2005
THÉRAPIE FAMILIALE
Les articles
Brigitte Waternaux
Entre avril et juillet 1994, le génocide au Rwanda fit plus d’un million de morts.
Les conséquences du génocide détruisent encore le tissu social du peuple rwandais.
Les organisations humanitaires ont appréhendé la souffrance en termes de stress
post-traumatique. Mais cette approche individualiste et « occidentale » n’a pas permis de répondre aux besoins des survivants, car elle méconnaissait le contexte.
Ibrahim Ndabavunye a mené une recherche-action auprès d’un groupe de
« cœurs de pierre », ces survivantes qui ne pouvaient même pas pleurer. Il inscrivit
son action dans le cadre des rites de deuil de la culture rwandaise et permit ainsi à
ces femmes de retrouver une place dans leur société. Ecoutons-le.
Le schéma traditionnel de la famille : père-mère-enfants est de plus en plus souvent remplacé par une néofamille dont la structure est très variable (la revue consacra deux numéros au sujet des parentalités en 2003). Thomas Will et Dominique
Chaton viennent aujourd’hui en donner une description originale qui prend pour
point de départ les trois formes de la filiation : biologique, juridique et affective.
Cette description trouve tout son intérêt pour le thérapeute familial car elle permet à
la famille de trouver une nouvelle narration de sa propre histoire qui prend en
compte la filiation affective et qui ouvre de nouveaux horizons.
Le langage est par essence même au carrefour entre individu et groupe. Les troubles du langage peuvent ainsi révéler les difficultés d’un enfant à se situer dans sa
famille et dans son entourage. Marie-Claire Cavin Piccard a donc choisi de s’intéresser à ces difficultés et d’essayer de les décrypter. A l’aide de vignettes cliniques
elle montre comment elle utilise aussi les différents settings de prise en charge : soutien individuel, rencontres avec la famille de ses patients ou encore groupe de soutien orthophonique.
Le phénomène sectaire a été largement étudié du point de vue sociologique,
psychosocial ou historique. L’angle de vue de Nathalie de Kernier est radicalement différent, voire provocant : elle fait l’hypothèse que l’implication dans une
secte pourrait avoir une valeur adaptative pour ceux qui choisissent cette voie…
Tout en reconnaissant la particularité de son échantillon – il s’agit de sujets qui ont
fait partie d’une secte durant une certaine période leur vie, puis en sont partis; de
plus cette secte n’est pas connue pour avoir l’emprise la plus forte sur ses membres;
elle montre la valeur somme toute positive de leur expérience. Car c’est bien en
recherche d’appartenance qu’ils ont frappé à la porte de la secte et c’est par l’identité retrouvée qu’ils en sont partis.
Placé en famille d’accueil, l’enfant voit le nombre de ses appartenances augmenter considérablement : à sa famille naturelle vient s’ajouter la famille d’accueil,
l’équipe du placement et souvent l’équipe d’AEMO (aide à l’éducation en milieu
ouvert). Jean-Pierre Le Duff vient dire au lecteur comment, de sa place dans
l’équipe d’AEMO, il veille à rendre cette complexité richesse et non difficulté. Avec
l’histoire de Clément, nous apprenons comment le débat contradictoire vient soutenir la différenciation; avec celle de Pauline, comment la clarification de la position
des intervenants clarifie celle des parents ou encore comment le partenariat avec la
famille amène à une dimension symbolique.
Et c’est un exemple intéressant de prise en compte des isomorphismes entre système familial et système des intervenants que nous propose Nicole Lernout. Car, dit-elle, les intervenants sont imprégnés par les représentations mentales qu’ils ont des
familles. Dans la famille V. les relations conflictuelles entre les parents de quatre
enfants placés, contaminent les systèmes en présence et nécessitent la prise de distance favorisée par le regard d’une équipe de recherche. Bien sûr, remarque-t-elle,
il n’est pas toujours possible de bénéficier d’un tel regard extérieur.