Thérapie Familiale
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
228 pages

p. 317 à 319
doi: en cours

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Volume 27 2006/3

2006 THÉRAPIE FAMILIALE

Recension

La voix de l’enfant dans la thérapie familiale carole gammer, érès relations, 2005

Solange Cook-Darzens
Pendant longtemps, la thérapie familiale s’est attachée à comprendre et à changer le système familial en s’appuyant sur la notion systémique des influences réciproques. Si chaque partie du système affecte le reste du système, l’introduction d’un changement dans un élément de la famille (ou dans un sous-système) influencera nécessairement l’ensemble du système, y compris l’enfant. Cette orientation théorique permettait peut-être de justifier une option déjà pratiquée par les pionniers de la thérapie familiale, et toujours bien ancrée dans nos pratiques actuelles, celle de passer surtout par les parents pour changer le système familial. Même si la thérapie familiale donne une place à l’enfant, (sans doute plus à l’adolescent), cette place n’est pas centrale. Le livre de Carole Gammer choisit l’option de remettre l’enfant au centre de la thérapie et de décrire plusieurs procédures pratiques pour y parvenir. C’est donc tout un travail d’adaptation de nos outils et interventions thérapeutiques qu’elle nous propose dans cet ouvrage, mais au-delà, toute une restructuration de notre position théorique et pratique en tant que thérapeute.
En effet, le choix de redonner une place centrale à l’enfant dans la thérapie familiale s’accompagne nécessairement d’un autre choix, celui d’une intégration de courants très divers. Intégration de la thérapie individuelle et de la thérapie familiale, intégration de la pensée batesonienne et constructiviste, mais aussi intégration d’orientations thérapeutiques d’origines multiples : les divers courants de la thérapie familiale, le psychodrame, la thérapie psychodynamique, la thérapie cognitive et comportementale, la gestalt, et la théorie du développement de l’enfant. Même les techniques récentes de microanalyse des interactions par vidéo sont de la partie.
L’objectif de redonner une voix à l’enfant, c’est-à-dire une capacité d’agir (agency) et de s’exprimer, Carole Gammer le réalise admirablement bien dans ce livre, en s’appuyant sur sa longue et riche expérience de thérapeute individuelle et familiale et de formatrice à la thérapie familiale. Ses contacts avec les pionniers américains de la thérapie familiale, son expérience de thérapie analytique avec l’enfant, ses connaissances de la thérapie comportementale, mais aussi son ouverture d’esprit et sa grande expérience professionnelle l’ont bien préparée à cela.
Huit chapitres sont consacrés à la description de diverses techniques thérapeutiques destinées à favoriser la participation active de l’enfant au processus de changement, telles les techniques de mise en scène, de métaphores, d’externalisation, de vidéo, de restauration du jeu, les techniques artistiques et d’autres encore. Chacune d’elle est précisément décrite, expliquée, et abondamment illustrée, toujours de manière très vivante. Les situations, stades de thérapie, problématiques où elle trouve son utilité sont également détaillées. En ce sens, c’est un précieux manuel d’interventions thérapeutiques que Gammer nous offre. Mais il y a plus : l’auteur mène les interventions jusqu’au bout de leurs possibilités en tissant chacune avec d’autres techniques; et elle les « systémise » pour les adapter au cadre de la thérapie familiale lorsqu’elles viennent d’autres horizons. Il faut bien le dire, dans les mains de l’auteur, le terme de « technique », plutôt opératoire, directif et standardisé, ne convient plus. Même s’il s’agit bien d’appliquer une technique, elle devient par l’utilisation qu’en fait Carole Gammer une manière d’accompagner la famille et d’approfondir un domaine relationnel qui dépasse largement la technique. C’est un support, un véhicule d’actions et de représentations partagées permettant d’aider la famille à trouver ses propres solutions et à accéder au niveau systémique des changements à élaborer. Pour exemple, la technique d’externalisation que je connais bien et pratique dans mon travail avec les familles d’enfants anorexiques, prend une autre envergure quand elle s’associe à l’exploration des exceptions positives, à la technique de mise en scène (et de mise en scène du futur), à l’utilisation de marionnettes chez les plus jeunes, à des tâches artistiques et des outils cognitivo~comportementaux. Cette technique simple, réinventée en quelque sorte par l’auteur, devient alors approche systémique à part entière, créant un noyau plus vaste de « représentations modifiées des relations de la famille qui à leur tour sont la base du changement des relations de la famille » (p. 81). Changements individuels et familiaux se mêlent alors et se renforcent mutuellement.
Quatre autres chapitres animent et recontextualisent ces techniques, d’une part dans le déroulement même du processus de la thérapie familiale (premier entretien, entretiens suivants), d’autre part autour de thèmes spécifiques (la fratrie et l’enfant avec trouble d’hyperactivité et/ou déficit de l’attention). C’est alors l’occasion de présenter aussi d’autres approches, d’autres modes de questionnement et d’observation de la famille. Et chaque fois, on admire la façon dont Carole Gammer évite l’écueil de devenir trop directive et linéaire (même lorsqu’elle utilise des approches cognitivo-comportementales), respecte le rythme de chaque famille, et l’accompagne de manière structurée mais souple vers un nouveau niveau d’auto-observation et la découverte de ses propres solutions.
Le dernier chapitre, d’orientation théorique, préconise la prise en compte simultanée de la causalité circulaire (les comportements interactionnels de la famille, perspective externe) et des représentations mentales de la famille (la boîte noire ou perspective interne). J’aurais voulu y trouver des liens plus directs avec la voix de l’enfant, son agency, toutefois ce chapitre a le mérite de se faire, une fois de plus, le porte-parole d’une approche intégrée.
Au total, Carole Gammer réussit ce que peu de thérapeutes arrivent à faire. Transformer un immense puzzle de pièces disparates en un tout cohérent et intégré. Réinventer et faire siennes des techniques de courants multiples. Une véritable intégration dépassant largement l’« éclectisme » que certains d’entre nous pratiquent quotidiennement au gré de la problématique ou du contexte. Je l’ai recommandé déjà à mes collègues médecins, à mes collègues thérapeutes individuels et familiaux, et à mes étudiants : malgré la diversité de leurs formations et de leurs orientations thérapeutiques, tous l’ont trouvé d’une grande pertinence. Je ne doute pas que les thérapeutes de toutes convictions y trouvent non seulement de nouvelles techniques qui enrichiront leur pratique, mais aussi une source d’inspiration pour tendre vers des modèles plus souples et intégrés, plus respectueux aussi des capacités de chacun à trouver sa propre voie (voix).
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