Thérapie Familiale
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
192 pages

p. 1 à 2
doi: en cours

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Volume 29 2008/1

2008 THÉRAPIE FAMILIALE

Éditorial

Nicolas Duruz
Je ne crois pas beaucoup me tromper en pensant que deux groupes de personnes sont en train de lire cet Editorial : celles qui ont eu la chance d’être présentes aux 10èmes Journées de Lyon, et celles qui n’ont pas eu l’occasion d’y participer. Les premières ne m’en voudront pas de m’adresser plus particulièrement aux secondes. A ces dernières, j’ai envie de communiquer ce que j’ai déjà pu partager à la fin du mois de mai 2007 avec certains collègues rencontrés à Lyon précisément : le tout grand cru de ces 10èmes Journées Francophones de Thérapie Familiale Systémique ! Consacrées, s’il faut le rappeler, à la problématique Autonomie et Dépendances, elles m’ont séduit par leur excellente organisation au service de la rencontre, le sérieux des échanges et la pertinence des thèmes abordés.
Un congrès réussi se juge en partie aux rencontres qu’il favorise. Une fois de plus, ces Journées n’ont pas failli à cette fonction. Un accueil chaleureux et une organisation bien huilée, la bonne alternance entre séances plénières et ateliers, les nombreux moments de pause prolongée, l’architecture des lieux comme l’attrait de plusieurs quartiers de la cité lyonnaise, ont contribué une fois de plus à nous retrouver avec plaisir entre systémiciens. Sans sectarisme pour autant, avec la présence d’un public jeune et, d’après les organisateurs, un grand nombre de première participation. Environ 450 personnes s’étaient donné rendez-vous. Occasion de partager des expériences de travail, de confronter différents points de vue, qui n’en sont pas restés à des échanges entre bons amis, grâce sans doute au sérieux des exposés dont on a pu bénéficier.
En effet, j’ai été frappé par le fait que plusieurs orateurs, davantage me semble-t-il que lors des précédentes Journées, prenaient soin d’expliciter le modèle théorique qui inspirait leur travail clinique. La diversité était au rendez-vous. En plus des modèles de facture directement systémique (modèles communicationnel, transgénérationnel, conversationnel, etc.), nous avons eu l’occasion d’être branchés sur la théorie de l’attachement, la théorie piagétienne, l’éthologie et la psychanalyse. Et bien souvent, les conférenciers se plaisaient à confronter ces référentiels entre eux, pour voir comment ils pouvaient se féconder mutuellement. Ouverture sur l’interdépendance ! Et quand certaines communications se risquaient avec la présentation de données de recherches empiriques – ça, c’est vraiment nouveau –, on quittait définitivement l’image d’une systémique un peu « boy scout », certes ouverte et généreuse, mais s’attirant alors facilement les soupçons d’une pensée floue, syncrétique et en fin de compte peu scientifique. J’engage bien sûr dans cette appréciation l’a priori de l’universitaire que je suis, qui ne sacrifie pas pour autant sa conviction profonde que l’expérience vécue prime sur la pensée conceptuelle. Cette dernière a toutefois l’avantage de permettre une certaine objectivation des processus intersubjectifs et communicationnels, à l’Å“uvre dans toutes nos interventions. Cette posture critique et réflexive me semble indispensable à maintenir, si nous souhaitons une reconnaissance de la systémique sur la scène sociale et professionnelle, dans les domaines de la santé, de l’éducation et du travail.
Enfin, le thème de ces Journées m’est apparu d’une actualité redoutable. Dans une société postmoderne qui pousse tellement l’individu à être responsable, productif et efficace, en l’obligeant à se montrer « autonome », il devient difficile, comme l’ont bien relevé Bernard Fourez et Jean-Paul Gaillard, de ne pas ressentir négativement le fait d’être relié et en dépendance. Avec le risque d’opposer autonomie et dépendance, émancipation et appartenance, individu et société. Notre vie est de part en part relationnelle; la diversité des exposés durant ces Journées a permis d’en dévoiler les différentes scènes : relation de couple, familiale, thérapeutique ou de supervision, ou encore de travail et de réseau, etc. A chaque fois se joue l’individuation d’une personne singulière cherchant à être soi avec les autres. S’il est une chose que ces Journées nous ont sûrement permis de bien comprendre, c’est que l’autonomie, loin de s’opposer aux dépendances, s’appuie sur elles pour se construire. Notre degré d’autonomie s’évalue à notre degré de différenciation : en toute situation nous sommes nous-même, bien qu’à chaque fois différent, en fonction précisément du système d’appartenance avec lequel nous interagissons actuellement, sans être pour autant déconnecté des autres auxquels nous continuons d’appartenir. Etre soi, c’est parvenir au mieux à gérer personnellement ses diverses appartenances. On est donc plus proche, comme je le dis parfois un peu familièrement, d’une épistémologie de l’oignon que d’une épistémologie de l’artichaut ! Et quand bien même les dépendances peuvent être parfois ressenties comme des excès de contrainte, il serait dommage de ne pas essayer de repérer en elles, comme le dit S. Cirillo, ce qu’elles peuvent contenir de « saines dépendances ». En tant que sujet, acteur de sa vie, l’homme a la capacité de croire, comme l’affirmait de son côté C. Perrotin lors de la conférence d’ouverture, qu’il peut donner une autre forme à son existence. De manière peut-être un peu moins militante et reprenant une formule de la philosophie stoïcienne, elle évoquait Epictète : il s’agirait de « vouloir que les choses arrivent comment elles arrivent »!
Il me reste à souhaiter une agréable et fructueuse lecture de ces Actes, autant aux personnes qui les découvriront pour la première fois qu’à celles qui en ont déjà eu un avant-goût. J’ajouterai pour terminer un vÅ“u personnel : puisse une prochaine livraison de Thérapie Familiale nous restituer sous une forme ou sous une autre quelque chose des deux remarquables contributions, malheureusement non intégrées à ces Actes : celle de la philosophe Catherine Perrotin (De l’autonomie proclamée à l’interdépendance reconnue) et celle du psychothérapeute-chercheur Stefano Cirillo (Dépendances saines, dépendances pathologiques). Ce « rappel » ne sera pas de trop d’ici quelques mois pour nous aider à penser et à vivre plus avant, dans la complexité des complémentarités chère à la systémique, l’autonomie et les dépendances de notre existence humaine.
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