Thérapie Familiale
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
46 pages

p. 93 à 94
doi: en cours

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Volume 27 2006/1

2006 THÉRAPIE FAMILIALE

Recension

Les enfants des mères résilientes la parentalité bientraitante dans des situations extrêmes : violences de genre, guerre, génocides, persécutions et exil jorge barudy, anne pascale marquebreucq, solal, coll. résiliences, marseille, 2005

Muriel Meynckens-Fourez
En débutant cet ouvrage, le lecteur pourrait croire qu’il est rédigé par des auteurs féministes. Que le lecteur reste vigilant à ne pas diaboliser l’homme tout en idéalisant la femme. Le livre démarre sur une apologie des femmes qui sont parvenues, grâce à leurs soucis des autres et aux soins donnés, à maintenir des îlots de bientraitance dans un monde où, encore trop souvent, la violence est de mise. La « violence organisée », essentiellement par des personnes du sexe masculin, « autorise » la guerre, la torture et le viol. Les auteurs la dénoncent avec force et conviction.
C’est pourquoi, détrompez-vous. Ce livre est écrit par un homme et une femme, profondément humanistes, qui ont réussi à conjuguer leurs efforts d’écriture pour nous rendre compte du travail de recherche-action réalisé au centre EXIL à Bruxelles. Ce service de santé mentale fut créé en 1976, à l’initiative notamment de Jorge Barudy, jeune psychiatre chilien, à l’époque exilé politique, qui a trouvé refuge en Belgique. Actuellement, le service reçoit des personnes venues d’une quarantaine de pays différents, souvent des femmes avec leurs enfants, le père étant porté disparu. Directeur de ce centre, Jorge Barudy s’est entouré d’une importante équipe avec qui il a pu partager son expérience pilote dans une équipe SOS enfants-famille au sein des cliniques universitaires St Luc-UCL à Bruxelles.
Anne-Pascale Marquebreucq, psychologue systémicienne, née et résidant en Belgique, a rejoint l’équipe d’EXIL comme clinicienne et pour y assumer des responsabilités. Son expérience institutionnelle a notamment permis de mettre à profit un cadre communautaire. Il me plaît particulièrement de présenter brièvement les auteurs, qui furent, le premier collègue formateur au CEFORES – Centre de Formation et de Recherche en Systémique au Centre Chapelle-aux-Champs, UCL à Bruxelles – et la seconde, en formation dans ce même centre.
Leurs dispositifs s’étayent sur diverses références théoriques. Si la systémique est la toile de fond de leur intervention, les auteurs s’appuient également largement sur l’éthologie, sur le concept de résilience ou plus précisément de « résistance résiliente », sur les théories de l’attachement, sur la théorie des douze besoins éducatifs, etc. La notion de « résistance résiliente », au centre de l’ouvrage, « évoque des dynamiques collectives permettant à des individus de maintenir leur identité et la liberté de défendre leur appartenance… Cela implique de reconnaître la force vitale qui nous permet de nous battre chaque fois que la vie est menacée. » Cette résistance devient résiliente, chaque fois qu’un sujet ou un groupe de sujets refuse d’être « occupé » par son agresseur, et parvient à poursuivre son développement. « La résistance devient résiliente quand elle est reconnue et soutenue par un tiers (un individu, un groupe, une communauté), qui lui donne forme et sens. »
Pour aller à la rencontre des personnes qui ont subi la violence, les auteurs se donnent comme objectif de tisser du lien : lien avec les intervenants, lien social, lien intrafamilial… L’action est multiple. Comment permettre aux mères, aux pères, s’ils n’ont pas disparu, et aux enfants de se reconstruire, après l’horreur de la guerre, des disparitions, des assassinats, des viols et j’en passe, après la fuite d’un pays et le parcours du combattant dans le pays d’accueil – avec ses aléas administratifs et divers ? L’équipe d’EXIL propose une intervention à différents niveaux, en offrant des espaces qui se veulent tous thérapeutiques : soutien social et médical actif, thérapies individuelles – pour les mères et/ou les enfants – ou familiales, espaces de jeu, espaces récréatifs, espaces de vie lors de séjours résidentiels. Le rôle de l’interprète est souvent crucial.
Si cet ouvrage est un incontournable pour toute personne confrontée à la clinique de l’exil, il touchera le lecteur sensible à l’humanité des intervenants à la recherche de ce qui reste de vie chez ces êtres qui ont subi des traumatismes tellement peu dignes de l’homme. La systématisation rigoureuse des situations, tenant compte à la fois des capacités parentales, des possibilités d’attachement de l’enfant, du contexte dans lequel les personnes se trouvent, donne au lecteur des repères clairs et le courage nécessaire pour se dynamiser et créer le berceau d’une « re-naissance ».
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