2002
TOPIQUE
Face au terrorisme : peut-on prendre en compte le savoir freudien ?
Anne Bourgain
Psychologue, psychanalysteMembre associée de l’UMR 6053 Psychanalyse et Pratiques sociales CMP Service du Pr C. Mille 2 bis place au feurre 80000 Amiens
De l’exécution de personnalités porteuses de symboles à l’assassinat de
passants ordinaires, nous semblons glisser d’un terrorisme en quête d’interlocuteur à un
genre d’actions beaucoup plus désespérées dans lequel plus rien n’est à négocier. Jouant
sur l’émotion, le terrorisme enflamme les esprits et permet de justifier fallacieusement une
violence d’État en amplifiant à grands renforts de média la position de « gendarme du
monde » des USA. Pourquoi la cruauté fait-elle autant recette ? C’est une des grandes interrogations freudiennes, qui semblent indépassables. Quand la fraternité se fait « frérocité »,
que la barbarie efface le nom de l’Autre, que reste-t-il de nos démocraties parfois si mal
nommées ? L e droit à la résistance, trop souvent confondu avec le terrorisme, peut-il
s’exercer sans une analyse rigoureuse des causes ?Mots-clés :
Terrorisme, Violence d’État, Pulsion de pouvoir, Désir d’élection.
From the cold-blooded murder of highly symbolic social figures to that
of ordinary passers-by, we seem to be slipping away from a terrorism that is clearly aimed
at a particular person or institution to terrorist behaviour that seems that more desperate
inasmuch that there is no room for negotiation. Terrorism plays upon our emotions, sets
our minds raging and allows us to justify – as fallacious as this justification may be –
State-organised violence, as the United States of America, with the press to back it up,
postures as ‘world policeman.’How can cruelty meet with such success ? This is also one
of Freud’s great questions, questions we still don’t seem to be able to reach beyond. When
fraternity becomes fratricide, when barbarity erases the name of the Other, what can be
left of our ill-named ‘democracies’. Can the right to resist, a right that many confuse with
terrorism, be exerted without prior examination of its causes ?Keywords :
Terrorism, State-organised Violence, Power Drive, Desire for Election.
L’usage de la terreur par des individus ou des États pour parvenir à leurs
fins peut recouvrir d’innombrables significations : cela va de l’instauration
d’une idéologie jusqu’à la haine de la démocratie, avec en point de mire la
mort de la pensée. En prenant une majuscule en 1793, la Terreur est devenue
non plus la peur qu’on éprouve, mais celle que l’on fait éprouver à l’autre, ce
procédé utilisé pour contraindre. Si le terrorisme a longtemps été considéré
comme l’arme des faibles, il est devenu l’usage plus systématique de la violence
pour impressionner les États en terrorisant les populations civiles. Il déborde
les cadres dans lesquels on tentait de le maintenir : à côté des formes de terrorisme individuel ou plus souvent collectif, et de terrorisme d’État dans des
conflits localisés, on observe un terrorisme international, déterritorialisé. Voici
donc, d’entrée de jeu, des termes hautement équivoques qu’il ne faudrait pas
cesser d’interroger. Dans un même jeu de miroirs, cette violence peut aussi
bien être le fait d’une mouvance aspirant à un plus de liberté que celui de
démocraties auto-proclamées ou même de dictatures plus ou moins reconnues.
Prendre le terrorisme comme objet d’étude expose ceux qui s’y aventurent,
depuis le monde bouillonnant et pluriel de la presse jusqu’à celui en principe
plus neutre des sciences humaines, à une mise en abyme : le terrorisme semble
appeler, si l’on n’y prend garde, un terrorisme intellectuel. Il est difficile de rester
« sur la frontière », lieu d’inconfort, s’il en est, tant on vous somme de choisir
votre appartenance. Amin Maalouf a montré combien les identités peuvent être
meurtrières.
[1] La pathologie des origines, qui mène à la hantise du métissage,
semble toujours reprendre le dessus. Réfléchir aux causes profondes de la
violence politique à l’échelle mondiale, tout en sachant que nous n’en voulons,
par définition, rien savoir, ce n’est pas nier la barbarie, c’est encore moins se
réjouir de l’horreur ou en imputer la faute à ceux qui en furent les premières
victimes. Nous ne pouvons toujours pas en prendre la mesure : ce qui est refoulé
ou forclos revient dans le réel, ce réel innommable parfois réduit à une date (le
11 septembre) ou un nom (l’horreur de Bali). C’est la tâche de la psychanalyse,
non de construire une vision du monde – ce à quoi elle n’échappe pas toujours
– mais de tisser ces réseaux symboliques faute desquels il y a toujours plus de
trous par où resurgit la barbarie.
I – DÉCONSTRUIRE LA NOTION DE TERRORISME
Si l’on peut s’entendre pour le définir comme la frappe, sans distinction, de
populations civiles, ou d’unités militaires, le terrorisme n’en demeure pas moins
un signifiant multiforme, fourre-tout, susceptible de faire écran : le nom cache
alors la chose, et vient clore toute réflexion. Celui qui est désigné terroriste est
mis au ban, (c’est un voyou), le pays qui l’abrite devient un État voyou (rogue
state), sauf s’il s’agit des États-Unis à l’insu desquels ces attentats ont pu être
mis au point sur leur propre sol. Le président Bush s’est fait fort d’en souligner
le caractère selon lui imprévisible : « rien n’aurait pu empêcher l’horreur du
11 septembre. » Ce que nous pouvons surtout entendre comme impensable,
irreprésentable : cela ne pouvait pas (nous) arriver. Il est évidemment plus
commode de le dire après coup : le Pentagone s’est révélé en l’occurrence fort
mal renseigné, comme si le premier attentat contre le World Trade Center, en
1993, n’avait somme toute, pas trop entamé le mythe du sanctuaire inviolable.
Cet effort pour évacuer le sujet, celui de l’inconscient – certainement synonyme
d’angoisse – au profit du sujet de la science, en prétendant tout gérer par satellite,
porte en lui un terrible doute, demeuré impensé : y aurions-nous (non pas le
peuple bien entendu, mais les dirigeants) pris part, serions-nous pour quelque
chose dans ce qui nous arrive, nous traumatise, nous terrorise ? Un agent du FBI
eut cette formule de la « savante ignorance » que René Major aux dernières
rencontres de Cerisy relevait comme « un savoir ignoré de la conscience, un
savoir inconscient » : « nous ne savions pas ce que nous savions. »
[2] En se servant
du terrorisme comme d’un fétiche pour « terroriser les terroristes », on renforce
l’ennemi qu’on prétend combattre et on l’invite à revenir sous de pires formes :
il est possible de disserter sans fin sur le thème « qui terrorise qui ? » Si la résistance est précisément ce qui doit s’exercer autrement que par la terreur, on se
souvient de l’accusation de terrorisme lancée par l’oppresseur contre la
Résistance française, dans une imposture consistant à projeter sur l’autre sa
propre barbarie. Sur cette question urgente du partage des responsabilités, et
sur la nécessité d’un regard le plus éclairé possible, je me permets de citer
Jacques Derrida dans son discours de réception du prix Adorno à Francfort
le 22 septembre 2001 : « Ma compassion absolue pour toutes les victimes du
11 septembre ne m’empêchera pas de le dire : je ne crois à l’innocence politique
de personne dans ce crime. E t si ma compassion pour toutes les victimes
innocentes est sans limite, c’est qu’elle ne s’arrête pas non plus à celles qui ont
trouvé la mort le 11 septembre aux États-Unis. C’est là mon interprétation de
ce que devrait être ce qu’on appelle depuis hier, selon le mot d’ordre de la
Maison B lanche, une « justice sans limite » (infinie justice,
grenzenlose
Gerechtigkeit) : ne pas se disculper de ses propres torts et des errements de sa
propre politique, fût-ce au moment d’en payer, hors de toute proportion possible,
le plus terrible prix. »
[3] Ce qui semble rendre en effet cette tâche infinie, c’est
que derrière l’ennemi public numéro un très identifié, se trouve un ennemi sans
visage, virtuel. Un terrorisme international comme celui d’Al Qaïda est très
difficile à constituer en ennemi politique, il est ce feu qui peut repartir de
n’importe où, tandis que se posent et se reposent les questions : faut-il parler
d’hyperterrorisme, de terrorisme transnational, de terrorisme mondialisé... pour
désigner cet enchevêtrement de guerres complexes qui se jouent des frontières ?
II – FORMES ARCHAÏQUES ET MODERNES DE LA VIOLENCE
1. Une barbarie vieille comme le monde
Après avoir tenté de conjurer le retour des pulsions primitives par des mots
d’ordre inefficaces « plus jamais ça », nous nous étonnons des degrés toujours
plus grands franchis dans l’horreur et voulons y voir un phénomène inédit.
Repérer les nouvelles formes de la violence n’empêche pas de savoir – dans
toute la limite du terme, c’est-à-dire sans jamais que ce savoir soit définitif –
que la barbarie n’a pas d’âge, qu’elle est depuis toujours au cœur de l’humain.
Pour Joseph Conrad, qui a renoncé à désigner un lieu précis comme le trou
noir du monde, le « cœur des ténèbres »
[4] est une réalité. Il faut bien descendre
dans ce moi sauvage, pour y affronter « sa vérité », même si ce siècle n’en prend
pas le chemin. Nous voyons à l’œuvre au quotidien la fameuse pulsion de
pouvoir, que Freud distingue de la pulsion sexuelle, et qui, dit-il, peut s’exercer
sans conscience de culpabilité. Si la sexualité est inhibée, voire réprimée par
décret, par les défenseurs de l’ordre moral qui interdisent ici pour jouir ailleurs
[5],
comme l’a mis en scène de façon tragique l’ordre instauré par les talibans sous
le nom de
ministère de la vertu et de la répression du vice, rien ne fait plus
barrage à cette pulsion de pouvoir. Nul n’échappe à cette cruauté originaire
tranquille, qui fait bien peu de cas de la souffrance de l’autre, puisque tout lien
social implique une relation de maîtrise et de servitude. À côté des formes plus
reconnues de terrorisme, il y a toujours de la violence non aveugle, des frappes
ciblées, avec des hommes à abattre, des noms à effacer. Je n’en citerai ici que
quelques uns, issus de mondes très différents, mais qui me semblent tous à leur
manière des symboles, en ce qu’ils continuent de hanter les esprits. Ainsi Mehdi
Ben Barka, leader de l’opposition marocaine a-t-il été enlevé le 29 octobre
1965 devant la brasserie Lipp lors d’un séjour à Paris, pour être ensuite assassiné
dans une villa de Fontenay-le-Vicomte. Il était à l’époque suivi à la fois par
plusieurs services français concurrents, mais aussi par le Mossad israélien, et
par les jeunes et maladroits services marocains. Concernant la disparition du
corps de Ben Barka, qui aurait été plongé dans une cuve d’acide, des révélations assez bouleversantes ont été faites en 2001 dans le quotidien
Le Monde.
[6]
N’ont toujours pas non plus été révélés les noms des assassins d’Henri Curiel,
qui ont agi à Paris le 4 mai 1978. Son action au sein du groupe « solidarité »
qu’il avait créé avait fait de lui une cible de choix. Le projet de Curiel, son
combat, c’était entre autres choses le « droit légitime et inaliénable de chacun
des deux peuples, juif israélien et arabe palestinien de constituer sur le territoire de l’ancienne Palestine, un État national souverain. »
[7]. En juin 76, Yasser
Arafat donne le feu vert pour une rencontre palestino-israélienne avec médiation
internationale. Henri Curiel en serait l’organisateur. Georges Suffert, à l’époque
directeur-adjoint au
Point, présente alors Curiel comme le « patron des réseaux
d’aide aux terroristes » dans le but évident de mettre un terme à son action
pacifiste en tentant de discréditer son combat. Il y a là un premier meurtre
symbolique. Gilles Perrault, son biographe, a rendu compte de la minutie avec
laquelle a été préparé l’assassinat d’Henri Curiel, avec dit-il, une « volonté de
décourager les recherches des commanditaires de l’assassinat, et dans une intention manifeste de désinformation de l’action de Curiel. Les mouvements aidés
par Solidarité à cette période gênent ceux qui ont intérêt à ce que la guerre
continue (en Afrique australe, en Amérique latine). »
[8] L’avocat Ali André Mécili,
membre de l’opposition algérienne, fut pour sa part exécuté à Paris le 7 avril 1987
sur l’ordre des services algériens. À l’époque, sa veuve accusa l’Algérie d’avoir
obtenu de la France qu’elle libère le tueur en échange des bons offices du
régime algérien au Proche-Orient dans les affaires d’otages.
[9] Puis, le 4 novembre
1995, comme le rapporte Charles Enderlin, « pour la première fois de l’histoire
de l’État d’Israël, un chef de gouvernement, Yitzhak Rabin, a été assassiné parce
qu’il menait des négociations de paix. »
[10] Ce sont souvent, au moment de leur
assassinat pour le moins, des militants de la paix, pour oser cet oxymore. Même
un chef de guerre comme Massoud peut se révéler un gêneur. Certains font
tout pour empêcher des négociations d’aboutir, jusqu’à sponsoriser des États
pour faire disparaître ce type particulier d’opposants. On me fera observer que
j’assimile volontiers terrorisme et violence d’État
[11], mais je crois fermement
que la seconde, en réduisant à néant les espoirs de paix par l’assassinat de
personnalités soigneusement ciblées, obtient les mêmes résultats que le terrorisme international, même si elle n’a pas toujours le même impact médiatique :
la guerre n’est-elle pas le seul phénomène capable d’inspirer la terreur au monde
entier ? Quoi qu’il en soit, ces formes de violence semblent immuables, et
paradoxalement, il y a bien de l’inédit dans le contexte actuel.
2. Des formes inédites
a) la surenchère technologique
Si elle ne permet pas d’en tirer les leçons, la plus récente actualité donne
raison à la crainte freudienne exprimée à la fin du
Malaise dans la civilisation : les hommes d’aujourd’hui ont plus que jamais le pouvoir de « s’exterminer mutuellement jusqu’au dernier. »
[12] En effet, les armes de destruction
massive ouvrent la voie à des guerres doublées d’une compétition financière,
et dont l’avance technologique ferait envie à bien des armées. Freud à l’issue
de la première guerre mondiale n’était déjà plus dupe du caractère illimité de
ce rouleau compresseur : « Il allait de soi qu’on écarterait la partie non belligérante de la population (...) la guerre éclata... et apporta la désillusion (...)
renversant tout ce qui lui barrait la route, comme s’il ne devait plus y avoir de
paix... »
[13]. À propos de ces frappes aveugles, on n’a pas manqué de relever, ces
derniers temps, toutes les métaphores imaginées pour justifier le fait que les
bombardements fassent des victimes civiles : « frappes chirurgicales », avec
droit à l’erreur, et « dommages collatéraux ».
b) l’hypermédiatisation
C’est ensuite l’information mondialisée en temps réel qui poursuit sa course
en avant et fournit à la scène du terrorisme une caisse de résonance. Si l’action
peut s’exercer n’importe où, elle est à coup sûr répercutée aussitôt sur la scène
publique internationale. Au narcissisme terroriste fait écho le voyeurisme journalistique, et les chaînes de télévision achètent et revendent l’horreur, dans une
surenchère médiatique, pour l’offrir à la jouissance de tous. La pulsion scopique
est manipulée pour construire un piège à regard : on a pu voir comme un
bienfaiteur de l’humanité, celui qui, héroïque, a filmé, comme s’il y a avait là
quelque chose à voir, à comprendre, l’effondrement des tours jumelles, dont la
symbolique phallique n’aura échappé à personne. À propos de cette jouissance
scopique, revenons quelques années en arrière : le 24 décembre 1994, des
membres du GIA désireux d’instaurer un État islamique en Algérie menacent
de faire exploser un avion Paris-Alger et exécutent des otages. Ils réclament et
obtiennent les télévisions du Monde pour... une conférence de presse... Ils
n’étaient évidemment pas les précurseurs d’une nouvelle forme de terrorisme,
puisque les années 70 avaient vu se dérouler des actions similaires
[14]. Mais cette
scène, même si elle n’était pas la première, aurait dû donner un peu l’alerte sur
la possibilité de tels attentats. Comment pouvons-nous dire à propos du
11 septembre n’avoir rien vu venir ? Il n’y a que la scène cinématographique
qui ait vu venir, et qui a présent fait marche arrière, à l’image des studios californiens qui ont vite transformé leurs projets pour les nettoyer de toute référence
au terrorisme.
[15] Ce qui a été le plus exposé au regard, sous tous les angles, c’est
la diabolique figure de Ben Laden à même de concentrer tous les fantasmes dans
une barbe qui constitue un trait unaire, cet unique trait d’identification. Triste
figure de l’un, mais plus terrible encore l’autre scène, que cache ce théâtre de
marionnettes. Et nous, qui voyons le monde par satellites interposés, qui nous
manipule ? Puisque du point de vue de l’inconscient, plus on « communique »,
moins ça parle... Ainsi, dans les événements qui nous occupent, il semble que
l’on soit passé d’un terrorisme en quête d’interlocuteur à une forme de terrorisme « aveugle », sans espoir, dans lequel il n’y a plus rien à négocier : il n’y
a plus d’autre, tout simplement, plus de semblable, seul compte l’Autre absolu,
le tout Autre, et dans sa forme la plus féroce. Ce sont des victimes ordinaires,
anonymes, qui sont sacrifiées de façon plus ou moins arbitraire : le passant
« innocent », le citoyen européen ou américain, l’infidèle. Dans le modèle
théocratique, l’autre est devenu un être de déchet qu’une obsession de la purification entend effacer.
c) la martyrologie « moderne » : de la fraternité à la férocité
Enfin, il faut souligner la multiplication des phénomènes d’enrôlement
souvent religieux, parfois laïque dans des pratiques qui se réclament du martyre.
Des militants passés dans des « camps d’endoctrinement » sont envoyés en
mission dans ce qu’on a nommé pour l’occasion « des avions-suicides ».
Envoyer à la mort les enfants (ceux des autres, de préférence) et faire d’eux des
meurtriers, voilà de quoi pervertir davantage encore la pratique du martyre en
installant une dictature religieuse à la place de la politique. Des frères f(r)éroces
poussent d’autres au sacrifice, qu’ils leur font prendre pour leur désir, au nom
d’un signifiant ultime : « la mort pour Dieu » (qui, s’Il existe, n’en demande peut-être pas tant ?) L’endoctrinement fait appel au noyau psychotique, rouvre les
blessures de guerre, réveille l’horreur de l’autre. Celle de l’autre sexe, également,
à même de créer l’effroi : il est inutile d’insister sur le tabou dont fait l’objet le
féminin. L a différence, dans l’horreur du sexuel, est égale à la castration,
puisqu’à ce petit jeu, les mots sont des choses. On reconnaît la logique psycho-tique. D’ailleurs, on ne « joue » pas, puisque le symbolique fait horreur : les
talibans ont interdit les cerfs-volants comme les nazis interdisaient les motscroisés, et les colonels grecs la musique, les arts... et à peu près tout. Voilà ce
qui me paraît unir des dictatures différentes. L’islam radical adopte une lecture
verrouillée, littérale du Coran, de la Sunna, ou des haddits, alors que le texte
sacré est profondément équivoque. C’est ce trait distinctif de toute langue, et
a fortiori de la langue arabe, qui est ici attaqué, pour faire coller coûte que
coûte le signifiant au signifié.
Guy Rosolato
[16] a analysé les figures sacrificielles qui animent les liens
collectifs religieux ou politique : il a repéré une logique obsessionnelle en ce
qui concerne les rituels et une logique paranoïaque quant au fond de croyance
et au mécanisme de l’identification à l’agresseur. On peut aussi se référer à
l’énorme travail d’E ugène E nriquez sur le lien social
[17]. Dans les trois
monothéismes bien des massacres ont été et sont toujours commis au nom de
la cause suprême. Délires identitaires procédant d’un gonflement du nous et
conduisant à se prendre pour Dieu, en fin de compte. Je ne dis pas que la barbarie est une spécialité religieuse, ou alors il faudrait rappeler que l’athéisme
peut aussi fonctionner comme une religion.
[18] C’est l’Idéal quand il devient tyrannique qui crée ces pathologies. Malaise de l’idéal. D’où la nécessité de résister
à la tentation intellectuelle de penser que la mort absolutise la cause. C’est le
propre de la barbarie d’effacer le Nom même de l’Autre, fût-il un semblable.
Calqué sur le modèle de l’hainamoration lacanienne, le mot de « frérocité »
[19]
nous indique qu’on ne peut penser la fraternité sans son dangereux voisinage,
la férocité. Peu de distance sépare les frères en religion des frères d’armes.
Ainsi, il n’est de pire ennemi que l’ennemi intérieur, le « faux-frère » et à travers
le narcissisme des petites différences, l’histoire ne serait qu’une répétition à
l’infini du meurtre d’Abel par Caïn, de Rémus par Romulus, ainsi de suite...
Mais la frérocité, comme l’indique Guy Le Gaufrey, ne saurait se réduire à
la rivalité fraternelle. Elle a une autre face, plus narcissique : « tant qu’il y a du
pacte, le meurtre n’est pas totalement accompli. » C’est ce qu’il appelle la
« dialectique du héros rédempteur ». On est passé de la horde, qui tenait sous
la houlette unitaire du père, au groupe des conjurés. L’un se dissout dans le
multiple pour refabriquer de l’un : « faire semblant d’être un ».
[20] Al Qaïda est
un des moteurs de ces machines totalitaires à fabriquer de l’un. Dans ce délire
paranoïaque dont le sujet se sent investi d’une mission de sauveur suprême du
monde, il n’y a ni idéal politique à proprement parler, ni espace de négociation,
ni stratégie nationale : rien qui fasse tiers. Si les premiers martyrs chrétiens
n’ont été poussés qu’à l’auto-sacrifice, les « nouveaux martyrs d’Allah » – mais
jusqu’où sont-ils « nouveaux » ? – analysés par Farhad Khoskhokavar
[21] ont
pour mission d’entraîner avec eux dans la mort le plus de gens possible. Ils sont
fabriqués sur le modèle des bassidji, jeunes combattants appelés et sacrifiés
au front par le régime de Khomeiny pendant la guerre contre l’Irak.
[22] Mais si
cette pratique est empruntée au chiisme, elle avait déjà cours chez des nationalistes radicaux non musulmans comme les Tigres Tamouls du Sri Lanka. En
tous cas, des anciens de la guerre d’Afghanistan, dont un certain Ben Laden,
ont fondé ces troupes, donnant naissance à une seconde génération d’hommes
déracinés qui se sont radicalisés en occident, mais aussi en Égypte, au Yémen,
etc. et dont la troisième génération regroupe des jeunes révoltés issus des
« cités », nouvellement convertis à l’Islam. Il serait donc réducteur de voir
dans ce phénomène une simple exploitation de la misère humaine, ces « combattants » semblent plutôt le produit de pressions religieuses et culturelles
contradictoires. Enfin, le sentiment d’avoir l’approbation divine pour mener
une guerre juste confère une absence totale de culpabilité, et une certaine
euphorie au combat, avec le sentiment, quand on est épargné, de participer
d’un « miracle ».
III – L’INCONSCIENT ET LE POLITIQUE
1. Du désir d’élection à l’hégémonie
Au constat freudien développé entre autres ouvrages dans
Moïse et le
monothéisme, selon lequel « il n’y a pas de peuple élu », se heurte toujours le
même fantasme. René Major a montré à partir des modèles américain, allemand
et soviétique, comment les mythes fondateurs se construisent autour des signifiants de l’élection, de la nation et du nom propre : « ce qui se réalise de religieux
dans le politique, c’est le désir de souveraineté qui le fonde. »
[23] Souvent les
peuples se lancent dans des combats pour conquérir, ou reconquérir la terre
promise, qui peut d’ailleurs être plusieurs fois promise. L a passion d’être
l’unique objet de l’élection divine, au prix de la négation de l’autre, est absolue.
Depuis le 11 septembre, ce sentiment américain d’être le peuple élu s’est
renforcé : « Dieu bénit l’Amérique. » L’Amérique a dit récemment qu’elle
n’avait « pas d’autre » : non qu’elle n’ait pas d’ennemi, mais elle n’a pas d’alternative à son modèle. E lle ne peut donc, en toute logique, que trouver
démoniaque de s’opposer à ce qui est bon. Les trois monothéismes, forts de leur
« bon droit », ne sont donc pas à l’abri des fantasmes souverainistes. Au terrorisme dit « aveugle » les puissances opposent une répression également aveugle
à tous les sens du terme : elle ne souffre aucun œil extérieur. Les USA, la Russie,
la Chine s’opposent toujours à la mise en place de la cour pénale internationale,
initialement prévue pour l’année 2003. Des États, qui semblent partager le
fantasme de dominer le monde, sont donc favorables à un nouvel ordre mondial,
à condition d’en être les seuls maîtres. Parmi les effets des tragiques attentats
de septembre, on a constaté un net renforcement du pouvoir exécutif américain,
symbolisé par la création d’un É tat maximal de sécurité dit « homeland
security ». La suspicion à l’égard des étudiants arabes est renforcée par un fort
appel à la délation.
[24] À l’intérieur, on guette le moindre signe de déloyauté
envers l’État. La durée des détentions provisoires a été étendue. Des « tribunaux
militaires d’exception » sont maintenant habilités à juger, exécuter des terroristes en court-circuitant la cour suprême... C’est l’État de droit qui périclite,
tandis que l’É tat sécuritaire s’emploie à rassurer tout en maintenant
l’inquiétude...
La part refoulée de l’histoire, mais qui n’a pas manqué de faire retour, c’est
la participation américaine au djihad en Afghanistan, par l’intermédiaire de
mercenaires musulmans transformés en freedom fighters. Ce n’est plus un
secret pour personne : les talibans ont été enrôlés pour infliger à la Russie une
défaite au moindre coût, et pour préserver des intérêts financiers, notamment
un projet de gazoduc qui traverserait l’Afghanistan, via le Turkménistan et le
Pakistan. Dès 1997 l’erreur politique est perçue : « la région pourrait devenir
une pépinière de terroristes, un berceau de l’extrémisme politique et religieux,
et le théâtre d’une véritable guerre ». Puis Ben Laden lance le front international
islamique avec le soutien des talibans. Il émet une fatwa qui autorise des attentats
contre les intérêts américains. S’il n’y a pas de mandat d’arrêt international
contre lui à cette époque, c’est dans l’espoir d’un compromis : si les talibans
voulaient bien « revoir la question des droits humains dans un délai de 2 ou
3 ans » et acceptaient un « gouvernement de transition avec l’Alliance du Nord,
ils bénéficieraient d’une assistance internationale massive pour la reconstruction
du pays »...
[25] S’il n’est pas surprenant que des dirigeants, pour satisfaire des
désirs en partie inconscients, n’hésitent pas à conduire leurs peuples au désastre,
il reste nécessaire d’en démasquer les motifs.
2. Une guerre fratricide : l’exemple du Proche-Orient
Comme le remarque Fehti Benslama commentant le
Rêve brisé de Charles
Enderlin
[26] : l’échec du processus de paix « s’est joué sur la case de l’incalculable » : « ni le partage des territoires, ni le problème des réfugiés, ni Jérusalem,
mais le Mont du Temple, son Nom, c’est sur cette case que l’échec s’est effectué.
La question de la souveraineté sur le lieu. Le nœud entre les identités juive et
arabe. Le Nom du temple. »
[27]. Entre la forme visible de la mosquée, le « Saint
des Saints » et ce qui est sous terre, enfoui, le Temple, il y a ce qui ne cesse de
hanter les négociateurs, entre le spectre et le réel, et que Fehti Benslama nomme
le « spectréal ». Comme cela n’a pas manqué d’être relevé, la politique menée
par Ariel Sharon, dans une logique de guerre qu’il faut bien appeler colonialiste, répond à une logique suicidaire qui « dresse Israël contre elle-même »
[28].
Et la monstrueuse fabrique des martyrs, de son côté, joue contre la Palestine.
Objets d’une terrible manipulation, des jeunes gens, pour précipiter un
engrenage déjà diabolique, sont transformés en « bombes humaines » ou selon
une autre création lexicale, plus étrange, « bombes vivantes ». Cela ouvre des
avenues à toutes les formes de terrorisme d’État – même si, on le sait, ce mot
n’a pas bonne presse – l’État étant désormais autorisé à toutes les ripostes.
Chacun, consciemment et inconsciemment, agit contre son peuple. Comment
mettre fin à cette spirale de violence et sortir du « qui a tort, qui a raison ? » A
fortiori si les choses s’enveniment. Car comme le relève Dominique Vidal,
rejoignant les nombreuses voix qui s’élèvent pour les dénoncer : « jamais, depuis
un demi-siècle, autant d’actes de barbarie de part et d’autre ne s’étaient multipliés, comme si, de bataille politique d’un peuple occupé pour sa liberté, le
combat se transformait en lutte à mort ethnico-religieuse. »
[29]
3. Vers un travail de déprise imaginaire
Comme l’illustrent les conflits actuels, le désespoir est une véritable
poudrière pour les fanatismes. Quel espace-tiers pourra aider à désamorcer les
choses ? L a démocratie internationale reste à penser, et se voit opposer
d’énormes résistances. Freud avait formé le rêve d’une « instance suprême » à
qui les États conféreraient le pouvoir nécessaire pour réguler les conflits. Mais
il savait ces États capables de se placer au-dessus des lois : « vainqueurs et
vaincus se transforment en maîtres et esclaves » et les maîtres tentent de
« s’élever au-dessus des limitations valables pour tous » (...) et revenir ainsi
« du règne du droit à celui de la violence. »
[30] Le constat freudien continue de
se vérifier : « Les hommes commettent des actes de cruauté qu’on aurait cru
inconciliables avec leur degré de civilisation », ils continuent de confondre la
figure de l’étranger avec celle de l’ennemi. « L’État qui fait la guerre a interdit
à l’individu l’usage de l’injustice, non pour l’abolir, mais pour en avoir le
monopole. »
[31] Freud incrimine la « faible moralité » des États à l’extérieur,
alors qu’à l’intérieur ils jouent les censeurs : n’y aurait-il que des É tatsvoyous
[32] ? Et d’enchaîner sur la psychologie collective. Qui plus est : « les
peuples peuvent s’égarer. Les peuples obéissent pour l’instant beaucoup plus
à leurs passions... »
[33] La question freudienne semble toujours à (ré)entendre,
comme si être prévenus ne servait de rien. Pour résister à la pulsion de pouvoir
quand elle n’en finit pas de se pervertir, la culture est nécessaire, mais pas suffisante. C’est le constat lucide, courageux, de certains, « revenus » à tous les sens
du terme, de la guerre d’Algérie.
Nous voilà tenus à un effort de désidéalisation, à un travail de déprise imaginaire pour reconnaître avec Freud que « nous vivons psychologiquement
au-dessus de nos moyens. » Il est temps – mais ce jour semble encore bien
lointain – de « faire à la mort dans nos pensées la place qui lui revient... »
[34] « et
que nous avons si soigneusement réprimée ». R enoncer à l’illusion de
« supprimer les penchants agressifs des hommes » pour espérer tout au plus
« les détourner suffisamment pour qu’ils n’aient pas à trouver leur expression
dans la guerre ». L’humanité n’y a, pour l’instant, pour parler comme Freud,
pas réussi, et pas davantage à instaurer cet « État idéal dont il rêvait : « une
communauté d’hommes qui auraient soumis leur vie pulsionnelle à la dictature
de la raison. »
[35] Nous avons sans cesse à nous déprendre de la fascination
qu’exercent sur nous les idéologies : la psychanalyse justement s’interpose,
non comme vision du monde, mais comme effort vers la pensée, dans l’espace
toujours intranquille du savoir. Elle propose depuis l’expérience assumée de la
castration, la destitution de tout maître. Si d’aventure elle rejoint le fanatisme,
c’est qu’elle s’est alors égarée.
[1]
Amin Maalouf,
Les identités meurtrières, Grasset, 1998.
[2]
R ené Major, « L a démocratie comme dictature de la raison ? » colloque de Cerisy,
La démocratie à venir, juillet 2002, actes à paraître.
[3]
Jacques Derrida, « La langue de l’Étranger », in
Fichus, Galilée, mars 2001.
[4]
Joseph Conrad,
Au cœur des ténèbres (1925), Paris, Gallimard, 1985.
[5]
Comme l’indique la promesse de jouissance faite aux kamikazes du 11-09, avec l’allusion
largement commentée dans la presse, aux vierges qui les attendraient au paradis...
[6]
Cf. les révélations d’Ahmed Boukhari publiées par Stephen Smith dans
Le Monde, numéros
du 30 juin et du 2 juillet 2001.
[7]
« Il avait œuvré pour un rapprochement entre progressistes des deux camps, contre les
réactionnaires des deux camps. Il menait une action en faveur de l’égalité des droits des minorités :
de la minorité arabe en Israël et des minorités juives dans les pays arabes. »
Sources : recherches internationales, n° 52-53 (printemps-été 1998). « Crise et avenir de la
solidarité internationale (hommage à Henri Curiel) ».
[8]
Gilles Perrault,
Un Homme à part, Paris, Barrault, 1984.
[9]
cf. Recherches internationales, op.cit, voir aussi Hocine Aït Ahmed,
L’affaire Mécili, La
Découverte, 1987.
[10]
Charles Enderlin,
Le Rêve brisé, histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient
1995-2002, Fayard, 2002, p. 17.
[11]
À propos des notions de violence d’État et de terrorisme d’État : comme le rappelle René
Kaës, « la violence est au fondement de l’État, de tout État, y compris de l’État de droit des
démocraties libérales. Pour s’établir, pour se maintenir dans sa continuité et pour imposer son
pouvoir, l’État produit et gère de la violence. (...) L’État moderne détient le monopole de la
terreur et de la guerre. Cette analyse est pour l’essentiel encore valide, même si aujourd’hui
l’émergence du terrorisme intranational et international entame ce monopole : en visant la déstabilisation des É tats de droit, le terrorisme atteint la légitimité de leur violence physique et
symbolique. » (Kaës et autres auteurs,
Violence d’État et psychanalyse, Dunod, 1984, p. 14).
Quant au terrorisme d’État, on peut le définir comme « un exercice criminel du pouvoir, par
l’intermédiaire de la répression clandestine et en marge de toute norme juridique ». (Strassera-Moreno Ocampo, 1985)
[12]
Freud,
Malaise dans la civilisation, (1929), Paris, P.U.F., 1971, p. 107.
[13]
Freud, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, (1915), in
Essais de psychanalyse, Paris, Petite bibliothèque Payot, 1983, p. 13.
[14]
Dans les années 70 à l’initiative d’organisations palestiniennes laïques et prosoviétiques
comme le FPLP – Front populaire de libération de la Palestine (G. Habbache) ou le FDPLP –
Front démocratique et populaire de libération de la Palestine (Al-Hawatmeh) ou leurs scissionnistes (le FPLP-Commandement général d’Ahmed Al-Jibril, etc.).
[15]
Samuel Blumenfeld, « Hollywood et le Pentagone : frères d’armes contre Al-Qaida »,
Le
Monde, 11 septembre 2002, p. 21 : « Si la panique saisit tout un pays, elle n’épargna pas la
communauté hollywoodienne qui prit immédiatement la posture d’un enfant qui aurait mis
involontairement le feu à sa maison, se déclarant prêt à courber l’échine et à modifier son
programme de production pour faire place à des films aux sujets « plus responsables ». Un plan
où l’on voyait l’homme-araignée tendre sa toile entre les twin towers fut immédiatement retiré
de la bande-annonce de
Spider-Man. La séquence finale de
Men in Black II, prévue dans le
World Trade Center, fut, bien évidemment, resituée dans le Chrysler Building. L’étonnant
Nose
Bleed, produit par la MGM pour Jackie Chan, présentait un scénario encore plus rocambolesque
– et prémonitoire. La star de Hongkong devait interpréter un laveur de carreaux qui découvre un
complot terroriste visant à faire exploser le World Trade Center. »
[16]
Guy Rosolato,
Le sacrifice, repères psychanalytiques, P.U.F., 1987.
[17]
Eugène Enriquez,
De la horde à l’État, Gallimard, 1983.
[18]
Il n’est évidemment pas question de réduire ce type de violence à des contextes dits
religieux. On relève d’autres pratiques d’incitation de l’autre au martyre dans les grèves de la
faim en Irlande du Nord dans les années 80 quand on poussait les prisonniers politiques dans ces
actions jusqu’à la mort, également ces dernières années chez les prisonniers turcs marxistesléninistes.
[19]
Selon le terme employé par M.M. Chatel in La frérocité,
Littoral, n° 30, E.P.E.L., octobre,
1990. Voir aussi De la frérocité, René Major, in
Au commencement. La vie la mort, Galilée, 1999,
pp. 155-164.
Mais Latifa Ben Mansour évoque aussi ce terme à propos des frères musulmans qu’on appelle
les « frérots » : « j’appelle fréroce fraternité une assemblée de personnes qui se disent pures, sans
taches, animées de nobles sentiments comme la solidarité, la charité, la fraternité, tous ces nobles
sentiments ne sont en réalité que le masque d’une agressivité ou une cruauté féroce et fréroce. »
(L. Ben Mansour,
Frères musulmans, frères féroces, Ramsay, 2002)
À ce sujet on pourra aussi se référer à une étude de P-L Assoun,
Leçons psychanalytiques
sur frères et sœurs, Anthropo, 1998.
[20]
Guy Le Gaufrey, De la frérocité du pacte,
Littoral, La connaissance paranoïaque, n° 31-32, E.P.E.L., mars 1991, p. 177-186.
[21]
Farhad Khoskhokavar,
Les nouveaux martyrs d’Allah, Flammarion, 2002.
[22]
Comme le rappelle Pierre Conesa dans son article « Al-Quaïda, une secte millénariste »,
Le Monde diplomatique, n° 574, janv. 2002, p. 8.
[23]
René Major,
De l’élection, Aubier, 1986, p. 147.
[24]
Ainsi le ministre de la justice a-t-il lancé une opération appelant « des millions
d’Américains – camionneurs, facteurs, cheminots, capitaines de navire, employés des eaux ou
de l’électricité – à signaler les activités présumées terroristes en appelant un numéro vert », cf.
Le Monde Diplomatique, op. cit., p. 13.
[25]
Pierre Abramovici, « L’histoire secrète des négociations entre Washington et les talibans »,
Le Monde diplomatique, n° 574, janv. 2002, p. 10-11.
[26]
Charles Enderlin,
Le Rêve brisé, p. 272 et suivantes, op. cit.
[27]
Fehti Benslama, « La psychanalyse suppose-t-elle une autre politique ? », colloque de
Cerisy, La démocratie à venir, autour de l’œuvre de Jacques Derrida, juillet 2002 (actes à paraître.)
[28]
Dominique Vidal, « Israël contre Israël »,
Le Monde Diplomatique, n° 574, janv. 2002,
p. 14.
[30]
Freud, Pourquoi la guerre ? (1933)
Résultats, idées, problèmes, tome II, P.U.F., 1985,
p. 206.
[31]
Freud,
Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, p. 14-15.
[32]
À ce sujet j’invite le lecteur à consulter : Noam Chomsky, Rogue states and U.S. Foreign
Policy, Wilson center press, Johns Hopkins university Press.
William Blum, L’État voyou, common
courage press, 2001, trad. l’aventurine, Paris, 2002.
[33]
Ibid. p. 25. On peut interroger la valeur de ce « pour l’instant ».
[35]
Freud,
Pourquoi la guerre ? op. cit., p. 212- 213.