2001
TOPIQUE
Avant-propos
Sophie de Mijolla-Mellor
En proposant un numéro sur les « Pratiques cliniques », c’est essentiellement
leurs différences et leurs évolutions propres qu’on a souhaité mettre en évidence.
Ces textes sont issus de la VIII Rencontre de l’Association Internationale
d’Histoire de la Psychanalyse en juillet 2000 à Versailles. À l’écart du débat politicoinstitutionnel entre psychothérapie et psychanalyse, il s’agissait de donner la
parole à des approches diverses du travail clinique dans une perspective se voulant à la fois rétrospective et prospective.
Les questions soulevées apparaissent cependant récurrentes et, tout d’abord,
celle du cadre. La republication d’une conférence faite par Piera Aulagnier en
1978 dans le séminaire de « Psychiatrie comparative » dirigé par G. Daumézon,
G. Lantéri-Laura et G. Benoît
[1] en problématise la complexité dès lors qu’il faut
passer du cadre de l’analyse des névroses à celui des psychoses. Comme le
remarque l’auteur « les clauses du contrat analytique se montrent ici inapplicables
ou faussement efficaces, ou abusives, ou « trompeuses ». Il faut donc réinventer,
« réussir à créer avec le sujet les conditions qui rendront l’interprétation possible ». Ce texte présente en d’autres termes une réflexion sur l’interprétation et
ses conditions de possibilité, développés ultérieurement par Piera Aulagnier.
Situé en ouverture du numéro, il nous rappelle utilement que le cadre ne doit
pas seulement être appliqué mais pensé, relativisé selon l’effet thérapeutique visé.
De même, Paul Denis à travers des débats qui ont opposé les analystes autour
du silence de l’analyste resitue le propos en fonction non pas du prescriptif, où
une « ready made analysis » s’opposerait à une « do you it yourself analysis »,
mais vis-à-vis de la relation thérapeutique et de son évolution dans la pratique
analytique.
C’est cette perspective historique que l’on retrouve aussi bien dans l’article de
M. Moreau-Ricaud sur les groupes Balint que dans l’analyse proposée par
C. Nachin sur les rapprochements entre Abraham et Ferenczi ou le texte de
J.L. Lacas sur Gisela Pankov et les filiations qu’elle découvre dans la psychanalyse des psychoses.
Mouvance de la pratique psychanalytique à laquelle viennent répondre en
écho ces pratiques cliniques qui ont elles aussi leur histoire : groupe, médiations
corporelles, rêve éveillé.
De cette confrontation des pratiques, de leur relativisation dans une perspective historique ne peut naître qu’une interrogation renouvelée et féconde sur le
présent de notre écoute.