2005
THÉRAPIE FAMILIALE
Le numéro
Tout d’abord nous voudrions saluer l’arrivée dans le Comité de rédaction de la
revue, d’Ignacio Garcia-Orad. Comme son nom le laisse supposer il vient d’Espagne; avec lui le centre de gravité du comité se déplace vers le sud de l’Europe ! Et
nous comptons sur lui pour nous apporter la « méditerranéité ». Son talent s’exerce
aussi bien en pédopsychiatrie qu’en psychiatrie adulte, où il sait bien démontrer son
dynamisme et son talent dans les institutions. C’est lui qui signe l’éditorial de ce
numéro, un rituel d’entrée en somme.
Il nous aidera dans l’organisation des prochaines Journées de Lyon… Car
comme vous allez le voir, les prochaines sont en cours de préparation… 2007 va
venir si vite !
Nous voudrions aussi saluer l’arrivée de Teresa Suarez comme consultante
internationale à Madrid, qu’elle en soit remerciée.
Ce numéro s’ouvre avec le problème de l’anorexie mentale, lorsque l’approche
familiale – dont l’efficacité n’est plus à démontrer – peut être difficile à mettre en
œuvre en raison même des difficultés de la famille.
Partant de ce constat Solange Cook-Darzens, Catherine Doyen, Florence
Brunaux, Françoise Rupert, Marie-José Bouquet, Florence Bergametti, et
Marie-Christine Mouren, à l’Hôpital Robert Debré à Paris, ont imaginé de reprendre les groupes multifamiliaux décrits par Laqueur dans les années 1970. Alternant
les settings et les techniques, ces groupes ont eu pour effet de permettre un bon suivi
thérapeutique : les familles y trouvent là un soutien non culpabilisant et créatif, car il
est plus facile d’accepter des commentaires positifs ou négatifs de ses compagnons
d’infortune que des thérapeutes. L’article très intéressant et complet décrit, cas cliniques à l’appui, tout le processus.
Au cours de leur pratique de pédopsychiatrie de « tout-venant », Francesca Mosca
et Anne-Marie Garnier ont su ciseler cet « outil de base » qu’est le génogramme.
Elles en ont fait profiter les participants des Journées de Lyon en mai 2004, ils liront
avec plaisir le texte de leur intervention.
Le génogramme a pour fonction première une représentation globale permettant la
narration de l’histoire familiale; la place de l’enfant dans cette histoire y trouve naturellement son inscription et les parents trouvent trace des modèles de parentalité qu’ils
ont appris de leurs propres parents et les choix qu’ils en ont faits. Le génogramme
soutient la fonction réflexive à l’échelle du groupe humain le plus important pour les
enfants : leur famille.
C’est aussi au cours de l’atelier sur le génogramme que les participants ont pu se
familiariser avec le génogramme imaginaire inventé par Dominique Mérigot et
Judith Ollié-Dressayre. Technique originale, s’inscrivant dans la lignée des objets
métaphoriques, le génogramme imaginaire, en proposant aux membres de la famille
de resituer les personnes importantes dans une situation donnée, leur permet une autre
approche et redonne ainsi à chacun sa responsabilité dans ce qui est conservé vivant
ou au contraire « résilié » de son histoire familiale. Ils en donnent un bel exemple.
Et toujours à Lyon, Philippe Beytrison et Laurent Roessli ont proposé aux participants leur réflexion sur leur pratique en résidence ou en ambulatoire dans le
cadre de la Fondation du Levant à Lausanne.
Ils développent l’idée que le changement est toujours possible pour le toxicomane,
contrairement aux idées reçues qui font, de la chronicité de la dépendance la règle, et
de la « maintenance » du sujet le seul but thérapeutique raisonnablement imaginable
– en raison du vide existentiel qui est premier dans cette problématique. S’inscrivant
en faux contre cette attitude, ils montrent par un exemple que l’évolution constructive
est possible, mais nécessite que soit développée une attitude thérapeutique qu’on
pourrait appeler, avec Bateson, « intégrité affective », avant toute virtuosité technique.
Jean-François Le Goff s’est, pour sa part, de nouveau penché sur la notion de
parentification, qui fait partie des notions les plus anciennes en thérapie systémique
et qu’il utilise fréquemment. A ce propos, il vient faire le point sur les travaux les
plus récents concernant les processus thérapeutiques, en particulier « l’ouverture »
de la parentification dont il nous donne une illustration émouvante : l’histoire d’une
mère et ses enfants « comme trois bébés abandonnés ».
La notion de parentification, conclut-il, comme processus intergénérationnel est
particulièrement précieuse pour les thérapeutes et les familles car elle permet
d’aborder les difficultés, sans accuser les protagonistes.
L’amour est aussi vieux que le monde – bien sûr. La fondation du couple porte en
elle-même le germe de la crise responsable ou non de séparation – le systémicien le sait.
Alors, dans le dernier article de ce numéro, Nicolas Duruz s’interroge sur la
nature paradoxale du lien du couple. A l’aide d’une relecture d’un écrit de Mony
Elkaïm, d’un roman de Nancy Huston et d’une situation clinique de sa propre pratique, il se penche sur la confrontation entre le programme officiel et la carte du
monde des « protagonistes » de la crise conjugale.
Paradoxalement, on pourrait imaginer que les conjoints parviennent à remercier leur partenaire pour ces comportements (objets des reproches) qui leur permettent précisément de grandir là où leur évolution s’est arrêtée.
Signalons enfin au lecteur les remarquables recensions de Jean-François Le Goff
et Gilbert Pregno, subtiles et instructives, elles donnent envie de se précipiter dans
la librairie systémique la plus proche.
Le Comité de rédaction