2004
THÉRAPIE FAMILIALE
LES ARTICLES
Pour commencer ce premier numéro consacré aux Journées de Lyon, il nous a
paru évident de demander à Bernard Fourez le texte de son intervention que chaque
participant aura autant de plaisir à lire qu’à entendre, et les lecteurs à découvrir.
Pourtant, il s’agit là d’un discours que nous n’avons pas l’habitude d’entendre.
Laissant le « psychofamilial » familier au systémicien, il nous conduit au « psycho-sociétal » terrain qu’il définit comme le carrefour entre le psychique et le macroso~ciétal (société, culture, politique…).
Sa réflexion hardie retrace l’évolution de notre société depuis le XIXème siècle –
qui se fonde sur le religieux et donc la hiérarchie – jusqu’à notre époque qui affirme
l’égalité, la « mêmeté » et donc pour laquelle la référence n’est plus le divin (d’où
l’élite) mais l’apanage de la masse (la vérité se trouve du côté du plus grand nombre).
Ce passage d’une dimension verticale à une dimension horizontale donne sa
coloration aux pathologies actuelles, personnalités borderline et hyperkinétisme de
l’enfant en étant les emblèmes. Et il invite les thérapeutes à s’interroger sur leurs
« offres » de soins.
Regard en arrière par-dessus son épaule, halte professionnelle, et encore interro~gation sur les valeurs à transmettre aux nouvelles générations, Micheline Christen
nous offre un texte à mi-chemin entre émotion et réflexion, et nous livre les trois
« clefs » qui l’ont guidée dans son parcours tant personnel que professionnel. Elle
termine avec un rêve…
Soulignant tout ce que le vœu pieu « il leur faudrait une thérapie familiale »
génère d’autolimitation voire d’impuissance, Michèle Cauletin, Claudie Didier
Sevet et Bernard Masson ont focalisé leur attention de formateurs vers la prise en
compte des contextes institutionnels en tant que lieu de projection des profession~nels. En effet les relations de travail remobilisent les jeux relationnels de l’histoire
familiale de chacun, entraînant ainsi une indifférenciation.
Ils proposent donc, au cours d’un groupe de post-formation, de mettre en perspec~tive histoire familiale, parcours professionnel et inscription institutionnelle des parti~cipants. Les compétences se développent dans la formation continue…
L’entretien infirmier est un temps fondamental dans la prise en charge. Chris~tian Rybak, Nathalie Beauzée et Annie Lelevrier-Vasseur viennent ici partager
les pistes qu’ils utilisent dans sa construction. Il s’agit de permettre au patient de
(re)découvrir ses ressources et d’utiliser ses capacités à résoudre ses problèmes.
Compréhension empathique, respect et authenticité forment la trame sur laquelle se
nouera le mandat circulaire entre le patient et le soignant, interrogé avec régularité
afin d’en vérifier la validité… Richesse des équipes pluridisciplinaires…
C’est la créativité de l’équipe pluridisciplinaire que viennent souligner Anne
Courtois et Serge Mertens de Wilmars. Les relations entre les membres d’une
équipe sont un moteur favorable aux questions qui se posent dans le champ de la
santé mentale, ce moteur ils le nomment matrice de résilience.
Les apports complémentaires des modèles paradigmatiques, la possibilité de
s’appuyer sur des liens sécurisants, de créer des settings variés et de les articuler
entre eux, d’utiliser les cothérapies, les coexpertises ou les réunions d’équipes, ou
tout simplement le partage des convictions, sont autant d’éléments propices à
l’ouverture des nouveaux possibles. La pertinence de leur propos est renforcée par
des situations concrètes décrites avec subtilité.
Hannelore Schrod, pour sa part, a choisi le parti de poser des questions, des
questions qui dérangent, mais par là même préservent de « l’angélisme » qui peut
être le revers de ces notions porteuses que sont les ressources et les compétences.
Avec lucidité elle creuse du côté des contraires : la protection peut devenir interven~tionnisme et/ou intrusion, l’agir devenir précipitation. Isomorphismes et résonances
peuvent entraîner les professionnels vers un fonctionnement violent. L’objet n’est
pas d’éradiquer la violence mais d’apprivoiser cette violence et de la gérer au
mieux, et pour cela interroger les mythes et les coutumes des institutions et les rela~tions interinstitutionnelles.
C’est le terme de tuteur de résilience qu’a choisi Michel Delage pour parler de
tout ce qui favorise la résilience, terme tellement employé (voire galvaudé) qu’il
prend la peine d’en redonner une définition et d’en repréciser les contours. La rési~lience rend compte, dit-il, de la complexité humaine et de la coexistence possible
entre progrès et graves dommages. La résilience ne peut naître et se développer que
dans la relation à autrui afin que ce qui ne peut pas se traiter dans l’intrapsychique le
soit dans l’interrelationnel. Puis il décrit les conditions de la résilience familiale
dans des circonstances dramatiques.
Olivier Real del Sarte rencontre des couples et les accompagne dans un travail
psychothérapique, il s’est intéressé aux facteurs favorisant une évolution positive
dans ce contexte. Il a pu ainsi identifier les conditions nécessaires à la coopération
entre les conjoints en situation de conflit. A travers un exemple clinique il montre
que les sentiments de rage, d’abandon ou de trahison sont à inscrire dans l’histoire
personnelle et familiale de chaque conjoint et doivent être mis à jour avant que la
reconnaissance mutuelle ne puisse avoir lieu comme préalable à la coopération.
L’important étant plus la validation des échangeurs que le contenu de l’échange.
Voilà un point de vue bien paradoxal : la trahison serait une chance pour les
familles. Oui, nous disent Nicole et Bernard Prieur, la trahison depuis la nuit des
temps est inscrite dans l’histoire de l’humanité et c’est une chance en ce sens qu’elle
ouvre un espace du « Entre » et une zone de créativité. Dans la chaîne don, dette et
loyauté, la trahison est le moment inéluctable où le sens se perd pour se refonder.
Ils soutiennent la thèse que seules sont néfastes les trahisons qui ne peuvent se
parler ou s’agir, et que c’est le travail du thérapeute d’aider à passer du versant mor~tifère au versant créatif de la trahison; ils en donnent des exemples à partir de leur
expérience de thérapeutes et d’experts.
La fonction grand-parentale est en elle-même une ressource pour l’ensemble de
la famille. De part leur position « méta » les grands-parents se trouvent dans une
position privilégiée de plaisir et de sagesse. Françoise Rougeul suggère au théra~peute de penser à utiliser cette position, suggestion fort bien venue à l’heure où,
« jeunisme » aidant, il est plus habituel de les laisser de côté. Elle en donne des
exemples dont celui des grands-parents qui ne pouvaient pas être grands-parents ou
celui de la grand-mère de deux adolescents peu motivés…
L’alcoolisme se décrit-il au féminin ? Michèle Brini et Claudia Carnino-Ilutovich
exercent dans une institution de réinsertion d’hommes et de femmes alcooliques en
grande détresse sociale. Le pourcentage des femmes augmentant actuellement, elles
ont été amenées à se poser la question de l’influence du « genre » dans les problèmes
liés à l’abus d’alcool. Elles constatent que l’alcoolisme est socialement moins toléré
chez les femmes (surtout si elles sont mères) que chez les hommes. A l’aide
d’exemples cliniques elles montrent qu’il existe un problème lié au processus de
socialisation chez les femmes dans la société – où sont valorisés certains comporte~ments homéostatiques – et donnent des pistes pour la prise en charge.
Enfin et toujours sur la piste des concepts qui lui ont été utiles, Jean-Claude
Benoit revient sur le double lien et la croissance. Il lui incombe donc de clore ce
numéro avec ce thème de la croissance personnelle et collective qui a été l’un des
fils conducteurs de sa pratique tant auprès de ses patients que de ses étudiants et de
ses collaborateurs.
Brigitte Waternaux