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MONDIALISATION
Philip Alston, Euan McDonald (dir.), Human Rights, Intervention and the Use of Force, Volume X/2, Oxford University Press (Collected Courses of the Academy of European Law Series), 2008, 306 pages, ISBN : 978-0-19-955271-9, £52,50
Charles R. Beitz, Robert E. Goodin (dir.), Global Basic Rights, Oxford University Press, 2009, 272 pages, ISBN : 978-0- 19-957026-3, £45,00
Desmond McNeil, Asunción Lera St Clair, Global Poverty, Ethics and Human Rights. The Role of Multilateral Organisations, Oxford, Routledge (Rethinking Globalisations Series), 2009, 192 pages, ISBN : 978-0-415-44594-8, £22,99
Leonardo Martinez-Diaz, Ngaire Woods (dir.), Networks of Influence ? Developing Countries in a Networked Global Order, Oxford University Press, 2009, 296 pages, ISBN : 978-0-19-956442-2, £50,00
Martin Vielajus (dir.), La société civile mondiale à l’épreuve du réel, Paris, éditions Charles Léopold Mayer, 2009, 352 pages, ISBN : 978-2-84377-139-2, 23 €
Rachel M. McCleary, Global Compassion. Private Voluntary Organizations and U.S. Foreign Policy Since 1939, Oxford University Press, 2009, 252 pages, ISBN : 978-0-19-537117-8, £22,50
Ces six ouvrages analysent les processus de construction de normes globales – juridiques, politiques, morales – et de pratiques internationales d’intervention dans les pays en développement, dans des domaines – ou par invocation de justifications – qui touchent aux Droits de l’Homme, à la sécurité, au développement, à la lutte contre la pauvreté, en des registres intimement mêlés qui impliquent fortement le politique. Enracinés dans diverses approches disciplinaires, ils posent tous la question des fondements du juste, du légitime et de leurs relations avec le légal, et donc des arbitrages entre référentiels de justification des normes, dans ce contexte qui couvre tant l’action des organisations internationales que celle des ONG ; tant les interventions militaires au nom de la défense de la liberté et des Droits de l’Homme que l’énonciation d’objectifs millénaristes et consensuels pour le développement et la globalisation de la lutte contre la misère, pour la sécurité humaine et la protection des droits fondamentaux. Ces ouvrages posent donc également la question des limites respectives du droit d’intervenir – voire du devoir d’intervention – et de la souveraineté des États ; de la pertinence de l’acteur étatique face à une mise en réseau transnationale croissante de divers types d’institutions, d’organisations et d’acteurs ; et celle des formes de l’intervention – registres militaires, caritatifs, contraignants, de coopération, marchands... Bien qu’évoquée de façon répétée, la dimension qui en est le plus absente (du fait de la sélection d’ouvrages) est précisément le rôle des organisations marchandes, dans ce nouveau cadre de relations internationales, qui apparaît plutôt en creux. D’une certaine façon, toutefois, la pénétration des logiques marchandes apparaît sous l’angle du poids des financements et de leur origine au regard de l’autonomie et des décisions d’orientations d’ONG, d’organisations internationales ou de réseaux. Et que l’approche privilégiée soit philosophique, éthique, juridique ou sociologique, tous ces travaux soulignent la prégnance de rapports de force politiques, dont le renouvellement des modes d’expression et des formes de justification n’épuise ni la virulence, ni l’acuité des enjeux.
2 Human Rights, Intervention and the Use of Force est un ouvrage appartenant à une série qui publie des cours de l’Académie de droit européenne ; il véhicule donc clairement une approche juridique, procédurale et normative. Il rassemble huit textes qui portent sur les interfaces entre droit, morale et politique : plus précisément, sur les interactions entre respect du droit international et de la souveraineté étatique, défense des Droits de l’Homme, renforcement de la sécurité et prohibition de l’usage de la force, et sur les tensions qui les imprègnent. Le cadre est celui d’interventions militaires sur des territoires autres que ceux des forces armées impliquées, qui exacerbent ces tensions. Un certain nombre de textes se réfèrent à l’exemple du Kosovo comme un tournant historique et un modèle paradigmatique des dilemmes que véhiculent ces interfaces. Les contributions abordent chacune certaines questions spécifiques : les relations entre légitimité et légalité (par exemple d’interventions justifiées par la défense des Droits de l’Homme mais parfois illégales, comme au Kosovo) ; entre droit de la guerre, droit humanitaire, Droits de l’Homme et droit pénal international ; entre protection des Droits de l’Homme individuel et défense des intérêts collectifs ; et entre rhétorique politique et norme légale, par exemple dans le cas de la responsabilité de protéger.
3 Deux lignes différentes d’arguments sont mobilisées pour justifier l’intervention dans des situations où la souveraineté étatique semble servir de prétexte à la violation des Droits de l’Homme. La première considère que les États ont engagé leur responsabilité au respect et à la protection de certains droits fondamentaux, et ainsi accepté que ces droits pouvaient dépasser leur compétence nationale, et donc écarté l’invocation du principe de non-intervention les concernant. Dans cette vision, l’intervention ne remet pas en cause le principe de souveraineté, puisque l’objet – la défense des Droits de l’Homme – contient en quelque sorte par sa nature une clause d’exemption à son application. La seconde ligne d’arguments considère que l’intervention pour les Droits de l’Homme représente une violation du principe de souveraineté et de non-intervention, et, à ce titre, doit être cadrée par un droit de l’intervention humanitaire. Ici, encore une fois, les Droits de l’Homme constituent donc une clause d’exemption, qui débouche sur l’appel à un cadre normatif différent, mais toujours respectueux de la souveraineté. D’un côté comme de l’autre, donc, le droit d’intervenir est défendu, et mis en relation avec la « responsabilité de protéger », qui ferait ainsi office d’appel à des intervenants capables de se substituer à l’obligation des États, dans les cas où eux-mêmes n’y satisfont pas.
4 Pour autant, l’éventualité d’une contestation du bien fondé d’une justification en termes de Droits de l’Homme, ou d’un désaccord sur les degrés de violation, ou encore d’une remise en question de la légitimité de l’arbitre, n’est pas réellement discutée dans l’ouvrage. Ni les rapports de force inégaux dans les décisions d’intervention dans tel ou tel pays, ni les manipulations possibles pouvant conduire à des allégations mal justifiées, ni l’arbitraire des classements de ce qui est reconnu ou non comme violations des Droits de l’Homme ne relèvent en effet de cette posture juridique. Le second ouvrage, lui, questionne précisément les processus d’arbitrage qui conduisent de facto à considérer les atteintes aux libertés comme plus graves que les atteintes au bien-être, ou que les droits civiques et politiques priment, dans un ordre moral, lexicologique ou pratique, sur les droits sociaux et politiques. Global Basic Rights réfléchit en effet à la construction de la norme et du cadre normatif international, non seulement d’un point de vue légal, mais aussi de philosophie politique et sous l’angle de la conduite de politiques publiques.
5 L’ouvrage s’ouvre sur un constat similaire au précédent : suite à la seconde Guerre mondiale, se sont explicitées et consolidées dans le champ normatif les limitations du droit de faire la guerre à l’autodéfense et à la sécurité internationale, et les limitations de la souveraineté nationale par la doctrine internationale des Droits de l’Homme, qui ont engendré l’obligation de respecter et de garantir ces droits. À partir des années 1980, la protection des Droits de l’Homme entre explicitement dans les objectifs de la politique étrangère étasunienne. La question de la définition des droits fondamentaux (ou « basic »), de leur hiérarchisation éventuelle et de leurs relations entre eux se pose donc nécessairement, et par suite celle des relations entre droits / libertés négatives et positives, ou droits de la sécurité et droits du bien-être (ou de la subsistance), et les obligations afférentes ; celle des relations entre droits et institutions sociales et conditions sociales de réalisation de ces droits, y compris les implications en termes d’action politique, de politiques publiques, de modes de protection, etc.
6 Cet ouvrage s’inscrit dans une démarche de philosophie politique ; il présente une série de travaux inspirés par le livre fondateur de Shue (1980, 1996[1] [1] Henry Shue, Basic Rights : Subsistence, Affluence and...
suite), demeuré une référence reconnue. Les auteurs sont pour partie des théoriciens normatifs, et pour partie des chercheurs en politique globale, plus soucieux d’empirie que les premiers. L’argumentation de Shue reposait sur deux thèses liées. La première, qualifiée d’« argument des droits fondamentaux », est que la sécurité et la subsistance entretiennent la même relation aux autres droits. La seconde, l’argument de « devoirs corrélés », est que les devoirs qui découlent de chacun de ces droits fondamentaux ont une structure parallèle et complexe, et que tous les deux servent de fondements à des devoirs qui requièrent de la tolérance et une contribution active. Cette argumentation débouche sur la question des « porteurs de devoirs » (« duty-bearers ») ou des institutions responsables du respect de ces droits, question particulièrement aiguë pour ce qui est du droit à la subsistance. L’ouvrage suggère aussi d’adjoindre d’autres domaines aux droits fondamentaux, tels les droits environnementaux. Il pose également la question de l’arbitrage à faire entre trop de droits, une plus faible défense des droits et la nécessité d’adopter un ordre de priorité pratique. Le problème se pose de façon particulièrement forte pour les droits sociaux et plus généralement les droits de seconde (droit à la subsistance par exemple) et de troisième (droits environnementaux par exemple) génération. Il aborde aussi la nécessaire réflexion à mener sur la place, dans l’ordre hiérarchique, lexical et pratique, qu’il faut donner au droit à la sécurité physique contre toute menace terroriste.
7 Au-delà d’une réflexion philosophique, cet ouvrage aborde donc la question des arbitrages politiques, enracinés dans l’histoire des relations internationales, qui président à l’institution de systèmes de droits, incorporés dans des appareils juridiques, économiques et administratifs. Les États en sont les garants, non seulement sur leur propre territoire, mais sur l’ensemble de la planète, par le biais des organisations internationales dont le rôle s’est renforcé tout au long du XXe siècle, loin d’être détachées des enjeux politiques internes ou qui imprègnent les relations entre leurs États-membres. Toutefois, ces organisations multilatérales sont traversées de rapports de force et d’enjeux qui peuvent faire obstacle à la réalisation de leur mission de paix et de justice, voire la détourner vers le renforcement des inégalités entre États. C’est ce qu’examine le troisième ouvrage, Global Poverty, Ethics and Human Rights. The Role of Multilateral Organisations.
8 Situé en aval des considérations normatives sur les Droits de l’Homme, qu’il pose comme données, tout en les explicitant, ce livre examine l’écart entre norme éthique ou morale, traduite en rhétorique consensuelle, et les contraintes de mise en œuvre qui affectent les organisations multilatérales. Il centre son propos sur la question de la justice globale et du rôle, de la responsabilité qu’ont ces organisations, impliquées dans le gouvernement du monde, pour la promouvoir. Il étudie donc la dimension morale de l’action des organisations internationales, en prenant en compte la circulation globale d’idées et les contraintes de financement, qui les poussent à des partenariats avec des organisations privées, et en confrontant leurs discours à leurs pratiques. L’ouvrage mobilise les outils des relations internationales, de la sociologie de la connaissance et de l’éthique, et propose quatre explorations empiriques : le programme « Poverty as a Human Rights Violation » de l’Unesco ; l’initiative « Social Capital, Ethics and Development » de la Banque interaméricaine de développement ; et les expériences de la Banque mondiale et du PNUD dans leurs relations avec le langage de l’éthique et des droits humains.
9 L’objet sur lequel se centre l’ouvrage pour construire ce qui est qualifié d’« économie politique de la moralité » est la lutte contre la pauvreté. Il montre combien les analyses éthiques de la pauvreté sont ancrées dans un contexte spécifique de production de la connaissance sur la pauvreté et ses causes. Il examine en particulier les processus politiques et les relations globales de pouvoir qui surdéterminent cette production de connaissance dans les organisations multilatérales. Sur la base de travaux de socio-anthropologie, il montre aussi combien la culture de chaque organisation, ses sources de financement, la composition de son personnel et les relations qu’elle entretient avec ses États-membres affectent la formulation et la mise en œuvre de principes éthiques et de Droits de l’Homme, en particulier dans le domaine de la lutte contre la pauvreté. Un des défis soulignés est celui de la neutralité et de la redevabilité (« accountability ») : l’essor de la rhétorique des Droits de l’Homme ne s’accompagne en effet pas suffisamment de mécanismes de mise en application et de contrôle, du fait de l’absence d’autorité politique globale. La conclusion établit que les personnels des organisations internationales sont souvent plus engagés que les organisations elles-mêmes dans la lutte contre ce qu’ils considèrent comme une injustice globale. Elle aborde également l’enjeu que constitue la construction d’une connaissance alternative, y compris face aux pouvoirs politiques qui peuvent juger contraire à leurs intérêts l’éthique de la lutte contre la pauvreté considérée en tant que violation des Droits de l’Homme. Elle montre aussi que les idées, quel que soit leur poids, peuvent alimenter une rhétorique qui a peu d’effets dans la réalité, et que l’élément clé de la justice globale est la question de la responsabilité. Mobiliser des instruments politiques pour rééquilibrer les relations internationales afin que les intérêts des pays en développement soient mieux défendus, c’est l’objectif de certains réseaux intergouvernementaux construits en dehors ou à côté des organisations multilatérales au sens strict. Selon l’ouvrage Networks of Influence ? Developing Countries in a Networked Global Order, les réseaux d’influence intergouvernementaux deviennent des figures dominantes de la gouvernance mondiale et des relations internationales. Composés surtout de membres de gouvernements, mais aussi de représentants des ONG, du secteur privé, de la société civile et des organisations internationales, ces réseaux sont souvent présentés comme plus efficaces, adaptables et flexibles que les bureaucraties des administrations publiques ou des organisations internationales. Les sceptiques, en revanche, soulignent qu’ils produisent des espaces opaques, non démocratiques et non représentatifs, où des experts influencent les politiques publiques sans avoir à rendre de comptes, ni à détenir de responsabilités avérées. Certains sont soucieux également d’un renforcement, voire d’un accroissement des inégalités qui structurent le système international. Les réseaux sont des lieux de pouvoir, d’alliance et d’exclusion, qui tendent à reproduire les inégalités plus qu’à les compenser, le principe de l’alliance étant non redistributif. Ils fonctionnent selon un modèle de mise en compétition des groupes d’intérêt, sans principe d’autorité ou de régulation centrale, selon une vision de marché auto-régulateur, qui peut entrer en contradiction avec les fondements moraux qu’ils sont contraints de revendiquer pour se légitimer comme institutions et comme forme d’organisation. L’ouvrage prend comme point d’entrée le rôle des gouvernements des pays en développement dans la construction de réseaux et l’influence de ces réseaux et d’un ordre global réticulaire sur ces gouvernements ou ces pays. Les réseaux constitués exclusivement ou partiellement de représentants de pays de bas ou moyen niveau de revenu se multiplient. À partir de ce constat, l’ouvrage développe deux questions : tout d’abord, ces réseaux exacerbent-ils les inégalités de pouvoir déjà présentes dans la politique internationale en fournissant aux pays les plus puissants un autre moyen d’exercer leur influence, ou aident-ils les pays les plus faibles à se renforcer et à renforcer leur poids ? Ensuite, les réseaux intergouvernementaux représentent-ils un modèle pertinent et utile pour les pays en développement, par le biais de l’échange d’information, du partage de savoir, de la coordination de politiques et de la coopération, ou risquent-ils d’y gaspiller des ressources rares et de la capacité de négociation ?
10 Le livre propose l’étude de huit types de réseaux impliquant des pays en développement, quatre aux côtés de pays développés, quatre par eux-mêmes, et tous concernés par les affaires financières, qu’il s’agisse du financement du développement, des finances publiques, de la dette ou de la coopération monétaire et financière : le G20 des ministères des finances et des gouverneurs de banques centrales ; deux réseaux financiers est-asiatiques (ASEAN + 3 ou APT, et la réunion des banques centrales d’Asie de l’Est et du Pacifique EMEAP) ; deux groupes consultatifs pour les pays africains sortant de conflits relevant des Nations unies et rattachés à Ecosoc (ici pour la Guinée Bissau et le Burundi) ; la Commission pour l’Afrique, visant la promotion des investissements privés et de l’aide publique pour le développement en Afrique ; le G4 africain, composé de quatre présidents (Nigéria, Sénégal, Algérie et Afrique du Sud), également orienté vers le financement du développement ; le réseau des ministres des finances des pays très endettés HIPC ; deux réseaux établis par certains hauts fonctionnaires des finances africains et d’Europe centrale et orientale, qui tentent de reproduire une initiative similaire prise au sein de l’OCDE il y a trois décennies, destinée à promouvoir de meilleures pratiques de gestion des dépenses publiques ; les réseaux de responsables budgétaires et les réseaux de gouverneurs de banques centrales ; et finalement, un réseau de banques centrales latino-américaines (CEMLA).
11 L’étude examine les relations de pouvoir dans la création et l’évolution de ces réseaux, leur structure, leurs pratiques et les règles formelles et informelles qui régissent leurs interactions. Elle conclut à un rôle complémentaire des réseaux et des organisations internationales : parfois en compétition ou agissant en parallèle, ils permettent aussi, selon les cas, de rééquilibrer les rapports de force existant au sein de certaines organisations intergouvernementales. Les réseaux sont rarement efficaces par eux-mêmes.
12 Renforcer le poids de l’éthique au sein des relations internationales, défendre les causes des plus faibles contre les intérêts de puissants et du marché, sont les objectifs affichés par les coalitions d’organisations analysées comme configurant une société civile globale. L’ouvrage La société civile mondiale à l’épreuve du réel en examine les difficultés de construction. Il montre que la tension principale se situe entre mouvance globale, légitimée par sa capacité à produire une alternative à l’action publique et à défendre des valeurs et principes ; et relations avec le politique, ou liens institutionnels avec les pouvoirs, qui se traduisent par des fractures et des alliances. La société civile, globale ou non, ne parvient pas à éviter le politique, quelle que soit l’image de consensus qu’elle donne, ou qu’on veut en avoir : le politique des États, et celui des contradictions, des différends entre les organisations.
13 La crise de légitimité politique de certains États (et probablement aussi de certaines organisations internationales) expliquerait l’essor, depuis les années 1990, du poids, de la visibilité et du rôle de la société civile comme acteur au cœur de l’espace public. La société civile est ainsi chargée de produire une alternative politique, économique et sociale, du niveau local à l’international. Si l’ouvrage se félicite de la possibilité ainsi engendrée d’intégrer les besoins locaux et les droits internationaux et de donner une voix à des acteurs maintenus en marge des jeux politiques conventionnels, il prévient aussi contre une vision par trop romantique. Bien moins nouvelle qu’il ne semble, la société civile mondialisée est divisée par de profonds clivages politiques, notamment autour de la question des relations à entretenir avec les acteurs publics : collaboration ou opposition ? Se pose également la question de la représentativité des organisations dites « de la société civile », en particulier à l’égard des populations marginalisées, dans un cadre de compétition entre les organisations pour l’accès aux enceintes internationales qui comptent. Les règles du jeu ne favorisent-elles pas un nivellement politique d’une certaine élite globalisée et homogène, au détriment des porteurs de contestations dans les espaces nationaux ? Ces différences politiques sont en partie éclairées par la construction même de l’ouvrage, qui met en dialogue des chercheurs du projet Global Civil Society (lancé en 2000 à la London School of Economics) et des chercheurs francophones, dont les contributions tendent à exprimer une vision plus critique et politique des acteurs de cette société civile en voie de globalisation.
14 Si l’intensification de la mondialisation offre à la société civile internationale des opportunités considérables de mise en réseau, de peser dans les espaces de choix et d’action, d’amplifier ses capacités d’innovation et la construction de dynamiques collectives transfrontalières, elle active aussi les enjeux de définition et de positionnement. Trois domaines d’engagement l’illustrent de façon pertinente, auxquels sont consacrées trois parties de l’ouvrage : l’eau, le pétrole et l’agriculture. S’y cristallisent un grand nombre d’acteurs, relevant de diverses spécialités techniques et métiers, qui ont démontré leur rôle moteur de proposition de modèles alternatifs et innovants. Parallèlement, la première et la dernière partie de l’ouvrage examinent deux questions centrales de ce mouvement de globalisation et de construction réticulaire. La première est celle de la mondialisation de la contestation politique, construite à partir de l’étude de six pays (Chine, Corée du Nord, Birmanie, Biélorussie, Iran et Arabie saoudite). Quelle place et quelle influence la société civile mondiale, et les réseaux Internet, peuvent-ils jouer dans la dissidence, quelles qu’en soient les formes, dans les régimes non libéraux ? Comment ces espaces dévolus à des organisations de la société civile peuvent-ils s’ouvrir, se fermer ou se transformer ? Comment peut-on définir la société civile dans ces contextes, quels sont ses modes de militantisme, ses formes d’expression, et à quel point est-elle influencée par les organisations occidentales et la globalisation de leur champ d’action ? Si la mondialisation a permis, sous ces régimes autoritaires, l’émergence d’une certaine forme de pluralisme, quelle est cependant la portée d’une interconnexion croissante sur l’érosion de ces régimes ? Le changement d’échelle est-il significatif ? L’ouvrage formule plutôt ces mécanismes en termes d’ambiguïté et de dialectique, puisque l’ouverture internationale rend l’insubordination moins risquée, mais tend à l’adapter à la rhétorique de la bonne gouvernance, à l’homogénéiser dans un espace et un langage labellisés, globalisés, voire dilués. Le constat est sévère : « À mesure qu’elle intègre les circuits de la mondialisation pour peser sur l’orientation des politiques et le texte public des élites autoritaires, la contestation semble gagner en visibilité ce qu’elle perd en légitimité et en enracinement social » (p. 99). Et encore : « Aussi, la focalisation de l’Occident (diplomatie, bailleurs de fonds, experts et analystes) sur des sociétés civiles fétichisées mais souvent introuvables, sur la prolifération d’acteurs et d’espaces de lutte inédits symboliserait-elle moins le renouveau de la dissidence et l’érosion de l’autoritarisme que la nécessité d’alimenter l’« espérance démocratique » de nos démocraties libérales (...) » (p. 101).
15 La seconde question, traitée par la dernière partie, est celle des comptes à rendre, ou de la redevabilité (« accountability »), tant comme problème spécifique des modalités de construction de la mondialisation, surtout dans le domaine de l’aide au développement, que comme valeur à promouvoir et à diffuser dans les pays d’intervention. Or, à l’échelle transnationale, le monde est fait de pluralité : des parties prenantes, des juridictions et des systèmes légaux, des régimes de contrôle et de fourniture d’information, et donc des normes, exigences et standards. L’absence de régulation mondiale, ou l’absence d’autorité politique légitime, pose le problème, que l’auteur suggère de ne pas réduire aux seules ONG, de la « redevabilité sociale ou, dans un sens encore plus large, morale », tant des ONG que des entreprises et des gouvernements. Cette question est ainsi intimement corrélée à la démocratie, liant responsabilité, transparence et légitimité, et ne saurait se restreindre à une simple question d’évaluation.
16 Le sixième ouvrage, Global Compassion. Private Voluntary Organizations and U.S. Foreign Policy Since 1939, en donne une illustration particulièrement pertinente en examinant les relations entre les organisations volontaires privées (les « Private voluntary organisations », PVO) et le gouvernement fédéral des États-Unis. Il pose de façon centrale la question de l’interface et de l’imbrication entre politique et intervention internationale en faveur des Droits de l’Homme et de la lutte contre la pauvreté, entre dépendance financière et indépendance politique ou liberté de choix. Les PVO sont des organisations à but non lucratif (« non-profit organisations »), qui jouissent donc d’un statut d’exemption fiscale, qui fournissent des services sociaux charitables, tels l’assistance humanitaire. Forgé en 1970 par un directeur du bureau des coopératives privées et volontaires de l’USAID, le terme est essentiellement utilisé pour les organisations engagées dans l’aide d’urgence et le développement international. Ne sont pas incluses les universités. Depuis 2006, le terme ONG (« NGO ») est de plus en plus utilisé, notamment par Interaction, leur plus grande plateforme, et inclut souvent les organisations marchandes (« for-profit »).
17 De nouveau, dans cet ouvrage, est abordée la question de la dépendance, et de la perte d’autonomie, induite par un financement politique, ou celle des contraintes dérivées des modes de financement. Ce sont cette fois les compromissions ou restrictions de la liberté d’action des grandes organisations non gouvernementales engendrées par le poids relatif des financements publics qu’elles reçoivent qui sont examinées dans le cas étasunien. Le cadre de référence est un contexte idéologique où la séparation entre public et privé (dont relèvent les PVO) se veut stricte et garante des libertés, et où la méfiance vient plutôt d’une intrusion de l’État que des intérêts privés, fussent-ils marchands ou confessionnels.
18 La thèse centrale est que, au fur et à mesure de la consolidation de la place du développement et de l’aide internationale comme dimension clé de la politique étrangère et de la sécurité nationale des États-Unis, l’aide internationale s’est vue restructurée par les intérêts dont elle était investie. La relation entre les PVO et le gouvernement fédéral s’est elle aussi considérablement resserrée, en particulier par le biais du financement et du soutien matériel (dons, contrats, subventions, transports, denrées alimentaires...). Or, ce soutien pose la question de l’autonomie des PVO à l’égard des autorités politiques, mais aussi des critères de sélection et des principes d’allocation de ces soutiens d’origine publique : répondent-ils à un principe de compétence, d’efficacité, ou plutôt de flexibilité, de soumission aux objectifs politiques et militaires affichés ? Quelles contraintes, et quels effets, cette aide engendre-t-elle, en termes d’engagement à se situer dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité fédérale, de capacité à contester les orientations de cette politique et à faire des choix différents, et aussi, de façon corrélée, à capter des financements privés qui permettent de sortir de ce qui peut devenir une dépendance à l’égard des pouvoirs publics et de leurs priorités politiques ?
19 Ces questions sont d’autant plus justifiées, avance l’auteure, que le sens commun et les classifications institutionnelles continuent de voir les PVO comme des organismes privés, qu’elles sont soumises à des règles de transparence financière et de redistribution de leurs fonds très rigoureuses, alors que la partie publique de leurs activités, financement et engagements, reste ignorée, voire dissimulée, et échappe aux contrôles. C’est là que se loge la dimension normative de l’ouvrage : il déplore que des organisations présentées comme indépendantes, mues par des intérêts altruistes et régulées par le droit et par leurs donateurs privés, voient la liberté de décider de leurs actions et engagements, la maîtrise de leurs objectifs et la valorisation de leurs compétences entravées par ces formes de dépendance à l’égard des pouvoirs politiques.
20 À l’appui de sa thèse centrale, l’auteure retrace l’histoire des relations entre PVO et gouvernement fédéral étasunien en six phases : la consolidation et la régulation de l’assistance humanitaire par le gouvernement fédéral après la seconde Guerre mondiale ; la promotion du développement économique au début de la guerre froide ; l’internationalisation de l’aide américaine dans les années 1960, suivie de l’âge d’or des relations entre les PVO et l’État ; la décentralisation et la militarisation de l’aide humanitaire étrangère à partir du début des années 1970 ; et finalement, la marchandisation de l’aide internationale, surtout à partir des années 1990.
21 L’ouvrage parvient à construire des séries statistiques longitudinales (1939-2005) qui permettent de constater, par exemple, l’extraordinaire essor du nombre de PVO évangéliques et de leur financement depuis le milieu des années 1980 (nombre multiplié par plus de 7, financement par plus de 12), alors que l’effectif des autres PVO chrétiennes a à peine doublé ; ce qui entraîne également un décalage entre la croissance du nombre d’organisations chrétiennes et de celles d’autres confessions, à l’exception des organisations juives pour certaines périodes. Pourtant, sur la période, ce sont les organisations laïques qui se sont le plus multipliées depuis les années 1960 (pour parvenir au double du nombre des confessionnelles), bien que leur financement global en 2005 soit de même niveau.
22 Le financement fédéral atteint des proportions impressionnantes pour certaines PVO : 47,4 % du revenu total de Catholic Relief Services en 2005 (mais 61,9 % en 2000, 64,6 % en 1970) ; 35,4 % du revenu de Care en 2005 (54,2 % en 2000, 82,8 % en 1970). L’auteure montre que le financement fédéral agit comme une sorte de labellisation de l’organisation, en lui permettant d’attirer des financements privés qui s’ajoutent aux publics. En revanche, les organisations financées de façon massive par le gouvernement fédéral tendent à coopérer avec ses orientations et son armée en temps de guerre, tout en étant organisées en lobbies ou groupes d’intérêt pour faire pression sur le Congrès, alors que les autres tendent à rester indépendantes, mais sans nécessairement chercher à influencer les orientations politiques du gouvernement. Or, par le biais du financement – à des organisation religieuses ou laïques, marchandes ou non marchandes, etc. – et de l’inclusion de la coopération internationale dans ses choix politiques et militaires, le gouvernement fédéral affecte considérablement l’aide humanitaire en termes de priorités sectorielles et stratégiques, en ce qui concerne par exemple la militarisation, les pratiques d’aide alimentaire, la priorité accordée à la démocratisation ou à la gouvernance, etc. Quatre domaines contentieux ou de tension dans les relations entre PVO et gouvernement fédéral constituent des fils conducteurs de l’ouvrage. L’étude du domaine de l’aide alimentaire et les politiques de commerce international de denrées agricoles, orientées plus vers les intérêts stratégiques étasuniens que vers le service des plus menacés par la famine, conduit à la question de savoir s’il est raisonnable de penser que des organisations fermement opposées aux politiques menées puissent demeurer bénéficiaires des subsides publics. Second point de tension, très litigieux : l’imbrication du rôle de l’armée et des efforts humanitaires et de reconstruction. Ce contentieux a été marqué par le lancement d’activités humanitaires par le ministère de la Défense en 1986, le déploiement de personnels militaires pour des projets humanitaires à partir de 1996, et la subsomption du développement (intégrant les PVO, le secteur privé, la reconstruction militaire et les efforts humanitaires) comme partie essentielle de la sécurité nationale en 2002, sous l’égide du ministère de la Défense. La responsabilité de l’USAID, dont le rôle d’interface devient ambigu, est devenue « le traitement des conditions sous-jacentes que les terroristes cherchent à exploiter, en particulier le manque d’opportunités économiques, de participation politique et d’intégration sociale, qui sont les conditions principales conduisant au conflit et menaçant la sécurité nationale des États-Unis » (p. 31). Un troisième différend réside dans les priorités de financement, qui privilégient désormais la démocratisation, la bonne gouvernance, la liberté économique, les droits civiques et la santé, au détriment de la lutte contre la pauvreté et des secteurs qui constituaient le cœur de métier des humanitaires. Finalement, une certaine inquiétude existe sur les perspectives de la place des PVO dans un contexte profondément transformé, qui met en tension prégnance des préoccupations de sécurité, commercialisation de l’aide et diminution des fonds fédéraux, impliquant le besoin de plus de financements privés. L’auteure date des années 1970 l’essor de la marchandisation de l’aide internationale, qui fait un bond à partir des années 1990 : en 1996, 33 % des fonds alloués à l’aide internationale l’étaient à des organisations marchandes (« for-profit »), et ce pourcentage était de 58 % en 2005 (51 % pour les seuls fonds octroyés par l’USAID). L’abandon progressif du terme de PVO pour celui d’ONG peut être entendu dans ce contexte. Les organisations marchandes et non marchandes sont mises en situation de concurrence entre elles pour saisir les contrats et dons et, de fait, les premières voient diminuer leur part du gâteau, et leur besoin de recours aux dons privés devenir plus pressant. D’où les inquiétudes qu’elles expriment sur leur avenir.
23 Blandine Destremau
24 CNRS/LISE
Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir.), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La découverte, 2009, 512 pages, ISBN : 978-2-7071-5792-8, 32 €
25 L’ouvrage collectif sur l’Histoire globale, mondialisations et capitalisme se situe dans la lignée de la New Global History et de la World Economy qui visent à dépasser l’eurocentrisme, mobilise une méthode systémique transdisciplinaire et met en relief des objets de recherche généralement occultés par l’histoire conventionnelle. L’histoire globale est elle-même divisée en plusieurs courants théoriques ; néoclassique et néo-institutionnel dans la lignée de North, Fogel et Greif privilégiant la théorie des jeux et les coûts de transaction ; smithien et marxien dans la lignée de Wallerstsein et de son analyse des systèmes monde. Elle vise à repérer les connexions économiques, politiques, culturelles, religieuses entre les régions et les continents, les relations hégémoniques, de domination ou d’exploitation entre les cœurs et les périphéries.
26 L’ouvrage est construit en trois parties : 1/ Histoire globale et intégration intercontinentale ; 2/ Histoire globale et capitalisme ; 3/ Histoire globale, efflorescences et mondialisation. L’introduction très dense et l’épilogue permettent de mettre en relief les différentes facettes de l’Histoire globale, son objet, sa méthode et ses résultats. L’ouvrage est rédigé par des anthropologues, des économistes, des politologues, des sociologues et des historiens qui se réfèrent aux divers courants théoriques de l’Histoire globale.
27 Cet ouvrage est très riche, de lecture parfois ardue vue l’érudition des auteurs. Il est toujours novateur. Nous comprenons ainsi, à sa lecture, en quoi l’océan indien a été historiquement, avant Jésus-Christ, un espace articulé à la Méditerranée, et en quoi l’Afrique sahélienne est ouverte sur le monde méditerranéen par les routes terrestres ou l’Afrique orientale, et les îles de l’Océan indien par les routes maritimes avec l’Asie. Cet ouvrage permet également de comprendre comment les réseaux actuels s’insèrent dans une très longue durée. Les auteurs expliquent notamment comment le renouveau de l’Asie plonge ses racines dans la « longue durée globale ». Le fait que les mondialisations soient écrites au pluriel alors que le capitalisme l’est au singulier peut évidemment faire l’objet d’un très long débat.
28 Philippe Hugon
29 Université Paris X – Nanterre
Laurent Delcourt, Bernard Duterme, Aurélie Leroy, François Polet, Mondialisation, gagnants et perdants, Charleroi (Belgique), Couleurs livres, 2009, 168 pages, ISBN : 978-2-87003-525-2, 17 €
30 On peut préférer le didactisme d’un exposé scrutant toutes les facettes d’un problème donné et cependant trouver des charmes à un tableau impressionniste tel que celui qui nous est ici présenté avec un déséquilibre manifeste pour la mise en évidence des « externalités négatives » de la mondialisation, fruits de « la généralisation des logiques productivistes, des ajustements structurels et des politiques libérales » (p. 3). Huit chapitres nous apportent chacun une masse d’informations utiles et d’analyses pertinentes.
31 La libéralisation financière a favorisé la prolifération des paradis fiscaux, passés de 25 à 72 entre 1970 et 2004, permettant une évasion fiscale de grande ampleur dont ont profité largement, à travers une série de mécanismes (refacturations, prix de transfert) et de montages financiers particuliers, contribuables fortunés et multinationales. La crise financière a relégué quelque peu au second plan la crise alimentaire et les « émeutes de la faim » (« terme piégé, lourdement connoté », p. 16) ou coalitions contre la vie chère qui ont marqué le début de l’année 2008. Les causes multiples de ces mouvements doivent être recherchées dans la dérégulation des marchés agricoles, mais aussi dans la course aux agrocarburants et dans le renforcement d’un modèle productiviste axé sur les monocultures d’exportation, la contrepartie en étant l’émergence sur la scène internationale du concept mobilisateur de souveraineté alimentaire.
32 Le modèle d’urbanisation sans développement induit par les ajustements structurels et la loi du marché ont entraîné la croissance des migrations et de la pauvreté urbaine et l’explosion des bidonvilles, dans un contexte d’hyperinflation urbaine marquée, notamment dans les mégapoles du Sud à l’urbanisation débridée.
33 Autre désastre écologique et social, la déforestation au Brésil, en Malaisie, en Indonésie, en Afrique centrale, qui se poursuit au rythme alarmant d’environ 13 millions d’hectares par an, c’est-à-dire plus de quatre fois la superficie de la Belgique ou le quart de celle de la France (p. 63). Cette déforestation a des causes multiples : pressions sur l’agriculture de subsistance mais aussi de l’agrobusiness, industrie du fast wood principalement mais aussi récolte de bois de feu, recherche de bois rond industriel, urbanisation, exploitation minière, barrages, tourisme, pollutions, incendies. Or, on sait que la déforestation contribue au changement climatique comme l’a évoqué le sommet de Copenhague en décembre 2009.
34 Le travail des enfants revêt une grande ampleur, concernant un enfant sur sept dans le monde. Il présente des formes multiples intéressant l’industrie pour 9 %, l’agriculture familiale pour 70 %, les enfants soldats, la prostitution enfantine. L’appréciation qu’on peut en avoir varie : « au concept normatif universel, est opposé le relativisme culturel et l’idée que les enfances sont construites socialement de différentes manières dans différentes cultures » (p. 90). Si la représentation que l’on s’en fait a généralement une forte connotation négative, il conviendrait toutefois d’en distinguer au moins deux modalités : le child labour soumis à la logique de la production marchande et le child work, mode de socialisation. L’OIT, qui est à l’origine de la convention 182 sur les pires formes du travail des enfants, distingue pour sa part la catégorie la plus large des enfants économiquement actifs et, en son sein ; le travail des enfants à abolir ou child labour constitué, d’une part, des travaux dangereux, d’autre part, des activités intrinsèquement condamnables. Les causes du travail des enfants sont la pauvreté des ménages, qui soulève la question de l’arbitrage travail / éducation, les inégalités et autres facteurs structurels. Les réponses qu’on peut y apporter sont de deux sortes : les abolitionnistes, dont l’OIT est le porte-drapeau, tentent de l’éradiquer par la voie de législations internationales, clauses, labels, normes ; les régulationnistes, bousculant le paradigme dominant de l’enfance, militent pour une approche se fondant sur des droits et s’organisent autour de mouvements d’enfants et de jeunes travailleurs.
35 Le tourisme international est en plein essor représentant le premier poste du commerce mondial devant l’automobile et les hydrocarbures. Les discours légitimateurs ont mis l’accent, successivement, sur le tourisme, activité motrice du développement, facteur de rencontre interculturelle, modalité du développement durable. Mais cette réponse au désir de dépaysement des ressortissants solvables est aussi génératrice de coûts sociaux et environnementaux. D’où la recherche d’autres modalités du tourisme qui se diversifient par les qualificatifs utilisés : tourisme équitable, durable, de proximité, intégré, écologique, apprivoisé, alternatif, solidaire (p. 126).
36 On assiste sur la scène internationale à une intensification et dynamisation économique, diplomatique, culturelle des échanges Sud-Sud qui fait suite à l’épuisement du paradigme néolibéral ou du consensus de Washington. Après les espoirs et désillusions des années 1955-1980 marquées par Bandung, le mouvement des non-alignés, la constitution du groupe des 77, les rapports Nord-Sud sont actuellement bousculés par l’action des pays émergents (initiative IBSA de 2003), des pays moins avancés, économiquement organisés en regroupements pour promouvoir une discrimination positive, obtenir un traitement spécial et différencié, mais aussi par la réapparition d’un mouvement tiers mondiste et anti-impérialiste, spécialement en Amérique latine.
37 Au terme de ce parcours quelque peu sautillant, mais au cours duquel l’attention du lecteur ne se relâche nullement, un dernier chapitre s’intéresse aux mouvements sociaux du Sud se situant entre contestation et altermondialisme, mouvements révélateurs des tensions et aspirations qui traversent lesdites sociétés et qu’il convient de replacer dans le contexte de l’ajustement structurel et de la lutte contre la pauvreté.
38 Guy Caire
39 Université Paris X – Nanterre
Bertrand Badie, Rony Brauman, Emmanuel Decaux, Guillaume Devin, Catherine Wihtol de Wenden, Pour un autre regard sur les migrations, Construire une gouvernance mondiale, Paris, La découverte (coll. « Sur le vif »), 2008, 125 pages, ISBN : 978-2-7071-5479-8, 10 €
40 L’origine de cet ouvrage en explique la structure et le style. En 2006, la direction générale de la coopération internationale et du développement du ministère des Affaires étrangères et européennes a sollicité un groupe d’universitaires aux fins de faire des propositions visant à établir une gouvernance mondiale des migrations. Leur rapport remis en 2008 constitue le présent ouvrage. Comme dans tout rapport administratif, il s’agit d’évoquer l’actualité du problème traité, ses différents aspects, avant d’avancer des propositions constructives. Le taux de migration, qui était de 2 % il y a 40 ans, est maintenant de 3 %, ce qui concerne respectivement 65 et 191 millions de personnes. Dans 41 pays, les migrants en viennent à représenter 20 % de la population. On comprend dès lors qu’à l’initiative de Kofi Annan, l’ONU ait pu se saisir de cette question dès 2000 et que sur ce thème se soit tenu en 2006 un forum mondial. Fait social ordinaire mais complexe, la migration se décline en différentes modalités : on peut ainsi distinguer les migrations d’établissement, de travail, familiale, étudiante, de réfugiés et de demandeurs d’asile, illégales, de tourisme (p. 22). Ces déplacements accrus de populations sont le fruit d’une information et d’une urbanisation accentuées, d’une baisse des coûts de transport et, également, de l’existence de zones de fracture économique, politique, démographique ou sociale ainsi que de la constitution d’espaces libres de circulation dont relève l’Europe. La question intéresse de multiples acteurs : États, entreprises, syndicats, organisations intergouvernementales (HCR, OIT, OIM, Unesco, Unicef) et ONG dont les intérêts sont souvent divergents, les uns visant à définir un droit à la migration, les autres un contrôle de la liberté de circulation, les pays sous développés y voyant surtout des transferts de ressources, tandis que certains pays développés y découvrent une contribution démographique et économique à leur croissance. S’opposent ainsi une vision considérant la migration comme un bien public mondial et des analyses mettant l’accent sur les externalités négatives que l’image du « plombier polonais » a pu en un temps incarner. C’est dans ce contexte que prend corps la proposition d’établissement d’une gouvernance mondiale, proposition qui doit tenir compte des trois moments de la délibération, de la coordination, de l’action normative (p. 47) et qui doit également s’inscrire dans la durée, concerner tous les pays et inclure riches et pauvres (p. 51). Deux objectifs sont en cela recherchés : assurer une protection des migrants impliquant liberté et sécurité des parcours d’une part, promouvoir une « bonne mobilité » avec information assistance, accompagnement des différents réseaux concernés d’autre part. D’où la proposition de schéma d’action qu’on trouve page 106 qui permettrait de remédier au paysage institutionnel actuel fragmenté et inefficace décrit par le chapitre 5 (pp. 58- 62). Comme dans tout bon rapport administratif, ajoutons qu’on trouve, en annexe, la liste des personnes auditionnées, une table des acronymes employés et des références documentaires sur lesquelles s’est appuyé l’ouvrage.
41 Guy Caire
42 Université Paris X - Nanterre
MICROFINANCE
Collins Daryl, Jonathan Morduch, Stuart Rutherford, Orlanda Ruthven, Portfolios of the Poor. How the World’s Poor Live on $2 a Day, Princeton University Press, 2009, 320 pages, ISBN : 978-1-4008- 2996-5, £20,95
43 Écrit de manière limpide, cet ouvrage décrit de manière détaillée et convaincante la manière dont, au quotidien, les pauvres gèrent ce que les auteurs considèrent comme le « triple whammy » : revenus faibles, flux de trésorerie irréguliers, instruments financiers peu adaptés et peu fiables. L’ouvrage a également une dimension résolument politique et normative : il considère que la microfinance peut aider les pauvres à améliorer leur gestion du budget et, donc, leur vie quotidienne.
44 L’ouvrage se distingue en premier lieu par la méthode utilisée (les « financial diaries »). Cette méthodologie, déjà testée par l’un des auteurs, Stuart Rutherford[1] [1] The Poor and their Money, Oxford University Press, 2001. ...
suite, consiste à rendre visite à des familles de manière très régulière et sur une période continue (ici, toutes les deux semaines pendant un an). L’objectif principal consiste à documenter les flux de trésorerie, à la fois les dépenses et les revenus. La régularité et la qualité des relations établies avec les ménages apparaissent indispensables, d’une part pour obtenir des informations fiables et cohérentes, d’autre part pour appréhender la diversité, la complexité et l’intensité de l’intermédiation financière des ménages. Des enquêtes ont été menées à la fois en zones urbaines et rurales, dans trois pays : le Bangladesh, l’Inde et l’Afrique du Sud. Malgré la diversité des contextes étudiés, l’analyse met en évidence de fortes similitudes dans la manière dont les pauvres perçoivent et utilisent la finance, et l’un des principaux objectifs de l’ouvrage est de décrire les similitudes observées.
45 Un autre intérêt de l’ouvrage consiste à remettre en cause un certain nombre de préjugés. Certaines idées avancées par les auteurs ne sont pas entièrement nouvelles (et reprennent notamment nombre de résultats mis en évidence par l’anthropologie économique). Mais le livre a l’immense mérite d’être écrit dans un langage simple et accessible, et les arguments sont étayés par des données chiffrées (ce qui est moins le cas des approches inspirées de l’anthropologie économique ; en revanche, la dimension sociale des pratiques financières, chère à l’anthropologie économique, n’est guère abordée).
46 Un premier préjugé concerne l’absence d’éducation financière des pauvres du fait de leur illettrisme. L’analyse méticuleuse de la manière dont les pauvres gèrent leurs flux de trésorerie met en évidence des compétences et des savoir-faire extrêmement complexes et sophistiqués : les pauvres planifient, calculent, anticipent et épargnent. Les stratégies et les motivations sont parfois surprenantes, mais elles ont leur propre logique. Que ce soit pour la gestion quotidienne du budget, pour faire face à des situations d’urgence ou pour accumuler de grosses sommes, les ménages pauvres utilisent et combinent une grande diversité d’outils financiers et en inventent régulièrement de nouveaux. Pauvreté ne signifie pas faible intermédiation financière, loin s’en faut. Les montants empruntés, remboursés, prêtés, récupérés, déposés et retirés, ainsi que la fréquence des transactions sont impressionnants. Avoir du mal à joindre les deux bouts n’empêche pas les pauvres d’épargner, d’accumuler et de « saisir des opportunités ». Le principe majeur réside dans la transformation de petites sommes en de grosses sommes, soit par l’épargne, soit par l’emprunt. La distinction entre les deux est d’ailleurs assez floue, ce que mettait déjà en évidence l’ouvrage de Stuart Rutherford (2001).
47 L’ouvrage propose une analyse stimulante des taux d’intérêt. Les enquêtes de terrain montrent que la finance informelle est loin d’être synonyme d’usure. Dans les trois pays étudiés, parenté et amis sont la source la plus commune de liquidité. Or, le coût est généralement gratuit et fondé sur le principe de réciprocité. Dans certains cas cependant, y compris celui de la microfinance, il est constaté que les pauvres sont prêts à payer des taux qui paraissent extrêmement élevés. Dans un chapitre spécifiquement consacré au prix de l’argent, les auteurs proposent plusieurs facteurs d’explication. Non seulement le prix n’est qu’une composante de la transaction, mais il a une signification particulière : il est souvent considéré davantage comme un coût fixe que comme un taux. La courte durée des prêts, le montant relativement modeste du principal, l’absence d’intérêt composé, la flexibilité des arrangements et la possibilité de rééchelonner le remboursement sont autant d’éléments qui entrent en jeu dans cette conception particulière du prix de l’argent.
48 Les auteurs ne se bornent pas à décrire en détail comment les gens comprennent, perçoivent et utilisent la finance : ils s’interrogent aussi sur la manière d’aider les pauvres à mieux gérer leurs budgets. Dans le prolongement d’un chapitre sur les évolutions de la Grameen Bank et la manière dont elle a réussi à élaborer des services de meilleure qualité (Grameen II), le chapitre de conclusion est un plaidoyer pour faire de la microfinance le « premier service universel fiable ».
49 Selon les auteurs, les sources informelles de financement ont de nombreux atouts mais aussi de nombreuses faiblesses. L’informel est généralement pratique, facile et simple d’accès et, dans de nombreux cas, il est gratuit (comme indiqué plus haut). Lorsqu’il y a un coût financier, les modalités restent souples et les prix peuvent être négociés. Mais la gratuité n’est toutefois pas systématique, et elle est parfois d’ordre social et psychologique (intimidation, honte, obligation de réciprocité). Par ailleurs, la finance informelle est souvent peu fiable, aléatoire, non transparente et limitée au court terme. En d’autres mots, les auteurs considèrent que les ménages pauvres utilisent la finance informelle faute de choix. Les implications politiques sont claires : offrir des services financiers de bonne qualité aux pauvres doit leur permettre d’améliorer leur vie quotidienne, et les auteurs plaident pour la mise en place d’un « service universel de la microfinance ». Celui-ci devrait combiner les principes de base suivants :
50
- Fiabilité : délivrer des services dans des délais, pour un montant et un prix annoncés ;
- Commodité : permettre aux clients d’emprunter, rembourser, épargner, retirer les dépôts de manière fréquente, dans un lieu proche du domicile ou de l’espace professionnel, tout en respectant l’anonymat des clients ;
- « Structure » : l’un des principaux enseignements de la finance informelle, c’est que les pauvres souhaitent épargner mais ont du mal et sont à la recherche de mécanismes d’autodiscipline (dont l’exemple le plus connu est la tontine). Les services financiers doivent donc prévoir un principe de régularité favorisant cette « autodiscipline », par exemple, ce que propose la Grameen Bank avec certains plans d’épargne ;
- La flexibilité : il est nécessaire que les transactions puissent être compatibles avec l’irrégularité des flux de trésorerie auxquels nombre de pauvres sont confrontés, par exemple, la possibilité de rembourser des prêts par anticipation, des calendriers de remboursement souples, et les prêts d’urgence. Les auteurs suggèrent que la flexibilité concerne également l’usage des prêts : les clients, disent-ils, devraient être autorisés à utiliser leur prêt à leur guise. L’idée principale ici est que les pauvres ont besoin de prêts pour tous types d’utilisations, non seulement pour les micro-entreprises. Cet argument traverse l’ensemble de l’ouvrage et est évoqué à maintes reprises. Dans la mesure où la microfinance continue d’être perçue comme un outil visant à promouvoir l’auto-emploi et les activités génératrices de revenus, cette idée est probablement la plus provocante. Deux types d’arguments sont avancés. Le premier consiste à dire que c’est déjà une réalité : dans de nombreux cas, les pauvres « détournent » la microfinance et l’utilisent pour les dépenses liées à la santé, l’éducation, le remboursement des dettes, etc. Mais les auteurs considèrent aussi (et c’est le second argument) qu’il y a là une opportunité extraordinaire pour ouvrir « le plus grand marché au monde pour les pauvres ».
51 Comme indiqué plus haut, ce livre offre une analyse détaillée et convaincante de la manière dont les pauvres gèrent leur argent. En revanche, les propositions opérationnelles (et politiques) nous semblent beaucoup plus discutables, pour deux raisons :
52
- La première concerne la supériorité systématique de la microfinance par rapport à la finance informelle. Les auteurs reconnaissent à plusieurs reprises que la microfinance a encore de nombreux efforts à faire, tout en restant convaincus que la microfinance doit pouvoir facilement se conformer aux idéaux annoncés (les principes de base du service universel évoqué plus haut). Contrairement à la finance informelle, affirment-ils, la microfinance est capable de fiabilité et de transparence, sans aucun coût social ou psychologique. Il est également avancé que, moyennant quelques efforts en matière d’innovation, la microfinance pourrait faire aussi bien que la finance informelle en termes de flexibilité, et pourrait faire beaucoup mieux en termes de services à long terme. La dimension « professionnelle » et « contractuelle » de la microfinance est ce qui devrait lui permettre de concurrencer efficacement la finance informelle. Mais l’ouvrage ne donne guère de détails. L’opposition faite entre la microfinance (considérée comme semi-formelle) et la finance informelle semble un peu simpliste. Nombre d’institutions de microfinance sont transparentes, mais beaucoup ne le sont pas (avec des distinctions complexe entre taux d’intérêt, services, part sociales, etc. que les clients maîtrisent mal et, au final, un coût total qui est parfois très opaque). La finance informelle n’a ni le monopole, ni l’exclusivité de la pression sociale, de l’intimidation et du harcèlement. Un certain nombre d’études ont bien montré les coûts sociaux du prêt collectif (et les auteurs d’ailleurs l’évoquent), mais, dans certains cas, le prêt individuel est aussi soumis à des mécanismes de pression sociale. Face aux contraintes de productivité, les agents de micro-crédit sont parfois tentés d’appliquer des méthodes de recouvrement guère compatibles avec le respect des emprunteurs. Et réciproquement, certaines formes de financement informel sont transparentes, fiables et de nature contractuelle. Ce n’est peut-être pas le cas dans les trois pays étudiés, mais il aurait été utile de relativiser les conclusions de l’étude. En ce qui concerne le recours à la microfinance pour les produits de long terme, la supériorité des institutions de microfinance reste à prouver. Plutôt que d’opposer informel, semi-formel (microfinance) et finance formelle, ne devrait-on pas admettre qu’il existe un continuum d’arrangements financiers, et les comparer sur la base de leurs caractéristiques, et non sur leur statut ? Ne faut-il pas plaider pour la complémentarité, repérer les niches sur lesquelles l’informel n’est ni efficace, ni juste et penser ainsi le rôle et le potentiel de la microfinance ? Enfin, les auteurs évoquent peu la dimension sociale de l’informel : de nombreux travaux ont pourtant montré que les pratiques financières informelles, au-delà de leur fonction purement économique, avaient également pour fonction de maintenir, reproduire ou actualiser des relations sociales, et qu’il était donc vain de prétendre abolir l’informel.
- Le livre est aussi un vibrant plaidoyer pour le micro-crédit à la consommation. Convaincre les praticiens de la microfinance, et leurs bailleurs de fonds, que le micro-crédit est souvent détourné d’usages « productifs » est tout à fait louable. Prétendre que les pauvres ont besoin d’emprunter pour des besoins sociaux est également parfaitement légitime. Mais ne faut-il pas simultanément tenir compte des risques du crédit à la consommation et mener une réflexion et un débat de fond sur ce que cela signifie en termes de politique et de choix de société ? Et ne faut-il pas en repenser les conditions, notamment en termes de coût ? S’il n’y a pas d’augmentation des revenus et aucun mécanisme de redistribution, la dette entraîne nécessairement la paupérisation. C’est un effet mécanique très simple, à moins qu’elle soit exempte de frais, mais ce n’est pas le cas de la microfinance. Les risques sont d’autant plus prononcés dans la mesure où le désir de consommer est très probablement croissant parmi les pauvres. Lorsque le marché du travail fournit peu ou pas de possibilités de mobilité sociale, la consommation est souvent la seule alternative, y compris chez les plus pauvres qui ne sont pas épargnés par les tentations d’une consommation globalisée. Le surendettement touche des millions de foyers nord-américains et européens depuis quelques décennies et ces chiffres augmentent chaque jour. Jusqu’à maintenant, il semble que les pauvres des pays du Sud ont été épargnés par ce type de problème. Il ne fait nul doute que personne ne peut les empêcher de consommer. Mais ont-ils réellement besoin d’y être encouragés ?
53 Isabelle Guérin
54 IRD / IFP
AFRIQUE
Yomi Akinyeye (dir.), Nations-states and the Challenges of Regional Integration in West Africa. The Case of Nigeria, Paris, Karthala, 2010, 256 pages, ISBN : 978- 2-8111-0338-5, 24 €
Kwame A. Ninsin, Nations-states and the Challenges of Regional Integration in West Africa. The Case of Ghana, Paris, Karthala, 2009, 160 pages, ISBN : 978- 2-8111-0166-4, 17 €
55 L’Unesco, avec son programme Most, a eu la bonne idée de soutenir, de 2005 à février 2008, des séminaires nationaux regroupant universitaires et responsables politico-administratifs, pour confronter leurs idées sur l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Karthala a suivi courageusement cette démarche et vient de publier, depuis le cas du Bénin en 2006, l’ensemble de ces séminaires[1] [1] Au total, 12 tomes sont parus. Il manque la Sierra Léone...
suite.
56 Le Nigeria, avec un séminaire tenu en février 2008, vient ainsi clore la série. Même si les 13 communications sont de qualité inégale et comportent quelques répétitions, ce dernier ouvrage reste très intéressant pour un public francophone car il propose une autre version de l’histoire.
57 Sceptique sur le panafricanisme de N’Krumah au lendemain des indépendances, le Nigeria a toujours proposé une version pragmatique, par étapes, de l’intégration régionale. Mais cette attitude a été, d’après les auteurs, plus ou moins constamment contrecarrée par l’attitude de la France et des pays francophones qui lui sont liés de multiples façons. La méfiance s’instaure avec le soutien français à la sécession biafraise (1967-1970), suivi par la tournée du président Georges Pompidou en février 1971 pour favoriser la création, réalisée en 1972, de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO) [2] [2] Devenue Union économique et monétaire (UEMOA) en 1994. ...
suite et mettre en garde les pays francophones contre la domination du Nigeria.
58 De son côté, le Nigeria courtise ses voisins immédiats dès 1972. Le boom pétrolier de 1973-1974 permet de « lubrifier les relations diplomatiques », d’aider les pays victimes de la sécheresse et d’offrir des quotas de pétrole à prix réduit. Il s’associe au maillon le plus faible des francophones, le Togo, pour lancer une initiative d’intégration, concrétisée par le traité créant la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO/ECOWAS), le 28 mai 1975. Grâce à ses ressources économiques, il devient le fer de lance et le financier principal de la nouvelle institution. Il est le garant de la stabilité politique de la région, avec un rôle central dans l’Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group (ECOMOG), et ses interventions, à partir de 1990, au Liberia et en Sierra Leone. Malgré « son immense contribution » et ses « énormes sacrifices », « le niveau d’intégration reste très bas » et les résultats modestes.
59 De multiples facteurs expliquent, pour les auteurs, cette faiblesse. L’instabilité politique de nombreux États (Liberia, Sierra Leone, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire), la faible complémentarité des économies et la trop grande dépendance des pays francophones vis-à-vis de l’aide extérieure, des accords militaires et de la zone franc, rendent difficiles des liaisons horizontales entre pays africains. Mais certaines communications présentent des analyses beaucoup plus subtiles et complexes. Elles montrent qu’au Nigeria même, beaucoup s’opposent à l’intégration régionale. De nombreux fonctionnaires refusent les abandons possibles de souveraineté, mais aussi l’opinion publique qui craint la concurrence d’une main-d’œuvre immigrée non qualifiée (ce qui entraînera des expulsions massives d’africains dans les années 1980) et le développement d’un commerce illégal et d’activités mafieuses comme la drogue et les armes. À de nombreuses reprises, les auteurs cherchent à comprendre l’attitude ambiguë des autres pays vis-à-vis du Nigeria : « suspicion et craintes, jalousie, haine, hostilité et respect ». Son poids démographique (la moitié de la CEDEAO) et économique (le pourcentage est encore plus élevé), sa gouvernance incertaine avec des alternances entre régimes militaires et « démocratie » peu exemplaire, sa corruption généralisée, ses nombreux conflits internes, ses infrastructures défectueuses, suscitent des inquiétudes légitimes.
60 Les faibles résultats obtenus depuis 1975 et l’écart considérable entre décisions et applications, sont clairement énoncés : la libre circulation des marchandises et des personnes ne progresse guère, entravée par de multiples dispositions légales et illégales ; les économies sont peu complémentaires et les flux économiques et financiers restent orientés principalement vers l’Europe, les États-Unis ou la Chine. Quant à l’Union monétaire, avec une première étape d’une monnaie commune entre les pays n’appartenant pas à la zone franc, puis une monnaie commune à l’ensemble de la région, elle reste encore, pour le moment, une utopie, et l’échéance de la première phase est régulièrement reportée.
61 À un moment où l’influence française décroît fortement, ouvrant en principe de nouvelles opportunités, la globalisation et la libéralisation, et particulièrement le nouveau rôle de la Chine, menacent l’hégémonie du Nigeria en Afrique de l’Ouest : « Les forces de la globalisation (...) sont capables de diluer l’influence du Nigeria dans la sous région ». À cela s’ajoute les problèmes internes : « Nigeria itself is also subject to various forms of implosions which can make non-sense of the Nigerian project » (p. 55).
62 Le Ghana est le deuxième séminaire (novembre 2005), après celui tenu au Bénin. Les difficultés de l’intégration économique et financière sont fortement soulignées ainsi que la faiblesse des résultats. Vu du Ghana, la cause principale est la succession des crises dans les pays de la région (Sierra Leone, Liberia, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire) et même à l’intérieur du Ghana jusqu’à l’avènement du régime démocratique... Du coup, le rôle principal de la CEDEAO/ECOWAS a été celui de « faiseur de paix » et ses réalisations les plus importantes ont été les interventions de l’ECOMOG, avec un rôle actif du Ghana, du Nigeria et de la Guinée Conakry. À souligner également deux chapitres spécifiques sur le commerce transfrontalier de produits agricoles, dominé par les femmes, qui contribue à la sécurité alimentaire de la sous-région, ainsi que le rôle des femmes comme acteurs centraux du commerce informel malgré le refus des hommes de renoncer à leur position privilégiée pour promouvoir une « gender balance » dans tous les champs d’activités. Le rôle des langues dans l’intégration nationale et régionale est mis en lumière à partir du constat qu’au moins la moitié de la population, et particulièrement les femmes, est exclue d’une participation à la vie politique ou officielle. Un chapitre est consacré à la difficulté d’établir une monnaie unique malgré la pléthore d’initiatives visant à créer une deuxième zone monétaire pour les pays hors zone UEMOA. Parmi les recommandations, apparaît le « besoin urgent de rendre les objectifs de l’ECOWAS accessibles à la population, de manière à ce que les citoyens, la société civile et les femmes puissent internaliser le concept d’intégration régionale pour leur propre bénéfice ». On retrouve ici l’idée de l’intégration par le bas, développée dans les séminaires francophones.
63 La publication des différents séminaires nationaux constitue un matériau important, montrant la diversité des approches et des attentes de chaque pays et donc la difficulté de l’intégration régionale. Si l’intégration par le haut n’a débouché, jusqu’à présent, que sur des résultats modestes, une intégration plus réelle devrait, pour certains, s’appuyer sur les échanges économiques et culturels déjà anciens, mais nécessiterait des modifications profondes des relations entre États et citoyens. Cependant, la régionalisation se poursuit et la nouvelle configuration mondiale pourrait la favoriser.
64 Avec un monde multipolaire permettant des partenariats diversifiés, la remise en cause par la crise d’un libéralisme débridé ainsi que la diminution régulière de l’influence française, il n’est pas impossible que la CEDEAO/ECOWAS puisse dépasser ses divergences, mettre en œuvre des politiques publiques concertées et défendre des réponses régionales communes dans les multiples négociations internationales, comme les rapports avec l’Europe, l’OMC ou le climat. Mais le pari est loin d’être gagné.
65 Dominique Gentil
66 IRAM
Janine Aron, Brian Kahn, Geeta Kingdon (dir.), South African Economic Policy under Democracy, New York, Oxford University Press, 2009, 266 pages, ISBN : 978-0-1995-5146-0, 99 $
67 Réunissant 21 contributeurs dont 15 Sud-africains, pour la plupart universitaires, travaillant au Cap (UCT) et à Stellenbosch, coordonné par 3 macroéconomistes spécialistes des politiques monétaires, de l’éducation et du marché du travail, cet ouvrage, constitué de 12 chapitres, est remarquable à bien des égards. Il propose d’abord un état des lieux précis, détaillé et actualisé de l’économie sud-africaine et, surtout, il met en perspective les politiques économiques successives et leurs résultats, non seulement depuis la fin du régime d’apartheid, mais parfois depuis les années 1950, voire le début du XXe siècle, en retraçant de grandes évolutions qui permettent de s’interroger sur les permanences et les ruptures. Il offre ensuite des possibilités de lecture diverses, sectorielles ou croisées, ces dernières étant suscitées par le chapitre introductif comme par les débats exposés ensuite, avec un sens des nuances qui tient les propos hors de toute approche dogmatique. Il pose enfin des questions fondamentales relatives aux fondements de l’actuel régime d’accumulation, au contenu et aux enjeux de la régulation hybride et évolutive mise en œuvre avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement de l’ANC en 1994 et il permet de comprendre pourquoi l’économie sud-africaine, quinze ans après la révolution démocratique, est à une croisée de chemins. D’un ouvrage d’une grande richesse, on ne peut évidemment retenir que quelques éléments.
68 Plusieurs chapitres dressent un tableau particulièrement sombre de l’héritage de l’apartheid, rappellent ce qu’était la situation macroéconomique au début des années 1990 et soulignent les défis considérables auxquels l’ANC était confrontée pour mettre en adéquation son discours politique et ses choix économiques. Croissance faible et déclinante, recul du PIB / hab, ampleur du déficit budgétaire et de la dette publique, difficultés ou impossibilité d’accès aux capitaux étrangers, haut niveau de chômage, segmentation du marché du travail, pauvreté du plus grand nombre, extrême polarisation sociale, inégalités des formations scolaire et professionnelle, multiplication des lignes de fracture raciales au détriment des populations noires caractérisaient la forteresse d’apartheid, dont la base productive minéralo-industrielle était soutenue par un très haut niveau de protection. Quelques lignes de forces apparaissaient, qualité d’équipements et d’infrastructures localisés, poches d’innovations techniques (dont Sasol), haut niveau de qualification des techniciens et ingénieurs, sophistication des services financiers, mais elles ne concernaient que la population blanche (white driven economy) et les territoires que l’ancien régime leur avait réservés.
69 Cet état des lieux met en perspective et contextualise les marges de manœuvre de l’ANC, ses hésitations et les choix opérés en faveur d’un compromis « acceptable », négocié avec le patronat blanc et les organisations syndicales. Ce compromis reposait sur une dé-régulation / re-régulation fondée sur une tentative d’hybridation entre recherche d’une croissance forte et redistribution en faveur des citoyens défavorisés. À la première, correspond la priorité donnée à l’établissement d’un cadre macroéconomique stable et attractif pour les investissements privés ainsi qu’à la restructuration de l’appareil productif dans, et par, la réinsertion au monde ; à la seconde correspondent les engagements sociaux (logement, santé, scolarisation) exposés en 1994 dans le RDP (Reconstruction Development Programme). On trouvera plusieurs éléments très intéressants sur la pratique de l’hybridation. D’abord, la plupart des auteurs défendent l’idée qu’il n’y pas eu, en 1996, de véritable rupture macroéconomique entre le RDP et le GEAR (Growth, Employment and Redistribution), alors que nombre d’universitaires et militants de gauche sud-africains comme Patrick Bond ont longtemps insisté sur l’idée de rupture et de ralliement des élites de l’ANC au néo-libéralisme. Les conclusions des différents chapitres sont assez nuancées sur ce point. D’une part, si la normalisation des rapports avec l’extérieur est passée par des politiques monétaire et fiscale (dont la chronologie est détaillée) conformes aux normes internationales afin de réduire l’incertitude, argument souvent avancé par les auteurs, la « libéralisation » est à géométrie variable. La promotion des exportations a été réelle, mais il est rappelé qu’aujourd’hui le degré de protection de l’Afrique du Sud, plus bas que ceux du Brésil et de l’Inde, est plus élevé que ceux du Chili ou de l’Indonésie ; décliné par secteurs, il demeure très variable. D’autre part, la dérégulation n’a pas du tout concerné le marché du travail salarié, dont les cadres demeurent contrôlés par les pouvoirs publics, lesquels ont également mis en place une indéniable politique redistributive. L’Afrique du Sud serait ainsi dans une sorte d’« entre-deux » dont les mécanismes et les évolutions sont plus ou moins orientés selon les moments et les gouvernants. On trouvera par exemple une analyse fine des changements de priorité en matière monétaire, l’accent étant mis sur le taux de change du rand de 1994 à 1999 puis sur l’inflation depuis 2000, ou encore une discussion concernant le niveau relativement faible des IDE.
70 Où en est-on 15 ans plus tard ? Le cadre macroéconomique est stabilisé, l’économie est plus ouverte et, comme partout ailleurs, les services, en particulier financiers, ont gagné en puissance, le taux d’investissement a progressé pour atteindre 21 % du PIB, la normalisation internationale fiscale, monétaire et budgétaire a rétabli la crédibilité financière, la croissance est passée d’environ 3 % par an de 1995 à 2004 à plus de 5 % par an depuis 2005, le PIB/hab a progressé, les dépenses sociales ont considérablement augmenté et l’Afrique du Sud est considérée comme un pays émergent. Au-delà de ces constats positifs, l’ouvrage met l’accent sur les permanences héritées, sur les échecs et sur les défis non relevés. D’abord, les résultats sont très inégaux selon les secteurs et plusieurs chapitres proposent une discussion sur la fonction réelle de l’ouverture à l’extérieur en termes de performance économique. Ensuite, un apparent paradoxe est relevé : en consolidant le poids des industries exportatrices travaillant ou non les ressources nationales (charbon, agro-industries, métallurgie, chimie), l’ouverture reproduit en l’amplifiant l’héritage de l’apartheid. Enfin, un très bon chapitre consacré à la formation du capital souligne la gravité du sous-investissement dans les infrastructures, qui n’est pas nouveau (l’investissement par habitant ayant chuté de 72 % de 1976 à 2002) et qui s’est accentué depuis la fin des années 1990 avec des conséquences considérables, dont la crise de l’électricité, et qui justifie la relance en faveur des infrastructures prônée en 2006 par l’Accelerated and Shared Growth Initiative for SA (AsgiSA).
71 Le bilan social est encore plus alarmant. Le chômage officiellement mesuré (on ne discute pas ici la crédibilité des statistiques sud-africaines périodiquement « révisées ») demeure le « talon d’Achille » de l’économie : selon les taux retenus, on serait passé de 29 % à 42 % ou de 17 à 28 % de 1995 à 2003 ; depuis 2004, une tendance à la baisse serait enregistrée (36 % ou 23 % en 2007). Cette baisse n’est cependant pas significative, la force de travail étant amenuisée par les conséquences démographiques du sida (la prévalence est de 11,2 %, plus de 5 millions de Sud-africains sont infectés et l’espérance de vie diminue rapidement). Si on ajoute que l’arrivée massive de migrants, en provenance du Zimbabwe par exemple, accroît la concurrence pour l’accès aux ressources informelles, le tableau est particulièrement sombre. En conséquence, la question de la pauvreté et des inégalités demeure posée. Une brève histoire de la pauvreté monétaire depuis 1917 montre en effet qu’un haut niveau persiste (le taux aurait atteint 41,3 % en 2000, soit 18,5 millions d’individus) et si un consensus existe quant à la baisse du taux de pauvreté depuis 2000 (33,4 % en 2004, 15,4 millions), l’ouvrage rappelle que cette inversion résulte avant tout de la politique publique redistributive, la part des ménages complétant leurs revenus avec des transferts sociaux étant passée de 18 % en 2002 à 29 % en 2006. À la pauvreté se conjugue la reproduction des inégalités de revenus au sein de la société (le coefficient de Gini est de 0,59), entre les groupes « raciaux » et au sein même de ces derniers, en matière d’accès à l’éducation, à la formation professionnelle, à la santé, les résultats demeurant médiocres en dépit des efforts budgétaires.
72 L’ouvrage souligne les correspondances étroites entre le débat politique au sein de l’ANC et la condition sociale du plus grand nombre, illustrées par la conférence de Polokwane et la montée en puissance de Zuma, surfant habilement sur les désillusions et tenant un discours populiste accumulant les promesses sociales. Or, l’économie sud-africaine a subi la crise financière de 2008, le taux de croissance est retombé à environ 2 % et l’idée prévaut que le compromis des élites des années 1990 a vécu et qu’on a peut-être atteint les limites des choix alors opérés. On aurait aimé que les auteurs, certes macroéconomistes, ouvrent un peu plus leurs propos à l’économie politique et s’interrogent sur le sens des actuels blocages qu’ils mettent si bien en valeur comme sur l’inexistence de solutions alternatives et non populistes dans l’ouverture. Il reste que cet ouvrage est à recommander, non seulement en raison de la qualité de ses analyses sur l’Afrique du Sud mais aussi parce que son contenu intéresse toute comparaison entre les trajectoires des pays dits émergents.
73 Alain Dubresson
74 Université Paris X – Nanterre
Marion Fresia, Les Mauritaniens réfugiés au Sénégal : une anthropologie critique de l’asile et de l’aide humanitaire, Paris, L’Harmattan (coll. « Connaissances des hommes »), 2009, 382 pages, ISBN : 978-2-296-07730-0, 32 €
75 Alors qu’ils sont depuis peu incités à « rentrer chez eux » par le gouvernement mauritanien, un ouvrage de l’anthropologue Marion Fresia retrace les processus de changements sociaux induits, chez les Mauritaniens réfugiés du Sénégal, par le déplacement forcé et la reconnaissance du statut de réfugié. Basé sur une enquête menée entre 2000 et 2004 dans le cadre de sa thèse de doctorat, il se donne pour premier objectif de saisir quels sens les Mauritaniens du Sénégal donnent à ce « statut de réfugié » alors même qu’ils se trouvent sur le territoire de leurs ancêtres et parents proches. La question centrale traitée par Marion Fresia dans cet ouvrage porte en effet « sur les implications liées à la classification d’un groupe de personnes comme « réfugié » et donc « étranger », lorsque celui-ci se trouve sur le territoire de ses ancêtres et est considéré comme « autochtone » par les populations environnantes : comment ce statut particulier contribue-t-il à redéfinir les normes locales de solidarité parentale, notamment vis-à-vis de l’accès aux ressources productives locales, et comment influence-t-il les modalités d’intégration ou au contraire d’exclusion des nouveaux venus de leur milieu d’accueil ? » (p. 19). Après avoir, dans une première partie, posé le cadre historique et politique des normes de référence qui encadrent l’aide internationale en faveur des réfugiés, Marion Fresia rappelle les événements de 1989 et décrit l’installation des « réfugiés » mauritaniens au Sénégal. Avec une grande attention au détail, elle étudie ensuite le cadre d’intervention du HCR et analyse comment les dispositifs mis en place par cette agence interfèrent avec les mécanismes locaux de solidarité parentale, et comment se dessinent l’hétérogénéité des parcours individuels des réfugiés mauritaniens au Sénégal, la complexité des mémoires du passé et la diversité des positionnements face à la question du retour chez soi. Elle lance enfin des pistes d’analyses absolument passionnantes sur la question de l’implication du droit d’asile, sur la redéfinition des critères de l’autochtonie et sur les modalités d’accès aux ressources locales.
76 Laëtitia Atlani-Duault
77 Université Paris X – CNRS
ASIE
Yuanxiang Yan, The Individualization of Chinese Society, Oxford, Berg Publishers, 2009, 352 pages, ISBN : 9781847883780, 17,99 €
78 Professeur d’anthropologie à l’Université de Los Angeles, Yuanxiang Yan nous apporte un témoignage hors série d’un village dans la province de Heilongjiang, dans l’extrême Nord. Contrairement à la plupart des études de village, celle-ci se déroule sur une longue trajectoire. De 1971 à 1978, l’auteur a vécu comme paysan dans le village de Xiajia. Issu d’une famille d’anciens « riches », il avait été envoyé à la campagne. Rentré en grâce avec l’arrivée de Deng Xiaoping, il fait des études, et par la suite, de 1989 à 2009, il enquête périodiquement dans « son village ». Il en tire une fresque exceptionnelle par sa richesse et son ampleur ainsi que sa connaissance intime des villageois. Il évoque la vie et l’économie sous Mao Zedong, puis la décollectivisation, en fait la nouvelle révolution qui apparaît après 1980. L’auteur trace ce que nous appelons le processus global de développement rural, que l’on retrouve avec des variantes dans plusieurs régions avancées d’Asie : la hausse et la diversification de la production agricole, l’augmentation des activités non agricoles dans le village et dans les bourgs voisins, les migrants dans les grandes villes qui envoient leurs économies à leurs familles. Typique est aussi le boom de la construction de nouvelles maisons, autre création d’emplois. Tous ces apports permettent à nombre de familles d’améliorer leur niveau de vie, malgré des exploitations agricoles de l’ordre d’un hectare avec une seule récolte annuelle étant donné l’hiver rigoureux.
79 Les changements ne sont pas moins frappants au sein de la société avec, à la fois, par rapport à l’ère Mao, le retour des anciennes coutumes (fêtes de mariage, funérailles, remontée des clans) et des innovations, liberté des mœurs entre jeunes gens, mariages d’amour, familles nucléaires. Télévisions, motos et autres biens semi-durables progressent en même temps que les modes vestimentaires venues de la ville. Même si ces conditions ne couvrent pas tous les habitants, elles sont largement répandues. Elles se traduisent dans le titre du livre et le rôle de l’individu et de la famille nucléaire dans une mobilité croissante des modes de vie. Il est évident que tous les villages ne connaissent pas une évolution aussi favorable. Il subsiste en Chine des zones très pauvres dans un milieu physique ingrat et isolé. Néanmoins, le cas des habitants de Xiajia se retrouve dans de nombreuses régions avancées.
80 Un ouvrage de niveau exceptionnel.
81 Gilbert Étienne
82 IHEID
Ejaz Ghani, Sadiq Ahmed (dir.), Accelerating Growth and Job Creation in South Asia, New Delhi, Oxford University Press, 2009, 294 pages, ISBN : 978-0-1980- 6004-8, £27,99
83 Ejaz Ghani et Sadiq Ahmed, de la Banque mondiale, dirigent cette publication, fruit d’une conférence de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation) patronnée par la Banque mondiale.
84 Le principal mérite des auteurs est de mettre en lumière les différences entre ces pays fort disparates : de l’Inde aux petites îles Maldives en passant par le Pakistan, l’Afghanistan, le Bangladesh, le Sri Lanka et les royaumes himayalens, Népal et Bhutan. Sont examinés le processus d’industrialisation, la modernisation des services, la formation et l’éducation, les institutions. Une place de choix est faite aux infrastructures, transports et électricité qui, mieux développées, contribueraient à la hausse des échanges. Les progrès acquis par l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka, avec l’ouverture de leurs économies depuis 1980, font l’objet de plusieurs chapitres. Les auteurs soulignent les avantages que les pays de la SAARC retireraient d’une plus grande intégration, car celle-ci reste encore très faible, en partie du fait des tensions politiques dans la région.
85 Dans leur examen, les auteurs laissent délibéremment de côté l’urbanisation et l’agriculture. Ce choix est difficile à comprendre, lorsqu’on considère l’importance de l’une et de l’autre dans la création d’emplois. Il faut aussi regretter que, comme tant d’autres ouvrages, les analyses de celui-ci et les nombreux tableaux statistiques ne dépassent que très rarement 2005, pour un livre publié en 2009.
86 Gilbert Étienne
87 IHEID
Jean-Joseph Boillot, L’Économie de l’Inde, Paris, La découverte (coll. « Repères »), 2009, 123 pages, ISBN : 9782707159038, 9,50 €
88 Jean-Joseph Boillot, professeur agrégé de sciences sociales, sort une nouvelle édition de son ouvrage publié en 2006. On ne saurait assez l’en féliciter car il s’agit de beaucoup plus qu’une simple mise à jour. Le premier mérite de cet ouvrage – et le compliment vise aussi bien l’auteur que l’éditeur – est d’inclure les données générales et les statistiques les plus récentes de 2008-2009 (année financière avril-mars), qualité qui, hélas, fait souvent défaut aux publications de ce type.
89 L’auteur compacte avec brio le second poids lourd de l’Asie sans tomber dans les schémas simplistes. Il combine l’analyse du cadre politique, de l’économie, de la société d’où ressortent d’importantes différences régionales. Dans plusieurs États, la pauvreté recule, l’informatique enregistre des progrès spectaculaires, de grands groupes industriels vont de l’avant, l’agriculture progresse. Subsistent néanmoins de larges pans de misère dans plusieurs États ankylosés, avec des indicateurs sociaux (santé, éducation, etc.) qui restent troublants.
90 L’Inde dans la mondialisation nous vaut de non moins bonnes pages entrecoupées de judicieuses références à la Chine. Apparaissent du même coup des mutations au niveau planétaire, la nouvelle politique du look East, le déclin relatif des relations avec le monde occidental.
91 Pour terminer l’auteur regarde vers l’avenir : « L’Inde, une nouvelle puissance du XXIe siècle ? » avec des scénarios contrastés sur la place qu’elle est en train de se tailler dans le monde.
92 Un précieux ouvrage de référence, concis et nuancé.
93 Gilbert Étienne
94 IHEID
Nand Kishore Singh, Not by Reason Alone. The Politics of Change, New Delhi, Penguin, 2009, 288 pages, ISBN : 978- 0-6700-8323-7, £ 14,99
95 N.K. Singh est un des membres les plus brillants et les plus compétents de l’IAS (Indian Administrative Service). Il a joué un rôle en vue dans les affaires économiques. Plus tard, il participe très activement à la relance de son État natal, le Bihar, pendant longtemps resté en marge du développement. Il est aujourd’hui membre du Rajya Sabha (la Chambre haute du Parlement).
96 Ce livre est un recueil d’articles écrits de 2007 à 2009. Le lecteur suit, à la fois, l’Inde au jour le jour et l’évocation des problèmes de fond, des défis majeurs, les uns et les autres groupés en différents chapitres. L’Inde face à la mondialisation, les progrès réalisés, les lacunes et les insuffisances, les questions financières, les infrastructures, l’éducation.
97 La longue expérience de l’auteur nous fait saisir les réalités sur le vif. Son sens des nuances se traduit par des jugements équilibrés sur l’Inde qui avance et celle de masses encore très pauvres, sur les défauts du système politique et en même temps sur la stabilité des institutions, sur le degré d’ouverture au monde.
98 Une lecture éclairante et de choix.
99 Gilbert Étienne
100 IHEID
MOYEN ORIENT
Saba Mahmood, Politique de la piété, Le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique, Paris, La découverte, 2009, 312 pages, ISBN : 978-2-7071-5339-5, 26 €
101 Prévenons d’emblée nos lecteurs : déchiffrer cet ouvrage n’est pas une opération aisée. Pour plusieurs raisons, tout d’abord, parce que nous sommes conduits à pénétrer dans un monde – l’Égypte – qui, malgré sa proximité géographique mais en raison de sa culture, ne nous est guère habituel. Ensuite, parce qu’il fait appel à une multiplicité de références qu’illustrent les nombreuses notes de bas de page avec lesquelles Saba Mahmood, professeur d’anthropologie sociale et culturelle à l’université de Californie à Berkeley, est d’une grande familiarité mais qui, pour la plupart d’entre nous, sont étrangères. Si l’on ajoute qu’il est, de plus, fait appel à nombre de concepts philosophiques dont certains venus de l’arabe, la consultation de l’index et du glossaire que l’on trouve en fin d’ouvrage ne sera pas inutile. Mais, ces observations préliminaires ne doivent pas nous conduire à oublier le grand intérêt que présente cette traduction de l’anglais par Nadia Marzouki avec le concours du Centre national du livre. Cet ouvrage comporte une enquête ethnographique qu’évoque son titre, Politique de la piété, et une argumentation sociologique et philosophique à laquelle nous renvoie le sous-titre Le féminisme à l’épreuve du renouveau islamique. Intéressons-nous donc successivement à ces deux aspects. Saba Mahmood s’est livrée en 1995-I997 à une observation participante auprès du mouvement urbain des mosquées de femmes relevant du mouvement du renouveau islamique. Ce mouvement dispense un enseignement religieux en même temps qu’il délivre une série de prestations de services sociaux et médicaux.
102 L’enquêtrice s’est intéressée à trois des six mosquées dans lesquelles cet enseignement est dispensé, interrogeant à la fois les prédicatrices et les participantes d’âges et d’origines socio-économiques divers, aux formes de sociabilité et aux styles rhétoriques différents. Ce mouvement s’insurge contre ce qu’il considère comme une sécularisation, une occidentalisation affectant l’islam relégué dans une sphère délimitée et entraînant une simple « folklorisation du rituel » (p. 80). Dans ces mosquées, on rencontre une « pédagogie de la persuasion » (titre du chapitre 3) utilisant commentaires de versets ou de passages du Coran et permettant d’ouvrir la discussion sur toute une série de questions (port du voile, circoncision des femmes, sexualité féminine, divorce, soumission de la femme à son mari, direction de la prière le vendredi, etc.). L’accent est mis sur les pratiques façonnant la conduite morale, une valeur pédagogique est attribuée aux marques extérieures de religiosité (pratiques rituelles telles que les pleurs pendant la prière, choix vestimentaires, comportements de sociabilité, etc.). Tout cela nous renvoie à ce que Foucault appelle une éthique positive et qui, à la différence de Kant réduisant la morale aux mouvements de la volonté, nous fait retrouver Aristote pour qui la morale se réalise à travers des comportements extérieurs (p. 49 et suivantes). Cette pédagogie de la persuasion « a pour but de faire du comportement prescrit une disposition naturelle » (p. 195), de contribuer à la formation d’un habitus. Encadrant les trois chapitres qui nous livrent les résultats de cette enquête ethnologique, le chapitre 1 et le chapitre 5 nous permettent de voir quelles en sont les implications pour le féminisme. « Il nous faut repenser, avec beaucoup plus d’humilité que d’habitude, ce que le projet féministe signifie réellement » nous dit l’auteur (p. 66). Ainsi qu’elle nous le précise dès l’avant propos, Saba Mahmood s’était engagée dans cette enquête à une époque – les années 1970-1980 – où l’horizon analytique était constitué par « une alliance entre une certaine forme de marxisme critique et une prise de position avisée sur la question de genre » (p. 5), mais la révolution iranienne, en 1979, est venue mettre l’accent sur le rôle que l’islam pouvait jouer dans une situation de changement révolutionnaire et sur les formes de sociabilité islamiques. D’où une remise en cause difficile pour les membres de la gauche progressiste en raison de leur « profond malaise devant toute intervention de la religion hors de l’espace privé de la croyance individuelle » (pp. 7-8) et du statut subordonné de la femme dans l’islam. Forçant encore davantage le trait, l’auteur n’hésite pas à évoquer « la répugnance que m’inspiraient les pratiques du mouvement » (pp. 63-64). Mais la réflexion sur la manière dont les normes sont vécues, habitées, désirées, accomplies (par exemple la vertu islamique de modestie féminine) conduit à mettre en avant la capacité d’agir au sein même de structures de subordination, à découvrir le paradoxe de subjectivation de Foucault. Comprendre cette capacité d’agir (notion d’agency), c’est sortir de la logique de subversion du féminisme traditionnel (et de sa dénonciation des « féministes subalternes » ou « autres fondamentalistes » par le féminisme progressiste, p. 229), « prendre comme point de départ l’analyse des pratiques de subjectivation qui rendent possibles les sujets d’un imaginaire social particulier » (p. 228) et mettre l’accent avec Butler sur le performatif qui inclut actes de langages mais aussi actes corporels par lesquels les sujets sont formés ou, en termes voisins, recourir à la performativité comme pratique itérable de Derrida (p. 239). On retrouve dès lors ce que nous dit la quatrième de couverture : « dans quelle mesure l’adhésion de ces femmes à des normes patriarcales remet-elle en question l’universalité des présupposés concernant la liberté individuelle, l’autorité et la définition même du sujet dans la perspective du féminisme libéral ? ». Répondre à cette question, c’est ouvrir la possibilité d’une articulation entre un féminisme nourri des théories du genre et la théorie postcoloniale. C’est aussi une manière de repenser, à travers le cas de l’islam, la dimension politique des formes contemporaines de religiosité. Le débat, on le voit, reste donc ouvert.
103 Guy Caire
104 Université Paris X – Nanterre
Notes
[ 1] Henry Shue, Basic Rights : Subsistence, Affluence and U.S. Foreign Policy, Princeton (N.J.), Princeton University Press, 1re édition 1980, 2e édition 1996.
[ 1] The Poor and their Money, Oxford University Press, 2001.
[ 1] Au total, 12 tomes sont parus. Il manque la Sierra Léone et la Guinée-Bissau. Les cas de la Guinée Conakry et de la Côte d’Ivoire ont fait l’objet d’une analyse dans le numéro 201 (janvier-mars 2010) de la Revue Tiers Monde.
[ 2] Devenue Union économique et monétaire (UEMOA) en 1994.
PLAN DE L'ARTICLE
- MONDIALISATION
- Philip Alston, Euan McDonald (dir.), Human Rights, Intervention and the Use of Force, Volume X/2, Oxford University Press (Collected Courses of the Academy of European Law Series), 2008, 306 pages, ISBN : 978-0-19-955271-9, £52,50
- Charles R. Beitz, Robert E. Goodin (dir.), Global Basic Rights, Oxford University Press, 2009, 272 pages, ISBN : 978-0- 19-957026-3, £45,00
- Desmond McNeil, Asunción Lera St Clair, Global Poverty, Ethics and Human Rights. The Role of Multilateral Organisations, Oxford, Routledge (Rethinking Globalisations Series), 2009, 192 pages, ISBN : 978-0-415-44594-8, £22,99
- Leonardo Martinez-Diaz, Ngaire Woods (dir.), Networks of Influence ? Developing Countries in a Networked Global Order, Oxford University Press, 2009, 296 pages, ISBN : 978-0-19-956442-2, £50,00
- Martin Vielajus (dir.), La société civile mondiale à l’épreuve du réel, Paris, éditions Charles Léopold Mayer, 2009, 352 pages, ISBN : 978-2-84377-139-2, 23 €
- Rachel M. McCleary, Global Compassion. Private Voluntary Organizations and U.S. Foreign Policy Since 1939, Oxford University Press, 2009, 252 pages, ISBN : 978-0-19-537117-8, £22,50
- Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir.), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La découverte, 2009, 512 pages, ISBN : 978-2-7071-5792-8, 32 €
- Laurent Delcourt, Bernard Duterme, Aurélie Leroy, François Polet, Mondialisation, gagnants et perdants, Charleroi (Belgique), Couleurs livres, 2009, 168 pages, ISBN : 978-2-87003-525-2, 17 €
- Bertrand Badie, Rony Brauman, Emmanuel Decaux, Guillaume Devin, Catherine Wihtol de Wenden, Pour un autre regard sur les migrations, Construire une gouvernance mondiale, Paris, La découverte (coll. « Sur le vif »), 2008, 125 pages, ISBN : 978-2-7071-5479-8, 10 €
- MICROFINANCE
- AFRIQUE
- Yomi Akinyeye (dir.), Nations-states and the Challenges of Regional Integration in West Africa. The Case of Nigeria, Paris, Karthala, 2010, 256 pages, ISBN : 978- 2-8111-0338-5, 24 €
- Kwame A. Ninsin, Nations-states and the Challenges of Regional Integration in West Africa. The Case of Ghana, Paris, Karthala, 2009, 160 pages, ISBN : 978- 2-8111-0166-4, 17 €
- Janine Aron, Brian Kahn, Geeta Kingdon (dir.), South African Economic Policy under Democracy, New York, Oxford University Press, 2009, 266 pages, ISBN : 978-0-1995-5146-0, 99 $
- Marion Fresia, Les Mauritaniens réfugiés au Sénégal : une anthropologie critique de l’asile et de l’aide humanitaire, Paris, L’Harmattan (coll. « Connaissances des hommes »), 2009, 382 pages, ISBN : 978-2-296-07730-0, 32 €
- ASIE
- Yuanxiang Yan, The Individualization of Chinese Society, Oxford, Berg Publishers, 2009, 352 pages, ISBN : 9781847883780, 17,99 €
- Ejaz Ghani, Sadiq Ahmed (dir.), Accelerating Growth and Job Creation in South Asia, New Delhi, Oxford University Press, 2009, 294 pages, ISBN : 978-0-1980- 6004-8, £27,99
- Jean-Joseph Boillot, L’Économie de l’Inde, Paris, La découverte (coll. « Repères »), 2009, 123 pages, ISBN : 9782707159038, 9,50 €
- Nand Kishore Singh, Not by Reason Alone. The Politics of Change, New Delhi, Penguin, 2009, 288 pages, ISBN : 978- 0-6700-8323-7, £ 14,99
- MOYEN ORIENT
POUR CITER CET ARTICLE
« Analyses bibliographiques », Revue Tiers Monde 3/2010 (n° 203), p. 201-226.
URL : www.cairn.info/revue-tiers-monde-2010-3-page-201.htm.
DOI : 10.3917/rtm.203.0201.




