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Topique

2001/1 (no 74)



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Dans la passion qu’elle a mis à tenter de se représenter et de penser l’origine de la vie psychique, Piera Aulagnier a développé une pensée qui a évolué avec le temps, et que l’on peut donc essayer d’appréhender d’un point de vue historique, mais aussi une pensée qui, au cours de son développement, a accordé une place et une importance de plus en plus grande à la notion d’histoire et d’historisation, et à ce qu’elle a nommé des « effets d’histoire » dont ce serait la tâche du Je de les substituer aux effets des forces pulsionnelles. Il est particulièrement bouleversant d’entendre Piera Aulagnier, lors de sa dernière conférence, prononcée à Bordeaux deux mois avant sa mort, confesser à son auditoire : « Je me demande parfois si ma pensée a réussi à renoncer à l’illusion de découvrir sa propre origine et si ce n’est pas cela que je poursuis indéfiniment. » [1]  Topique n° 49, « Penser l’originaire », Dunod, Paris,... [1]

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Lorsqu’elle publie La Violence de l’Interprétation en 1975, premier livre, et qui est l’aboutissement de nombreuses années de réflexion et d’écriture, Piera Aulagnier est déjà un auteur connu, reconnu et estimé. Pourtant ce livre marque un tournant et l’affirmation d’une pensée qui tout en reconnaissant les influences décisives qui l’ont marquée, s’en dégage pour affirmer son indépendance, son originalité et son style propre.

L’ÉPROUVÉ DE L’ANALYSTE

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Aux sources de son effort considérable de théorisation et de reformulation métapsychologique, Piera Aulagnier place deux motifs tirés de son expérience psychanalytique, tout particulièrement avec des patients psychotiques. Ces deux motifs s’appuient sur la constatation d’un clivage et d’une dissociation. Il faut souligner que pour aboutir à ce constat Piera Aulagnier part de son expérience subjective pendant la séance, c’est à dire d’un « éprouvé », c’est le terme qu’elle emploie : l’application du modèle de compréhension freudien à la réponse qu’a suscité en elle l’expérience de la rencontre avec le patient psychotique laisse hors champ une partie de son propre éprouvé. A partir du constat de cette dissociation entre éprouvé de l’analyste et théorie analytique, elle fait l’hypothèse d’un clivage : les analystes supposent que leur connaissance de la vie psychique doit rendre possible une action sur le phénomène. Or « il existe une connaissance du phénomène psychotique dont l’action est inopérante dans le champ de l’expérience. » [2]  Piera Aulagnier, La Violence de l’Interprétation, PUF,... [2]

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C’est parce qu’elle donne priorité à son éprouvé, en affirmant qu’ « il faut savoir prendre appui sur ce que nôtre pensée éprouve » que Piera Aulagnier s’engage dans un travail théorique dont le but est de « redonner accès à une partie de ce qui était resté hors champ ». C’est sur cette recherche d’un rapport de cohérence entre la pensée et l’éprouvé que se fonde sa démarche intellectuelle. Mais la question de ce rapport de cohérence se retrouve également à une place importante dans sa théorisation du développement du psychisme.

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Redonner accès à ce qui a été laissé hors-champ, tel serait le projet théoricoclinique. Il me semble qu’on peut entendre cette formule, « redonner accès » comme un écho d’autres préoccupations, moins explicites dans le texte. La Violence de l’Interprétation replace le corps au centre de la réflexion psychanalytique, et, comme j’essayerai de le montrer à partir de la notion de métabolisation, le corps dans tous ses états, et dans tous ses registres du plus somatique au plus érogène. En ce sens le livre témoigne d’un formidable itinéraire intellectuel de remise en question qui permet à l’auteur de se dégager pour l’essentiel de l’influence de la théorie de Lacan et de trouver ou de retrouver l’accès aux sources de son épistémophilie personnelle.

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A mesure qu’elle se développait la pensée théorisante de Lacan est allée toujours plus dans le sens d’une mise à l’écart du corps et des affects dans la théorisation et dans la pratique de la cure. En redonnant accès à une pensée du corps et à partir du corps, Piera Aulagnier remettait en jeu des questions complexes ouvertes par Freud et dont la mise à l’écart par Lacan a eu l’effet d’un interdit de penser chez les analystes en France, bien au-delà des cercles lacaniens.

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Dans ce livre Piera Aulagnier ne cite que deux auteurs Freud et Lacan, et ne dialogue qu’avec eux. Avec Freud pour affirmer sa filiation et se placer dans la continuité et l’approfondissement de sa théorisation de la pulsion, avec Lacan pour reconnaître ce qu’elle lui doit, mais pour le critiquer et s’en démarquer.

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Pour prendre la mesure du chemin parcouru il faut relire des articles anciens de Piera Aulagnier, ceux des années soixante, c’est à dire de la fin de la Société Française de Psychanalyse, où elle venait de faire sa formation, et du début de l’Ecole Freudienne, de la revue La Psychanalyse, puis de la revue L’Inconscient, c’est-à-dire avant le Quatrième Groupe et avant la revue Topique. L’indépendance d’esprit, les centres d’intérêt théoriques, certaines formulations, le tempérament, la « patte », sont déjà là, mais encore pris dans une référence et une révérence à une pensée à laquelle elle s’efforce d’adhérer alors qu’elle est déjà manifestement en contradiction avec elle.

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Prenons par exemple le texte intitulé Angoisse et Identification, exposé au séminaire de Lacan en mai 1962. Au-delà du recours obligé à certaines références théoriques - le désir et la demande, le signifiant phallus, la jouissance, le signifiant du désir, le grand Autre - la manière d’aborder les phénomènes cliniques, de focaliser le questionnement théorique sur certains points est déjà très personnelle et se démarque du discours ambiant et bien-pensant, et la tendance à forger des expressions nouvelles commence à apparaître. Ainsi un certain « télescopage entre phantasme et réalité » est mis en rapport avec le surgissement de l’angoisse, ainsi qu’une perte des repères identificatoires, une ébauche encore rudimentaire de la notion de zone-objet complémentaire se laisse deviner dans l’analyse de la relation partielle bouche-sein, de l’activité d’absorption, source de plaisir, d’une différenciation entre « l’absorption-nourriture » et, en fonction de la qualité de la réponse maternelle - la façon de donner - l’introjection d’une relation phantasmatique. Plus étonnant encore, sont déjà nommées, dans le fonctionnement psychotique, l’amputation et l’auto-mutilation, à partir de cette idée, affirmée sans ambage et sans précaution que « Pour le psychotique, l’autre est introjecté au niveau de son propre corps (...) Mais, pour autant que l’autre est introjecté au niveau de son propre corps, que cette introjection est la seule chose qui lui permette de vivre, toute disparition de l’autre serait pour lui l’équivalent d’une auto-mutilation qui ne ferait que le renvoyer à son drame fondamental. »

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Ce raccourci est saisissant lorsque l’on connaît les développements théoriques qu’il va connaître une dizaine d’années plus tard lorsque la notion d’activité pictographique sera devenue pensable. Pour illustrer son idée théorique tellement condensée à l’époque, et de l’ordre de la rêverie théorique ou de la théorisation flottante, Piera propose une image, dans un souci qui témoigne déjà de ce qu’elle appellera plus tard la figuration parlée : « Pour le psychotique, la seule possibilité de s’identifier à un corps imaginaire unifié serait celle de s’identifier à l’ombre que projetterait devant lui un corps qui ne serait pas le sien. »

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Pour conclure son texte, elle donne un exemple tiré de sa pratique avec un patient schizophrène. Au-delà de la force et de la beauté clinique de ce fragment de séance, c’est comme si elle nous proposait une métaphore de ce qui manque à la théorie pour donner corps à l’écoute de la psychose et une préfiguration des blancs dans la théorie auxquels ses propres efforts de pensée vont tenter de donner une forme pensable et dicible. Cet homme « dont le discours dans sa forme délirante garde une exactitude mathématique » commence à s’embrouiller et à chercher ses mots après avoir évoqué une pensée inquiétante : on lui a dit que les amputés sentiraient des choses par le membre qu’ils n’ont plus. Il finit par dire : « Un fantôme, ça serait un homme sans membres et sans corps qui, par son intelligence seule, percevrait des sensations fausses d’un corps qu’il n’a pas... Ca, ça m’inquiète énormément !».

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L’explication théorique qu’elle se donne pour conclure son article est bien en-deçà, à cette époque, de la force d’énigme des propos de cet homme. Mais c’est l’impact de cette énigme qui lui fera écrire en introduction à La Violence de l’Interprétation : « Confronté à ce discours, nous avons souvent éprouvé le sentiment que nous le recevions comme l’interprétation sauvage faite à l’analyste de la non-évidence de l’évident. » [3]  idem [3] Tel fut le point de départ et le moteur de sa recherche.

LA VIE DE L’ORGANISME.

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Avant d’aborder les différentes incidences de la notion de métabolisation et leur utilisation dans le corps du texte je voudrais d’abord rappeler que Piera Aulagnier inscrivait sa conception de la vie psychique dans une théorie d’ensemble du vivant et comme un aspect, spécifique mais non séparable, des phénomènes de l’organisme entier. On peut même se demander à quel point de désincarnation en était arrivé un certain mode de théorisation pour qu’elle éprouve si souvent le besoin d’affirmer que la vie du corps est essentielle à la vie du psychisme :

« Que peut-on entendre par vie psychique ? Si on appelle ainsi toute forme d’activité psychique, elle n’exige que deux seules conditions : la survie du corps et, pour ce faire, la persistance d’un investissement libidinal résistant à une victoire définitive de la pulsion de mort. »

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Elle précise que la vie psychique ne peut prendre forme qu’à partir d’un certain seuil de cette activité, dont l’activation dépend d’une situation de rencontre qui ne cesse jamais. Situation de rencontre et emprunt au modèle corporel sont deux notions que nous aurons à expliciter et à illustrer, qui conduisent à la notion de métabolisation mais qui ne peuvent être comprises en dehors d’elle.

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Pour commencer à penser les formes élémentaires de la vie psychique elle prend appui sur un trait général, commun dénominateur de multiples phénomènes de la vie de l’organisme :

« Nous partons de l’hypothèse que la vie de l’organisme a comme fondement une oscillation continue entre deux formes élémentaires d’activité que nous nommons : « le prendre-en-soi », « le rejeter-hors-de-soi », ces deux activités s’accompagnant d’un travail de métabolisation du « pris », qui le transforme en un matériau du corps propre, les résidus de cette opération étant expulsés du corps. Respiration et alimentation en sont un exemple simple et clair. » [4]  idem, p.54 [4]

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De même la situation de rencontre qui constitue la condition primordiale pour que puisse être activées les premières mises en forme de la vie psychique va d’abord être définie du point de vue le plus général de l’être vivant :

« Le propre de l’être vivant est sa situation de rencontre continue avec le milieu physico-psychique qui l’entoure ». [5]  idem, p.20 [5]

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Dans cette définition apparaît un élément très important de la rencontre, c’est son caractère continu : elle est permanente et elle dure toute la vie. Ce caractère rappelle un des aspects fondamentaux de la pulsion selon Freud, qui est sa poussée, qui lui donne également un caractère constant, permanent auquel l’organisme, et a fortiori le psychisme, ne peut pas échapper, ce qui explique la nécessité constante du travail psychique d’élaboration. Chez Piera Aulagnier cet aspect continu de la rencontre se retrouvera dans une conception somme toute assez tragique de l’Eros, condensé dans une expression qui revient souvent sous sa plume : « condamné à investir », « condamné à désirer » ou « condamné à représenter ».

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La nécessité de la définition a tendance à figer les phénomènes et à en donner une représentation statique. Or c’est un aspect fondamental de la rencontre, et des productions de l’originaire, soit le pictogramme, que d’être en mouvement, constamment en train de se réaliser. Il constitue un « fond représentatif » qui est également un flux à partir duquel se constitue et auquel s’alimente tout sujet :

« Notre hypothèse sur l’originaire, comme création se répétant indéfiniment le long de l’existence, implique une énigmatique interaction entre ce que nous nommons le « fond représentatif » sur lequel fonctionne tout sujet et une activité organique. » [6]  idem, p.57 [6]

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L’activité de métabolisation permettra, en partie, de rendre figurable cette énigmatique interaction.

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La notion de métabolisation qui va donc servir de support figuratif et représentatif pour l’activité originaire du psychisme et ses productions qui s’élaborent dans un registre où le corporel et le psychique sont inséparables, vient de la biologie. Je pense qu’il est intéressant de rappeler ici que Piera Aulagnier, avant de rencontrer la psychanalyse, se destinait à la recherche fondamentale en biologie, ce qui éclaire en partie le fond représentatif où elle puise pour ses modélisations et ses métaphorisations théorisantes. Si la notion de métabolisation permet de rappeler fermement l’ancrage et l’enracinement somatique du psychisme, elle ne conduit pas Piera Aulagnier à un point de vue biologisant au sens réductionniste du terme, mais plutôt aux limites d’une métabiologie et d’une métapsychologie. Les différents aspects de la métabolisation : transformation, changement, assimilation, excrétion, travail énergétique, absorption, intégration - jouent à la fois dans le registre de la modélisation et de la métaphorisation. Cette démarche admet la nécessité de se maintenir sans cesse sur une ligne de crête « Faute de quoi on risque de glisser soit du côté d’une biologisation du développement psychique, soit, à l’inverse, d’opter pour une théorie de la chaine signifiante qui oublie le rôle du corps et des modèles somatiques qu’il fournit. » [7]  idem, p.42 [7]

UNE CORPORÉISATION DE L’ACTIVITÉ DE REPRÉSENTATION.

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Pour mieux comprendre comment ces modèles somatiques peuvent devenir utilisables pour la création de formes de la vie psychique il faut adjoindre à la notion de métabolisation celle d’emprunt.

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La métabolisation n’est pas, en tant que tel, un concept que Piera Aulagnier a désigné expressément à un point clé de sa théorisation (comme c’est le cas pour l’emprunt comme nous le verrons plus loin). Cependant ce terme revient avec une fréquence et une insistance remarquable toutes les fois où il est question de se représenter un processus de transformation et une production psychique, dans le registre de l’originaire bien sûr puisque le pictogramme est l’activité de représentation par excellence, mais également dans le registre du primaire et du secondaire. Chacun de ces processus est défini comme processus de métabolisation. Essayons de voir dans un premier temps quels sont les différents aspects du processus de métabolisation.

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Ce processus est à l’oeuvre dans toute activité de représentation, et procède à une double mise en forme : « Mise en forme de la relation imposée aux éléments constitutifs de l’objet représenté - ici encore la métaphore du travail cellulaire de métabolisation rend parfaitement compte de notre conception - et mise-en-forme de la relation présente entre le représentant et le représenté ». [8]  idem, p.28 [8]

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Ce qui active le processus de métabolisation c’est à la fois une rencontre et une rupture : rencontre entre l’espace psychique et l’espace hors-psyché et rupture de l’état d’équilibre énergétique que le corps préserve par auto-régulation, rupture qui provoque un éprouvé qui signale ce qui plus tard sera nommé état de souffrance du corps. Le but premier de la mise en route d’une activité de représentation, du processus de métabolisation pictographique, est de méconnaître le besoin, de méconnaître le corps, pour retrouver, par le biais de la représentation, un état de quiescence antécédent. Dans cette pensée c’est Thanatos qui est le premier acteur de la vie psychique, de même que pour Freud c’est la haine qui est première dans la constitution de l’objet. L’originalité de Piera Aulagnier est de considérer que l’objet premier est le corps et que la haine primordiale est une haine du corps propre et de son fonctionnement.

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Piera Aulagnier repart de la définition de la pulsion par Freud comme « exigence de travail demandé à l’appareil psychique par suite de son lien avec le corporel » en disant qu’elle s’applique en tout point à celle qu’elle propose pour l’activité pictographique. Le processus originaire aboutissant aux productions pictographiques se propose donc comme un prolongement et un approfondissement du concept de pulsion comme activité de représentation à la limite du somatique et du psychique.

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Pour mieux comprendre à quel point l’activité de représentation est « corporéisée » chez Piera Aulagnier il faut se tourner vers la notion d’emprunt, emprunt fait au modèle somatique, et tout particulièrement au modèle sensoriel, le travail de métabolisation étant sous la dépendance de l’exigence de représentabilité, l’exigence de représentabilité étant elle-même déterminée par les enjeux de la survie et de l’auto-conservation.

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Le matériau exclusif du pictogramme est l’image de la chose corporelle, le corps et l’organisation sensorielle fournissent les modèles somatiques que le processus originaire répète dans ses représentations. L’ensemble des fonctions sensorielles tient une place centrale dans la survie somatique et dans les possibilités d’investissement libidinal. La psyché va emprunter au corps un modèle d’activité - la sensorialité - qui lui est propre. C’est ce modèle somatique qui va être l’objet de la métabolisation en un matériau qui répond aux exigences de représentabilité. Pour Piera Aulagnier l’activité de représentation est « un équivalent psychique du travail de métabolisation propre à l’activité organique ». [9]  idem, p.26 [9] A la différence de ce qui se passe dans la structure cellulaire, mais selon le même modèle, « l’élément absorbé et métabolisé n’est pas un corps physique mais un élément d’information ».

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L’élément d’information provenant des systèmes sensoriels, selon qu’il sera source d’excitation et de plaisir ou de déplaisir, sera pris dans les formes élémentaires du prendre-en-soi ou du rejeter-hors-de-soi. L’élément d’information est de l’ordre de la perception, c’est le processus de métabolisation qui le transforme en élément psychique, l’élément déterminant de la transformation étant l’éprouvé de plaisir ou de déplaisir qui accompagne la perception. Le plaisir favorise la forme et le mouvement du « prendre » et conforte la représentation pictographique de l’auto-engendrement, le déplaisir à l’inverse conduira au rejet et à l’auto-mutilation de l’organe et de la zone source et siège d’excitation.

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Dans cette théorisation les formes élémentaires de la vie psychique sont, on pourrait dire, « ex-corporées » des formes de la vie somatique. Ces « contraintes formelles », que l’on pourrait dire micro-scopiques, ou « moléculaires » sont plus fondamentales dans la manière dont sont façonnées les premières ébauches de vie psychique, que les formes que l’on peut appeler « macro-scopiques », les mouvements corporels des zones érogènes, en premier lieu de la zone orale. Le modèle de l’avalement et du vomissement ne viendraient que redoubler et secondairement confirmer ces premières inscriptions de formes issues des modalités de fonctionnement des grandes fonctions de l’organisme et peut-être pas seulement de la sensorialité, puisqu’aussi bien la sensorialité, pour pregnante qu’elle soit, n’est pas isolée, ni tout à fait isolable, des autres systèmes.

EMPRUNT/ÉTAYAGE

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Il est important de remarquer que le modèle de l’emprunt ne se confond pas avec celui, Freudien, de l’étayage. Piera Aulagnier en avait pleinement conscience et soulignait justement la différence du côté de cette énigmatique interaction entre une activité organique et le « fond représentatif »:

« L’hétérogénéité, posée d’emblée par Freud, entre besoin et pulsion est un concept nodal de la théorie psychanalytique : mais cette hétérogénéité n’empêche pas qu’on trouve entre ces deux entités une relation qui n’est plus de l’ordre de l’étayage, mais d’une dépendance effective et persistante dans le registre du représenté. Persistance dont nous retrouverons la trace dans les figurations scéniques forgées par le primaire, dans lesquelles apparaîtra la place prépondérante tenue par l’image du corps. » [10]  idem, p.57 [10]

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Si l’on suit son raisonnement on peut alors s’étonner des positions tranchées qu’elle adopte concernant l’homogénéité et l’hétérogénéité des matériaux entre les différentes instances représentantes. Ainsi lorsqu’elle affirme que le modèle somatique emprunté par la psyché est métabolisé en un « matériau totalement hétérogène », on peut se demander pourquoi il faudrait considérer que l’hétérogénéité est totale, alors que selon son modèle, chaque transformation par métabolisation conserve, dans le nouveau système et le nouveau produit, des traces de l’état précédent. Si l’hétérogénéité était radicale comment pourrait-elle par exemple, parler de « la texture particulière du pictogramme » qui résulte de l’emprunt fait au modèle sensoriel, ou encore cette affirmation fondamentale que le pictogramme est à la fois représentation de l’affect et affect de la représentation. Pour maintenir l’idée d’une hétérogénéité radicale il faudrait que l’instance métabolisante soit tout à fait extérieure au processus de métabolisation. Or c’est justement le processus même de la métabolisation qui constitue l’instance métabolisante en tant que telle, ce qui permet d’affirmer d’ailleurs que l’activité de représentation représente l’instance représentante elle-même. C’est cette complexité même qui permet de sortir d’une représentation traditionnelle de l’origine comme d’un point dans l’espace. Ce que Piera Aulagnier tente de décrire, ce n’est pas un point d’origine mais un mouvement originaire.

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Ces recherches complexes visant à modéliser le mouvement originaire de constitution de la vie psychique à partir de l’activité organique et les difficultés à trouver des représentations parlées qui soient suffisamment cohérentes avec leur objet sont en rapport constant, me semble-t-il, avec les limites imposées au théorisable et au pensable soulignées par Freud, et souvent citées par Piera Aulagnier : l’idée selon laquelle la conscience serait un organe des sens, et « l’obligation où nous sommes de retraduire toutes nos déductions dans le langage même de nos perceptions, désavantage dont il nous est à jamais interdit de nous libérer. » [11]  Freud, Abrégé de Psychanalyse, p.72, PUF, Paris, 1949.... [11]

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Pour continuer à aller dans le sens d’une différenciation entre la notion d’emprunt et celle d’étayage, il me semble intéressant de relever quelques remarques faites par Piera Aulagnier concernant la notion d’une attente de satisfaction de la part de l’organisation sensible. Ces remarques se trouvent souvent dans la suite de quelques allusions incidentes concernant l’importance des expériences de désafférentiation sensorielle qui montrent que « parallèlement à ces objets de besoin que sont l’aliment, l’air, l’appoint calorique, est nécessaire, pendant la phase vigile, un apport d’information sensorielle continu faute duquel la psyché semble avoir bien du mal à pouvoir fonctionner sans avoir à halluciner l’information qui lui fait défaut ». [12]  Aulagnier, P. La Violence de l’Interprétation, p.55,... [12]

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Autre énigme soulignée par Piera Aulagnier mais qui lui permet d’introduire la notion de l’attente de l’objet ayant un pouvoir d’excitabilité, la réponse à cette attente étant tout aussi vitale pour l’organisme et la vie psychique, que la satisfaction des besoins caloriques :

« La satisfaction d’une attente de l’organisation sensible, pour énigmatique que nous restent la présence de ce besoin élémentaire d’information des sens et ce plaisir résultant de leur mise en activité. »

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Piera Aulagnier tient à distinguer la satisfaction du besoin alimentaire et la mise en activité, par exemple, du sens gustatif qui lui correspond temporellement.

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« Nous pensons que ce qui résulte de cette rencontre inaugurale ne dépend pas de la juxtaposition fortuite entre le plaisir du goût et la satisfaction du besoin alimentaire mais bien qu’existe dans le registre de la sensibilité, une « attente » de l’objet ayant un pouvoir d’excitabilité et un « besoin » d’information qui explique que la mise en activité des différentes zones sensibles a la propriété de s’accompagner de ce que nous appelons le plaisir érogène.(...) Cet investissement de l’activité sensorielle est la condition même de l’existence d’une vie psychique puisqu’elle est condition de l’investissement de l’activité de représentation. » [13]  Idem, p.74 [13]

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C’est dans l’articulation entre cette notion d’attente de la part de l’organisation sensible et la réponse de l’objet, dont l’adaptation dépendra des qualités de ses propres métabolisations, que Piera Aulagnier nous propose une représentation de l’objet primaire qui prend naissance dans l’émergence même des capacités représentatives originaires :

« Un éprouvé de nôtre corps occupe la place que plus tard occupera la mère : au Je anticipé fait donc pendant une « mère anticipée » par un éprouvé de corps. » [14]  Aulagnier, P. « Naissance d’un corps, origine d’une... [14]

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Les conséquences métapsychologiques et cliniques de cette différenciation entre la voie de l’emprunt et celle de l’étayage, qui sont en principe, comme on peut le voir, complémentaires, mérite bien sûr des développements approfondis qui dépassent largement le cadre de cet exposé. Indiquons simplement pour l’instant que la notion d’attente de réponses spécifiques de la part de l’organisation sensible s’articule à la notion de privation, qui est bien différente de celle de non-satisfaction des besoins dans la sphère de l’oralité. La privation se situe dans le registre des qualités spécifiques de la réponse de l’objet, qualités dont on suppose qu’elles sont nécessaires pour que commence à se développer, et à entrer en relation, des potentialités de développement somato-psychiques. On retrouve ici la notion d’un seuil d’excitabilité en-deçà duquel la mise en activation ne se produit pas. Face à l’absence de réponse suffisante pour produire les activations attendues, je pense que dans certains cas l’organisme tente de trouver en lui-même un ersatz de cette qualité en s’auto-excitant, et en provoquant des décharges internes qui fonctionnent comme équivalents « comme si ». L’hypothèse de ce processus d’auto-excitation est d’un tout autre ordre que celui de l’illusion d’auto-engendrement qui, elle, ouvre la voie à un destin de psychisation de plus en plus poussée. Ce processus d’auto-excitation produit un éprouvé somatique qui reste somatique parce qu’il n’est pas qualifié par le partage d’affect de plaisir ou de déplaisir. Il se retrouvera cliniquement du côté de pathologies qui ont été rangées, sous des vocables différents, dans la catégorie des néo-réalités. On voit comment ce circuit de l’auto-excitation, qui reste dépendant du déclenchement de manifestations somatiques dans la recherche d’équivalents d’éprouvés psychiques nécessaires au développement, ne peut pas entrer dans le jeu des équivalences et substitutions successives que permet la symbolisation. Il ne s’agit plus de métabolisation mais de sécrétion. Dans cette perspective je pense, par exemple, que face à l’absence de réponse « qualifiante » nécessaire de l’environnement psychique précoce, l’organisme peut développer des « techniques anti-dépressives » qui n’en passent pas par le circuit des représentations psychiques, mais, directement, par celui des excitations somatiques endogènes. Dans les lignes qui suivent il me semble que Piera Aulagnier indique des voies de réflexion qui peuvent aller dans ce sens :

« Faute d’une circulation par la voie du corps d’une expérience de plaisir commune, la psyché de l’infans ne recevra pas « l’aliment » plaisir dont elle a besoin sous une forme apte à son assimilation ou à sa métabolisation. Du plaisir sera présent, c’est là une énergie vitale sans laquelle l’appareil psychique ne pourrait pas fonctionner mais sa qualité, ses propriétés se traduiront par des anomalies et avant tout par la résistance qu’offre cette forme d’énergie à se mettre au service des fonctions relationnelles de l’appareil. » [15]  Idem, p.134 [15]

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Avant de terminer je voudrais juste indiquer comment Piera Aulagnier a également renouvelé l’approche de la langue et du langage en psychanalyse, en intégrant ces questions que je viens d’évoquer à la problématique de l’accès au langage, là aussi dans la continuation des difficultés freudiennes, et en se démarquant d’une conception de la langue et du langage comme pure extériorité, comme c’est le cas dans la théorisation lacanienne du grand Autre, du trésor du signifiant et des défilés du signifiant.. On se souvient que pour Freud le mot, l’image de mot, donne un support perceptif qui permet de rendre conscientes les représentations inconscientes. Cette conception est tout à fait cohérente avec l’idée que la conscience serait un organe des sens. Pour Piera Aulagnier : « L’image de chose est le préalable nécessaire à ce que l’image de mot puisse s’y adjoindre : le primaire scénique suit le pictographique et prépare le dicible (…) qui s’en séparera en refoulant ce premier matériau qui a été partie essentielle de sa propre chair. » [16]  La Violence de l’Interprétation, p.100. [16]

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Piera Aulagnier ne restreint pas l’inscription psychique de l’image de mot au secondaire, elle pense plutôt que le langage s’organise comme système de significations à partir du noyau des signes primaires, il s’agit d’un parcours qui va de la perception d’une sonorité à l’appropriation du champ sémantique. Pour aborder la question de l’accès au langage, Piera Aulagnier revient avec insistance à la notion de l’emprunt fait à l’organisation sensorielle et à la première forme que prend l’entendu dans l’originaire lui-même :

« Si, comme nous l’avons avancé, il existe un besoin d’information sensorielle dont le répondant psychique est le désir de retrouver le plaisir lié à l’excitation des zones correspondantes, il faut admettre la présence d’un plaisir d’ouïr qui n’a en cette phase aucun rapport avec la qualité significative des bruits émis par le milieu ambiant et ne se rapporte qu’à la qualité sensorielle de l’audible. Cette hypothèse aurait dû nous induire à nous pencher sur les expériences de désafférentiation sensorielle auditive. » [17]  idem, p.104 [17]

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Dans l’évolution de sa pensée Piera Aulagnier accordera une place de plus en plus prépondérante à l’émotion de la mère dans sa rencontre avec l’infans, et au rôle majeur d’intégration somato-psychique que joue cette émotion qui témoigne de l’ancrage somatique de l’amour que la mère porte au corps singulier de son enfant :

« Cette composante somatique de l’émotion maternelle se transmet de corps à corps, le contact avec un corps ému touche le vôtre, une main qui vous touche sans plaisir ne provoque pas la même sensation que celle d’une main qui éprouve le plaisir de vous toucher. » [18]  « Naissance d’un corps, origine d’une histoire » p.127... [18]

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Ce texte date de 1987, soit douze ans après la parution de la Violence de l’Interprétation. La pensée de Piera Aulagnier a évolué, son style n’est plus tout à fait le même, mais surtout sa conception du rôle et de la fonction interprétante de la psychè maternelle s’est modifiée. En 1975 la notion de porteparole reste empreinte de la théorie du signifiant de Lacan, tout en s’en démarquant et en la critiquant. Pour définir l’objet métabolisable par la psyché de l’infans Piera Aulagnier a recours au discours de la mère qui le dote d’un sens et à la nomination qui en témoigne. Elle semble rejoindre en cela la notion lacanienne de primauté du signifiant. Cependant la définition qu’elle donne du discours de la mère est tout à fait nouvelle et singulière car elle établit une équivalence entre la notion de discours et celle de principe de réalité. L’objet de la métabolisation n’est pas le réel (au sens lacanien) mais un objet psychique déjà métabolisé par l’activité psychique de la mère, portant donc le sceau du principe de réalité et donc conforme à un destin de refoulement. Dans cette perspective, même si l’originaire ignore par définition le principe de réalité ce principe est en fait agissant, par ce biais, dès une phase très précoce du primaire. Par ailleurs Piera Aulagnier affirme que « l’originaire ignore le signifiant, bien que ce dernier reste l’attribut nécessaire pour que l’objet se prête à la métabolisation radicale que ce processus lui fait subir. » [19]  idem, p.132 [19]

LA MÈRE ANTICIPÉE

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Cette notion de porte-parole va être remplacée, dans « Naissance d’un corps, origine d’une histoire », par celle de « mère anticipée ». Pour définir cette « mère anticipée » Piera Aulagnier ne se réfère plus au signifiant mais à l’émotion qui, comme elle le souligne, ne jouit pas d’une place particulière dans la terminologie analytique, j’ajouterai pour ma part surtout en France. L’émotion est définie comme partie émergée de l’affect et dans un rapport privilégié avec le sensoriel et, telle que je la comprends, comme une fonction signifiante du Moi-corps : « L’émotion modifie l’état somatique (…) Le corps de l’un répond au corps de l’autre, mais comme l’émotion concerne le Je on peut aussi bien avancer que ce dernier est ému par ce que son corps lui donne à connaître et à partager du vécu du corps de l’autre » [20]  idem, p.110 [20] Plus encore que dans la Violence de l’Interprétation Piera Aulagnier insiste sur l’importance primordiale de la sensorialité dans ce qu’elle nomme « la mise en vie de l’appareil psychique ». Alors que la notion de porte-parole appelait une définition de l’objet psychiquement métabolisable en fonction de l’effet du signifiant, la même question est ici abordée d’un point de vue très différent :

« Si on en reste à ce seul processus représentatif (i.e l’originaire) on réalise que l’objet n’existe psychiquement que par son unique pouvoir de modifier la réponse sensorielle ( et donc somatique) et, par cette voie, d’agir sur l’éprouvé psychique. » [21]  idem, p.118 [21]

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C’est à partir de cette composante somatique de l’émotion que pourra être pensée une mise en histoire de la vie somatique et le passage du corps sensoriel au corps relationnel, c’est-à-dire « ce qui va se jouer pour le corps lors de sa rencontre avec l’émotion que ses manifestations soulèvent chez la mère, émotion dont la perception par l’infans inaugure la jonction entre sa psyché et ce discours et cette histoire qui l’attendaient. » [22]  idem, p.125 [22]

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Il me semble intéressant de noter que c’est à chaque fois à ce point d’articulation de sa théorisation, qu’il s’agisse en 1975 du porte-parole ou en 1987 de la « mère anticipée » que Piera Aulagnier cite et commente Bion, en insistant à chaque fois pour marquer sa différence. Si en effet l’inspiration commune se trouve du côté d’une pré-digestion, pré-métabolisation de l’objet psychique par l’activité psychique maternelle, la notion de contenant n’existe pas chez Piera Aulagnier. En mettant l’accent sur le fait que l’objet, pour donner vie à l’appareil psychique, doit être doué d’un pouvoir d’excitabilité, elle nous invite à penser un paradoxe : c’est le pouvoir d’excitabilité qui, en permettant de mettre en route les capacités élaboratives de l’appareil psychique jouerait le rôle du pare-excitation.

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Cette petite incursion dans la matière de cette pensée ample et complexe nous aura fait sentir l’importance qu’elle accorde aux effets du somatique dans la constitution de ce que nous appelons psychisme, dans une dualité de langage que nous conservons parce que nous ne savons pas encore penser autrement le corps, mais qui a tendance à continuer de vouloir maintenir séparés les états différents de phénomènes hypercomplexes mais de même nature. Cette pensée des effets d’auto-engendrement du psychisme par lui même à partir de son lien avec le somatique, permet aussi de penser les effets somato-psychiques de la cure psychanalytique, dite traitement psychique, c’est à dire comment la parole émue peut modifier le vivant dans certaines circonstances.

Notes

[1]

Topique n° 49, « Penser l’originaire », Dunod, Paris, 1992.

[2]

Piera Aulagnier, La Violence de l’Interprétation, PUF, Paris, 1975.

[3]

idem

[4]

idem, p.54

[5]

idem, p.20

[6]

idem, p.57

[7]

idem, p.42

[8]

idem, p.28

[9]

idem, p.26

[10]

idem, p.57

[11]

Freud, Abrégé de Psychanalyse, p.72, PUF, Paris, 1949.

[12]

Aulagnier, P. La Violence de l’Interprétation, p.55, c’est moi qui souligne.

[13]

Idem, p.74

[14]

Aulagnier, P. « Naissance d’un corps, origine d’une histoire » in Corps et Histoire, Les Belles Lettres, Paris, 1985.

[15]

Idem, p.134

[16]

La Violence de l’Interprétation, p.100.

[17]

idem, p.104

[18]

« Naissance d’un corps, origine d’une histoire » p.127

[19]

idem, p.132

[20]

idem, p.110

[21]

idem, p.118

[22]

idem, p.125

Résumé

Français

A mesure qu’elle s’éloignait de l’influence de Lacan, Piera Aulagnier a replacé le corps et l’affect en position centrale dans la théorisation de la psychanalyse. La notion d’emprunt au modèle somatique pour l’élaboration de la vie psychique par métabolisation conduit à la notion d’une attente d’information sensorielle de la part de l’organisation sensible. La notion de porte-parole, qui dépend encore de la théorie du signifiant, cède la place à celle de « mère anticipée» qui accorde une place prépondérante dans les premières ébauches représentatives de l’objet, à l’émotion et à l’éprouvé corporel. Piera Aulagnier inscrit sa théorisation de la vie psychique dans une réflexion d’ensemble sur l’organisme vivant.

Mots-clés

  • Emprunt/étayage
  • Attente
  • Modèle somatique
  • Eprouvé corporel
  • Mère anticipée

English

Psychic Metabolisations of the Body in Piera Aulagnier. As Piera Aulagnier increasingly shook off the influence of Lacan, she gave new importance to the body and the affect in psychoanalytical theory. The notion of borrowing from the somatic model for the elaboration of psychic life through metabolisation leads to the notion of an expectation of sensorial information from the senses-based structural organisation. The notion of a spokesperson, which depends on the theory of the signifier, gives way to that of ‘anticipated mother’which gives pride of place, in the first sketches representing the object, to emotion and bodily felt experiences. Piera Aulagnier makes her theories on psychic life part of a much wider reflection on the whole of the living organism.

Key-words

  • Borrowing / Anaclisis
  • Expectations
  • Somatic model
  • Bodily-felt expe- rience
  • Anticipated mother

Plan de l'article

  1. L’ÉPROUVÉ DE L’ANALYSTE
  2. LA VIE DE L’ORGANISME.
  3. UNE CORPORÉISATION DE L’ACTIVITÉ DE REPRÉSENTATION.
  4. EMPRUNT/ÉTAYAGE
  5. LA MÈRE ANTICIPÉE

Pour citer cet article

Miller Patrick, « Métabolisations psychiques du corps dans la théorie de Piera Aulagnier », Topique 1/ 2001 (no 74), p. 29-42
URL : www.cairn.info/revue-topique-2001-1-page-29.htm.
DOI : 10.3917/top.074.0029

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