2007
THÉRAPIE FAMILIALE
Les articles
Brigitte Waternaux
Quel thérapeute, quelle équipe n’a pas connu de famille « résistante »? La résistance peut être considérée comme une forme de mise en échec de la thérapie par le
patient (comme souvent en psychanalyse) ou la famille, ou bien – avec l’apport du
constructivisme, les systémiciens optent plutôt pour cette approche – comme une
composante liée au système thérapeutique. Dans une clinique spécialisée dans le traitement des familles résistantes, Claude Villeneuve, Johanne Bourgeois, Emmanuelle Martin, Danielle Paquette, Manon Savoie et Christiane Bélanger, partent
de ces prémisses, et font porter leur effort sur l’alliance thérapeutique. Ils présentent
ici leur expérience : les concepts qu’ils utilisent, leurs idées directrices, et ils soulignent l’importance du fonctionnement en équipe… Et il n’est pas inintéressant de
noter qu’ils posent la question du coût et de l’efficacité de leur pratique… Les systémiciens, comme les autres thérapeutes, sont de plus en plus dans l’obligation de se
poser cette question.
Dans le deuxième article, Corinne et Stéphane Héas se penchent sur la douleur
des parents qui ont perdu un ou plusieurs enfants en bas âge. La thérapeute, utilisant
la résonance avec sa propre histoire familiale, dont elle « fait cadeau » au lecteur,
entreprend avec délicatesse d’aider ces parents à faire la séparation entre le monde
des vivants et celui des morts – permettre aux morts de prendre leur place permet
aux vivants de vivre leur vie – et la remise en route du temps – il y a un début par la
vie et une fin par la mort. C’est ainsi qu’elle utilise les rituels de « la petite boîte » et
celui de « l’album photo ». Elle décrit finement son travail.
Intégrant thérapie systémique et thérapie brève, Stephan Hendrick propose un
modèle intégratif dont il explicite les postulats, les principes fondamentaux et les
techniques. Pas à pas il reprend, en les faisant se compléter et se répondre, l’apport
théorique très clair et les exemples cliniques qui viennent à l’appui du développement de sa pratique.
Il apporte aussi une analyse pertinente de la régulation du processus thérapeutique : le travail du thérapeute se porte plus sur le processus que sur le contenu, le
thérapeute doit suivre et conduire le processus, et garder en mémoire l’importance
de l’interaction entre son style et celui du patient. La modélisation, dit-il, présente
l’avantage de faciliter le travail des chercheurs (...) qui a son tour aide le travail
des cliniciens.
Et Anne-Marie Garnier, que le lecteur connaît déjà, a écrit un article tout à fait
roboratif. C’est un point de vue original et optimiste, qui s’inscrit dans la lignée systémique… qui s’intéresse aussi au processus de la « crise de l’autorité » actuelle.
L’autorité n’est plus ce qu’elle était, elle n’est plus fondée sur les mêmes bases
qu’auparavant – et d’ailleurs est-ce vraiment dommage ? demande-t-elle – alors prenonsen acte ! En tant que thérapeute, dit-elle, nous avons quelque chose à en faire :
guidons les parents dans leurs tâtonnements (nous voilà bien loin de la neutralité
bienveillante…) et de donner des « trucs » pour le lecteur/guide des parents !
Et d’ajouter l’autorité est en devenir, le processus est en route, aidons à transformer l’essai. Nous retrouvons là la position de Kenneth Gergen qui, à propos des
nouvelles formes de parentalité, suggérait de ne pas s’arc-bouter sur les « valeurs
traditionnelles de la famille », mais au contraire de faire émerger les nouvelles potentialités liées aux modèles innovants de parentalité.
Dans l’article suivant, c’est encore de la place des parents dont il est question,
place dans une partie fondamentale de la société : l’école. Anne Berlioz, qui aussi a
déjà contribué à la revue sur le même thème, revient sur ce deuxième organisateur de
l’apprentissage de la vie sociale de l’enfant. Si les parents ont le rôle d’élever le petit
enfant, qui est dans un premier temps sous leur influence seule, dans un deuxième
temps l’école vient élargir le champ de ses expériences et c’est à ce moment-là que le
relais doit se faire dans le respect réciproque entre les parents et l’école. Le petit enfant
ne peut apprendre que si la famille le souhaite… et le lui fait clairement comprendre.
Le lecteur trouvera en fin du numéro une recension du dernier livre de Chiara
Curonici, Françoise Joliat et Patricia McCulloch, c’est un hasard. Il aura donc le loisir de constater que leur positionnement n’est pas le même : elles développent l’idée
que l’école doit se centrer sur le groupe classe et non sur les parents. La raison en est
sans doute que les enfants dont elles parlent sont plus âgés.
L’enfant a grandi, il est devenu adolescent mais pas autonome pour autant. Le
voilà dans l’obligation de se confronter à la vie en société : insertion dans le monde
du travail et conjugalité sont les traces les plus explicites de l’autonomisation.
Mais il peut « faire le tanguy », voilà l’antonomase sur le point de s’installer, il
suffit d’attendre son entrée dans le petit Robert ou le petit Larousse… et il suffit au
lecteur de lire l’article de Pascal Janne, Christine Reynaert, Denis Jacques,
David Tordeurs, Nicolas Zdanowicz pour comprendre en quoi le titre phare du
film d’Etienne Chatiliez est en train de devenir une expression courante. Ils brossent
un tableau critique et amusé de ces éternels ados que leurs parents s’effrayent de
voir s’incruster dans leur famille d’origine.
Et au-delà de ce tableau de la société actuelle, ils forment des hypothèses sur ce
qui peut être un véritable problème pour l’adolescent piégé dans cette position.