Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062954
200 pages

p. 111 à 123
doi: en cours

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no 81 2002/4

2002 TOPIQUE

Face au terrorisme : peut-on prendre en compte le savoir freudien ?

Anne Bourgain Psychologue, psychanalysteMembre associée de l’UMR 6053 Psychanalyse et Pratiques sociales CMP Service du Pr C. Mille 2 bis place au feurre 80000 Amiens
De l’exécution de personnalités porteuses de symboles à l’assassinat de passants ordinaires, nous semblons glisser d’un terrorisme en quête d’interlocuteur à un genre d’actions beaucoup plus désespérées dans lequel plus rien n’est à négocier. Jouant sur l’émotion, le terrorisme enflamme les esprits et permet de justifier fallacieusement une violence d’État en amplifiant à grands renforts de média la position de « gendarme du monde » des USA. Pourquoi la cruauté fait-elle autant recette ? C’est une des grandes interrogations freudiennes, qui semblent indépassables. Quand la fraternité se fait « frérocité », que la barbarie efface le nom de l’Autre, que reste-t-il de nos démocraties parfois si mal nommées ? L e droit à la résistance, trop souvent confondu avec le terrorisme, peut-il s’exercer sans une analyse rigoureuse des causes ?Mots-clés : Terrorisme, Violence d’État, Pulsion de pouvoir, Désir d’élection. From the cold-blooded murder of highly symbolic social figures to that of ordinary passers-by, we seem to be slipping away from a terrorism that is clearly aimed at a particular person or institution to terrorist behaviour that seems that more desperate inasmuch that there is no room for negotiation. Terrorism plays upon our emotions, sets our minds raging and allows us to justify – as fallacious as this justification may be – State-organised violence, as the United States of America, with the press to back it up, postures as ‘world policeman.’How can cruelty meet with such success ? This is also one of Freud’s great questions, questions we still don’t seem to be able to reach beyond. When fraternity becomes fratricide, when barbarity erases the name of the Other, what can be left of our ill-named ‘democracies’. Can the right to resist, a right that many confuse with terrorism, be exerted without prior examination of its causes ?Keywords : Terrorism, State-organised Violence, Power Drive, Desire for Election.
 
PRÉAMBULE
 
 
L’usage de la terreur par des individus ou des États pour parvenir à leurs fins peut recouvrir d’innombrables significations : cela va de l’instauration d’une idéologie jusqu’à la haine de la démocratie, avec en point de mire la mort de la pensée. En prenant une majuscule en 1793, la Terreur est devenue non plus la peur qu’on éprouve, mais celle que l’on fait éprouver à l’autre, ce procédé utilisé pour contraindre. Si le terrorisme a longtemps été considéré comme l’arme des faibles, il est devenu l’usage plus systématique de la violence pour impressionner les États en terrorisant les populations civiles. Il déborde les cadres dans lesquels on tentait de le maintenir : à côté des formes de terrorisme individuel ou plus souvent collectif, et de terrorisme d’État dans des conflits localisés, on observe un terrorisme international, déterritorialisé. Voici donc, d’entrée de jeu, des termes hautement équivoques qu’il ne faudrait pas cesser d’interroger. Dans un même jeu de miroirs, cette violence peut aussi bien être le fait d’une mouvance aspirant à un plus de liberté que celui de démocraties auto-proclamées ou même de dictatures plus ou moins reconnues. Prendre le terrorisme comme objet d’étude expose ceux qui s’y aventurent, depuis le monde bouillonnant et pluriel de la presse jusqu’à celui en principe plus neutre des sciences humaines, à une mise en abyme : le terrorisme semble appeler, si l’on n’y prend garde, un terrorisme intellectuel. Il est difficile de rester « sur la frontière », lieu d’inconfort, s’il en est, tant on vous somme de choisir votre appartenance. Amin Maalouf a montré combien les identités peuvent être meurtrières. [1] La pathologie des origines, qui mène à la hantise du métissage, semble toujours reprendre le dessus. Réfléchir aux causes profondes de la violence politique à l’échelle mondiale, tout en sachant que nous n’en voulons, par définition, rien savoir, ce n’est pas nier la barbarie, c’est encore moins se réjouir de l’horreur ou en imputer la faute à ceux qui en furent les premières victimes. Nous ne pouvons toujours pas en prendre la mesure : ce qui est refoulé ou forclos revient dans le réel, ce réel innommable parfois réduit à une date (le 11 septembre) ou un nom (l’horreur de Bali). C’est la tâche de la psychanalyse, non de construire une vision du monde – ce à quoi elle n’échappe pas toujours – mais de tisser ces réseaux symboliques faute desquels il y a toujours plus de trous par où resurgit la barbarie.
 
I – DÉCONSTRUIRE LA NOTION DE TERRORISME
 
 
Si l’on peut s’entendre pour le définir comme la frappe, sans distinction, de populations civiles, ou d’unités militaires, le terrorisme n’en demeure pas moins un signifiant multiforme, fourre-tout, susceptible de faire écran : le nom cache alors la chose, et vient clore toute réflexion. Celui qui est désigné terroriste est mis au ban, (c’est un voyou), le pays qui l’abrite devient un État voyou (rogue state), sauf s’il s’agit des États-Unis à l’insu desquels ces attentats ont pu être mis au point sur leur propre sol. Le président Bush s’est fait fort d’en souligner le caractère selon lui imprévisible : « rien n’aurait pu empêcher l’horreur du 11 septembre. » Ce que nous pouvons surtout entendre comme impensable, irreprésentable : cela ne pouvait pas (nous) arriver. Il est évidemment plus commode de le dire après coup : le Pentagone s’est révélé en l’occurrence fort mal renseigné, comme si le premier attentat contre le World Trade Center, en 1993, n’avait somme toute, pas trop entamé le mythe du sanctuaire inviolable. Cet effort pour évacuer le sujet, celui de l’inconscient – certainement synonyme d’angoisse – au profit du sujet de la science, en prétendant tout gérer par satellite, porte en lui un terrible doute, demeuré impensé : y aurions-nous (non pas le peuple bien entendu, mais les dirigeants) pris part, serions-nous pour quelque chose dans ce qui nous arrive, nous traumatise, nous terrorise ? Un agent du FBI eut cette formule de la « savante ignorance » que René Major aux dernières rencontres de Cerisy relevait comme « un savoir ignoré de la conscience, un savoir inconscient » : « nous ne savions pas ce que nous savions. » [2] En se servant du terrorisme comme d’un fétiche pour « terroriser les terroristes », on renforce l’ennemi qu’on prétend combattre et on l’invite à revenir sous de pires formes : il est possible de disserter sans fin sur le thème « qui terrorise qui ? » Si la résistance est précisément ce qui doit s’exercer autrement que par la terreur, on se souvient de l’accusation de terrorisme lancée par l’oppresseur contre la Résistance française, dans une imposture consistant à projeter sur l’autre sa propre barbarie. Sur cette question urgente du partage des responsabilités, et sur la nécessité d’un regard le plus éclairé possible, je me permets de citer Jacques Derrida dans son discours de réception du prix Adorno à Francfort le 22 septembre 2001 : « Ma compassion absolue pour toutes les victimes du 11 septembre ne m’empêchera pas de le dire : je ne crois à l’innocence politique de personne dans ce crime. E t si ma compassion pour toutes les victimes innocentes est sans limite, c’est qu’elle ne s’arrête pas non plus à celles qui ont trouvé la mort le 11 septembre aux États-Unis. C’est là mon interprétation de ce que devrait être ce qu’on appelle depuis hier, selon le mot d’ordre de la Maison B lanche, une « justice sans limite » (infinie justice, grenzenlose Gerechtigkeit) : ne pas se disculper de ses propres torts et des errements de sa propre politique, fût-ce au moment d’en payer, hors de toute proportion possible, le plus terrible prix. » [3] Ce qui semble rendre en effet cette tâche infinie, c’est que derrière l’ennemi public numéro un très identifié, se trouve un ennemi sans visage, virtuel. Un terrorisme international comme celui d’Al Qaïda est très difficile à constituer en ennemi politique, il est ce feu qui peut repartir de n’importe où, tandis que se posent et se reposent les questions : faut-il parler d’hyperterrorisme, de terrorisme transnational, de terrorisme mondialisé... pour désigner cet enchevêtrement de guerres complexes qui se jouent des frontières ?
 
II – FORMES ARCHAÏQUES ET MODERNES DE LA VIOLENCE
 
 
1. Une barbarie vieille comme le monde
Après avoir tenté de conjurer le retour des pulsions primitives par des mots d’ordre inefficaces « plus jamais ça », nous nous étonnons des degrés toujours plus grands franchis dans l’horreur et voulons y voir un phénomène inédit. Repérer les nouvelles formes de la violence n’empêche pas de savoir – dans toute la limite du terme, c’est-à-dire sans jamais que ce savoir soit définitif – que la barbarie n’a pas d’âge, qu’elle est depuis toujours au cœur de l’humain. Pour Joseph Conrad, qui a renoncé à désigner un lieu précis comme le trou noir du monde, le « cœur des ténèbres » [4] est une réalité. Il faut bien descendre dans ce moi sauvage, pour y affronter « sa vérité », même si ce siècle n’en prend pas le chemin. Nous voyons à l’œuvre au quotidien la fameuse pulsion de pouvoir, que Freud distingue de la pulsion sexuelle, et qui, dit-il, peut s’exercer sans conscience de culpabilité. Si la sexualité est inhibée, voire réprimée par décret, par les défenseurs de l’ordre moral qui interdisent ici pour jouir ailleurs [5], comme l’a mis en scène de façon tragique l’ordre instauré par les talibans sous le nom de ministère de la vertu et de la répression du vice, rien ne fait plus barrage à cette pulsion de pouvoir. Nul n’échappe à cette cruauté originaire tranquille, qui fait bien peu de cas de la souffrance de l’autre, puisque tout lien social implique une relation de maîtrise et de servitude. À côté des formes plus reconnues de terrorisme, il y a toujours de la violence non aveugle, des frappes ciblées, avec des hommes à abattre, des noms à effacer. Je n’en citerai ici que quelques uns, issus de mondes très différents, mais qui me semblent tous à leur manière des symboles, en ce qu’ils continuent de hanter les esprits. Ainsi Mehdi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine a-t-il été enlevé le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp lors d’un séjour à Paris, pour être ensuite assassiné dans une villa de Fontenay-le-Vicomte. Il était à l’époque suivi à la fois par plusieurs services français concurrents, mais aussi par le Mossad israélien, et par les jeunes et maladroits services marocains. Concernant la disparition du corps de Ben Barka, qui aurait été plongé dans une cuve d’acide, des révélations assez bouleversantes ont été faites en 2001 dans le quotidien Le Monde. [6] N’ont toujours pas non plus été révélés les noms des assassins d’Henri Curiel, qui ont agi à Paris le 4 mai 1978. Son action au sein du groupe « solidarité » qu’il avait créé avait fait de lui une cible de choix. Le projet de Curiel, son combat, c’était entre autres choses le « droit légitime et inaliénable de chacun des deux peuples, juif israélien et arabe palestinien de constituer sur le territoire de l’ancienne Palestine, un État national souverain. » [7]. En juin 76, Yasser Arafat donne le feu vert pour une rencontre palestino-israélienne avec médiation internationale. Henri Curiel en serait l’organisateur. Georges Suffert, à l’époque directeur-adjoint au Point, présente alors Curiel comme le « patron des réseaux d’aide aux terroristes » dans le but évident de mettre un terme à son action pacifiste en tentant de discréditer son combat. Il y a là un premier meurtre symbolique. Gilles Perrault, son biographe, a rendu compte de la minutie avec laquelle a été préparé l’assassinat d’Henri Curiel, avec dit-il, une « volonté de décourager les recherches des commanditaires de l’assassinat, et dans une intention manifeste de désinformation de l’action de Curiel. Les mouvements aidés par Solidarité à cette période gênent ceux qui ont intérêt à ce que la guerre continue (en Afrique australe, en Amérique latine). » [8] L’avocat Ali André Mécili, membre de l’opposition algérienne, fut pour sa part exécuté à Paris le 7 avril 1987 sur l’ordre des services algériens. À l’époque, sa veuve accusa l’Algérie d’avoir obtenu de la France qu’elle libère le tueur en échange des bons offices du régime algérien au Proche-Orient dans les affaires d’otages. [9] Puis, le 4 novembre 1995, comme le rapporte Charles Enderlin, « pour la première fois de l’histoire de l’État d’Israël, un chef de gouvernement, Yitzhak Rabin, a été assassiné parce qu’il menait des négociations de paix. » [10] Ce sont souvent, au moment de leur assassinat pour le moins, des militants de la paix, pour oser cet oxymore. Même un chef de guerre comme Massoud peut se révéler un gêneur. Certains font tout pour empêcher des négociations d’aboutir, jusqu’à sponsoriser des États pour faire disparaître ce type particulier d’opposants. On me fera observer que j’assimile volontiers terrorisme et violence d’État [11], mais je crois fermement que la seconde, en réduisant à néant les espoirs de paix par l’assassinat de personnalités soigneusement ciblées, obtient les mêmes résultats que le terrorisme international, même si elle n’a pas toujours le même impact médiatique : la guerre n’est-elle pas le seul phénomène capable d’inspirer la terreur au monde entier ? Quoi qu’il en soit, ces formes de violence semblent immuables, et paradoxalement, il y a bien de l’inédit dans le contexte actuel.
2. Des formes inédites
a) la surenchère technologique
Si elle ne permet pas d’en tirer les leçons, la plus récente actualité donne raison à la crainte freudienne exprimée à la fin du Malaise dans la civilisation : les hommes d’aujourd’hui ont plus que jamais le pouvoir de « s’exterminer mutuellement jusqu’au dernier. » [12] En effet, les armes de destruction massive ouvrent la voie à des guerres doublées d’une compétition financière, et dont l’avance technologique ferait envie à bien des armées. Freud à l’issue de la première guerre mondiale n’était déjà plus dupe du caractère illimité de ce rouleau compresseur : « Il allait de soi qu’on écarterait la partie non belligérante de la population (...) la guerre éclata... et apporta la désillusion (...) renversant tout ce qui lui barrait la route, comme s’il ne devait plus y avoir de paix... » [13]. À propos de ces frappes aveugles, on n’a pas manqué de relever, ces derniers temps, toutes les métaphores imaginées pour justifier le fait que les bombardements fassent des victimes civiles : « frappes chirurgicales », avec droit à l’erreur, et « dommages collatéraux ».
b) l’hypermédiatisation
C’est ensuite l’information mondialisée en temps réel qui poursuit sa course en avant et fournit à la scène du terrorisme une caisse de résonance. Si l’action peut s’exercer n’importe où, elle est à coup sûr répercutée aussitôt sur la scène publique internationale. Au narcissisme terroriste fait écho le voyeurisme journalistique, et les chaînes de télévision achètent et revendent l’horreur, dans une surenchère médiatique, pour l’offrir à la jouissance de tous. La pulsion scopique est manipulée pour construire un piège à regard : on a pu voir comme un bienfaiteur de l’humanité, celui qui, héroïque, a filmé, comme s’il y a avait là quelque chose à voir, à comprendre, l’effondrement des tours jumelles, dont la symbolique phallique n’aura échappé à personne. À propos de cette jouissance scopique, revenons quelques années en arrière : le 24 décembre 1994, des membres du GIA désireux d’instaurer un État islamique en Algérie menacent de faire exploser un avion Paris-Alger et exécutent des otages. Ils réclament et obtiennent les télévisions du Monde pour... une conférence de presse... Ils n’étaient évidemment pas les précurseurs d’une nouvelle forme de terrorisme, puisque les années 70 avaient vu se dérouler des actions similaires [14]. Mais cette scène, même si elle n’était pas la première, aurait dû donner un peu l’alerte sur la possibilité de tels attentats. Comment pouvons-nous dire à propos du 11 septembre n’avoir rien vu venir ? Il n’y a que la scène cinématographique qui ait vu venir, et qui a présent fait marche arrière, à l’image des studios californiens qui ont vite transformé leurs projets pour les nettoyer de toute référence au terrorisme. [15] Ce qui a été le plus exposé au regard, sous tous les angles, c’est la diabolique figure de Ben Laden à même de concentrer tous les fantasmes dans une barbe qui constitue un trait unaire, cet unique trait d’identification. Triste figure de l’un, mais plus terrible encore l’autre scène, que cache ce théâtre de marionnettes. Et nous, qui voyons le monde par satellites interposés, qui nous manipule ? Puisque du point de vue de l’inconscient, plus on « communique », moins ça parle... Ainsi, dans les événements qui nous occupent, il semble que l’on soit passé d’un terrorisme en quête d’interlocuteur à une forme de terrorisme « aveugle », sans espoir, dans lequel il n’y a plus rien à négocier : il n’y a plus d’autre, tout simplement, plus de semblable, seul compte l’Autre absolu, le tout Autre, et dans sa forme la plus féroce. Ce sont des victimes ordinaires, anonymes, qui sont sacrifiées de façon plus ou moins arbitraire : le passant « innocent », le citoyen européen ou américain, l’infidèle. Dans le modèle théocratique, l’autre est devenu un être de déchet qu’une obsession de la purification entend effacer.
c) la martyrologie « moderne » : de la fraternité à la férocité
Enfin, il faut souligner la multiplication des phénomènes d’enrôlement souvent religieux, parfois laïque dans des pratiques qui se réclament du martyre. Des militants passés dans des « camps d’endoctrinement » sont envoyés en mission dans ce qu’on a nommé pour l’occasion « des avions-suicides ». Envoyer à la mort les enfants (ceux des autres, de préférence) et faire d’eux des meurtriers, voilà de quoi pervertir davantage encore la pratique du martyre en installant une dictature religieuse à la place de la politique. Des frères f(r)éroces poussent d’autres au sacrifice, qu’ils leur font prendre pour leur désir, au nom d’un signifiant ultime : « la mort pour Dieu » (qui, s’Il existe, n’en demande peut-être pas tant ?) L’endoctrinement fait appel au noyau psychotique, rouvre les blessures de guerre, réveille l’horreur de l’autre. Celle de l’autre sexe, également, à même de créer l’effroi : il est inutile d’insister sur le tabou dont fait l’objet le féminin. L a différence, dans l’horreur du sexuel, est égale à la castration, puisqu’à ce petit jeu, les mots sont des choses. On reconnaît la logique psycho-tique. D’ailleurs, on ne « joue » pas, puisque le symbolique fait horreur : les talibans ont interdit les cerfs-volants comme les nazis interdisaient les motscroisés, et les colonels grecs la musique, les arts... et à peu près tout. Voilà ce qui me paraît unir des dictatures différentes. L’islam radical adopte une lecture verrouillée, littérale du Coran, de la Sunna, ou des haddits, alors que le texte sacré est profondément équivoque. C’est ce trait distinctif de toute langue, et a fortiori de la langue arabe, qui est ici attaqué, pour faire coller coûte que coûte le signifiant au signifié.
Guy Rosolato [16] a analysé les figures sacrificielles qui animent les liens collectifs religieux ou politique : il a repéré une logique obsessionnelle en ce qui concerne les rituels et une logique paranoïaque quant au fond de croyance et au mécanisme de l’identification à l’agresseur. On peut aussi se référer à l’énorme travail d’E ugène E nriquez sur le lien social [17]. Dans les trois monothéismes bien des massacres ont été et sont toujours commis au nom de la cause suprême. Délires identitaires procédant d’un gonflement du nous et conduisant à se prendre pour Dieu, en fin de compte. Je ne dis pas que la barbarie est une spécialité religieuse, ou alors il faudrait rappeler que l’athéisme peut aussi fonctionner comme une religion. [18] C’est l’Idéal quand il devient tyrannique qui crée ces pathologies. Malaise de l’idéal. D’où la nécessité de résister à la tentation intellectuelle de penser que la mort absolutise la cause. C’est le propre de la barbarie d’effacer le Nom même de l’Autre, fût-il un semblable. Calqué sur le modèle de l’hainamoration lacanienne, le mot de « frérocité » [19] nous indique qu’on ne peut penser la fraternité sans son dangereux voisinage, la férocité. Peu de distance sépare les frères en religion des frères d’armes. Ainsi, il n’est de pire ennemi que l’ennemi intérieur, le « faux-frère » et à travers le narcissisme des petites différences, l’histoire ne serait qu’une répétition à l’infini du meurtre d’Abel par Caïn, de Rémus par Romulus, ainsi de suite...
Mais la frérocité, comme l’indique Guy Le Gaufrey, ne saurait se réduire à la rivalité fraternelle. Elle a une autre face, plus narcissique : « tant qu’il y a du pacte, le meurtre n’est pas totalement accompli. » C’est ce qu’il appelle la « dialectique du héros rédempteur ». On est passé de la horde, qui tenait sous la houlette unitaire du père, au groupe des conjurés. L’un se dissout dans le multiple pour refabriquer de l’un : « faire semblant d’être un ». [20] Al Qaïda est un des moteurs de ces machines totalitaires à fabriquer de l’un. Dans ce délire paranoïaque dont le sujet se sent investi d’une mission de sauveur suprême du monde, il n’y a ni idéal politique à proprement parler, ni espace de négociation, ni stratégie nationale : rien qui fasse tiers. Si les premiers martyrs chrétiens n’ont été poussés qu’à l’auto-sacrifice, les « nouveaux martyrs d’Allah » – mais jusqu’où sont-ils « nouveaux » ? – analysés par Farhad Khoskhokavar [21] ont pour mission d’entraîner avec eux dans la mort le plus de gens possible. Ils sont fabriqués sur le modèle des bassidji, jeunes combattants appelés et sacrifiés au front par le régime de Khomeiny pendant la guerre contre l’Irak. [22] Mais si cette pratique est empruntée au chiisme, elle avait déjà cours chez des nationalistes radicaux non musulmans comme les Tigres Tamouls du Sri Lanka. En tous cas, des anciens de la guerre d’Afghanistan, dont un certain Ben Laden, ont fondé ces troupes, donnant naissance à une seconde génération d’hommes déracinés qui se sont radicalisés en occident, mais aussi en Égypte, au Yémen, etc. et dont la troisième génération regroupe des jeunes révoltés issus des « cités », nouvellement convertis à l’Islam. Il serait donc réducteur de voir dans ce phénomène une simple exploitation de la misère humaine, ces « combattants » semblent plutôt le produit de pressions religieuses et culturelles contradictoires. Enfin, le sentiment d’avoir l’approbation divine pour mener une guerre juste confère une absence totale de culpabilité, et une certaine euphorie au combat, avec le sentiment, quand on est épargné, de participer d’un « miracle ».
 
III – L’INCONSCIENT ET LE POLITIQUE
 
 
1. Du désir d’élection à l’hégémonie
Au constat freudien développé entre autres ouvrages dans Moïse et le monothéisme, selon lequel « il n’y a pas de peuple élu », se heurte toujours le même fantasme. René Major a montré à partir des modèles américain, allemand et soviétique, comment les mythes fondateurs se construisent autour des signifiants de l’élection, de la nation et du nom propre : « ce qui se réalise de religieux dans le politique, c’est le désir de souveraineté qui le fonde. » [23] Souvent les peuples se lancent dans des combats pour conquérir, ou reconquérir la terre promise, qui peut d’ailleurs être plusieurs fois promise. L a passion d’être l’unique objet de l’élection divine, au prix de la négation de l’autre, est absolue. Depuis le 11 septembre, ce sentiment américain d’être le peuple élu s’est renforcé : « Dieu bénit l’Amérique. » L’Amérique a dit récemment qu’elle n’avait « pas d’autre » : non qu’elle n’ait pas d’ennemi, mais elle n’a pas d’alternative à son modèle. E lle ne peut donc, en toute logique, que trouver démoniaque de s’opposer à ce qui est bon. Les trois monothéismes, forts de leur « bon droit », ne sont donc pas à l’abri des fantasmes souverainistes. Au terrorisme dit « aveugle » les puissances opposent une répression également aveugle à tous les sens du terme : elle ne souffre aucun œil extérieur. Les USA, la Russie, la Chine s’opposent toujours à la mise en place de la cour pénale internationale, initialement prévue pour l’année 2003. Des États, qui semblent partager le fantasme de dominer le monde, sont donc favorables à un nouvel ordre mondial, à condition d’en être les seuls maîtres. Parmi les effets des tragiques attentats de septembre, on a constaté un net renforcement du pouvoir exécutif américain, symbolisé par la création d’un É tat maximal de sécurité dit « homeland security ». La suspicion à l’égard des étudiants arabes est renforcée par un fort appel à la délation. [24] À l’intérieur, on guette le moindre signe de déloyauté envers l’État. La durée des détentions provisoires a été étendue. Des « tribunaux militaires d’exception » sont maintenant habilités à juger, exécuter des terroristes en court-circuitant la cour suprême... C’est l’État de droit qui périclite, tandis que l’É tat sécuritaire s’emploie à rassurer tout en maintenant l’inquiétude...
La part refoulée de l’histoire, mais qui n’a pas manqué de faire retour, c’est la participation américaine au djihad en Afghanistan, par l’intermédiaire de mercenaires musulmans transformés en freedom fighters. Ce n’est plus un secret pour personne : les talibans ont été enrôlés pour infliger à la Russie une défaite au moindre coût, et pour préserver des intérêts financiers, notamment un projet de gazoduc qui traverserait l’Afghanistan, via le Turkménistan et le Pakistan. Dès 1997 l’erreur politique est perçue : « la région pourrait devenir une pépinière de terroristes, un berceau de l’extrémisme politique et religieux, et le théâtre d’une véritable guerre ». Puis Ben Laden lance le front international islamique avec le soutien des talibans. Il émet une fatwa qui autorise des attentats contre les intérêts américains. S’il n’y a pas de mandat d’arrêt international contre lui à cette époque, c’est dans l’espoir d’un compromis : si les talibans voulaient bien « revoir la question des droits humains dans un délai de 2 ou 3 ans » et acceptaient un « gouvernement de transition avec l’Alliance du Nord, ils bénéficieraient d’une assistance internationale massive pour la reconstruction du pays »... [25] S’il n’est pas surprenant que des dirigeants, pour satisfaire des désirs en partie inconscients, n’hésitent pas à conduire leurs peuples au désastre, il reste nécessaire d’en démasquer les motifs.
2. Une guerre fratricide : l’exemple du Proche-Orient
Comme le remarque Fehti Benslama commentant le Rêve brisé de Charles Enderlin [26] : l’échec du processus de paix « s’est joué sur la case de l’incalculable » : « ni le partage des territoires, ni le problème des réfugiés, ni Jérusalem, mais le Mont du Temple, son Nom, c’est sur cette case que l’échec s’est effectué. La question de la souveraineté sur le lieu. Le nœud entre les identités juive et arabe. Le Nom du temple. » [27]. Entre la forme visible de la mosquée, le « Saint des Saints » et ce qui est sous terre, enfoui, le Temple, il y a ce qui ne cesse de hanter les négociateurs, entre le spectre et le réel, et que Fehti Benslama nomme le « spectréal ». Comme cela n’a pas manqué d’être relevé, la politique menée par Ariel Sharon, dans une logique de guerre qu’il faut bien appeler colonialiste, répond à une logique suicidaire qui « dresse Israël contre elle-même » [28]. Et la monstrueuse fabrique des martyrs, de son côté, joue contre la Palestine. Objets d’une terrible manipulation, des jeunes gens, pour précipiter un engrenage déjà diabolique, sont transformés en « bombes humaines » ou selon une autre création lexicale, plus étrange, « bombes vivantes ». Cela ouvre des avenues à toutes les formes de terrorisme d’État – même si, on le sait, ce mot n’a pas bonne presse – l’État étant désormais autorisé à toutes les ripostes. Chacun, consciemment et inconsciemment, agit contre son peuple. Comment mettre fin à cette spirale de violence et sortir du « qui a tort, qui a raison ? » A fortiori si les choses s’enveniment. Car comme le relève Dominique Vidal, rejoignant les nombreuses voix qui s’élèvent pour les dénoncer : « jamais, depuis un demi-siècle, autant d’actes de barbarie de part et d’autre ne s’étaient multipliés, comme si, de bataille politique d’un peuple occupé pour sa liberté, le combat se transformait en lutte à mort ethnico-religieuse. » [29]
3. Vers un travail de déprise imaginaire
Comme l’illustrent les conflits actuels, le désespoir est une véritable poudrière pour les fanatismes. Quel espace-tiers pourra aider à désamorcer les choses ? L a démocratie internationale reste à penser, et se voit opposer d’énormes résistances. Freud avait formé le rêve d’une « instance suprême » à qui les États conféreraient le pouvoir nécessaire pour réguler les conflits. Mais il savait ces États capables de se placer au-dessus des lois : « vainqueurs et vaincus se transforment en maîtres et esclaves » et les maîtres tentent de « s’élever au-dessus des limitations valables pour tous » (...) et revenir ainsi « du règne du droit à celui de la violence. » [30] Le constat freudien continue de se vérifier : « Les hommes commettent des actes de cruauté qu’on aurait cru inconciliables avec leur degré de civilisation », ils continuent de confondre la figure de l’étranger avec celle de l’ennemi. « L’État qui fait la guerre a interdit à l’individu l’usage de l’injustice, non pour l’abolir, mais pour en avoir le monopole. » [31] Freud incrimine la « faible moralité » des États à l’extérieur, alors qu’à l’intérieur ils jouent les censeurs : n’y aurait-il que des É tatsvoyous [32] ? Et d’enchaîner sur la psychologie collective. Qui plus est : « les peuples peuvent s’égarer. Les peuples obéissent pour l’instant beaucoup plus à leurs passions... » [33] La question freudienne semble toujours à (ré)entendre, comme si être prévenus ne servait de rien. Pour résister à la pulsion de pouvoir quand elle n’en finit pas de se pervertir, la culture est nécessaire, mais pas suffisante. C’est le constat lucide, courageux, de certains, « revenus » à tous les sens du terme, de la guerre d’Algérie.
Nous voilà tenus à un effort de désidéalisation, à un travail de déprise imaginaire pour reconnaître avec Freud que « nous vivons psychologiquement au-dessus de nos moyens. » Il est temps – mais ce jour semble encore bien lointain – de « faire à la mort dans nos pensées la place qui lui revient... » [34] « et que nous avons si soigneusement réprimée ». R enoncer à l’illusion de « supprimer les penchants agressifs des hommes » pour espérer tout au plus « les détourner suffisamment pour qu’ils n’aient pas à trouver leur expression dans la guerre ». L’humanité n’y a, pour l’instant, pour parler comme Freud, pas réussi, et pas davantage à instaurer cet « État idéal dont il rêvait : « une communauté d’hommes qui auraient soumis leur vie pulsionnelle à la dictature de la raison. » [35] Nous avons sans cesse à nous déprendre de la fascination qu’exercent sur nous les idéologies : la psychanalyse justement s’interpose, non comme vision du monde, mais comme effort vers la pensée, dans l’espace toujours intranquille du savoir. Elle propose depuis l’expérience assumée de la castration, la destitution de tout maître. Si d’aventure elle rejoint le fanatisme, c’est qu’elle s’est alors égarée.
 
NOTES
 
[1]Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset, 1998.
[2]R ené Major, « L a démocratie comme dictature de la raison ? » colloque de Cerisy, La démocratie à venir, juillet 2002, actes à paraître.
[3]Jacques Derrida, « La langue de l’Étranger », in Fichus, Galilée, mars 2001.
[4]Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres (1925), Paris, Gallimard, 1985.
[5]Comme l’indique la promesse de jouissance faite aux kamikazes du 11-09, avec l’allusion largement commentée dans la presse, aux vierges qui les attendraient au paradis...
[6]Cf. les révélations d’Ahmed Boukhari publiées par Stephen Smith dans Le Monde, numéros du 30 juin et du 2 juillet 2001.
[7]« Il avait œuvré pour un rapprochement entre progressistes des deux camps, contre les réactionnaires des deux camps. Il menait une action en faveur de l’égalité des droits des minorités : de la minorité arabe en Israël et des minorités juives dans les pays arabes. » Sources : recherches internationales, n° 52-53 (printemps-été 1998). « Crise et avenir de la solidarité internationale (hommage à Henri Curiel) ».
[8]Gilles Perrault, Un Homme à part, Paris, Barrault, 1984.
[9]cf. Recherches internationales, op.cit, voir aussi Hocine Aït Ahmed, L’affaire Mécili, La Découverte, 1987.
[10]Charles Enderlin, Le Rêve brisé, histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient 1995-2002, Fayard, 2002, p. 17.
[11]À propos des notions de violence d’État et de terrorisme d’État : comme le rappelle René Kaës, « la violence est au fondement de l’État, de tout État, y compris de l’État de droit des démocraties libérales. Pour s’établir, pour se maintenir dans sa continuité et pour imposer son pouvoir, l’État produit et gère de la violence. (...) L’État moderne détient le monopole de la terreur et de la guerre. Cette analyse est pour l’essentiel encore valide, même si aujourd’hui l’émergence du terrorisme intranational et international entame ce monopole : en visant la déstabilisation des É tats de droit, le terrorisme atteint la légitimité de leur violence physique et symbolique. » (Kaës et autres auteurs, Violence d’État et psychanalyse, Dunod, 1984, p. 14). Quant au terrorisme d’État, on peut le définir comme « un exercice criminel du pouvoir, par l’intermédiaire de la répression clandestine et en marge de toute norme juridique ». (Strassera-Moreno Ocampo, 1985)
[12]Freud, Malaise dans la civilisation, (1929), Paris, P.U.F., 1971, p. 107.
[13]Freud, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, (1915), in Essais de psychanalyse, Paris, Petite bibliothèque Payot, 1983, p. 13.
[14]Dans les années 70 à l’initiative d’organisations palestiniennes laïques et prosoviétiques comme le FPLP – Front populaire de libération de la Palestine (G. Habbache) ou le FDPLP – Front démocratique et populaire de libération de la Palestine (Al-Hawatmeh) ou leurs scissionnistes (le FPLP-Commandement général d’Ahmed Al-Jibril, etc.).
[15]Samuel Blumenfeld, « Hollywood et le Pentagone : frères d’armes contre Al-Qaida », Le Monde, 11 septembre 2002, p. 21 : « Si la panique saisit tout un pays, elle n’épargna pas la communauté hollywoodienne qui prit immédiatement la posture d’un enfant qui aurait mis involontairement le feu à sa maison, se déclarant prêt à courber l’échine et à modifier son programme de production pour faire place à des films aux sujets « plus responsables ». Un plan où l’on voyait l’homme-araignée tendre sa toile entre les twin towers fut immédiatement retiré de la bande-annonce de Spider-Man. La séquence finale de Men in Black II, prévue dans le World Trade Center, fut, bien évidemment, resituée dans le Chrysler Building. L’étonnant Nose Bleed, produit par la MGM pour Jackie Chan, présentait un scénario encore plus rocambolesque – et prémonitoire. La star de Hongkong devait interpréter un laveur de carreaux qui découvre un complot terroriste visant à faire exploser le World Trade Center. »
[16]Guy Rosolato, Le sacrifice, repères psychanalytiques, P.U.F., 1987.
[17]Eugène Enriquez, De la horde à l’État, Gallimard, 1983.
[18]Il n’est évidemment pas question de réduire ce type de violence à des contextes dits religieux. On relève d’autres pratiques d’incitation de l’autre au martyre dans les grèves de la faim en Irlande du Nord dans les années 80 quand on poussait les prisonniers politiques dans ces actions jusqu’à la mort, également ces dernières années chez les prisonniers turcs marxistesléninistes.
[19]Selon le terme employé par M.M. Chatel in La frérocité, Littoral, n° 30, E.P.E.L., octobre, 1990. Voir aussi De la frérocité, René Major, in Au commencement. La vie la mort, Galilée, 1999, pp. 155-164. Mais Latifa Ben Mansour évoque aussi ce terme à propos des frères musulmans qu’on appelle les « frérots » : « j’appelle fréroce fraternité une assemblée de personnes qui se disent pures, sans taches, animées de nobles sentiments comme la solidarité, la charité, la fraternité, tous ces nobles sentiments ne sont en réalité que le masque d’une agressivité ou une cruauté féroce et fréroce. » (L. Ben Mansour, Frères musulmans, frères féroces, Ramsay, 2002) À ce sujet on pourra aussi se référer à une étude de P-L Assoun, Leçons psychanalytiques sur frères et sœurs, Anthropo, 1998.
[20]Guy Le Gaufrey, De la frérocité du pacte, Littoral, La connaissance paranoïaque, n° 31-32, E.P.E.L., mars 1991, p. 177-186.
[21]Farhad Khoskhokavar, Les nouveaux martyrs d’Allah, Flammarion, 2002.
[22]Comme le rappelle Pierre Conesa dans son article « Al-Quaïda, une secte millénariste », Le Monde diplomatique, n° 574, janv. 2002, p. 8.
[23]René Major, De l’élection, Aubier, 1986, p. 147.
[24]Ainsi le ministre de la justice a-t-il lancé une opération appelant « des millions d’Américains – camionneurs, facteurs, cheminots, capitaines de navire, employés des eaux ou de l’électricité – à signaler les activités présumées terroristes en appelant un numéro vert », cf. Le Monde Diplomatique, op. cit., p. 13.
[25]Pierre Abramovici, « L’histoire secrète des négociations entre Washington et les talibans », Le Monde diplomatique, n° 574, janv. 2002, p. 10-11.
[26]Charles Enderlin, Le Rêve brisé, p. 272 et suivantes, op. cit.
[27]Fehti Benslama, « La psychanalyse suppose-t-elle une autre politique ? », colloque de Cerisy, La démocratie à venir, autour de l’œuvre de Jacques Derrida, juillet 2002 (actes à paraître.)
[28]Dominique Vidal, « Israël contre Israël », Le Monde Diplomatique, n° 574, janv. 2002, p. 14.
[29]Ibid. p. 14.
[30]Freud, Pourquoi la guerre ? (1933) Résultats, idées, problèmes, tome II, P.U.F., 1985, p. 206.
[31]Freud, Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, p. 14-15.
[32]À ce sujet j’invite le lecteur à consulter : Noam Chomsky, Rogue states and U.S. Foreign Policy, Wilson center press, Johns Hopkins university Press. William Blum, L’État voyou, common courage press, 2001, trad. l’aventurine, Paris, 2002.
[33]Ibid. p. 25. On peut interroger la valeur de ce « pour l’instant ».
[34]Ibid. p. 40.
[35]Freud, Pourquoi la guerre ? op. cit., p. 212- 213.
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cf. Recherches internationales, op.cit, voir aussi Hocine A...
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