Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062938
200 pages

p. 7 à 19
doi: en cours

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no 78 2002/1

2002 TOPIQUE

Formes élémentaires de la bisexualité psychique

Patrick Miller 22 bis rue de Paradis 75010 Paris
Les formes précoces de la vie psychique sont déjà marquées, en-deçà des représentations de choses et des représentations de mots, par la différence du masculin et du féminin, qui ne prendra sa valeur sexuelle pour le sujet que dans l’après-coup. Aux difficultés rencontrées dans la théorie pour trouver des modes de figurations de ce masculin/féminin primitif, font écho les difficultés contre-transférentielles de l’analyste lorsqu’il écoute son patient et qu’il se trouve confronté, à l’occasion de la régression formelle dans la cure, à sa propre résistance au processus analytique lorsque ces mêmes mouvements psychiques primitifs, qui sont à la base de ses propres identifications, sont en jeu. Cette réflexion s’appuie sur certaines formalisations de W.R. Bion et sur deux exemples cliniques.Mots-clés : Contenant/contenu, Émotion, Pénétrabilité, Réceptivité.
En visitant ce matin la belle exposition Picasso qui se tient actuellement à Liège j’ai été arrêté par un dessin à la plume qui date de 1903 et qui, lorsque j’ai commencé à le regarder m’a entraîné dans une représentation figurée du thème que nous allons aborder ensemble. C’est pourquoi je vous l’offre en préambule comme support de figuration qui pourra nous accompagner en arrière-fonds des considérations plus abstraites que je serai amené à aborder. À première vue ce dessin représente un couple nu debout. La femme enlace tendrement les épaules de l’homme auxquelles elle confie sa tête. Derrière eux se trouve représenté un petit tableau, comme une représentation dans la représentation. La main gauche de l’homme indique avec fermeté cette scène au spectateur. Un regard rapide laisse entrevoir dans le cadre du tableau une figure assise avec des entrelacs de lignes qui font penser à un fœtus. En examinant plus attentivement on distingue très nettement que la figure assise est un homme qui tient une femme pelotonnée contre son ventre, dans une sorte de figuration inversée d’une Pietà.
Mon propos d’aujourd’hui, les formes élémentaires de la bisexualité psychique, est une tentative pour essayer de réfléchir aux liens qui peuvent exister entre les formes premières, élémentaires ou originaires de la vie psychique – c’est-à-dire les représentations que nous pouvons nous donner des premières émergences de la vie psychique – et les modalités d’organisation de la vie sexuelle psychique humaine à partir des fantasmes originaires et des représentations fantasmatiques de la bisexualité. Le modelage des formes précoces de la vie psychique, ses vicissitudes normales et pathologiques, auront un effet déterminant sur la construction de l’espace psychique et le développement de la personnalité. Les polarités du masculin et du féminin et la notion d’une scène originaire sont présentes dans différents modèles des origines de la vie psychique à un moment d’élaboration de la vie psychique où les représentations de la différence des sexes n’ont pas de sens. Dans notre écoute analytique la bisexualité apparaît au travers des formations psychiques que sont les fantasmes, les rêves, les identifications et au travers des différentes places transférentielles que nous sommes appelés à occuper. Ces formations psychiques constituent des formes très élaborées sur le mode représentationnel de l’organisation psycho-sexuelle d’un sujet. En-deçà de ces représentations et mises-en scènes complexes, des mouvements psychiques plus élémentaires sont à l’œuvre dans l’écoute de l’analyste que nous pouvons néanmoins référer à la polarité masculin/féminin et à la bisexualité psychique.
 
QUALITÉS MASCULIN/FÉMININ DE L’APPAREIL PSYCHIQUE
 
 
Je vais essentiellement m’adresser à trois modélisations des premières ébauches de vie psychique, celles de Bion, de Winnicott et de Piera Aulagnier, en ne me concentrant que sur certains aspects de ces modélisations.
En toile de fond des remarques que je pourrai faire sur ces trois modèles, il est utile de garder à l’esprit les modèles que Freud s’est donné pour commencer à énoncer les énigmes de l’émergence de la vie psychique et à proposer des formulations pour mieux en comprendre le fonctionnement. Je pense en particulier à la notion d’appareil psychique et à celle de représentant psychique de la pulsion.
Freud a toujours pensé qu’entre le pôle somatique (l’organe somatique, le cerveau) et l’activité consciente, il fallait postuler l’existence d’un appareil psychique, appareil de transformation des quantités somatiques et de l’énergie en qualités psychiques, en représentations et en pensées. Cet appareil effectue un travail, mais il est aussi le produit d’un travail car il se développe au gré de l’évolution de l’individu. D’emblée l’appareil psychique est sous le signe du paradoxe : il est fabriqué par les phénomènes de l’organisme qu’il doit par ailleurs traiter et métaboliser.
Voici l’ultime définition que Freud en donne dans l’Abrégé:
« Nous admettons que la vie psychique est la fonction d’un appareil auquel nous attribuons une extension spatiale et que nous supposons formé de plusieurs parties. Nous nous le figurons ainsi comme une sorte de télescope ou de microscope ou quelque chose de ce genre. La construction et l’achèvement d’un tel modèle sont une nouveauté dans le domaine scientifique, en dépit des tentatives du même genre qui ont pu auparavant être faites. » [1]
Freud parle d’un modèle, j’ai fait allusion aux modélisations de Bion, Winnicott et Piera Aulagnier. Voici comment Bion différencie modèle et théorie :
« Le modèle permet d’établir une correspondance entre la pensée du patient et le corpus central de la théorie psychanalytique au moyen d’interprétations étroitement liées à la théorie mais aussi aux énoncés et à la conduite du patient. La construction de modèles multiplie ainsi le nombre de situations dont l’analyste peut rendre compte et diminue le nombre de théories nécessaires à son équipement de travail. » [2]
Lorsque Bion prolonge et élargit le notion d’identification projective de Mélanie Klein, il décrit, non plus un mécanisme pathologique, mais un mouvement psychique actif qui est à la base de la constitution et du développement du psychisme.
Ce mouvement psychique primitif consiste en l’expulsion par le nourrisson de contenus non élaborés psychiquement. Ce mouvement n’est pas une simple expulsion au dehors. Il « attend »(pré-conception) de trouver sur sa trajectoire un espace ouvert mais limité, disposé à recevoir et à contenir ses contenus. Cet espace, disons pour l’instant la psyché maternelle, est un contenant.
Le prototype de ce mouvement psychique primitif postule donc une certaine complémentarité entre un contenant et un contenu. J’introduis ici cette notion de complémentarité qui n’est pas explicitement présente chez Bion. On la retrouve dans les représentations théoriques de Piera Aulagnier concernant l’originaire (complémentarité entre l’objet et la zone).
Cependant Bion estime que les termes de contenant et de contenu, qui sont « des modèles de représentations tirées de réalisations psychanalytiques » [3] sont insatisfaisants car ils ne permettent pas le degré d’abstraction souhaité. Il décide de remplacer contenu et contenant par les deux pictogrammes qui signifient le masculin et le féminin : e et d.
Cette notation, tout en étant une abstraction, attribue à deux mouvements psychiques et au mode de relation qui s’établit entre eux une valence sexuelle et les réfère à la différence des sexes. Même si à ce stade la seule différence qui commence à peine à s’ébaucher, dans la dynamique même de ces mouvements psychiques premiers, est celle du soi et du non-soi.
Il existe une circulation dynamique entre e et d que Bion représente ainsi : e ↔ d et qu’il nomme commensal :
« e et d dépendent l’un de l’autre pour leur bénéfice réciproque et sans que l’un porte préjudice à l’autre. Dans les termes du modèle : cette expérience est source de bénéfice et de croissance mentale pour la mère comme elle est source de bénéfice et de croissance pour le nourrisson. »
En termes de relation d’objet partiel il s’agit de la relation bouche-sein.
L’activité e ↔ d qui est décrite comme partagée par deux individus est introjectée par le nourrisson. Bion décrit ce premier introject comme un appareil, l’appareil ed. Cet appareil s’installe dans le nourrisson et va former une partie de l’appareil de la fonction alpha.
Cet appareil ed est le germe du développement psychique. Ce qui pénètre les éléments e et d et qui les conjoint ou les disjoint c’est l’émotion. On remarquera la proximité de cette formulation avec les notions de pictogramme de jonction et de pictogramme de rejet de Piera Aulagnier. C’est donc l’émotion qui permet aux deux éléments e et d de fonctionner comme un appareil. Ce sont les qualités de l’émotion qui vont déterminer les modalités de fonctionnement de cet appareil. L’émotion est une variable qui unit e et d. L’appareil est ainsi capable de changer d’émotions. La capacité de remodelage de d, qui est également sa capacité de réceptivité, dépend du remplacement d’une émotion par une autre émotion. De même la pénétrabilité des éléments e dépendra de la valeur de l’émotion.
La croissance de e et de d est en rapport avec la capacité à prendre en soi des impressions des sens. Celle-ci se développe en même temps que la capacité de prendre conscience (awareness) des données des sens. L’activité entre e et d permet une première auto-perception de soi en train de percevoir.
J’ouvre ici deux parenthèses. La première pour souligner la différence sémantique en anglais (qui n’existe pas en français) entre consciousness et awareness. I am aware of your presence : je m’aperçois de votre présence, I am conscious of your presence : j’ai conscience de votre présence. Aware indique le moment où il commence à y avoir quelque chose plutôt que rien – le franchissement d’un seuil : avant je ne sentais rien, maintenant je sens que je suis en train de sentir quelque chose.
La deuxième parenthèse est pour mettre ce qui précède en contact avec la question des auto-perceptions telle que Freud la pose dans l’Abrégé. Vous vous souvenez que Freud commence par affirmer que « Le ça ne se soucie nullement d’assurer le lendemain et ignore l’angoisse. » Puis il se reprend, au fil de la plume, témoignant ainsi de son dialogue intérieur à mesure qu’il écrit. Il (se) précise : en fait le ça est capable d’engendrer les éléments du sentiment d’angoisse. La vraie question c’est qu’il ne peut pas s’en servir. En termes Bioniens on pourrait dire que e ne rencontre pas d. Lorsque e commence à rencontrer d, et si commence à exister un appareil ed qui permet e ↔ d, alors commence à apparaître le représentant psychique de la pulsion.
Pour Freud dans l’Abrégé, le ça est coupé du monde extérieur, il a son propre univers de perception. Toute modification à l’intérieur du ça est ressentie avec une grande acuité : ce sont les variations de tension des pulsions qui provoquent des impressions de la série plaisir-déplaisir. Freud débouche sur deux questions qui ne sont pas encore élucidées pour lui :
  1. Quand et comment l’inexorable principe de plaisir, auquel le ça obéit, mais aussi les autres instances, peut-il être surmonté ?
  2. Quelle est la relation entre le principe de plaisir et les deux forces primitives : Eros et la pulsion de mort.
On peut rappeler ici que pour Freud la mission du Moi est la conservation de soi (sic) que le ça semble négliger.
« Certes il est malaisé de déterminer par quelles voies et à l’aide de quels organes sensoriels terminaux ces perceptions se produisent, mais une chose semble certaine : les auto-perceptions – impressions cénesthésiques et impressions de plaisir-déplaisir – régissent despotiquement le cours des phénomènes à l’intérieur du ça. » [4]
Pour illustrer la relation ed, Bion fait appel de manière récurrente au même exemple d’identification projective : la situation émotionnelle où le nourrisson éprouve la peur de mourir. Cette peur de mourir est en rapport avec l’expérience d’un besoin vital non-satisfait.
Dans ce cas deux destins du mouvement d’identification projective de « la peur de mourir » sont envisageables, selon l’émotion qui conjoint ou disjoint e et d. Dans le cas d’une relation commensale entre e et d le nourrisson clive et projette son sentiment de peur dans le sein. Le sein modère la composante de peur dans la peur de mourir qui a été projetée en lui, et le nourrisson en temps voulu ré-introjecte une partie de sa personnalité devenue à présent plus tolérable et par le fait même source de croissance (growth stimulating).
Dans le cas où c’est l’Envie qui établit la relation entre e et d, le nourrisson projette son envie et sa haine envers le sein indifférent en même temps que la peur de mourir. La violence de l’émotion associée à l’envie affecte le processus projectif lui-même et Bion affirme que « ce qui est projeté dépasse de beaucoup la seule peur de mourir. En fait tout se passe comme si le nourrisson évacuait sa personnalité toute entière. » [5]
Dans le registre de l’originaire Piera Aulagnier désigne un mécanisme de défense radical du même ordre de phénomènes qu’elle appelle auto-mutilation.
Dans ce cas le sein ressenti comme envieux, a dépouillé la peur de mourir de tout ce qui pouvait lui donner de la valeur, au lieu de rendre tolérable la peur dans la peur de mourir. Ce qui subsiste est un résidu dépourvu de toute valeur qui est réintroduit de force (et non introjecté). Bion conclut :
« Le nourrisson qui, au départ, avait peur de mourir se retrouve aux prises avec une frayeur indicible. » [6]
 
COMME UNE LETTRE À LA POSTE
 
 
Parvenu à ce point je voudrais faire une pause, peut-être pour essayer de rendre certaines abstractions plus digestes par un récit clinique qui devrait nous permettre de faire un lien plus direct entre ces abstractions et le sujet même de ces journées : la bisexualité telle qu’elle est à l’œuvre dans l’écoute de l’analyste.
Je me trouve dans un groupe de travail clinique composé habituellement d’une quinzaine de personnes dont trois femmes. Cette fois le groupe est plus restreint et il manque en particulier deux femmes. Nous ne sommes donc cette fois là qu’une dizaine, et il n’y a qu’une femme. Le souvenir que j’avais gardé de cette femme était de quelqu’un de chaleureux, de souriant et de discret. Plusieurs choses me frappent alors que le groupe commence à travailler. La qualité de présence de cette femme est si différente ce jour là que j’ai peine à la reconnaître, à la retrouver, et que j’en viens même à douter que c’est elle. Elle est figée, ne parle pas du tout, son visage est immobile, elle ne répond pas aux deux ou trois sourires de reconnaissance que je lui adresse au travers de la table, j’ai l’impression qu’elle me voit mais ne me reconnaît pas. Elle ne laisse rien passer, dans ce groupe d’hommes, de sa féminité, j’ai d’ailleurs le sentiment qu’elle la neutralise tout à fait, de même que toute manifestation émotionnelle. Je me fais la remarque qu’elle donne presque à voir la caricature d’un analyste qui joue à l’analyste.
Le deuxième jour de travail nous nous retrouvons tous à table dans un restaurant – situation commensale par excellence. Le hasard fait que nous nous retrouvons placés l’un à côté de l’autre cette femme et moi. Dans ce contexte je retrouve quelque chose du contact agréable que je lui connaissais et je n’ai plus de doute : c’est bien la même personne. Nous sommes en bout de table et nous bavardons agréablement, essentiellement à trois : elle, un collègue que j’apprécie tout particulièrement et moi.
À un moment de la conversation elle me dit qu’elle aimerait profiter de mon « extra-territorialité » (la scène se passe à l’étranger) pour me parler un peu d’un cas très difficile qui la préoccupe beaucoup. Voici ce dont il s’agit : elle a en analyse depuis neuf ans une jeune femme extrêmement douée, qui réussit brillamment sa carrière universitaire et qui, en plus, est d’une beauté époustouflante. Seulement voilà : il y a eu beaucoup d’analyse, beaucoup de matériel analytique intéressant a été analysé, il serait peut-être temps de mettre un terme à l’analyse, l’analyste a même pensé fixer une date. Pourtant elle (l’analyste) a le sentiment d’un échec, elle craint une analyse interminable ou bien une réaction thérapeutique négative. Des aménagements de surface semblent avoir eu lieu mais elle reste avec le sentiment que rien n’a été profondément touché. Rêve, fantasmes, envie ont été interprétés, mais l’analyste se rend compte que l’analysante n’accepte pas vraiment ses interprétations et qu’elle ne peut pas en faire quelque chose pour elle. De l’ensemble du récit de cette collègue je retiens l’impression générale que cette patiente ne peut pas éprouver de plaisir, qu’elle ne peut pas transformer ce qui lui est donné par l’analyste, ou bien par des hommes dans sa vie, en une nourriture comestible qui lui permette de se développer. Au-delà de la composante du refus défensif de satisfaction pour ne pas avoir à éprouver le risque de la perte et de la séparation, je crois percevoir que cette femme ne sait pas ce que signifie mûrir et se développer et j’ai l’impression que, à chaque fois que l’analyste essaye de lui donner une interprétation elle a le sentiment que l’analyste lui retire quelque chose. Ce sont les deux idées que je communique à ma collègue. Puis j’ai envie de lui demander comment la problématique bisexuelle de cette patiente est apparue dans la cure. Cette collègue répond très vite et presque machinalement : oh, oui, bien sûr des fantasmes, mais elle semble absorbée par autre chose. Après un silence elle me dit : c’est vraiment étonnant, quand tu m’as posé cette question j’ai immédiatement repensé à une séquence que j’avais oubliée, et c’est sûrement en rapport avec ce que tu viens de me dire. La patiente devait régler les séances du mois et sous divers prétextes n’y arrivait pas. Au cours d’une séance elle pense finalement à revenir avec un chèque et à le glisser dans la boîte aux lettres. Puis elle dit : non, c’est impossible, je ne peux pas mettre un chèque dans la boîte aux lettres. Comme l’analyse se passe en anglais voici la phrase de la patiente : « No, it’s impossible, I cannot put a check in the mail-box ».
Pourtant, ajoute la collègue, j’ai bien entendu male dans mail-box et je lui ai immédiatement renvoyé en répétant sur un mode interrogatif : a male box ? en soulignant male par une intonation. Mais je n’avais pas fait les liens avec l’identification projective et avec mon contre-transfert, et nous n’avons rien pu en faire.
Ce matériel nous donne une foule de renseignements pour tenter d’élaborer différents aspects d’un processus analytique en cours – et de ce qui peut l’entraver. De multiples points de vue sont possibles pour commencer à penser à ce matériel. Je vais d’abord privilégier un aspect, un point de départ que j’appellerai : la tyrannie de la signification et l’obligation de compréhension comme manifestation secondarisée d’une résistance à laisser e et d copuler ensemble dans une relation fertile et fécondante qui produit de la croissance psychique.
Isolons la phrase de la patiente, et considérons qu’elle témoigne à la fois du transfert et du contre-transfert :
« I cannot put a check in the mail-box »
Isolons les trois éléments principaux qui composent cette phrase : I cannot put... in, check et mail-box.
– I cannot put... in : je ne peux pas mettre... dedans indique que le mouvement de l’identification projective normale ed est entravé. On peut supposer qu’un certain nombre d’éléments chez la patiente inhibent cette trajectoire. On peut également supposer que chez l’analyste, au contact de cette patiente, ed ne peut pas fonctionner sur un mode commensal. Que la neutralité n’est pas suffisante pour favoriser la réceptivité.
La pénétrabilité (de e ) est réduite et compromet les potentialités de remodelage (de d ).
Le contenant (= boîte = d ) dans lequel la patiente veut mettre un contenu ( e ) est a male box, une boîte mâle. Est-ce que male box peut être représenté par ed ou par e ↔ d ? Dans un autre registre est-ce que male box représente un fantasme bisexuel, ou bien une scène primitive où les positions psychiques peuvent s’échanger ? Je ne le pense pas. Male box représente un contenant paradoxal (au sens d’une injonction paradoxale). Il s’agit d’un contenant qui ne peut rien recevoir parce qu’il est doté d’un e qui en barre l’accès. Il est possible qu’il s’agisse d’un fantasme de mère au pénis. Cela indiquerait alors deux désirs contradictoires. Le désir que la mère soit porteuse d’un pénis viendrait contrarier le désir de déposer un contenu en elle.
Ces représentations fantasmatiques sexualisées ne seraient que le témoin de mouvements psychiques premiers où l’appareil ed maternel ne pourrait pas supporter d’être pénétré par l’activité pulsionnelle de l’infans.
Le modèle Winnicottien est celui de l’empiètement.
Cela nous amène au versant contre-transférentiel de mail-box. Je n’en prendrai qu’un aspect et une manifestation : « J’ai compris que dans mail-box il y a male et je le dis immédiatement à la patiente. » Et dans un deuxième temps : « J’ai compris mais ma patiente ne peut rien en faire parce que je n’ai pas réussi à faire des liens. »
Vous voyez que nous en arrivons à la relation qui peut exister entre l’interprétation, la perlaboration et l’insight.
L’analyste a compris « male » mais ce contenu de signification fait irruption dans son psychisme sans qu’il puisse se relier à rien d’autre puisque la perlaboration préconsciente ed n’a pas fonctionné chez l’analyste qui veut, avant toute chose, comprendre et montrer qu’elle a compris.
Male devient un objet excitant que le psychisme de l’analyste ne peut pas contenir. Elle l’évacue immédiatement. Cette évacuation prend la forme de : « Vous voyez j’ai compris. Voilà ce que cela signifie. »
Ce faisant elle confirme à la patiente qu’elle ne peut pas mettre e dans d parce que e.
En termes Winnicottiens cela s’appelle une représaille.
Voici comment Bion tente d’éclairer l’emploi du signe d :
« On saisira mieux ce que cela signifie si je dis que je suis dans un état d’observation réceptive, par opposition à un état où je prononcerais un jugement sur ce que j’observe. Je compléterai cette observation approximative en disant que je finis par m’absorber dans mon travail d’observation ou que je suis absorbé par les faits. » [7]
Il ajoute que l’emploi du signe d présente l’avantage « d’indiquer que la compréhension du lecteur (mais aussi bien de l’analyste, ou de vous qui m’écoutez parler en ce moment même) devrait contenir un élément qui demeure insatisfait aussi longtemps que la réalisation appropriée n’a pas été découverte par lui. » [8]
Ces termes, référés au fonctionnement dans l’analyste de ed, se rapportent dans la description freudienne des facteurs nécessaires et spécifiques de l’écoute analytique, à la neutralité et à l’attention flottante et à la relation qui s’établit dans l’analyse entre ces deux dispositions psychiques.
La neutralité indique qu’il faut essayer de ne pas privilégier l’un ( e ) par rapport à l’autre ( d ), mais qu’il vaut mieux les laisser vivre leur vie l’un avec l’autre (appareil ed ). Est-il besoin de souligner ici la référence à la scène primitive, entendue comme représentation originaire de la rencontre qui donne naissance à la vie psychique.
L’attention flottante indique que l’espace psychique de l’analyste peut se laisser pénétrer par un nombre infini d’éléments (de contenus, e ) qui poursuivent des trajectoires illimitées et peuvent, dans cet espace, rester disséminés, dispersés, épars. Cet aspect de l’attention flottante correspond à la représentation freudienne de l’ombilic du rêve qui se rattache à l’inconnu.
Ce sont les oscillations de l’attention, le flottement, qui donnent une fonction contenante à cet espace où se produisent des phénomènes illimités. C’est l’interaction dynamique entre ces oscillations et des trajectoires illimitées qui permettent un rassemblement et l’avènement d’événements psychiques que nous appelons interprétations.
Ce que je viens de décrire correspond à la relation e ↔ d, qui est par ailleurs constamment référée par Bion à la relation Sp ↔ D, c’est-à-dire à la dynamique d’échanges continus à double sens, constitutive de la personnalité à partir des mouvements psychiques primitifs de dispersion et de morcellement (Sp) ou bien de rassemblement et d’intégration (D).
En partant de ces quelques remarques je voudrais à présent aborder la question de la spontanéité de l’analyste.
J’ai laissé de côté jusqu’à présent le troisième terme qui compose la phrase de la patiente : a check. Il s’agit d’un chèque, de l’argent qu’elle ne peut pas, ne veut pas, donner à l’analyste. La polysémie peut également jouer ici et permettre une modification du point de vue en permettant de changer de position psychique. C’est en cela que la capacité à se laisser porter par la polysémie, c’est-à-dire, grâce à l’attention flottante, à la laisser œuvrer en nous pendant la séance pour y produire des changements de perspective, peut être reliée au changement de vertex, à la mobilité des positions identificatoires dans le fantasme de scène primitive et donc à la dynamique d’échanges entre les pôles de la bisexualité fantasmatique et aux infinies possibilités de combinaisons dans le spectre qui relie le pôle masculin au pôle féminin.
To check signifie en anglais : contrôler, vérifier. On retrouve check dans des expressions courantes telles que : check-list, ou check-point. Vous vous souvenez de l’époque du mur de Berlin, réalisation politico-géographique, s’il en fut, du clivage et du point de passage et de « communication » dans cette ligne de clivage qui se nommait « Check-point Charlie ».
Par extension « to check » ou « to put a check on someone » signifie arrêter, immobiliser (un mouvement, un processus).
Ce que la patiente veut mettre dans l’analyste c’est aussi une tête chercheuse, ou une tête de pont comme vous voudrez, pour explorer l’intérieur et vérifier ce qu’il contient, contrôler ce qui s’y passe. L’analyste ne permet pas ce mouvement d’intrusion exploratrice et vérificatrice-immobilisante. Pour cela elle affiche à l’entrée (check-point Charlie) e.
Si l’on se réfère au modèle de l’empiètement de Winnicott, le mouvement contre-transférentiel de l’analyste est une réaction (à l’empiètement). La protestation virile qui contrôle l’entrée (« j’ai compris ») signifie : il n’y a rien (à élaborer) à partir de l’intérieur. L’illusion n’est pas permise.
Pour conceptualiser la notion d’empiétement et montrer comment elle peut conduire à une voie de développement qui aboutit au faux-self, Winnicott part de l’image d’une bulle :
« En faisant l’analogie avec une bulle, on peut dire que si la pression externe est adaptée à la pression interne, la bulle possède alors une continuité d’existence, et s’il s’agissait d’un bébé humain, cela s’appellerait « être » (Nous verrons un peu plus loin comment cette notion d’« être », « being », a été développée par Winnicott précisément à partir de l’expérience dans la cure du clivage des éléments masculins et féminins.) D’un autre côté, si la pression externe à la bulle est plus grande ou plus petite que la pression interne, alors la bulle se trouve prise dans une réaction à l’empiètement. Elle change en réaction au changement de l’environnement, et non sous la poussée d’une expérience personnelle. » [9]
Dans le cas de l’adaptation active de l’environnement l’illusion est créée selon laquelle ce sont les mouvements propres de l’individu qui découvrent l’environnement. Selon ce modèle « l’agrégation des expériences donne une sensation de vie et de réalité ».
Dans le cas de l’empiètement le mouvement vient de l’environnement. Dans ce cas « l’individu réagit à l’empiètement, qui est imprévisible puisqu’il n’a rien à voir avec le processus de vie de l’individu ». C’est pour cette raison que Winnicott considère que « la réaction à l’empiètement diminue la sensation de vie réelle ».
À partir des états défensifs en réaction à l’empiètement se développe un clivage important qui a pour résultat :
« La racine du vrai self et de la spontanéité apparentée de façon omnipotente au monde subjectif, incommunicable, et l’apparentement du faux self sur fond de soumission (sans spontanéité) à ce que nous appelons réalité extérieure. »
Pour mieux comprendre encore ce qui est en jeu on peut adopter le point de vue du développement des idées psychanalytiques, ouvrir une perspective historique sur la relation entre l’élaboration de la théorie et l’implication subjective de l’analyste dans la cure. Pour cela je ferai appel à trois aspects de la même question du point de vue de Freud. 1) Question théorique : la libido est d’essence masculine. 2) Implication subjective dans la cure : « J’ai du mal à être la mère dans le transfert, je me sens tellement masculin. » 3) Illustration clinique qui pèse lourd dans l’héritage psychanalytique et dans la transmission : la relation analytique Freud-Ferenczi. Une lettre de Ferenczi à Groddek [10] montre que les aspects transférentiels négatifs à l’égard de Freud correspondent à des traits de caractère de la mère de Ferenczi et confirme, si besoin était, que sous couvert du complexe paternel dans le transfert, c’est le transfert maternel négatif qui n’a pas pu être repéré ni élaboré par Freud. Les considérations sur la réaction thérapeutique négative, la bisexualité et le roc du biologique dans « Analyse terminable, analyse interminable » découlent directement de la méditation de Freud, quatre ans après la mort de Ferenczi, sur l’analyse de celui-ci.
Dans la continuité de ces remarques je reviens à Winnicott qui, dans Jeu et Réalité repart de ces questions freudiennes dans une tentative pour essayer de surmonter des difficultés liées à la bisexualité rencontrées dans la cure, proposant une théorisation à partir de la clinique de la dissociation de l’élément masculin et de l’élément féminin chez l’homme et chez la femme. L’élément masculin est défini par lui comme correspondant à la motion pulsionnelle (libido d’essence masculine de Freud) : « se relier activement à, ou être relié passivement à. » L’élément féminin quant à lui est en rapport avec l’expérience, le sentiment, d’être, qui est antérieur à celui d’être-un-avec, et qui constitue la base de toutes les expériences d’identifications ultérieures. Dans cette expérience le bébé et l’objet sont un, ce qui est très différent du sentiment de n’être qu’un que peuvent avoir deux personnes séparées.
Tout en écoutant comment Winnicott décrit la situation clinique qui empêche l’expérience du sentiment d’être, gardons à l’esprit la relation analytique entre l’analyste et le patient :
« Cliniquement il faut nous référer au cas du bébé qui doit établir une identité avec un sein qui est actif, c’est-à-dire un sein qui est un élément masculin mais qui n’est pas satisfaisant pour l’identité initiale, celle-ci réclamant un sein qui est et non un sein qui fait. Au lieu d’être comme (being like), ce bébé doit alors « faire comme » (do like) ou bien on doit agir sur lui (be done to) ce qui, pour nous, revient au même. » [11]
Winnicott ajoute que « l’envie est un terme qui ne prend sa valeur que dans le cas où ce qui est en défaut, provoquant alors une déception toujours renouvelée, c’est le sein en tant que quelque chose qui EST. » [12]
 
TRAVAIL PSYCHIQUE DU COUPLE ANALYTIQUE
 
 
Pour terminer je vais vous parler d’une séance qui montre certaines des questions que j’ai soulevées à l’œuvre dans un moment d’un processus analytique. Le patient est un homme jeune, qui est marié et père de plusieurs enfants. Il est obsédé depuis l’enfance par des fantasmes érotiques concernant des hommes, ou disons plutôt certains aspects réputés virils de l’anatomie masculine, ce qu’il traduit par « je suis homosexuel sans avoir le courage de le vivre ». Il a connu dans l’enfance des moments où il chipait des vêtements de sa mère pour s’en affubler en secret. Il souffre d’une neutralisation certaine de ses émotions, il n’a jamais pu se laisser aller à éprouver un état amoureux. La séance qui précède celle que je vais raconter avait débuté sur la fureur qu’il éprouvait contre lui-même à l’idée de ne même pas être capable de profiter de l’analyse : « Même ici je ne conviens pas ». Une des découvertes importantes de l’analyse jusqu’à présent a été la haine aussi intense qu’intensément réprimée qu’il a éprouvée à l’égard de ses parents lors de la naissance d’un petit frère. Les associations de la séance ont permis pour la première fois de faire le lien entre le désir violemment haineux de contrôler les parents dans la scène primitive pour les empêcher de procréer et la même haine dirigée contre le couple que nous pouvons former, lui et moi, qui se trouve ainsi empêché d’avoir une relation fertile et procréatrice. Il avait terminé la séance sur ces mots :
« On en revient à la même question : qu’est-ce que je veux ? Je ne suis même pas sûr de mon orientation sexuelle. Il faudrait que je reprenne tout au début. J’ai l’impression que j’ai construit un édifice en rassemblant des morceaux épars, mais qu’il n’y a pas de vraie personnalité en dessous. Je suis une coquille vide. »
La séance suivante débute sur le récit d’un rêve. Il entre dans un amphithéâtre. Il y a des gens sur les gradins et un professeur, ils sont en train de se moquer de lui. Je suis dans le rêve et je porte des chaussures qu’il a remarquées (dans la réalité) et qu’il m’envie. Si l’analyse ne lui coûtait pas autant il pourrait se les acheter. C’est peut-être pour cela qu’on se moque de lui. Il faut qu’il sorte de cet amphithéâtre. Il prend un couloir qui descend en pente vers un placard qui est ouvert et où il y a pas mal de désordre. Il faut qu’il s’échappe de là par une porte qui est fermée. Il se trouve alors en voiture avec une femme, ou bien il voit une voiture où il y a un couple. Cet homme et cette femme donnent l’impression de ne pas s’entraider. Il fait une marche arrière périlleuse pour se sauver de là. Finalement il explose la porte fermée et se retrouve dans l’amphithéâtre. Il est debout, peut-être nu, il y a des vêtements éparpillés tout autour : des bas, des petites culottes et des chaussures de femme.
La femme qui se trouve dans la voiture est une collègue qu’il admire beaucoup. C’est une femme anglaise qui s’est installée en Suède où elle réussit très bien. C’est une histoire d’amour qui l’a poussée à quitter son pays pour s’installer dans un pays étranger. Elle est belle et elle est libre.
Cet homme et cette femme dans la voiture c’est la même personne. Mais il semble qu’ils n’arrivent pas à coopérer. Ils ne peuvent pas s’entraider. Il semble même que c’est l’un ou l’autre, elle ou lui, mais pas lui avec elle. Comme il a remarqué que cette collègue a des traits masculins et qu’elle réussit comme un homme, je lui demande si il pense qu’une femme peut se permettre de réussir en utilisant ses aspects masculins mais que par contre, à lui il serait interdit de réussir en tant qu’homme avec ses qualités féminines. Raisonablement non, mais il est bien forcé, dit-il, de remarquer qu’il essaye de masquer, d’effacer, d’enfouir tous ses côtés féminins. Dans le placard vraisemblablement, où il y a tant de désordre. Mais ce placard c’est aussi celui où il s’est enfermé en tant qu’homosexuel. Dans le rêve ce placard est grand ouvert, c’est peut-être ça aussi qui lui donne envie de fuir. Je lui fais remarquer que ses aspects féminins il les représente comme des accessoires dont il pourrait se parer, qui sont éparpillés autour de lui mais qui ne font pas partie de lui.
Je lui rappelle la séance précédente et ce que j’ai dit sur le couple que nous pourrions former et qu’il veut empêcher d’être fertile et productif. Je pense que c’est ce couple là que l’on retrouve aussi dans le rêve. Mais dans le rêve, comme il l’a remarqué lui-même, ce couple est en lui et c’est aussi lui. Cet homme et cette femme en lui ne peuvent pas communiquer : « ils ne s’entraident pas ». Il semble même qu’ils tendent à s’exclure l’un l’autre.
Dans le couple que nous formons tantôt il m’envie en tant qu’homme à l’aise dans ses belles baskets et il voudrait me les voler parce qu’il pense que l’analyse le prive des moyens de s’en acheter pour lui. Tantôt il m’envie en tant que femme libre de passer d’un pays à l’autre pour suivre ses désirs, les accomplir avec succès et en retirer du plaisir. Et il a envie de me voler mes accessoires féminins pour être désirable comme moi.
Silence.
« Ouais. Tout ça me semble assez juste. Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? »
« On peut essayer d’imaginer que cet homme et cette femme pourraient se parler, s’écouter et peut-être faire un enfant vivant ensemble. Un enfant qui serait vous et pas une coquille vide. »
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BION W.R. Aux Sources de l’Expérience, P.U.F, 1979.
·  FREUD S. Abrégé de Psychanalyse, P.U.F, 1949.
·  WINNICOTT D.W. Jeu et Réalité, Gallimard, 1975.
·  WINNICOTT D.W. La Nature Humaine, Gallimard, 1988.
 
NOTES
 
[1]S. Freud : Abrégé de Psychanalyse, p. 70, P.U.F, 1949.
[2]W.R. Bion : Aux Sources de l’Expérience, P.U.F, 1979.
[3]idem, p. 110.
[4]S. Freud, Abrégé de Psychanalyse, p. 73.
[5]W.R. Bion : Aux Sources de l’Expérience, p. 118.
[6]idem.
[7]idem, p. 116.
[8]idem, p. 117.
[9]D.W. Winnicott : La Nature Humaine, p. 166, Gallimard, 1988.
[10]Citée par Judith Dupont dans son introduction au Tome III de la correspondance Freud-Ferenczi, Calmann-Levy, Paris, 2000.
[11]D.W. Winnicott, Jeu et Réalité, Gallimard, 1975.
[12]Idem, p. 114.
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[2]
W.R. Bion : Aux Sources de l’Expérience, P.U.F, 1979. Suite de la note...
[3]
idem, p. 110. Suite de la note...
[4]
S. Freud, Abrégé de Psychanalyse, p. 73. Suite de la note...
[5]
W.R. Bion : Aux Sources de l’Expérience, p. 118. Suite de la note...
[6]
idem. Suite de la note...
[7]
idem, p. 116. Suite de la note...
[8]
idem, p. 117. Suite de la note...
[9]
D.W. Winnicott : La Nature Humaine, p. 166, Gallimard, 1988...
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[10]
Citée par Judith Dupont dans son introduction au Tome III d...
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D.W. Winnicott, Jeu et Réalité, Gallimard, 1975. Suite de la note...
[12]
Idem, p. 114. Suite de la note...