Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062938
200 pages

p. 65 à 86
doi: en cours

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no 78 2002/1

2002 TOPIQUE

La psychanalyse : une transformation du sujet par la parole  [*]

Ana-Maria Rizzuto  [**] 75 Gardner Road Brookline, MA 02445-4523 USA
La psychanalyse mobilise le pouvoir qu’a le mot parlé de modifier la relation que le sujet entretient avec ses propres processus psychiques inconscients. Elle aide l’analysant à redonner à ses mots l’intégrité psychique qu’ils avaient perdue ou bien n’avaient jamais réussi à trouver à cause de mouvements défensifs puissants de dissociation ou de refoulement. Le dialogue psychanalytique, et la perlaboration dont il est le médiateur, conduit à l’élaboration de narrations de soi-même et de mises en sens interprétatives qui contribuent à la transformation du sujet en une personne qui fait l’expérience de soi-même. Intrapsychiquement la composante représentationnelle du mot parlé inclut non seulement les représentations mentales des objets nommés par les autres, en particulier la mère, mais aussi la représentation auto-référentielle de l’expérience de satisfaction.Mots-clés : Sujet, Parole, Intégrité psychique.
L’analysant qui vient nous consulter est un sujet souffrant qui n’arrive pas à donner sens à ses sentiments, actions et réactions contraignants et qui se dit : « Je sais que quelque chose ne va pas avec moi mais je n’arrive pas à le comprendre. » L’analyse qu’il demande accomplira ses effets de transformation en articulant par la parole son expérience psychique, ce domaine de souffrance qui s’étend entre les deux pronoms : le « je » qui n’arrive pas à donner sens au « moi ».
Je définis le sujet comme l’aspect de la personne totale qui fait consciemment l’expérience de la vie psychique. La personne totale est responsable de toutes les actions psychiques qu’elles soient conscientes, préconscientes ou inconscientes (le « self-acteur » de Meissner, 1993). Je suis d’accord avec Meissner lorsqu’il dit que les actions inconscientes, qui sont néanmoins accomplies par l’activité propre de la personne, ne sont pas des actions accomplies par le sujet. Le sujet fait l’expérience de lui-même par la médiation de ses activités internes et externes : sentiments, pensées, actes. Ce mode de découverte subjective fait du mot parlé un outil optimal pour rendre explicite l’expérience du sujet, parce qu’il possède des éléments actifs de pensée, d’imagerie et de sentiments ainsi qu’un aspect d’action dans la réalité lorsque, dans le dialogue, se produit l’alternance entre les moments on l’on parle et les moments où l’on écoute l’autre.
 
D’OÙ VIENT LE SUJET ?
 
 
Freud, influencé par le positivisme de son temps, n’a pas élaboré de théorie du sujet (Moran, 1993). Lacan a été le premier psychanalyste à conceptualiser le sujet, dans le contexte de sa théorisation de l’inconscient structuré comme un langage. Le sujet de Lacan ne requiert pas l’expérience subjective de soi-même dont je parle. Pour lui le sujet « n’est pas simplement équivalent au sentiment conscient d’être en train d’accomplir quelque chose, ce qui serait une pure illusion produite par le moi (ego)... Le « sujet » de Lacan est le sujet de l’inconscient. » (Evans, 1997, p. 195) Pour lui « le sujet est un effet de langage »... « en vertu de son assujetion au champ de l’Autre ». Les affirmations de Lacan restent de l’ordre de la construction théorique, aussi vaste soit-elle.
Ce dont nous avons besoin c’est d’une théorie psychanalytique qui nous montre comment le sujet engagé dans l’expérience de lui-même advient à l’existence et devient capable de parler de lui-même. Nôtre tâche consiste à trouver le sujet vivant dans ce qu’il nous communique de façon à transformer sa souffrance conflictuelle en une compréhension de soi-même qui fasse sens affectivement.
Afin de créer une théorie de la fonction transformative de la parole en psychanalyse nous devons élaborer les trois problèmes suivants :
  1. La parole en tant que matrice du lien intersubjectif dans laquelle l’enfant vient au monde.
  2. L’urgence dans laquelle se trouve l’organisme (corporel) de satisfaire ses besoins (pulsions) et le rôle qu’elle joue en tant que substrat de la subjectivité.
  3. L’émergence de l’expérience de soi-même et de la parole.
 
1. LA PAROLE EN TANT QUE MATRICE DU LIEN INTERSUBJECTIF
 
 
Pour Winnicott il n’y a pas de bébé sans mère ni de mère sans bébé. La mère en tant qu’environnement qui procure le holding pour le bébé, ainsi que sa réponse à ses besoins, à ses gestes spontanés et la manière dont elle s’offre comme miroir de lui-même, tout cela dispense ce qui est essentiel pour que l’infans se constitue en self. Winnicott (1971) a insisté sur le rôle visuel du visage en tant que miroir qui organise le sentiment de soi du bébé.
Il faut élargir cette conception de Winnicott afin d’y ajouter la voix maternelle avec son pouvoir de toucher le bébé émotionnellement tandis qu’elle se rend compte des états affectifs de l’enfant et qu’elle y répond par des actions et des mots. Je paraphrase Winnicott (1971) : Qu’est-ce que le bébé entend lorsqu’il entend la voix de sa mère ? S’agissant du bébé qui contemple le visage maternel Winnicott répond : « Le bébé se voit ou la voit ». Lorsque la mère répond au geste spontané du bébé en nommant le besoin et en s’adressant à lui avec un ton de voix chargé d’une coloration émotionnelle spécifique, puis satisfait le besoin, elle a donné au bébé, avant qu’il ne comprenne le langage, une interprétation verbale et en action de l’expérience subjective qui lui apporte une satisfaction agréable. Ce que le bébé entend, ressent, perçoit dans l’affect de la voix maternelle c’est lui-même compris comme un self dont le monde intérieur a été reconnu et rencontré par la voix maternelle. Pour paraphraser à nouveau Winnicott (1962) le bébé pourrait dire à la mère : « Je ressens que tu me connais de l’intérieur parce que ta voix me touche dedans puis tu me procures une satisfaction. » [1]
Il faut remarquer que si le visage reflète l’enfant tout entier il ne possède pas le pouvoir somatique pénétrant et affectif de la voix qui touche l’enfant viscéralement. Les recherches de Wolff (1963) montrent que les enfants sourient d’abord à la voix maternelle et plus tard au visage maternel ce qui laisse supposer que l’effet de miroir de la voix précède celui du visage. À partir de ces affirmations je veux souligner deux points : 1) Le plaisir d’avoir été touché intérieurement en tant que self par la voix et la parole maternelles, qui annonce fréquemment la satisfaction prochaine des besoins, confère à l’expérience d’entendre quelqu’un s’adresser à soi l’espoir d’être trouvé par un objet lorsqu’on se sent perdu et en manque. L’expérience renouvelée d’éprouver la satisfaction après avoir entendu quelqu’un vous parler soutient peut-être l’espoir préconscient qui engage l’analysant à accepter le traitement analytique. 2) Un enfant qui apprend à parler mais dont le langage maternel n’a pas été le miroir de son expérience interne utilisera le langage d’une manière qui n’engage pas le self (Rizzuto, 1988; Marty, 1963).
Depuis le début de la vie les enfants sont englobés dans une matrice de parole. Le fœtus répond aux sons dès le cinquième mois. Les bébés préfèrent la voix de la mère après la naissance à toute autre (Kolata, 1984) et après le quatrième mois ils préfèrent les mots à tout autre son (Butterfield and Siperstein, 1974). Ces découvertes suggèrent que les composantes prosodiques du langage parlé ont un effet profond sur le plaisir que trouve le bébé dans la parole et la voix maternelles qui n’est pas relié à la satisfaction des besoins. Les mères comprennent le plaisir que le bébé trouve dans la voix et la parole maternelles car elles plongent leurs enfants dans un « bain de son » (Mowrer, 1952). La prosodie de la voix humaine semble être l’internalisation la plus précoce de la mère. Elle ne présente pas de valeur linguistique mais elle porte un message affectif puissant qui signifie l’intention maternelle d’engager un lien émotionnel avec le bébé (Fernald, 1996, p. 83). Les composantes affectives de la relation présentes dans la voix humaine demeurent une clé essentielle pour entendre et interpréter les composantes affectives des communications verbales. Les analystes s’efforcent de parler à leurs analysants avec des voix calmes et égales comme pour leur adresser le message prosodique qu’ils veulent les écouter. L’analysant à son tour écoute le message affectif prosodique dans la voix de l’analyste pour s’assurer des intentions de l’analyste.(Rizzuto, 2000)
Les mères prennent l’initiative de constituer leurs enfants, qui ne sont pas encore capables d’utiliser le langage, en interlocuteurs bien avant que l’enfant ne soit capable de devenir un sujet parlant. Elle pallient l’incompétence de l’infans en se servant d’une action de l’enfant comme d’une sorte de réponse en dialogue (Snow, 1977) verbalisée par la mère en tant que réponse dans ce dialogue. Elles s’adressent à l’enfant en lui disant « tu », le pronom qui le constitue pragmatiquement comme le partenaire d’une interlocution (Benveniste, 1971) tout en s’efforçant par tous les moyens d’engager l’enfant émotionnellement dans une conversation. Fréquemment la mère nomme à haute voix ce que veut l’enfant avant de satisfaire le besoin. Une telle attitude relie au travers de la parole maternelle, les besoins et les désirs éprouvés par l’enfant en tant que self désigné par le pronom « tu » à une satisfaction agréable de ses besoins. Les mots précèdent et annoncent le plaisir. Depuis le moment où l’enfant commence à prononcer ses premières sonorités-mots jusqu’à l’acquisition complète de sa capacité à parler, la mère (et la famille avec elle) entraîne l’enfant à utiliser la parole pour communiquer. Il résulte de cette interaction constante avec la famille que toute la structure du langage parlé devient émotionnellement signifiante. Elle se trouve ainsi prise dans une matrice complexe de significations émotionnelles, d’interactions et de messages liés à l’objet qui colorent pour chacun le sens même du fait de parler. Les mots ont une histoire émotionnelle (Rizzuto, 2000).
L’analyse est la deuxième occasion dans une vie où une personne essaye de façon renouvelée de confirmer les expériences internes et les besoins d’un sujet en les nommant, en les décrivant et en les interprétant par sa parole. La différence c’est que l’analyste ne satisfait que le besoin de trouver sens à soi-même et à ses propres souffrances tout en acceptant les fantasmes de satisfaction directe du désir. Cependant dans les deux cas le sujet est trouvé, dans son expérience et dans ses besoins, par la mère-objet ou l’analyste qui trouve d’abord, par le biais de ses propres sensations et perceptions, les mots qui donneront sens à l’expérience subjective (charges ?) du patient.
La perception par l’enfant de l’expérience subjective de lui-même émerge lorsque la maturation rend la conscience de soi possible. Arrivé à ce point l’enfant tient à sa disposition une vaste ensemble de processus de mémoire et de représentations mentales inconscientes de satisfaction des besoins, d’expérience de la mère en tant que miroir et d’interlocution ludique par la parole et le visage.
La parole donne à l’enfant la possibilité de construire pré-consciemment et consciemment des narrations de lui-même en jeu et en mots. Les mots peuvent être utilisés pour réorganiser l’expérience de soi-même de la même manière que Freud (1887-1904) décrivant le fonctionnement psychique :
« Tu sais que, dans mes travaux, je pars de l’hypothèse que notre mécanisme psychique s’est établi par un processus de stratification : les matériaux présents sous forme de traces mnémoniques se trouvent de temps en temps remaniés suivant les circonstances nouvelles, une retranscription (ein Umschrifterfart). » (6 Décembre 1896)
Lorsqu’un enfant raconte à ses parents : « Bébé, bobo » pour décrire une éraflure récente au genou, il se peut très bien qu’il soit également en train d’organiser la narration d’autres blessures internes qu’il ressent. Le langage parlé peut permettre de passer en revue, de réviser et de réorganiser des processus de mémoire pré-existant (représentations) en fonction d’expériences nouvelles en rapport avec le développement ou avec la réalité. Le terme nachträglichkeit [2], compris en tant que « reconstruction rétrospective du sens du... trauma » (Thomä and Cheshire, 1991), permet de décrire les potentialités de la parole, interpersonnelle ou interne, dans leurs effets de réorganisation de la signification des expériences subjectives passées. Décrire ou nommer une expérience implique, nécessairement, une réorganisation « nachträglich », dans le moment relationnel présent avec un interlocuteur interne ou réel, de l’expérience première. Le pouvoir transformatif spécifique de l’analyse repose sur sa potentialité à décrire, nommer et réactualiser les émotions des expériences passées au présent.
 
2. L’URGENCE DANS LAQUELLE SE TROUVE L’ORGANISME (CORPOREL) DE SATISFAIRE SES BESOINS (PULSIONS) ET LE RÔLE QU’ELLE JOUE EN TANT QUE SUBSTRAT DE LA SUBJECTIVITÉ
 
 
Freud (1915,1940) a décrit les tensions somatiques internes comme étant à la source de l’exigence faite au psychisme de constituer un « représentant psychique » (Psychische repräsentanz) de la pulsion (besoin). Cependant comme A. Green (1987) le fait remarquer « il n’y a pas de relation analogique entre l’excitation somatique interne et le représentant psychique de la pulsion. ». L’exigence de l’excitation physiologique requiert sa transformation en représentation psychique en tant que pulsion (un besoin psychique) qui à son tour élabore le processus de satisfaction en vie psychique. Il semble peu probable que le représentant pulsionnel puisse précéder la première expérience de satisfaction corporelle si l’on comprend la pulsion comme un « stimulus (interne) appliqué à l’esprit » (Freud, 1915) qui doit trouver sa satisfaction (but) dans un objet externe à l’organisme. La faim, la soif, et le besoin de contact corporel ne peuvent être satisfaits que par de la nourriture, du liquide et un autre corps. L’infans est incapable de se procurer par lui-même aucune de ces satisfactions nécessaires à la poursuite de la vie. Si l’objet maternel n’est pas là pour lui offrir la nourriture et la chaleur, l’enfant n’a aucun moyen de connaître ni ses propres besoins, à l’exception de la tension corporelle, ni l’objet qui permet de les faire disparaître. Je suis donc pleinement en accord avec Green (2000) lorsqu’il dit « L’objet est le révélateur de la pulsion. ». Cela m’amène à penser que au moment de la « révélation » de la pulsion, la psyché doit également produire une représentation de son propre état de satisfaction, en relation avec la perception de la satisfaction (Freud, 1900) et de l’objet comme composante inséparable (même si c’est sous une forme obscure et élémentaire à ce stade précoce) du représentant psychique de la pulsion. À chaque fois que les besoins somatiques réveillent le représentant pulsionnel, ils impliquent des souvenirs de l’événement satisfaisant lui-même et de l’état subjectif de satisfaction – ou de frustration. Les satisfactions ultérieures agrandissent, transforment, mélangent les différentes variétés de satisfactions mais les processus de mémoire qui ont déjà été enregistrés restent le noyau organisateur des transformations progressives du représentant pulsionnel lui-même et du sujet qui en fait l’expérience. Je propose l’idée que le représentant pulsionnel est susceptible de transformation, ce qui requiert que les satisfactions ultérieures soient accomplies selon les modalités de satisfaction mises à jour telles qu’elles ont été enregistrées dans le représentant pulsionnel. Ces nouvelles modalités poussent (au sens où la pulsion « pousse ») à rechercher la répétition de la satiété modifiée et source de plaisir.
Qu’arrive-t-il à l’infans qui se développe lorsque l’objet « révèle » ses pulsions et le satisfait ? Comment enregistre-t-il qu’il est satisfait ? C’est la question que Freud n’a pas posée. Freud (1900) a seulement décrit le besoin qu’a l’enfant d’« investir à nouveau l’image mnésique de cette perception dans la mémoire, et de provoquer à nouveau la perception elle-même, c’est-à-dire (de) reconstituer la situation de la première satisfaction. » La description de Freud ne concerne que le processus et laisse de côté le self-acteur (self-as-agent) qui doit mener à bien ce processus. Nous devons alors nous demander : l’enfant possède-t-il une capacité obscure qui lui permettrait d’être auto-référentiel et auto-représentant ? Nous ne savons pas. Cependant, après l’expérience de la satisfaction, est-il suffisant de l’avoir enregistrée dans le représentant pulsionnel ? Je pense que nous devons postuler un mode d’enregistrement de l’expérience que le self est en train de traverser en tant que globalité, qui ne serait pas encore représentation du self mais un registre psychique plus précoce de l’unité corps/représentant psychique de la pulsion/objet/satisfaction/self, centré autour de l’expérience que le sujet est en train de faire de lui-même. Sans un tel postulat, il semble impossible de construire une théorie psychanalytique du sujet comme émergeant de ses expériences de satisfaction corporelle. Pour examiner cette idée nous devons brièvement parcourir à nouveau la théorie psychanalytique de la représentation.
Freud (1891) nous a laissé une description magistrale de la formations des représentations externes d’objet en tant que composante représentation de chose du « mot psychique ». Il propose trois énoncés significatifs (Rizzuto, 1990) concernant ces représentations : 1) Elles trouvent toujours leur origine dans les sens (ou la sensorialité), la périphérie du corps, et cheminent vers le cortex en subissant un processus de transformation qui les rend aptes à la parole; 2) elles peuvent se propager parce que tous les processus perceptifs sont également des processus associatifs; et finalement 3) elles contiennent toutes les stimulations qui induisent à parler spontanément. Ce dernier point est essentiel pour la technique psychanalytique.
Freud ne nous a pas donné une théorie concernant les représentations internes de l’expérience du sujet. Comment pouvons-nous en faire la théorie ? Tout d’abord nous devons éviter de les concevoir – comme Freud semble l’avoir fait pour les représentations de chose, comme la satisfaction isolée d’un seul besoin. L’expérience humaine est bien plus complexe. Dans la réalité les enfants (et les adultes) font l’expérience de besoins simultanés. Le bébé qui a faim n’a pas seulement besoin de nourriture, mais également d’être tenu confortablement, d’avoir un contact avec le visage de la mère, et de sentir qu’il est investi par les actions et les mots de sa mère en tant que la personne de plein droit qu’il est. La complexité de la satisfaction de quelque besoin que ce soit suggère que, à un moment donné il se peut que certains aspects du besoin global soient satisfaits alors que d’autres ne le sont pas. Une mère peut donner du bon lait mais tenir son bébé avec tellement de raideur qu’il n’arrive pas à se détendre. Elle peut bien le nourrir et le tenir confortablement sans que sa voix ne parvienne à établir un contact avec lui et en laissant passer de la tristesse sur son visage. Une de mes patientes a exprimé tout cela de manière très graphique : « Ma mère a nourri sa fille mais pas moi. » Je suggère que très tôt dans la vie, l’aspect subjectif de ces expériences de satisfaction complexe des besoins sont enregistrés en tant que souvenirs obscurs et affectivement colorés d’échanges corporels avec un objet capable ou incapable d’investir l’enfant dans sa totalité pendant le moment de satisfaction des besoins. Je ne pense pas qu’ils peuvent revenir sous forme de souvenirs ou qu’ils constituent des représentations de soi. Je pense plutôt qu’ils restent vivants sous la forme de souvenirs corporels inconscient chargés d’affects du self en tant que agent (acteur), capables d’acquérir la pleine force d’une pulsion qui exige satisfaction. Cette situation se modifie avec l’arrivée de la parole et de son pouvoir d’articuler l’expérience subjective.
 
3. L’ÉMERGENCE DE L’EXPÉRIENCE DE SOI-MÊME ET DE LA PAROLE
 
 
Dès le troisième mois, mère et enfant commencent à établir des formes intentionnelles de communication qui font partie de la satisfaction des besoins et accompagnent des moments d’investissement ludique. Ces formes deviennent un dialogue des corps au cours duquel chacun des partenaires de la dyade contribue alternativement à la construction de rituels et de jeux (Sander, 1964). Un dialogue source de plaisir s’établit lorsque les messages entre la mère et l’enfant sont complémentaires et l’expression de leur affect suffisamment proche (Rizzuto, 1988,1991) : invitation-acceptation, salutation-salutation, rire-rire. Lorsque l’affect de la mère n’est pas suffisamment semblable ou bien lorsque son message n’est pas complémentaire, l’enfant fait l’expérience du rejet et du déplaisir. Lorsque l’enfant sent que l’adulte a l’intention de communiquer avec lui en tant que tel alors se développe en lui un désir de communiquer avec et d’être investi par la mère et d’autres personnes. Toutes ces expériences de communication sont contenues dans la parole maternelle qui s’adresse à l’enfant (Rizzuto, 2000) même lorsqu’il est trop petit pour participer.
L’apparition chez l’enfant de sa capacité à utiliser des sonorités comme des mots se situe dans le contexte des communications affectives et corporelles qui ont été établies dans plusieurs registres entre la mère et l’enfant. On ne peut en détacher le langage parlé que pour des raisons de recherche mais on ne peut les séparer dans la réalité. Les mots acquièrent leur signification dans cette matrice de dialogues corporels et détiennent leur pouvoir entier d’établir un contact affectif avec la mère des processus de mémoire qui concernent la participation préverbale à des gestes et des rituels source de plaisir ou de souffrance. Nous devons nous demander : la représentation de chose liée à la représentation verbale pour former le « mot psychique » est-elle de quelque manière associée au représentant pulsionnel tel que je l’ai décrit ?
Je pense que l’affirmation de Freud (1891) : percevoir c’est associer, est vraie. Si tel est le cas, lorsque l’enfant apprend des mots de sa mère, la représentation de chose correspondante qu’il forge, constituée d’éléments sensoriels visuels, tactiles, auditifs et autres (Freud, 1891), doit également venir s’associer à la perception de la satisfaction du besoin et au moment de communication entre la mère et l’enfant. Je pense que ce processus associatif inconscient entre les représentations de chose et l’expérience de satisfaction ou son échec constitue le lien essentiel avec les mots qui leur donne le pouvoir d’avoir accès à l’expérience subjective. Si tel n’était pas le cas, nous ne pourrions parler que des objets externes ou bien de nous-mêmes comme des objets perçus. C’est la connexion entre représentation de chose et expérience subjective qui rend la psychanalyse possible comme cure de parole. C’est au travers de telles associations que les mots trouvent leurs liens complexes avec les processus primaires ce qui a pour effet de réveiller l’expérience subjective. Nous devons considérer que la fantasmatisation consciente et inconsciente fait partie de l’expérience subjective elle-même. Le pouvoir que possède le langage de toucher l’individu intérieurement, viscéralement, provient de cette association entre représentation de chose (qui prend son origine dans la périphérie du corps) et les expériences de satisfaction somatiques et viscérales associées tandis que les mots maternels enveloppaient et « touchaient » l’enfant affectivement. Une boulimique disait (Rizzuto, 1988) :
« Je ne vous laisserais pas me toucher avec vos mots... je ressens ce que vous dites dans le creux de mon estomac... Quand je (vous) parle cela me remplit et je me sens vidée lorsque quelqu’un me parle. »
Les pronoms personnels apparaissent après que l’enfant ait acquis entre 118 et 272 mots pour désigner les choses et les actions (Gesell, 1940). Dans un premier temps ils indiquent seulement que l’enfant s’est approprié sur le mode parlé la notion de tour de parole dans le discours. Les pronoms de première et de deuxième personne apparaissent à 24 mois et les pronoms de troisième personne à 30 mois. À ce stade le pronom de première personne semble se rapporter au sentiment qu’a l’enfant d’être lui-même (Sharpless, 1985), i.e à sa capacité de perception subjective. À partir de ce moment les pronoms personnels « Je » et « tu » vont remplir deux fonctions essentielles. Tout d’abord, linguistiquement, les pronoms sont des mots indispensables pour établir un dialogue entre différents partenaires. Il faut utiliser un pronom personnel pour s’adresser à un autre. Comme Benveniste le fait remarquer : « La forme du Je n’a pas d’existence linguistique excepté dans l’acte de parole qui le prononce. » Cela signifie que le référent linguistique d’un pronom personnel est toujours individuellement et dialogiquement spécifique. Ensuite, dans le registre psychique, dès qu’il apparaît, le pronom Je rassemble dans une expérience unitaire consciente le self de celui qui parle, en tant que sujet qui fait l’expérience de lui-même sur le mode de la perception consciente. Avant la venue du pronom, l’unification de l’expérience de l’enfant était soutenue par la fonction de miroir de la mère au travers de ses actions, de ses expressions de visage et de ses mots. À présent, l’internalisation progressive de la fonction de miroir (Meissner, 1981) avec ses effets sur le sentiment qu’a l’enfant d’être lui-même se trouve liée aux niveaux conscient et préconscient aux pronoms « Je » et « moi ». Tel est le cas dans le développement normal, lorsque l’engagement émotionnel de l’enfant et de la mère se trouve fermement établi. Lorsque le développement émotionnel de l’enfant est en retard par rapport à l’apparition développementale du pronom « je » comme outil linguistique, cela peut favoriser une dissociation entre le « je » de conversation et le « je » psychique. Tel était le cas de ma patiente boulimique qui a fait pour la première fois dans l’analyse l’expérience d’elle-même en tant que « je » : « C’est la première fois de ma vie que j’ai dit « je » et que cela a du sens pour moi. » Les conséquences corporelles de son expérience d’un « je » psychiquement approprié, et non plus seulement linguistique, furent immédiates : le besoin de se suralimenter disparut, et elle put également pour la première fois regarder son corps nu dans le miroir et ressentir : « Mon corps m’appartient vraiment du cou au bout des orteils. » Jusqu’à ce moment elle avait le sentiment de vivre dans sa tête, derrière ses yeux.
Lorsque le mot parlé parvient à capter le désir de s’engager dans le type de communication initié par l’expérience corporelle que fait l’enfant d’être satisfait pour lui-même, il développe le désir de parler à un autre et qu’on lui parle. Comme Jakobson le fait remarquer : « Nous parlons pour être entendus et nous avons besoin d’être entendus pour être compris. » (Waugh, 1976). L’enfant objectifie l’expérience subjective avec les mots qu’il a appris dans son commerce avec sa famille, sa mère et son père en particulier. Ces mots ne sont pas seulement des référents sémantiques pour des objets internes ou externes mais portent avec eux des associations inconscientes avec des scènes au cours desquelles ils ont été employés, avec des expériences synchrones de satisfaction ou de frustration, avec les fantasmes qui s’ensuivent. Tous ces ensembles d’associations potentielles relient les mots par le biais des processus primaires et secondaires à l’expérience réelle et privée de la vie subjective de l’individu. Le référent sémantique des mots ne représente qu’un spectre assez étroit de signification par rapport à l’immense réseau associatif de processus de mémoire conscients et inconscients et à l’affect qu’il éveille. Ce réseau associatif d’expériences interpersonnelles, affectives et corporelles donne aux mots le pouvoir de réveiller et de ré-élaborer l’expérience subjective au cours du traitement analytique. Pour revenir à ma patient, le fait de se ressentir elle-même comme un « je » pendant qu’elle disait « je », a fait disparaître son besoin de se suralimenter et lui a permis de s’approprier son corps.
On peut avoir indirectement accès aux expériences pré-verbales qui ne peuvent pas devenir des souvenirs mais qui sont restées dynamiquement actives en tant que processus de mémoire inconscients et arriver à les perlaborer sans s’en rendre compte consciemment en faisant retour métaphoriquement aux expériences corporelles médiatisées par le réseau d’associations (Rizzuto, 2001). Cela peut expliquer la disparition spontanée de certains symptômes psychosomatique pendant l’analyse.
Je souhaite aborder un dernier point. La troisième année de la vie apporte également avec elle une extraordinaire stimulation du développement de nouvelles fonctions cognitives, la capacité à la constance du self et de l’objet, la différenciation self-objet, l’implication émotionnelle intense dans la triade ainsi qu’une capacité nouvellement acquise pour la mentalisation. Fonagy (1991) la décrit comme la capacité d’avoir une « théorie de l’esprit » (Premack et Woodruf, 1978), du fonctionnement mental et d’imaginer et d’anticiper ce que les autres ont en tête. La mentalisation se caractérise par l’attribution de l’intentionnalité à soi-même et aux autres. Linguistiquement elle requiert le pronom relatif « que » comme dans « Je pense que vous m’aimez bien. » (1979). La mentalisation est un pré-requisit pour l’utilisation des potentialités de la parole. Ce qui comprend la possibilité d’imaginer les intentions de l’interlocuteur et son état interne affectif et mental par le biais des mots ainsi que la capacité à créer des métaphores qui font sens émotionnellement en utilisant préconsciemment les dérivés des associations inconscientes aux mots.
Lorsqu’un enfant franchit cette étape il a développé les capacités de base qui vont lui permettre de participer à un processus psychanalytique et à ce qu’il exige dans le registre de la parole et du langage. La principale défense contre l’expérience de mentalisation est le refoulement (Fonagy, 1991), qui fait en sorte d’écarter de la perception consciente les actes de fantasmatisation ou de perception qui sont intolérables au sujet conscient. Les processus pré-verbaux et de pré-mentalisation requièrent des défenses plus primitives. Arrivé à ce degré de développement psychique et langagier l’enfant devient capable d’une vie psychique conscient et inconsciente à part entière. Un processus d’auto-narration commence dans lequel l’enfant s’adresse à lui-même comme à un objet dans un discours intérieur : « Je me suis dit » (Bollas, 1982).
À partir de ce moment l’enfant construit des scènes fantasmées qui impliquent le self et l’autre qui sont fondées sur des expériences passées et présentes et il utilise le langage rétroactivement (nachträglich) pour donner une signification affective à des expériences plus précoces. Ainsi de ce garçon de trois ans qui avait appris qu’une graine avait été plantée dans le ventre de sa maman pour qu’elle soit enceinte d’une petite sœur. Il demanda si sa maman l’avait aimé lorsqu’il était petit comme une graine, et, une fois rassuré sur ce point, il s’exclama : « Maman m’a aimé moi quand j’étais une petite graine. » L’efficacité de notre travail analytique est rendue possible grâce à la réorganisation opérée par l’autonarration de l’expérience subjective qui est médiatisée par le dialogue parlé et émotionnellement investi entre patient et analyste.
 
4. LA TRANSFORMATION DU SUJET PAR LA MÉDIATION DE LA PAROLE ANALYTIQUE
 
 
1. La situation analytique
En enjoignant au patient de lui dire tout ce qui vient à l’esprit, l’analyste lui demande de se servir du langage comme il ne l’a jamais fait auparavant. C’est la première fois de sa vie qu’on lui demande d’utiliser son paysage intime et ses expériences subjectives comme objet exclusif de son attention et de sa communication. Ce paysage va devenir le sujet même de toute l’entreprise analytique et l’objet de l’écoute analytique de l’analyste. Un changement aussi radical dans l’usage de la parole « structure toute la relation analytique » (Laplanche et Pontalis, 1973), et crée les conditions pour transformer le moi inconnu du patient en un Je subjectif. L’analyste écoute, mais il laisse également le patient dans sa totalité par ses gestes, ses mouvements corporels, ses affects, ses réactions, lui transmettre les messages non-verbaux que le self de l’analysant adresse en tant qu’il est acteur de ses processus conscients et inconscients. Le patient n’a jamais fait l’expérience depuis la petite enfance qu’un adulte, dont l’être tout entier se règle sur ses expériences, s’occupe de lui, avec une sorte de préoccupation maternelle, afin de s’informer de ses expériences subjectives. Cette attention exquise médiatisée par la voix de l’analyste sans support visuel crée les conditions propices à l’attachement affective du patient à l’analyste en tant qu’objet réel et pour le transfert sur lui de sentiments et de fantasmes concernant les objets premiers.
La motivation du patient à parler provient de la pression dynamique des dérivés inconscients des mentalisations passées qui ont été refoulées, par la poussée d’obscures expériences pré-verbales, et par le besoin impérieux de symbolisation primaire (Green, 1977) en lutte active avec les défenses précoces ou plus tardives qui le préviennent du risque affectif qu’il y aurait à exprimer tout cela, même sous une forme dérivée. La tension qui existe dans le langage du patient et dans d’autres manifestations non-verbales trouve sa source dans le conflit entre d’une part la poussée dynamique qui cherche à trouver une expression et une satisfaction différées de besoins corporels et psychiques obscurs et inarticulés, de désirs mentalisés et d’autre part les fantasmes inconscients et les peurs et les terreurs originaires qui ont empêché la mentalisation ou bien qui ont plus tard refoulé les représentations mentalisées. Ces tensions interfèrent maintenant avec ses associations libres. La tâche de l’analyste est de trouver dans les verbalisations du patient des indicateurs et des guides qui vont permettre aux deux partenaires d’articuler en une scène mentalisée de manière affectivement tolérable (une représentation privée complexe) les processus mentaux qui sont dynamiquement actifs mais ne sont pas consciemment acceptables. L’analyste est comme un détective qui cherche à reconstruire la scène subjective du « crime » dans sa forme d’origine de façon à aider le patient à articuler ces processus en une narration analytique que l’analysant accepte et qu’il possède.
2. Le processus analytique
Green (1997) affirme que « l’élaboration de la représentation reste au centre de nôtre travail analytique »... afin de « faire en sorte que ces représentations soient mises à la disposition de l’analysant », afin de l’aider à établir « une communication intrapsychique vivante ». Je suis en accord avec Green et je vais maintenant développer la manière dont j’envisage cette tâche de l’analyste. Si l’on comprend la représentation, y compris la représentation de l’affect, comme je viens de la décrire, comme un complexe qui comprend toujours une composante auto-référentielle de la même façon que les rêves (Freud, 1900) alors la tâche technique de l’analyste est de s’occuper de trois types d’expériences de base.
a. La symbolisation primaire
Si le patient se débat avec des symbolisations primaires obscures, la technique de l’analyste doit se préoccuper de chaque dérivé qui pourrait aider le patient à les transformer en représentations mentalisées. Le travail requiert alors un processus prolongé et attentif qui consiste à aider l’analysant à décrire ce qu’il ressent, certains éclats de souvenirs, d’actions, de perceptions, de métaphores jusqu’à ce qu’il soit possible de trouver une manière suffisamment convaincante de décrire une expérience psychique qui n’a jamais été représentée. L’analyste doit faire preuve de l’attention également suspendue d’une mère qui manifeste son intention de comprendre les états corporels et de désir de son enfant jusqu’au pont où il peuvent se graver dans son propre psychisme sous forme de ses propres sensations, d’actions fantasmées, d’imagerie nouvelle ou évoquée, de souvenirs de sa propre enfance, de métaphores ou de pensées qui l’amènent à forger une construction de l’état d’esprit du patient. L’analyste ne doit pas utiliser la construction comme un outil pour l’interprétation mais il devrait aider le patient à mieux articuler ce qui est en train d’émerger entre eux. Ce n’est qu’à partir du moment où s’effectue une convergence évidente d’imagerie et de ressentis (feelings) entre les deux protagonistes que l’analyste, si le patient ne l’a déjà fait lui-même, peut se permettre de décrire et de nommer l’expérience. La réponse du patient est le seul indicateur qui permet de savoir si l’analysant a réussi à créer, après ce long processus, une représentation affectivement supportable de l’expérience. Les communications de l’analyste doivent toutes passer par la porte étroite du pronom « tu ». L’affect de l’analyste lorsqu’il utilise le « tu » (fonction spécularisante de la voix) est l’élément déterminant qui réussira ou échouera à convaincre le patient de trois faits indispensables : que l’intention de l’analyste est de l’investir lui, que l’intention de l’analyste est bienveillante et que son but est de rencontrer le patient en tant que lui-même, et que l’intention de l’analyste lorsqu’il parle est de transmettre du sens sur un mode personnel en offrant un geste verbal complémentaire des mots du patient par un affect semblable à celui de l’analysant. L’analysant est alors dans la possibilité de mentaliser des expériences qui sont restées inconscientes, somatisées ou innommées. Le patient peut alors se re-connaître comme le Je-sujet qui s’est approprié son expérience mentalisée dans le présent.
b. Les expériences pré-verbales
On ne peut se souvenir consciemment des expériences pré-verbales mais elles sont constamment présentes dans les modalités de relation du patient et dans la structure de son caractère. L’histoire de ses expériences non-verbales précoces est inscrite dans sa façon de percevoir les objets qui s’adressent à lui, dans ses ressentis et ses perceptions de lui-même en tant qu’objet pour les autres, dans la manière dont il se manie lui-même en tant qu’objet pour lui-même (« Je me hais », « Je ne peux pas supporter mon corps ») et dans les formes de self-handling en rapport avec des besoins corporels et psychiques. Les expériences pré-verbales apparaissent le plus souvent dans des convictions tranférentielles, dans des mises en acte ainsi que dans des acting out et des somatisations. Elles se sont fréquemment trouvées mélangées et réinterprétées (nachträglich) par le biais de narrations verbales plus tardives (« Personne ne peut m’approcher. Je pue. »). Dans ce cas la technique analytique s’occupe plus spécifiquement des modes de relation du patient ou bien d’un évitement. Il se peut que l’analysant ne croie pas que les mots ont un sens entre deux personnes (« C’est comme une comédie. Vous dites vos répliques et moi les miennes. Mais nous ne voulons rien dire. ») (Rizzuto, 1988). Les mots du patient peuvent avoir un effet de diversion ou bien être captivants, pleins de détails pour garder l’analyste en haleine. Ils peuvent par ailleurs se trouver pris dans des affects très intenses (cf. Valenstein (1962) l’« affectualisation ») ou bien ils peuvent être des mots et des narrations concrets qui ne rendent pas compte de l’expérience intérieure. Le but défensif essentiel de ces formes de verbalisation est d’éviter la communication avec un objet dont le patient suppose qu’il ne souhaite pas communiquer avec lui ou bien risque d’utiliser ses communications pour l’abandonner ou pour le détruire émotionnellement. Cette hypothèse suggère que l’analysant ne trouve pas ou n’a pas trouvé dans sa communication verbale avec des objets l’aide dont il a besoin pour se trouver lui-même dans ses expériences (Myerson, 1991). La perlaboration de cette difficulté s’accomplit essentiellement en prêtant la plus grande attention aux convictions du patient concernant la question de savoir qui il est en tant qu’interlocuteur pour l’analyste dans l’analyse. La technique de l’analyste consiste à se préoccuper non pas tant du contenu des associations du patient mais surtout de la manière dont le patient s’adresse à lui en tant qu’objet relationnel. Nous sommes là au cœur des enjeux tansférentiels présents dans toute analyse parce que chez tous les patients la parole comme outil de communication apparaît seulement lorsque les figures élémentaires de la relation ont pu être établies par le biais de l’investissement et de la fonction spécularisante de la mère. Il n’y a qu’un nombre relativement restreint de patients qui ont pu faire l’expérience de modèles de communication préverbale suffisamment solides pour pouvoir confier pleinement leurs mots et eux-mêmes à l’analyste en tant que nouvel objet.
Lorsque l’analysant commence à sentir qu’il est entre les mains d’un objet suffisamment sûr qui peut pleinement prendre en compte et contenir ses ressentis (feelings), il peut alors se permettre de s’approcher d’expériences préverbales pathogènes jamais nommées. Elles peuvent à présent prendre sens, non pas comme souvenir du passé mais comme expérience vivante et vécue (Erlebniss) dans la situation transférentielle elle-même. Dans ce revécu, lorsque l’analyste dit « tu » (« vous ») le patient ressent qu’il s’agit de lui faisant l’expérience de lui-même avec l’analyste engagés ensemble dans leur manière de verbaliser les événements de l’expérience.
c. Les représentations mentalisées refoulées
Ces représentations sont au cœur du travail analytique. Elles se sont formées en tant que scènes mentalisées, fantasmes inconscients d’interactions désirables et processus de pensée reliés aux désirs et aux actions qui, si ils devenaient conscients, feraient surgir des affects douloureux tombant sous le coup de l’interdit venant du Surmoi et de l’idéal du moi. La personne se trouve déchirée entre le désir de réaliser les interactions évoquées par ces scènes et les peurs psychiques élémentaires d’être endommagé, puni, de perdre un objet d’amour ou de perdre l’amour de l’objet. J’ai souligné le mot scène parce que toutes les représentations refoulées montrent le sujet lui-même obtenant ou n’arrivant pas à obtenir la satisfaction d’un objet libidinalement investi.
Les représentations pathogènes possèdent une complexité et une subtilité ahurissantes. Je vais tenter de décrire les éléments les plus évidents qui les composent. Tout d’abord elles possèdent un grand pouvoir de conviction, de la même manière et pour les mêmes raisons que les hallucinations (delusions) : « il y a un grain de vérité caché » en elles (Freud, 1907). Ce grain de vérité peut contenir une perception réelle des interactions entre les parents (et d’autres objets importants), leurs actions et leurs attitudes, leurs motifs réels ou imaginés, leurs intentions exprimées ou soupçonnées, leurs sentiments explicites ou supposés, ou tout autre pensée, mot, action, ou sentiment que le patient pense avoir perçu chez l’objet à un moment donné. Ensuite il nous faut ajouter à ce grain de vérité le point de vue subjectif dans ses aspects affectif et perceptuel à partir duquel la personne a fait l’expérience de ce moment et l’a interprété. La chute banale d’un enfant peut être ressentie comme une punition pour des désirs mauvais, comme un avertissement ou comme un événement heureux qui a procuré l’amour et l’attention tant désirés. Les représentations, aussi factuelle et externe soit leur source, contiennent toujours le point de vue du sujet. Les émotions et les désirs ressentis à l’époque seront revécus chaque fois que la représentation revient à la conscience. Enfin les représentations sont porteuses d’intentionnalité. Cela n’a rien à voir avec la perception. Cela a à voir avec le fait qu’après un certain âge, nous considérons comme allant de soi que ce qui est là y est du fait des intentions de quelqu’un. Tel chose a été placée là pour telle raison par telle personne. Nous avons là en fait tout le fondement du travail de l’analyste et du détective : quelqu’un en a eu l’intention, il y a un mobile. Quatrièmement, il y a une intrigue. Les représentations n’enregistrent pas les perceptions internes et externes comme une photographie. Elles sont organisées sous la forme de narrations (comme les rêves) concernant le sujet en train de désirer, ouvertement ou obscurément. Cela peut aller d’un simple « Je l’ai vu, entendu, ressenti, etc... », un témoin supposé enregistrer un fait, à une histoire alambiquée se développant à partir d’éléments pauvres ou bien substantiels. Ingmar Bergman sait magistralement montrer la narration d’un suicide sur le point de se produire en fixant la caméra sur les mouvements de narine de l’acteur. Nous sommes en fait tous un peu comme Bergman, capables de construire en un éclair d’amples narrations à partir des perceptions les plus étroites, de sensations internes (l’hypochondriaque), et même de fantasmatisation fortuite. Cinquièmement le sujet est toujours au centre de l’intrigue dans la représentation, en tant qu’organisateur central de l’expérience elle-même. Cette centralité du sujet est l’élément clé qui provoque le refoulement immédiat lorsque la représentation entre en conflit avec le surmoi parental ou l’idéal du moi. Sixièmement, il existe des liaisons sensorielles, somatiques et viscérales dans la représentation elle-même qui font partie de la structure de processus représentationnel lui-même. Les éléments sensoriels constituent la structure de la perception elle-même, tandis que les composantes somatiques et viscérales permettent d’inscrire l’affect de l’expérience de satisfaction ou son échec dans tous les registres du développement. Ces composantes corporelles des représentations apparaissent fréquemment sous forme dérivée dans les métaphores que les patients choisissent pour décrire leurs expériences (Sharpe, 1950; Rizzuto, 2001). Septièmement il y a du drame, c’est-à-dire, de l’affect liant le sujet au corps et à l’intrigue, de l’intentionnalité, un point de vue affectif, et l’essentiel « grain de vérité » qui se trouve réveillé dès qu’un dérivé de représentation devient préconscient. Le drame concerne le désir insatisfait, et le désir que l’on croit impossible à satisfaire du fait des défenses puissamment établies. C’est ce drame qui pousse continuellement le self-acteur inconscient à ne jamais cesser d’essayer de trouver une possibilité de communication [3] et une satisfaction acceptables pour le surmoi et le moi idéal. Lorsque ces tentatives échouent, le self-acteur, c’est-à-dire le patient, éprouve de l’angoisse, agit ou fabrique des symptômes qui lui font s’exclamer : « Je sais que quelque chose ne va pas avec moi. »
La tâche de l’analyse est de trouver ce « moi » caché et cependant présent dans la complexité représentationnelle des associations du patient. La découverte progressive de ce «moi» se produit pour la première fois en présence de l’analyste en tant que cet autre parlé et transférentiel qui emploie le « vous » (« tu ») dans sa dimension diachronique pour ce qui est du vécu qui va de l’enfance jusqu’au moment présent, et dans sa dimension synchronique pour ce qui est de l’affect dialogique et transférentiel. Mon hypothèse consiste en ceci : l’analyse des représentations pathogènes par l’examen attentif des associations libres dans le contexte d’un dialogue transférentiel respectueux et interprétant, qui se concentre exclusivement sur l’expérience du patient en tant que ce « vous » auquel l’analyste s’adresse, constitue l’élément essentiel qui va permettre d’accomplir la transformation du sujet et l’élimination des symptômes.
Le pronom « vous » (« tu ») est l’outil déterminant qui va permettre à l’analyste d’accomplir un processus de transformation. La reconstruction prototypique de Freud (1937) illustre la fonction de ce pronom :
«“Jusqu’à vôtre nième année vous vous êtes considéré comme le possesseur unique et absolu de vôtre mère; à ce moment là un deuxième enfant est arrivé et avec lui une forte déception. Vôtre mère vous a quitté pendant quelque temps et, même après, elle ne s’est plus consacrée à vous exclusivement. Vos sentiments envers elle sont devenus ambivalents, vôtre père a acquis une nouvelle signification pour vous”, et ainsi de suite. » (Freud, Constructions dans l’analyse, 1937)
Freud donne à son patient une reconstruction narrative de sa représentation de désir précoce de la relation psychique entre lui-même et sa mère, suivie d’une description des événements qui sont venus contredire une telle représentation et l’effet qu’ils ont eu sur la conviction contenue dans la représentation première de l’enfant. Freud n’avait pas d’autre moyen pour accéder à l’expérience subjective de son patient en tant qu’enfant, en tant qu’enfant plus âgé, et maintenant en tant qu’homme en analyse, que d’utiliser diachroniquement le même pronom dans une interprétation synchronique de ce moment analytique. L’intention de Freud est d’aider le patient à faire sens de lui-même. Même si de nos jours les styles d’interprétation diffèrent parfois grandement de celui de Freud, aucun analyste ne peut analyser sans passer par la porte étroite du « vous ». Lorsque le patient peut ressentir « C’est moi » et le dire, l’analyse est bien près d’atteindre son but.
La réponse du patient, « C’est moi. » fait apparaître le processus d’objectivation du self dans un acte de reconnaissance de soi-même dans le présent. Le pronom moi condense dans ce moment la reconnaissance de soi-même dans un état particulier d’être, et cela en présence de l’analyste qui est l’autre du dialogue. Ce moment permet la transformation de scènes anciennes, de représentations et de pensées par la médiation des mots et des affects dont le sujet fait l’expérience avec l’analyste dans sa double fonction d’objet transférentiel et d’objet réel des désirs et des communications du patient. Le fait de revisiter ces représentations dans ce contexte peut rendre possible le « réarrangement » et le « retranscription » des « traces mnésiques » et des représentations dont Freud (1887-1904) pensaient qu’elles pouvaient avoir lieu lorsque des « circonstances nouvelles » les rendaient possibles. Ces nouvelles circonstances, que nous appelons la situation analytique, procurent une modalité de discours capable d’ouvrir les sources représentationnelles des expériences affectives passées, pour et avec un analyste dont toute l’attention et l’empathie affective sont concentrées sur la recherche de l’analysant en tant que sujet de sa vie psychique. Le processus qui consiste à ouvrir la source des représentations donne vie à chacun des aspects de l’être du patient qui a contribué à la formation de ces représentations : le corps sensoriel, somatique et viscéral; les modalités relationnelles de communication précoce et plus tardive; les bribes de moments traumatiques non-mentalisés : des fantasmes conscients et inconscients passagers ou organisés ainsi que des pensées passées et présentes. Le déroulement tout entier des processus mentaux amené par l’association libre et par les défenses contre ces mêmes processus ne peut que contribuer à la transformation des représentations elles-mêmes tandis que le sujet en fait à nouveau l’expérience dans le contexte présent. Les instruments organisateurs essentiels dans le processus de transformation consistent dans le feedback verbal de l’analyste qui nomme et interprète avec un ton de voix et un phrasé qui révèlent son intention de rester en contact avec l’affect que le patient éprouve à ce moment là. Lorsque le contenu des mots de l’analyste est une description adéquate de l’expérience du patient et que l’affect fait écho à ses émotions passées et présentes le patient ressent ce sentiment essentiel de vraie communication : « J’ai été entendu. » Désormais il n’est plus seul avec ses secrets les plus terribles. Son analyste et lui peuvent parler ensemble de lui et d’eux-mêmes de manière signifiante. Le télescopage des représentations (Freud, 1893-1895) permet maintenant la réélaboration de croyances bien ancrées qui étaient renforcées par la structure des représentations de l’analysant.
La transformation qui s’est opérée dans les représentations et dans le sujet par les échanges sous forme dialoguée sous l’influence organisatrice du pronom « vous » (« tu »), facilite la parole interne, se parler à soi-même comme à un autre, même de sujets jadis interdits. Cependant la tâche sera achevée lorsque le patient parviendra à accomplir une action psychique (Freud, 1914) de nature narcissique : il s’accepte en tant qu’objet qui possède une valeur sans se sentir obligé de répondre aux exigences d’un désir compulsif ou bien à se soumettre aux défenses qui viennent le contrecarrer. C’est ainsi que D.J. résuma sa vie et la manière dont elle réussit à abandonner ses défenses : « Je suis né normal. Mes parents étaient tellement rigides moralement et nous les enfants nous avions si peu d’estime pour nous mêmes. Je voulais être entendu, être connu. Les crises de colère auront été ma façon de répondre toute ma vie. Maintenant je suis prêt. J’ai surmonté la crise de colère. »
 
CONSIDÉRATIONS TECHNIQUES
 
 
Cette conception du processus psychanalytique entraîne quelques considérations techniques. Nous devons évaluer la capacité au dialogue de l’analysant plutôt que de considérer comme allant de soi que le patient est capable de parler de lui-même. Fréquemment, la première partie de l’analyse, qui peut se prolonger, consiste à découvrir et à perlaborer les modalités de non-communication qui dominent la façon dont l’analysant parle de sa relation à lui-même et aux autres. Un exemple extrême se trouve chez des patients souffrant de troubles de l’alimentation et qui pensent que les mots ne veulent rien dire. Un autre extrême se trouve chez les hystériques qui produisent de très belles associations en guise de séduction pour mieux se cacher. La première tâche analytique est de s’efforcer d’établir une situation analytique dans laquelle les mots de part et d’autre peuvent être entendus et acceptés comme des communications sensées qui doivent être prises très au sérieux. Tel est le cas lorsque l’analyste ne s’intéresse pas aux mots pour eux-mêmes mais cherche vraiment à trouver le sujet qui fait l’expérience de lui-même dans les mots du patient. Aucune technique ne peut apprendre à un analyste à avoir une telle intention. Ce n’est pas un enjeu technique, mais existentiel et de caractère moral qui révèle un désir authentique de trouver le patient là où il est. C’est l’équivalent de la préoccupation maternelle primaire de Winnicott. Le but idéal est d’en arriver au moment où l’analysant peut dire «Je veux vous dire. »
La façon de prêter attention aux associations libres et de les interpréter doit donner au patient l’autonomie et la participation maximales. L’analysant est le seul à posséder la clé de ses représentations dérangeantes. Les associations privées et les insights éveillés chez l’analyste qui écoute ne doivent pas être utilisées au début pour faire des interprétations mais pour aider le patient à pousser plus loin sa propre exploration. Le but est de rendre le patient curieux de ce qui sort de sa propre bouche. C’est à mon avis le meilleur moyen d’approfondir l’exploration de ses représentations les plus refoulées et les plus insupportables. Il est vrai que l’analyste doit toujours être très attentif à l’émergence de défenses qui interfèrent avec l’exploration de la représentation, et au fait que ses efforts pour perlaborer la défense sont un aspect essentiel du processus qui permet le plein déploiement de la représentation. Deux points me semblent importants. Tout d’abord l’analyste qui interprète vite et intelligemment risque d’interférer avec le processus d’émergence d’aspects signifiants des représentations et des associations connexes. Ensuite le véritable acteur de l’analyse c’est le patient. L’analyste doit rester un assistant, une sage-femme Socratique, qui facilite la tâche du patient qui est d’accoucher des contenus de son psychisme et de faire la narration de ses expériences.
Lorsque des interprétations s’avèrent nécessaires, il est essentiel, en particulier si le matériel est chargé émotionnellement ou transférentiellement, que l’analyste fasse tout ce qui est en son pouvoir pour transmettre l’interprétation dans un climat émotionnel qui manifeste qu’il fait de son mieux pour être en contact émotionnel avec le patient. La capacité pour l’analysant à accepter l’interprétation dépend tout autant de sa justesse que de la possibilité qu’elle offre au patient de sentir que l’analyste, dans son désir de comprendre, s’adresse à lui et lui parle de lui. « Vôtre façon de me parler de moi va me manquer » disait un patient. Je pense que la composante affective des mots de l’analyste donne à l’interprétation juste son pouvoir de conviction. Je pense qu’elle est l’équivalent du « grain de vérité » qui renforce les convictions.
La reconstruction attentive des composants des représentations examinés au cours de l’analyse a un effet paradoxal remarquable. Analyste et analysant ont réussi à atteindre les éléments qui composent la représentation grâce au pouvoir qu’ont les mots parlés d’éveiller et de faire revivre les aspects sensoriels, somatiques et viscéraux de la représentation en même temps que la perception de l’intentionnalité, du désir, du fantasme, de l’intrigue et du drame. Une fois la reconstruction accomplie il arrive quelque chose aux mots qui ont permis de l’accomplir. Ils ont maintenant acquis une plénitude de sens, ils ont été réintégrés à un réseau de représentations très vaste qui, d’outils linguistiques signifiants, les transforme en mots pleinement psychiques. Ils ne sont plus seulement les mots du langage, mais les mots d’une personne (self) – une personne vivante – qui a appris à faire sens de ses paroles soit que depuis elle-même elle s’adresse à un autre, ou bien à elle-même comme à un autre.
Je terminerai comme j’ai commencé : « Il n’y a pas de langage efficace sans affect. Sans langage il n’y a pas d’affect efficace. » (Green, 1968) Lorsque les mots de l’analyste cherchent à toucher le patient émotionnellement (la fonction phatique de la parole) en interprétant ses verbalisations et lui-même comme le sujet affectif qu’ils contiennent, le processus analytique a le pouvoir de transformer le sujet de l’expérience.
 
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·  RIZZUTO A-M. (2001 ?). The fundamental rule, speech, and the transformation of the sub-ject during psychoanalysis. Manuscript.
·  SANDER L.W. (1964). Adaptive relationships in early mother-child interaction. Journal of the American Academy of Child Psychiatry, 3,231-264.
·  SHARPLESS E.A. (1985). Identity formation as reflected in the adquisition of personal pronouns. Journal of the American Psychoanalytic Association, 71,861-885.
·  SNOW C.E. (1977). The development of conversations between mothers and babies. Journal of Child Language, 4,1-22.
·  THOMÄ H. & CHESHIRE N. (1991). Freud’s Nachträlichkeit and Strachey’s ‘Deferred Action’: Trauma, constructions and the direction of causality. The International Review of Psychoanalysis, 18,407-427.
·  VALENSTEIN A.F. (1962). Affects, emotional reliving, and insight in the psycho-analytic process. The International Journal of Psycho-analysis, 43,315-324.
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·  WOLFF P.H. (1963). Observations on the early development of smiling (B.M. Foss, Ed.). In Determinants of Infant Behavior, II (pp. 113-134). London : Methuen.
 
NOTES
 
[*]Traduction de Patrick Miller
[**]D’origine argentine, Ana-Maria Rizzuto est psychanalyste titulaire du Psychoanalytic Institute of New England, membre de l’American Psychoanalytic Association et de l’I.P.A. Elle exerce la psychanalyse à Boston. Auteur de nombreux articles sur les rapports entre le langage et la psychanalyse, elle a publié en particulier une série de textes sur l’article de Freud « Sur l’aphasie » et sur la fonction du discours et de la parole en psychanalyse, en particulier : « Metaphors of a bodily mind ». Elle est l’auteur de deux ouvrages : – The birth of the living god. A psychoanalytic study. The University of Chicago Press (1979) – Why did Freud reject God ? A Psychodynamic Interpretation. Yale University Press (1998)
[1]De toute évidence, Winnicott ni moi-même ne mettons rien d’autre dans ces phrases que le bon visage et la bonne voix de la mère qui reconnaissent l’enfant. L’échec à établir un contact avec le bébé dans les deux registres a toujours des effets délétères sur le développement de l’enfant.
[2]Il faut porter au crédit de Lacan d’avoir souligné l’importance de ce terme chez Freud.
[3]Je relie le terme communication à l’affirmation de Freud (1891) selon laquelle toutes les incitations à parler spontanément se trouvent dans la région des représentations d’objet, conçues par lui comme représentations de chose.
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