réclamer la garde de Martin et le juge qui doit se pro~noncer sur une éventuelle prolongation du placement de l’enfant conseille aux parents
de tenter une thérapie de médiation. C’est dans ce contexte qu’ils prennent contact
avec notre Consultation pour Familles et Couples.
Premières interventions : vers la construction d’un « couloir humanitaire »
Les premiers moments du premier entretien s’avèrent très difficiles à gérer, les
conjoints réagissant très vivement chacun au moindre propos de l’autre et s’interrom~pant à tour de rôle. Nous décidons une première intervention structurale destinée à
donner de la place à chacun des deux et établir des frontières claires entre leurs
domaines divergents de point de vue. Un après l’autre, chacun des thérapeutes va
interroger le parent du même sexe, tandis que l’autre assiste derrière le miroir, avec
l’autre thérapeute, à cet entretien.
Stratégiquement, nous choisissons de commencer par le père (qui nous a paru lors des
premiers échanges plus positif à l’égard de l’ancienne relation conjugale). Il va effec~tivement tenir des propos assez validants pour les ressources maternelles de son ex~femme. Apaisée par cette reconnaissance, celle-ci va se montrer à son tour moins
blessée et défensive à l’égard du père de Martin, à qui elle reconnaît, en passant,
quelques qualités paternelles.
Cette ébauche de « description alternative » que le couple parental commence à parta~ger va être renforcé par des petites négociations visant à trouver des compromis
concernant les aspects pratiques de leurs visites alternées à Martin dans son foyer. Ce
début de collaboration est le bienvenu lorsque, peu après, le juge autorise les parents à
prendre en alternance Martin chez eux pour le week-end. Ils négocient alors, dans un
climat de bonne coopération, des changements du calendrier prévu pour les week~ends. La lettre commune, signée des deux, qui propose au juge ces changements de
date, amène, sur scène sociale, une « description » de leur couple parental où ils ne se
diabolisent plus mutuellement et se présentent comme deux parents à égalité dans
leurs droits et leurs responsabilités.
Une décision judiciaire inattendue
Quatre mois après, nous apprenons que, suite à une habile intervention de la mère
auprès du juge, celui-ci a mis fin au placement de Martin, attribuant la garde à la mère
conformément aux dispositions du jugement de divorce. A noter que cette interven~tion de la mère n’avait pas été discutée dans les séances de médiation. Ce changement
structural, face auquel les thérapeutes se trouvent complètement désarmés [1], trouble
l’équilibre égalitaire qui s’était installé jusque-là. Les entretiens entre les parents
redeviennent très conflictuels et toutes les négociations parentales se trouvent de nou~veau bloquées. Les clans maternel et paternel renforcent de nouveau l’ancienne « des~cription » du couple parental, marquée par des sentiments d’hostilité et des positions
défensives réciproques.
Nous décidons une nouvelle intervention structurale et commençons à voir Martin
alternativement avec les deux groupes familiaux auxquels l’enfant est confronté
lorsqu’il est chez sa mère et chez son père. Notre objectif, avec ceci, est de donner à
Martin le message clair de son droit à avoir des liens affectifs avec chacun de ses
parents et leur entourage et, d’autre part, utiliser les séances pour établir des frontières
claires entre les deux « clans ».
Lors des premières séances dans ce format, Martin est extrêmement agité, a un compor~tement agressif et destructeur et se montre insultant à l’égard des thérapeutes. Il se
refuse à parler et fait état d’une énorme violence qu’aucune intervention de sa mère
ou de ses demi-sœurs ne peut calmer. Nous lisons cette agitation comme un indice de
l’intensité de son conflit de loyautés. Afin d’établir des frontières nettes entre les deux
familles post-divorce, nous décrétons « solennellement » la règle selon laquelle dans
nos séances il est interdit de parler de ce qui se passe chez l’autre parent. Cette inter~vention structurale va beaucoup calmer l’enfant. Ses comportements violents et insul~tants dans les séances disparaissent et il va parler des expériences qu’il vit avec sa
mère et ses sœurs d’un côté et de l’autre de celles qu’il vit avec son père et son frère.
Un mois après, Martin demande à nous parler seul. Il ira nous confirmer sa « détrian~gulation » (malgré la persistance du conflit parental sur plusieurs fronts): ayant vu
chez son père un film de fiction où le personnage principal avait un clone, l’enfant
nous parle de son rêve d’avoir lui aussi un « clone » pour être libre d’être avec sa
maman et laisser l’autre vivre avec son papa, ou vice-versa, et qu’il serait alors bien
plus tranquille. Ce récit de Martin va nous être précieux pour faire accepter aux deux
parents comme prioritaire le besoin de leur enfant de garder un attachement suivi
avec chacun des deux.
A l’arrivée de l’été, un nouveau conflit surgit entre les parents : la mère a en effet ins~crit son fils, pour la période de vacances qui lui est dévolue, dans un camp qu’il a fort
apprécié l’année précédente. Mais le père souhaiterait un raccourcissement de ce
camp pour pouvoir emmener le petit dans une fête de famille dans sa région d’origine.
Or, la mère est très réticente à permettre ce changement de programme qu’elle estime
être « contre les intérêts de Martin ». Nous proposons à la mère un recadrage : n’a-t-il
pas déjà prouvé qu’il est capable de penser, décider pour lui-même avec son rêve du
clone ? Pourquoi sa mère devrait-elle se battre pour défendre ses intérêts au lieu de le
laisser les défendre lui-même au risque d’entrer, lui, en conflit avec son père ?
Ce recadrage structurel contient en même temps une suggestion stratégique implicite :
que la mère aspire au fond d’elle-même à être la meilleure mère possible pour son
enfant; et que de lui laisser le risque de régler ses problèmes tout seul avec son père
comporte une nouvelle définition de la relation mère/fils que l’un et l’autre sont prêts
à assumer. En accordant à son fils une autonomie dans ce secteur, la mère lâcherait
aussi l’hyperprotection avec laquelle elle essayait de réparer les abandons de son
propre passé.
Après un jour de réflexion à ce sujet, la mère finira par adhérer à cette proposition.
Nous pensons que la métaphore du clone de Martin l’a fortement aidée à faire pen~cher la balance.
Ce nouvel accord entre les parents va faire de nouveau l’objet d’une lettre conjointe
au tribunal signalant leur accord sur un changement du calendrier agendé.
Finalement, après les manifestations d’hostilité qui avaient suivi la récupération de la
garde par la mère, identifiables comme un syndrome d’aliénation parentale de degré
modéré, celui-ci s’atténue et les parents retrouvent de nouveau leur récit de coparen~talité à relative égalité.
Seconde décision judiciaire inattendue
Après 7 mois, vers la fin de l’été, un nouvel événement déstabilise de nouveau ce fra~gile équilibre. Une action en révision du droit de garde que le père avait introduit
entre temps à l’insu des thérapeutes et de son ex-femme aboutit. Martin devra donc
habiter chez son père dès la fin des vacances. Cette nouvelle est connue alors qu’il est
encore au camp de vacances.
Brutalement confronté à son conflit de loyautés, Martin réagit très mal : in extremis, il
est empêché de se défenestrer, la veille de son retour chez son père. Une intervention
pédopsychiatrique d’urgence est demandée sur place. Informés par notre collègue,
nous essayons d’organiser rapidement une rencontre avec les parents pour tirer les
leçons de ce qui vient de se passer. En cette période de crise, tenter d’obtenir la colla~boration parentale nous paraît le seul cadre susceptible d’aider Martin à intégrer le
changement de vie qui l’attend.
Malheureusement, lorsque nous rencontrons les parents, nous nous rendons compte
que la mince plate-forme de confiance réciproque qu’ils avaient pu établir au cours
des derniers mois est détruite et qu’une collaboration parentale à égalité est impos~sible dans un contexte où la mère se vit à son tour comme attaquée et perdante.
Nous constatons donc l’échec de notre intervention, face à l’impossibilité de la coor~donner avec les tribunaux concernés.
Nous pensons nous retirer en envoyant un message clair à l’autorité judiciaire sur
notre perception de la situation, mais notre conseil juridique nous signale que nous
n’avons pas le droit de le faire pour des raisons légales (pays étranger, pas de man~dat) [2]. Nous envoyons ce message par écrit aux deux parents, leur transmettant :
- nos inquiétudes sur les conséquences de la persistance de leur conflit pour leur
fils;
- notre impuissance pour les aider face à leur recours à tour de rôle à des actions
judiciaires non élaborées de façon consensuelle;
- la nécessité de la poursuite de la prise en charge pédopsychiatrique de Martin déjà
en place.
Les leçons d’un échec
Dans une perspective systémique, il est bien connu que la négligence d’un des
niveaux logiques impliqués dans un problème déterminé ne permet pas une solution
efficace de celui-ci. Des interventions conjuguées structurales stratégiques et narra~tives ont permis de détrianguler l’enfant des conflits parentaux et d’amener ceux-ci
et même les clans familiaux respectifs à arriver à une collaboration minimale dans
ce but. Cependant, l’impossibilité de coordonner nos interventions avec les tribu~naux concernés a laissé aux parents la possibilité d’utiliser ces instances dans leurs
tentatives de reprendre le contrôle d’une situation au sein de laquelle l’un ou l’autre
se sentait perdant à tour de rôle.
L’attitude des instances juridiques face aux problèmes relationnels n’est pas sans
importance.
Dans la vignette précédente, le tribunal, déjà en possession d’une expertise psy~chiatrique individuelle d’un des parents (sur demande de l’avocat de l’autre) avait
simplement conseillé aux parents – 5 ans après le divorce – de chercher une média~tion indépendante visant à concilier leurs importants désaccords.
Aucun mandat ou connexion officielle n’était établie avec les médiateurs.
Le contexte de la situation qui va suivre est assez différent. Le tribunal désigne
assez rapidement (1 an après la séparation, 6 mois après l’introduction de la
demande en divorce par l’épouse), le service psychiatrique comme expert « rela~tionnel ». Il lui donne, en effet, la mission de « faire toute constatation psychiatrique
sur la situation familiale, en particulier sur les relations parents/enfants, permettant
ensuite au tribunal de se prononcer sur l’attribution de l’autorité parentale et du droit
de visite ».
Vignette 2
L’union de Georges (économiste anglais ayant fait ses études et ses débuts à Londres)
et Nancy (infirmière d’origine écossaise) n’a pas résisté à la crise qui a suivi la nais~sance de deux enfants, peu après leur migration en Suisse.
L’hyper-investissement du mari dans sa brillante carrière et le sentiment de l’épouse
d’assumer, toute seule, les difficultés de l’éducation des enfants ont amené cette der~nière à se centrer sur ses propres ressources et à chercher des alliances à l’extérieur de la
famille (pédiatre, enseignants). Elle s’est ainsi éloignée peu à peu de Georges jusqu’à sa
décision de s’en séparer. Son mari, issu d’une famille rigide et peu affectueuse, très atta~ché aux valeurs familiales traditionnelles, a été très blessé par cette « autonomisation »
progressive de Nancy ainsi que par la menace de perte de cette famille, somme toute,
assez chaleureuse, qu’il avait réussi à fonder. Dans ce contexte, il a manifesté une jalou~sie inadaptée et des violences verbales et physiques qui n’ont contribué qu’à aggraver le
fossé entre eux, lors d’une première tentative de réconciliation.
Nancy, que la fragilité psychique de son père et le cancer de sa mère avaient contribué
à mûrir et à « parentifier » précocement, a décidé de prendre définitivement de la dis~tance vis-à-vis de son époux en divorçant afin de s’occuper seule de ses enfants,
comme elle l’avait fait jadis avec ses petits frères. Elle a même fait le projet de rentrer
en Ecosse avec eux pour reprendre son métier d’infirmière, interrompu par l’émigra~tion et la naissance de ses enfants.
Evidement, Georges s’est opposé violemment à cette perspective d’éloignement de
ses enfants et a réclamé leur garde.
- projets contradictoires et l’intensité du conflit parental n’ont pas manqué de
déstabiliser gravement les enfants. William, le cadet, se montre déprimé et replié sur
lui-même. John, l’aîné, exhibe des comportements destructeurs, violents et irrespec~tueux à l’égard de ses deux parents.
« Une mission de bons offices »
Au moment de nos premiers contacts avec la famille, la violence des interactions
entre les parents nous a amenés à les voir séparément pendant les trois premiers mois.
Tantôt chacun tout seul, tantôt avec les enfants (que nous avons également questionné
en tête-à-tête).
Ces entretiens, qui avaient pour but d’écouter et de comprendre le point de vue de
chacun des protagonistes, nous ont permis d’arriver au premier entretien conjoint
avec les deux parents avec quelques convictions assez solides que nous avons parta~gées avec eux :
- l’attachement des enfants à chacun des parents, et leur souhait de poursuivre une
relation suivie avec leur père et leur mère;
- le besoin de la fratrie de ne pas être séparée;
- l’engagement de chaque parent à œuvrer pour le bien-être psycho-affectif des
enfants.
Comme ils étaient d’accord avec ces affirmations, nous leur avons fait part de notre
vision structurale de l’expertise : chaque accord entre eux faisant, en principe, foi
devant le tribunal, nous étions fermement déterminés à en obtenir le plus grand
nombre possible. Ceci éviterait que les décisions de la justice ne fassent des perdants
et que les besoins des enfants (que les parents connaissaient mieux que personne) ne
soient négligés.
Malgré leur hostilité réciproque assez violente, les parents sont parvenus, à la fin de
cette séance à un premier set de concessions : Nancy a accepté la première d’accéder à
la demande de Georges d’élargir substantiellement son droit de visite, alors que ce
dernier s’engageait à soutenir, de toute son autorité, son ex-femme face à la rébellion,
au manque de respect et aux attaques de John, l’aîné, à son égard.
-
apport préliminaire d’expertise
- Notre premier rapport au tribunal, issu de cette séance, demandait d’entériner
l’accord des parents.
- D’un point de vue narratif, nous témoignions, devant une instance sociale signifi~cative :
- de la capacité des parents d’arriver à un consensus;
- de leur reconnaissance, par un acte clair, du besoin des deux enfants d’une
relation suivie avec chacun d’eux.
- D’un point de vue structural, en même temps, nous demandions au juge de prolonger
notre délai de dépôt d’expertise de 6 mois. Ceci nous maintiendrait dans la
position hiérarchiquement élevée d’experts le temps que nous estimions nécessaire
pour que cette « nouvelle description » de leur rôle en tant que co-équipiers
parentaux:
- se consolide chez Georges et Nancy;
- « contamine » d’autres domaines de leur futur projet de vie;
- inspire d’autres accords entre eux.
Evolution
Des entretiens réguliers avec les parents, et avec la famille en configurations diverses,
se sont poursuivis pendant les 6 mois suivants.
La vision stratégique des comportements problématiques de chaque parent, permet~tant de les lier à des expériences plus anciennes dans les familles d’origine, a facilité,
lors des entretiens, une certaine indulgence de chaque parent à l’égard des « défauts »
de l’autre, rendant les négociations moins laborieuses.
D’un point de vue structural : notre rôle d’experts nous a donné l’autorité pour arbitrer
des négociations entre les parents; ils ont pu garder globalement l’écoute des intérêts
psycho-affectifs des enfants (tels que définis auparavant) comme prioritaires.
Georges a tenu sa promesse de soutenir son ex-femme face aux problèmes de com~portement de John, notamment lors d’une crise aiguë qui a nécessité le placement
temporaire de l’enfant, auquel il a donné son accord téléphonique, alors qu’il se trou~vait à l’étranger.
Nancy a encouragé les contacts des enfants avec leur père (en acceptant notamment
des visites alternées des deux garçons à leur père, deux fois par semaine, ce qui a per~mis à chaque enfant de partager de fréquents moments seul avec chacun des deux
parents).
De négociation en négociation, les parents ont « construit » eux-mêmes les conclu~sions de l’expertise suivant notre objectif initial, mettant par ailleurs en place,
ensemble, un nouveau projet de vie, grâce à des concessions réciproques. Ainsi, ils
ont décidé de retourner tous deux vivre en Grande-Bretagne, à proximité, permettant
ainsi que les enfants puissent passer facilement de la maison de l’un à celle de l’autre.
Rassuré de ne pas perdre ses enfants, le père a accepté que Nancy, plus disponible et
plus « diplomate » avec les garçons, assure la garde. Le tribunal a entériné globale~ment leurs accords, négociés dans le cadre de l’expertise.
Sous une optique narrative, les rapports adressés au tribunal – dont nous savions
pertinemment l’importance qu’ils revêtaient pour les parents – ont, en quelque
sorte, joué le rôle des écrits de David Epston, en renforçant cette nouvelle descrip~tion des parents « comme co-équipiers collaborant pour le bien des enfants »,
patiemment construite avec eux tout au long des séances.
Après un divorce, des interventions thérapeutiques spécifiques peuvent aider les
parents :
- à reconnaître (au-delà de leurs conflits conjugaux non résolus) le besoin des
enfants à garder un lien avec chacun des deux;
- à différencier clairement leurs territoires respectifs de façon à ce que chacun offre
aux enfants un espace où la relation parent-enfant peut s’épanouir en sécurité;
- à constituer une équipe parentale capable de garantir un cadre sécurisant pour les
enfants, basé sur le respect mutuel et une collaboration souple entre eux.
Ces interventions peuvent s’inspirer de techniques structurales quand le but est
de délimiter des territoires parent-enfant distincts ou de rétablir une hiérarchie
parentale fonctionnelle. Si le climat parental reste tendu, malgré ces interventions,
le modèle stratégique fournit des outils pour s’adresser aux conflits émotionnels
sous-jacents qui bloquent le processus. Les approches narratives peuvent être égale~ment utiles, dans ce cas, pour « déconstruire » un récit manichéen des parents et les
aider à élaborer de nouvelles descriptions d’une collaboration possible, à partir de
rares moments de respect mutuel. Finalement, lors de dénigrement systématique
d’un parent pour l’autre (syndrome d’aliénation parentale), des interventions ciblées
sont nécessaires pour neutraliser cette attaque du lien parent-enfant.
Cependant, quelques précautions s’imposent pour toutes ces interventions
concernant leur articulation avec le tribunal impliqué. Celui-ci représente, en effet, le
niveau hiérarchique le plus élevé du système puisqu’il a été sollicité pour trancher les
différends du couple, et une sous-estimation de son importance risque de compro~mettre, voire d’anéantir, tous les changements obtenus dans les séances de médiation.
Si l’intervention thérapeutique est demandée lorsque le couple en séparation
conflictuelle s’engage dans une procédure de divorce, le climat de confiance néces~saire à un travail thérapeutique est inexistant. Chaque confidence peut être utilisée
par l’autre comme « munition » dans la bataille juridique. Seul, un mandat d’expert
conféré par la justice peut donner au thérapeute un « levier hiérarchique » lui donnant
une fonction d’arbitre et médiateur susceptible d’être écouté et suivi.
Dans l’impossibilité d’obtenir ces conditions, il est préférable d’opter pour un
accompagnement psychothérapeutique des enfants.
Dans d’autres situations, le divorce a déjà été prononcé et les parents consultent
pour trouver une médiation à leurs impasses conflictuelles. Il est alors imprudent de
se lancer dans une telle démarche sans clarifier complètement le mandat des théra~peutes vis-à-vis de l’instance juridique concernée. Autrement, le risque existe que,
parallèlement à la demande de médiation, le parent qui s’estime lésé s’engage à
l’insu de l’autre (et des médiateurs) dans des démarches juridiques – par exemple,
une demande de révision du jugement de divorce et de changement d’attribution de
la garde. Cette rupture de confiance et cette absence d’articulation sont d’autant plus
graves que les médiateurs sont parfois désarmés sans le rôle hiérarchique structurant
des tribunaux, notamment pour faire face aux formes plus sévères du syndrome
d’aliénation parentale. Dans ces cas, sans des mesures structurantes du tribunal pour
protéger le lien des enfants avec le parent « aliéné », ils ne peuvent rien faire pour
empêcher l’objectif du parent « aliénant » de se réaliser. La rupture définitive de la
relation des enfants avec le parent visé par cette campagne est alors pratiquement
inévitable.
Tableau I:
Comportements qui sabotent la relation entre les enfants et l’autre parent.
Tableau I: Comportements qui sabotent la relation entre les enfants et l’autre parent.
1. Refuser de passer les communications téléphoniques aux enfants.
2. Planifier toutes sortes d’activités avec les enfants durant la période où l’autre
parent doit normalement exercer son droit de visite.
3. Présenter le nouveau conjoint aux enfants comme leur nouvelle mère ou leur nou~veau père.
4. Intercepter le courrier et les paquets envoyés aux enfants.
5. Dévaloriser et injurier l’autre parent en présence des enfants.
6. Refuser d’informer l’autre parent au sujet des activités dans lesquelles les enfants
sont impliqués (match de sports, représentation théâtrale, activités scolaires...).
7. Parler d’une manière désobligeante du nouveau conjoint de l’autre parent.
8. Empêcher l’autre parent d’exercer son droit de visite.
9. « Oublier» de prévenir l’autre parent des rendez-vous importants (dentiste, méde~cin, psychologue...).
10. Impliquer son entourage (sa mère, son nouveau conjoint...) dans le lavage de cer~veau des enfants.
11. Prendre d’importantes décisions concernant les enfants sans consulter l’autre
parent (choix de la religion, choix de l’école).
12. Changer (ou essayer de changer) leur nom de famille ou leurs prénoms.
13. Empêcher l’autre parent d’avoir accès aux dossiers scolaire et/ou médical des
enfants.
14. Partir en vacances sans les enfants et les placer chez d’autres personnes que l’autre
parent, alors que celui-ci est disponible et volontaire pour s’en occuper.
15. Raconter aux enfants que les vêtements que l’autre parent leur a achetés sont laids
et leur interdire de les porter.
16. Menacer de punir les enfants s’ils appellent, écrivent ou essayent de contacter
l’autre parent de n’importe quelle façon.
17. Reprocher à l’autre parent la mauvaise conduite des enfants.
·
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[*]
Médecin associé responsable de Secteur, Hôpitaux Universitaires de Genève (département de psy~chiatrie) – thérapeute de famille AGTF/ASTHEFIS, superviseur agréé AAMFT.
[**]
Infirmière spécialisée, Consultation pour Familles et Couples, HUG (département de psychiatrie) –
thérapeute de famille AGTF/ASTHEFIS.
[1]
En effet, l’affaire est traitée dans le tribunal du pays frontalier où les parents sont domiciliés. Tra~vaillant en Suisse, ils nous ont consultés sur conseil du juge, mais celui-ci n’a émis aucun mandat à ce
sujet. Ces facteurs nous privent d’une voie officielle de collaboration avec l’instance judiciaire.
[2]
Cf. note précédente.