Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062946
200 pages

p. 139 à 151
doi: en cours

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no 79 2002/2

 
INTRODUCTION
 
 
Qu’il y ait eu entre Freud et Jung une rencontre, importante, riche et stimulante pour l’un comme pour l’autre, est un fait incontestable. Ils ont collaboré intensivement pendant six années, pendant une période décisive dans l’histoire de la psychanalyse. Pendant ce temps ils ont partagé une amitié d’une profonde complexité psychologique dont le meilleur témoin se trouve sans doute dans le recueil des 359 lettres qu’ils ont échangées entre 1906 et 1913. Il est vraisemblable que, psychologiquement parlant, leur profonde relation personnelle a plus ou moins été basée sur une relation père-fils (Jung étant de 19 ans plus jeune que Freud). La relation père-fils évoluera cependant beaucoup au fil des ans, car le besoin de l’un pour l’autre était différent. La dynamique qui s’est développé entre eux sera telle qu’après avoir nommé Jung le « dauphin » dès le début de leur rencontre, Freud le déclarera « fou » six années plus tard (Kress-Rosen, 1993, p. 12). Leur relation s’est terminée brusquement en 1913. Avant leur rupture il y a eu entre eux une longue période de difficultés à propos des questions théoriques, essentiellement centrées sur la notion axiale de la libido, sa nature et sa fonction, ainsi que sur la question de l’origine de la religion. J’y reviendrai plus tard. Ces disputes théoriques témoignent de leurs très grandes difficultés psychologiques, auxquelles s’ajoute le problème bien connu de l’autorité sur lequel insistait Freud.
Si Freud insistait pour que son adepte, élu dauphin, héritier du père de la psychanalyse, ait une attitude de dévotion vis-à-vis de sa théorie psychanalytique, il avait mal jugé le jeune Jung. Depuis le fameux rêve que Jung avait fait à 12 ans où il avait vu Dieu laisser tomber un excrément sur la cathédrale de Bâle, la possibilité d’une obéissance aveugle à n’importe quelle figure d’autorité était devenue impossible. En effet, les caractéristiques de base de la personnalité de Jung étaient très exactement ses capacités créatrices et innovatrices, liées à une intelligence et un désir de savoir profond et authentique : elles auraient été à la source de son amour pour Freud. Là s’originerait leur problématique, tout au moins celle de Freud. Il ne faut pas oublier non plus que Jung se trouvait au cœur de l’établissement scientifique et médical européen, en tant que Directeur clinique de l’Hôpital Burgölzli, à l’époque l’un des trois grands hôpitaux psychiatriques les plus importants d’Europe. Jung jouait aussi un rôle très actif en tant que professeur à l’Université de Zurich. Par contre, Freud s’est trouvé rejeté de l’établissement, pour plusieurs raisons dont peut-être la plus importante était qu’il était juif et, de surcroît, aux yeux de cet établissement, l’auteur de la « science juive », la psychanalyse.
De notre point de vue maintenant, au tournant du siècle, cent ans plus tard, nous pourrions nous demander pourquoi ils n’ont pas pu trouver un moyen de se retrouver et de se rapprocher. Il se peut qu’il leur était impossible de se rapprocher après s’être fait tant de peine et de mal, et de revenir à leur première collaboration, basée comme elle l’a sûrement été, sur tant de respect et d’enthousiasme réciproques, et, j’ose le dire, d’amour.
Nous, les analystes qui les avons suivis et pour qui leurs œuvres constituent notre patrimoine clinique et théorique, continuons à être marqués et encombrés par cette rupture tragique. Face à leur histoire, qui est aussi notre histoire, de collaboration enthousiaste et de méfiance, de rencontre passionnée et de rencontre manquée, nous avons un choix : nous pouvons choisir de tourner la tête et d’essayer de l’ignorer, ou bien choisir d’y faire face. Les uns choisissent de se détourner de cette malheureuse histoire de rencontre et de non-rencontre. Nous pouvons les entendre, par exemple : « je ne connais pas le vocabulaire »; « je n’ai pas le temps d’essayer de comprendre un autre modèle de la psyché »; ou encore « cela ne m’intéresse pas ». Mais il y a les autres, peut-être moins nombreux, dont notre réunion témoignerait : nous qui choisissons d’essayer d’y faire face et de trouver le sens de cette rencontre, que je dirais inachevée, plutôt que manquée. Peut-être pourrions-nous même pousser les choses un peu plus loin. Car en faisant de l’autre tradition notre « autre », l’occasion ne nous est-elle pas donnée d’approfondir la connaissance de nous-mêmes.
En effet, ici je m’avance personnellement : pour moi, je ne peux pas être complètement « psychanalyste jungienne » (si je peux le dire ainsi), sans une connaissance intime et une étude poussée des bases et des développements théoriques de mes collègues, les « psychanalystes freudiens ». C’est un vrai désir, le désir de connaître l’autre participe du désir d’une meilleure connaissance de moi-même. Si je m’étais détournée de l’étude de mon intime autre, je serais moins moi-même. En disant ceci devant cette assemblée, j’annonce aussi mon thème d’aujourd’hui : en parlant de désir, je veux indiquer une liaison entre la pulsion sexuelle, un amour basé sur une identification libidinale que Freud a appelé « amour heureux », et un autre amour plus différencié qui peut mener à la création culturelle – et là est exactement la question qui a menée Freud et Jung à leur rencontre passionnée et à leur rupture définitive.
J’ai cité le « désir » très consciemment car c’est une référence à une idée philosophique qui touche aux bases même de la pensée européenne de nos jours, de notre compréhension de la vie. En disant cela je fais allusion à l’idée de Hegel, dont l’œuvre était certainement connue et de Freud et de Jung. Je veux parler du double aspect qu’Hegel donne au désir, en tant que pulsion primordiale, le « souffle de la vie » : à la fois le désir pour l’autre, et aussi, mais paradoxalement, le désir d’être soi-même, ce que les jungiens appellent le soi. Pour Jung, ce principe dialectique est inhérent à la fonction transcendante, ou pour le dire autrement, au principe téléologique qui est à la base de la transformation psychique et donc du processus d’individuation, mouvement d’où, pour Jung, s’originent aussi la pulsion sexuelle et la pulsion culturelle.
Après leur rupture tragique Freud et Jung s’étaient chacun focalisés sur deux aspects différents de la psyché, cependant liés et complémentaires. Freud s’intéressait au passé personnel du patient (Jung parle de la méthode réductive de la psychanalyse), pour étudier et élaborer des contenus de l’inconscient, structurés par les événements psychosexuels, tel qu’ils se révèlent dans le présent de la cure – conception renforcée par les concepts du retour du refoulé et de la compulsion de répétition. Donc, comme l’avait décrit Jung, le traitement sera basé sur la méthode réductive. De l’autre côté, avec son intérêt sur les images et les symboles de l’inconscient collectif, Jung s’était concentré sur le niveau le plus primitif chez l’être humain, ce qui cependant constitue son avenir, son devenir, en tant qu’imprégné du principe téléologique. Cette étude de Jung sera approfondi avec son travail avec les psychotiques et les schizophrènes. Pour Jung les symptômes ont souvent aussi une fonction symbolique, c’est-à-dire qu’ils sont porteurs de sens et de valeur psychiques utilisables pour la transformation future de la vie psychique du patient. En tant que tels ces symboles prennent la forme des images culturelles mais aussi spirituelles. Ceci constitue dans le traitement jungien, la méthode prospective. Il nous est possible de voir que l’inconscient personnel de Freud et l’inconscient collectif de Jung forment un tout qui pourrait servir de base à une intégration de notre compréhension de la vie psychique pour nous autres cliniciens. Pourquoi cette intégration n’a-t-elle pas pu se faire ? Est-ce que nous réunis aujourd’hui, pourrons-nous répondre à cette question ?
Tournons-nous maintenant vers le texte proposé pour cette journée : Sigmund Freud présenté par lui-même (en anglais, An Autobiographical Study). Ce beau texte, lucide et structuré, publié en 1925 en allemand (avec un post-scriptum ajouté en 1935), a été commissionné par une maison d’édition allemande qui avait pour projet de publier des monographies sur la médecine contemporaine « en autoprésentation ». Le but était d’offrir au public des « contributions dues à des médecins réputés dans leur spécialité et exposant les orientations et les résultats de leurs travaux. » (p. 11, texte français) Le texte de Freud fut un exemple parmi vingt-sept autres publications.
Ce texte n’est donc pas une autobiographie classique, alors que celle de Jung est vraiment un texte qui révèle beaucoup de sa vie personnelle ainsi que de sa vie professionnelle, un texte où l’on trouve aussi ses idées théoriques et cliniques, donc une œuvre très vivante et très réfléchie, une œuvre de sa grande vieillesse écrite avec sa secrétaire, Aniela Jaffe. Le texte de Freud est plutôt une exposition raisonnée du développement de ses idées, avec par-ci par-là de petites touches de références à sa vie personnelle, ainsi qu’à sa vie professionnelle en tant que personnellement vécue. Évidemment on ne va pas en vouloir à Freud de ne pas avoir fait ce qu’il n’a pas fait, étant donné les conditions de cette publication. Néanmoins, nous pouvons regretter qu’il ait omis d’exposer les bases de la problématique de leur rencontre remarquable mais inachevée, vieille seulement de onze ans quand il a rédigé cet ouvrage.
Donc pour continuer, je me propose de vous offrir mes réflexions sur certains passages du texte de Freud concernant surtout la rencontre personnelle avec Jung et leur collaboration. J’émettrais ensuite quelques hypothèses sur leur relation personnelle qui a connu tant de difficultés. Pour commencer ma réflexion, je vais citer un passage qui se trouve dans l’édition anglaise mais qui est absente de l’édition française, puisqu’il fait partie de la note éditoriale rédigée par James Strachey. Je l’ai traduit moi-même, ce n’est donc pas une traduction officielle.
Comme [Freud] l’indique dans le premier paragraphe, il a inévitablement reparcouru le terrain déjà traversé dans son papier « Sur l’histoire du mouvement psychanalytique » (1914d) écrit dix ans plutôt [vous remarquerez que c’était une petite année après la rupture avec Jung]. Pourtant, comme le montrera une comparaison entre ces deux textes, sa disposition actuelle est tout à fait différente. Les polémiques qui avaient envenimé l’ouvrage antérieur se sont maintenant évanouies dans l’insignifiance. Freud s’est montré capable de rendre compte, avec un esprit calme et entièrement objectif, de l’évolution de ses idées scientifiques. (SE XX, pp. 4-5, trans. H Solomon) [1]
Nous qui ressentons toujours vivement les suites sismiques de leur rupture, comment allons-nous comprendre cette déclaration ?
Je vous propose maintenant d’explorer quelques passages du texte de Freud qui sont en rapport direct, mais aussi implicite, sur sa rencontre avec Jung, pour tenter de mieux comprendre la polémique qui a envenimé ses sentiments envers Jung à l’époque de leur rupture.
 
LA RENCONTRE SCIENTIFIQUE
 
 
Dans l’exploration de l’inconscient Freud, tout comme Jung après lui, a tissé la structure même de la psychanalyse, à partir de deux sources : celle de sa propre clinique (les « communications abondantes » de son inconscient, comme il en fait référence dans le volume XIX, p. 39), ainsi que celles de ses patients. Dans son autobiographie, il insiste sur sa position d’autodidacte, car « il n’y avait pas de bonne occasion de se former, il fallait être son propre professeur. » (texte franc. p. 20; texte angl. p. 11). Freud s’identifiera toujours au rôle de pionnier solitaire. Il n’acceptera que les conclusions tirées de ses propres recherches intérieures ou de celles de ses patients. Qu’il fut juif, combatif et dominateur dans un certain sens, fort intelligent et innovateur sans doute, mais tenu à l’extérieur du milieu scientifique et médical de son époque, qu’il ait connu des restrictions financières, voilà des perspectives personnelles qui se découvrent dans son autobiographie à plusieurs reprises, même s’il n’y fait que légèrement allusion, d’un ton un tout petit peu amer.
On peut facilement supposer combien la fidélité de Jung lui a été importante, personnellement mais aussi du point de vue de la survie de la psychanalyse et de son acceptation par le milieu scientifique. Jung faisait exactement partie de ce milieu si convoité par Freud. Grâce à ses brillantes capacités scientifiques et aux recherches faites avec ses collègues à l’hôpital du Burghölzli, Jung a pu démontrer les premières preuves de la valeur scientifique des concepts à la base de la psychanalyse. Il a montré par ses expériences faites avec le test des associations : premièrement, l’existence même de l’inconscient; deuxièmement, le mécanisme de refoulement qui domine la dynamique entre le conscient et l’inconscient ainsi que les relations entre le ça, le moi et le surmoi; et troisièmement, la notion de complexe selon laquelle les expériences internes se regroupent dans la mémoire inconsciente autour des grands thèmes universaux. Jung va fonder la théorie axiale des archétypes sur la notion de complexe. Pour lui, chaque individu aura un nombre de complexes basés sur son expérience personnelle. De sa part, Freud va fonder une grande partie de la théorie psychanalytique sur un seul complexe, qu’il nommera le complexe d’Œdipe, nom emprunté au travail de Jung sur les complexes, et dont le contenu sera tiré, pour la plupart, de sa propre analyse. Notez que le complexe d’Œdipe est traité comme un complexe universel, et Freud en parle en termes archaïques et typiques, donc comme un archétype, terme qui d’ailleurs ne se voit pas dans le vocabulaire psychanalytique, mais qui se trouve à la base de la pensée jungienne.
Dès les premiers temps les attaques contre la psychanalyse consistaient à dire que les concepts de base n’étaient ni vérifiés ni vérifiables scientifiquement. Grâce à ses travaux sur le test des associations, Jung a pu faire sortir ces questions du champ des critiques scientifiques. Nous avons donc ici une des preuves de l’importance de la rencontre entre Freud et Jung. Dès les premiers temps de leur rencontre, Jung a pu faire un don extrêmement important à la psychanalyse, c’est-à-dire à Freud, un premier don à cette figure de père si respectée dont Jung, psychologiquement, avait tant besoin. À ce père respecté, Jung offre ce dont ce père avait le plus besoin, je veux parler de la première validation scientifique de la psychanalyse. Rencontre manquée ? Je ne le crois pas.
Est-ce que nous avons des moyens qui nous permettrait, dans la perspective de notre réunion, d’essayer de comprendre en quoi consistait le besoin psycho-logique de chacun de ces deux géants l’un pour l’autre ?
 
COMPLEXE PATERNEL OU COMPLEXE D’ŒDIPE
 
 
Freud avait inspiré le jeune psychiatre par ses premiers écrits psychanalytiques. Il est intéressant de noter que pour Jung le texte de base à cette époque était L’Interprétation des Rêves, publié en 1900. Après l’avoir lu à sa parution, Jung le relira en 1903, au moment où il commençait ses premières recherches psychanalytiques. Alors, dans ce texte, Freud aurait interprété ses propres rêves. L’apparente ouverture de Freud qui consistait à communiquer son monde intérieur à travers une interprétation publique aurait pu donner à Jung l’impression que Freud serait disponible à s’ouvrir et peut-être même encore d’avantage dans une relation plus intime. Cette œuvre a inspiré et fécondé les premières pensées et recherches de Jung selon les concepts de la psychanalyse. La première communication qu’il fit à Freud, ce qui date le commencement de leur relation, aura lieu en 1906, à l’occasion de la publication d’un essai sur les expériences d’associations.
Une intense relation s’en est suivie. Mais, comme le dit Nicolle Kress-Rosen (ibid., p. 95), c’est « l’intensité contraignante de l’affection que Freud lui portera aussitôt » qui aurait conduit Jung, schizoïde de nature, à adopter une approche prudente. Jung a toujours eu besoin d’un peu d’écart entre lui et l’autre, par peur d’être dévoré ou bien déçu par l’autre. Mais, en même temps, comme elle le souligne, un passage de l’autobiographie de Jung montre combien il respectait et révérait même, Freud : « Freud était la première personnalité vraiment importante que je rencontrais. Nul autre parmi mes relations ne pouvait se mesurer à lui. Dans son attitude, il n’y avait rien de trivial. Je le trouvai extraordinairement intelligent, pénétrant, remarquable à tous points de vue. » (Jung, Ma Vie, p. 176)
Nous savons qu’ils avaient convenu d’analyser leurs rêves lors de leur voyage en 1907 aux États Unis, pour l’université de Clark. Mais on connaît aussi ce moment décisif où Freud a refusé de faire part à Jung de ses associations par peur de compromettre son autorité. Il y a eu en plus un rêve fameux de Jung pour lequel Freud a imposé une interprétation que Jung ne trouvait ni valable, ni acceptable. Ce fut un rêve-pivot, signal de leur différence : Freud voulait une interprétation œdipienne; pour Jung, le sens de son rêve était à trouver dans les bases collectives, archaïques et typiques (CW3, para 413). Voici le moment où l’on pourrait parler d’une rencontre manquée. La méfiance qu’éprouvait Jung vis-à-vis de Freud pourrait s’expliquer par l’attitude de son aîné : en se privant d’un libre échange avec Jung et en se prévalant de son autorité, Freud aurait perdu la confiance de Jung, beaucoup plus ouvert à des relations d’égal à égal. Mais en même temps Jung cherchait chez Freud des ressources paternelles suffisamment robustes, qui pourraient tolérer des échanges vigoureux.
Dans leur correspondance, Jung mentionne souvent son complexe paternel vis-à-vis de Freud. Il parait que c’était une expression qu’ils employaient entre eux dans un sens convenu – à Jung est donnée la place du fils, une place très élevée bien sûr car il était le fils préféré. Mais en même temps, s’il avait cette place, on peut comprendre combien Jung a pu se sentir piégé par le besoin qu’a eu Freud de trouver chez ce jeune héros, à la stature de beau et jeune psychiatre brillant, celui qui sauverait la psychanalyse de sa désignation de « science juive ». Mais pour Freud, seul un héros totalement obéissant aux termes de la psychanalyse tels qu’il les avaient conçus pourrait être acceptable : demande contradictoire.
Dans ce court propos, il n’est pas possible d’introduire beaucoup de thèmes, mais je ne voudrais pas perdre l’occasion de mentionner la passion transférentielle et contretransférentielle qui s’est vécue parallèlement entre Jung et Sabina Spielrein, cette brillante patiente, devenue analyste, et finalement membre de la Société psychanalytique de Vienne. La passion née entre eux se révèle en partie comme une sublimation de celle qui se jouait entre Freud et Jung. Sabina devenait la troisième personne d’une constellation triangulaire. Si à l’égard de Sabina, Jung est sorti du cadre analytique (jusqu’à quel point nous ne sommes pas certains), Freud jouera le rôle d’un père patriarche très ambivalent : s’il donne à Sabina des avis protecteurs, dans ses lettres à Jung, il parle d’elle avec une certaine condescendance, tout en l’excusant de toute culpabilité envers son ancienne patiente. Ici je fais simplement mention du nom qu’ont donné Sabina et Jung pour l’issue de leur union analytique – Siegfried – nom qui suggère le thème de l’héros, thème si important dans la relation entre Freud et Jung.
D’une autre perspective, David Lotto, psychanalyste américain, dans une étude récente (2001), insiste sur la répétition chez Freud de relations triangulaires au service de la dynamique et des sentiments homosexuels. Il cite Freud qui dit lui-même : «... je dois (toujours) avoir un ami intime et un ennemi haï. J’ai toujours été capable d’en trouver de nouveaux, et souvent il est arrivé ... que ... ami et ennemi se retrouvent dans la même personne. » Cette polarité troublante expliquerait pour Lotto l’ambiguïté des sentiments homosexuels de Freud. Il nous fait aussi remarquer que chez Freud, dans les relations triangulaires, l’agressivité contre la femme permettait un lien homosexuel parfait. C’est ce qui ce serait vécu entre Freud, Jung et Sabina Spielrein.
Alors, si c’est une question de relation manquée (et vous voyez que je trouve préférable de la désigner comme inachevée), c’est que leur rencontre s’enracinait pour chacun dans des bases différentes. À ce propos, j’aimerais parler de la différence entre le complexe paternel, comme en parle Jung dans ses lettres à Freud, et le complexe d’Œdipe qu’avait élaboré Freud, et son identification au père totémique patriarche. Freud, le père jaloux de la psychanalyse, s’est vu contraint de trouver un héritier justifiable, et il choisit Jung. Mais pour autant, en choisissant Jung, il a choisi quelqu’un qui fera des révisions radicales aux doctrines qu’il avait créées. Freud n’a jamais pu donner à Jung la liberté dont il avait besoin pour continuer ses recherches sur l’inconscient très primitif, voir psychotique, et que Freud, en restant au niveau du complexe d’Œdipe, n’a pas pu aborder. Freud n’acceptera jamais ses révisions, et donc ne cédera jamais sur son autorité.
Pour sa part, Jung aurait cherché le rôle du fils préféré pour pouvoir recevoir d’une figure paternelle, qu’il pourrait enfin vraiment respecter, la bénédiction à être lui-même. Comme nous le savons, son propre père, faible à ses yeux, lui était source de déception, un pasteur consumé par le doute sur la religion qu’il professait, donc incapable d’être vrai pour lui-même. Jung aurait cherché chez Freud, ce père respecté, qu’il lui accorde son autonomie afin de poursuivre son propre destin – ce thème du soi si jungien, que l’on ne retrouve pas chez Freud. Comme il avait dit dans une de ses dernières lettres à Freud : « On rend mal son dû à un maître quand on reste toujours seulement l’élève. » (Freud S., Jung C.G., II, p. 303J).
Nous pouvons voir ici dans cette constellation d’attentes inconscientes réciproques, contradictoires et donc irréalisables, en quoi pourrait consister cette rencontre manquée, inachevée – nous pouvons même dire tragique. J’ose dire « tragique » d’abord pour nous qui sommes toujours marqués par les conséquences souvent malignes de cet inachèvement; et tragique aussi pour eux qui l’ont vécue et qui n’ont pas pu trouver le moyen de surmonter leur problématique, ni sur le plan personnel, ni sur le plan théorique. Le modèle dialectique hégélien me revient à l’esprit, modèle qui est à la base de la théorie jungienne de la dynamique psychique : Freud et Jung sont restés dans un état d’opposition sans pouvoir trouver de synthèse. Ils ont extériorisé le conflit en se séparant, et, comme dans les familles dysfonctionnelles, nous qui venons après eux, nous pouvons, si nous n’y prenons pas garde, continuer aveuglement à en être piégés et à le répéter.
Pendant la gestation de leur rupture Jung était immergé dans son travail sur les sources inconscientes de l’expérience religieuse, dont la parution avec les Métamorphoses et symboles de la libido (1912) sera la cause de leur rupture définitive, en ce sens que cette œuvre consistait en une révision radicale de la théorie freudienne de la libido. Pendant cette période, Freud avait décidé de se confronter lui aussi à la question des sources de la religion. Ce sera Totem et tabou (1913). Tenté par les recherches de Jung sur les bases universelles et collectives de l’esprit religieux, Freud s’est lancé sur le même territoire, ne souhaitant pas se laisser déborder par Jung, comme le suggère Nicolle Kress-Rosen, et voulant assurer les résultats d’une compréhension psychanalytique de l’esprit religieux. Dans une lettre à Abraham, il avait annoncé « qu’il connaissait déjà la solution », avant même d’avoir fini les recherches préliminaires. Il aurait écrit à Jung qu’il pensait que lui aussi trouverait la solution en termes psychanalytiques œdipéens. Rien n’était plus éloigné de la réalité.
Alors pour Freud toute expérience religieuse sera basée sur une dynamique de culpabilité venant du complexe d’Œdipe – le domaine des pères. Kress-Rosen le dit clairement : dans toute l’explication freudienne des bases et des sources des manifestations psychiques religieuses, y compris la moralité, les femmes ne comptaient que comme objets sexuels du père, et à sa suite des fils et de la horde. On voit bien comment la pensée de Freud s’organise autour du complexe d’Œdipe, la théorie du mâle dominant et de la femme chosifiée. Pour Jung, au contraire, la question des sources de l’esprit religieux est toute une autre histoire. Jung a toujours insisté sur l’importance du féminin dans la religion avec ses études sur Sophia, sur Marie, sur l’importance du couple, sur le roi et la reine dans le hierosgamos, le mariage sacré en tant que constellation psychique fondamentale. Plus tard dans l’histoire de la psychanalyse, cette insistance sur le couple comme constellation archétypique trouvera une résonance dans la pensée psychanalytique britannique du concept de « parents combinés » (combined internal parental couple), tel que Klein, Bion, et d’autres l’ont décrit.
Dans une étude déjà publiée (Solomon, 2000), j’avais essayé de montrer que l’origine de la fonction éthique pourrait être trouvée dans la vision des « parents combinés » : d’abord dans la capacité de la mère à sacrifier ses besoins narcissiques en faveur des besoins du bébé, comme l’a décrit Winnicott en parlant de « la mère suffisamment bonne. » J’ai proposé qu’à partir de cette base se conjuguera l’expérience de la fonction de jugement et de réflexion paternels, souvent symbolisée en termes et en images masculines. Ainsi, suivant l’internalisation de ces deux expériences, l’enfant aura éventuellement un couple intérieur capable de « dévouement réfléchi et de réflexion dévouée. » J’ai proposé que c’est ceci qui constitue la base du sens du « soi éthique », et j’en avais conclu que c’est cette même capacité qui, chez l’analyste, fait de la relation analytique une relation profondément éthique.
Notre questionnement sur la dynamique entre Freud et Jung et sur le pourquoi de l’inachèvement de leur rencontre nous mène au problème double mais lié de la nature de la libido et la nature de l’expérience religieuse (spirituelle, artistique et culturelle). Freud avait trouvé diabolique et torturant le travail préparatoire d’où naîtrait Totem et Tabou, bien qu’il ait clamé qu’il connaissait déjà la réponse. Il écrit à Ferenczi : « Le travail concernant le Totem est une cochonnerie. Je lis de gros livres qui sont sans véritable intérêt, car je connais déjà les conclusions, c’est mon instinct qui me le dit.’(Freud S., Ferenczi, S. 249 F) Si la réponse était que le complexe d’Œdipe était à la base de l’expérience et de la pratique religieuse, il s’attendait à ce que Jung arrive à la même réponse. En 1911, Freud écrit à Jung : «... mon travail de ces semaines s’est rapporté au même thème que le vôtre, à savoir l’origine de la religion. Pour ne pas vous troubler, j’avais l’intention de ne rien en dire. Mais comme j’ai vu à la première lecture de votre essai dans le Jahrbuch (...) que vous connaissiez mon résultat, toutes les cachotteries tombent, à mon soulagement. Vous savez donc déjà que le complexe d’Œdipe contient la racine des sentiments religieux. Bravo ! » (Freud S., Jung C.G., II, p. 197,270 F). En même temps, Freud continue à souffrir de son travail sur Totem et Tabou. Il écrit encore à Jung : « Avec mon travail sur le totem et le reste, ça ne va pas bien. J’ai tout de même bien peu de temps, et c’est aussi tout à fait autre chose de puiser dans des livres et des rapports, ou dans l’abondance de sa propre expérience. À cela s’ajoute que l’intérêt est affaibli par la conviction de posséder déjà à l’avance les résultats que l’on s’efforce de prouver. » (Ibid., p. 234,288 F) Pendant tout ce temps, Jung ne répond pas aux lettres de Freud.
Revenons à notre texte, écrit treize ans après cet épisode. Dans le chapitre qui touche aux développements théoriques faits par Freud pendant la période de la rencontre et de la collaboration avec Jung, il dit ainsi : « Je tiens personnellement en plus haute estime mes contributions à la psychologie de la religion... Mon point de départ fut la coïncidence frappante des deux tabous réglementant le totémisme, à savoir de ne pas tuer le totem et de ne faire aucun usage sexuel des femmes du même clan totémique, avec les deux contenus du complexe d’Œdipe, à savoir : écarter le père et prendre sa mère pour femme ... je pouvais constituer à partir de toutes ces composantes une hypothèse, ou pour mieux dire : une vision ... » (Freud, 1925, pp. 133-155).
En quoi consistait cette vision ? Dans les mots de Freud : « le père de la horde primitive avait... accaparé pour lui toutes les femmes, tué ou chassé tous les fils dangereux en tant que rivaux. Mais, un jour, ses fils s’unirent et, ensemble, le terrassèrent, le tuèrent et le dévorèrent, lui qui avait été leur ennemi, mais aussi leur idéal. » (Ibid., p. 115) Mais ceci fait que les fils « furent incapables de prendre possession de son héritage. » (Ibid.). De cela émanera « la conscience coupable de l’humanité (le péché originel), par laquelle s’instaurèrent de manière concomitante organisation sociale, religion et limitation morale. » (Ibid.) Ainsi, comme l’annonce Freud lui-même, la constitution de la religion se trouvera sur le terrain du complexe paternel et œdipien et construite sur l’ambivalence (Ibid., p. 116). Et pour finir, « c’est le père primitif en personne, redouté et haï, vénéré et envié, qui devint le modèle de Dieu. » (Ibid.). Avec ces passages se termine le propos de Freud. Il n’aura plus qu’à faire la liste d’autres applications de la psychanalyse, ce qu’il fait en quelques petits paragraphes, et ajouter le Post Scriptum, ce qu’il fera à l’occasion de la nouvelle édition parue en 1935. Dans ces derniers passages qui sont écrits dans un style très vivant en comparaison avec les précédents, ou il élabore sa « vision » totémique du père dévoré, il me semble que, s’il décrit sa vision de l’origine de la religion, il a quand même revisité les thèmes relatifs à sa compréhension de ce qui s’est passé entre lui et Jung. Si le ton est « calme et entièrement objectif », comme le constate James Strachey, le contenu implicite évoquerait la problématique de leur rencontre. Jung, de son côté, l’aura ressentie tout autrement. Rencontre manquée, ou bien inachevée ?
Donc ces presque derniers passages importants de son autobiographie, en tant que réflexions sur l’écriture de l’œuvre qui l’avait tant tourmenté et entreprise au moment où il sentait que Jung allait s’éloigner de lui et de ses principes psychanalytiques montrent combien Freud était toujours pris par les thèmes qui avaient dominé la période de sa relation avec Jung. Ces thèmes nous relient aux ceux abordés au commencement de mon propos. Pour conclure, je voudrais toucher au thème du narcissisme, sur lequel repose, à mon avis, l’inachèvement de la rencontre.
Le psychanalyste anglais Ron Britton a fait une distinction utile entre le narcissisme libidinal et le narcissisme destructeur. Le premier est caractérisé par une défense contre des relations d’objets contraires, alors que le second est essentiellement profondément hostile aux relations d’objets (Britton, 2001). Il fait remarquer que Freud a ajouté une note en 1910 (n’oubliez pas que c’est à cette époque que les relations avec Jung devenaient préoccupantes) aux Trois essais sur la sexualité dont la première édition datait de 1905. En théorisant sur l’homosexualité masculine, Freud écrit : «... (ils) passent pendant les premières années de leur enfance, par une phase de courte durée où la pulsion sexuelle se fixe d’une façon intense sur la femme (la plupart du temps sur leur mère) et qu’après avoir dépassé ce stade, ils s’identifient à la femme et deviennent leur propre objet sexuel. C’est-à-dire que, partant du narcissisme, ils recherchent des adolescents qui leur ressemblent et qu’ils veulent aimer comme leur mère les a aimés eux-mêmes. » (Freud, 1905, np. 162-163) Dans l’essai de 1914 Pour introduire le narcissisme (donc peu de temps après la rupture) Freud comprend que le fait de « tomber amoureux... réduit le soi en faveur de l’objet dont l’amour réciproque est le seul moyen de remédier à cette hémorragie de la libido. » (Britton, 2001, p. 5) Britton continue à citer Freud : « le retour de la libido d’objet au moi et sa transformation en narcissisme représente, quoiqu’il en soit, à nouveau un amour heureux; et, d’un autre côté, c’est aussi vrai qu’un véritable amour heureux correspond à la condition première pendant laquelle la libido d’objet et la libido du moi ne peuvent être distinguées. » (Freud S., 1914, pp. 99-100)
Ces deux idées sont essentielles pour mon propos : le narcissique libidinal est amoureux de lui-même d’une manière identique à celui qui est amoureux d’une autre personne; et « l’amour heureux », qu’est l’amour primaire, est fondé sur « la condition première selon laquelle la libido d’objet et la libido du moi ne pouvaient pas être différenciées. » Britton insiste sur le fait que ce soit « un objet externe ou interne, la relation positive est conditionnée par l’élimination de la différence » (ibid., p. 6). L’équivalence entre les objets externes et internes et l’élimination de la différence constituent, comme je le suggère, les deux conditions décisives aux réponses affectives de Freud à l’égard de Jung et sont également les mêmes conditions qui éloignèrent Jung de Freud. « L’amour heureux » que cherchait Freud est fondé sur la condition selon laquelle la libido d’objet et la libido du moi ne sont pas différenciés. Ainsi s’expliquerait pourquoi Freud ne pouvait pas accepter les révisions de Jung à sa théorie psychanalytique puisqu’alors il se serait montré différent et séparé de Freud, doué d’une capacité d’autonomie à penser et à observer. Cela aurait aussi montré que la psychanalyse à laquelle Freud était profondément identifié n’était pas après tout totalement identifiable à Freud, puisqu’elle était dans le domaine public – elle n’était pas son inséparable possession. De plus cela explique pourquoi, lors de leur voyage aux États-Unis, Freud ne pouvait pas accepter de fournir à Jung ses associations à ses propres rêves, car alors Jung aurait pu effectivement faire des interprétations auxquelles Freud n’avait pas pensées lui-même, marquant ainsi une différence notable dans le monde interne de Freud.
Ce que je suggère c’est que Freud aspirait à trouver en Jung son jumeau intérieur désireux d’endosser le manteau de la psychanalyse sans en rien changer. En fait, il s’était choisi le successeur le plus digne et le plus compétent parmi ceux qui se présentaient, mais il eut fallu qu’il soit capable d’accepter la séparation et la réelle signification d’un « autre » dans sa vie. Jung, à cause de ses propres demandes internes, ne pouvait pas répondre à « l’amour heureux » que lui offrait Freud parce que cet amour, primaire, était basé sur une demande d’identification. L’inachèvement de leur relation consisterait donc dans le fait que l’amour et les besoins de l’un pour l’autre étaient fondés sur des demandes inconscientes complètement différentes, sinon opposées.
 
CONCLUSION
 
 
En voyant en Jung son successeur, Freud était incapable de le voir autrement qu’un jumeau, un clone psychique. Il est incontestable que Freud avait ressenti un amour très vif pour Jung, mais il était fondé sur un narcissisme libidinal qui demandait à Jung d’être un même. Ceci signifiait que Jung ne devait pas dévier des principes de base de la psychanalyse qui, à cette époque, était en rapport alors avec l’auto-analyse de Freud et avec pour résultat le complexe d’Œdipe. Freud cherchait en Jung un « camarade d’âme », un jumeau avec qui il n’y eut aucune séparation, aucune différence, et donc aucune révision de la psychanalyse !
S’il avait été possible à Jung de ne pas dévier du chemin psychanalytique tracé par le père patriarche, Freud aurait pu à son tour identifier à ce héros son idéal du moi. Il aurait pu se laisser aller dans les bras de son « camarade d’âme », faisant ainsi de Jung à son tour, un père sur lequel il pourrait s’adosser. Nous savons qu’en fin de compte, bien tristement pourrait-on dire, que c’est sa fille Anna, identifiée à l’œuvre du père, à ses paroles mêmes, à sa bouche qui s’occupera de lui au cours de sa dernière maladie. Elle poursuivra, à Londres, la lutte héroïque contre les révisions kleiniennes.
De son côté, Jung aurait cherché chez Freud la validation par un père très respecté, le respect qu’il n’avait jamais ressenti en tant que fils.
Alors de cette rencontre entre Freud et Jung, inachevée sinon manquée, passionnante et créatrice le temps de sa durée, mais brouillée et troublée par d’énormes dynamiques inconscientes, qu’allons-nous faire, nous autres leurs héritiers ? Je crois que c’est à nous, en tant que génération suivante, d’en tirer les richesses qui sont certainement là dans la mesure où nous aurons le courage de les exploiter en explorant notre histoire commune. Espérons que cette fois-ci notre rencontre sera beaucoup plus durable et donc beaucoup plus fructueuse.
Hester McFARLAND SOLOMON
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BRITTON R. (2001) Second toughts on narcissism, paper given to a Scientific Meeting of the British Association of Psychotherapists, London, December 2001.
·  FREUD S. (1925,1935) Sigmund Freud présenté par lui-même. Paris : Éditions Gallimard.
·  JUNG C.G. (1961). Ma Vie. Collections « Témoins », Gallimard.
·  KRESS-ROSEN N. (1993) Trois Figures de la Passion. Paris : Springer-Verlag.
·  LOTTO D. Freud’s struggle with misogyny, Journal of the American Psychoanalytic Association. Fall 2001, vol. 49, n° 4.
·  McGUIRE J. ed. The Freud-Jung Letters. London : Routledge & Kegan Paul.
·  SOLOMON H. (2000) The ethical self. In Christopher E. and Solomon H. Jungian Thought in the Modern World. London : Free Association Books.
 
NOTES
 
[1]Le texte en anglais est le suivant : « Thus Freud’s study is essentially an account of his personal share in the development of psycho-analysis. As he himself points out in the opening paragraph, he was inevitably going over much of the ground which he had already traversed in his paper « On the History of the Psycho-Analytic Movement (1914d) some ten years before. Nevertheless, as a comparison between the two works will show, his present mood was a very different one. The controversies that embittered the earlier paper had now faded into insignificance and he was able to give a cool and entirely objective account of the evolution of his scientific views. » (SE XX, pp 4-5)
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Le texte en anglais est le suivant : « Thus Freud’s study i...
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