2001
TOPIQUE
Avant-propos
Gérard Bazalgette
“Que le point de départ soit le “normal”, la névrose, la psychose ou la perversion, le projet de l’analyste, énonçait jadis Piera Aulagnier, devrait être toujours
le même : conduire le sujet aussi loin que faire se peut dans une démarche désaliénante.”
[1]
C’était le 18 novembre 1968, à l’ouverture du Séminaire Sainte-Anne, et
c’est bien à ce projet que Piera Aulagnier consacrera son “devenir-analyste” :
celui d’accompagner le sujet “dans sa lutte contre une aliénation inscrite dans
sa structure.” ( Topique n° 49)
Il en adviendra un projet de formation des psychanalystes qu’elle partagera
avec d’autres et la puissante conceptualisation que nous connaissons sur une
possible levée de l’aliénation, tout particulièrement là où elle s’avère la plus
destructrice, c’est-à-dire dans la psychose.
C’est de cette conceptualisation que nous allons nous entretenir, de cette
pensée laissée en héritage, modèle pour nous d’une pensée analytique, c’est-à-dire toujours remodelée par l’expérience et ouverte à la réappropriation de
chacun, pour peu qu’il veuille s’éprouver à son tour dans la rencontre mouvante
que l’Autre vient imposer à son propre appareil psychique pour l’interroger, le
transformer, l’altérer.
En ce point, l’analyste, nous dit Piera Aulagnier aura à “forger et à reforger”…
Beaux termes, qui reviennent souvent dans l’œuvre et qui nous disent bien le
travail de celui qui devra penser une matière en fusion pour en faire quelque
chose de rigoureux, de formel même, pour aussitôt avoir à le décomposer à
nouveau.
Ce numéro de Topique reprend les contributions qui ont été apportées aux Journées Scientifiques
des 30 septembre et 1er octobre au Lutétia à Paris.
[1]
“Comment peut-on ne pas être persan ? in
Un interprète en quête de sens, P. Aulagnier,
Payot, 1991.