Thérapie Familiale
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
110 pages

p. 435 à 437
doi: en cours

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Volume 24 2003/4

 
Anorexiques et Boulimiques Bilan d’une approche thérapeutique familiale Mara Selvini Palazzoli, Stefano Cirillo, Matteo Selvini, Anna Maria Sorentino Editions Médecine et Hygiène Genève, 2002
 
 
Cela faisait bien longtemps que les cliniciens, notamment ceux qui ont suivi et ont été influencés par l’Ecole Milanaise, se demandaient : « Comment se portent les anorexiques traitées par Mara Selvini Palazzoli et ses équipes ?». En toute rigueur, les protagonistes de l’Ecole de Milan ont tenté d’y apporter quelques réponses à tra~vers une étude catamnestique. Ils ont publié leurs résultats d’abord en 1996 dans un article dont la traduction française se trouve dans le présent numéro, puis dans le livre qui nous occupe.
La première partie du livre recouvre, en le détaillant, le contenu de l’article. Il s’agit d’une analyse des processus de traitement à travers une grille de lecture cen~trée sur les trois méthodes cardinales de thérapie développées par Mara Selvini Palazzoli et ses collaborateurs successifs.
Si une pure étude catamnestique peut se révéler aride et laisser le lecteur sur sa faim, cet ouvrage a la grande qualité de présenter, dans sa seconde partie, l’évolu~tion des méthodes thérapeutiques pour aboutir à une étude qualitative des traite~ments effectués plus récemment.
Les auteurs décrivent l’abandon progressif, depuis 1988, des séries de prescrip~tions invariables, ainsi que les modifications et l’ajustement de la méthode du dévoilement thérapeutique. Dans la description de cette évolution, ils insistent sur le fait que, progressivement, une place accrue a été consacrée à l’individu dans sa complexité psychologique propre. Ainsi, le modèle systémique pur et dur de la boîte noire, modèle axé sur le travail concernant les interactions familiales, est enrichi d’un travail par sous-systèmes (des segments de travail individuel avec chaque membre de la famille). Sans prétendre constituer une typologie des anorexiques ou de leurs familles, les auteurs décrivent néanmoins les patientes et leurs parents éga~lement en termes de pathologies de la personnalité telles que classifiées dans le DSM-IV. Bien que les auteurs ne l’énoncent pas formellement, le lecteur connais~seur de la pratique clinique milanaise, en déduit que cette évolution est manifeste~ment issue d’une longue et rigoureuse activité clinique. Ainsi, le pragmatisme de l’action sur le terrain les légitime à faire fi des dogmes et leur permet un mouvement intégratif dans lequel le symptôme anorexie/boulimie est perçu aussi bien résultant des interactions familiales que du fonctionnement intrapsychique.
Pour étayer ces propos, et l’on retrouve là toute la richesse clinique de nos col~lègues, ils utilisent des vignettes qui permettent au lecteur-clinicien une représenta~tion vivante du travail thérapeutique accompli.
Le dernier chapitre de cet ouvrage – Racines sociopsychologiques d’une épidé~mie en recrudescence – porte un regard macro-systémique sur le phénomène de l’anorexie en prenant en considération les changements sociétaux, notamment concernant le rôle de la femme. Nous retrouvons ici l’intérêt porté de tout temps par Mara Selvini Palazzoli pour une vision globale de l’anorexie, aussi bien au niveau individuel que familial et social.
Sachant que cet ouvrage est une des dernières contributions de Mara Selvini Palaz~zoli, pionnière de la thérapie familiale, nous ne pouvons pas nous empêcher de le lire également comme une sorte de legs pour les thérapeutes de la jeune génération.
Véronique Regamey
ch. du Devin 95
CH-1012 Lausanne
 
L’Homme relationnel Jean-Jacques Wittezaele Collection Couleur Psy Editions du Seuil Paris, 2003
 
 
Il est des chemins faits de sagesse, des parcours que l’on aimerait à sa manière emprunter. Non pas qu’ils soient exempts de difficultés, mais c’est que le panorama qu’ils offrent ouvre soudainement de nouveaux horizons. Et l’ouvrage nouvellement publié de Jean-Jacques Wittezaele appartient à cette catégorie-là nous semble-t-il.
Dressant en son avant-propos l’itinéraire d’une pensée dépathologisante, l’auteur nous expose au travers de son écrit les tenants d’une pratique non seulement théra~peutique mais également philosophique articulée autour d’une vision relationnelle du monde et des choses.
Entremêlant à la fois les postulats de la cybernétique, du constructivisme et de la Théorie Générale des Systèmes, Wittezaele concentre sa réflexion et plus encore son champ d’actions autour d’une pragmatique de la communication ayant l’effica~cité à la fois comme pierre angulaire et comme finalité éthique. Aussi la thérapie stratégique ici formalisée incarne une méthodologie de résolution de problèmes relationnels dressant en filigrane une conception du trouble psychologique qui n’est pas sans rappeler la position adoptée en son temps par Gregory Bateson. Tout trouble psychologique est ainsi perçu comme étant une difficulté d’adaptation de l’individu à son milieu, un trouble de la communication et de la relation au monde (et à soi comme faisant partie du monde) [1].
Reprenant à son tour l’aphorisme de l’Ecole de Palo Alto où le problème, c’est justement la solution (où du moins l’ensemble des tentatives de solutions mises en place pour le résoudre mais qui se sont montrées inefficaces), Wittezaele présente toute la dynamique psychothérapeutique développé par le modèle appliqué à l’Insti~tut Gregory Bateson de Liège (Belgique) et visant à retrouver une relation au monde plus satisfaisante en « bloquant » les comportements qui nourrissent le dit problème. Et c’est en changeant sa relation au monde qu’on l’amène à être autrement [2]. Il revient alors à la liberté de chacun d’être et d’agir de sorte que se trouve un nouvel équilibre davantage satisfaisant pour la personne et qui soit adapté au contexte qui est le sien.
La quintessence même du travail ici explicité se porte ainsi, non plus sur « Com~ment peut-on changer cette personne ?», mais bien plutôt sur « Quel changement de contexte relationnel va favoriser un changement de conduite ?».
Le paradigme principiel de cette thérapeutique axée sur la résolution de problèmes s’appuie sur l’information, c’est-à-dire, et toujours pour reprendre Bateson, cette diffé~rence qui provoque une différence (cette relation entre deux choses générant une sorte de discontinuité). Car embarqué dans cette grande danse de la vie, l’Homme prend corps comme résultante du processus relationnel auxquels nous participons tous.
Proche de la pensée chinoise développée par François Jullien, Wittezaele nous montre que cette vision du monde est davantage respectueuse de cette unité sacrée chère à Bateson et de cette expérience en laquelle chacun baigne et interagit. L’expérience est et devient ainsi première. Car si tu veux voir, apprend à agir.
L’auteur a ainsi le grand mérite d’élargir le débat clinique aux implications épis~témologiques et philosophiques d’une vision relationnelle.
Reste à chacun de prendre ici ce que bon lui semble, en chemin.
Grégory Lambrette
162, rue du Maitrank – Bte 3
B-6700 Arlon
E-mail : gregorylambrette@hotmail.com
 
NOTES
 
[1]L’Homme relationnel, Paris, Seuil, p. 133.
[2]L’Homme relationnel, Paris, Seuil, p. 336.
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[1]
L’Homme relationnel, Paris, Seuil, p. 133. Suite de la note...
[2]
L’Homme relationnel, Paris, Seuil, p. 336. Suite de la note...