2003
THÉRAPIE FAMILIALE
OSER LE TÉMOIGNAGE
ÉTAPES ET DIFFICULTÉS D’UNE THÉRAPIE
LE POINT DE VUE DE LA PATIENTE
ANONYME
La
reconstruction du sujet dans ses liens familiaux et sociaux est souvent un parcours douloureux et solitaire
pour l’adulte qui replonge dans une histoire de carences et de sévices.
Le travail à travers la psychothérapie systémique a constitué un étayage indispensable pour le travail cor~porel à la fois énonciateur et réparateur des maux physiques et pour les peurs métaphysiques traités dans
un autre espace. Mme T.M. fait de grands changements dans sa vie en mettant du sens sur ses maux et une
continuité dans ses liens verticaux et horizontaux (parents et sœurs) et dans son entourage social. Son
propre témoignage est exemplaire.Mots-clés :
Psychothérapie systémique individuelle, Abus sexuel, Maltraitance physique et psycholo- gique, Narration et co-construction.
The
reconstruction of a human being in his familial and social bonds is often a painful and lonely trip. Here this
adult woman came back to a story of deficiency and maltreatments.
The work with systemic psychotherapy was a memory support for the bodily work which « says» and
repairs the physical sufferings and for the metaphysical thoughts treated in another space. Mrs T.M. has
done big changes in her life putting sense on her sufferings and continuity in her vertical and horizontal
bonds (parents and sisters) and in her social surrounding. Her own testimony is very strong and important.Keywords :
Individual systemic psychotherapy, Sexual abuses, Physical and psychological maltreat- ment, Narration and co-construction.
La reconstrucción del sujeto (persona) con los lazos familiares y sociales es un camino doloroso y solitario
para el adulto que tiene una historia de carencios y de abusos sexuales.
El trabajo de psicoterapía sistémica constituyò una desarrollo indispensable en el trabajo corporal a la vez
reparador sobre el plano fìsico y metafìsico. La senora T.M. pudo efectuar cambios importantes en su vida
dando sentido a sus dolores. Asì tambien pudo reestablecer los lazos verticales (padres), horizontales (her~manos) y con el entorno social.
Su testimonio es a la vez fuerte e importante.Palabras claves :
Psicoterapía sistémica individual, Abuso sexual, Malostratos fìsicos y psychològicos, Narración y coconstrucción narrativos.
Après de nombreuses thérapies d’adultes victimes d’inceste, et plus récemment
d’enfants plus jeunes de 3 à 8 ans, le besoin de parler et de témoigner des victimes
m’a amenée à en conduire certaines à parler publiquement à la télévision ou dans les
journaux, pour d’autres à participer à des groupes de victimes. Nous savons par
ailleurs que les mots, les cris des patients sont plus justes que nos récits médiatisés
par la théorie et le lien thérapeutique. J’ai envie de donner la parole dans ce texte à
Madame T.M. qui – par ailleurs – a réalisé plusieurs projets de reconstruction dans
sa vie personnelle.
Le témoignage à travers un article ou même la publication d’un ouvrage plus
complet et plus personnel apparaît comme une possibilité d’apprentissage pour nous
aussi thérapeutes, et un échange pouvant expérimenter le respect de l’autre. Une
discussion à ce sujet avec Edith Tilmans-Ostyn m’a confirmé le bien-fondé d’une
telle démarche. Ainsi est né ce papier : « Oser le témoignage ». Je le compléterai suc~cinctement par quelques explications sur le processus thérapeutique.
Madame T.M. est venue avec une demande de psychothérapie. Elle est à la fois
victime de maltraitances physiques et psychologiques de la part de sa mère pendant
l’enfance et l’adolescence; et d’abus sexuels répétés du père, accompagné parfois
d’autres hommes, pendant son enfance. Ces abus sont restés secrets jusqu’alors,
dans son entourage familial et social. Elle présente également des tics qui sont appa~rus au moment des premiers abus.
Nous avons travaillé les flash-back post-traumatiques en début de traitement : en
effet, elle souffrait de nombreux cauchemars, de crises d’angoisse, de graves
troubles du sommeil, de remémorations de scènes de viol par son père seul et puis
avec d’autres hommes, de moments d’alcoolisation et de violence (disputes conju~gales, bouteilles de vin brisées). Elle présentait des plaintes somatiques : troubles
digestifs, douleurs cervicales, hémorragie génitale importante, qui ont cédé avec le
travail thérapeutique.
Les tics apparus dès l’âge de 5 ans semblent liés à ces graves traumatismes : le
secret de l’abus sexuel incestueux et les attitudes de rejet, les manipulations psycho-logiques, les chantages au suicide de la mère. Nous avons travaillé le développe~ment de mécanismes d’emprise maternelle associés aux violences physiques (gifles)
et psychologiques (rejet, manipulation, interdits abusifs).
Le recours aux métaphores a permis à Madame T.M. de représenter immédiate~ment son père sous la forme d’un cochon et sa mère d’une araignée. Elle les dessine
ainsi à plusieurs reprises, après des nuits d’angoisse et de rage. Madame T.M. a rédigé
de nombreux textes et des poèmes qui reflètent son travail personnel et son évolution
tout au long de la thérapie.
Enfin vint le procès symbolique, nécessaire. Il fut mis en scène grâce à des figu~rines sculptées. Sont représentés le père, la mère, le prêtre – qui a maintenu envers
et contre tout, assurément, le bien-fondé de ce lien conjugal et parental, et que
Madame T.M. accuse profondément –, le grand-père maternel comme personne res~source, la patiente, sous la forme d’une petite fille apeurée et effrayée et enfin la thé~rapeute, en tant que témoin. Il s’agit bien d’un procès imaginaire dans lequel le rôle
du thérapeute aide avant tout à l’identification « indignée » (cf. Martine Nisse) des
abus, à la tentative de réparation et de reconstruction. Les parents sont décédés
depuis longtemps. Le thérapeute occupe une double position de témoin et de théra~peute, dans un espace-temps réduit, accompagnant le processus avec l’adjonction
d’un congé maladie de plusieurs mois.
En effet, Madame T.M. a développé une dépression importante. Seules ses res~sources et l’accompagnement d’une amie, de deux sœurs, venues deux fois en
consultation de Belgique, du prêtre accompagnant Madame T.M., ont permis d’évi~ter une hospitalisation en milieu psychiatrique.
Madame T.M. se sentait enfermée, prisonnière, comme dans une cage de verre, à
la fois isolée et cachée de tous, enfermée et en même temps à la vue de tous les abu~seurs, dans son état de petite fille de cinq ans – et peut-être plus jeune, docile et
naïve. Emprisonnée dans son secret et envahie de honte, elle se représentait aussi
comme un visage de larmes, comme un corps fœtal, enfoui sous la terre, recouvert
de fleurs, comme prisonnière vivante dans une tombe. Larmes, pleurs et cris étouf~fés ne peuvent arriver à la surface ni au regard des adultes, encore moins à sa mère,
enfermée dans sa propre souffrance de femme et dans sa folie.
La thérapie se poursuit également, selon les données de l’éthique relationnelle de
Boszormenyi-Nagy : reconnaissance des faits destructeurs, des finalités, des mouve~ments d’échange actuels. Je garde à la maison la mise en scène du procès tout le
temps nécessaire à Madame T.M. pour retrouver des projets de vie, sortir de la rage
destructrice, de l’épuisement physique et psychique, des larmes et de l’envie de mou~rir, jusqu’à ce que nous décidions qu’elle enterre ces personnages. Ceci devient une
figuration d’une possible réconciliation avec ses deux parents. Le travail s’avère
quand même un peu plus aisé à l’égard de la mère, plus hésitant et plus ambivalent
avec le père. Les figurines sont enterrées dans le jardin du monastère, où Madame
T.M. a vécu de nombreuses années.
La mise d’une plaque mortuaire pour les deux parents jusqu’alors absente sera
envisagée par la suite par l’une des sœurs.
L’éthique relationnelle de Boszormenyi-Nagy a orienté cette thérapie. Il s’agit
avant tout d’écouter avec attention et de reconnaître les faits vécus par la patiente.
Les parents contractent des dettes importantes à l’égard de l’enfant-victime qui
cache et tait sa souffrance, doute d’elle-même, des autres et même de ce qui s’est
passé. Ses mérites d’enfant parentifiée, discrète, raisonnable, brillante en classe,
comme son souci de protection de sa mère malade et inadéquate, à travers ses ran~cœurs, ses amertumes et sa violence, ne sont pas pris en compte.
Par ailleurs, la thérapie est caractérisée par des choix existentiels importants, par
la rencontre de la patiente avec le médecin de famille des parents retrouvé qui a
confirmé les pathologies parentales. Les problèmes de la foi, de la révolte et des
doutes face aux abus, aux injustices et à la souffrance, ne relevaient pas de ma com~pétence; ils ont été régulièrement renvoyés auprès d’accompagnateurs de l’église
catholique dans le monastère.
Sortir du secret, exister à visage découvert, affronter la vie quotidienne, le regard
de son entourage comme son propre regard, témoigner de manière circonstanciée,
sont devenues des nécessités élaborées, réfléchies, accompagnant les nouveaux pro~jets de vie et de travail de Madame T.M. Nous nous sommes revues pour quelques
rendez-vous plusieurs mois après la fin de la thérapie. Transformation et métamor~phose, pourraient qualifier ce dernier cheminement, bien au-delà de la thérapie, et se
concrétiser dans ce récit partagé.
Je lui laisse la parole.
Entre novembre 96 et novembre 98, j’ai vécu une thérapie avec une psychiatre
du CERFASY (Centre de Recherches Familiales et Systémiques) à Neuchâtel.
L’article qui suit est un essai de synthèse de mon expérience.
1. Ma situation familiale
a) Mes parents
Mon père :
- Famille nombreuse (8 enfants).
- Père marchand de vin.
- Mère à la maison, très religieuse, bigote même.
- Un fils et 2 filles dans les Ordres.
- Problèmes d’alcool chez plusieurs des enfants.
- Problèmes sexuels aussi. Homosexualité chez certains, permissivité chez
d’autres.
- Fait un essai de séminaire qu’il doit quitter pour des raisons que j’ignore,
probablement homosexualité.
- Employé de bureau dans un charbonnage puis dans une verrerie.
Ma mère :
- Aînée de 2 filles.
- Père, cadre (direction ?) dans un charbonnage, milieu bourgeois, catholique,
très autoritaire.
- Mère couturière, à la maison.
- Née au début de la Première Guerre (1914), ne pardonnera jamais à son père
de l’avoir appelée « Germaine ». Vit une relation très difficile avec lui, n’ose
pas, à 50 ans, lui dire qu’elle a acheté un frigo pour la famille.
- Souhaite la vie religieuse mais se fait dire plusieurs fois que ce n’est pas pour
elle.
- Scrupuleuse à l’excès, angoissée, possessive, exigeante et jamais contente.
- Musicienne, professeur de piano.
b) Notre famille
- Mariage arrangé par des gens d’Eglise afin de régler les problèmes de mon
père.
- Il a 35 ans, ma mère 31. Elle ignore tout de la situation et la découvre une fois
mariée.
- Naissance de trois filles, (en 1946,48,52) je suis la deuxième.
- La troisième naît après que mon père ait fait de la prison pour pédophilie. Un
prêtre (arrangeur du mariage) rappelle à ma mère qu’elle est mariée pour le
meilleur et pour le pire et qu’elle doit reprendre son mari et montrer qu’elle
l’a repris, donc faire un enfant.
- Déménagement à chaque naissance, au gré des mises à la porte de mon père
(?). Jusqu’à sa mort ma mère aura la bougeotte : déplacement régulier de tous
les meubles, changement de lieu. Toujours elle aura l’impression que « ça irait
mieux ailleurs ou autrement ».
- J’apprendrai il y a peu qu’elle était une désaxée mentale victime de son
mariage avec un pervers (alcoolique, homosexuel, pédophile).
- A cause d’elle, notre vie était un enfer. Dépressive chronique, elle maniait
habilement le chantage. Toujours à la limite de l’overdose de médicaments
en tous genres, elle se réfugie dans le sommeil à chaque difficulté. Sommeil
artificiel, bien sûr, et rechargé plusieurs fois par nuit ... ou par jour. Il lui
arrive de dormir plusieurs jours d’affilée et de ne pas s’en souvenir.
- Papa était un faible, un mou, mais il était gentil avec nous. En fait, il fut la
seule source d’un peu de chaleur et de tendresse.
- Très peu d’amis à la maison; ma mère avait rompu presque tous les liens
après son mariage.
- Pratiquement aucun contact avec la famille paternelle, mais famille mater~nelle très proche et ingérante. Par ses relations, mon grand-père avait placé
mon père en « liberté surveillée » chez un de ses amis.
- Jamais de copains ou copines à la maison. Il ne fallait aimer que maman (qui
ignorait la tendresse), ne faire de confidences qu’à elle. Pas de nounours à
qui murmurer des secrets comme disait la chanson (que maman ne supportait
pas !). Culpabilité permanente de ne pas l’aimer.
- Pas de mouvements de jeunesse en-dehors de l’école.
- Tous les dimanches après-midi : ma mère joue du piano et nous lisons, tous
réunis au salon.
- Apparemment, nous formons une « belle famille » où tout le monde s’entend
bien. Sauver la face et faire « comme si » est devenu un réflexe.
- Ils sont décédés tous les deux subitement en 79 et 81. Je ne les ai pas pleurés.
2. Ma situation personnelle
- Aucun souvenir de la petite enfance, ma vie semble commencer vers 6 ou 7 ans.
- Depuis très petite, j’ai des tics. Impossible de savoir quand ils ont com~mencé. Ma mère me traîne de médecin en médecin, jusqu’à une psychologue
qui lui dit que j’ai peur d’elle. Ce qui est vrai. Tous les moyens sont bons
pour ne pas me trouver en face d’elle ou trop proche. Elle n’hésite pas à me
faire des remarques même en public et à me frapper si ça l’énerve trop. Sen~timent permanent de peur, plus culpabilité de ne pas être à la hauteur de ce
qu’elle veut et de ne pas pouvoir la satisfaire.
- Dans ses crises de dépression, je passe des heures au pied de son lit à l’écou~ter se plaindre et dire qu’on ne l’aime pas, que si on l’aimait on ne lui ferait
pas de peine... Tout ça pour des broutilles du genre de l’achat d’une bague
fantaisie qui ne lui plaisait pas.
- Pendant l’adolescence et la jeunesse, ma mère m’utilise comme courroie de
transmission avec mon grand-père quand elle n’ose pas l’affronter elle-même.
- Humanités classiques sans problèmes majeurs puis école normale primaire,
deux ans en internat. Enfin hors de la famille, le paradis !
- Cinq ans d’enseignement très heureux mais en habitant à la maison et en
essayant de gérer les tensions entre père et mère.
- Deux essais de fréquentations, rompues en partie à cause de ma mère, puis
décision d’entrer au monastère. Ce n’est pas un coup de tête, j’y pense depuis
longtemps. Ma mère s’y oppose farouchement mais je tiens bon. Mon père
ne dit rien comme d’habitude. Départ de la Belgique pour la Suisse. (J’y suis
seule, toute ma famille vit en Belgique). C’était en 1973.
- Avant de quitter la maison, première tentative de libération pour mes der~nières vacances. Maman devait venir avec nous et, peu avant, se met à pleu~rer en disant qu’elle ne le supportera pas, c’est comme un enterrement ! Aus~sitôt, je téléphone à une amie qui est ravie de prendre la place libre. Ce seront
enfin des vraies vacances un peu folles ! Mais, bien avant le retour, toute
l’équipe se tend dans la peur des retrouvailles. Nous avons osé être heureux
sans « elle ».
- Les premières années au monastère se passent bien, la responsable de forma~tion a su me comprendre et c’est la première qui entend le récit du cauchemar
familial.
- En 1983, à la suite de difficultés relationnelles en communauté, début d’un
accompagnement personnel PRH (Personnalité-Relations Humaines). Tra~vail qui me permet de comprendre les problèmes – liés à maman, bien sûr –,
de prendre de la distance et de vivre plus harmonieusement. En entretien, je
ne parle jamais de mon père. Mon accompagnatrice me le fait plusieurs fois
remarquer. C’est vrai, mais il était tellement inconsistant que je ne voyais pas
quoi dire de lui.
- Ma communauté est composée actuellement de 35 membres, j’y suis respon~sable de la liturgie, du chant et je suis assistante de la supérieure. Mon travail
m’a fait passer de la blanchisserie à l’administration puis, de nouveau, à la
blanchisserie.
- En 96, travail psychologique et quête spirituelle m’ayant affermie, je me sen~tais bien. C’est sur ce paysage intérieur qu’est venue se greffer ce que j’ai
appelé la découverte d’un « cadavre » dans mon placard et, à sa suite, la
nécessité d’une thérapie d’intégration.
1. Le temps du doute – avril à novembre 1996
Parce que je me sentais bien, j’ai décidé d’améliorer ma direction chorale (je
dirige depuis longtemps le chœur de la communauté). Ce travail m’a amenée à
reprendre conscience de blocages physiques qui ne me gênaient pas trop mais
étaient là.
Je suis arrivée à découvrir qu’il y avait quelque chose que je ne pouvais ou ne
voulais pas voir et que j’utilisais maman comme paravent. Elle avait bon dos.
Toutes les difficultés lui étaient attribuées.
J’ai senti combien était profond le trou de ma mémoire.
A cette période aussi, début d’une longue série de massages. Complément très
utile tout au long de la thérapie puisque ma mémoire ne s’est pas éveillée, mais que
mon corps a progressivement livré la sienne par des sensations, des rêves, des
images.
C’est l’époque d’une profonde solitude. Impossible de parler autour de moi de
ce que je vis. Je retrouve le vieux tabou familial du silence. Des vagues de tristesse
me submergent brusquement. Et je vis dans la peur de me tromper : si j’étais en train
de salir papa, même en pensée ? Des mots me viennent de je ne sais où, qui parlent
de sang, de sperme, de blessure, de saleté, de honte. J’ai l’impression de sentir mau~vais et dans un massage, une sensation s’est éveillée, d’un « après » quelque chose
où je suis abandonnée, jambes écartées, chemise de nuit relevée.
C’est alors que je décide de ne plus bricoler et de m’adresser à quelqu’un de spé~cialisé.
Ayant obtenu l’adresse du CERFASY à Neuchâtel, j’y prends rendez-vous avec
la Doctoresse Goubier-Boula.
Le 2 novembre, première rencontre. Après une heure et demie d’entretien, ayant
lu ce que j’ai écrit et entendu les diverses réactions ou sensations qui m’habitent, la
doctoresse me confirme : il y a réellement eu quelque chose avec mon père, quand
j’était très petite sans doute.
Mes sentiments sont doubles : soulagement parce que quelqu’un de compétent
me dit que je ne me trompe pas et souffrance de devoir admettre une vérité contre
laquelle je luttais : mon père m’a fait ça !
2. Le temps de la vérité – Novembre 1996 à juin 1997
Commence alors une étape particulièrement douloureuse, celle de la découverte
progressive de la vérité. Les souvenirs ne vont pas me revenir, ma mémoire reste
obstinément silencieuse, mais mon corps commence à se dire. Il sait, lui, il a tout
enregistré, tout gardé.
Les massages réguliers et la parole en entretien m’ouvrent les portes. Celle du
rêve est la plus forte au début.
La réalité des faits s’y découvre dans le poids si lourd sur moi et dans le souffle
de papa à mon oreille quand il me dit : « Ma petite chérie je t’aime, mais chut, il ne
faut pas réveiller Marie Françoise. » (C’est ma grande sœur qui dort vraisemblable~ment dans le lit voisin).
Un autre rêve va identifier papa à un cochon que je devrais être bien contente de
« satisfaire ». Je ne pourrai plus lui donner d’autre figure à partir de là.
Puis, c’est l’image d’une araignée, représentation de ma mère : son omnipré~sence, sa surveillance, ses jugements, sa méchanceté même.
Après deux mois de thérapie, je n’en peux déjà plus. La vie en communauté nom~breuse a des contraintes et je dois continuellement prendre sur moi pour faire bonne
figure et assumer mes tâches. Un rien me fait pleurer, je voudrais laisser venir tout ce
qui veut se dire en moi mais c’est impossible dans le contexte communautaire. Il me
faut partir un certain temps pour me donner l’espace de vie nécessaire et pour souf~fler. Un mois à Montana. Mes deux sœurs viennent m’y rejoindre pour un week-end
et nous allons ensemble à un de mes entretiens. Mes deux sœurs seront très présentes
durant toute la thérapie, attentives et disponibles malgré l’éloignement.
Le sentiment dominant de cette période est, de nouveau, la solitude, même
quand mes sœurs sont là. Il pourrait y avoir plein de monde et tous les amis pos~sibles, on est seul dans sa peau de souffrance et personne ne peut nous rejoindre
dans cet abîme. Une peluche, offerte par mes sœurs, me rend bien service. Elle peut
tout entendre et rien ne la choque, la serrer dans mes bras, pleurer sur elle et même
dormir avec me fait du bien. Période de régression qui permet à l’enfant en moi
d’affleurer.
L’écriture a toujours été mon mode d’expression, je m’y sens à l’aise, mais cette
fois, elle ne suffit plus. Le besoin se fait impérieux de dessiner.
Commence alors une série de dessins très figuratifs où je peux exprimer mon
enfermement et ma solitude. Je lutte avec la concrétisation du cochon. Dans un pre~mier temps il apparaît mais pour être recouvert par l’araignée. C’est bien ce qui s’est
passé, ma mère a eu tellement d’emprise qu’elle a tout couvert et effacé. Enfin vient
l’image très dure du cochon à l’œuvre. En parallèle du dessin, l’écriture pour cra~cher ma souffrance et crier ma révolte.
Je continuerai à dessiner pendant un certain temps chaque fois qu’une image
s’éveillera en moi. La dernière – et la plus terrible – me laissera complètement écor~chée. Contre celle-là, j’ai lutté pendant plusieurs jours, je ne voulais pas la voir. Je
finis toutefois par laisser émerger la réalité du viol collectif. C’est plus que je ne
peux en supporter, tout mon être se révolte et crie sa souffrance. La vie communau~taire ne me facilite pas la tâche, mais sans doute ses contraintes m’ont-elles empê~chée de m’effondrer. Elles m’ont toutefois sapé beaucoup d’énergie.
Pendant cette période, avec l’aide d’une de mes sœurs particulièrement, je vais
chercher tout ce qu’il est possible d’apprendre sur notre histoire familiale. Une
tante, des amies de maman et finalement son médecin à la retraite, viendront confir~mer chacun selon leurs possibilités les découvertes que je fais. C’est du médecin
que j’apprendrai le verdict redoutable : mon père était un pervers.
3. Le temps de la justice – été 1997
Se reconnaître victime est une chose, recevoir justice en est une autre. Pour ce
qui me concerne, le temps réel en est largement passé. Mon père est mort, il y a
prescription depuis longtemps. Pourtant je sens très fort la nécessité de me rendre
justice, de me reconnaître victime et non coupable.
Je choisis le moyen de la figuration et modèle des figurines représentant les dif~férents acteurs de mon histoire. J’y ajoute un juge puisqu’il y a une sentence à
rendre, mais pas d’avocat. Chacun se défendra lui-même. Je refuse tout personnage
qui pourrait interférer sur moi d’une façon ou d’un autre et me priver ainsi d’une
part de mon histoire. C’est ma souffrance et je veux aller jusqu’au bout. Sur conseil
de la Doctoresse, je prends quand même une figure extérieure qui n’a pas droit à la
parole mais dont la présence me soutient et m’encourage.
Les personnages interviennent les uns après les autres, puis à plusieurs ou tous
ensemble et j’enregistre les débats. Je veux que rien ne se perde de ce que je peux
enfin exprimer à haute voix. La charge émotionnelle est terrible et épuisante, c’est
toute une tranche de vie qui revient et, une fois de plus, dans la solitude. Personne ne
peut entrer dans le secret de ce que j’ai vécu et qui, enfin, se dit.
Au terme des débats, la culpabilité de tous les adultes en scène est reconnue et
déclarée.
C’est un pas important même si je ne sais pas bien sur quoi il va déboucher.
Cette étape se terminera par un nouveau séjour de repos à l’extérieur de la com~munauté pour cause d’épuisement total. Pendant ce séjour, je pourrai modeler un
nouveau personnage qui symbolisera l’intégration : moi et moi. Moi, adulte, mar~chant avec moi, enfant. Deux personnes en une seule, deux réalités à faire vivre en
harmonie. L’adulte en moi a accepté l’enfant blessée et l’aide à faire son chemin de
guérison.
Cette période est aussi celle d’une restauration du corps. J’en prends soin, je le
ménage et je suis à son écoute.
4. Le temps du deuil – été-hiver 1998
Mes figurines sont restées longtemps en dépôt (ou en repos ?) chez la Docto~resse. Mais commence une nouvelle étape pour laquelle j’en ai besoin.
Le temps est venu de tourner la page, de laisser le passé reprendre sa place et de
vivre au présent.
Pour ça, il me faut enterrer. Il faut préciser que les parents n’ont pas eu droit à
une pierre tombale avec leur nom. Rien que la terre, aucun signe distinctif, même
pas une croix alors qu’ils étaient croyants ... et nous aussi ! C’était notre façon à
nous de nous désintéresser d’eux qui n’avaient pris que trop de place dans notre vie.
Ce n’était même pas voulu, c’était ainsi, nous avions d’autres chats à fouetter.
Maintenant le besoin se précise de leur redonner une identité et de les quitter
consciemment.
Le combat est rude pour ne pas m’enterrer avec eux ou leur donner encore du
pouvoir dans la mort. Finalement je ne peux faire le chemin que pour maman. Après
avoir fabriqué moi-même un cercueil, j’y mets la figurine et je l’amène en toute dis~crétion à une célébration communautaire car je sens qu’il faut aller au bout des rites,
puis, je l’enterre dans un petit coin de notre cimetière. Je lui ai fait une pierre tom~bale avec son nom, ses dates et mon souhait de paix eu égard à sa souffrance à elle.
Je découvre dans cette période combien le pardon est long à faire, combien il est
inutile de le vouloir de volonté pure. Je sens qu’il faut seulement s’y ouvrir, s’y
rendre disponible pour que la vie fasse son chemin.
Cette étape n’est donc pas finie, elle reste ouverte et les signes viennent d’ouver~ture et d’apaisement face à papa.
5. Le temps du choix – 1999
L’année 99 me laisse le souvenir d’une époque très difficile. Des questions fon~damentales m’habitent et m’agitent : Que faire de Dieu ? Comment vivre avec lui ?
Jusqu’où et comment réengager ma vie dans le choix que j’ai fait si ma relation à
Dieu est branlante ?
C’est un va-et-vient intérieur entre le doute et la confiance qui m’amène en
décembre 99, à demander d’être déchargée de mes responsabilités communautaires.
Je veux pouvoir aller au bout de mon chemin sans toujours porter une « casquette »
qui me mette sur le devant de la scène.
En février 2000, je découvre une réalité fondamentale : Dieu existe en dehors du
couvent et il ne me demande pas d’y rester pour me détruire. C’est une immense
libération intérieure qui m’amène à prendre la décision de quitter la communauté.
Ce choix, je le fais dans une paix que je n’ai jamais connue auparavant. Tous mes
engagements avaient été faits dans l’angoisse.
En mai je quitte la communauté et suis accueillie chez des amis. En juin, j’ai
enfin mon « chez moi », en août je commence à travailler.
Ma décision a été un grand choc pour les sœurs de ma communauté et j’ai dû
assumer leur peine. Mais, pour une fois, j’ai pu choisir ce qui était vraiment bon
pour moi sans me laisser dérouter par la réaction des autres.
Ma réinsertion s’est faite en douceur, sans difficultés et elle m’a renforcée dans
ma conviction que j’ai fait les bons choix au bon moment.
Je poursuis le chemin de pardon avec papa. Je peux lui parler, lui demander son
aide et croire à un amour qu’il n’a pas su me dire jadis.
Il y a bientôt trois ans que j’ai changé d’orientation et je suis de plus en plus cer~taine que j’ai fait le bon choix.
1. Expression en thérapie
La possibilité d’exprimer ce que je portais en moi a été vitale pendant toute la
thérapie.
Entrer dans cette démarche demande de poser un acte de confiance en soi-même.
Or, ce n’est pas ce dont on déborde en pareille situation !
C’est vouloir croire que j’ai en moi les moyens de guérison. La thérapie est
importante, parce qu’elle est le regard extérieur et le lieu sécurisant de parole, mais,
expérience faite, elle a besoin de compléments.
Et une certitude jaillit très vite : personne ne pourra faire le travail à ma place. A
moi donc de trouver les moyens qui m’aideront et de me laisser devenir inventive.
Ecrire m’a longtemps suffi, mais quand le besoin s’est fait sentir d’autre chose,
je l’ai saisi. J’ai dû lutter là contre mon habitude du « parfait » ou du moins de
« l’artistiquement correct ». Le but n’est pas l’œuvre d’art mais l’expression d’une
image ou de sensations profondément enfouies en moi et que le dessin, la couleur
allaient laisser surgir.
Et quand il s’est agi de faire le procès, c’est spontanément que la terre et le
modelage se sont présentés. Là encore, pas d’œuvres d’art mais une confiance à la
vie qui veut se dire.
J’ai découvert dans ces deux étapes du dessin et du modelage l’importance de la
couleur. Le rouge, le gris, le noir, couleurs de souffrance et de mort. Le bleu, le
jaune, couleurs de vie ou d’ignorance. Et quand je me suis peinte au fond de mon
trou, comme au fond de ma tombe, et que j’ai spontanément mis plein de petites
fleurs à la surface, j’ai compris combien grande était ma capacité de sauver la face.
Quand s’est révélé mon espace intérieur plein de cadavres en décomposition, j’ai su
qu’il était temps de faire de l’ordre jusqu’au fond.
Mes figurines, elles, m’ont aussi beaucoup révélé. Maman était incapable de
tenir sur ses pieds, j’ai dû lui faire un socle. J’ai découvert par après l’importance
des mains des personnages. Certains, comme maman, n’en avaient tout simplement
pas. Mon grand-père les avait derrière le dos et moi, dans les poches ! Leur forme,
leur expression me révélaient des aspects des personnes auxquels je n’aurais pas pu
être attentive si je ne les avais pas vus.
Et l’enregistrement du procès qui m’a permis de verbaliser tout ce qui avait été
tu, a ouvert encore une autre porte.
A travers ces différentes expériences, je vérifie qu’il est important de visualiser,
d’entendre, de lire, de prendre à pleine main le vécu douloureux.
Pour toutes ces démarches, j’ai agi en solitude.
Une autre voie fut celle des massages dont j’ai déjà parlé. Dispensés régulière~ment, par une personne formée et sûre, envers qui la confiance est acquise, ils sont
un complément efficace de la thérapie. Ils aident le corps à se libérer de ce qu’il
retient. La douleur dans le bas-ventre manifestée pendant certaines séances, le
besoin de masser l’une ou l’autre partie du corps, la nécessité urgente d’abandonner
ma tête dans des mains sûres, ont été des moyens de comprendre ce qui se passait
dans l’entièreté de mon être. Ce que la thérapie peut avoir d’intellectuel, le massage
le compense et le complète.
La lecture, notamment des livres d’Alice Miller
[2], m’a aussi permis de comprendre
ce que je vivais.
2. Thérapie et relation à Dieu
Malgré, et peut-être, à cause de mon état religieux, j’ai apprécié une thérapie qui
ne mélange pas spirituel et psychologique. Les deux sont en lien, bien sûr, loin de
moi de le nier, mais je devais aller au bout de ma réflexion sans me sentir enfermée
dans l’aspect spirituel de ma vie.
Il est bien évident qu’on ne sort pas indemne d’un tel chemin. Et Dieu y a été
bien bousculé. Mon image de Dieu s’est effondrée quand j’ai découvert la réalité du
viol collectif. Que faisait Dieu à ce moment-là ? Je ne pouvais admettre qu’il ait
laissé faire « ça », je me sentais trahie parce que je l’avais cru toujours à mes côtés.
J’ai donc pris mes distances par rapport à lui, je l’ai rejeté, je l’ai combattu. Toujours
dans la discrétion des manifestations extérieures vu mon milieu de vie et mon refus
de choquer des personnes qui n’étaient pas concernées.
Passage très onéreux à tous points de vue où la solitude se fait à nouveau sentir
fortement. Mais si je voulais être fidèle à moi-même, je devais prendre le risque
d’aller au bout de moi-même, quitte à y perdre Dieu. Je sentais bien, confusément,
que ce ne serait jamais qu’un faux dieu que je perdrais.
C’est un rude combat. Je l’ai mené jusqu’à l’usure, j’ai tiré toutes mes car~touches. A un certain moment, je crois que la dignité est dans le combat.
Et j’en suis arrivée à me sentir libre devant Dieu et femme, sortant enfin de la
petite-fille-toujours-coupable. Ce chemin, je ne l’ai pas fait seule, j’ai eu la chance
immense d’être accompagnée par un prêtre de très grande valeur qui a su faire
confiance à la vie en moi et prendre sa part de la thérapie. J’ai ainsi pu mener de
front spirituel et psychologique mais en ne fusionnant pas, en donnant à chacun sa
place.
Je pense que c’est un aspect presque incontournable de la thérapie, même s’il
n’est pas souvent mis en relief, parce que chacun (du moins de ma génération,)
traîne des images de Dieu qui génèrent et entretiennent la culpabilité profonde. Arri~ver à redonner à Dieu sa réalité à lui, absolument distincte de ce qui fut celle des
parents, me semble vital.
3. Thérapie et engagement
Quel que soit le choix de vie dans lequel on aborde la thérapie, il faut être
conscient des remises en question inévitables qu’elle va engendrer.
Pourquoi suis-je entrée au couvent ? Quelles étaient mes motivations profondes ?
Quand se révèlent les blessures et leurs conséquences, je suis amenée à mettre en
doute mon choix. Etais-je vraiment libre en le faisant ? Qu’est-ce que j’ai cherché en
quittant les contraintes familiales pour celles du couvent ? Quelle était ma relation au
masculin ? Quelle « programmation » y avait-il en moi pour m’amener à ce choix ?
J’ai fait dans le passé ce que j’étais capable de faire. Surtout, ne rien me repro~cher, essayer de ne pas culpabiliser d’avantage.
Mais aller, autant que possible, au bout de ces questions et y chercher les réponses
pour aujourd’hui. Et surtout ne pas chercher des réponses hâtives, accepter les tâton~nements, les incertitudes, laisser du temps au temps. Un vieux prêtre me disait jadis :
« Ne prenez jamais une décision quand la bouteille est agitée, laissez reposer !»
Et, enfin, ne pas vouloir poser un jugement de valeur sur mes actes. Il est des
désengagements qui sont l’expression d’une véritable fidélité à ce que je suis, et ma
liberté doit se construire sur des bases nouvelles.
Pour moi, j’apprends à rester debout et à agir en fonction de ce qui me semble pro~fondément ajusté à ce que je suis aujourd’hui. Ce n’est pas acquis du premier coup.
Au terme de cette réflexion, plusieurs points me semblent importants :
- Faire toutes les étapes du chemin et aller au pas à pas, sans rien brusquer, mais en
persévérant toujours. Il y a un temps pour chaque chose et mon rythme n’est pas
celui des autres. Il n’y a pas de durée prévue dès le départ ou de cadre dans lequel
il faudrait entrer. Je suis mon seul maître et je dois apprendre à me sentir et à me
connaître pour laisser mûrir la guérison. Ma conviction intime et très profonde est
que les choses se font quand elles sont mûres et que je suis capable de les suppor~ter. Mon corps a une sagesse que je dois écouter. Je peux lui faire confiance pour
qu’il me porte au bout de la route. Ne jamais le forcer au-delà de ses limites, ne
pas lui demander l’impossible, mais marcher avec lui dans le respect.
- Aller au bout de soi-même, quelles que soient les difficultés. La tentation vient
en cours de route de laisser tomber. C’est trop dur, j’ai trop mal, je suis trop
seule. Ecouter ces plaintes, signes d’une trop grande tension ou d’épuisement,
mais toujours repartir. La victoire est au bout du chemin et si c’est pour s’arrêter
en route, il vaut mieux ne pas commencer, on risque d’ajouter des regrets et de la
culpabilité au paquet initial déjà bien lourd.
- Oser le témoignage pour rendre justice à la vie. Mon histoire, même si elle est
très personnelle et à nulle autre semblable, s’inscrit dans la longue chaîne des
victoires de la vie, et ça, il faut le dire. C’est en outre une façon de déposer le
passé, de tourner la page et d’aller vers l’avant.
Il me reste à remercier la Doctoresse Goubier-Boula qui m’a accompagnée de
façon remarquable, mes deux sœurs et mes amis, dont la présence aimante et la
compréhension ont soutenu chaque étape, ma communauté qui a fait confiance mal~gré ses craintes bien légitimes et qui m’a laissé faire mon chemin en m’offrant un
soutien discret et silencieux et, enfin, Jean-Paul, prêtre et ami dont le discernement,
l’humour et la confiance m’ont été précieux.
T.M.
Adresse de correspondance:
Marie-Odile Goubier-Boula
CERFASY
Rue des Beaux-Arts 19
CH-2000 Neuchâtel
cerfasy@cerfasy.ch
[1]
Marie-Odile Goubier Boula, Psychiatre, spécialiste en psychothérapie enfants-adolescents, formatrice
et thérapeute systémique, co-fondatrice de CERFASY (CH-2000 Neuchâtel), médecin-directrice de
l’Office Médico-Pédagogique du Canton de Neuchâtel, Suisse.
[2]
C’est pour ton bien;
La connaissance interdite; etc.