2002
TOPIQUE
Freud et Jung : une rencontre inachevée
Hester McFarland Solomon
Qu’il y ait eu entre Freud et Jung une rencontre, importante, riche et stimulante pour l’un comme pour l’autre, est un fait incontestable. Ils ont collaboré
intensivement pendant six années, pendant une période décisive dans l’histoire
de la psychanalyse. Pendant ce temps ils ont partagé une amitié d’une profonde
complexité psychologique dont le meilleur témoin se trouve sans doute dans le
recueil des 359 lettres qu’ils ont échangées entre 1906 et 1913. Il est vraisemblable que, psychologiquement parlant, leur profonde relation personnelle a plus
ou moins été basée sur une relation père-fils (Jung étant de 19 ans plus jeune que
Freud). La relation père-fils évoluera cependant beaucoup au fil des ans, car le
besoin de l’un pour l’autre était différent. La dynamique qui s’est développé
entre eux sera telle qu’après avoir nommé Jung le « dauphin » dès le début de leur
rencontre, Freud le déclarera « fou » six années plus tard (Kress-Rosen, 1993, p.
12). Leur relation s’est terminée brusquement en 1913. Avant leur rupture il y a
eu entre eux une longue période de difficultés à propos des questions théoriques,
essentiellement centrées sur la notion axiale de la libido, sa nature et sa fonction,
ainsi que sur la question de l’origine de la religion. J’y reviendrai plus tard. Ces
disputes théoriques témoignent de leurs très grandes difficultés psychologiques,
auxquelles s’ajoute le problème bien connu de l’autorité sur lequel insistait Freud.
Si Freud insistait pour que son adepte, élu dauphin, héritier du père de la
psychanalyse, ait une attitude de dévotion vis-à-vis de sa théorie psychanalytique,
il avait mal jugé le jeune Jung. Depuis le fameux rêve que Jung avait fait à 12
ans où il avait vu Dieu laisser tomber un excrément sur la cathédrale de Bâle, la
possibilité d’une obéissance aveugle à n’importe quelle figure d’autorité était
devenue impossible. En effet, les caractéristiques de base de la personnalité de
Jung étaient très exactement ses capacités créatrices et innovatrices, liées à une
intelligence et un désir de savoir profond et authentique : elles auraient été à la
source de son amour pour Freud. Là s’originerait leur problématique, tout au
moins celle de Freud. Il ne faut pas oublier non plus que Jung se trouvait au
cœur de l’établissement scientifique et médical européen, en tant que Directeur
clinique de l’Hôpital Burgölzli, à l’époque l’un des trois grands hôpitaux psychiatriques les plus importants d’Europe. Jung jouait aussi un rôle très actif en tant
que professeur à l’Université de Zurich. Par contre, Freud s’est trouvé rejeté de
l’établissement, pour plusieurs raisons dont peut-être la plus importante était
qu’il était juif et, de surcroît, aux yeux de cet établissement, l’auteur de la « science
juive », la psychanalyse.
De notre point de vue maintenant, au tournant du siècle, cent ans plus tard,
nous pourrions nous demander pourquoi ils n’ont pas pu trouver un moyen de
se retrouver et de se rapprocher. Il se peut qu’il leur était impossible de se
rapprocher après s’être fait tant de peine et de mal, et de revenir à leur première
collaboration, basée comme elle l’a sûrement été, sur tant de respect et d’enthousiasme réciproques, et, j’ose le dire, d’amour.
Nous, les analystes qui les avons suivis et pour qui leurs œuvres constituent
notre patrimoine clinique et théorique, continuons à être marqués et encombrés
par cette rupture tragique. Face à leur histoire, qui est aussi notre histoire, de collaboration enthousiaste et de méfiance, de rencontre passionnée et de rencontre
manquée, nous avons un choix : nous pouvons choisir de tourner la tête et
d’essayer de l’ignorer, ou bien choisir d’y faire face. Les uns choisissent de se
détourner de cette malheureuse histoire de rencontre et de non-rencontre. Nous
pouvons les entendre, par exemple : « je ne connais pas le vocabulaire »; « je
n’ai pas le temps d’essayer de comprendre un autre modèle de la psyché »; ou
encore « cela ne m’intéresse pas ». Mais il y a les autres, peut-être moins
nombreux, dont notre réunion témoignerait : nous qui choisissons d’essayer d’y
faire face et de trouver le sens de cette rencontre, que je dirais inachevée, plutôt
que manquée. Peut-être pourrions-nous même pousser les choses un peu plus loin.
Car en faisant de l’autre tradition notre « autre », l’occasion ne nous est-elle pas
donnée d’approfondir la connaissance de nous-mêmes.
En effet, ici je m’avance personnellement : pour moi, je ne peux pas être
complètement « psychanalyste jungienne » (si je peux le dire ainsi), sans une
connaissance intime et une étude poussée des bases et des développements
théoriques de mes collègues, les « psychanalystes freudiens ». C’est un vrai désir,
le désir de connaître l’autre participe du désir d’une meilleure connaissance de
moi-même. Si je m’étais détournée de l’étude de mon intime autre, je serais
moins moi-même. En disant ceci devant cette assemblée, j’annonce aussi mon
thème d’aujourd’hui : en parlant de désir, je veux indiquer une liaison entre la
pulsion sexuelle, un amour basé sur une identification libidinale que Freud a
appelé « amour heureux », et un autre amour plus différencié qui peut mener à
la création culturelle – et là est exactement la question qui a menée Freud et Jung
à leur rencontre passionnée et à leur rupture définitive.
J’ai cité le « désir » très consciemment car c’est une référence à une idée
philosophique qui touche aux bases même de la pensée européenne de nos jours,
de notre compréhension de la vie. En disant cela je fais allusion à l’idée de Hegel,
dont l’œuvre était certainement connue et de Freud et de Jung. Je veux parler du
double aspect qu’Hegel donne au désir, en tant que pulsion primordiale, le
« souffle de la vie » : à la fois le désir pour l’autre, et aussi, mais paradoxalement,
le désir d’être soi-même, ce que les jungiens appellent le soi. Pour Jung, ce
principe dialectique est inhérent à la fonction transcendante, ou pour le dire
autrement, au principe téléologique qui est à la base de la transformation
psychique et donc du processus d’individuation, mouvement d’où, pour Jung,
s’originent aussi la pulsion sexuelle et la pulsion culturelle.
Après leur rupture tragique Freud et Jung s’étaient chacun focalisés sur deux
aspects différents de la psyché, cependant liés et complémentaires. Freud s’intéressait au passé personnel du patient (Jung parle de la méthode réductive de la
psychanalyse), pour étudier et élaborer des contenus de l’inconscient, structurés
par les événements psychosexuels, tel qu’ils se révèlent dans le présent de la
cure – conception renforcée par les concepts du retour du refoulé et de la
compulsion de répétition. Donc, comme l’avait décrit Jung, le traitement sera basé
sur la méthode réductive. De l’autre côté, avec son intérêt sur les images et les
symboles de l’inconscient collectif, Jung s’était concentré sur le niveau le plus
primitif chez l’être humain, ce qui cependant constitue son avenir, son devenir,
en tant qu’imprégné du principe téléologique. Cette étude de Jung sera approfondi avec son travail avec les psychotiques et les schizophrènes. Pour Jung les
symptômes ont souvent aussi une fonction symbolique, c’est-à-dire qu’ils sont
porteurs de sens et de valeur psychiques utilisables pour la transformation future
de la vie psychique du patient. En tant que tels ces symboles prennent la forme
des images culturelles mais aussi spirituelles. Ceci constitue dans le traitement
jungien, la méthode prospective. Il nous est possible de voir que l’inconscient
personnel de Freud et l’inconscient collectif de Jung forment un tout qui pourrait
servir de base à une intégration de notre compréhension de la vie psychique pour
nous autres cliniciens. Pourquoi cette intégration n’a-t-elle pas pu se faire ? Est-ce que nous réunis aujourd’hui, pourrons-nous répondre à cette question ?
Tournons-nous maintenant vers le texte proposé pour cette journée : Sigmund
Freud présenté par lui-même (en anglais, An Autobiographical Study). Ce beau
texte, lucide et structuré, publié en 1925 en allemand (avec un post-scriptum
ajouté en 1935), a été commissionné par une maison d’édition allemande qui avait
pour projet de publier des monographies sur la médecine contemporaine « en
autoprésentation ». Le but était d’offrir au public des « contributions dues à des
médecins réputés dans leur spécialité et exposant les orientations et les résultats
de leurs travaux. » (p. 11, texte français) Le texte de Freud fut un exemple parmi
vingt-sept autres publications.
Ce texte n’est donc pas une autobiographie classique, alors que celle de Jung
est vraiment un texte qui révèle beaucoup de sa vie personnelle ainsi que de sa
vie professionnelle, un texte où l’on trouve aussi ses idées théoriques et cliniques,
donc une œuvre très vivante et très réfléchie, une œuvre de sa grande vieillesse
écrite avec sa secrétaire, Aniela Jaffe. Le texte de Freud est plutôt une exposition
raisonnée du développement de ses idées, avec par-ci par-là de petites touches
de références à sa vie personnelle, ainsi qu’à sa vie professionnelle en tant que
personnellement vécue. Évidemment on ne va pas en vouloir à Freud de ne pas
avoir fait ce qu’il n’a pas fait, étant donné les conditions de cette publication.
Néanmoins, nous pouvons regretter qu’il ait omis d’exposer les bases de la
problématique de leur rencontre remarquable mais inachevée, vieille seulement
de onze ans quand il a rédigé cet ouvrage.
Donc pour continuer, je me propose de vous offrir mes réflexions sur certains
passages du texte de Freud concernant surtout la rencontre personnelle avec Jung
et leur collaboration. J’émettrais ensuite quelques hypothèses sur leur relation
personnelle qui a connu tant de difficultés. Pour commencer ma réflexion, je
vais citer un passage qui se trouve dans l’édition anglaise mais qui est absente
de l’édition française, puisqu’il fait partie de la note éditoriale rédigée par James
Strachey. Je l’ai traduit moi-même, ce n’est donc pas une traduction officielle.
Comme [Freud] l’indique dans le premier paragraphe, il a inévitablement
reparcouru le terrain déjà traversé dans son papier « Sur l’histoire du mouvement
psychanalytique » (1914d) écrit dix ans plutôt [vous remarquerez que c’était une
petite année après la rupture avec Jung]. Pourtant, comme le montrera une comparaison entre ces deux textes, sa disposition actuelle est tout à fait différente. Les
polémiques qui avaient envenimé l’ouvrage antérieur se sont maintenant
évanouies dans l’insignifiance. Freud s’est montré capable de rendre compte,
avec un esprit calme et entièrement objectif, de l’évolution de ses idées scientifiques. (SE XX, pp. 4-5, trans. H Solomon)
[1]
Nous qui ressentons toujours vivement les suites sismiques de leur rupture,
comment allons-nous comprendre cette déclaration ?
Je vous propose maintenant d’explorer quelques passages du texte de Freud
qui sont en rapport direct, mais aussi implicite, sur sa rencontre avec Jung, pour
tenter de mieux comprendre la polémique qui a envenimé ses sentiments envers
Jung à l’époque de leur rupture.
LA RENCONTRE SCIENTIFIQUE
Dans l’exploration de l’inconscient Freud, tout comme Jung après lui, a tissé
la structure même de la psychanalyse, à partir de deux sources : celle de sa propre
clinique (les « communications abondantes » de son inconscient, comme il en fait
référence dans le volume XIX, p. 39), ainsi que celles de ses patients. Dans son
autobiographie, il insiste sur sa position d’autodidacte, car « il n’y avait pas de
bonne occasion de se former, il fallait être son propre professeur. » (texte franc.
p. 20; texte angl. p. 11). Freud s’identifiera toujours au rôle de pionnier solitaire.
Il n’acceptera que les conclusions tirées de ses propres recherches intérieures ou
de celles de ses patients. Qu’il fut juif, combatif et dominateur dans un certain sens,
fort intelligent et innovateur sans doute, mais tenu à l’extérieur du milieu scientifique et médical de son époque, qu’il ait connu des restrictions financières, voilà
des perspectives personnelles qui se découvrent dans son autobiographie à plusieurs
reprises, même s’il n’y fait que légèrement allusion, d’un ton un tout petit peu amer.
On peut facilement supposer combien la fidélité de Jung lui a été importante,
personnellement mais aussi du point de vue de la survie de la psychanalyse et de
son acceptation par le milieu scientifique. Jung faisait exactement partie de ce milieu
si convoité par Freud. Grâce à ses brillantes capacités scientifiques et aux recherches
faites avec ses collègues à l’hôpital du Burghölzli, Jung a pu démontrer les premières
preuves de la valeur scientifique des concepts à la base de la psychanalyse. Il a
montré par ses expériences faites avec le test des associations : premièrement, l’existence même de l’inconscient; deuxièmement, le mécanisme de refoulement qui
domine la dynamique entre le conscient et l’inconscient ainsi que les relations entre
le ça, le moi et le surmoi; et troisièmement, la notion de complexe selon laquelle
les expériences internes se regroupent dans la mémoire inconsciente autour des
grands thèmes universaux. Jung va fonder la théorie axiale des archétypes sur la
notion de complexe. Pour lui, chaque individu aura un nombre de complexes basés
sur son expérience personnelle. De sa part, Freud va fonder une grande partie de la
théorie psychanalytique sur un seul complexe, qu’il nommera le complexe d’Œdipe,
nom emprunté au travail de Jung sur les complexes, et dont le contenu sera tiré, pour
la plupart, de sa propre analyse. Notez que le complexe d’Œdipe est traité comme
un complexe universel, et Freud en parle en termes archaïques et typiques, donc
comme un archétype, terme qui d’ailleurs ne se voit pas dans le vocabulaire psychanalytique, mais qui se trouve à la base de la pensée jungienne.
Dès les premiers temps les attaques contre la psychanalyse consistaient à
dire que les concepts de base n’étaient ni vérifiés ni vérifiables scientifiquement.
Grâce à ses travaux sur le test des associations, Jung a pu faire sortir ces questions
du champ des critiques scientifiques. Nous avons donc ici une des preuves de
l’importance de la rencontre entre Freud et Jung. Dès les premiers temps de leur
rencontre, Jung a pu faire un don extrêmement important à la psychanalyse,
c’est-à-dire à Freud, un premier don à cette figure de père si respectée dont Jung,
psychologiquement, avait tant besoin. À ce père respecté, Jung offre ce dont ce
père avait le plus besoin, je veux parler de la première validation scientifique de
la psychanalyse. Rencontre manquée ? Je ne le crois pas.
Est-ce que nous avons des moyens qui nous permettrait, dans la perspective
de notre réunion, d’essayer de comprendre en quoi consistait le besoin psycho-logique de chacun de ces deux géants l’un pour l’autre ?
COMPLEXE PATERNEL OU COMPLEXE D’ŒDIPE
Freud avait inspiré le jeune psychiatre par ses premiers écrits psychanalytiques.
Il est intéressant de noter que pour Jung le texte de base à cette époque était
L’Interprétation des Rêves, publié en 1900. Après l’avoir lu à sa parution, Jung le
relira en 1903, au moment où il commençait ses premières recherches psychanalytiques. Alors, dans ce texte, Freud aurait interprété ses propres rêves. L’apparente
ouverture de Freud qui consistait à communiquer son monde intérieur à travers une
interprétation publique aurait pu donner à Jung l’impression que Freud serait
disponible à s’ouvrir et peut-être même encore d’avantage dans une relation plus
intime. Cette œuvre a inspiré et fécondé les premières pensées et recherches de Jung
selon les concepts de la psychanalyse. La première communication qu’il fit à Freud,
ce qui date le commencement de leur relation, aura lieu en 1906, à l’occasion de
la publication d’un essai sur les expériences d’associations.
Une intense relation s’en est suivie. Mais, comme le dit Nicolle Kress-Rosen
(ibid., p. 95), c’est « l’intensité contraignante de l’affection que Freud lui portera
aussitôt » qui aurait conduit Jung, schizoïde de nature, à adopter une approche
prudente. Jung a toujours eu besoin d’un peu d’écart entre lui et l’autre, par peur
d’être dévoré ou bien déçu par l’autre. Mais, en même temps, comme elle le
souligne, un passage de l’autobiographie de Jung montre combien il respectait
et révérait même, Freud : « Freud était la première personnalité vraiment importante que je rencontrais. Nul autre parmi mes relations ne pouvait se mesurer à
lui. Dans son attitude, il n’y avait rien de trivial. Je le trouvai extraordinairement
intelligent, pénétrant, remarquable à tous points de vue. » (Jung, Ma Vie, p. 176)
Nous savons qu’ils avaient convenu d’analyser leurs rêves lors de leur voyage
en 1907 aux États Unis, pour l’université de Clark. Mais on connaît aussi ce
moment décisif où Freud a refusé de faire part à Jung de ses associations par peur
de compromettre son autorité. Il y a eu en plus un rêve fameux de Jung pour lequel
Freud a imposé une interprétation que Jung ne trouvait ni valable, ni acceptable.
Ce fut un rêve-pivot, signal de leur différence : Freud voulait une interprétation
œdipienne; pour Jung, le sens de son rêve était à trouver dans les bases collectives, archaïques et typiques (CW3, para 413). Voici le moment où l’on pourrait
parler d’une rencontre manquée. La méfiance qu’éprouvait Jung vis-à-vis de
Freud pourrait s’expliquer par l’attitude de son aîné : en se privant d’un libre
échange avec Jung et en se prévalant de son autorité, Freud aurait perdu la
confiance de Jung, beaucoup plus ouvert à des relations d’égal à égal. Mais en
même temps Jung cherchait chez Freud des ressources paternelles suffisamment
robustes, qui pourraient tolérer des échanges vigoureux.
Dans leur correspondance, Jung mentionne souvent son complexe paternel
vis-à-vis de Freud. Il parait que c’était une expression qu’ils employaient entre
eux dans un sens convenu – à Jung est donnée la place du fils, une place très
élevée bien sûr car il était le fils préféré. Mais en même temps, s’il avait cette
place, on peut comprendre combien Jung a pu se sentir piégé par le besoin qu’a
eu Freud de trouver chez ce jeune héros, à la stature de beau et jeune psychiatre
brillant, celui qui sauverait la psychanalyse de sa désignation de « science juive ».
Mais pour Freud, seul un héros totalement obéissant aux termes de la psychanalyse tels qu’il les avaient conçus pourrait être acceptable : demande
contradictoire.
Dans ce court propos, il n’est pas possible d’introduire beaucoup de thèmes,
mais je ne voudrais pas perdre l’occasion de mentionner la passion transférentielle et contretransférentielle qui s’est vécue parallèlement entre Jung et Sabina
Spielrein, cette brillante patiente, devenue analyste, et finalement membre de la
Société psychanalytique de Vienne. La passion née entre eux se révèle en partie
comme une sublimation de celle qui se jouait entre Freud et Jung. Sabina devenait
la troisième personne d’une constellation triangulaire. Si à l’égard de Sabina, Jung
est sorti du cadre analytique (jusqu’à quel point nous ne sommes pas certains),
Freud jouera le rôle d’un père patriarche très ambivalent : s’il donne à Sabina des
avis protecteurs, dans ses lettres à Jung, il parle d’elle avec une certaine condescendance, tout en l’excusant de toute culpabilité envers son ancienne patiente.
Ici je fais simplement mention du nom qu’ont donné Sabina et Jung pour l’issue
de leur union analytique – Siegfried – nom qui suggère le thème de l’héros,
thème si important dans la relation entre Freud et Jung.
D’une autre perspective, David Lotto, psychanalyste américain, dans une
étude récente (2001), insiste sur la répétition chez Freud de relations triangulaires
au service de la dynamique et des sentiments homosexuels. Il cite Freud qui dit
lui-même : «... je dois (toujours) avoir un ami intime et un ennemi haï. J’ai
toujours été capable d’en trouver de nouveaux, et souvent il est arrivé ... que ...
ami et ennemi se retrouvent dans la même personne. » Cette polarité troublante
expliquerait pour Lotto l’ambiguïté des sentiments homosexuels de Freud. Il
nous fait aussi remarquer que chez Freud, dans les relations triangulaires, l’agressivité contre la femme permettait un lien homosexuel parfait. C’est ce qui ce
serait vécu entre Freud, Jung et Sabina Spielrein.
Alors, si c’est une question de relation manquée (et vous voyez que je trouve
préférable de la désigner comme inachevée), c’est que leur rencontre s’enracinait pour chacun dans des bases différentes. À ce propos, j’aimerais parler de
la différence entre le complexe paternel, comme en parle Jung dans ses lettres à
Freud, et le complexe d’Œdipe qu’avait élaboré Freud, et son identification au
père totémique patriarche. Freud, le père jaloux de la psychanalyse, s’est vu
contraint de trouver un héritier justifiable, et il choisit Jung. Mais pour autant,
en choisissant Jung, il a choisi quelqu’un qui fera des révisions radicales aux
doctrines qu’il avait créées. Freud n’a jamais pu donner à Jung la liberté dont il
avait besoin pour continuer ses recherches sur l’inconscient très primitif, voir
psychotique, et que Freud, en restant au niveau du complexe d’Œdipe, n’a pas
pu aborder. Freud n’acceptera jamais ses révisions, et donc ne cédera jamais sur
son autorité.
Pour sa part, Jung aurait cherché le rôle du fils préféré pour pouvoir recevoir
d’une figure paternelle, qu’il pourrait enfin vraiment respecter, la bénédiction à
être lui-même. Comme nous le savons, son propre père, faible à ses yeux, lui était
source de déception, un pasteur consumé par le doute sur la religion qu’il
professait, donc incapable d’être vrai pour lui-même. Jung aurait cherché chez
Freud, ce père respecté, qu’il lui accorde son autonomie afin de poursuivre son
propre destin – ce thème du soi si jungien, que l’on ne retrouve pas chez Freud.
Comme il avait dit dans une de ses dernières lettres à Freud : « On rend mal son
dû à un maître quand on reste toujours seulement l’élève. » (Freud S., Jung C.G.,
II, p. 303J).
Nous pouvons voir ici dans cette constellation d’attentes inconscientes
réciproques, contradictoires et donc irréalisables, en quoi pourrait consister cette
rencontre manquée, inachevée – nous pouvons même dire tragique. J’ose dire
« tragique » d’abord pour nous qui sommes toujours marqués par les conséquences souvent malignes de cet inachèvement; et tragique aussi pour eux qui
l’ont vécue et qui n’ont pas pu trouver le moyen de surmonter leur problématique, ni sur le plan personnel, ni sur le plan théorique. Le modèle dialectique
hégélien me revient à l’esprit, modèle qui est à la base de la théorie jungienne
de la dynamique psychique : Freud et Jung sont restés dans un état d’opposition
sans pouvoir trouver de synthèse. Ils ont extériorisé le conflit en se séparant, et,
comme dans les familles dysfonctionnelles, nous qui venons après eux, nous
pouvons, si nous n’y prenons pas garde, continuer aveuglement à en être piégés
et à le répéter.
Pendant la gestation de leur rupture Jung était immergé dans son travail sur
les sources inconscientes de l’expérience religieuse, dont la parution avec les
Métamorphoses et symboles de la libido (1912) sera la cause de leur rupture
définitive, en ce sens que cette œuvre consistait en une révision radicale de la
théorie freudienne de la libido. Pendant cette période, Freud avait décidé de se
confronter lui aussi à la question des sources de la religion. Ce sera Totem et
tabou (1913). Tenté par les recherches de Jung sur les bases universelles et collectives de l’esprit religieux, Freud s’est lancé sur le même territoire, ne souhaitant
pas se laisser déborder par Jung, comme le suggère Nicolle Kress-Rosen, et
voulant assurer les résultats d’une compréhension psychanalytique de l’esprit
religieux. Dans une lettre à Abraham, il avait annoncé « qu’il connaissait déjà la
solution », avant même d’avoir fini les recherches préliminaires. Il aurait écrit à
Jung qu’il pensait que lui aussi trouverait la solution en termes psychanalytiques
œdipéens. Rien n’était plus éloigné de la réalité.
Alors pour Freud toute expérience religieuse sera basée sur une dynamique
de culpabilité venant du complexe d’Œdipe – le domaine des pères. Kress-Rosen
le dit clairement : dans toute l’explication freudienne des bases et des sources des
manifestations psychiques religieuses, y compris la moralité, les femmes ne
comptaient que comme objets sexuels du père, et à sa suite des fils et de la horde.
On voit bien comment la pensée de Freud s’organise autour du complexe
d’Œdipe, la théorie du mâle dominant et de la femme chosifiée. Pour Jung, au
contraire, la question des sources de l’esprit religieux est toute une autre histoire.
Jung a toujours insisté sur l’importance du féminin dans la religion avec ses
études sur Sophia, sur Marie, sur l’importance du couple, sur le roi et la reine
dans le hierosgamos, le mariage sacré en tant que constellation psychique fondamentale. Plus tard dans l’histoire de la psychanalyse, cette insistance sur le couple
comme constellation archétypique trouvera une résonance dans la pensée psychanalytique britannique du concept de « parents combinés » (combined internal
parental couple), tel que Klein, Bion, et d’autres l’ont décrit.
Dans une étude déjà publiée (Solomon, 2000), j’avais essayé de montrer que
l’origine de la fonction éthique pourrait être trouvée dans la vision des « parents
combinés » : d’abord dans la capacité de la mère à sacrifier ses besoins narcissiques en faveur des besoins du bébé, comme l’a décrit Winnicott en parlant de
« la mère suffisamment bonne. » J’ai proposé qu’à partir de cette base se conjuguera l’expérience de la fonction de jugement et de réflexion paternels, souvent
symbolisée en termes et en images masculines. Ainsi, suivant l’internalisation
de ces deux expériences, l’enfant aura éventuellement un couple intérieur capable
de « dévouement réfléchi et de réflexion dévouée. » J’ai proposé que c’est ceci
qui constitue la base du sens du « soi éthique », et j’en avais conclu que c’est cette
même capacité qui, chez l’analyste, fait de la relation analytique une relation
profondément éthique.
Notre questionnement sur la dynamique entre Freud et Jung et sur le pourquoi
de l’inachèvement de leur rencontre nous mène au problème double mais lié de
la nature de la libido et la nature de l’expérience religieuse (spirituelle, artistique et culturelle). Freud avait trouvé diabolique et torturant le travail préparatoire
d’où naîtrait Totem et Tabou, bien qu’il ait clamé qu’il connaissait déjà la réponse.
Il écrit à Ferenczi : « Le travail concernant le Totem est une cochonnerie. Je lis
de gros livres qui sont sans véritable intérêt, car je connais déjà les conclusions,
c’est mon instinct qui me le dit.’(Freud S., Ferenczi, S. 249 F) Si la réponse était
que le complexe d’Œdipe était à la base de l’expérience et de la pratique
religieuse, il s’attendait à ce que Jung arrive à la même réponse. En 1911, Freud
écrit à Jung : «... mon travail de ces semaines s’est rapporté au même thème que
le vôtre, à savoir l’origine de la religion. Pour ne pas vous troubler, j’avais
l’intention de ne rien en dire. Mais comme j’ai vu à la première lecture de votre
essai dans le Jahrbuch (...) que vous connaissiez mon résultat, toutes les cachotteries tombent, à mon soulagement. Vous savez donc déjà que le complexe
d’Œdipe contient la racine des sentiments religieux. Bravo ! » (Freud S., Jung
C.G., II, p. 197,270 F). En même temps, Freud continue à souffrir de son travail
sur Totem et Tabou. Il écrit encore à Jung : « Avec mon travail sur le totem et le
reste, ça ne va pas bien. J’ai tout de même bien peu de temps, et c’est aussi tout
à fait autre chose de puiser dans des livres et des rapports, ou dans l’abondance
de sa propre expérience. À cela s’ajoute que l’intérêt est affaibli par la conviction
de posséder déjà à l’avance les résultats que l’on s’efforce de prouver. » (Ibid.,
p. 234,288 F) Pendant tout ce temps, Jung ne répond pas aux lettres de Freud.
Revenons à notre texte, écrit treize ans après cet épisode. Dans le chapitre
qui touche aux développements théoriques faits par Freud pendant la période de
la rencontre et de la collaboration avec Jung, il dit ainsi : « Je tiens personnellement en plus haute estime mes contributions à la psychologie de la religion...
Mon point de départ fut la coïncidence frappante des deux tabous réglementant
le totémisme, à savoir de ne pas tuer le totem et de ne faire aucun usage sexuel
des femmes du même clan totémique, avec les deux contenus du complexe
d’Œdipe, à savoir : écarter le père et prendre sa mère pour femme ... je pouvais
constituer à partir de toutes ces composantes une hypothèse, ou pour mieux dire :
une vision ... » (Freud, 1925, pp. 133-155).
En quoi consistait cette vision ? Dans les mots de Freud : « le père de la horde
primitive avait... accaparé pour lui toutes les femmes, tué ou chassé tous les fils
dangereux en tant que rivaux. Mais, un jour, ses fils s’unirent et, ensemble, le
terrassèrent, le tuèrent et le dévorèrent, lui qui avait été leur ennemi, mais aussi
leur idéal. » (Ibid., p. 115) Mais ceci fait que les fils « furent incapables de prendre
possession de son héritage. » (Ibid.). De cela émanera « la conscience coupable
de l’humanité (le péché originel), par laquelle s’instaurèrent de manière concomitante organisation sociale, religion et limitation morale. » (Ibid.) Ainsi, comme
l’annonce Freud lui-même, la constitution de la religion se trouvera sur le terrain
du complexe paternel et œdipien et construite sur l’ambivalence (Ibid., p. 116).
Et pour finir, « c’est le père primitif en personne, redouté et haï, vénéré et envié,
qui devint le modèle de Dieu. » (Ibid.). Avec ces passages se termine le propos
de Freud. Il n’aura plus qu’à faire la liste d’autres applications de la psychanalyse, ce qu’il fait en quelques petits paragraphes, et ajouter le Post Scriptum,
ce qu’il fera à l’occasion de la nouvelle édition parue en 1935. Dans ces derniers
passages qui sont écrits dans un style très vivant en comparaison avec les précédents, ou il élabore sa « vision » totémique du père dévoré, il me semble que, s’il
décrit sa vision de l’origine de la religion, il a quand même revisité les thèmes
relatifs à sa compréhension de ce qui s’est passé entre lui et Jung. Si le ton est
« calme et entièrement objectif », comme le constate James Strachey, le contenu
implicite évoquerait la problématique de leur rencontre. Jung, de son côté, l’aura
ressentie tout autrement. Rencontre manquée, ou bien inachevée ?
Donc ces presque derniers passages importants de son autobiographie, en tant
que réflexions sur l’écriture de l’œuvre qui l’avait tant tourmenté et entreprise au
moment où il sentait que Jung allait s’éloigner de lui et de ses principes psychanalytiques montrent combien Freud était toujours pris par les thèmes qui avaient
dominé la période de sa relation avec Jung. Ces thèmes nous relient aux ceux abordés au commencement de mon propos. Pour conclure, je voudrais toucher au thème
du narcissisme, sur lequel repose, à mon avis, l’inachèvement de la rencontre.
Le psychanalyste anglais Ron Britton a fait une distinction utile entre le
narcissisme libidinal et le narcissisme destructeur. Le premier est caractérisé par
une défense contre des relations d’objets contraires, alors que le second est essentiellement profondément hostile aux relations d’objets (Britton, 2001). Il fait
remarquer que Freud a ajouté une note en 1910 (n’oubliez pas que c’est à cette
époque que les relations avec Jung devenaient préoccupantes) aux Trois essais
sur la sexualité dont la première édition datait de 1905. En théorisant sur l’homosexualité masculine, Freud écrit : «... (ils) passent pendant les premières années
de leur enfance, par une phase de courte durée où la pulsion sexuelle se fixe
d’une façon intense sur la femme (la plupart du temps sur leur mère) et qu’après
avoir dépassé ce stade, ils s’identifient à la femme et deviennent leur propre
objet sexuel. C’est-à-dire que, partant du narcissisme, ils recherchent des adolescents qui leur ressemblent et qu’ils veulent aimer comme leur mère les a aimés
eux-mêmes. » (Freud, 1905, np. 162-163) Dans l’essai de 1914 Pour introduire
le narcissisme (donc peu de temps après la rupture) Freud comprend que le fait
de « tomber amoureux... réduit le soi en faveur de l’objet dont l’amour réciproque
est le seul moyen de remédier à cette hémorragie de la libido. » (Britton, 2001,
p. 5) Britton continue à citer Freud : « le retour de la libido d’objet au moi et sa
transformation en narcissisme représente, quoiqu’il en soit, à nouveau un amour
heureux; et, d’un autre côté, c’est aussi vrai qu’un véritable amour heureux
correspond à la condition première pendant laquelle la libido d’objet et la libido
du moi ne peuvent être distinguées. » (Freud S., 1914, pp. 99-100)
Ces deux idées sont essentielles pour mon propos : le narcissique libidinal est
amoureux de lui-même d’une manière identique à celui qui est amoureux d’une
autre personne; et « l’amour heureux », qu’est l’amour primaire, est fondé sur « la
condition première selon laquelle la libido d’objet et la libido du moi ne pouvaient
pas être différenciées. » Britton insiste sur le fait que ce soit « un objet externe ou
interne, la relation positive est conditionnée par l’élimination de la différence »
(ibid., p. 6). L’équivalence entre les objets externes et internes et l’élimination de
la différence constituent, comme je le suggère, les deux conditions décisives aux
réponses affectives de Freud à l’égard de Jung et sont également les mêmes conditions qui éloignèrent Jung de Freud. « L’amour heureux » que cherchait Freud est
fondé sur la condition selon laquelle la libido d’objet et la libido du moi ne sont
pas différenciés. Ainsi s’expliquerait pourquoi Freud ne pouvait pas accepter les
révisions de Jung à sa théorie psychanalytique puisqu’alors il se serait montré différent et séparé de Freud, doué d’une capacité d’autonomie à penser et à observer.
Cela aurait aussi montré que la psychanalyse à laquelle Freud était profondément
identifié n’était pas après tout totalement identifiable à Freud, puisqu’elle était dans
le domaine public – elle n’était pas son inséparable possession. De plus cela
explique pourquoi, lors de leur voyage aux États-Unis, Freud ne pouvait pas accepter de fournir à Jung ses associations à ses propres rêves, car alors Jung aurait pu
effectivement faire des interprétations auxquelles Freud n’avait pas pensées lui-même, marquant ainsi une différence notable dans le monde interne de Freud.
Ce que je suggère c’est que Freud aspirait à trouver en Jung son jumeau
intérieur désireux d’endosser le manteau de la psychanalyse sans en rien changer.
En fait, il s’était choisi le successeur le plus digne et le plus compétent parmi ceux
qui se présentaient, mais il eut fallu qu’il soit capable d’accepter la séparation et
la réelle signification d’un « autre » dans sa vie. Jung, à cause de ses propres
demandes internes, ne pouvait pas répondre à « l’amour heureux » que lui offrait
Freud parce que cet amour, primaire, était basé sur une demande d’identification.
L’inachèvement de leur relation consisterait donc dans le fait que l’amour et les
besoins de l’un pour l’autre étaient fondés sur des demandes inconscientes
complètement différentes, sinon opposées.
En voyant en Jung son successeur, Freud était incapable de le voir autrement
qu’un jumeau, un clone psychique. Il est incontestable que Freud avait ressenti un
amour très vif pour Jung, mais il était fondé sur un narcissisme libidinal qui demandait à Jung d’être un même. Ceci signifiait que Jung ne devait pas dévier des principes de base de la psychanalyse qui, à cette époque, était en rapport alors avec
l’auto-analyse de Freud et avec pour résultat le complexe d’Œdipe. Freud cherchait en Jung un « camarade d’âme », un jumeau avec qui il n’y eut aucune séparation, aucune différence, et donc aucune révision de la psychanalyse !
S’il avait été possible à Jung de ne pas dévier du chemin psychanalytique tracé
par le père patriarche, Freud aurait pu à son tour identifier à ce héros son idéal
du moi. Il aurait pu se laisser aller dans les bras de son « camarade d’âme »,
faisant ainsi de Jung à son tour, un père sur lequel il pourrait s’adosser. Nous
savons qu’en fin de compte, bien tristement pourrait-on dire, que c’est sa fille
Anna, identifiée à l’œuvre du père, à ses paroles mêmes, à sa bouche qui
s’occupera de lui au cours de sa dernière maladie. Elle poursuivra, à Londres, la
lutte héroïque contre les révisions kleiniennes.
De son côté, Jung aurait cherché chez Freud la validation par un père très
respecté, le respect qu’il n’avait jamais ressenti en tant que fils.
Alors de cette rencontre entre Freud et Jung, inachevée sinon manquée,
passionnante et créatrice le temps de sa durée, mais brouillée et troublée par
d’énormes dynamiques inconscientes, qu’allons-nous faire, nous autres leurs
héritiers ? Je crois que c’est à nous, en tant que génération suivante, d’en tirer
les richesses qui sont certainement là dans la mesure où nous aurons le courage
de les exploiter en explorant notre histoire commune. Espérons que cette fois-ci
notre rencontre sera beaucoup plus durable et donc beaucoup plus fructueuse.
Hester McFARLAND SOLOMON
·
BRITTON R. (2001) Second toughts on narcissism, paper given to a Scientific Meeting of
the British Association of Psychotherapists, London, December 2001.
·
FREUD S. (1925,1935) Sigmund Freud présenté par lui-même. Paris : Éditions Gallimard.
·
JUNG C.G. (1961). Ma Vie. Collections « Témoins », Gallimard.
·
KRESS-ROSEN N. (1993) Trois Figures de la Passion. Paris : Springer-Verlag.
·
LOTTO D. Freud’s struggle with misogyny, Journal of the American Psychoanalytic
Association. Fall 2001, vol. 49, n° 4.
·
McGUIRE J. ed. The Freud-Jung Letters. London : Routledge & Kegan Paul.
·
SOLOMON H. (2000) The ethical self. In Christopher E. and Solomon H. Jungian Thought
in the Modern World. London : Free Association Books.
[1]
Le texte en anglais est le suivant : « Thus Freud’s study is essentially an account of his
personal share in the development of psycho-analysis. As he himself points out in the opening
paragraph, he was inevitably going over much of the ground which he had already traversed in
his paper « On the History of the Psycho-Analytic Movement (1914d) some ten years before.
Nevertheless, as a comparison between the two works will show, his present mood was a very
different one. The controversies that embittered the earlier paper had now faded into insignificance and he was able to give a cool and entirely objective account of the evolution of his
scientific views. » (SE XX, pp 4-5)