2001
TOPIQUE
La découverte du rêve-éveillé en psychothérapie par Robert Desoille
Jacques Natanson
450 allée du Clair Vallon 76230 Bois Guillaume
Le rêve diurne était déjà mentionné par Freud comme une approche de l’inconscient analogue au rêve endormi. Robert Desoille dès les années trente mit au point dans
cette perspective une méthode psychothérapique. Assez proche des milieux psychanalytiques,
il se démarqua cependant de Freud. À partir des années soixante-dix, ses disciples ont renoué
avec l’insertion dans la psychanalyse de la cure par le rêve éveillé, en s’inspirant de Bachelard
et en mettant l’accent sur l’imaginaire.Mots-clés :
Psychanalyse, Cure, Inconscient, Rêve-éveillé, Images.
The awakened dream already appears in Freud’s works as a means of approahing the unconsious close to the state of dreaming when alseep. Robert Desoille in the 30s
established a psychotherapeutic method in this light. Close to psychoanlytical circles, Desoille
differentiated himself from Freud. From the 60’s onwards, his disciples restablished the role
of the awakened dream in psychoanalysis, basing their theories on Bachelard and putting
stress on the importance of the imaginary.Keywords :
Psychoanalysis, Cure, Unconscious, Awakened-dream, Images.
On dit généralement que Robert Desoille est l’inventeur de la méthode du rêve
éveillé en psychothérapie. C’est ce qu’écrit par exemple Denise Saada dans son
livre
L’héritage de Freud
[1]. Elle considère cependant cette technique comme « issue
de la psychanalyse », même si elle s’en écarte sur de nombreux points
[2]. Cette méthode,
dit-elle encore, « repose sur les mêmes bases théoriques que la psychanalyse, et, à
ce titre, elle fait partie de l’héritage de Freud »
[3].
Du fait qu’il y a des différences notables, sur lesquelles je reviendrai, on a pu
sous-estimer cet enracinement du rêve éveillé dans la psychanalyse. Et pourtant la
place de ce que Freud appelait le rêve diurne (Tagtraum, mot à mot rêve de jour)
est nettement marquée dès L’interprétation des rêves.
Freud évoque en effet une forme de rêve autre que le rêve nocturne (qu’il faudrait
plutôt appeler rêve endormi). Son rôle dans la vie psychique, nous dit Freud, n’a pas
encore été suffisamment étudié : « L’importance du rêve diurne n’a pas échappé aux
romanciers; on connaît le type de rêve que Daudet décrit dans
Le Nabab»
[4]. Freud
poursuit : « Une analyse plus approfondie des caractères de ces fantasmes diurnes
nous apprend à quel point ils sont analogues à nos rêves, et méritent le nom de rêves.
Leurs traits essentiels sont les mêmes que ceux des rêves nocturnes; leur étude aurait
pu, en fait, nous ouvrir l’accès le plus court et le meilleur vers l’intelligence de
ceux-ci… De même que les rêves ce sont des accomplissements d’un désir; de même
que les rêves, ils reposent pour une bonne part sur les impressions laissées par l’expérience infantile ».
Freud indique un peu plus loin dans une note pourquoi il n’a pas donné une
place plus importante au rêve diurne : « J’ai sous-estimé l’importance de ces rêves
diurnes dans la formation des rêves tant que j’ai travaillé surtout sur mes propres
rêves qui s’appuyaient rarement sur des fantasmes mais le plus souvent sur des
discussions et des conflits d’idées. Chez d’autres, il est beaucoup plus facile de
montrer la complète analogie du rêve diurne et du rêve nocturne »
[5].
Freud lui-même a utilisé le rêve éveillé dans la cure. C’est un cas évoqué dans
les dernières pages de
L’interprétation des rêves. Il sollicite de son patient aussi
bien des images que des idées. Il s’agit d’un garçon de 14 ans souffrant de tics,
vomissements, migraines : « Pour commencer le traitement psychanalytique, je le
prie de fermer les yeux et de me dire quelles images ou quelles idées lui viennent
à l’esprit. Il répond par des images. La dernière impression qu’il a eue avant de
venir me trouver reparaît sous forme visuelle. Il avait joué aux dames avec son
oncle, il voit l’échiquier… puis il voit sur l’échiquier un poignard qui appartient à
son père, puis une faucille, ensuite une faux. Il a l’image d’un vieux paysan qui
fauche le gazon devant la maison paternelle »
[6]. Freud interprète ces images comme
il le ferait s’il s’agissait d’un rêve nocturne.
Freud a également recours à ce travail sur le fantasme dans la cure de l’homme
aux rats. Ce dernier, par exemple, dans la séance du 8 décembre, « se défend visiblement contre la tentation de fantasmer qu’il épouserait ma fille au lieu de sa cousine »
[7]. Le 26 novembre, il avait rêvé qu’il était couché de dos sur la fille de Freud et
copulait avec elle par le moyen des excréments, ce que Freud qualifie de « plus
merveilleux fantasme anal »
[8].
Freud retrouvera le rêve éveillé à propos de la création littéraire. À propos de
la Gradiva publié en 1906, il écrit dans son autobiographie : « Sur l’exemple d’une
petite nouvelle sans grande valeur par elle-même j’ai pu montrer que les rêves inventés
par les poètes se prêtent aux mêmes interprétations que les rêves réels, donc que
dans la production littéraire, les mécanismes inconscients qui nous sont connus à
partir du travail du rêve sont également à l’œuvre »
[9]. Un peu plus tard, en 1908,
une conférence de Freud portera comme titre dans la traduction de Marie Bonaparte,
La création littéraire et le rêve éveillé
[10].
Si le créateur littéraire – der Dichter, à la fois le poète et l’écrivain – parvient
à nous toucher et à nous émouvoir, c’est qu’il fait appel à une fonction commune
à tous les êtres humains, la fantaisie. Celle-ci se manifeste aussi bien dans le jeu
de l’enfant que dans les rêveries de l’adolescent, les rêves diurnes de l’adulte et les
hallucinations des névrosés. La fantaisie dérive de l’insatisfaction des désirs humains :
« Chaque fantaisie particulière est l’accomplissement d’un désir, un correctif de la
réalité non satisfaisante ». Ces désirs se ramènent à l’amour et à l’ambition, ce sont
eux qui provoquent des accomplissements fantasmatiques dans le rêve nocturne
ou diurne : « nos rêves nocturnes ne sont rien d’autre que de telles fantaisies… En
son insurpassable sagesse, la langue a tranché depuis longtemps la question de
l’essence des rêves en nommant rêves diurnes les créations aériennes des individus
que se livrent à leur fantaisie »
[11].
À partir de Freud, le rêve éveillé semble une piste abandonnée. Ce n’est pas
dans sa postérité directe que Desoille va la reprendre, d’abord entre les deux guerres,
puis après la seconde guerre mondiale. Le psychanalyste Jacques Chazaud écrivait
pourtant dans une analyse du dernier ouvrage posthume de Robert Desoille
Entretiens
sur le rêve éveillé dirigé de 1973 : « Tout lecteur de bonne foi reconnaîtra que le
rêve éveillé de Desoille est la seule trouvaille qui compte depuis Freud »
[12].
Robert Desoille (né en 1890, décédé en 1966) ne semblait pas destiné à réaliser
une œuvre dans le domaine de la psychothérapie. Il fit une carrière d’ingénieur
qu’il poursuivit jusqu’à sa retraite. Mais tout jeune il s’était intéressé à l’hypnose,
et il avait entrepris avant la guerre de 1914 des études de psychologie que la mobilisation le contraignit à abandonner.
En 1923, il fut attiré par la publication d’un opuscule intitulé Méthode de développement des fonctions supra-normales par un polytechnicien, le lieutenant-colonel
Eugène Caslant. Dans cet ouvrage, l’auteur relatait des expériences de montées et
descentes dans l’imaginaire, à des fins plus ou moins ésotériques. Desoille rencontra
Caslant, séduit par sa virtuosité dans le maniement des images. Mais sa formation
scientifique l’éloignait d’emblée de l’ésotérisme de Caslant. Par contre, il pressentit
l’intérêt de la méthode pour l’étude de l’activité subconsciente.
Assez vite, Desoille fut encouragé dans cette voie de l’utilisation des images à
des fins thérapeutiques. Dès 1923, il entra en contact avec le psychanalyste Charles
Baudouin de Genève, qui lui ouvrit les colonnes de sa revue Action et pensée, où
il publia sous forme d’articles ce qui allait constituer l’essentiel de la méthode du
rêve éveillé en psychothérapie. Charles Baudouin préfaça en 1938 le premier live
de Desoille, Exploration de l’affectivité subconsciente par la méthode du rêve éveillé.
Nous savons par Juliette Favez-Boutonnier que Desoille avait aussi rencontré
René Laforgue et Françoise Dolto. Elle-même Juliette Boutonnier fit pendant la
guerre avec Desoille des expériences de rêve éveillé, qu’elle évoque dans sa thèse
sur l’angoisse. Elle écrit par exemple : « Comme le dit Robert Desoille, le sujet au
cours du rêve éveillé parle le langage de l’inconscient… Le rêve éveillé se déroule
alors comme une œuvre dramatique, où les gestes et l’attitude de chaque personnage, ainsi que la nature du décor, ont une valeur affective qui a la force d’une
donnée objective. C’est par là que l’on peut comprendre l’effet thérapeutique du
rêve éveillé, effet qui paraît même indépendant des interprétations conscientes qu’on
peut en donner »
[13].
Après la guerre, Desoille reprend de façon systématique sa méthode dans l’ouvrage
de 1945 Le rêve éveillé en psychothérapie. Le fonctionnement de la cure rêve éveillé
était alors relativement différent de ce que nous connaissons aujourd’hui. Robert
Desoille proposait systématiquement au patient une image de départ, et lui demandait d’exprimer les images induites par ce point de départ. Il intervenait fréquemment en incitant le sujet à imaginer se déplacer, monter et descendre.
Pour comprendre ce qui se passe pendant la période où Desoille va développer
sa méthode et commencer à s’entourer de disciples, il faut rappeler qu’en France,
la psychanalyse s’est implantée plus tard que dans d’autres pays du monde occidental,
notamment anglo-saxon. La société psychanalytique de Paris est fondée seulement
en 1926. La résistance à Freud vient de Janet, des psychiatres, des philosophes, de
l’église catholique – et d’un certain antisémitisme. C’est seulement après la libération que la psychanalyse va prendre sa place dans le culture.
Bachelard, qui a écrit dès 1938 La psychanalyse du feu, et consacré en 1943 à
Robert Desoille le chapitre IV de L’air et les songes, accueille à la libération dans
les locaux de l’Institut d’histoire des sciences de la Sorbonne la S.P.P. qui a perdu
les siens pendant l’occupation. La psychologie jusque là très expérimentaliste s’ouvre
à la psychanalyse. Lagache remplace Guillaume à la chaire de psychologie de la
Sorbonne, tandis que Juliette Boutonnier lui sucède à Strasbourg.
Comme l’explique Alain de Mijolla, on assiste au cours des années 50 à des
mouvements assez contradictoires entre œcuménisme et scissions : « D’un côté,
des sociétés fermées, filtrant soigneusement leurs membres, et souvent dressées
les unes contre les autres, de l’autre, de vastes mouvements qui tentent de rapprocher les tendances opposées »
[14]. Dès 1953 commencent les scissions du mouvement psychanalytique qui vont s’accentuer après 1960. Mais en 1946, Maryse Choisy
avait créé le Centre d’études des sciences de l’homme qui publia la revue
Psyché.
Cette revue syncrétique, qui s’éteindra dès 1950, avait compté dans son comité
d’honneur Angelo Hesnard, Pierre Janet, René Laforgue, Daniel Lagache. Y écriront
André Berge, Octave Mannoni, le père Louis Beirnaert. Un colloque de 1948 réunissait freudiens, adlériens, et jungiens, Otto Rank, Karen Horney, Georges Mauco,
Robert Desoille. Un peu plus tard, dans les années 60, fonctionnera une Société
des recherches psychothérapiques de langue française, présidée par Paul Sivadon,
et dont le vice-président était Desoille, tandis que siègaient dans les instances
dirigeantesAjuriaguerra, Hesnard, Lafon, Lagache, Roland Cahen et Serge Lebovici.
Proche de Françoise Dolto et de Juliette Boutonnier, Desoille se distingue de
la psychanalyse surtout freudienne. Son ouvrage de 1945 a pour sous titre
Essai
sur la fonction de régulation de l’inconscient collectif, où transparaît une certaine
influence jungienne. Par la suite, sous l’influence de certaines sympathies politiques,
Desoille sera tenté par une approche pavlovienne de la psychothérapie. À cette
période, l’influence du marxisme est forte dans la culture, ce qui implique une attitude
assez critique vis-à-vis de la psychanalyse. Lorsque le marxisme, sous l’influence
d’Althusser, reviendra sur cette attitude, on sera en 1965, un an avant la mort de
Desoille
[15].
Une autre opposition à Freud avait cours avant la guerre dans l’orbite du catholicisme. Desoille dans son premier ouvrage de 1938
Exploration de l’affectivité
subconscient par la méthode du rêve éveillé cite fréquemment l’ouvrage du philosophe thomiste Roland Dalbiez,
La méthode psychanalytique et la doctrine freudienne,
dont le titre est tout un programme : intérêt pour la pratique psychanalytique, rejet
de la théorie !
[16] Freud est suspect de pansexualisme dans l’église catholique, d’idéalisme bourgeois de la part des communistes, et c’est un auteur allemand à l’époque
où l’Allemagne est l’ennemie. La philosophie française à l’époque est essentiellement cartésienne, quintessence de cette opposition absolue à l’inconscient dénoncée
par Freud. Même Sartre, pourtant disciple des allemands Husserl et Heidegger, ne
reconnaîtra que tardivement dans les années 70 la valeur du point de vue des
« analystes »
[17].
Ce contexte me semble éclairer l’évolution de Desoille vis-à-vis du mouvement psychanalytique. À maintes reprises, il reconnaît l’importance de l’apport de
Freud : « Freud a dévoilé la cause réelle qui provoque l’apparition de telle ou telle
image onirique, et en même temps il a révélé la véritable signification de cette
image
[18]. Il suit Freud pour l’explication des actes manqués
[19] ou des conflits familiaux :
« Les psychanalystes ont suffisamment décrit ce genre de conflits entre l’enfant et
ses parents pour qu’il soit inutile d’y insister »
[20].
Desoille se montrera plus critique vis-à-vis de Freud dans un texte de 37 pages
intitulé
Psychanalyse et rêve éveillé dirigé
[21]. Il critique la notion freudienne de
censure avec deux arguments : il n’y a pas toujours déguisement du désir dans le
rêve – la censure est parfois débordée par l’intensité de la pulsion. Mais selon Desoille
lui-même Freud avait déjà reconnu cela « avec la scrupuleuse honnêteté qui le caractérise »
[22]. Desoille reste par contre réservé par rapport à la notion même d’inconscient : il préfère parler d’un processus conscient auquel manque la réflexion, ou de
« niveaux de conscience ». Il émet également des réserves par rapport à l’importance de la libido.
Desoille par ailleurs aurait tendance à laisser à la psychanalyse traditionnelle
le traitement des névroses. Le rêve éveillé a surtout pour lui une fonction psychagogique de rééducation et de développement. Il oscille entre une perspective spiritualiste orientée vers une élévation idéale – et une réduction du psychisme à ses
bases biologiques à travers le conditionnement pavlovien.
Si le marxisme à partir de 1965 se réconcilie avec Freud, c’est à travers Lacan
qui met l’accent sur l’importance du langage. Or la psychothérapie par le rêve éveillé
est essentiellement un processus de production langagière de scénarios symboliques.
L’évolution des successeurs de Desoille, comme l’expose Nicole Fabre, devait
permettre à la cure par le rêve éveillé de trouver son accomplissement comme cure
par le langage des images. Ce mouvement a permis de laisser de côté les impasses
dans lesquelles avait paru s’égarer Desoille. À s’appuyer sur un biologisme inspiré
de Pavlov, Desoille a manqué peut-être un retour à Freud fondé sur l’importance
accordée au langage des images.
La grande scission des années 50 dans la mouvement psychanalytique français
s’était faite sur la question de savoir si la psychanalyse devait se rapprocher d’une
médecine biologisante ou d’une théorie de la culture. La cure par le rêve éveillé,
caractérisée par l’utilisation d’un langage symbolique à travers lequel s’expriment
les images des scénarios imaginaires, se situe nettement comme manifestation de
la fantasmatique humaine proche comme le soupçonnait Freud de la création poétique.
On peut noter également que la psychanalyse, en partie sous l’influence de Lacan,
a revalorisé des notons éthiques comme la loi et l’interdit, notions auxquelles Desoille
était attaché. En 1965 beaucoup identifiaient la psychanalyse avec une permissivité sexuelle absolue à la façon de Reich.
Lorsqu’à la mort de Desoille ses disciples constituent le G.I.R.E.D., ils seront
conduits au début à théoriser la cure par le rêve éveillé en restant au plus près des
thèmes desoilliens y compris lorsqu’ils se démarquent de la psychanalyse. C’est le
cas en partie en 1975 dans le livre de Jacques Launay, Jacques Lévine, Gilbert
Maurey,
Le rêve éveillé dirigé et l’inconscient
[23].
Pourtant les éditions E.S.F. dès 1970 avaient publié un livre intitulé
Le rêve
éveillé dirige, une méthode de psychothérapie analytique, sous la plume de Myriam
Fusini Doddoli, dédié à « Robert Desoille qui savait être à la fois maître et ami ».
L’auteur, dans la troisième partie intitulée « Considérations sur le rapport entre rêve
éveillé et psychanalyse », développe la théorie du fantasme en psychanalyse et énumère
les « éléments psychanalytiques dans la psychothérapie par le rêve éveillé dirigé ».
Pour Freud, rappelle-t-elle, le fantasme réalise les désirs refoulés, protège de l’angoisse,
autorise le plaisir : « Le rêve éveillé, au niveau du vécu fantasmatique, implique
l’inter-relation entre le réel, l’imaginaire et le symbolique; au niveau de la technique,
à part ses moyens spécifiques d’action thérapeutique sur les trois plans, utilise les
éléments propres au traitement psychanalytique : on peut donc à juste le considérer
comme une méthode s’inscrivant dans le cadre des psychothérapies analytiques »
[24]. Elle considère que sont présents dans la pratique du rêve éveillé les éléments
indiqués par Freud comme essentiels à la thérapie analytique, à savoir l’actualisation des désirs inconscients par le transfert, la dissolution des résistances et la nécessité de l’interprétation pour faire accepter les éléments refoulés en les soustrayant
à l’influence des mécanismes de répétition
[25]. Par contre le rêve éveillé mène à une
abréaction intense, aux conséquences de nature cathartique, permettant la récupération de la libido et de l’agressivité, la création d’associations continues et de chaînes
d’images riches et dynamiques, le déplacement de l’énergie et sa condensation.
Myriam Fusini Doddoli poursuit en se référant à Mélanie Klein, et au processus
de l’identification projective – ainsi qu’à Lacan, dans la mesure où en rêve éveillé,
le patient construit son identification devant un imaginaire secret. Elle remarque :
« On ne s’étonnera pas de voir réunies l’expérience kleinienne et la perspective de
Jacques Lacan. Ce rapprochement est riche de conséquences en ce qui concerne le
symbole et le problème de la créativité »
[26]. Ainsi dès 1970 l’auteur anticipait sur
l’évolution ultérieure des praticiens du rêve éveillé, qui aujourd’hui encore sont
conduits à confronter l’approche kleinienne et l’approche lacanienne souvent
opposées, peut-être complémentaires.
[1]
Aubier, 1966.
[2]
Loc. cit., p. 118.
[3]
Ibid., p. 121.
[4]
L’interprétation des rêves, p. 419. Freud précise un peu plus loin, p. 454, en donnant un
exemple de rêve diurne tiré de ce roman : « Le héros de Daudet, M. Joyeuse, errant dans les rues de
Paris pendant que ses filles croient qu’il a une situation et qu’il est à son bureau, rêve que, grâce à
de hautes protections, il a obtenu un emploi ».
[5]
Ibid., p. 421, note 1.
[6]
Ibid., p. 525.
[7]
L’homme aux rats, p. 181.
[8]
Ibid., p. 65.
[9]
Sigmund Freud présenté par lui-même, p. 111.
[10]
La nouvelle traduction de Bertrand Féron traduit plus justement Der Dichter und das
Phantasieren par
Le créateur littéraire et la fantaisie.
[11]
Le créateur littéraire et la fantaisie, p. 40.
[12]
L’information psychiatrique, vol. 60,1974, n° 7.
[13]
L’angoisse, p. 190.
[14]
Alain de Mijolla, « La psychanalyse en France », in
Histoire de la psychanalyse, sous la
direction de Roland Jaccard, Hachette, 1982, tome II, p. 43.
[15]
Cf. l’article d’Althusser, « Freud avec Lacan », in
La nouvelle critique, 1965.
[16]
Desclée de Brouwer, 1938
[17]
Cf.
L’idiot de la famille, et le scénario sur Freud.
[18]
Exploration de l’affectivité subconsciente par la métode du rêve éveillé, Action et pensée,
Genève, 1938, p. 42.
[21]
Librairie Le François, 1950
[22]
Loc. cit., p. 11.
[23]
Dessart et Mardaga, Bruxelles, 1975.
[24]
Op. cit., p. 47-48.
[25]
Elle emprunte ces éléments à l’article de Freud « Remémoration, répétition, perlaboration »
(1914), publié dans
La technique psychanalytique, chapitre 10.
[26]
Ibid., p. 51, note 10