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Thérapie Familiale

2006/3 (Vol. 27)



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Comme psychologue et psychothérapeute systémicienne dans un service ambulatoire de santé mentale, je reçois une patientèle tout venant, familles au départ d’un symptôme d’un enfant, d’un adolescent, couples, adultes en individuel, fratries d’adultes qui veulent rediscuter de leur passé commun, groupes thérapeutiques. Il peut s’agir de démarches volontaires ou contraintes à la demande de la justice (groupes thérapeutiques pour auteurs d’infractions à caractère sexuel, expertises et examens psycho-médico-sociaux).

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Parfois, nos patients, qu’ils soient enfants, adolescents ou adultes, souffrent mais, malgré leurs recherches dans leur histoire personnelle, et ce, avec notre aide, ils n’identifient pas d’événements traumatiques majeurs ou de raisons d’aller si mal. Avec l’expérience, j’ai trouvé fort important d’explorer avec eux l’histoire de leur famille d’origine, et parfois sur plusieurs générations. La clé de l’énigme s’y est souvent trouvée. Car on peut avoir hérité des traumatismes de ses ancêtres, sans en être conscient.

Transmission transgénérationnelle des traumatismes psychiques

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Dans certains cas en effet, le symptôme de l’enfant pour lequel nous sommes consultés ne peut se comprendre qu’en débusquant un traumatisme enfoui d’un de ses parents. Le symptôme de l’enfant agit comme révélateur du traumatisme enfoui de son parent. Illustrons-le à l’aide de diverses grilles de lectures théoriques et de trois situations cliniques.

La transmission transgénérationnelle des traumatismes d’E. Tilmans (1995) et le concept de transfert de K. Stettbacher (1991)

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Jeanne, sa mère,… et son vilain tonton

Béatrice, 33 ans, arrive à ma consultation avec sa fille Jeanne, 4 ans et demi. Jeanne vit avec sa maman depuis qu’elle a 2 ans et que ses parents se sont séparés. Béatrice est inquiète car elle trouve que depuis quelques mois, Jeanne « régresse »: elle ne la quitte pas d’une semelle, se montre geignarde, s’accroche à sa tétine à laquelle elle avait pourtant renoncé depuis longtemps. « Elle semble bien craintive ces derniers temps », dit Béatrice.

Puis, Béatrice ajoute : « Je viens vous voir parce qu’un jour où Jeanne avait fait une petite bêtise et que j’étais excédée, j’ai voulu lui donner une fessée et Jeanne a réagi comme une enfant maltraitée : elle s’est littéralement pétrifiée et (Béatrice fond en larmes à cet instant), j’ai vu la terreur dans ses yeux,… exactement la terreur que je vivais quand, tout au long de mon enfance, mon grand frère venait me tabasser dans ma chambre. Il m’utilisait comme punching-ball, j’étais son souffre-douleur et, comme c’était le Dieu de maman, et que papa n’était jamais là, personne ne m’a porté le moindre secours. Je viens vous voir car je veux que Jeanne sache se défendre mieux que moi.»

Aujourd’hui encore, Béatrice paye la facture de ces années de terreur : elle souffre d’attaques de panique et sa vie sentimentale est tumultueuse, empreinte de nombreuses ruptures tant elle a peur de s’attacher et d’être à nouveau le jouet d’un homme.

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Ainsi, par le biais de son comportement symptomatique, l’enfant communique quelque chose de sa souffrance à lui mais aussi très souvent de la souffrance plus ou moins enfouie d’un membre de sa famille.

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Ici, Jeanne, qui pourtant ne connaissait pas ce pan de l’histoire de sa mère, nous révèle à travers son symptôme (manifestation de craintes), le traumatisme pétrifié mais encore insidieusement actif dans les tripes de sa mère. Les jeunes enfants sont comme des éponges, ils captent ce qu’il y a comme tensions enkystées, comme souffrances dans l’air, souffrances dites ou non dites, liées à des événements actuels ou passés de l’histoire de leurs parents. Edith Tilmans (1995), avec son modèle de transmission transgénérationnelle des traumatismes, montre comment un enfant devient le dépositaire d’une souffrance qui ne lui appartient pas directement, mais dont il révèle la persistance.Elle y décrit finement comment elle mobilise le traumatisme du parent par le biais des toutes petites manifestations non verbales des enfants en séance.

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On voit bien dans cette vignette clinique, combien c’est le parent qui détient la clé de l’énigme du symptôme de l’enfant et qu’une prise en charge individuelle de l’enfant n’aurait pas permis de saisir la complexité de la souffrance de Jeanne.

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Mais tentons d’analyser plus avant le mécanisme qui préside à ce phénomène de « résonance émotionnelle » d’une génération à l’autre. Pour ce faire, nous aurons recours à la notion de transfert telle que K. Stettbacher (1991) la conçoit. Lorsqu’une situation actuelle rappelle par un trait commun le traumatisme non résolu, plus ou moins refoulé, de l’enfance (une émotion, une odeur, une ressemblance physique entre l’auteur du traumatisme et quelqu’un d’autre,…), il y a une énergie psychique particulière qui se dégage et qui peut prendre des formes diverses : crispation, angoisse, tremblements de la voix, rougissement, agression, pétrification,…, bref, une réaction particulière que l’entourage trouve bizarre, inhabituelle, et incompréhensible. C’est comme si, à son insu même parfois, la personne s’attendait à revivre le traumatisme… Quand le traumatisme n’est pas digéré, quand il n’est pas mis en mots, ce sont les attitudes qui le suintent.

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Dans le cas qui précède, quand Béatrice s’apprête à donner une fessée à sa fille, elle retrouve dans ses yeux la peur qui lui rappelle sa propre terreur d’enfant quand son frère venait la frapper. Il y a un trait commun à ces deux situations : la peur face à l’agression et ce trait commun produit ce « transfert » à l’origine de la décharge émotionnelle. La réaction de Béatrice à la peur qu’elle lit sur le visage de sa fille à ce moment-là, même si elle ne fait pas de lien conscient avec ce que son frère lui a fait vivre, a une intensité particulière : elle est en état de choc, l’émotion est forte, on peut imaginer que son anxiété est grande, voire qu’elle y réagisse en serrant très fort sa fille dans ses bras. Jeanne, de son côté, sent bien que sa mère est toute chamboulée, elle trouve sa réaction bizarre, n’en comprenant pas la raison. Jeanne était tout simplement partie sur l’idée d’une fessée bien méritée et voilà que sa mère la prend dans ses bras et semble tout émue. Une situation au départ bien anodine à ses yeux prend soudainement un tour étrange…

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Quand un enfant trouve que quelque chose de bizarre se passe au niveau émotionnel chez son parent, c’est insécurisant pour lui, quelque chose lui échappe, alors il peut répéter son comportement, voire l’amplifier dans le but de mieux comprendre son parent. Donc, un comportement au départ banal (avoir peur de recevoir une fessée) se répète, s’installe, se fixe et finit par devenir symptôme car il est amplifié par les réactions de l’entourage, vu qu’il fait vibrer en eux une corde sensible. C’est ce que G. Ausloos (1995) a appelé le processus de sélection/amplification. « Quand on se fixe sur le symptôme, on contribue à fixer le symptôme. »

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Lors de ces rencontres thérapeutiques qui rassemblaient mère et fille, la maman a repris à son compte la terreur qu’elle projetait sur sa fille et cela a permis d’en dégager Jeanne. En racontant le traumatisme de son enfance en présence de sa fille, Madame a pu reprendre le travail d’élaboration de ce traumatisme-là. Jeanne, de son côté, grâce aux interventions où je veillais à ce que sa mère rende intelligible à sa fille le lien entre ces deux histoires, a recommencé à grandir sans peur. On peut donc parler d’une opportunité de libération mutuelle pour la mère et la fille.

Les processus de sélection/amplification et de cristallisation/pathologisation décrits par G. Ausloos (1995)

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Ce genre de situations où le mécanisme de sélection/amplification entre en jeu sont généralement vite résolues. Les choses se compliquent lorsqu’un second mécanisme de cristallisation/pathologisation se superpose au premier. Nous allons l’illustrer grâce à une seconde vignette clinique.

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Une famille atomique…

La famille se compose de deux parents, la petite cinquantaine et de leurs quatre enfants, deux filles de 22 ans, 19 ans et deux garçons de 18 ans et 15 ans. L’aînée des filles est boulimique et la seconde, anorexique grave et suicidaire. C’est pour cette dernière, Amélie, que la famille consulte. Amélie est le prototype de la patiente désignée, tant par sa famille, que par elle-même. Elle arrive aux entretiens familiaux en collants noirs, soulignant dramatiquement son extrême maigreur, mais rollers aux pieds, rendant ainsi tout à la fois le côté dérisoire de la situation. Quelle communication paradoxale ! Elle me fait penser au fou du roi… Au premier coup d’œil, j’ai la fantaisie que c’est le paratonnerre de la famille et qu’elle prend la responsabilité de dévier l’orage familial sur elle. J’apprends progressivement que le père a un problème d’alcool important, problème que les enfants dévoileront en l’agressant verbalement.

Je réalise peu à peu que le couple bat de l’aile. La mère est au bout du rouleau, tout comme les deux fils. Elle semble affolée face à cette famille qui se déglingue et où chacun va très mal psychologiquement. Les symptômes des deux aînées sont apparus quand elles ont voulu s’éloigner du giron familial, une pour partir un an à l’étranger après sa rhétorique [2]  Fin des études secondaires, correspondant au baccalauréat... [2] et l’autre pour partir vivre dans un studio pour ses études.

Il y a une violence folle entre eux mais ils ne peuvent pas se séparer. L’ambiance y est étouffante. C’est très palpable en séances où les explosions de violence verbale se succèdent. Les reproches fusent dans tous les sens, ceux des parents concernant principalement les demandes d’émancipation des enfants : autonomie financière, sorties, demande de réitérer l’expérience d’aller vivre en appartement pour les deux aînées…

Les parents sont en conflit ouvert, en apparence, à ce sujet. Le père se dit furieux que sa femme continue à soutenir les demandes d’autonomie des filles, d’autant plus qu’elle le fait derrière son dos. Il qualifie son attitude de « tendance centrifuge » qu’il condamne durement.

Quant aux velléités d’indépendance des quatre adolescents, elles ne semblent pas du tout convaincantes car ils se conduisent de manière tellement irresponsable (ils volent l’argent de leur mère dans son sac à main, fument des joints ostensiblement à la maison…) que je pense rapidement qu’ils font tout pour convaincre leurs parents qu’ils sont incapables de se prendre en main.

La mère a une attitude fort paradoxale, elle aussi : elle leur communique à la fois « Allez-y, partez, faites votre vie » et « Comment vais-je survivre à votre départ ?»

ainsi que « J’ai trop peur du face à face avec votre père ». Les enfants ne sont pas dupes : « Les parents ont peur de nous perdre », disent-ils. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’eux aussi ont peur de s’éloigner d’eux. La jeune fille anorexique, hospitalisée en psychiatrie quelque temps dans le décours de la thérapie, s’échappe du centre pour revenir faire ses crises de boulimie à la maison.

Dès le premier entretien, je perçois intuitivement un jeu familial où il est question de difficulté à réguler la distance relationnelle et de rigidité. Une image, que je leur communiquerai en fin de séance, mais dont je ne comprends pas très bien moi-même à ce stade toute la portée, me traverse l’esprit : celle de l’atome. Dans l’atome, il y a un noyau au centre (parents) et des électrons (les enfants) qui gravitent tout autour. Ces électrons ont tendance à s’échapper (force centrifuge) mais sont retenus par le noyau (force centripète). De telle sorte qu’ils restent toujours à égale distance du noyau (la rigidité du jeu familial) mais entre deux forces en tension. Au moment où l’image de l’atome m’a traversé l’esprit, j’étais loin de savoir à quoi correspondait l’analogie dans le jeu familial. Je n’en comprendrai le sens qu’après huit mois de thérapie où des informations plus ou moins secrètes (tues aux enfants) de l’histoire des parents dans leur famille d’origine seront enfin révélées. Monsieur a été placé en orphelinat à 7 ans par sa mère qui souffrait de graves problèmes psychiatriques et son père l’a lui aussi « laissé tomber » (c’est sa version). La mère a une histoire similaire : « Ma mère, elle m’a laissé tomber le jour de ma naissance », déclare-t-elle, les larmes aux yeux. Ses parents ont engagé, pour s’occuper d’elle, une gouvernante qu’ils congédieront un jour, lorsqu’elle a 11 ans, sans crier gare, ce qui constituera pour elle un événement très douloureux, car c’était la seule personne de qui elle recevait un peu d’affection.

Elle se retrouvera alors dans un désert affectif jusqu’à la rencontre avec son mari.

Tous deux partagent la croyance commune : les séparations sont dangereuses, elles précipitent dans les abîmes du désespoir, dans une solitude atroce dont on ne sort pas indemne. Et de plus, pour eux, départ rime avec abandon, rupture. Comment permettre à leurs enfants de gagner leur autonomie sans se perdre les uns les autres et sans se perdre soi-même ?

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On voit bien à nouveau que les traumatismes du passé des parents (sevrages affectifs brutaux), bien que non racontés aux enfants, colorent les tentatives de prise d’autonomie des enfants.

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Sans bien savoir pourquoi, les enfants sentent que, pour leurs parents, toute séparation est extrêmement menaçante. Ils « s’arrangent » en quelque sorte pour leur faire faire l’économie d’un (re)vécu à la fois trop affolant et trop douloureux. Dans cette problématique bien connue de « leaving home » décrite par J. Haley (1991), on voit qu’une corde sensible chez les parents se met à vibrer lors des tentatives d’éloignement des enfants. Quelque chose dans le système se « grippe » autour des séparations que les rétroactions des parents amplifient (mécanisme de sélection/amplification). Mais dans ce cas-ci, le problème s’aggrave au point d’amener chez les enfants des symptômes gravissimes car ils se mettent à remplir une fonction dans leur économie personnelle et dans le système familial :

  • pour les deux filles aînées, ne pas se confronter à leur incapacité à s’assumer seules;

  • éviter aux parents l’angoisse de séparation : en allant tellement mal, les enfants « offrent » un prétexte aux parents, ils se montrent incapables de prendre leur envol et de voler de leurs propres ailes;

  • maintenir la cohésion de la famille trop menacée par les pseudo-prises d’autonomie des enfants (« rester ensemble »);

  • et éviter aux parents l’affrontement douloureux mais indispensable pourtant de leurs problèmes personnels et conjugaux.

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Contrairement à la situation de Jeanne, les symptômes des enfants de cette famille-ci se mettent à remplir une fonction vitale dans la famille et on assiste alors au phénomène qu’Ausloos appelle « cristallisation/pathologisation ».

La « clinique du fantôme » de N. Abraham et M. Torok (1978) revisitée par S. Tisseron (2004)

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Comme l’explique Serge Tisseron (2004), au Moyen Age, on distinguait les « revenants » des « fantômes ». Les premiers sont des morts qui reviennent hanter des vivants qu’ils ont bien connus et avec qui ils ont eu des histoires un peu louches. Les « fantômes » quant à eux désignent aussi des morts qui viennent hanter des vivants mais des vivants qui ne les connaissent pas. Donc, si le revenant est reconnaissable au vivant auquel il rend visite, le fantôme ne l’est pas. Le fantôme est d’ailleurs communément représenté comme un personnage transparent, aux contours flous.

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Dans L’écorce et le noyau, N. Abraham et M. Torok (1978) appliquent les notions de fantômes et de revenants à la psychologie. Lorsqu’une personne a vécu des événements traumatiques dans son passé qu’elle essaye d’oublier, il arrive que, malgré elle, elle soit à nouveau hantée par les images traumatiques, que ce soit sous forme d’idées obsédantes, d’angoisses, de cauchemars… On peut dire qu’elle est alors hantée par un revenant puisqu’elle sait que ces angoisses sont liées à un événement qu’elle reconnaît de son passé. Il suffit que la personne soit en contact avec une situation qui, par l’un ou l’autre aspect, lui rappelle la scène traumatique pour que le revenant soit réveillé. Une multitude de choses, même anodines, peuvent déclencher le réveil du revenant, ce que nous illustrions avec la situation de Jeanne.

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C’est la notion de transfert (K. Stettbacher, 1991) que nous évoquions plus haut.

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Imaginons une femme qui a été abusée sexuellement par son père dans son enfance. Elle se trouve sur le canapé du salon, en train de regarder un film à la télévision, avec, à sa droite, son fils de 7 ans. Survient une scène, anodine pour un spectateur ordinaire, où un père prend sa fille sur ses genoux, ce qui pour cette femme rappelle les prémisses des situations d’inceste avec son père. Que se passe-t-il pour son fils, assis à ses côtés, qui, lui, ignore le secret de sa mère ? Tout comme Jeanne tout à l’heure, il sent soudainement sa mère dans un état bizarre : son attitude se modifie, elle semble émue, et, même sur le plan corporel, il détecte une série de modifications chez elle. L’enfant peut, dans le meilleur des cas, questionner sa mère « Maman, qu’est-ce qui se passe ?», mais souvent il ne reçoit pas de réponse authentique ou sent bien que le parent ne veut pas en parler. Alors, il se tait. Si le parent ne veut pas en parler, c’est en général, parce qu’il souhaite protéger son enfant d’une charge émotionnelle qu’il imagine trop lourde pour lui, chose logique vu qu’il a lui-même, enfant, été submergé par l’incident traumatique. Mais, vu le non-dit, l’enfant a du mal à comprendre et à se représenter ce qui se passe pour son parent. Pour lui, c’est flou, comme le contour des fantômes. L’enfant a affaire à une énigme, à un fantôme qu’il ne peut identifier mais qui l’interpelle. C’est comme une énigme interdite d’élucidation. Il essaye alors tant bien que mal de s’en faire une représentation intérieure dont il a besoin pour rendre intelligible le monde intérieur de sa mère et le sien mais qu’il ne se sent pas trop avoir le droit de penser, vu l’interdit que le parent pose plus ou moins explicitement. Parfois pour comprendre, il est amené à agir ce qu’il devine être le secret de son parent. S. Tisseron (2004) montre bien que ce fantôme risque d’orienter les goûts et les comportements de cet enfant plus tard, même s’il ne se souvient pas des situations précises durant lesquelles ce fantôme s’est constitué. L’enfant agit le secret de son parent. Car le secret suinte par tous les pores de la peau de son parent. Cela n’a rien de magique. Illustrons-le avec Henri…

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Henri et l’énigme de son dérapage sexuel avec sa fille…

Henri, la bonne quarantaine, a été incarcéré pendant cinq ans pour inceste sur sa fille de 11 ans et est actuellement en libération conditionnelle. Dans ce cadre, il est contraint de participer à un groupe thérapeutique pour auteurs d’infractions à caractère sexuel que je coanime avec Mark Mertens [3]  Psychiatre, psychothérapeute au Service de Santé Mentale... [3] . Lorsque nous rencontrons Henri, il évoque une enfance empreinte d’une grande froideur affective, une mère peu à l’écoute, souvent humiliante et violente avec lui et un père plutôt « mou », incapable de limiter sa femme dans ses accès de violence. Bref, un désert affectif fait de nombreuses brimades et humiliations. Il a du mal à comprendre les actes pour lesquels il a été condamné. Pourquoi a-t-il dérapé sur le registre sexuel ? Il n’a pourtant pas, lui-même, été victime d’abus sexuel, ce qui est pourtant le cas de la majorité des autres patients du groupe thérapeutique…

Nous l’interrogeons sur la place qu’avait la sexualité dans sa famille d’origine, sur le discours sur la sexualité qui y avait cours. La sexualité était taboue, on n’en parlait pas mais il sentait la haine de sa mère envers le sexe masculin. Elle disait souvent :

« Les garçons, c’est sale ». Il évoque plusieurs scènes de famille où sa mère et sa sœur se moquaient de lui et de son sexe, souvenirs cuisants d’humiliation qui appelaient vengeance…

Il percevait aussi que sa mère détestait son propre père, avec qui elle avait coupé les ponts depuis de nombreuses années, mais il en ignorait la raison et n’osait pas l’interroger. Il devait y avoir là un secret de famille, nous disait-il… Il se souvenait du jour où l’hôpital avait appelé sa mère d’urgence pour demander à cette dernière de se rendre au chevet de son grand-père maternel mourant. Après un temps d’hésitation, sa mère s’y était quand même rendue, embarquant les enfants avec elle. Henri avait alors huit ans. Il se souvient de l’ambiance détestable qui régnait dans la chambre d’hôpital, de l’animosité rentrée de sa mère non seulement envers son père à elle, mais surtout envers les hommes, dira-t-il, s’englobant lui, seul garçon de la famille. A nouveau, le fantôme…

Dans les séances de groupe, Henri se plaint très souvent de l’injustice dont il est victime : « D’accord, reconnaît-il, je ne suis pas tout blanc, je suis coupable de faits graves envers ma fille, mais je ne suis pas le seul responsable, mes parents n’ont jamais été mis en cause, pourtant, ma mère me maltraitait, et ma femme non plus n’a jamais été inquiétée, elle qui avait pourtant l’intuition qu’il se passait des choses avec Aline, notre fille, et qui s’est tue ». Pourquoi est-il donc le seul à payer, le seul à avoir fait de la prison et à être traité comme un moins que rien, « un sale pédophile » par tous les membres de sa famille ? Nous l’encourageons à avoir une discussion avec sa mère (son père est décédé aujourd’hui) au sujet de la responsabilité partagée. « Ça ne servira à rien, nous dit-il, elle ne voudra rien entendre !» Mon collègue et moi rétorquons que l’objectif n’est pas tant qu’elle change, qu’elle reconnaisse sa part de responsabilité dans le drame qui s’est produit, mais plutôt que lui puisse changer de position relationnelle, qu’il puisse cesser d’accepter d’être le pauvre type qu’on dénigre et qui se laisse faire. Henri se montre sceptique… Nous lui proposons alors de mettre cette conversation avec sa mère en scène. Un autre membre du groupe jouera le rôle de sa mère et lui le sien. Le jeu de rôle est époustouflant… D’abord parce que l’homme qui joue le rôle de sa mère nous semble criant de vérité (ils se connaissent très bien tous les deux et se sont longuement raconté leur histoire) mais surtout parce qu’Henri, que nous observons pour la première fois en position de fils face à sa mère, régresse complètement et nous voyons cet homme de 42 ans, intelligent, corpulent et, d’ordinaire assez affirmé dans le groupe, redevenir un petit garçon de 5 ou 6 ans, inhibé et soumis, n’osant ni aborder le sujet prévu, ni contrarier sa mère.

Nous « débriefons » le jeu de rôle et lui faisons part de ces observations. Nous proposons alors de reprendre le jeu de rôle mais cette fois en inversant les rôles : Henri jouera le rôle de sa mère et l’autre participant celui d’Henri. Le jeu de rôle se déroule et, même si le personnage de la mère reste sur la défensive, elle ne se défile pas complètement.

A la séance suivante, Henri arrive triomphant au groupe. « J’ai un scoop !», s’écrie-t-il.

« J’ai enfin osé interroger ma mère et voici ce qu’elle a finalement accepté de me raconter.» Il a appris que lorsque sa mère était jeune, le père de celle-ci voulait prostituer ses filles. Ce dernier avait le projet d’ouvrir une maison de passe et de les y faire travailler. Mais comme la mère d’Henri, la cadette, était une fille fragile, atteinte d’une maladie que nous n’avons pas pu identifier mais oùelle urinait du sang, des membres de la famille élargie, informés du projet du père, se sont interposés et l’ont prise chez eux en accueil jusqu’à sa majorité. Ils lui ont donc épargné le pire, même si l’on peut penser que ce père a probablement eu avec ses filles des conduites déplacées sur le plan sexuel, peut-être non sans rapport avec la maladie de la mère d’Henri, ce qu’elle lui a d’ailleurs laissé entendre à demi-mot… Quoi qu’il en soit, par son seul projet de prostituer ses filles, cet homme faisait intrusion dans la sexualité de ses filles, c’était à tout le moins un comportement incestuel si pas incestueux.

Nous pensons donc que ce passé resté secret a coloré le rapport de la mère à l’identité sexuelle de son fils. Il éclaire sa haine des hommes. Henri a grandi avec le revenant de sa mère. Ce fantôme l’a hanté et nous pensons qu’il a orienté ses conduites sexuelles déviantes car il y a eu transmission d’une énigme concernant la sexualité et d’un interdit d’aborder cette question. Si l’inceste de la génération précédente avait pu être parlé entre mère et fils, l’inceste de la génération actuelle aurait probablement pu être évité.

Henri nous dira, après ce récit : « Après avoir parlé à ma mère, je me suis senti grandi, un mec quoi, et j’ai pu regarder les femmes autrement ». Auparavant, la femme ne pouvait qu’être haïe ou idéalisée par Henri, et dans les deux cas, inaccessible, effrayante et écrasante… Il s’est agi d’un tournant dans la vie de cet homme. Nous pensons que grâce à la discussion avec sa mère, il a pu enfin mieux comprendre pourquoi il avait agressé sexuellement sa fille, agissant malgré lui le secret de sa mère.

Mais surtout, il a enfin osé prendre sa place, adopter une autre position relationnelle, se faire exister aux yeux de sa mère, cesser d’être complice de la culture familiale de non-dit et de se laisser condamner par les autres au silence.

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Henri nous rappelle qu’une thérapie, ça ne sert pas à comprendre, mais à poser des actes. Je suis toujours pleine d’admiration pour les changements qui se produisent quand les patients, prenant leur courage à deux mains, font le saut d’oser des positions relationnelles différentes (cesser de se taire, de se laisser dire, d’être complice de la loi du silence) qui redistribuent toutes les cartes du jeu systémique de leur famille. Les choses, alors, ne sont jamais plus comme avant.

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Je pense que le recours au jeu de rôle a été déterminant dans le grand saut. Le fait d’avoir vécu cette situation, d’en avoir fait l’expérience « pour jouer », d’avoir ressenti toutes ces émotions, de sa place de fils mais aussi dans la peau de sa mère, de s’être senti redevenir un tout petit garçon face à sa mère et d’avoir entendu le feed-back que le groupe lui a renvoyé, avec bienveillance mais sans mâcher ses mots, a dû agir comme une provocation et un déclencheur.

Transmission de la souffrance par méconnaissance de la réalité

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Nous voudrions ici élargir la question de la transmission de traumatismes psychiques, qui renvoient à des événements bien précis de l’histoire qui ont fait effraction dans le psychisme de la personne, à celle de transmission de la souffrance d’une génération à l’autre, cette dernière pouvant faire référence à un passé douloureux, à une ambiance familiale lourde, à des interactions familiales subtilement pathogènes, sans qu’il soit possible d’identifier un ou des événements traumatiques stricto sensu.

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Dans un excellent article où il étudie l’impact des non-dits familiaux sur les générations suivantes, en particulier en lien avec le déclenchement d’une psychose à la génération suivante, Matteo Selvini (1995) montre très subtilement combien la minimisation de la souffrance, si elle est, pour la génération qui l’a vécue, une manière de survivre, devient un piège pour la génération suivante. Selon lui, cette minimisation de la souffrance dans l’histoire des parents constitue un des principaux facteurs de risque (et non pas un facteur causal) dans le déclenchement, à la génération suivante, de pathologies psychiatriques graves telles que la psychose. Il appelle « méconnaissance de la réalité » cette minimisation ou négation de leur souffrance durant leur propre enfance. Souvent, les parents des personnes psychotiques ont un passé lourd mais gardé secret. Dans leur discours, ils cachent leur souffrance d’enfant et parfois même idéalisent leur enfance. Ils racontent à leurs enfants qu’ils ont eu une enfance heureuse, et que tout va bien dans leur vie, mais leurs enfants captent bien sur le plan non-verbal une souffrance enkystée encore vive chez leurs parents. Ces enfants-là ne savent plus quoi penser. Ils sentent des choses pourtant justes mais qui ne sont pas validées par le discours de leurs parents. La confusion s’installe alors en eux… Illustrons-le :

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Alexandra ou « se taire sur sa souffrance pour éviter qu’elle ne vous revienne en pleine figure »

Alexandra, 47 ans, est mariée et mère de trois enfants, adultes aujourd’hui. C’est une femme sympathique, sensible. Elle vient me voir avec une demande de thérapie individuelle pour revisiter son passé, mettre des mots sur cette histoire particulièrement lourde, notamment sur le plan de l’ambiance, une atmosphère de huis clos étouffant qui a régné pour elle durant toute son enfance.

Dans le décours de la thérapie, après environ un an de travail, j’apprends que Michel, un de ses enfants, dont j’avais entendu dire qu’il n’allait pas bien, fait une décompensation sur un mode psychotique. Je précise que je n’ai jamais rencontré Michel car je suis Alexandra dans le cadre d’une thérapie individuelle.

J’interroge Alexandra pour savoir ce que son fils connaît de son passé. Bien peu de choses en réalité. J’apprends alors que, quand Michel était petit, Alexandra était en dépression, ce dont elle ne m’avait jamais parlé aussi clairement jusqu’alors, mais qu’elle mettait toute son énergie et tout son amour pour faire bonne figure et avoir l’air bien dans sa peau quand les enfants étaient auprès d’elle. « J’attendais que les enfants partent à l’école et je pleurais toute la journée, jusqu’à leur retour », me dira-t-elle. Je l’interroge sur les raisons de la dissimulation de sa souffrance. Après quelques réponses un peu banales évoquant le souci de protéger ses enfants du poids de son histoire personnelle, elle me dira ceci : « Ma mère m’a toujours enjoint de dissimuler ma souffrance. Elle me disait toujours : “ Souris, chérie”. Je crevais de mal mais je ne pouvais rien en montrer à l’extérieur, il fallait sauver les apparences, “ soigner la façade”, comme elle disait.» Alexandra a donc perpétué, à son insu, la loyauté à l’injonction de sa mère. Ensuite, elle me dira cette phrase si touchante : « Je voulais me donner une chance d’être heureuse, essayer d’oublier, taire ma souffrance pour éviter qu‘elle ne me revienne en pleine figure. »

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Alexandra me montre l’énergie qu’elle a déployée à l’époque pour lutter contre sa souffrance, contre son revenant. Avec cette illustration clinique, on voit bien que ce qui est une tentative de sauvetage, une manière d’essayer de « Vivre » enfin, à une génération, peut être un piège pour la génération suivante. Ainsi, Michel et ses frère et sœur sentaient bien que leur maman n’allait pas si bien que ça. Mais la dissonance entre le discours officiel « tout va bien » et le ressenti des enfants les plongeait dans la perplexité et rendait à leurs yeux leur mère énigmatique.

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Les enfants ont affaire à un malaise sans visage (un fantôme) que leurs parents taisent ou nient. Comme les parents méconnaissent leur propre souffrance, ils risquent d’être moins enclins à détecter les signes de souffrance de leurs enfants et moins empathiques à leur égard. Vu qu’ils tentent d’enfouir leur passé, ils éprouvent plus de difficultés à se remettre en question et notamment concernant leurs attitudes à l’égard de leurs enfants. Et donc, ces derniers ne peuvent pas facilement les critiquer, mettre en cause leurs attitudes. Comment critiquer dans une famille qui se dit et se pense harmonieuse ? C’est une chaîne infernale…

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Pour sortir de la confusion, l’enfant peut « choisir » de s’en tenir au discours officiel « tout va bien dans le meilleur des mondes ». Il commence alors lui aussi à idéaliser ses parents. L’idéalisation par l’enfant de ses parents est en fait une réaction à l’auto-idéalisation des parents. Comme l’écrit Matteo Selvini (1995): « Le patient (l’enfant futur psychotique dans ce cas) est désorienté par des parents qui s’autoidéalisent (ou se mystifient) et qui, en se masquant initialement leur souffrance, occultent également les conséquences de ces malaises dans la relation duelle avec leur enfant.»

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Il est essentiel pour l’intervenant de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un processus conscient, d’un mensonge, d’une duperie organisée. C’est plus un aveuglement qu’une dissimulation consciente. Ces parents ont besoin de se voiler la face pour améliorer leur qualité de vie, ce dont Alexandra avait magnifiquement témoigné. Mais le résultat pour la troisième génération, c’est que les enfants portent la souffrance sans visage de leur(s) parent(s). Lorsqu’une génération tente de jeter un voile sur sa souffrance, la génération suivante risque bien d’en hériter, ce qu’Alexandra avait intuitivement très bien capté et qui, en réalité, motivait en grande partie la démarche de consultation. « Mes enfants ne vont pas bien, me dira-t-elle , je crois qu’ils portent ma souffrance. »

La psychothérapie comme entreprise de mise en récit et comme prévention pour les générations futures

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Des études sur l’attachement (Main et al., 1985) montrent que si, statistiquement, les mères ayant eu une enfance traumatique ont généralement des enfants qui ont un attachement « insécure » à leur mère, l’attachement peut néanmoins être de bonne qualité si la mère, malgré son histoire douloureuse, est capable d’en faire un récit clair et cohérent à son enfant. Pour y arriver, elle doit s’être penchée sur cette histoire et ne pas s’en être détournée. Pour P. Ricoeur, le travail d’une vie consiste à arriver à raconter sur soi une histoire cohérente et acceptable.

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Selon P. Caillé (2001), le récit autobiographique a une double fonction :

  1. donner un support d’identité : c’est en me racontant que j’apprends qui je suis, que je me donne consistance et cohérence, et que je donne sens à ma vie;

  2. une fonction cognitive : ce récit est une trame pour déchiffrer le monde, pour interpréter les événements.

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La psychothérapie est un travail de mise en récit, d’« historicisation », dirait B. Cyrulnik (1999). La mise en récit permet notamment de réinscrire l’événement traumatique dans une histoire, là où auparavant, il était isolé, clivé du reste. Si l’autre qui écoute mon récit de vie m’accepte avec cette partie « sombre » de moi, alors je peux réconcilier les deux parties du moi divisé. Comme le dit B. Cyrulnik, « le moi socialement accepté tolère enfin le moi secret non racontable ».

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C’est essentiel pour soi de « bien pouvoir se raconter », de se constituer un récit de vie qui soutient et reste dynamique, mais ça l’est aussi pour le bien-être des générations suivantes. Ceci nous apporte de précieuses indications sur les questions des parents d’enfants pour lesquels nous sommes consultés et qui nous demandent s’ils doivent taire ou parler de leur passé douloureux à leur enfant. Je pense que pouvoir parler de son passé à ses enfants – éventuellement avec l’aide d’un thérapeute qui offre un contexte contenant, sécurisant – est un facteur protecteur qui peut empêcher le déclenchement de certaines pathologies, parfois graves, chez les enfants. La présence d’un thérapeute est parfois indispensable, car, si taire la souffrance peut être nocif pour les générations futures (et actuelle parfois), l’exprimer de manière brute, envahissante, non symbolisée, peut l’être également, tant pour le parent qui raconte, que pour les enfants. Parfois alors d’ailleurs, les enfants s’arrangent pour faire taire leur parent dans la révélation des pans trop douloureux de l’histoire. La présence d’un thérapeute permet de contenir les débordements émotionnels, comme une enveloppe psychique, et de soutenir l’activité de représentation et de mise en lien. L’émotion ne doit pas paralyser le travail d’élaboration psychique, le thérapeute en sera le garant. Parfois, le thérapeute devra freiner le récit du traumatisme afin qu’il ne déborde pas les capacités d’assimilation du psychisme. Il veillera à l’aborder progressivement afin que cette fois, le récit du traumatisme permette de maîtriser l’émotion qui, au moment du choc traumatique, a débordé la personne. Petit à petit, le traumatisme peut alors être éprouvé et représenté, mais aussi intégré au reste de l’histoire.

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Ce travail d’historicisation peut s’effectuer de manière classique, comme par exemple dans le courant narratif, ou à l’aide d’objets flottants, comme le jeu de l’oie systémique (P. Caillé, 1994), ou encore avec la pratique du récit de vie qu’enseigne E. Dessoy. Sur l’intérêt de recourir aux objets flottants pour accéder aux pans les plus douloureux de l’histoire des personnes, on pourra consulter l’article de l’auteur (à paraître dans la revue Thérapie Familiale).

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En prenant en considération ce dernier aspect, les illustrations cliniques de cet article montrent que, plus encore que le traumatisme en soi et la souffrance associée, ce sont les secrets, les non-dits, la dissimulation de la réalité et de la souffrance vécue qui sont pathogènes pour les générations suivantes. Elles nous rappellent aussi l’intérêt, bien souvent, de travailler sur au moins trois générations. Même si nous ne les rencontrons pas toutes dans la réalité des entretiens, nous pouvons leur faire une place via l’exploration de la dimension transgénérationnelle.


BIBLIOGRAPHIE

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  • 4. Caillé P. (2001): De l’intérêt de pouvoir bien se raconter. L’histoire et le récit de l’histoire dans la relation thérapeutique, Générations, 24,56-60.
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  • 11. Stettbacher J.K. (1991): Pourquoi la souffrance ? Aubier, Paris.
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Notes

[1]

Psychologue psychothérapeute au Service de Santé Mentale Chapelle aux Champs, U.C.L., Bruxelles – Formatrice à l’approche systémique et à la thérapie familiale au CEFORES, dans ce même centre.

[2]

Fin des études secondaires, correspondant au baccalauréat en France.

[3]

Psychiatre, psychothérapeute au Service de Santé Mentale Chapelle aux Champs, U.C.L., Bruxelles – Formateur à l’approche systémique et à la thérapie familiale au CEFORES, dans ce même centre.

Résumé

Français

La transmission transgénérationnelle des traumatismes et de la souffrance non dite. – Cet article traite de la transmission transgénérationnelle des traumatismes et de la souffrance. Il tente d’élucider ces mécanismes étonnants de transmission des traumatismes d’une génération à l’autre et de dégager des pistes cliniques pour approcher les souffrances transgénérationnelles engrangées dans le psychisme. Je m’appuierai sur différentes théories et approches cliniques qui m’ont aidée à affiner mon abord de ces situations: – Le modèle de transmission intergénérationnelle des traumatismes d’E. Tilmans (1995). – Le concept de transfert de K. Stettbacher (1991). – Les processus de sélection/amplification et de cristallisation/pathologisation décrits par G. Ausloos (1995). – La clinique du fantôme, de N. Abraham et M. Torok (1978), récemment revisitée par S. Tisseron (2004). – La méconnaissance de la réalité de M. Selvini (1995). A travers des illustrations cliniques, je montrerai que, plus encore que le traumatisme en soi et la souffrance associée, ce sont les secrets, les non-dits, la dissimulation de la réalité et de la souffrance vécue qui sont pathogènes, et tout particulièrement pour la génération qui suit.

Mots-clés

  • Transmission
  • Générations
  • Traumatisme psychique
  • Souffrance
  • Non dits
  • Mise en récit
  • Prévention pour les générations futures

English

The transgenerational transmission of trauma and unspoken suffering. – This article deals with the transgenerational transmission of trauma and suffering. It aims at clearing up those amazing mechanisms of trauma from one generation to the other, and at establishing clinical tracks to approach transgenerational sufferings stored in the psyche. I will make use of different theories and clinical approaches which helped me in these fields: – The pattern of intergenerational transmission of trauma of E. Tilmans (1995). – The concept of transference of K. Stettbacher (1991). – The process of selection-amplification and crystallization/pathologisation described by G. Ausloos (1995). – The inner crypt of N. Abraham and M. Torok (1978), recently revised by S. Tisseron (2004). – The ignorance of the reality of M. Selvini (1995). Through several clinical situations, I will try to give evidence that, more than the trauma in itself and the suffering associated to it, it is the secrets, the concealment of reality and the suffering associated that is pathogenic, and more particularly for the next generation.

Keywords

  • Transmission
  • Generations
  • Psychical traumatism
  • Suffering
  • Unspoken part
  • Narration
  • Prevention for the future generations

Español

La transmisión transgeneracional de traumas y el sufrimiento innombrado. – Este artículo versa sobre la transmisión transgeneracional de los traumas y del sufrimiento. Intenta elucidar esos mecanismos sorprendentes de la transmisión de los traumas de una generación a otra y trata de ofrecer pistas clínicas para abordar los sufrimientos transgeneracionales enraizados en el psiquismo. Me apoyaré para ello en diferentes teorías y paradigmas clínicos que me han ayudado a afinar mi práctica en dichas situaciones: – El modelo de transmisíon intergeneracional de traumas de E. Tilmans (1995). – El concepto de transferencia de K. Stettbacher (1991). – El proceso de selección-amplificación y de cristalización/patologización descritos por G. Ausloos (1995). – La clinica de fantasma de N. Abraham y M. Torok (1978), revisada recientemente por S. Tisseron (2004). – El desconocimiento de la realidad de M. Selvini (1995). A través de casos clínicos monstraré que, más que el trauma en sí y el sufrimiento unido a él, son los secretos, lo no-dicho, el disimulo de la realidad y del sufrimiento vivido lo que es patógeno, sobre todo para la generación siguiente.

Palabras claves

  • Transmisión
  • Generaciones
  • Trauma psíquico
  • Sufrimiento
  • Lo « no dicho»
  • Narración
  • Prevención para generaciones futuras

Plan de l'article

  1. Transmission transgénérationnelle des traumatismes psychiques
    1. La transmission transgénérationnelle des traumatismes d’E. Tilmans (1995) et le concept de transfert de K. Stettbacher (1991)
    2. Les processus de sélection/amplification et de cristallisation/pathologisation décrits par G. Ausloos (1995)
    3. La « clinique du fantôme » de N. Abraham et M. Torok (1978) revisitée par S. Tisseron (2004)
  2. Transmission de la souffrance par méconnaissance de la réalité
  3. La psychothérapie comme entreprise de mise en récit et comme prévention pour les générations futures

Pour citer cet article

Calicis Florence, « La transmission transgénérationnelle des traumatismes et de la souffrance non dite », Thérapie Familiale 3/ 2006 (Vol. 27), p. 229-242
URL : www.cairn.info/revue-therapie-familiale-2006-3-page-229.htm.
DOI : 10.3917/tf.063.0229

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