Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062946
200 pages

p. 153 à 173
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 79 2002/2

2002 TOPIQUE

De quelques mots décisifs, scénarios et lignes de force dans l’“autobiographie” de C.G. Jung

Christian Gaillard Villa Laurencia 19 d, rue de la Butte-aux-Cailles 75013 Paris
L’auteur fait tout d’abord état des recherches récentes qui portent sur les conditions dans lesquelles l’“autobiographie” de Jung a été écrite et publiée. Il en conclut que ce livre est un ouvrage composite, à plusieurs voix, mais n’en constitue pas moins une œuvre. Il s’engage ensuite dans une lecture de ce livre sous plusieurs aspects, qui met en évidence la problématique proprement jungienne de l’inconscient telle qu’elle apparaît à travers le vocabulaire même de Jung. Puis il propose une lecture transversale et structurale de l’ouvrage pour dégager de plusieurs rêves qui s’y trouvent rapportés le “scénario” à partir duquel s’est développée la recherche de Jung et son œuvre. Enfin, il discute la notion d’inconscient collectif ou impersonnel et conclut en soulignant l’attention portée par Jung à des processus qui obéissent à leurs propres rythmes et se réalisent à diverses échelles, celles d’un individu, d’une lignée, ou d’une culture.Mots-clés : Autobiographie, Décentrement, Structures, Processus, Collectif, Impersonnel. In this article, the author first looks at recent research into the conditions in which Jung’s Autobiography was written and published. He concludes that the Autobiography is composite in nature, that several different voices appear in it, but that it may still nonetheless be called a work. The author of the article then goes on to present several different readings of the work, which shed light on the truly Jungian problematics of the unconscious as this appears through Jung’s choice of vocabulary. The he goes on to present a transversal, structural reading of the work in order to show how the “scenario” that Jung’s research, and his work follow, stem from dreams reported in the Autobiography. Finally, the author discusses the notion of the collective or impersonal unconscious and concludes by pointing out the attention paid by Jung to the processes that obey their own rhythms and which take place on different levels, that of the individual, of family descendence, or of a culture.Keywords : Autobiography, Decentering, Structures, Process, Collective, Impersonal.
 
L’ETABLISSEMENT DU TEXTE
 
 
Comment aborder ce texte, qui est non seulement un ouvrage si largement diffusé et traduit dans d’innombrables langues qu’il est aujourd’hui un “best seller” mondial, mais aussi un livre de consultation et de référence presque quotidienne, un “livre de chevet” pour beaucoup d’analystes jungiens, et pour bien d’autres, sans faire état tout d’abord de quelques précisons qui s’imposent quant à sa nature même, et donc des élémentaires précautions à prendre quant au bon usage qu’on peut en faire ?
Remarquons tout d’abord à cet égard que l’éditeur français de ce livre – c’est Gallimard, dans sa collection “Témoins” –, lui donne pour titre Carl Gustav Jung “ma vie”, avec, en plus petits caractères et au-dessous de ce titre, “Souvenirs, rêves et pensées recueillis par Aniela Jaffé, traduits par Roland Cahen et Yves Le Lay”. Alors que l’édition allemande, originale, donne, elle, Erinnerungen, Träume, Gedanken von C. G. Jung. Aufgezeichnet und herausgegeben von Aniela Jaffé, soit, littéralement, Souvenirs, rêves et pensées de C. G. Jung. Notés (ou consignés, ou mis par écrit) et publiés par Aniela Jaffé.
La question qui donc immédiatement se pose est celle de savoir qui est en fait l’auteur de ce livre. Qui peut en répondre ? Est-ce son ou ses éditeurs, avec les attendus et les objectifs qui leur sont propres ? Ou est-ce Madame Jaffé, dont on sait qu’elle était la secrétaire Jung à l’époque de sa production ? Ou est-ce Carl Gustav Jung ? Ou encore, quelle est la part des uns et des autres dans l’établissement du texte en question ?
Ce sont les conditions d’élaboration et la composition de ce livre qui permettent de répondre à ces questions. Je les rappelle donc ici, très en bref. Nous sommes en 1957-1958 – soit quelques années seulement avant la mort de Jung, en 1961.
Rappelons aussi au passage que 1957-1958, c’est près de 20 ans après la mort de Freud, en 1939, et que depuis lors, depuis la mort de Freud, il s’est passé bien des choses dans l’histoire du mouvement psychanalytique et, plus spécifiquement, dans le mouvement jungien, bien sûr.
Rappelons aussi, toujours au passage, que l’écart d’âge entre Freud et Jung est de 19 ans. Soit assez pour faire de l’un l’aîné, et de l’autre son élève, pour que l’un, Freud, se pose et soit attendu, et reconnu, dans son autorité de maître et père, d’autant qu’il est le père de la psychanalyse, mais sans pour autant que cet écart d’âge entre l’un et l’autre soit vraiment suffisant pour que l’autre, Jung, se situe de fait, tout uniment, et définitivement, dans une position de fils, et d’héritier, et ceci quand bien même son patronyme, Jung, signifie en allemand “jeune”, “le jeune”. Ce qui ne manque pas de poser en des termes assez complexes leur relation de filiation et d’héritage, une relation notoirement compliquée, entre autres données non moins factuelles, par le fait qu’être neurologue, puis thérapeute et analyste des hystériques à Vienne – une Vienne assez chroniquement antisémite –, n’engage pas nécessairement au même rapport à l’inconscient que lorsqu’on vient de la psychopathologie lourde en milieu hospitalier, et que, fils d’un pasteur suisse, on se débat entre Bâle et Zurich avec les restes vains mais obsédants de la tradition chrétienne ambiante en ces lieux.
En 1957, donc, Jung a 82 ans. C’est alors un vieil homme, retiré du monde dans sa maison de Küsnacht, au bord du lac de Zurich, mais sollicité de partout par les analystes qui se réclament de lui et créent, déjà un peu partout en Europe et aux Etats-Unis, des groupes de réflexion et des instituts de formation, le premier de ces Instituts, celui de Zurich, ayant été créé une dizaine d’années plus tôt, en 1948, non sans réticences d’ailleurs de la part de Jung, qui ne l’a jamais dirigé.
Jung est alors sollicité, bien sûr, par les éditeurs, qui depuis tout un temps déjà l’incitent à écrire son autobiographie. Ce qu’il refuse tout d’abord obstinément. Jusqu’au moment – je résume – où sa secrétaire du moment, Aniela Jaffé, le convainc, non sans mal, de lui consacrer chaque jour quelques heures au cours desquelles il répond, le plus souvent oralement, à ses questions, tandis qu’elle note, puis transcrit, ses propos, tout comme d’ailleurs, dans le même temps, elle est chargée, de la même manière, de rédiger les réponses qu’il apporte à ses nombreux correspondants. Dans les deux cas, pour les pages de ce livre, comme pour la rédaction de ses lettres, Jung, assez souvent, reprend la transcription de ses propos, corrige, soustrait, complète la rédaction proposée par Aniela Jaffé.
D’où il ressort que par les conditions mêmes de son élaboration, ce livre est un livre à deux voix. Ecrit à quatre mains. De sorte qu’on en est aujourd’hui, c’est assez passionnant d’ailleurs, à comparer par le menu l’état du texte publié et les premières transcriptions, puis les manuscrits, ou “tapuscrits”, successifs qui ont précédés la publication dont nous disposons d’ordinaire. C’est, pour l’essentiel, au chercheur anglais Sonu Shamdasani que l’on doit ce travail [1].
Un travail en cours, qui a, entre autres mérites, celui de mettre en évidence les passages, et le cas échéant les chapitres, qui ont été “omis” dans la publication actuelle, sans qu’on sache encore trop bien d’ailleurs, dans chaque cas, si ces “soustractions” ou “omissions” ont été le fait de Jung lui-même, ou si elles ont été le fait de sa secrétaire et collaboratrice, ou encore si elles ne sont pas les effets des interventions et pressions de la famille Jung, qu’on sait très soucieuse de l’image qu’elle se fait, et qu’on se fait, du grand homme [2].
Si, de plus, on considère de là, à la lumière donc de ces travaux récents, la composition de l’ouvrage, on en arrive à la conclusion, toujours provisoire, puisque ces travaux sont en cours, que le Prologue et les trois premiers chapitres de ce livre, qui sont respectivement intitulés “Enfance”, “Années de collège” et “Années d’études”, ainsi que le douzième, intitulé “Pensées tardives” et le treizième, intitulé “Rétrospective”, sont largement, et le plus authentiquement, de la main de Jung. Tandis que les autres ont été beaucoup plus largement rédigés par Madame Jaffé, qui a même, pour certains d’entre eux, utilisés divers documents pour les construire.
Il s’en suit qu’avec ce livre, du moins pour ce qui concerne certaines de ses parties, on a à faire à une “biographie, tout autant qu’à une “autobiographie”. Et on pourra même légitimement se demander si cette “biographie” ne risque pas aussi, comme c’est si souvent le cas dans des conditions semblables, d’être une “hagiographie”.
Voilà un ensemble de données qui ne manqueront pas de troubler le lecteur, mais dont la prise en compte s’avère d’autant plus requise que Jung lui-même a non seulement et longuement manifesté ses réticences envers le projet de ce livre, mais aussi clairement et expressément interdit que l’ouvrage paraisse dans ses Œuvres Complètes [3].
Il a même été jusqu’à parler à ce propos du “livre de Madame Jaffé”, ce qui n’est peut-être pas très élégant de sa part, mais a le mérite de rendre à César ce qui est à César – sinon à Dieu, ce qui est à Dieu.
Or il nous faut faire ici un pas de plus encore. Jung, disais-je, avait 82 ans lorsqu’il a travaillé à ce livre. C’est-à-dire qu’il est alors un vieil homme qui se souvient. Dans l’après coup de son grand âge, il laisse venir et vivre les plus anciens souvenirs de son enfance, ses questionnements et ses débats d’adolescent, puis d’étudiant. Il retrace ses premiers travaux, relate sa rencontre avec Freud, et sa progressive rupture avec lui. Il dit les surgissements intérieurs et les découvertes cliniques qui ont été la matière première de son œuvre théorique, cherchant ainsi à dire la genèse et les enjeux de ses recherches. Et il en vient enfin, de ce pas, à méditer, à proprement parler à haute voix, même si c’est, nous l’avons vu, à deux voix, sur sa mort, sur la mort, et sur ce qui peut bien s’en suivre, après sa mort, et de là, pour nous, à ce point où nous sommes de notre histoire collective.
Mais à considérer ainsi le moment où il parle, rétrospectivement, de sa vie et de son œuvre, comment ne pas se demander quelle est la part, dans ce livre, de la construction rétrospective, de la reconstruction, voire de la production d’un mythe explicatif élaboré après coup ?
Il importe donc aussi de le lire, ce livre, à la lumière des travaux qui ont pu être consacrés à l’écriture autobiographique, à ses aléas, et à ses pièges. C’est à quoi s’est attachée tout récemment Christine Maillard, dans le cadre de ses travaux à l’Université de Strasbourg et dans celui des ses échanges avec les germanistes et les chercheurs qui en Allemagne se consacrent à cette question [4].
Et il importe aussi, bien sûr, de confronter chacun des faits qui se trouve rapporté dans ce livre aux données aujourd’hui établies par les biographes de Jung, ne serait-ce que pour vérifier, compléter, et se donner par là un autre regard sur ces faits tels qu’il les rapporte.
Il importe surtout de considérer les scènes qui ponctuent ce livre non pas tant en prenant au mot le récit qui en est fait, du moins pour ce qui est des chapitres qui sont plus le fait de Aniela Jaffé que de Jung lui-même, mais bien plutôt au titre de leur organisation structurelle, ce qui pourrait paraître handicaper et limiter leur prise en compte, mais pourrait bien aussi conduire à une lecture transversale, axiale, de ce livre, par la mise en perspective de ces scènes dans le fil de l’ouvrage, et donc dans le fil de la vie de Jung, comme nous tenterons de le voir par la suite.
Enfin, pour ce qui concerne les réflexions esquissées ou développées dans ce livre, surtout les plus théoriques d’entre elles, il va de soi qu’on s’attachera à les lire à la lumière des écrits de Jung par ailleurs, qui, seuls, à ce propos, auront le dernier mot.
Ces quelques données et ces règles de lecture étant posées, j’en viens au deuxième temps de mon propos, avec cette très simple question : quelle est donc ma lecture, et quel mon usage personnel de ce livre ?
 
UNE LECTURE EN PUZZLE
 
 
De ma lecture de ce livre, je dirai tout d’abord que c’est une lecture surprise. Je m’étonne, pratiquement à chaque fois que j’y reviens, à ce livre que je suis censé bien connaître. Presqu’à chaque fois que j’y reviens, ce livre me surprend. Et j’observe que cette surprise répétée, insistante, résiste à la lecture, à la réflexion mêmes de ce que j’y découvre, et redécouvre.
Or la surprise, l’étonnement renouvelés, et l’insistance de ce à quoi on à faire, n’est-ce pas ce à quoi on peut reconnaître qu’il y va d’une œuvre, avec la consistance qui lui est propre ? C’est-à-dire telle qu’elle est, et s’impose, résistant avec obstination à nos menées pour réduire ou annuler son effet, et pour la “comprendre”, comme on dit.
Je tiens donc que ce livre est une œuvre. Quelles qu’aient été les conditions très particulières de sa production et de son élaboration, une élaboration complexe, à quatre mains, avons-nous vu, et très secondaire aussi bien.
Ce qui ne manque pas de poser une question dès lors assez troublante : qu’en est-il de Madame Jaffé en l’affaire ? Qu’en est-il de cette dame, je veux dire de son rôle, et de sa place, dans cette œuvre ? Et, plus généralement d’ailleurs, qu’en est-il des femmes autour de Jung ? Des femmes de Jung. Des Jungfrauen, comme disait déjà de son temps, sur un ton un peu mi figue, mi raisin – puisque, déjà en son temps, il était difficile de ne pas voir, de ne pas entendre, que lorsqu’on dit les Jungfrauen, on parle à la fois, en allemand, des “vierges”, et, littéralement, des “femmes de Jung”…
Voilà une question qui peut paraître mal venue, par la survenue dans le cours d’un propos jusqu’ici assez rigoureusement méthodologique et soigneusement académique d’une rubrique possiblement scandaleuse, à l’américaine, Sauf que s’étonner de la place de Madame Jaffé dans cette “autobiographie” de Jung, et peut-être dans la pensée de Jung, dans la démarche de Jung, pourrait bien être une façon de s’interroger sur ce qu’il en est de la sexualité pour lui – et pour nous. Et de s’interroger aussi, ce qui est encore une autre tasse de thé, sur ce qu’il en est non seulement des femmes, mais aussi du féminin, pour lui – et pour nous. Laissons pour l’heure cette question en réserve.
Et faisons un pas de plus. Par une autre question : la surprise et l’étonnement qui ici s’imposent, comme c’est le plus souvent le cas, disions-nous, avec une œuvre qui se tient, ne sont-elles pas une dimension constitutive de la position où nous met la pratique de l’analyse, je veux dire dès lors qu’il y va de l’inconscient ?
La surprise, l’étonnement, dont il est ici question, avec la provocation qui s’en suit, provocation notamment à penser, sont alors suscités par le menu, par le détail, tout autant que par un ensemble. C’est bien ce qui se passe ici. Et dès le début du livre. Dès ses premières lignes. Nous allons voir que c’est assez parlant.
Chacun, en effet, aura lu la première phrase du Prologue. “Ma vie, peut-on lire en français, est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation”.
Ici, le lecteur, je suppose, tombe en arrêt. Quoi ? se dit-il. Qu’est-ce donc que cette façon de substancialiser l’inconscient ? De le substancialiser au point qu’il devient sujet dans la phrase : “un inconscient qui a accompli sa réalisation…”
Je viens de parler de “substancialisation”. On pourrait dire, dans la même veine, “hypostase”, – un terme que Jung emploie assez volontiers… quand il critique les religions. Voici donc que Jung, trahi par ses mots, mettrait l’inconscient, et sa réalité, à une place et dans un rôle étrangement proches de ceux que les religions disent être ceux de Dieu. Et qui, de plus, poserait d’emblée, dans ce livre, que cet inconscient-là peut “s’accomplir”, “accomplir sa réalisation”. C’est assez saisissant.
Sauf qu’il y a là un problème, assez intéressant, de traduction. Il y en a même deux. Tout d’abord, je lis en allemand non pas “Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation”, mais “Ma vie est l’histoire d’une réalisation de l’inconscient” – Mein Leben ist die Geschichte einer Selbstverwirklichung des Unbewussten.
Voici qui devrait nous rassurer : à bien lire, il ne s’agirait jamais, dans ce livre, que d’une réalisation, une parmi d’autres, celle d’une vie, cette vie que va relater cette “autobiographie”.
Ce répit, pourtant, est bien bref, car, on l’aura remarqué, la difficulté ne fait en somme que se déplacer. Et en se déplaçant, elle s’accuse. Si en effet il est question d’“un inconscient”, je suis rasséréné. Je me trouve en terrain connu. Il va s’agir de mon inconscient, ou du vôtre, ou, dans cette “autobiographie”, de celui de Carl Gustav Jung, fils de Paul Achille Jung et de Emma Jung, née Rauschenbach.
Mais si je regarde le texte de plus près, et si je lis, si je dis qu’il s’agit là d’“une réalisation de l’inconscient”, alors, normalement, je sursaute, et me dis : le voilà bien qui s’avance, ce Carl Gustav Jung, avec sa théorie de l’inconscient qui, pour lui, est si loin d’être un fait singulier, personnel, l’effet d’une histoire particulière, qu’il va en venir, on nous l’avait dit, à le qualifier de “collectif”. De quoi s’arrêter là, bien sûr. Par une fin de non-recevoir.
On veut bien qu’il y ait du transgénérationnel. Tout le monde aujourd’hui en parle, et certains s’en occupent. On sait bien que le structuralisme, d’abord en linguistique, puis en anthropologie, notamment pour ce qui est des systèmes de parentés, a mis en évidence, et même permis l’analyse, de modes d’organisation qui sont à la fois largement inconscients et non personnels. Et chacun de nous avons a plus ou moins l’expérience de ces psychopathologies lourdes, le cas échéant fortement organisées, avec une organisation délirante par exemple, qui sont manifestement hors de proportion avec le sujet – lequel, en fait, s’y trouve assujetti, au point d’en être je jouet.
Mais non, rien n’y fait. L’inconscient dit “collectif”, en psychanalyse, voilà une idée, une notion, un concept, une théorie, qui passe difficilement. Du moins nommément. En tous cas jusqu’à nos jours. De quoi s’arrêter là, et en revenir décidément à Freud.
Sauf qu’une autre difficulté de cette même phrase pourrait bien nous faire avancer. Nous avons bien entendu “réalisation”. et sans doute certains auront-ils remarqué que le terme allemand employé par Jung pour le dire, celui de Verwirklichung, n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, le terme allemand Erfüllung – comme pourrait l’attendre un freudien normalement formé, qui, après Freud, lorsqu’on lui dit “réalisation”, et tout notamment “réalisation du désir”, pense Wunscherfüllung, c’est-à-dire accomplissement, ou remplissement, ou réalisation du désir [5].
Jung n’emploie pas ce terme de Wunscherfüllung. Il parle autrement. Ce détail n’a rien d’innocent. Et il a toutes sortes d’effets. Dans la pensée. Et dans la pratique clinique de l’analyse. Jung n’est pas freudien. On s’en doutait. Ce n’est pas là vraiment une révélation. Ce n’est pas un scoop. Mais autant voir en quoi. Et sur pièces. Aussi précisément que possible.
Ce terme de Verwirklichung le dit, tout immédiatement, et clairement. Il le fait entendre, et, je dirais même percevoir. Si, du moins, on sait percevoir les mots. La vie des mots. Si on les laisse parler, et jouer, plutôt que d’en jouer.
Verwirklichung, le substantif, qu’on traduit donc ordinairement, faute de mieux, en français, par “réalisation”, est, en fait, en allemand, par sa désinence, et par sa racine, un substantif très actif, beaucoup plus sensiblement actif que le mot français “réalisation”.
Tout comme son proche parent, le terme Wirklichkeit, dont Jung se sert quand il veut parler de “la réalité”. Jung n’emploie pratiquement pas le terme de Realität, dont Freud, lui, se sert, pour parler, par exemple, de “l’épreuve de réalité” – Freud dit Realitätsprüfung, par exemple .
Ce deux termes, très jungiens, Verwirklichung et Wirklichkeit, viennent du verbe wirken, dont Jung se sert très volontiers aussi tout au long de son œuvre. Ce verbe signifie “agir”, “opérer”, “avoir de l’effet”, “produire un effet”. De sorte qu’il serait presque plus juste de parler, en français, d’“efficience”, ou même d’“efficacité” plutôt que de “réalité”, lorsque Jung dit Wirklichkeit.
Car la “réalisation” dont parle Jung ici et dans tant d’autres de ses écrits, lorsqu’il dit Verwirklichung, et la “réalité” dont il parle quand il dit Wirklichkeit, relèvent d’une perception, ou, pour mieux dire, d’une expérience, vive. Et de quoi ? De ce qui nous occupe tous et chacun, nous hante, nous agit, nous agite, nous anime, nous structure, nous relance : de l’inconscient.
Nous sommes bien là au cœur de notre propos. Au cœur de l’affaire. Car, autant le dire et le redire avec toute l’insistance nécessaire, ce qui, à mon sens, distingue, différencie, parfois divise et oppose entre elles les diverses traditions qui composent le mouvement psychanalytique, ce n’est pas tant nos débats à propos de telle ou telle façon de faire, plus ou moins contingente, ou plus ou moins nécessaire – à propos de l’usage ou non du divan, et quand, et avec qui, par exemple, ou à propos de la durée et du nombre de séances, toute questions au demeurant importantes, souvent décisives, qu’il conviendrait de discuter ici [6].
Ces questions sont certes importantes, et souvent décisives pour la pratique clinique de la psychanalyse. Mais reste que nos débats, dans ce qu’ils ont de meilleur, et c’est bien ce qui les rend passionnants bien au-delà de la rencontre, rencontre manquée, entre Freud et Jung, et bien au-delà des rivalités de personnes qui ont pu s’opposer aux diverses étapes de l’histoire du mouvement psychanalytique, et bien au-delà surtout des prétentions ou des rivalités des institutions qui s’érigent et défendent leur pré carré, portent sur l’essentiel: sur les conceptions différentes que nous avons, les uns et les autres, de l’inconscient, et sur les différentes pratiques que nous en avons.
Oui, c’est bien, en fait, de l’inconscient que nous débattons. C’est avec et dans l’inconscient que nous nous débattons, les uns et les autres. C’est l’inconscient qui, en fait, nous met à la question.
Or l’inconscient, pour Jung, les mots qu’il emploie pour le dire le font assez bien percevoir, est un objet vivant. Un objet vivant non identifié. Mais qu’on peut reconnaître dans tous les sens de ce mot. Qu’on peut apprendre à reconnaître. A condition d’en faire soi-même l’expérience. Une expérience vive, évidemment.
Cette expérience, vive, de l’inconscient ainsi dit, donné à percevoir et, surtout, donné à vivre, c’est l’objet de ce livre, de cette “autobiographie”. Car c’est là l’objet – ou plutôt l’enjeu – de la vie et de l’œuvre de Jung. C’est l’enjeu de son histoire. C’est autour de ce cœur que tout s’organise, et c’est de là que tout s’en suit.
C’est de là qu’il faut comprendre ses travaux expérimentaux, de laboratoire, les “expériences d’associations” qui ont fait sa première renommée, sa conception des “complexes”, qui découle de ses travaux sur les associations, et qui ne sont rien d’autre, en somme, que des noyaux, des nœuds, de représentations à haute charge émotionnelle, dotés d’une forte autonomie, c’est-à-dire d’une consistance propre, d’une vie propre, qui les fait réagir presque motu proprio, serait-on tenté de dire, au gré de leur propre logique, ou plutôt de leur propre dynamique.
Voici donc que le terme de “dynamique” vient de prendre place dans notre propos. Ce qui est assez juste, et assez important, car c’est bien dire que nous sommes là, quand il y va de l’inconscient, dans des rapports de force. Mais, notons-le, dans une dynamique, dans des “rapports de force”, qui ne sont pas exactement ceux du “refoulement” et du “retour du refoulé”, si caractéristiques de la problématique freudienne.
Ce qui se manifeste par le fait que dans la famille des mots dont le radical est le verbe wirken, lequel, avons-nous vu, peut se traduire par “agir”, “opérer”, “produire un effet”– nous avons vu passer, de cette famille, jusqu’ici, le termes Verwirklichung et Wirklichkeit –, il se trouve qu’il est un autre groupe de termes très insistants dans la langue de Jung : ceux de Gegenwirkung et Mitwirkung, qu’on pourrait traduire respectivement par “contre-effet” et “effet conjoint”.
Tout ce vocabulaire des rapports de force, de la dynamique psychique, apparaît et s’affirme dans les écrits de Jung à partir de 1916, c’est-à-dire sensiblement après sa rupture avec Freud et au moment où il met en place les articulations essentielles de sa pensée, laquelle, dès lors, par ses expressions mêmes, constamment conduit l’attention vers la tension, le conflit, les contradictions, ou, de façon moins heurtée, autrement dynamique, sur les effets de compensation et de complémentarité. Ce sont là certaines des articulations essentielles de la problématique élaborée par Jung [7].
Ici, dans la foulée de ce que je viens de dire sur l’autonomie des “complexes” et sur les rapports de force, de contradiction, ou de relative coordination ou conjonction qui se manifestent dans le fonctionnement psychique quand il y va de l’inconscient, il faudrait, évidemment, s’attarder à la conception et à la pratique jungiennes des imagos, comme figures, et présences, intérieures, des principaux protagonistes de notre histoire, des figures, des présences, insistantes, mais aussi relativement génériques, et – chose étrange et particulièrement passionnante en analyse – relativement évolutives.
Et il faudrait, de là, c’est sûr, parler de la conception et de la pratique jungiennes des archétypes, à propos desquels la confusion des leçons ordinairement entendues autour de nous est telle qu’on en vient à perdre de vue leur réalité, pour Jung, évidemment structurelle, c’est-à-dire d’organisateurs inconscients, et largement impersonnels, de nos représentations les plus ordinaires, et de nos comportements.
Nous voilà bien tentés de nous avancer dans cette direction, de discuter, aussi longuement et précisément que nécessaire, ces grandes articulations conceptuelles de la démarche de Jung. Sauf que ce n’est pas ce que fait Jung dans ce livre, dans cette “autobiographie”.
On l’aura en effet remarqué, Jung, d’emblée, dans ce livre, plutôt que de présenter et de discuter les principaux concepts de sa problématique – comme le fait Freud, en 1925, lorsqu’il écrit la sienne, d’autobiographie –, tout au contraire, et tout d’abord, et avec insistance, nous parle de son enfance. Alors qu’on entend encore dire, y compris dans les milieux censément bien informés, que Jung, et les analystes qui travaillent à sa suite, n’en auraient que faire, du retour à l’enfance.
De plus, seconde surprise à ce même propos, ce chapitre consacré à l’enfance n’a rien de psychobiographique. La psychobiographie, faut-il le rappeler ?, c’est cette orientation de la recherche, notamment en psychanalyse de l’art, qui depuis 1910 au moins, tend à tout expliquer d’une œuvre par les aléas vécus par son auteur au cours de son enfance, si possible dès le berceau [8].
Or on ne trouve rien, de la part de Jung, d’explicatif, ou de causaliste, ou d’étiologique, dans le chapitre de ce livre consacré à l’enfance. Ce qui pourtant serait plus reposant pour l’esprit. Mais tout un travail de réminiscence ou, pour mieux dire, de reviviscence, la reviviscence de lieux, de moments – qui sont des moments fondateurs, on va le voir –, de situations, très circonstancielles, cruciales et décisives, de scènes donc, que Jung, sur ses vieux jours, retrouve, inscrits dans la mémoire de son corps, et manifestement toujours urgents, toujours aussi présents, et pressants, tels qu’ils l’ont hanté, organisé, orienté, souvent à son insu, sa vie durant, et tout notamment d’une étape à l’autre de son œuvre, comme le montre bien la suite des chapitres de ce livre.
Ici, pas vraiment de souvenir, ou de fantasme de berceau, comme dans le Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, de 1910. Mais, par exemple, une saisissante histoire de chaise haute, chaise d’enfant : “Je suis assis, peut-on lire – et remarquons le présent –, dans notre salle à manger, du côté ouest de la maison, dans une haute chaise d’enfant; je bois à la cuillère du laid chaud où trempent des miettes de pain. Le lait a bon goût et son odeur est caractéristique; pour la première fois, j’ai eu conscience de percevoir une odeur. A cet instant je suis devenu, pour ainsi dire, conscient de sentir” [9].
Quelle est le registre, le régime, en fait la matière première, de ce “souvenir d’enfance”, sinon la sensation ? Ce “souvenir” est si sensoriel, si manifestement corporel, son écriture en est si pulsatile, si organiquement pulsionnelle, qu’il s’agit vraiment, ici, d’une reviviscence, d’un vécu retrouvé, quand bien même il s’agit du passé, d’un passé censément dépassé. Et de ce passé retrouvé naît le sujet.
La démarche de Jung, telle qu’elle se manifeste notamment ici, je propose qu’on la qualifie d’“émergentiste”. En fait, cette démarche est doublement émergentiste. Il y va de l’émergence, étonnée, du sujet. En même temps que de l’émergence de ce à quoi le moi a à faire, d’abord presqu’indifférencié, à peine reconnaissable, mais qui peut aussi prendre corps, et figure, se représenter, et même s’animer, et même encore donner de la voix. Sur la scène des rêves, par exemple. Ou sur celle des exercices, spontanés, ou plus délibérés, de l’“activation de l’imagination”, comme en témoigne un des chapitres les plus saisissants de ce livre, le chapitre VI, où l’on voit Jung, après sa rupture avec Freud, et à plus de 37 ans, se mesurer, et converser, avec une certaine Salomé, ou un certain Elie, si concrètement émergents pour lui, et si présents, qu’il s’attachera à les raconter, et à les traduire en peinture, en secret, bien sûr, dans des sortes de livres-carnets, qu’il reliera lui-même, et qui, hélas, ne sont pas encore publiés [10].
Ce travail de la main, par l’écriture, mais aussi par le pinceau, ou par le burin du sculpteur, qui est une travail de mise en forme – on dit en allemand, dans l’allemand de Jung, qui est aussi celui de Prinzhorn par exemple, Gestaltung –, Jung s’y livrera de façon récurrente, et insistante, à bien des moments de sa vie et de son œuvre, notamment dans les moments les plus critiques de sa vie, et notamment dans la maison qu’on appellera sa “Tour”, à Bollingen, dont on peu suivre les transformations successives au chapitre VIII de ce livre [11].
Ce mode d’élaboration, de mise en forme, de Gestaltung, s’inscrit à l’évidence dans la foulée de la figuration, de la dramatisation, et de la symbolisation, dont traite Freud dès sa Traundeutung. Freud parle à ce propos de Rücksicht auf Darstellbarkeit quand il traite du “travail du rêve”. Ce qu’on traduit en français, un peu lourdement, par “prise en considération de la figurabilité” – et qu’on aurait avantage, à mon sens, à inscrire aujourd’hui dans une réflexion qui, nourrie par les récents développements de la linguistique, me fait parler de “compétence de l’inconscient à l’expression”.
Cette compétence-là, d’abord assez largement autonome, et qu’on pourra dire aussi bien autochtone, Jung la prend tout à fait au sérieux. Et il la met en œuvre. Il en fait même la matière première de son œuvre.
C’est de là, en effet, qu’on peut comprendre et qu’on peut apprendre à se servir de ses si curieux concepts – des concepts étrangement vivants, animés, et même souvent sexués –, les concepts d’ombre, d’anima, d’animus, et même de soi, qui tous en somme sont conçus pour servir de moyens de reconnaissance dans le rapport, toujours fuyant, avec l’inconscient.
Ces concepts, on les voit sourdre, surgir, et courir, parfois, il est vrai, comme subrepticement, en filigrane, dans ce livre, d’un chapitre à l’autre de son avancée. C’est que le travail de mise en forme, de Gestaltung, qui peut être le fait du pinceau, ou du burin, donne aussi à penser.
Ce n’est évidemment pas un hasard si le chapitre de ce livre intitulé “Genèse de l’œuvre” – c’est le chapitre VII –, suit immédiatement celui qui relate les années de plus grand désarroi et d’exploration tâtonnante qui de 1912/1913 à 1916/1918 ont suivi sa rupture avec Freud, des années où Jung s’est attaché avec le plus de constance à réaliser dans la terre, avec des pierres, ou dans le bois, ce qui l’occupait et le préoccupait, mais lui échappait trop encore, ou au contraire le menaçait trop directement et durement de débordement : le travail de la pensée, la formation des concepts et leur mise en œuvre dans la théorie font leur profit de ce que la main appris à partir du plus inconscient qui demandait à se faire reconnaître [12].
Mais revenons, d’un mot encore, à son retour, dans ce livre, à l’enfant qu’il était. Nous avons parlé à ce propos, en nous appuyant d’ailleurs sur la leçon freudienne, de figuration, de dramatisation, et même de scènes. En fait, il faut, à lire ce livre, faire un pas de plus. Et parler de “scénario”.
Le lecteur de ce livre n’aura en effet pas manqué de s’attarder au rêve dit du “Phallus souterrain”, que Jung rapporte à se trois ou quatre ans. Mais aura-t-on remarqué l’analogie, ou, pour mieux dire, l’homologie formelle, et surtout structurelle, de ce rêve avec celui qui précède l’écriture de Réponse à Job, en 1951, et qui surviendra donc quelque 70 ans plus tard ? [13] )
Le rêve dit du “Phallus souterrain”, on s’en souvient, met le très jeune enfant face à un énorme, monstrueux objet organique de quatre à cinq mètres de haut, et de cinquante à soixante centimètres de large, qui bientôt le menace de dévoration.
Le rêve qui précède l’écriture de Réponse à Job met tout d’abord en scène une architecture, hautement impressionnante, et presqu’idéale dans l’équilibre parfait de sa composition, telle celle de la Salle du Conseil du sultan Akbar à Fathépur Sikri, en Inde, que Jung avait visité. Puis ce rêve débouche, en arrièreplan, en arrière-fond, sur une toute autre histoire, tout autrement troublante, et en fait choquante, scandaleuse, celle du général Urie que le très beau, très lumineux, très sage, très idéal roi David, a envoyé mourir au combat pour livrer à son plaisir la femme de ce pauvre militaire, la très désirable Bethsabée – sale histoire, qui vient durement noircir le tableau. On se souvient aussi que Jung, dans ce rêve, à la différence de son père, le pasteur Paul Achille Jung, certes alors s’incline et s’agenouille, presque jusqu’à toucher le sol de son front – mais presque seulement : il n’amène pas son front jusqu’au sol, se laissant, se réservant, un écart, une marge, la marge, de regard, de pensée, et de liberté, qu’il ne peut, ni ne veut, ni ne doit, s’interdire.
Pourquoi mettre en regard ces deux scènes, qui, dans cette “autobiographie” se trouvent à quelque 220 pages l’une de l’autre ? Parce que ce livre nous engage à une lecture non seulement imageante de la suite de ses chapitres, mais aussi, disais-je, transversale, ou axiale, et en filigrane, de la vie de Jung, et de son œuvre aussi bien.
D’une scène à l’autre, du rêve dit du “Phallus souterrain” à celui de la haute colonne où siège le sultan-roi, se retrouve en effet le même scénario, évolutif, bien sûr, mais structurellement semblable d’une scène à l’autre.
Le scénario d’une contenance très concrètement donnée à vivre, de l’intérieur, par la disposition des lieux – la voûte souterraine du rêve du “Phallus”, la mobilisation, dans le rêve d’Urie, des impressions laissées par la visite du temple de Fathépur Sikri.
Mais ce scénario est aussi celui d’un décentrement, puis d’une confrontation – Jung, dans son œuvre, affectionne le terme allemand Auseinanderstzung – avec plus grand, et plus fort que soi : la disproportion est à l’évidence un caractère marquant et constitutif de l’une et l’autre scène.
De sorte qu’au désir, au rêve, de protection et d’équilibre, voire de parfaite complétude porté, et presque promis, par les lieux, répond l’évidence de l’inaccomplissement, et, plus évidemment encore, de la menace, rapprochée, interne, intime, et de quelque contradiction, radicale peut-être, et étrangement dynamique.
De plus, dans une scène comme dans l’autre, il faut penser. D’autant plus que le père, dans les deux cas, se trouve en bien mauvaise position, absent, ou écrasé. Et que les mots de la mère, dans le rêve dit du Phallus souterrain, restent incertains, douteux [14].
C’est-à-dire que le déjà vu, le déjà dit, le déjà su, ne sont pas ici de mise. Toute nomination s’en trouve même suspendue. Oui, il faudra penser. Et trouver les mots pour le dire. Jung s’y emploie en créant pas à pas sa propre vocabulaire, et la problématique pour lui la plus ajustée à son expérience et à ses avancées.
C’est ainsi que le rêve de Fathépur Sicri et du général Urie, victime peut-être consentante, peut-être complaisante même, mais autrement consciente que ne l’est le roi lui-même, contient, à sa manière, énigmatique et exigeante, la réflexion passionnée et argumentée que Jung développera sur le sort de Job, qui est le nôtre, et sur les conditions de sa dignité, de sa force, et de sa relative supériorité sur cela même qui l’accable [15].
Cette réflexion court tout au long de cette “autobiographie”. C’est une réflexion sur l’éthique. Une réflexion dont on voit donc qu’elle se nourrit, chez lui, de la fréquentation constante, et constamment interrogative, des religions, des mythes, des rites et des arts qui ont marqué notre histoire, et qui ne cessent de provoquer sa pensée.
Avec cette conséquence, à souligner, que sa pensée, ainsi mise en perspective, apprend une sorte d’humilité. Car elle se sait, dans ces conditions, toujours provisoire. Et toujours obstinément et nécessairement réfractaire à toute espèce d’orthodoxie. Elle ne servira jamais qu’à nous donner une nouvelle prise, ou une autre prise, sur ce qui nous échappe, ou nous dépasse, sur l’impensé, et l’irréalisé jusqu’ici [16].
Au demeurant, quelques mots au moins s’imposent maintenant sur ce que je ne trouve pas dans ce livre. Tout d’abord, rien, étrangement, à propos des années trente. Je veux dire à propos de Jung face à la montée du nazisme en Allemagne, à ses menées criminelles à l’encontre des Juifs et à ses débordements sur l’Europe.
Cette “omission” dans son “autobiographie” est-elle le fait de Madame Jaffé, ou est-elle due à des pressions de la famille Jung, ou à la difficulté de Jung lui-même à reconsidérer cette période de son histoire ? L’état des recherches à ce propos ne permet pas encore de le dire.
Voilà pourtant une question qui nous regarde. Elle nous regarde, parce que nous n’en avons pas fini d’essayer de prendre la mesure de ce qui s’est passé alors en Allemagne et ailleurs. Parce que des événements semblables peuvent à tout instant se produire, ou se produisent, aujourd’hui même, et que donc notre vigilance, pour le moins, est requise.
Et cette question de Jung face au nazisme nous regarde, parce qu’une polémique, parfois sourde et insidieuse, parfois explosive, le plus souvent répétitive, ne cesse de se relancer à son encontre, à propos de ses écrits de ces années-là, et de ses actions institutionnelles, au point qu’on entend parfois dire de ci de là que sa “psychologie analytique”, sa démarche même, le feraient, nous feraient, complices d’un tel régime, et de l’antisémitisme même.
Or il faut, à cet égard, rappeler une ou deux choses, très simples. Tout d’abord, puisqu’il est question de recherches, et d’histoire, il s’impose que nous étudiions de près les faits, tous les faits, en eux-mêmes, et dans leur contexte.
Les différentes Sociétés d’analystes jungiens, en Allemagne, dans les pays anglo-saxons, en France, notamment, s’y sont largement attachées, en développant tout un ensemble de travaux et de réflexions sur la question. L’essentiel de ces travaux se trouve rassemblé et présenté dans les numéros 82 et 96 de nos Cahiers Jungiens de Psychanalyse.
Evidemment toutes les données, écrits, faits et gestes, importent ici, aussi isolés, et singuliers qu’ils puissent paraître. Or il en est un, de ces faits, qui n’est connu, ou du moins sérieusement documenté, que depuis peu [17].
Nous sommes en 1934. L’année précédente, en 1933, le régime nazi a promulgué les première interdictions professionnelles à l’encontre des Juifs (c’est le Berufsverbot). Ces mesures s’appliquent à toutes les organisations professionnelles, aux avocats, aux juges, aux professeurs – aux analystes et aux thérapeutes aussi, évidemment.
Le Dr Kretschmer, qui était alors le président de la Société médicale générale de Psychothérapie donne alors sa démission de cette Société, et Jung, qui en était le vice-président accepte, en sa qualité de suisse, à la demande de ses collègues allemands, et après bien des débats intérieurs, d’en assurer la présidence.
Mais en prenant tout aussitôt une série de mesures institutionnelles précises. Il fait déplacer le siège de la Société de Berlin à Zurich. Et il travaille à la transformation de cette Société, à l’origine largement composée de membres allemands, mais avec aussi des membres scandinaves, suisses, hollandais, en une Fédération de Sociétés nationales autonomes.
Cette transformation institutionnelle est assortie de deux règles-clefs. Aucune Société nationale, quelle que soit son importance, ne pouvait s’assurer la majorité des votes dans la Société Internationale – cette mesure visait évidemment la puissante et nombreuse Société allemande. Et tout thérapeute ou analyste pourrait adhérer directement et personnellement à la Société Internationale – ce qui devait permettre de déjouer les “paragraphes aryens” mis en place par le régime nazi pour assurer l’“alignement”, la Gleichschaltung, de tous les groupes professionnels en Allemagne [18].
Encore fallait-il faire voter toutes ces dispositions lors du premier Congrès de cette nouvelle Société Internationale, qui devait avoir lieu en Allemagne, à Bad Nauheim, en mai 1934, avec une forte participation de la délégation allemande, évidemment.
Nous sommes en mars 34. Jung a besoin d’aide pour son projet. Il décide alors de s’adresser à un juriste connu de Zurich, Me Rosenbaum. Lequel lui rétorque aussitôt en substance : “Herr Professor Doctor, vous êtes fou. Ils sont beaucoup trop forts…”
Mais Jung argumente tant et si bien que l’avocat se met au travail avec lui. Et Jung se rend au Congrès de Bad-Nauheim, où il fait voter les mesures en question.
Lors d’une interview ultérieure avec Max Frisch, Me Rosenbaum raconte que Jung s’en est revenu de Bad-Nauheim, lui disant : “Ils sont fous. Vraiment, ils sont fous. S’ils avaient su…” En effet, s’ils avaient su qu’un Juif avait rédigé les statuts conçus précisément pour déjouer, autant que possible, les mesures anti-juives du régime nazi…
Ce n’est là qu’un fait, bien sûr, à verser au dossier. Un fait qui laisse entière la question de savoir s’il n’aurait décidément pas mieux valu que Jung coupe d’emblée tout contact avec l’Allemagne, et qu’il engage son autorité pour dénoncer clairement et publiquement le régime nazi et ses actes, notamment contre les Juifs. Un fait qui aussi laisse entier notre étonnement à lire les critiques qu’il s’est alors permises ici ou là, dans ces années-là, contre les travers des démocraties, ou les phrases plus que douteuses, indéfendables, qu’il a pu prononcer, sur les Juifs, dans ce contexte, dans son accroche obstinée à appeler de ses vœux une psychologie différentielle des peuples qu’il avait longtemps cru possible [19].
Ce sont là, pour moi, je l’ai dit, et écrit, des fautes.
Même si, on le sait, et il faut le rappeler également, il a aussi multiplié les avertissements et les mises en garde, déclarant, par exemple devant le Kulturbund de Vienne, en 1932 : “A tout instant quelques millions d’hommes peuvent être pris d’une folie meurtrière qui nous précipitera à nouveau dans une guerre mondiale et dans une révolution dévastatrice. Au lieu d’être exposé à des bêtes sauvages, à des eaux débordantes, à des montagnes qui s’écroulent, l’homme d’aujourd’hui est menacé par les puissances élémentaires de la psyché” [20].
Et en 1933, dans des conférences prononcées en pleine Allemagne, à Cologne, à Essen ou à Berlin, il déclare : “Le mouvement politique et social n’a rien à gagner à de ces hordes de partisans hypnotisés” [21].
Enfin il faudrait faire place ici à l’essai, intitulé Wotan, qu’en 1936 il a consacré à l’interprétation du nazisme [22]. Une interprétation sans complaisance aucune, et assez impressionnante par son ampleur de vue. Une ampleur telle que ce regard qu’il porte alors sur la montée du nazisme, et qui aussi est si souvent le sien lorsqu’il considère notre histoire, j’ai proposé de le qualifier de “presbyte” – la presbytie étant cette qualité qui permet de voir loin, parfois très loin, en aval tout autant qu’en amont, et qui parfois peut même rendre assez visionnaire, mais qui ne rend pas toujours vraiment attentif à ce qui se passe au plus près, là même où de fait on met les pieds…
Si Jung est un homme de sensation qui a bien dû se mettre à penser, et si sa pensée est largement portée par les grandes lignes et les appréhensions structurales de l’intuition, il n’est pas certain qu’il se soit toujours bien servi des poids et mesures, plus rapprochés, du sentiment [23].
Au reste, soyons clairs, quant au fond, entre la démarche de Jung et le national-socialisme, ou toute espèce de totalitarisme, l’incompatibilité est radicale. Très simplement, et très radicalement, parce que dans cette démarche-là, il y va de l’individuation [24].
D’autre part, il est un autre chapitre de ce livre dont certains disent regretter l’absence. Un chapitre où Jung se présenterait, ou bien où on le présenterait, dans son travail quotidien de clinicien, d’analyste.
Mais est-ce bien certain qu’il ne s’y présente pas en analyste ? J’espère avoir montré que cette appréciation est bien mal venue. Tout dans ce livre est d’un homme aux prises avec l’inconscient et d’un clinicien, jusque et y compris son vocabulaire apparemment le plus théorique. D’un clinicien qui, dans ce livre, fait tout d’abord état de son expérience propre de l’inconscient, ce qui pour lui fut toute une histoire, bien souvent solitaire, trop solitaire sans doute. Mais qui, à chaque page, se montre averti aussi bien des aléas et des découvertes souvent inespérées vécues dans le secret de son cabinet. Et qui, de là, rappelons-le ici, même s’il n’en dit rien dans ce livre, a été le premier, dans l’histoire du mouvement psychanalytique, à demander expressément que tout analyste s’engage lui-même non seulement dans une analyse personnelle, mais aussi dans une analyse didactique. C’était en 1912 [25]. L’Association Internationale de Psychanalyse (IPA) n’en a fait une règle qu’en 1922.
Enfin, revenons d’un mot à la très classique querelle à propos de l’inconscient dit collectif. Dans une récent essai qu’il a consacré à la demande d’aide dans les cas de psychoses débutantes et à l’accueil analytique qu’on peut leur accorder, Nicolas Gougoulis introduit la notion d’“appel impersonnel” [26].
Voilà qui nous intéresse très directement. Pour deux raisons au moins. La première est que Jung a joué un rôle décisif dans le renouvellement de la psychiatrie de son époque, et il se pourrait bien qu’il y ait quelque intérêt à le lire à ce propos aujourd’hui encore. La deuxième raison, c’est que, de là, on pourra se demander si l’“appel impersonnel” dont il est ici question à propos des psychoses débutantes, ne se retrouve pas, assez souvent, dans bien d’autres débuts d’analyse – et dans bon nombre de nos vies, sait-on jamais.
La question posée étant en fait la suivante : qui est là? qui parle? Et même : y a-t-il quelqu’un? C’est-à-dire qu’au delà, ou plutôt en deçà de la demande manifeste, la question est celle de l’émergence du sujet, dès lors que le moi accepte de reconsidérer, de reconnaître, son rapport à lui-même et au monde, dans l’histoire, dans son histoire, et aussi dans l’actualité de la vie qui se poursuit, en même temps qu’il s’ouvre à l’expression de ce qui émerge de sensations, d’émotions, de sentiments, d’associations en tous genre dans le cadre protégé et protecteur du cabinet – et donc dans l’actualité, en devenir, du transfert.
Ne peut-on se risquer à dire que l’inconscient est d’abord, et ordinairement, sans personne? qu’il est impersonnel, tant que quelqu’un ne s’y est pas reconnu, et ne s’y est pas mesuré ?
 
REPRISE, POUR CONCLURE
 
 
C’est dans cette direction que Jung s’est tout d’abord avancé, dès ses premiers travaux, de pionnier, avec les psychotiques. Et c’est dans cette foulée qu’il faut comprendre sa longue fréquentation, dès 1934-1935 et pratiquement jusqu’à sa mort, de l’iconographie et la littérature des alchimistes – lesquels, bien sûr, montre-t-il, ne comprenaient pas grand chose à ce qui les occupait.
Curieuse fréquentation pour un analyste ! Elle a mobilisé Jung, le dernier Jung, on le voit dans ce livre, pendant près de vingt cinq ans, tandis que dans le même temps il développait une réflexion passionnée à la fois sur les aléas et les enjeux de notre monde contemporain, sur les avancées et les déséquilibres du christianisme, et sur l’analyse du transfert dans les conditions de la clinique psychanalytique.
Le scénario, dont nous avons indiqué comment il s’est mis en scène dès le rêve du très jeune Carl Gustav de trois ou quatre ans, puis comment, à l’occasion du rêve de Fathépur Sikri, au début des années cinquante, on le retrouve retravaillé et nourri par sa pratique clinique et celle des arts et des lettres, celui de la contenance nécessaire pour se confronter avec ce qui se présente dans son altérité radicale et sa disproportion reconnue, et celui d’une nouvelle position à assumer, à la fois éthique et de pensée créative, prend ici un autre tour, un autre corps et un autre souffle encore.
La pensée de Jung peut s’avancer dans ces régions obscures de notre culture précisément parce qu’elle s’est faite elle-même imageante. Et qu’elle se sait délibérément dramatisée. Sa pensée, dont il appris, d’ailleurs à ses propres dépens, qu’elle n’est jamais que la meilleure expression possible, à un certain moment, de ce qu’il ne saurait lui-même mieux reconnaître ni vivre autrement, est en fait une pensée symbolique. Une pensée qui, pour se trouver et se relancer à chacune des étapes de son avancée, y compris dans ses élaborations les plus théoriques, à la fois se coule et se débat dans la métaphore qui tant bien que mal contient l’expérience en cours, la soutient, et l’oriente dans le sens de son devenir.
Les anciens alchimistes s’affairaient au fourneau, ils ne reculaient pas devant les appels de la grotte et du bain, leurs grimoires étaient peuplés de monstres hybrides et dévorateurs, leur érotique, volontiers très concrètement copulatoire, faisait pendant à leur savant ou sage oratoire [27]. Jung y retrouve l’inquiétante et familière animation de son cabinet. Il s’y retrouve. Et avec une jubilation méthodique, de lexicologue et d’iconologue, il montre et démonte ce qui s’y joue et ce qui s’y cherche, marquant à chaque pas la troublante analogie et l’écart manifeste entre leurs “expériences” et la nôtre.
Son vocabulaire s’en trouve, une fois de plus, transformé, et sa problématique prend alors une ampleur qui lui permet, tout autrement encore que ci-devant, de s’essayer à diverses échelles, celle de la vie de tout un chacun évidemment, mais aussi celle que nous dirions aujourd’hui transgénérationnelle, jusqu’à prendre en compte les grands rythmes de notre histoire collective en même temps que sa nécessaire confrontation avec de toutes autres cultures que la nôtre, d’Extrême-Orient notamment.
Il avait dit déjà comment le moi peut être mis à mal dès lors que s’engage un rapport au long cours avec l’inconscient. Avec les alchimistes, il n’hésite maintenant pas à latiniser et à parler de divisio elementorum, de putrefactio, de calcinatio, d’incineratio : ces mots-images d’une autre langue lui donnent une autre prise que nos concepts ordinaires sur les épreuves à vivre dans ces contrebas où s’impose le plus élémentaire, le plus indifférencié, le plus dangereusement archaïque de nous-mêmes.
Il s’était forgé le concept d’ombre pour dire les retours et les présences du refoulé, parfois personnifiées sur la scène des rêves, quoique le plus souvent vécues sous la forme d’affects non reconnus ou projetées de ci de là sur l’entourage. Il parle maintenant du mauvais pas, des mauvais passages de la nigredo – on parlera d’“œuvre au noir” –, et sa pensée à ce propos dès lors se fait plus sensorielle que jamais pour apprendre à mieux reconnaître et mieux dire les moments, les passages, les phases ou les étapes d’une affaire en cours dont le clinicien doit bien apprécier le rythme s’il veut l’accompagner au plus juste.
Ces rythmes, on les retrouve d’un chapitre à l’autre de cette “autobiographie”, curieusement, malgré les artéfacts de l’écriture et de la composition de ce livre. Sans doute est-ce parce que cette œuvre, qui tente de dire une vie telle qu’elle s’est réalisée, s’est imposée à ceux-là mêmes qui mettaient la main à sa présentation.
On aura remarqué d’ailleurs que la première phrase du Prologue, citée et discutée plus haut, pour parler de “réalisation” dit non pas exactement Verwirklichung, mais Selbstverwirklichung – ce qui est autrement encombrant en français qu’en allemand, et qu’on ne peut guère traduire autrement que par “autoréalisation”. Si la pensée de Jung, à partir déjà de ses premiers travaux sur les “complexes” et les “associations” comme à propos de l’univers des psycho-tiques, s’affirme à chaque étape de sa remise en chantier comme une pensée des processus autant que des structures, ces processus, elle les tient constamment, redisons-le, pour largement autonomes et autochtones, c’est-à-dire qu’ils relèvent d’une temporalité et de modalités d’expression qu’on ne saurait en définitive maîtriser.
Nous sommes partis de quelques curieux problèmes de traduction. Et nous venons là d’en retrouver un en fin de parcours. Ce qui montre assez bien, si la démonstration était encore nécessaire, que Jung n’est pas si facile à recevoir, du moins en français. Sa fréquentation demande un effort, qu’on pourra dire, en effet, de traduction. Mais cet effort, ce travail, pourrait bien traduire aussi, plus radicalement, cette sorte de décentrement qu’exige l’entrée dans une autre langue.
Il me paraît d’ailleurs qu’il n’est pas plus mal qu’il en soit ainsi, pour un analyste. Je veux dire que ces difficultés de traduction auxquelles nous avons à faire là pourraient bien être assez radicalement psychanalytiques – s’il est vrai qu’une des qualités requises d’un analyste, c’est de se demander, toujours, ce qu’il entend, et comment entendre ce qui se présente à lui, d’assez énigmatique le plus souvent, du moins en premier abord. En fait toujours.
Car, justement, ce qu’il entend à la fois demande à être traduit, interprété, et ne s’y prête pas vraiment. Dans la mesure même où il y va d’un travail, d’un work in process, d’abord et fondamentalement inconscient.
Reste à apprendre à le servir au mieux dans les conditions propres à la pratique clinique de la psychanalyse.
 
NOTES
 
[1]S. Shamdasani, Memories, dreams, omissions, Spring, n° 57,1995, en français, “Souvenirs, rêves, omissions”, Psychologie, n° 16,1996.
[2]J’aurai à revenir sur cette question des “soustractions” et des “omissions” dans l’édition actuelle de ce livre, lorsque, plus loin, je m’interrogerai non seulement sur ce que personnellement j’y trouve, dans ce livre, mais aussi, évidemment, sur ce que je n’y trouve pas.
[3]Gesammelte Werke, 20 volumes, dont un de bibliographie et l’autre d’index, publiés par le Rascher Verlag à Zurich et Stuttgart et le Walter Verlag à Olten, en anglais Collected Works présentés dans la même organisation et publiés par Routledge and Kegan à Londres et Princeton University Press.
[4]Ch. Maillard, “Le ‘livre de Madame Jaffé’. Ma vie de C. G. Jung : remémoration, légitimation, monumantalisation”, Cahiers Jungiens de Psychanalyse, n° 104, été 2002.
[5]Ou d’un vœu, ou d’un souhait. Cf. A. Bourguignon et coll., Traduire Freud, Paris, PUF, 1989, p. 143-144.
[6]Cf. à ce propos ma contribution sous le titre “ La psychanalyse jungienne ” à Psychanalyses, Psychothérapies. Les nouvelles tendances, Paris, Seuil, 2002, à paraître.
[7]Cf. mon Jung, Paris, PUF, coll. “ Que sais-je ? ”, 3 ème éd., 2001.
[8]Il se trouve que je travaille moi-même en psychanalyse de l’art. Cf. notamment Ch. Gaillard, Le Musée imaginaire de Carl Gustav Jung, Paris, Stock, 1998, Les évidences du corps et la vie symbolique, Paris, ENSBA, 1998, Donne in mutazione, Bergamo, Moretti e Vitali, 2000.
[9]Page 25.
[10]Ils devraient l’être bientôt. On ne connaît pour l’instant que certaines des peintures et des pages calligraphiées de ces livres qu’on appelle Le Livre Noir et Le Livre Rouge.
[11]J’ai eu le privilège d’en voir un certain sur les lieux, et celui aussi d’en publier l’une ou l’autre, encore inédite, dans mon Musée Imaginaire de Carl Gustav Jung, Op. cit.
[12]Dès ses premiers textes vraiment jungiens (après, bien sûr, Métamorphoses et symboles de la libido, publié en 1911-1912), qui datent de 1916, où se dessinent et déjà s’affirment les articulations essentielles de sa problématique, Jung met clairement en balance l’exercice du “ comprendre ” (il dit Verstehen) et le travail de la mise en forme, de la Gestaltung.
[13]Respectivement page 31-32 et 254-257.
[14]Cf. mon Jung, Op. cit., p. 14-16. Au titre de la même lecture structurale, on pourra également relire le rêve qui clôt le voyage de Jung en Tunisie, en 1925, et qui se situe donc entre celui de ses trois/quatre ans et celui de 1950.
[15]C. G. Jung, Réponse à Job (1951), Paris, Buchet/Chastel, 1964.
[16]Cf. Ch. Gaillard, “ Amplification et pensée après Jung ”, Topique, n° 76,2001.
[17]Communication personnelle de M. Ulrich Hoerni, de la part de l’Erbengemeinschaft C. G. Jung, en attendant la biographie de Deidre Bair, à paraître prochainement aux Etats-Unis chez Little Brown.
[18]Cf. le Cahier Jungien de Psychanalyse, n° 82, intitulé “ Jung et l’histoire. Les années trente ”, et l’ensemble de la bibliographie citée dans ce numéro.
[19]Cf. dans le Cahier Jungien de Psychanalyse n° 96, intitulé “ Crise et histoire ”, l’article de Jung intitulé “ La situation actuelle de la psychothérapie ”, de 1934, et dans le même numéro mon article intitulé “ L’altérité au présent ”.
[20]Publié en 1934 dans Wirklichkeit der Seele, et en français sous le titre “ Le devenir de la personnalité ”, in Problèmes de l’âme moderne, Paris, Buchet/Chastel, 1960, p. 258.
[21]Dans C. G. Jung, Paris, Buchet/Chastel, 1985, p. 58.
[22]Traduit en français dans Aspects du drame contemporain, Genève, Georg, 1948.
[23]Sur sa conception de ces différentes “ fonctions ”, cf. ses Types Psychologiques (1921), Genève, Georg, 1958.
[24]A ce propos, cf. mon article sous cette entrée dans le Dictionnaire International de la Psychanalyse d’Alain de Mijolla, Paris, Calmann-Lévy, 2002.
[25]Cf. S. Freud (1912), De la technique psychanalytique, Paris, PUF, 1953, p. 67.
[26]N. Gougoulis, “ Les moments d’ouverture dans le traitement psychanalytique des psychoses débutantes ”, Psychothérapies, vol. 21,2001, n° 4.
[27]Il est d’ailleurs assez intéressant de voir comment réapparaît cette métaphore du bain dans Jean Laplanche, Le baquet. Transcendance du transfert, Paris, PUF, 1987.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
S. Shamdasani, Memories, dreams, omissions, Spring, n° 57,1...
[suite] Suite de la note...
[2]
J’aurai à revenir sur cette question des “soustractions” et...
[suite] Suite de la note...
[3]
Gesammelte Werke, 20 volumes, dont un de bibliographie et l...
[suite] Suite de la note...
[4]
Ch. Maillard, “Le ‘livre de Madame Jaffé’. Ma vie de C. G. ...
[suite] Suite de la note...
[5]
Ou d’un vœu, ou d’un souhait. Cf. A. Bourguignon et coll., ...
[suite] Suite de la note...
[6]
Cf. à ce propos ma contribution sous le titre “ La psychana...
[suite] Suite de la note...
[7]
Cf. mon Jung, Paris, PUF, coll. “ Que sais-je ? ”, 3 ème éd...
[suite] Suite de la note...
[8]
Il se trouve que je travaille moi-même en psychanalyse de l...
[suite] Suite de la note...
[9]
Page 25. Suite de la note...
[10]
Ils devraient l’être bientôt. On ne connaît pour l’instant ...
[suite] Suite de la note...
[11]
J’ai eu le privilège d’en voir un certain sur les lieux, et...
[suite] Suite de la note...
[12]
Dès ses premiers textes vraiment jungiens (après, bien sûr,...
[suite] Suite de la note...
[13]
Respectivement page 31-32 et 254-257. Suite de la note...
[14]
Cf. mon Jung, Op. cit., p. 14-16. Au titre de la même lectu...
[suite] Suite de la note...
[15]
C. G. Jung, Réponse à Job (1951), Paris, Buchet/Chastel, 19...
[suite] Suite de la note...
[16]
Cf. Ch. Gaillard, “ Amplification et pensée après Jung ”, T...
[suite] Suite de la note...
[17]
Communication personnelle de M. Ulrich Hoerni, de la part d...
[suite] Suite de la note...
[18]
Cf. le Cahier Jungien de Psychanalyse, n° 82, intitulé “ Ju...
[suite] Suite de la note...
[19]
Cf. dans le Cahier Jungien de Psychanalyse n° 96, intitulé ...
[suite] Suite de la note...
[20]
Publié en 1934 dans Wirklichkeit der Seele, et en français ...
[suite] Suite de la note...
[21]
Dans C. G. Jung, Paris, Buchet/Chastel, 1985, p. 58. Suite de la note...
[22]
Traduit en français dans Aspects du drame contemporain, Gen...
[suite] Suite de la note...
[23]
Sur sa conception de ces différentes “ fonctions ”, cf. ses...
[suite] Suite de la note...
[24]
A ce propos, cf. mon article sous cette entrée dans le Dict...
[suite] Suite de la note...
[25]
Cf. S. Freud (1912), De la technique psychanalytique, Paris...
[suite] Suite de la note...
[26]
N. Gougoulis, “ Les moments d’ouverture dans le traitement ...
[suite] Suite de la note...
[27]
Il est d’ailleurs assez intéressant de voir comment réappar...
[suite] Suite de la note...