2002
TOPIQUE
La question du meurtre du père originaire entre Freud et Jung
Susanne Kacirek
5 bd de Port Royal 75013 Paris
Le meurtre du père originaire annonce et signe dans la métapsychologie freudienne la rupture avec Jung. À la violence de l’acte préhistorique correspond celle de l’effacement dans l’œuvre de Jung des acquis théoriques de la psychanalyse. Ainsi va-t-il pour
la sexualité infantile, l’Œdipe et le concept de libido. De cette entreprise naît cependant le
concept jungien du soi, fondé sur un narcissisme originaire, alors que la libido narcissique
est explicitement spécifiée par Freud comme étant secondaire. La théorie de la séduction
appliquée à la lecture de la Correspondance Freud/Jung, nous permet de voir comment sont
évacués dès 1908 la sexualité et le père – l’autre – de la pensée jungienne. Un transfert dénié
sur Freud persiste chez Jung dans la Psychologie du Transfert et jusqu’à la fin de sa vie. En
stipulant que le soi inconscient est son propre père, Jung fait pièce au meurtre originaire, passé
sous silence, et inscrit son œuvre et sa participation à la culture dans une mystique du sens.Mots-clés :
Transfert de filiation, Déni, Soi, Théorie de la séduction.
The murder of the originary father announces and manifests the breaking
away of Jung with Freudian metapsychology. To the violence of the pre-historic act corresponds that of the wiping away , in Jungian work, of the theoretical acquisitions of psychoanalysis. This is the case for infantile sexuality, the Oedipus complex and the concept of the
libido. However, out of these undertakings is born the Jungian concept of self, based in originary narcissism while Freud specifically points out that the narcissistic libido is a secondary
force. The theory of seduction applied to the reading of Freud/Jung Correspondence, enables
us to see how, as early on as 1908, sexuality and the father are evacuated out of Jungian thinking. Denied transference to Freud persists for Jung clearly in Transference Psychology and
this until the end of his life. In arguing that the unconscious self is his own father, Jung counterbalances the original murder, says nothing more about it, and marks his work and participation in culture with the mysticism of meaning.Keywords :
Transference of filiation, Denial, Self, Theory of seduction.
Avec
Totem et tabou
[1], le meurtre du père originaire s’inscrit dans la métapsychologie freudienne comme cet acte incontournable qui mettra fin aux relations
entre Freud et Jung. Les plans théoriques et historiques de la psychanalyse s’y
conjuguent dans une violence rare, « inimaginable », au sens propre du terme. Car
Freud dresse ici devant Jung un roc événementiel qui, pour autant qu’il se situe
dans un temps reculé et inconnu, n’est pas mythologique. L’acte est cependant
générateur de culture en ce qu’il initie le tabou du meurtre du père comme de
l’inceste.
En 1912, tout est joué, ou presque, entre les deux hommes. Freud a pris
connaissance de la seconde partie des
Métamorphoses et Symboles de la Libido
[2] qui avait par Jung lui-même été pressentie comme devant mener à la rupture
[3],
pendant que Jung était à New York pour y donner neuf conférences.
[4] À son
retour des États-Unis, Freud n’accueille son dauphin « plus aussi
tendrement »(nicht so zärtlich).
[5] Jung cherche encore à faire accréditer auprès de
Freud la thèse selon laquelle il se serait agi pour lui « d’édulcorer pour mieux
faire admettre la psychanalyse au monde scientifique »
[6] Mais les transferts de
transmission et de filiation ne résistent déjà plus à l’épreuve du conflit. Freud voit
bien dans les productions scientifiques de Jung une tentative de meurtre du père.
Il tient la rédaction du quatrième essai de
Totem et tabou secrète à Jung – en quoi
il s’agit bien d’un « acting out » contre-transférentiel. Et à Ferenczi il confie :
« Dans la dispute avec Zurich, cela viendra à point, cela va nous séparer comme
fait un acide avec un sel ».
[7]
Jung ne peut certes pas être réceptif à l’événement fondateur du meurtre
perpétré par les frères de la horde dans la mesure même où il nie l’importance
de l’Œdipe : « Comme l’enfant est généralement tout à fait anodin [harmlos],
ainsi ce désir apparemment si dangereux [de tuer le père] est généralement
anodin », dit-il dans les
Conférences.
[8] « Aussi,» ajoute-t-il dans les
Métamorphoses « me suis-je bien gardé de me prononcer au début sur le problème
de l’inceste, afin qu’on ne me soupçonne pas d’y voir seulement un vulgaire
penchant sexuel pour les parents. La réalité est, en effet, beaucoup plus
compliquée; [...] L’importance incestueuse de la mère semble avoir été d’abord
psychologique. »
[9]
La désexualisation est de fait. L’enjeu en est de taille : c’est la violence même
des désirs de meurtre et d’inceste qui est ainsi niée. Le point de vue économique
pourrait en rendre compte. Mais Jung ne retient pas une telle option métapsychologique.
Il y a surtout une véritable stratégie jungienne qui a comme objectif d’effacer
les acquis freudiens qui portent sur le sexuel. Ce que recouvrait le terme de
libido, dit Jung, est devenu si anodin [« harmlos », comme l’est selon lui l’enfant]
qu’il pouvait désigner la notion d’intérêt en général (Jung ne se rend apparemment
pas compte de la contradiction qui réside dans le fait que quelque chose d’anodin
ne saurait guère éveiller de l’intérêt !).
« Je détruis [...] l’illusion selon laquelle l’école psychanalytique dans son
ensemble aurait un concept de libido illustré et bien compris et je dis que la
libido avec laquelle nous opérons n’est non seulement pas concrète ni connue,
mais est véritablement un X, une pure hypothèse, une image ou une pièce de
calcul qui est aussi peu concrètement saisissable que ne l’est l’énergie dans le
monde de représentation de la physique. » [10]
« Je détruis » ...la libido sexualis comme étant une simple illusion. C’est
violent aussi, d’une violence d’effacement qui vise la pièce maîtresse de l’œuvre
freudienne existante, Les trois essais sur la théorie de la sexualité.
Jung invite, cependant, à une nouvelle lecture des Trois essais :
« D’après cette [ancienne, c’est-à-dire freudienne] manière de considérer les
choses, la sexualité ultérieure, normale et monomorphe était constituée de différentes composantes. D’abord elle se trouve divisée en deux composantes, l’une
homosexuelle et l’autre hétérosexuelle, auxquelles s’associe une composante
auto-érotique, puis les diverses zones érogènes, etc. Cette conception ressemble
à l’état de la physique avant R. Mayer où n’existaient que des domaines de
manifestation juxtaposés, auxquels on attribuait des significations élémentaires
sans reconnaître de façon exacte leur interaction. Seulement la loi de conservation de l’énergie a mis de l’ordre dans ce rapport des forces entre elles; elle
considérait les forces, en les dépouillant de leur signification élémentaire absolue,
comme des manifestations d’une même énergie. Ainsi doit-il en être avec le
morcellement de la sexualité dans la sexualité infantile perverse-polymorphe. » [11]
« Avec le [nouveau] concept de libido [jungien, cette fois-ci], vient donc se
substituer à une sexualité primitivement démultipliée et éclatée en des racines
multiples, une unité dynamique sans laquelle les composantes auparavant significatives [en elles-mêmes, c’est-à-dire considérées comme élémentaires] restent
des potentiels d’action vides. Cette évolution dans la pensée est d’une grande
importance. Il s’est accompli en elle le même progrès qu’a apporté au physicien
le concept énergétique. » [12]
Nullement convaincu d’un tel progrès, Freud répond dans un chapitre ajouté
en 1915 aux
Trois essais qu’on « renonce à tout l’acquis de l’observation psychanalytique depuis ses débuts, si, en suivant l’exemple de C.G. Jung, on dilue
(verflüchtigt)
[13] le concept même de libido en le confondant avec la force pulsionnelle psychique en général. »
[14]
Ici s’impose une remarque. Nous venons de citer amplement l’esquisse que
trace Jung d’un concept de libido. À partir de là il est possible d’engager une
recherche épistémologique mettant à jour l’empirisme phénoménologique de
l’énergétique jungienne. Nous avons nous-mêmes consacré une thèse de doctorat à ce sujet
[15] suivi de la publication de quelques articles. Il nous paraît aujourd’hui que si cette recherche très fouillée est tout à fait éclairante pour les besoins
de la psychologie analytique de Jung, elle n’apporte que peu d’éléments intéressant la psychanalyse. Car son objet même en est absent. Autrement dit, l’inconscient, tel que découvert par Freud, n’est pas au rendez-vous
[16]. C’est là la question
centrale qui préside, selon nous, à toute confrontation des démarches de nos deux
protagonistes. Jung en matière de théorie de sciences choisit le modèle à peine
remodelé proposé par Wilhelm Wundt, qui se dispense d’emblée de toute notion
d’inconscient, et s’y enferme.
[17] Car l’énergétique wundtienne échoue aussi dans
l’appréhension de tout réel. Aussi Jung affirmera-t-il que la psychologie analytique
ne connaît pas de point d’Archimède. Il n’y a donc pas de place pour le père alors
que la mère, dans un inceste paradoxalement désexualisé, prendra tout le champ.
Freud l’avait-il entrevu ? Dans sa préface à
Totem et tabou il s’inscrit en faux tant
contre les entreprises de la psychologie wundtienne que contre les théories ayant
cours à Zurich. Mise en garde qui a pour objet le traitement de la mythologie, mais
Freud devait nécessairement connaître les écrits épistémologiques de Wundt.
C’est donc dans un autre dessein que nous avons cité ces quelques
paragraphes. Cette opération qui veut que la loi de conservation de l’énergie
(Erhaltung der Energie) contienne en une unité dynamique le morcellement de
la sexualité perverse-polymorphe permet à Jung d’esquisser en germe par un
glissement métaphorique ou, si l’on veut, des déplacements analogiques de mise
chez Jung (du complexe d’auto-conservation – nous y viendrons – par la conservation de l’énergie à l’unité dynamique) un concept qui va être majeur
ultérieurement, le soi (das Selbst). Le soi, en 1920 encore confondu avec le Moi
[18], est le sujet du conscient et de l’inconscient réunis, l’archétype de la totalité.
Mais c’est un autre texte, de 1912 également, qui doit être cité ici. Il s’agit de
De la Psychanalyse écrite pour rassurer le lecteur suisse sur « l’ainsi nommée
théorie de la sexualité ou de la libido. » « J’assure pourtant depuis des années [...]
avec insistance que le concept de libido est compris de façon très générale,
comme par exemple dans le sens de l’instinct de la conservation de l’espèce, et
qu’il signifie dans la terminologie psychanalytique nullement « l’excitation
sexuelle locale », mais tout « tendre vers » (Streben) ou vouloir qui dépasse le
domaine de la conservation de soi. »
[19] D’emblée nous voyons surgir ici un
paradoxe, une difficulté : tracé, pour commencer, dans une énergétique phénoménologique coupée des sources pulsionnelles, le soi sera dit par la suite trouver
sa source dans l’instinct (l’archétype), une énergie à caractère endogène et phylogénétiquement transmise. Ni l’une ni l’autre provenance n’est apte à nommer un
statut de sujet, même si Jung entend jouer sur les deux registres.
Jung ne s’est pas trompé sur le caractère subversif des Trois essais – il fallait
donc combattre cette sexualité infantile morcelée et morcelante. Rien ne transpirera ultérieurement dans la conception du soi jungien de cette origine dans une
sexualité fragmentée déniée par Jung, si ce n’est ce passage dans Psychologie et
orientalisme:
« Une malade qui avait des dons artistiques élabora un mandala [une image
archétypique du soi] pourvu d’une structure à quatre éléments tout à fait typique,
qu’elle colla sur un morceau de papier épais. Au verso se trouvait un cercle
correspondant dans lequel étaient représentées des perversités sexuelles. Cet
aspect négatif du mandala représentait les éléments de désordre et de dissolution
qu’il convenait de mettre en ordre, le « chaos » qui se cache derrière le soi et se
manifeste dangereusement, dès que le processus d’individuation s’interrompt, ou
quand le soi n’est pas réalisé et reste pour cette raison inconscient ». [20]
Ce paragraphe éclaire d’un jour nouveau notre lecture : il s’agit chez Jung
d’une entreprise de Selbsterhaltung (conservation de soi) au moyen d’un clivage qui ici « se manifeste dangereusement » – l’inconscient cherche à faire retour
–, mais duquel le processus d’individuation invoqué par Jung, contrairement à
ce qu’il dit, ne saura qu’accentuer les contours dans la mesure où la sexualité
perverse-polymorphe infantile sera en réalité non pas analysée, mais restera déniée.
Car la catégorie archétypique de l’Ombre – une figure du Même et non pas de
l’Autre, comme le voudrait Elie Humbert –
[21] est insuffisante pour remplacer le
travail auquel sont soumises les pulsions sexuelles infantiles dans le transfert au
cours d’une cure. D’ailleurs il ne s’agit, dans le paragraphe cité, que de figuration représentative (Darstellung) et non des pulsions qui lui sont sous-jacentes.
C’est du
complexe d’auto-conservation (et nous verrons de quelles connotations
s’enrichit ce concept – mais s’agit-il vraiment d’un concept ?) et non des pulsions du même nom que Jung s’inspirera pour esquisser le soi. Le complexe est
bien une organisation représentative et non pulsionnelle. (La désexualisation de
l’infantile restera toujours de mise dans l’œuvre plus tardive de Jung. Il y est
même réaffirmé que « la libido en régression [reculant devant des taches d’adaptation à la réalité] se désexualise apparemment par le fait qu’elle se retire chemin faisant sur des stades présexuels et précocement infantiles »
[22] ). L’individuation
se rapprocherait plutôt d’une conjuration par l’imaginaire – le mot « darstellen »
se dit notamment de toute figuration à caractère artistique – de l’énigmatique
[23].
Ceci pose aussi la question cruciale de savoir si on peut encore parler à propos
du soi de déni, qui est un mécanisme de défense du Moi – le plus radical – ou
s’il convient de parler de dissociation. Autrement dit, sommes-nous dans le registre
de la perversion ou dans celui de la paranoïa ?
Arrivés à ce stade de notre réflexion, il convient de relire dans les Trois essais
la section La théorie de la libido datée de 1915, qui est une réponse à Jung. Freud
dit ceci :
« L’analyse des perversions et des psychonévroses nous a fait voir que cette
excitation sexuelle ne vient pas seulement des parties dites génitales mais de
tous les organes du corps. Nous nous formons par conséquent la représentation
d’un quantum de libido, dont nous appelons le représentant psychique : libido du
moi, et dont la production, l’augmentation ou la diminution, la distribution et le
déplacement devaient nous offrir les moyens d’expliquer les phénomènes psycho-sexuels observés.
Mais cette libido du moi ne devient aisément accessible à l’étude analytique
que lorsqu’elle a trouvé son utilisation psychique constituée par l’investissement
d’objets sexuels, autrement dit qu’elle est devenue libido d’objet. [...] En ce qui
concerne les destins de la libido d’objet, nous pouvons encore constater qu’elle
est retirée des objets, maintenue en suspens dans des états particuliers de tension,
et finalement ramenée dans le moi, de sorte qu’elle redevient libido du moi. Par
opposition à la libido d’objet, nous appelons également la libido du moi : libido
narcissique. » [24]
L’essentiel de la différence des conceptions tient en ceci que chez Jung les
« perversités sexuelles » se manifestent uniquement dans l’ombre clivée du soi,
troublant par leur « chaos » la béatitude auto-conservatrice, alors que chez Freud
la libido sexualis a à faire déjà dans un premier temps à des objets réels, l’autre.
Et ce n’est qu’en un temps second, au retour de la libido des objets vers le moi,
qu’elle est désignée par Freud comme étant narcissique. Nous attirons, cependant,
l’attention sur ce commentaire de Jung dans les Métamorphoses de 1913 :
« Certes, la biologie, science expérimentale objective, rejetterait sans appel
cette phrase de Freud. “À l’origine, nous n’avons connu que des objets sexuels.”
[...] parce que, comme déjà dit, la fonction du réel [les objets] ne peut être sexuelle
qu’en partie; l’autre partie, tout aussi importante, étant la conservation de soi-même. » [25]
Il y a là un moment dans l’argumentation de Jung qui aurait pu s’avérer
fécond dans le sens qu’il autorisait une théorie de l’étayage des pulsions sexuelles
sur celles d’auto-conservation que Freud recherche encore sans l’expliciter. Mais
cette citation ne figure plus dans la deuxième mouture des
Métamorphoses daté
de 1950. Jung a rabattu l’auto-conservation sur le narcissisme ou, dit autrement,
la Selbsterhaltung a été absorbée dans l’Éros narcissique.
[26]
Nous pensons que si la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche
se traduit par des nouveaux fondements de la psychanalyse
[27], elle ne devrait pas
être absente des échanges instigateurs de la métapsychologie que sont les
«
Correspondances». Ou l’opération à laquelle nous procédons autrement dite,
nous l’introduisons rétroactivement pour faire travailler les textes. Nous pouvons
supposer que les auteurs sont, jusque dans leurs émotions intimes marqués par
la « Cause », s’y perdent puis rectifient, dans un déploiement complexe du jeu
des transferts sur Freud – transferts de filiation, il ne faut pas l’oublier –, sans
ne rien omettre des transferts et contre-transferts qui meuvent celui-ci. Une fois
posées, ces hypothèses obligent à les prendre à la lettre. Dès lors le psychanalyste surprend les indications que fournissent ces textes d’une double lecture
possible de certains traits : l’une conduisant aux traces – mais, certes, pas directement déchiffrables comme telles – laissées par des messages énigmatiques,
l’autre au travail latent auquel est soumise la réflexion psychanalytique elle-même qui doit être – qui plus est – transmise. Or, nous savons que Jung a fait
dissidence et il nous paraît intéressant de voir comment il se situait vis-à-vis et
à l’intérieur de la théorie de la séduction.
Il y a une lettre bien connue dans la Correspondance Freud-Jung que nous
analyserons à cet effet. Elle est de Jung, datée du 28 octobre 1907 :
« Vos deux dernières lettres contiennent des allusions à ma paresse quand il
s’agit d’écrire.[...] L’une des causes doit être cherchée dans ma surcharge de
travail [...]; l’autre, cependant dans les choses affectives, pour lesquelles vous
avez trouvé le terme superbe de « complexe d’auto-conservation ».[...] Je fais (!)
honnêtement (!) [28] des efforts, mais le mauvais esprit qui vient de se manifester
dans mon écriture, à d’autres occasions encore ne me laisse pas écrire. » [29] Et à
Jung de dire son admiration pour Freud, mais « c’est ne pas de là que vient le
complexe d’auto-conservation, il vient de ce que ma vénération pour vous a le
caractère d’un engouement passionné [30] « religieux », [...] répugnant et ridicule
pour moi à cause de son irréfutable consonance érotique. Ce sentiment abominable provient de ce qu’étant petit garçon j’ai succombé à l’attentat homosexuel
d’un homme que j’avais auparavant vénéré [...]» Puis Jung avoue «Je crains
donc votre confiance ». [31]
Quatre moments apparaissent dans cette lettre de Jung que nous mettons
d’abord dans un rapport de contiguïté :
- le complexe d’auto-conservation (« Selbsterhaltungskomplex »)
- un événement pulsionnel d’ordre traumatique de séduction
- une manifestation dite occulte (le mauvais esprit qui se manifeste – « der böse Geist, der gespukt hat »)
- le caractère passionnément religieux d’une vénération (ein « religiös » –
schwärmerischer Charakter) lié ici à l’homosexualité.
Tous ces moments sont en relation intime dans le transfert sur Freud.
La réponse de Freud à cette lettre est perdue. Mais notons la phrase de Freud
de la lettre du 15. XI.07. : « Le transfert en provenance de la religiosité me
semblerait particulièrement fatal. »
[32]
Pour être précis nous faisons remarquer que le complexe d’auto-conservation
« vient du » « caractère passionnément « religieux » (et non l’inverse) causé, lui,
par l’attentat homosexuel (la séduction). Nous trouvons ainsi l’enchaînement
causal suivant : trauma (séduction) – idéalisation transférentielle (défense) –
complexe d’auto-conservation (concept du soi). Nous sommes donc d’autant
plus étonnés que Jung dans la première de ces
Conférences où il passe en revue
la théorie du trauma, nous dise qu’il est sans importance (« irrélevant ») que le
trauma ait eu effectivement lieu ou qu’il s’agisse de pure fantaisie...
[33] N’est-ce
pas dire que dans le traitement de l’image Jung est directement « branchée » sur
la séduction déployée comme sentiment religieux dans le transfert, ce qui expliquerait la fascination qui s’en dégage ? Mais quelle blessure aussi infligée à
Freud pour qui la question – réalité ou fantasme du trauma – a l’importance que
nous savons. Évidemment une lecture phénoménologique qui évacuerait le
principe étiologique même ferait comprendre autrement ce passage, encore que
nous nous trouvions par la confusion du registre du réel et de l’imaginaire dans
un univers psychotique. Pour revenir à notre démonstration, nous constatons
aussi que le transfert de Jung sur Freud avec en arrière-plan l’enjeu de la théorie
de la séduction est directement impliqué aux origines du concept du soi jungien.
Une deuxième lettre nous intéresse, sous la plume de Freud cette fois-ci,
datée du 17. II.08. Alors que Freud y fait l’offre de son amitié à Jung (« Cher
ami, permettez qu’après une préparation suffisante je me défasse du « collègue »
et que j’exprime ma satisfaction [...] que votre silence n’ait été que le fruit d’un
complexe »
[34] ), il introduit par le biais de la science la paranoïa, l’homosexualité
et son rapport déçu avec Fliess. Mais notons aussi qu’il est de nouveau question
du « complexe » (d’auto-conservation).
Jung répond par retour de courrier le 20.11.08., priant Freud de ne pas le
laisser goûter son amitié « comme celle d’égaux, mais comme celle du père et
du fils. Une telle distance me semble appropriée et naturelle ».
[35]
Il y a dans cette échange entre les deux hommes, et de la manière dont elle
traite l’homosexualité psychique, un paradoxe qui apparaît, une confusion de
langues, comme l’analyse avec pertinence Thierry Bokanovsky.
[36] Mais il est peu
probable que Jung ait vraiment été conscient du fait – ou plutôt qu’il se le soit
formulé précisément en ces termes – « que ses motions transférentielles réveillent
chez lui des défenses par l’idéalisation (la « vénération » et l’« engouement
passionnément religieux ») qui viennent le protéger d’une excitation de type
érotique (l’« irréfutable consonance érotique ») liée à une séduction pédophile par
un adulte. »
[37] Cette lecture fait l’économie du complexe d’auto-conservation.
Jung ne voit pas non plus le paradoxe d’avoir désigné la relation père-fils comme
instituant une « distance naturelle » entre lui-même et Freud en matière d’homosexualité psychique. Il oublie en cela le fait que l’interdit qui régit les relations
entre un père et un fils n’est pas « de nature ».
Revenons aux quatre moments de notre première lettre. Le « complexe d’autoconservation » serait donc un terme forgé par Freud, rappelant par un coup de chapeau bien sûr les travaux expérimentaux sur les complexes de Jung, mais évoquant
également les préoccupations métapsychologiques autour de la théorie de la séduction de celui-là. En quelque sorte Freud montre qu’il n’en a pas vraiment « fait le
deuil ». Ce terme apparaît ici dans une phase que l’on peut dire de « latence » quant
à la théorie de la séduction, avec son acolyte indispensable par l’étayage, la pulsion d’auto-conservation. Or Jung y associe bel et bien la séduction, celle faisant
violence à l’enfant de la part d’un adulte, à deux niveaux différents, celui de l’acte
pédophile et sa répétition dans le lien transférentiel qui le lie à Freud. « Que me
veut-il ? »
[38] est la question qui fait surseoir ponctuellement Jung à ses échanges
épistolaires avec Freud. Elle serait aussi à l’œuvre dans le « ver-schreiben », le
mésécrire de Jung qu’il encadre par deux points d’exclamation : « redlich » est le
mot allemand concerné. Il y a, rappelons-nous, absence de la syllabe « li ». Or, Jung
parle couramment le français et « le lit ». Ce mot « redlich », honnête (que l’on peut
croire sur parole, à qui on peut faire confiance), vient de « reden », parler, qui donne
« Rede », discours, « zur Rede stellen », faire avouer, « sich ver-reden », qui indique
le lapsus, puis citons encore « An-rede », l’adresse à. Jung, qui se veut spirituel,
parle d’un mauvais génie qui se serait manifesté dans cette « mésécriture » dont il
fait grand cas. Pour nous, il serait pourtant judicieux d’entendre dans cette manifestation non pas une intervention de l’occulte mais la façon dont Jung trébuche,
par interférence de l’énigmatique, sur un signifiant majeur qui implique la parole
et l’autre, la parole à l’autre. De la parole dont il s’agit on a évacué le lit et l’autre
– et nous osons nous hasarder –: la sexualité et le père. L’énigmatique ici renvoie
certes à la séduction homosexuelle de l’attentat pédophile, mais plus encore à la
séduction par Freud. Or, ni l’occultisme ni le religieux – deux voies que Jung va
exploiter dans son œuvre ultérieure –, encore moins le simple « Schwärmer » rendent compte de l’énigmatique dans sa dimension originaire. Occultisme, religion,
et ésotérismes de tous bords, puis aussi la mythologie que Jung introduit dans la
neuvième
Conférence pour disqualifier les fantasmes infantiles « sans aucune
valeur » (die « allerbilligsten » Phantasien) au nom d’une « phylogénie de l’esprit »
[39] peuvent ainsi être qualifiés de résistances plus ou moins organisées à l’énigmatique de la séduction, « la Sphynge postée aux portes de Thèbes avant même
le drame d’Œdipe ».
[40]
Jung dit dans les Métamorphoses :
« En triomphant du sphinx qui symbolise simplement la peur de la mère
Œdipe est contraint d’épouser Jocaste. » [41]
Ici on voit bien comment en épousant, lui, le discours mythologique, Jung,
dans un même souffle, fait l’économie à la fois de la séduction comme du
complexe d’Œdipe – ce qui lui vaut une lettre de Freud, furieux (du 23.6.1912.316F) :
« Il me semble que nous croyions jusque-là que l’angoisse venait de l’interdit
de l’inceste; maintenant vous dites, l’interdit de l’inceste vient plutôt de
l’angoisse, et ça ressemble très fort à ce que l’on disait avant la psychanalyse. »
Plutôt que de parler uniquement d’une confusion de langues, nous disons
que c’est la dimension fondatrice même de l’énigme dans l’originaire que Jung
rencontre sans aucun doute dans sa relation transférentielle à Freud qui va bientôt
rédiger son « Léonard » (1910), mais qu’il ne peut pas y accéder de sorte qu’il
doit en nier les ressorts sexuels inconscients. On pourrait s’avancer dans des
recherches psycho-biographiques pour relever dans la vie de Jung des indices
quant à la séduction maternelle précoce – mère dont Jung se rend compte qu’elle
a une acquintance avec les esprits – rendue plus prégnante probablement par
l’« Ohnmacht » (impuissance) du père, pasteur qui a perdu « la religion »
[42], mais
ce n’est pas ici notre propos. Disons plutôt qu’à Jung – et à Freud dans la gestion
du transfert de Jung – manque le support métapsychologique dont dispose la
psychanalyse post-freudienne aujourd’hui quant au paradigme de la séduction.
Nous avons dit que le concept du soi jungien était une véritable entreprise
d’auto-conservation. Selon la lettre 72 J, Éros narcissique et tendance téléologique s’y conjuguent pour parer au déplaisir que pourraient infliger les conflits
de réalité. En effet, on trouvera dans l’œuvre de Jung le soi alimenté par l’instinct archétypique (analogue à la conservation de l’espèce) qui comporte une
finalité : l’individuation (téléologique). Mais le soi est aussi frappé à ses origines
par le sceau de l’auto-engendrement. On peut montrer en rassemblant dans les
Métamorphoses les éléments mythologiques utilisés par Jung de la tradition
orphique du mythe de Dionysos qu’avec le Dionysos, figure du soi morceléunifiant, c’est un renaissant des origines (Phanès, le Premier-né) qui engendre
le drame œdipien. Jung cherche ainsi à asseoir la Selbsterhaltung sur un narcissisme originaire qui fait l’économie de l’autre de la séduction. (Alors que Freud,
nous l’avons cité, situe le narcissisme dans un temps second.)
Nous avons montré en analysant la lettre de Jung selon un ordre de causalité
que c’est en réalité le traumatisme de la séduction – celui précoce par la mère et
l’attentat homosexuel transférés sur Freud – qui conduit à la formulation du
concept du soi. Nous avons aussi fait état de ce que la négation par Jung de la
sexualité infantile perverse-polymorphe engendre un clivage ou une dissociation.
On comprend ainsi que plus qu’un transfert paradoxal organisé selon une
confusion de langues, voire un double lien aveugle, Jung semble avec Freud
faire l’expérience d’un transfert dans laquelle il échoue du fait de la rupture et
qu’il caractérise plus tard – dans
Psychologie du transfert, écrite après la mort
de Freud – comme une « nature double réunie (geeinte Zwienatur, [Gœthe])
d’une ambiguïté abyssale. »
[43] Nous retrouvons donc dans ce texte majeur de
Jung, en creux en quelque sorte (l’abîme), une dissociation (Zwienatur) qui
menace relayée par un clivage pervers (l’ambiguïté). D’ailleurs si Jung fait bien
état du transfert des relations infantiles hétérosexuelles, il nie d’emblée les « ainsi
nommées formes homosexuelles, comme père-fils, mère-fille ».
[44] La mystérieuse
(geheimnisvolle : emplie de secret) célébration transférentielle de l’inceste alchimique, consommé notamment entre mère et fils, et frère et sœur, et dont le processus
figure l’individuation, engendrerait le soi, « fils de la totalité » – lisons : l’enfant
royal, le Dauphin. Le produit d’une endogamie perverse qui abolit la différence
des sexes et des générations, est-il le Fils du père dénié de la psychanalyse ?
Le soi et son sujet se trouvent donc chez Jung aux origines comme à l’aboutissement du transfert, véritable bouclier narcissique – dynamique, sans aucun
doute – contre l’intervention traumatique de l’autre avec l’irruption de son inconscient et ses messages énigmatiques par lui-même ignorés. Toujours dans la lettre
72, Jung avait rapporté les paroles d’une malade : « Tous les événements ont
quelque chose de si
saisissant pour moi. »
[45] Pour commenter : « C’est contre cela
que l’auto-érotisme sert de protection approprié »
[46]. L’inconscient et l’événementiel du réel, les deux grands absents de la théorie des sciences wundtienne,
se retrouvent ici dans l’angoisse d’être effracté ou saisi propre aux premières
expériences de séduction qui donnent lieu à l’émergence du sexuel à partir de
l’auto-conservatif. Jung n’a pas réussi de façon convaincante à assigner un statut
à l’un comme à l’autre, inconscient et réalité, à l’un par rapport à l’autre en tant
qu’organisés par l’énigme de la séduction.
Nous venons de rappeler que Jung avait échoué dans son transfert sur Freud
du fait de la rupture. Nous renvoyons ici à un texte de Jung de 1908,
L’importance
du père dans la destinée de l’individu où cette rupture, véritable fracture
s’annonce. Jung y parle en effet d’une « surface de fracture familiale »(familiäre
Bruchfläche).
[47] L’association était ainsi faite par Jung d’avance entre dissociation
et endogamie en rapport avec le père et la filiation.
L’auto-engendrement du soi fait l’économie de la filiation et donc du meurtre.
Jung convoque l’ensemble de la dynamique archétypique pour dire :
« Le héros représente le soi inconscient de l’homme, et celui-ci se dévoile
empiriquement être la somme et la quintessence de tous les archétypes : par
conséquent, il englobe aussi le type du « père », autrement dit du vieux sage.
Sous cet angle, le héros (Jung ?) est son propre père et s’engendre lui-même. » [48]
Ce n’est qu’en 1950, dans cette même édition remaniée des
Métamorphoses,
que Jung commentera enfin le « mythe étiologique de la horde primitive avec, à
sa tête, le vieux mâle jaloux »
[49] La violence de Jung est terrible : « Le modèle
immédiat en est naturellement la jalousie de Jahvé qui veut préserver sa femme
Israël de la prostitution avec les dieux étrangers. »
[50] Aucune mention n’est faite
du meurtre; mais, emporté par son transfert dénié sur Freud, Jung, par cette
parole assassine que l’on ne peut qualifier autrement que de perverse, convoque
sur la scène, avec l’histoire de la psychanalyse et la sienne propre, l’Histoire
encore toute récente de L’Allemagne nazie. Une image idéalisée et désexualisée
du père auto-engendrant, faisant pendant à l’archaïque Jahvé, est alors avancée
par Jung pour nous rassurer : « Le père est le représentant de l
’esprit qui barre la
route à la
puissance instinctuelle »
[51]. D’évidence, chez Freud et chez Jung, la
culture ne se soutient pas d’une même filiation, d’un même « travail ».
Freud, toujours à propos de Totem et tabou avait écrit à Abraham :
« La chose [...] doit servir à réaliser une coupure nette d’avec tout ce qui est
religieux-aryen ». [52]
Jung commente un demi-siècle plus tard :
« J’ai prié quatre théologiens renommés [...] de me communiquer la position
prise par le protestantisme moderne quant au rapport d’identité entre les Dieu de
l’Ancien Testament et celui du Nouveau Testament [...] La question est aussi
anodine (sic ! « harmlos » comme le désir de l’enfant de tuer le père) que celle
qui consisterait à demander quelle est la différence entre la conception freudienne
de l’inconscient et la mienne. » [53]
Jung parle ainsi au nom de la transcendance du Soi, le vide empli de sens, Dieu.
La question de la judéité de Freud est évacuée comme étant « harmlos », c’est-à-dire littéralement « sans douleur ». Dépourvus d’intérêt, la psychanalyse et son
objet, l’inconscient, deviennent caducs. Enfin, et c’est là l’enjeu de cette entreprise d’effacement, le rapport transférentiel Freud-Jung aurait enfin cessé d’exister.
Devons nous conjecturer qu’en dépit de ses dénégations Jung est un fondateur
de religion ? Nous citons à ce propos François Gantheret :
« L’enjeu n’est en fait pas celui d’une différence entre esprit juif et aryen, mais
c’est précisément ce qu’élabore Totem et tabou [...], entre une démarche scientifique et celle des « fondateurs de religion ». Jung agit ce que Totem et tabou
énonce : l’expiation religieuse d’un meurtre. » [54]
Pour ce qui est de sa démarche scientifique, affirmée jusqu’au bout, elle reste
prisonnière des théories épistémologiques de Wilhelm Wundt, choisies par Jung
certainement par conformité à ses propres vues. Par contre, pour ce qui est du
« fondateur de religion », il n’est pas certain qu’il y ait expiation dans la mesure
ou Jung nie le meurtre originaire lui-même. Nous avons à faire à une mystique
du sens où, pour finir, l’image, nourrie par l’énigme traumatique de la séduction
qu’il s’agit d’expurger, a donné place au vide. Le transfert religieux sur Freud
lui confère une ultime représentation, le Nom du Père, en Dieu. Cette référence
fait que la contemplation du vide ne bascule pas entièrement du côté de la pulsion
de mort, mais se maintient dans les rets de jouissance de l’Éros.
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[1]
S. Freud,
Totem et tabou, Éditions Gallimard, Paris, 1993.
[2]
C.G. Jung,
Métamorphoses et symboles de la libido, Éditions Montaigne, Fernand Aubier,
1927, Paris.
[3]
C.G.Jung, « Quand [...] j’arrivais au chapître sur le « Sacrifice », je savais d’avance qu’il me
coûterait l’amitié de Freud. [...] Car Freud [...] ne pouvait comprendre la signification spirituelle
de l’inceste en tant que symbole. »
Erinnerungen, Träume, Gedanken, Walter-Verlag, Olten, 1971,
p. 171.
[4]
Première édition sous forme de livre : C.G. Jung,
Versuch einer Darstellung der psychoanalytischen Theorie, Rascher Verlag, Zürich, 1913 (préface 1912).
[5]
S. Freud/C.G. Jung,
Correspondance, Éditions Gallimard, 1975,324F. Freud prive donc Jung
dans son contre-transfert de l’appui du « courant tendre » que nous savons essentiel.
[6]
S. de Mijolla-Mellor,
Le besoin de savoir, Dunod, Paris, 2002, p. 47. Jung écrit : « Ces
dernières sont quelque chose de tout à fait apprivoisé (etwas ganz Zahmes) [...]»,
Correspondance,
350 J.
[7]
S. Freud/S. Ferenczi,
Correspondance, t. I, Calman-Lévy, 1992,239F.
[8]
Versuch einer Darstellung, p. 82. Notre traduction.
[9]
Métamorphoses et symboles de la libido, p. 406.
[10]
Versuch einer Darstellung, p. 51. Notre traduction.
[11]
Op.cit., p. 34. Notre traduction.
[12]
Op.cit., p. 38. Notre traduction.
[13]
Sich verflüchtigen : s’évaporer.
[14]
S. Freud,
Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, 1989, p. 160.
[15]
« L’énergétisme jungien de 1912 à 1928 », soutenue en 1980 par Susanne Delord-Kacirek
dans le cadre du Laboratoire de Psychopathologie clinique et Psychanalyse (Directeur de recherche,
Jacques Gagey).
[16]
Cf. notre article co-signé Delord-Kacirek S., Gagey J., L’axe énergéticien et la psychanalyse,
Psychanalyse à l’université, janvier 1987.
[17]
Jung n’aura jamais rendu à Wundt les honneurs des emprunts qu’il lui fait portant sur
l’épistémologie énergéticienne de la psychologie analytique. Cependant, en 1946, dans une conférence intitulé
Reflexions théoriques sur la nature du psychique, par une étrange dénégation, il le
critique comme s’il découvrait seulement que l’inconscient n’avait pas cours dans l’univers
wundtien. G.W. 8.
[18]
C.G. Jung,
Types psychologiques, Librairie de l’université, Genève, 1950, article Moi, p.
456.
[19]
C.G. Jung,
Zur Psychoanalyse, G.W.4, p. 105. Notre traduction.
[20]
C.G. Jung,
Psychologie et Orientalisme, Albin Michel, Paris, 1993, p. 90.
[21]
G.E. Humbert,
Jung, Éditions Universitaires, Paris, 1983.
[22]
C.G. Jung, G.W.5, Walter-Verlag, Olten 1973, p. 532. Notre traduction.
[23]
Nous entendons ce vocable au sens que lui donne Jean Laplanche.
[24]
Op. cit., p. 158.
[25]
Métamorphoses et symboles de la libido, p. 404.
[26]
J. Laplanche,
La sexualité humaine, Collection Les Empêcheurs de penser en rond,
Institut Synthélabo, Le Plessis-Robinson, 1999, p. 104.
[27]
J. Laplanche,
Nouveaux fondements pour le psychanalyse, PUF, 1987.
[28]
Autographe : « redch » (qui n’a pas de sens), biffé plusieurs fois et remplacé par «(!)
redlich
(!)» [honnêtement].
[30]
« schwärmerisch »
[33]
C.G. Jung,
Versuch einer Darstellung, p. 21.
[36]
T. Bokanovsky, Freud-Jung, le grand schisme,
Topique n°57, Dunod, 1995. Cette référence
à Ferenczy conforte notre remarque faite à propos du « courant tendre ». Cf. infra, p. 1, note 5.
[37]
Op.cit., p. 221.
[38]
J. Laplanche,
Op. cit. p. 72.
[39]
Versuch einer Darstellung, resp. p. 141 et 160.
[40]
J. Laplanche,
Nouveaux fondements, p. 126.
[41]
Métamorphoses, p. 173.
[42]
Se référer à l’article M. Kanitzer,
C.G.Jung : au nom du père, Psychanalyse à l’Université,
Juillet 1994.
[43]
C.G. Jung,
Die Psychologie der übertragung, Studienausgabe bei Walter, Walter-Verlag,
Olten, 1973, p. 38. Notre traduction.
[44]
op.cit. p. 17, note 13. Notre traduction.
[47]
C.G. Jung, G.W.4, Walter-Verlag, Olten, 1971, p. 354.
[48]
C.G. Jung,
Métamorphoses de l’âme et ses symboles, Georg, Genève, 1967, p. 552.
[49]
Op. cit., p. 436.
[50]
Op. cit., p. 436.
[51]
Op. cit., p. 436.
[52]
S. Freud, K. Abraham,
Correspondance, Gallimard, 1969, p. 143. Lettre du 13-5-1913.
[53]
C.G. Jung,
Lettre au Pasteur Bernet, 1955, dans Cahiers Jungiens de Psychanalyse n°94,
p. 44
.
[54]
Totem et tabou, Préface F. Gantheret, p. 22
.