2003
THÉRAPIE FAMILIALE
RECENSIONS
Thérapie Familiale de l’Adolescent Anorexique
Approche systémique intégrée
Solange Cook-Darzens
Collection Psychothérapies
Edition Dunod
Paris 2002
Solange Cook-Darzens est psychologue clinicienne et travaille depuis de nom~breuses années dans le service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent
de l’hôpital Robert Debré à Paris. Elle y a développé son modèle de thérapie fami~liale intégrée qu’elle présente dans cet ouvrage remarquablement complet et délié
des querelles d’école.
Ce modèle intègre toutes les formes d’intervention adressées au patient et
s’appuie sur les ressources de la famille plutôt que sur ses déficits. Il s’agit là d’une
véritable réhabilitation de la famille de l’enfant et l’adolescent anorexique.
Après une description détaillée et critique des premières conceptualisations
familiales de l’anorexie mentale, S. Cook-Darzens se tourne vers les nouveaux
modèles écosystémiques et les modes d’approche les plus récents. En s’appuyant
sur toutes ces données et leurs tentatives de validation comme sur sa longue expé~rience clinique, l’auteur propose sa propre modélisation : « la consultation familiale
intégrée ». Au lieu de former un système thérapeutique où un intervenant est nommé
coordinateur des diverses modalités de soins plus ou moins cloisonnées, S. Cook-Darzens propose de réunir tous les acteurs thérapeutiques avec la patiente et sa
famille dans un entretien hebdomadaire. Celui-ci se déroule dans le même cadre
spatio-temporel que les autres interventions (entretien individuel avec le psychiatre
ou la diététicienne, groupe de patients, repas thérapeutiques…); il est un outil idéal
de jonction pour les membres de l’équipe entre eux et avec la famille, il permet un
travail familial élargi qui tient compte de toutes les composantes du système théra~peutique mis en place. Selon l’auteur, l’adolescente anorexique et sa famille accep~tent bien cette façon de faire qui évite les ruptures dans les cas d’hospitalisation et
qui propose un véritable partenariat à l’entourage.
Le travail familial est « intégré » et se fonde aussi sur une intégration de
diverses pratiques et théories pour élaborer un « canevas organisateur » des soins à
l’anorexique.
Celui-ci se déroule en cinq phases entremêlées, distinguées pour la clarté de
l’exposé :
- le premier travail du thérapeute familial réside dans l’évaluation du trouble ali~mentaire, des caractéristiques de l’organisation familiale autour des symptômes
anorexiques et du fonctionnement familial en général. Des guides d’entretien
spécifique aux troubles alimentaires et des échelles psychologiques sont propo~sés en annexe;
- il s’agira ensuite d’établir une alliance thérapeutique forte et
- d’offrir une guidance psychoéducative visant essentiellement à l’information et
à la déculpabilisation de la famille;
- de renforcer la fonction exécutive parentale et d’aider les membres de la famille
à se repositionner par rapport au trouble;
- enfin, de permettre une ouverture vers d’autres horizons dans une phase de thé~rapie familiale proprement dite où le patient désigné n’est plus la jeune fille ano~rexique mais bien la famille elle-même.
Outre tout cet aspect clinique, le lecteur trouvera dans cet ouvrage – qui prend
parfois les allures d’un manuel – des données et des réflexions concernant certains
domaines spécifiques rarement abordés dans la littérature comme la fratrie, l’ano~rexie prépubère, celle du garçon, les situations interculturelles, …
Enfin, l’auteur précise la signification de certains termes ou notions dans un
glossaire et propose une bibliographie détaillée qui ravira tous les lecteurs en quête
d’informations sur le sujet.
Ce livre remarquable propose une vue intégrative des théories et des pratiques
systémiques existantes qui permet à S. Cook-Darzens d’élaborer un modèle théra~peutique intéressant; il s’adresse aux professionnels de la santé mentale, aux tra~vailleurs sociaux, aux nutritionnistes, bref à tous ceux qui ont affaire aux familles et
aux troubles des conduites alimentaires.
Eveline Nivelle
Av. Astrid 91
B-1970 Wezmbeek-Oppem
C’est avec beaucoup de bonheur que nous avons parcouru l’ouvrage de Solange
Cook-Darzens.
Sa lecture rend l’appétence aux professionnels-médecins, infirmiers, kinésithé~rapeutes, diététiciens, thérapeutes – engagés dans les problématiques psychosoma~tiques complexes et les systèmes soignants multiples, de co-construire des modèles
d’intervention intégrés, de créer aussi – non seulement avec le patient mais tout
autant au sein des équipes soignantes – de nouveaux patterns cognitifs, émotionnels
et comportementaux !
Comme l’auteur le dit elle-même dans son introduction, le propos peut être qua~lifié de rigoureux, intégratif, unificateur, œuvrant à la réhabilitation de « la famille
de l’anorexique » en ouvrant le champ des vérités et approches plurielles.
Dans un premier temps, l’auteur revisite les premiers modèles familiaux de
l’anorexie mentale (Minuchin, Selvini..) pour en souligner tant la richesse des
apports théoriques et cliniques que l’écueil d’une rigidification des modes de pensée
et canevas thérapeutiques.
Elle poursuit en développant les nouveaux modèles éco-systémiques, les modé~lisations des processus psychosomatiques et les approches thérapeutiques de la nou~velle génération (approches belge, anglaise et américaine).
L’auteur montre son intérêt pour Rolland (1993-94) qui a développé un « sys~tème organisateur de données relationnelles, psychologiques et médicales com~plexes » et a rappelé sagement aux soignants, l’utilité de promouvoir des processus
sains de « coping » et d’adaptation familiale à la maladie. Cela rejoint d’ailleurs
notre expérience propre dans le traitement du diabète infantile.
Dans sa démarche diagnostique, l’auteur peut convaincre le lecteur – s’il était
encore nécessaire de le faire – du fait que toutes les familles d’anorexiques ne sont
pas dysfonctionnelles !
Les étapes et les outils sont clairement explorés :
- analyse fonctionnelle du trouble alimentaire;
- évaluation globale de l’organisation et des interactions familiales;
- qualité du réseau social;
- compétences et ressources familiales, avec l’Echelle d’Evaluation Globale du
Fonctionnement Relationnel (EFGR).
Les annexes (pp. 216-230), jointes à l’ouvrage, peuvent convaincre les cliniciens
les plus résistants du bien-fondé d’une évaluation mesurable à même d’enrichir et
de compléter leur « bon sens clinique ».
L’intérêt majeur de cet ouvrage concerne bien la conception même et le canevas
pratique d’une « consultation familiale intégrée » que l’auteur définit comme « une
prise en charge multimodale, selon des modèles thérapeutiques souples et ouverts
pouvant allier de manière simultanée ou évolutive des outils de soutien, d’informa~tion, de guidance, et de thérapie familiale plus classique. »
Pour l’avoir pratiquée pendant plus de 20 ans, nous savons que cette approche
intégrée – médicale, diététique, kinésithérapique, infirmière, thérapeutique indivi~duelle et familiale – qui réunit pour un temps dans un projet commun et sous une
forme de solidarité élastique et de partenariat, le patient, sa famille et ses soignants,
est une approche très intéressante. Les derniers développements et les applications
que l’auteur nous en fait connaître le sont particulièrement.
On constate la souplesse du modèle où peut se refuser une hospitalisation d’un
enfant pré-pubère, pour lequel cette forme de parentectomie serait jugée inadé~quate; la souplesse du modèle de l’équipe intégrée qui peut décider de se dissocier
en cours de processus pour une thérapie familiale dite classique; la souplesse du
modèle où, en fonction des besoins thérapeutiques actuels et ultérieurs de la famille,
se renégocie le contenu et la forme du quadrangle thérapeutique de Rolland !
L’auteur, inspirée notamment par Gammer et Griffith, montre sa capacité à tisser
des liens entre les sensations, émotions, cognitions, en exploitant différentes formes
métaphoriques. Elle montre aussi sa vigilance à maintenir un équilibre entre la ges~tion de trouble alimentaire et le maintien d’une trajectoire développementale nor~male, tant pour la patiente que pour les frères et sœurs, en exploitant les ressources
de la fratrie pour aider la patiente à se retribaliser, à rentrer dans la tribu, à retrouver
sa fratrie sociale.
Pour conclure et comme l’écrit ou le relate l’auteur, une vision séquentielle et
progressive du traitement familial de l’anorexie offre un canevas organisateur utile,
face à une pathologie dont la gravité symptomatique ne peut être ignorée…Les stra~tégies thérapeutiques les plus adaptées doivent être souples et éclectiques, sinon
intégrées, et doivent s’enraciner dans la conviction que toutes les familles d’ano~rexiques n’ont pas besoin de l’anorexie pour exister, mais que ces mêmes familles
doivent répondre à une crise terrible, celle d’être affrontée à une maladie mentale de
l’un de leurs membres
La richesse de cette approche ne s’adresse pas au seul traitement de l’anorexie
et/ou de l’obésité et du diabète : qu’il s’agisse des outils de la démarche diagnos~tique ou d’autres relevant du processus thérapeutique (techniques d’externalisation,
échelles subjectives, techniques d’amélioration de la communication.etc) et/ou bien
entendu « la consultation familiale intégrée », ces outils peuvent enrichir – devrions-nous dire nourrir ? – nos pratiques dans le champ psychosomatique, psycho-juri-dique et dans notre travail de réseau .
Maggy Siméon