2005
THÉRAPIE FAMILIALE
Les articles
Brigitte Waternaux
Prenant en compte les isomorphismes entre la famille et le réseau, Nathalie
Wats– dans le cadre de son action auprès des familles maltraitantes – propose d’organiser les contacts, afin de sortir les interventions d’aide d’une logique unidirectionnelle, qui risque d’être une maltraitance pour la famille. Pour cela elle distingue les
deux sortes de réseau des familles : d’une part le réseau naturel qui est celui de toute
famille « saine » et le réseau palliatif qui est sollicité ou imposé aux familles fragilisées. A l’aide d’exemples elle montre comment favoriser la réappropriation d’un
processus familial dynamique : elle ne rencontre pas directement les intervenants du
réseau mais aide plutôt la famille à donner sens à la maltraitance et lui fournir ainsi
les moyens d’un changement favorable.
En 1997 et 1998 paraissaient dans la revue deux articles : « Ambiance et double
lien » et « Croyances et double lien ». Dans ces deux articles, Etienne Dessoy reprenait le propos de Gregory Bateson suivant lequel le double lien repéré pendant une
séance de thérapie ne sera que le sommet d’un iceberg qui aura pour structure fondamentale l’ensemble de la vie familiale; il exposait le cas d’Anne et étudiait en
quoi le double lien affectait les relations entre Anne et sa mère, d’une part, et Anne
et son père, d’autre part.
Aujourd’hui, E. Dessoy, M. Stassart, A. Courtois, G. Bernaets, A. de Keyser,
G. Nyssens, S. Haxhe et C. Vande Velde essaient d’aller plus loin dans la construction de leur modèle et pour cela viennent interroger la structure de la famille du
père d’Anne. Ils évoquent les différentes familles qu’ils ont côtoyées et décrivent ce
qu’ils appellent la communauté rigide, qui associe sous-systèmes dominants et sous-systèmes contestants cachés et qui leur paraît être le fondement de cette structure.
Quatre exemples en viennent à l’appui.
Le deuxième article de ces mêmes auteurs est publié dans ce numéro en raison de
sa complémentarité avec le précédent. Ils poursuivent l’exposition de leur modèle et
interrogent aussi la structure familiale du côté maternel. Ils décrivent, dans ce dernier
volet de leur quadriptyque, le processus d’individuation de la mère d’Anne qui fut
une enfant parentifiée, en fonction de la place qu’elle occupait et occupe encore dans
sa famille d’origine.
Ce n’est que depuis quelques années que la fratrie intéresse les thérapeutes, dont
Alexandra Tsoukatou. Dans un premier temps, elle nous invite à revisiter la
mythologie : Caïn et Abel, Antigone…, puis la littérature psychanalytique, entre
autres Freud qui traita du déplacement œdipien ou de la jalousie fraternelle et Lacan
qui parla du contexte d’intrusion. Elle nous dit ensuite comment les systémiciens
apportent leur pierre à l’édifice, et comment, dans sa pratique personnelle, le fait de
rencontrer cette fratrie dans le cadre d’une approche constructiviste lui permet de
dynamiser la rencontre familiale autant que d’alléger les souffrances familiales. Elle
l’illustre par deux exemples.
Comment intégrer les différentes approches et les différents temps des formations qui s’offrent au thérapeute ? C’est à cette question fondamentale que tente
Eveline Nivelle de répondre. Avec beaucoup de subtilité, au travers de l’histoire de
Nina anorexique et de sa mère Arkadina (Tchékhov lui inspira ces deux prénoms)
elle revient pas à pas sur sa propre évolution de thérapeute qui décida d’adjoindre
l’approche systémique à ses références analytiques. Parcours semé de contradictions et de réconciliations, dit-elle, et à partir duquel elle fait un détour par la notion
du temps, fondateur de l’esprit humain – pour Kant – qui rythme l’évolution de la
famille et le processus de différenciation.
C’est à la question de la migration que s’intéresse aujourd’hui Angela Macciocchi,
que le lecteur connaît déjà pour son travail avec les familles non volontaires. Les
familles, qu’elle rencontre ainsi, sont souvent issues de langue et de culture différentes, de plus, ajoute-t-elle, l’immigration est en soi un stress. Alors, elle fait le
choix de ne pas être le « sachant » de la rencontre, et cette ignorance assumée de la
culture d’origine de la famille offre la possibilité de créer un espace interculturel
qui aura valeur de requalification pour la famille, experte ès culture. Enfin, elle profite aussi de l’expérience de l’interprète qui peut se révéler un excellent médiateur
culturel. La curiosité de l’intervenant étant en toute circonstance le meilleur atout de
construction.