2004
THÉRAPIE FAMILIALE
LES ARTICLES
A l’heure où la réussite dans son couple et sa famille est devenu un passage
obligé de la réussite sociale autant que l’accomplissement professionnel, il est diffi~cile de ne pas remarquer l’augmentation des divorces et de la proportion des person~nes vivant seules.
De son double point de vue d’ethnologue et de thérapeute familial, Marika
Moisseeff vient interroger le couple sur ses présupposés et son fonctionnement. Elle
souligne que, contrairement à ce qui est communément admis, réussir une vie de
couple nécessite autant d’apprentissage que le travail ou… le métier de parent…, et
qu’il faut se garder de penser qu’il suffit d’être « naturel ».
C’est, dit-elle, la bonne régulation de la distance à l’autre qui garantit le succès
du couple. En ce sens la confrontation à l’altérité du conjoint est facteur d’autono~mie personnelle, autant que la confrontation à l’altérité des parents est facteur d’auto~nomie pour l’enfant. Grandir se fait tout au long de la vie, et le couple est un espace
initiatique au long cours…
Dans le cadre de leurs thérapies de couples, Michel Delage, Béatrice Bastien
Flamain, Sylvie Baillet-Lussiana et Linda Le Breton ont souhaité compléter les
apports « classiques » de la systémique par une approche différente : celle que sous-tend la théorie de l’attachement.
Ils en présentent donc les prémisses et permettent au lecteur de se familiariser
avec le vocabulaire de l’attachement qui peut être « sécure » ou « insécure », « déta~ché », « désorganisé »…
Puis ils en donnent une illustration clinique explicitant ainsi le protocole qu’ils
ont élaboré dans le cadre de leur recherche et de leur pratique, et qui articule l’obser~vation des repères analogiques en séance, l’utilisation des sculptures vivantes qu’ils
analysent au regard de l’attachement et un questionnaire spécifique d’attachement.
Dans la littérature systémique l’accent est mis sur les familles d’origine des per~sonnes toxicodépendantes, la formation des nouveaux couples étant laissé au rang
des avatars éphémères du parcours de la dépendance (en dehors de la dépendance à
l’alcool), Rodolphe Soulignac, Daniel Alhadeff, Isabelle Chaudet, Luisella Con~giu~Mertel, Nicolas Wermeille, Jean Zufferey et Marina Croquette-Krokar se
sont intéressés à ces couples.
Suivant le moment de la rencontre avec les substances dont ils abusent – dans
l’histoire de la constitution du couple – ils ont bâti une typologie de la rencontre.
L’analyse de l’utilisation des substances dans l’économie de fonctionnement du
couple leur permet de relancer un processus thérapeutique au bénéfice du couple qui
peut s’avérer fonctionnel comme le montrent certains de leurs exemples.
La question du changement est centrale dans la psychothérapie en général et la
systémique en particulier et ce depuis la description des systèmes avec le couple
d’antagonistes homéostasie/changement…
Philippe Caillé, fidèle à son approche rigoureuse – cf. les protocoles de prise en
charge des couples –; et créative – cf. les objets flottants – permet donc au lecteur de
découvrir ce qu’il propose comme invitation au changement aux thérapeutes au
cours de leur formation systémique. Il s’agit d’une tâche élaborée dans l’interacti~vité du groupe et qui permet au futur thérapeute de se confronter à l’idée de son pro~pre changement, préalable souhaitable aux prises en charge familiales car il sera
amené, à son tour, à accompagner les familles dans leur démarche d’évolution; un
exemple illustratif permet au lecteur de se familiariser avec cette technique.
De récents articles de Roland Coenen ont familiarisés le lecteur avec la pratique
humaniste de son institution qui s’interdit l’exclusion et préfère « éduquer sans punir »,
pour orienter son axe de travail vers une transmission d’humanité qui « nourrit » le
système et les individus en qualité.
Aujourd’hui il vient développer la réflexion théorique qui sous-tend cette prati~que. Cette théorie postule que les pathologies des jeunes qui nécessitent le place~ment dans son institution provient d’un déficit en complexité et donc d’une perte
des capacités d’adaptation de leur famille et de leur environnement.
Il s’agit-là d’un texte dense, mais sa cohérence et les illustrations cliniques qui
viennent à l’appui de cette hypothèse permettent au lecteur de profiter de cette
application de la théorie du Chaos.
Brigitte Waternaux