2007
THÉRAPIE FAMILIALE
Les articles
Brigitte Waternaux
Ce numéro, qui débute l’année 2007, est tout à fait cosmopolite, puisque les lecteurs vont trouver successivement des articles du Brésil, d’Israël et du Canada, et de
retour en Europe, des articles de Suisse et de Belgique. Et nous nous en réjouissons car
l’ouverture sur d’autres contextes et d’autres façons de faire ne peut que nous enrichir.
Auparavant, un texte de Jean-François Le Goff vient rendre hommage à la
mémoire de Lyman C. Wynne et Ivan Boszormenyi-Nagy, tous deux disparus en
janvier 2007, ainsi qu’Insoo Kim Berg. Nous avons appris aussi celle de Jay Haley
en février 2007. Le comité de rédaction s’associe à la tristesse de leurs proches et à
l’hommage qui leur est dû à tous quatre.
Avec l’expérience et le recul de leur pratique, les thérapeutes sont amenés à trouver leur propre style. Denise Franco Duque revient sur son parcours de thérapeute et
s’interroge sur ses références personnelles au cours des thérapies : être systémicienne,
pour elle, ne veut pas dire se couper de ce qu’elle appris dans « son enfance de thérapeute », à savoir sa formation analytique. A l’appui de son propos, elle décrit une thérapie de couple : écoutant l’enfant dans l’adulte des deux conjoints, elle a tracé avec
eux le chemin des blessures de l’enfance jusqu’au nœud du conflit conjugal.
Il n’est pas nécessaire de rappeler que Gandhi fut l’apôtre et le symbole même
de la résistance sans violence. Mais la résistance sans violence ne signifie pas qu’il
n’y ait pas lutte : une personne qui cède à la lutte entretient la violence. C’est ainsi
qu’une équipe de Tel-Aviv : Haim Omer, Irit Shor-Sapir et Uri Weinblatt, ont
expérimenté une forme de résistance sans violence dans la lutte contre la violence
entre frères et sœurs. Leur modèle ? Prévenir l’escalade de la violence en s’opposant
fermement sans utiliser soi-même la violence, augmenter la présence parentale,
réduire l’isolement de la (ou des) victime(s) en faisant appel au réseau des proches
et de la famille élargie, et aussi amorcer des attitudes de réconciliation, car la lutte
est dirigée contre les comportements violents, non contre la personne auteur de cette
violence. Comment ne pas s’intéresser à ce modèle de nos jours ?
A l’heure où en France et en Europe le statut et la formation des thérapeutes, ainsi
que l’évaluation des thérapies, font débat, nous vient d’outre-Atlantique un article
sur l’évaluation d’un programme d’intervention de crise auprès d’adolescents et de
leurs familles. Avec la rigueur et la précision que le lecteur lui connaît, Robert
Pauzé, et ses collaborateurs Luc Touchette et Jacques Joly, décrivent ce programme d’intervention en urgence, limitée dans le temps et dont le but est de permettre à l’adolescent et sa famille de dépasser la crise sans avoir recours au placement dans un milieu de substitution à la famille. Ils montrent, chiffres à l’appui, les
bénéfices et les limites de ce programme qui s’appuie sur l’apaisement de la crise,
l’évaluation des besoins et l’élaboration d’un projet à court terme, dans un premier
temps, et à moyen et long terme ensuite.
Sur les traces d’Emma, adolescente qui ne comprenait pas que faire du trafic de
drogue et se droguer pouvait présenter un problème, sinon que cela fut l’origine
d’un séjour qu’elle fit en prison, Jean-François Briefer et Liliana Correa optent
pour le lâcher-prise et renoncent à une attitude de « normalisation » qui les pousserait à chercher la cause de ce comportement – ce qui revient à attribuer un blâme. Ils
recadrent alors ce comportement comme une peur de l’abandon et une peur plus
grande encore de la liberté qu’elle revendique haut et fort auprès de ses parents. Ils
font le pari de l’efficacité de la « non-pathologisation » de la situation, aident les
parents à se réapproprier leur position de parents, et créent une matrice expérientielle génératrice de possibles, qui s’inscrit dans la lignée du constructivisme.
Dans le cadre des rencontres thérapeutiques avec les patients et leur famille, la
question de la religion n’est pas simple à traiter : le thérapeute se doit-il d’observer
une stricte discrétion, ou doit-il, au contraire, faire état de ses convictions religieuses et explorer celles de la famille ? La question même est-elle pertinente ? Dominique Struyf a choisi de faire de la religion un moyen d’entrer en contact avec un
patient, au même titre que l’histoire de la famille du thérapeute entre en résonance
avec l’histoire du patient et sa famille. A l’aide d’une situation de sa pratique de
pédopsychiatre, elle montre au lecteur comment elle met en acte ce choix.