2008
THÉRAPIE FAMILIALE
Les articles
Brigitte Waternaux
Ce numéro 1 de l’année 2008 comporte la deuxième partie des actes des Journées
de Lyon 2007. Deuxième, car quelques autres textes viendront, dans les numéros à
venir, terminer ces actes.
En contrepoint de la plénière du vendredi matin, autour de l’attachement, Olivier
Real del Sarte, dans la plénière de l’après-midi a revisité la théorie du développement de l’enfant de Jean Piaget (qui part du point de vue biologique): l’attachement
se déconstruit et reconstruit tout au long de la vie, suivant les étapes du cycle vital.
Ainsi l’attachement construit de l’enfance à l’adolescence n’est qu’une partie du style
d’attachement entre conjoints. La thérapie de Christine et Octave en montre en un
exemple : comment passer de l’acte blessant attribué au partenaire, pour être en prise
avec sa propre blessure.
La nécessité de varier les settings peut s’imposer lors des prises en charge de nos
patients et de leur famille. C’est ainsi que Nicole et Bernard Prieur ont expérimenté des modèles variés de thérapies individuelles et/ou de couple et de familles.
Thérapies intégrées ou couplées, ils explorent les possibilités ainsi créées à l’aide de
vignettes cliniques et concluent que des liens forts entre thérapeutes n’entravent pas
mais, au contraire, peuvent permettre l’expression de leurs différences.
C’est une brève mais pertinente réflexion sur le lien, et le rapport entre autonomie
et dépendance que nous propose Michel Silvestre. Alors que l’autonomie concerne
l’individuel, la dépendance se situe au niveau du relationnel. La théorie de la hiérarchie
des niveaux logiques nous a appris que l’information sur la relation est d’un niveau
logique supérieur à l’information sur l’individu… Autonomie et dépendance, d’un
niveau logique différent, ne peuvent donc être le contraire l’une de l’autre…
En Europe comme en Afrique, le couple et la famille sont profondément modifiés
par l’évolution de la société en ce qui concerne le primat de l’autonomie. Omar
Sylla et Geneviève Platteau font un état des lieux dans les couples mono- ou biculturels.
En Afrique, le couple est ancré dans le groupe familial et social, en Europe le couple se
représente comme un espace distinct. L’évolution se fait donc vers une autonomisation
du couple en Afrique et en Europe, vers la contre-dépendance et le mythe d’individualisation. Pour illustration, ils nous décrivent cinq rencontres avec des couples.
Dépendance… assuétudes. Qui dit assuétude, dit clinique de l’assuétude. Maggy
Siméon et Camille Labaki, au fil de leurs rencontres avec les couples, se sont intéressées
à ces nouvelles formes d’addictions au virtuel : jeux vidéos et sites de rencontres ou
pornographiques. Elles se posent la question des différences et/ou des ressemblances
entre ces nouvelles formes d’infidélité et celles qui sont connues depuis longtemps…
Et le processus thérapeutique ne s’amorce que par la reconnaissance des faits…
Pathologie de l’adolescence et de l’autonomie/autonomisation, l’anorexie mentale fait l’objet de l’attention des systémiciens depuis longtemps. Le temps aidant,
les familles d’anorexiques ne sont plus montrées du doigt, mais intégrées dans la
prise en charge comme cothérapeutes. Florence Brunaux et Solange Cook-Darzens
nous font un tableau des prises en charge multifamiliales dont elles montrent les
indications et les résultats avec précision et rigueur.
La problématique de l’enfant-roi, enfant-tyran, est venue au premier plan des
médias récemment. Janine Renier et Hannelore Schrod en pointent certains
ingrédients : la perturbation du déroulement du temps (présent surinvesti, passé désinvesti, futur incertain); l’engouement récent de la société pour la pensée magique
de l’enfance (il y a peu c’était pour l’adolescence, maintenant elle s’« harrypotterise »); difficulté des parents en permanence surbookés à mettre des limites aux
enfants (forcément frustrantes)… Elles donnent aussi des pistes thérapeutiques.
Avec l’évolution de la société, nos pratiques se sont radicalement transformées.
Paule Lebbe-Berrier le constate aussi dans sa pratique de supervision en travail
social. Elle vient ici partager son expérience de supervision de groupe, qui oblige à
resituer le contexte de l’institution : missions et projets et aussi appartenance et légitimité. Cette analyse réflexive oblige à élargir les grilles de lecture et à se confronter
à la complexité. Pour cela, elle s’appuie sur les ressources du groupe : covision et
intervision permettent au groupe en entier de progresser vers la position d’acteur
éclairé.
Se former et former, pratiquer et s’évaluer, nous sommes de plus en plus dans
une culture de retour sur ses résultats. Ce qui était de bonne pratique (les groupes de
supervision et d’intervision ou tout simplement les confrontations entre praticiens
d’un même exercice), devient la norme. Dans cette mouvance, Jacques Beaujean
vient ici nous présenter ce qu’il appelle le réseau d’échange clinique… sur le net, il
nous décrit son fonctionnement.
Dans sa rencontre avec les enfants et leur famille, qu’il s’agisse de pratique privée ou institutionnelle, Raymond Traube utilise le totem comme objet médiateur;
il nous livre, avec quelques vignettes cliniques et leurs illustrations, sa méthodologie et les contextes qui lui semblent propices à son utilisation.
Enfin, les Journées de Lyon se sont ouvertes aux jeunes orateurs. C’est ainsi que
François de Reuck a présenté une communication libre sur sa recherche concernant les facteurs de modification de la dynamique familiale lors de l’hospitalisation
d’un enfant; et Stéphanie Haxhe un poster sur le travail qu’elle fait sur le processus
de parentification. Les textes sont ici présentés.