Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062954
200 pages

p. 7 à 25
doi: en cours

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no 81 2002/4

2002 TOPIQUE

Des millions de cadavres dans les placards

Michèle Porte Keranna - rue des Embruns -Saint Guénolé - 29760 Penmarc’h
Depuis une quinzaine d’années, les historiens tentent de mettre au jour les événements de la guerre de 14-18, tout en dévoilant l’étendue des censures et de l’« oubli » collectif dont ils ont été l’objet. Selon leurs analyses, la « guerre totale» a commencé en 1914, et, à défaut d’être reconnu et élaboré, le déchaînement collectif de la violence et de la cruauté s’est perpétué depuis, sans solution de continuité. Travaillant sur les processus psychiques collectifs, petite-fille d’un fantassin survivant de la Grande Guerre et fille d’un ancien maquisard, j’essaie d’analyser comment le déni du meurtre et de la cruauté m’a été transmis et, ce faisant, de reconnaître la puissance des dynamiques de masse. Le rappel des positions de Freud, pendant la guerre de 14-18 et après, permet de constater qu’il n’a pas échappé à leur emprise, quelle qu’ait été, par ailleurs, la pertinence de ses analyses. En dernière instance, il semble que notre inéducabilité narcissique, accrue par la culture occidentale, entraîne notre soumission aux processus psychiques collectifs.Mots-clés : Grande Guerre, Oubli, Refoulement, Déni et rejet, Toute-puissance, Narcissisme, Psychologie des masses, Meurtre, Cruauté, Jouissance, Humiliation, honte, culpabilité. For some fifteen years now, historians have been trying to shed light on some of the events that took place during World War I and, in doing so, they have also revealed the full extent of the censorship exerted by collective ‘forgetting’of these events. If we are to trust their analyses, ‘outright war’began in 1914 and, as this state has never been either recognised or purged, the collective unleashing of violence and cruelty has continued ever since this moment, with no apparent way of stopping this. Basing my work on collective psychic processes and as the grand-daughter of an infantryman who survived the Great War and the daughter of a former French ‘résistant’ of World War II, I attempt to analyse how the denial of murder and cruelty was passed on down to me and, from here, to show how powerful mass movements can be. A reminder of Freud’s position during the 1914-1918 war and its aftermath allows us to see that he himself was not unaffected by the grip of mass movements however pertinent his analyses of this phenomenon may be. Lastly, it appears that our narcissistic inability to learn from experience, a phenomenon made worse by the effects of Western culture, leads us into total submission to collective psychic processes.Keywords : Great War, Forgetting, Repression, Denial and rejection, Omnipotence, Narcissism, Psychology of the Masses, Murder, Cruelty, Pleasure, Humiliation, shame, guilt.
Pourquoi Freud a-t-il été si discret, à propos de la guerre de 1914-1918, après avoir rédigé les Actuelles sur la guerre et la mort [1] ? Pourtant deux de ses fils [2], l’un de ses gendres et l’un de ses neveux combattaient au front; ses proches collaborateurs étaient mobilisés; il a souffert du blocus qui affamait les puissances de l’axe; enfin la moitié de son œuvre est consacrée aux processus psychiques collectifs.
Pourquoi n’ai-je jamais étudié la guerre de 1914-1918, alors que je travaille depuis une quinzaine d’années sur les processus psychiques collectifs ? Pourtant mon grand-père paternel fut soldat de deuxième classe, durant toute la Grande Guerre, et je l’ai bien connu pendant onze ans.
Il ne s’agira pas de résoudre le problème des refoulements, dénis et rejets collectifs que la guerre de 1914-1918 a suscités [3]. Ils concernent tous les Européens, ils ont eu des conséquences ravageantes, et en ont encore, selon les historiens actuels [4]. Lever un coin de voile, reconnaître le problème, du point de vue de la psychanalyse, tel est le projet de ce travail.
 
1 – UN SYMPTÔME
 
 
Pendant l’hiver 2001-2002, Sophie de Mijolla-Mellor me parla du thème « guerre et violence ». Je lui annonçai la parution prochaine d’un ouvrage sur la cruauté [5], qui étudiait divers épisodes guerriers de notre histoire, dans la perspective freudienne. Il fut convenu que je pourrais proposer un article pour Topique, en septembre.
Le temps passa. Le souvenir du projet d’article me revint pendant l’été. L’investigation des processus psychiques collectifs selon Freud se poursuivait, en étudiant ce qui paraissait un troisième paramètre de leur dynamique : les peurs, terreurs et angoisses, dont le statut métapsychologique est délicat [6]. Voici quelques éléments contextuels.
Freud a traité la dynamique libidinale d’une collectivité dans Psychologie des masses et analyse du Je (1921). Un schéma fondamental y est proposé et commenté : les membres d’un collectif remplacent leurs {objet extérieur, objet du Je, idéal du Je} par un tenant lieu commun – chef de horde, groupe de dirigeants, ou idéal commun abstrait –, et par suite, leurs J e s’identifient. Psychologie de masses et analyse du Je s’avère ainsi une étude des identifications, qui, pour partie, constituent le Je et son idéal. L’essai montre la dimension collective de ces instances, et les diverses réductions qu’elles peuvent éprouver, selon les dynamiques collectives.
Bien que la réflexion soit à l’évidence sous-tendue par les processus de la guerre de 14-18 que Freud a vécus, il n’y est fait allusion qu’une fois. Lorsque Freud évoque les névroses de guerre, il les impute au manque d’amour que les soldats allemands subirent, de la part de leur hiérarchie militaire [7]. Commentant naguère cet essai [8], je n’évoquais pas la Grande Guerre, traitant d’autres situations où la dynamique collective entraîne, grâce à une conviction commune, la réduction de l’idéal du Je et du Je, puis la violence en acte.
En suivant Freud dans l’élaboration des processus psychiques collectifs, on rencontre ensuite l’étude du sur-Je. En effet, le seul commentaire que Freud aie jamais publié concernant Le Je et le Ça [9] détermine l’essai comme un « effort pour lier la psychologie sociale plus étroitement à la psychologie de l’individu » [10].
Il fallait bien s’attendre à ce que Freud envisageât l’incidence sur les collectifs du second paramètre économique et dynamique fondamental, la pulsion de mort. Au reste, Le Je et le Ça est le premier travail où l’investigation de l’hypothèse, pulsion de mort, s’approche « plus près de la psychanalyse » [11]. En particulier, les relations de la pulsion de mort avec l’hostilité et la haine y sont construites.
Lorsqu’on en médite le texte, Le Je et le Ça se montre d’un réalisme cru, presque aveuglant, quant à nos capacités de haine et de terreur individuelles et collectives, et d’une ironie cinglante, quant à notre moralité [12]. Les situations historiques les plus cruelles viennent à l’esprit. Les récits des témoins de ces événements sont éclairés par le texte de Freud, et réciproquement, ils l’éclairent [13].
Aussi, la rédaction d’une lecture détaillée de Le Je et le Ça et de quelques articles qui s’ensuivent étant achevée, le titre s’était imposé : il s’agissait De la cruauté collective et individuelle. Le texte de Freud en rend la genèse et les diverses expressions collectives intelligibles – en ces matières, l’intelligibilité et l’action, fût-elle analytique, sont disjointes. Néanmoins, la Grande Guerre n’est pas mentionnée dans Le Je et le Ça.
E n traitant des peurs, terreurs et angoisses collectives et individuelles, l’investigation gardait la même direction. Elles sont en effet un paramètre systématique de la genèse du sur-Je et de ses modes d’efficience dans les collectifs. Freud avait annoncé que l’angoisse demeurait un problème pendant, en concluant Le Je et le Ça, et il le reprenait deux ans plus tard, avec Inhibition, symptôme et angoisse.
Pourtant lorsque le souvenir de l’article à écrire me revint, la seule pensée, devant « guerre et violence », fut que je n’avais rien à dire. À supposer que j’eusse abordé le thème – et je n’étais plus sûre que le titre de l’ouvrage récemment paru fût justifié – j’avais dit ce que je pouvais. Le silence s’imposait. Cette pensée entêtante s’est maintenue un certain temps.
Il a fallu un peu d’auto-analyse et des lectures historiennes pour commencer de surmonter cette défense – une inhibition. Je remercie Sophie de Mijolla-Mellor et les membres du Comité de Rédaction de Topique de m’en avoir donné l’occasion. Ce travail fournit le thème de mon propos.
 
2 – REFOULEMENTS, DÉNIS ET REJETS DE LA GRANDE GUERRE
 
 
Il s’agit de ce qui a été tacitement transmis de la guerre de 14-18, à la troisième génération, qui n’a pas été élaboré, et que Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker présentent comme suit : « À vrai dire, la confusion intellectuelle de la fin de l’année 1998 [lors des célébrations du quatre-vingtième anniversaire de l’armistice] est venue se greffer sur une longue tradition. [...] aussi douloureux que ce soit, il est plus facile d’accepter que son grand-père ou son père ait été tué au combat que d’admettre qu’il ait pu tuer lui-même. Dans la conscience mémorielle, mieux vaut être victime qu’agent de souffrance et de mort. Celle-ci, toujours reçue, toujours anonyme, n’est jamais donnée [...] En faisant ainsi des combattants des sacrifiés offerts à la boucherie militaire, le processus de victimisation a encombré depuis longtemps la réflexion, quand il ne l’a pas interdite : une grande partie de ce qui s’est dit en novembre 1998 en procède. C’est ainsi que la question essentielle du consentement de millions d’Européens et d’Occidentaux entre 1914 et 1918 est restée occultée. Malgré les efforts historiographiques menés depuis une vingtaine d’années en France et à l’étranger, le problème de l’acceptation de la violence de guerre est resté un sujet tabou. » [14] Les auteurs ouvrent ainsi le livre, 14-18, retrouver la Guerre. Le titre évoque les processus psychiques du rejet, du déni ou du refoulement collectifs qu’ils tentent de pallier, en tant qu’historiens, – tout en appelant de leurs vœux des contributions psychanalytiques, qui semblent rares. Freud intervint « à chaud » dès 1915, sur les processus psychiques susceptibles d’élucider les comportements guerriers, puis en 1916-1917. Ensuite, il s’est tu sans se taire, si l’on considère que Psychologie des masses et analyse du Je puis Le Je et le Ça créent une métapsychologie convenable des processus psychiques collectifs.
Je reconnais n’avoir jamais pensé à mon grand-père comme à un meurtrier; même en lisant l’ouvrage de S. Audoin-Rouzeau et A. Becker, que je m’étais procurée dès parution et que j’avais dévoré. Je l’aurai d’abord oublié.
Mon grand-père avait notamment participé à toute la bataille de Verdun et à celle du Chemin des Dames [15]. Dans mon souvenir, c’était un homme affectueux, prévenant et doux, inventif dans les jeux qu’il me proposait. Je l’aimais beaucoup.
S. Audoin-Rouzeau et A. B ecker vont plus loin dans leur introduction, « Comprendre la Grande Guerre », et proposent ceci : « Le système de représentations des contemporains du premier conflit mondial, celui des soldats comme celui des civils, celui des hommes comme celui des femmes et des enfants, est presque impossible à admettre désormais. Le sentiment d’obligation, d’évidence du sacrifice, qui a si profondément et si longtemps empoigné l’immense majorité des contemporains, et sans lequel la guerre n’aurait jamais pu acquérir cette durée, cet acharnement, cette cruauté, n’est tout simplement plus recevable aujourd’hui. L e socle de représentations auquel s’est adossé l’immense consentement collectif – et tout particulièrement français – de 1914-1918 s’est volatilisé. [...] D’où sans doute un immense besoin d’explications – d’explications historiennes –, tout à la fois sollicitées et parfois, dans le même temps, refusées, tant la mise au jour des perceptions des hommes de 1914 heurte désormais les sensibilités du plus grand nombre. » [16]
Si le tenant lieu d’{objet extérieur, objet du Je, idéal du Je} investi par nos grands-parents peut sembler lointain ou étranger [17], les dynamiques psychiques auxquelles ils furent soumis sont familières et intelligibles. Conviction nationaliste, consentement au meurtre et à la mort, cruauté collective n’ont pas été supprimés – quel palliatif à ces comportements la société française aurait-elle construit, depuis 14-18 ? Les guerres récentes des USA et de leurs alliés – dont la France –, contre l’Irak, puis contre la Serbie, ont actualisé un potentiel de conviction meurtrière et de perte du sens critique qui vaut celui de la Grande Guerre.
Ainsi, S. Audoin-Rouzeau et A. Becker ne montreraient pas la seule méconnaissance de l’histoire. Ils mettraient au jour le vœu de méconnaître les processus psychiques collectifs, jusque chez les historiens qui les questionnent.
Pourquoi ce consentement à la cruauté ? Pourquoi son déchaînement ? se demandent-ils. Quant aux processus psychiques en jeu, il semble que Psychologie des masses et analyse du Je et Le Je et le Ça permettent de répondre [18].
Qu’est-il advenu ensuite ? Pourquoi Freud n’évoque-t-il plus la Grande Guerre, une fois qu’elle est finie ? Que m’en a-t-il été transmis ? Pourquoi n’en ai-je jamais pris l’exemple dans mes travaux ?
Rappelons quelques faits, même s’ils sont voués au refoulement, au déni ou au rejet.
Du 2 août 1914 au 11 novembre 1918, il mourut, en moyenne, chaque jour, neuf cents soldats français, et treize cents soldats allemands. Dans le cas français et dans l’infanterie, un officier sur trois est mort au combat; un soldat sur quatre est mort au combat. Les blessés graves furent trois à quatre fois plus nombreux que les morts – « gueules cassées », amputés, gazés; les névroses de guerre n’ont pas été dénombrées.
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker considèrent que la « tradition d’“auto-contention” de la violence de guerre s’effondre d’un coup, et définitivement, en 1914-1918 » [19]. Les traditions antérieures avaient « réglé » certaines guerres européennes, et canalisé la violence. En 14-18 au contraire, le siège et le bombardement des villes vise leur destruction complète; les officiers prisonniers sont soumis aux camps d’internement; les prisonniers sont achevés – « nettoyage » des tranchées, entre autres; la trêve des brancardiers disparaît – lors de la bataille de la Somme, de juillet à novembre 1916, il y eût un million deux cent mille morts, blessés et disparus – parmi eux, quatre cent mille morts; le seul 1er juillet 1916, vingt mille soldats sont morts; or, « on estime qu’un tiers eussent pu être sauvés si les pratiques d’assistance aux blessés encore en usage un demi-siècle plus tôt avaient été mises en œuvre » [20].
« En fait, nous manquons tout simplement du vocabulaire adéquat pour dire la mutation qui s’est produite. Hindenburg et Ludendorff, stupéfaits de leur visite sur la Somme en septembre 1916 – eux qui n’avaient connu jusqu’ici que le front de l’E st –, ont alors forgé l’expression “bataille de matériel” (Materialschlacht) pour tenter de nommer cette grande rupture » [21]. Néanmoins, les auteurs soulignent que la « guerre totale » et l’énorme accroissement de la violence ne furent pas le fait de la seule technique. « La brusque radicalisation guerrière fut provoquée par les conditions techniques nouvelles du combat, mais pas seulement. Sans référence aux nouveaux comportements combattants, on ne peut rendre compte du degré de brutalité inouï au sens strict du terme atteint par les affrontements de 1914-1918. » [22] Le nom de « champ de gloire » que les soldats de l’Empire utilisaient encore, bien que la tactique napoléo-nienne eût déjà transformé les combats en massacres, n’est plus de mise. Ni la bataille de la Somme ni celle de Verdun ne peuvent être ainsi nommées. « C’est une esthétique et aussi une éthique de l’héroïsme, du courage et de la violence guerrière qui ont disparu dans l’immense cataclysme du début du siècle » [23].
Il ne s’agit pas de faire le compte rendu de 14-18, retrouver la Guerre; mais le trouble dans la transmission des événements et les refoulements, dénis ou rejets qu’on essaie d’évaluer risquent d’être partagés; à défaut de quelques rappels – que nous « déréalisons » sitôt lus, comme les auteurs en préviennent –, la suite serait incompréhensible.
La cruauté inouïe des combattants s’installa d’emblée. Un clivage s’était construit en même temps, puisque les soldats gardaient d’intenses liens avec l’arrière, s’y comportant « normalement », et qu’une vigoureuse activité artistique et culturelle a existé au front, pendant toute la guerre.
S. Audoin-Rouzeau et A. B ecker insistent sur l’étendue de la censure, jusqu’il y a environ dix ans, du fait de la « dictature du témoignage » [24], entre autres. Certains anciens combattants auraient gardé la haute main sur ce qui pouvait être dit, et sur ce qui ne devait pas l’être : « “on est tué” à la guerre, mais on ne tue pas » [25]. Or, les charges à la baïonnette et les combats au corps à corps étaient fréquents – sans revenir sur le « nettoyage » des tranchées. De plus, quelques rares témoins ont décrit la jouissance de la « minute barbare » [26].
D’autres thèmes sont demeurés censurés jusqu’à nos jours : effets physiologiques de la terreur – les débâcles sphinctériennes; misère sexuelle – alors que la masturbation, la prostitution et l’homosexualité étaient de règle. « Tout un pan de l’humiliation infligée aux hommes par la violence de la guerre s’en trouve ainsi occulté, interdisant par là même toute investigation en direction des atteintes portées par le combat à l’estime de soi et à la définition des identités personnelles. » [27]
De plus, le déchaînement de la cruauté envers les civils, érigé en système, sur tous les fronts, a donné lieu à une amnésie presque totale, dès les années 1920. Or, les civils martyrisés puis assassinés se comptent par dizaines de milliers [28]. Les hommes étaient défigurés et mutilés – yeux crevés, nez et oreilles tranchés –, avant assassinat; les femmes étaient violées – l’enfant de l’ennemi –; lorsqu’elles étaient assassinées, elles étaient génitalement torturées [29]. Les civils morts du fait de la guerre sont estimés à dix millions de personnes, soit un peu plus que les militaires – huit millions cinq cent mille morts.
Enfin, une politique de terreur a été pratiquée de façon systématique dans les régions occupées, avec otages, disettes, réquisitions, travaux forcés, déplacements de populations (le wagon à bestiaux était le moyen de transport commun). Les camps d’internement avec déportation et travail forcé s’instaurèrent en système – cent mille camps de prisonniers, souvent civils et militaires mêlés, en Allemagne, pendant l’essentiel de la guerre. Les civils étaient utilisés comme masses de manœuvre pour des représailles-contre-représailles où les États se faisaient la guerre par civils interposés; bombardements d’hôpitaux, torpillages de navires-hôpitaux, usage des prisonniers comme boucliers humains étaient courants. « Invasions, occupations, exactions, manifestations de racisme, atrocités, déportations et massacres de civils ont accompagné la radicalisation du combat sur les champs de bataille : ce qui a lieu en ce domaine entre 1914 et 1918 est au cœur du processus de totalisation de la guerre au XXe siècle, de même que les phénomènes concentrationnaires qui leur sont associés. Et pourtant, la mémoire du conflit a pratiquement oblitéré ces réalités. Une “défaite de la mémoire” s’est produite [...] » [30]. Les auteurs mettent en relation cette « défaite de la mémoire » avec la continuation des mêmes pratiques, jusqu’à nos jours [31].
À la manière des tremblements de terre, la guerre de 1914-1918 ne cesserait de produire des répliques, cependant que ce qu’elle fut, pourquoi et comment, serait continûment refoulé, dénié et rejeté. Des séries cumulatives de censures se seraient exercées, les institutions étatiques, les combattants et les victimes civiles agissant dans le même sens, pendant la guerre et après. Leurs descendants les auraient ensuite relayés.
 
3 – DES SILENCES
 
 
La première pensée qui vint, lorsque j’examinai mon inhibition devant le thème « guerre et violence » fut la suivante. J’avais toujours su que mon grand-père ne parlait pas de la guerre. Je me soumettais à ce que j’avais sans doute interprété comme une loi du silence. Il n’avait jamais évoqué sa vie de combattant avec son épouse – son ancienne « marraine de guerre » [32] –, ni avec son fils, mon père, né quatre ans après la démobilisation. On peut penser qu’il avait décidé de protéger ainsi ses proches, surtout les jeunes; en outre, évoquer ces événements avec qui ne les avait pas vécus était sans doute d’une extraordinaire difficulté. Seul un qualificatif affectueux subsistait de la guerre dans ses propos; si quelqu’un se montrait maladroit, il arrivait qu’il s’exclamât : « dégourdi de la onzième ! ». Petite fille, j’entendais « delaronzième », et échafaudais toutes sortes de mythes magico-sexuels [33] avec ce mot mystérieux. Il s’agissait du nom d’une compagnie.
Au sortir de la guerre, le grand-père s’en était peut-être entretenu avec des collègues de travail qu’il rencontrait dans un café d’où femmes et enfants étaient exclus. Ensuite, les circonstances ayant changé, il en parlait avec un cousin ancien combattant, en s’isolant parmi les réunions de famille. Il n’avait jamais participé à aucune réunion ou association d’anciens combattants.
Le silence atteignit la guerre de 1939-1945. Je savais seulement que mon grand-père avait pleuré lors du premier discours radiophonique de Pétain, souffert de manquer de vin et de tabac, et acquiescé au départ de son fils dans le maquis. Plusieurs années après sa mort, son épouse apprit par hasard qu’il avait été résistant et qu’il avait eu des responsabilités politiques dangereuses pendant la seconde guerre mondiale.
Selon les historiens, ce silence était fréquent – tous les anciens combattants de l’entourage de ma famille l’ont observé, à ma connaissance. Ressasser les mêmes histoires, autre attitude fréquente, n’est guère différent, pour ce qui concerne la transmission. Dans l’un et l’autre cas, une forme de déni s’est installée dans l’échange des anciens combattants avec leurs enfants. Qu’est le devenir d’un déni à la génération suivante ? Et à la troisième ?
Évoquer des conséquences générales du déni de la Grande Guerre, du point de vue psychanalytique, semble difficile, puisque les paramètres singuliers de chaque histoire familiale s’y surajoutent.
 
4 – L’ALIÉNATION MÉCONNUE
 
 
Repartons du cas singulier, et de la troisième génération. Voici des années que j’élabore les dynamiques collectives, en suivant Freud. Ce faisant, ses analyses et stylisations ont été réactualisées; le contraste entre leur pertinence et la négligence de la communauté analytique à leur endroit a été souligné et, en partie, élucidé. Néanmoins, je n’ai jamais étudié de situations liées à la guerre de 14-18; à l’inverse, celles de la guerre de 39-45 ont souvent été sollicitées et travaillées.
Il semble que la seconde guerre mondiale fonctionne comme un écran. Ne me suis-je pas félicitée – vantée – de « n’avoir pas de cadavres dans les placards », pour ce que ma famille proche avait participé à la résistance ? Or, j’ai des cadavres par millions dans les placards. Non seulement je descends d’un fantassin de deuxième classe de la Grande Guerre, mais mon père a aussi été meurtrier, en tant que maquisard. Il me l’a dit. Il a témoigné en pleurant que tirer sur un ennemi était une jouissance.
Qu’ai-je été capable d’élaborer ? Rien. J’ai été fière.
Dans l’historiographie mythique de 39-45, le clivage du bien et du mal fonctionne à outrance; la victimisation aussi. Hitler est le mal. Les résistants sont le bien. Les convictions auxquelles S. Audoin-Rouzeau et A. Becker nous croient inaccessibles perdurent. Quinze ans de travail sur les collectifs m’en laissent imbue, et membre d’une horde qui se croit détentrice de la « civilisation ». La Grande Guerre a sombré dans un oubli aussi profond que le silence du grand-père. Elle se répète, ou elle continue. Je participe à cette perpétuation [34].
Parmi les dénis, refoulements et rejets, l’idéalisation de mon grand-père et celle de mon père sont conservées : profits narcissiques, comme dans toute horde [35]. L’humiliation et la honte que le grand-père a nécessairement subies sont demeurées en souffrance. Les pleurs du père, transmettant l’abjection de la toute-puissance en acte, n’ont pas été élaborés.
Ce qui a été transmis à la troisième génération comporte aussi une part de culpabilité – voire de honte – inconsciente et empruntée. Selon les études historiennes actuelles, les seules élaborations en partie permises, à la suite de la guerre de 14-18, en France, ont concerné les morts – les monuments aux morts. Il est loisible de reconstruire que mon grand-père silencieux, jamais blessé [36], est revenu de la guerre non seulement humilié et honteux, mais coupable de survivre. Combien de ses amis aura-t-il vu mourir, puisque, parmi les fantassins, un soldat sur quatre est mort au combat ? Combien de ses amis aura-t-il vu estropiés ? Combien aura-t-il tué de combattants adverses ? Jusqu’où auront été sa jouissance du meurtre, et sa honte subséquente ? Quel aura été le coût de sa survie, et par conséquent, la dimension de la dette transmise ?
Les censures fomentées au sortir de la guerre ont sans doute aggravé l’humiliation, la honte et la culpabilité. « Les “sauvés” du Lager n’étaient pas les meilleurs, les prédestinés au bien, les porteurs d’un message : tout ce que j’avais vu et vécu montrait exactement le contraire. Ceux qui survivaient étaient de préférence les pires, les égoïstes, les violents, les insensibles, les collaborateurs de la “zone grise”, les mouchards. Ce n’était pas une règle absolue (il n’y avait pas, il n’y a pas dans les choses humaines de règles absolues), mais c’était tout de même une règle. Je me sentais certes innocent, mais enrôlé parmi les élus, et pour cette raison à la recherche permanente d’une justification, à mes yeux et à ceux des autres. Les pires survivaient, c’est-à-dire les mieux adaptés, les meilleurs sont tous morts. » [37] Primo Levi a décrit la culpabilité et la honte de certains survivants des Lager. Or, les circonstances des camps ne les imposaient pas plus que celles de la guerre.
Je suis fille et petite-fille de meurtriers.
En outre, mes père et grand-père étaient honorés et respectés par la collectivité pour leurs meurtres – des « héros » –, cependant qu’ils étaient personnellement humiliés, honteux et coupables, en un sens, de leur courage même.
J’ai profité du credo collectif, pour partie consciemment, pour partie sans le savoir. La honte et la culpabilité héritées m’ont sans doute poussée au travail sur les processus collectifs.
Des cérémonies d’expiation et de pénitence collectives auront manqué, et continuent de manquer – même si l’orgie meurtrière de 14-18 est insurmontable, et les crimes inexpiables. Les autres cultures avaient pourtant montré que le retour de guerre nécessite expiation : c’est le tabou des guerriers que Freud avait analysé [38]. La guerre avait été totale. Il eût fallu une expiation de tous; des pleurs collectifs, sur les vivants et sur les morts; un temps pour quitter le régime de la jouissance, et retrouver le processus secondaire; un travail sur la propre cruauté, exacerbée par les fantasmes collectifs de toute-puissance.
La culture occidentale est peut-être inamendable. Sans cesse elle a attisé les vœux de toute-puissance; de nos jours, elle les entretient continûment. Or, les vœux de toute-puissance sont au fondement de la violence et de la cruauté.
 
5 – QUELLE ÉLABORATION ?
 
 
Sans recours collectif, l’ambivalence, voire le clivage persistent. Ai-je honte de mes père et grand-père ? De la férocité qu’ils m’ont transmise et des atrocités qu’ils ont commises ? Suis-je fière de leur courage, qu’il m’ont peut-être transmis aussi ? Les deux ?
Freud a-t-il été fier du courage de ses fils, auquel il les avait éduqués ? A-t-il eu honte de la férocité qu’il leur avait sans doute transmise aussi, et des atrocités qu’ils commettaient ? Les deux ?
Au début de la Grande Guerre, Freud a été pris par la conviction nationaliste. Voici son commentaire de la déclaration de guerre austro-hongroise à la Serbie et du bombardement de Belgrade. Il écrivit à Abraham, le 26 juillet 1914 [39] : « C’est peut-être la première fois depuis trente ans que j’ai le sentiment d’être autrichien et que je veux bien donner encore une chance à ce Reich dont il n’y a pas beaucoup à espérer. Le moral est partout excellent. L’effet libérateur de l’acte courageux, le ferme soutien de l’Allemagne y sont pour beaucoup ». Le 28 août 1914, il écrivit, au même Abraham : « Les nouvelles ne sont-elles pas maintenant excellentes ? Les troupes allemandes sont à peine à 100 kilomètres de Paris, la Belgique est liquidée; l’Angleterre l’est aussi sur terre. La Russie ne vaut pas mieux. » [40] Selon Jones [41], Freud écrivait le 15 septembre à Eitingon qu’il espérait fêter avec lui, à Paris, la chute de la ville. Et le 22 septembre, il écrivait de nouveau à Abraham : « Ce n’est pas la première fois que je suis à Hambourg; mais c’est la première fois que je n’y suis pas comme dans une ville étrangère. Je loge chez mes enfants, je parle du succès de “notre” emprunt et discute des chances de “notre” bataille pour les millions » [42].
Certaines lettres à Ferenczi sont plus nuancées, ainsi ces remarques du 15 décembre 1914 : « Au printemps, quand arrivera le grand bain de sang, j’y aurai, pour ma part, trois ou quatre fils. Ma confiance dans l’avenir après la guerre est fort réduite. D’ailleurs, nous avons appris aujourd’hui l’évacuation de Belgrade, occupée si spectaculairement il y a quinze jours. On nous entretient depuis trois mois de l’inévitable effondrement de la Serbie. Beaucoup de dégoût pour la façon dont nous menons les choses. » [43]
Pourtant six mois plus tard, en juillet 1915, Freud témoignait à nouveau de son enthousiasme à Abraham : « [...] les effets de nos belles victoires se sont manifestés par un accroissement de ma capacité de travail, si bien qu’aujourd’hui, je suis plongé dans le 11e et le 12e essais que j’avais prévus » [44] – il s’agit d’articles de métapsychologie qui ne seront pas publiés, et que Freud détruira.
Ensuite l’humeur de Freud commença de s’assombrir, d’après les correspondances. Il s’inquiétait pour ses fils, dont il était souvent sans nouvelles – et il analysait son ambivalence envers eux. Il passa par des périodes de relatif abattement, puis de colère : « D’une manière générale – quand on retrouve maintenant énergie et moral, on les consomme tout entier en fureur et en jurons » [45]. En juillet 1917, le fils unique de sa sœur Rosa, âgé de 20 ans, fut tué sur le front italien; Freud participa au deuil familial.
C’est en décembre 1917 que le ton a changé : « Dans la lutte entre l’Entente et la Quadruple Alliance, j’ai définitivement adopté la position de la Donna Blanca de Heine dans la dispute de Tolède :
« “Mais volontiers je croirais...” [46]
« À vrai dire, en ce moment, ma seule joie est la prise de Jérusalem et l’expérience [déclaration de Balfour] que les Anglais tentent avec le peuple élu. » [47] Freud abandonne le nationalisme austro-allemand, mais le remplace par une ébauche, certes ambivalente, de nationalisme juif...
Pour l’année 1918, Jones mentionne deux remarques de Freud, référées à des lettres adressées à Abraham et Ferenczi, mais qui manquent dans les volumes des Correspondances publiées, sans que des censures ne soient indiquées. Il aurait écrit à Abraham, le 22 mars 1918 : « Je suppose que nous sommes obligés de souhaiter une victoire allemande et c’est une pensée 1° déplaisante, 2° qui reste improbable » [48]; et à Ferenczi, le 25 octobre 1918 : « Je ne verserai pas une larme sur le sort de l’Autriche et de l’Allemagne » [49]. Dans une lettre à Ferenczi du 9 novembre 1918, on trouve ces phrases, qui confirment le sens des remarques précédentes, voire l’accentuent : « Le déclin de la vieille Autriche ne pouvait susciter en moi que la plus grande satisfaction. Malheureusement, je ne suis pas non plus austro-allemand ou pangermaniste » [50].
Il semble que Freud ait suivi le mouvement de l’opinion publique autrichienne, pendant la Grande Guerre. Après avoir participé à l’enthousiasme guerrier, durant une bonne année, il pâtit de la guerre qui se prolongeait plus que prévu, puis participa au ressentiment contre les puissances de l’Axe, qui avaient fomenté la guerre, lorsque la perspective de la défaite se dessina. L’expérience n’avait rien de glorieux. On peut penser que sa méditation aura contribué à la création de Psychologie des masses et analyse du Je et à celle de Le Je et le Ça. Le travail de ces textes aura permis à Freud d’acquérir une intelligibilité plus profonde des mouvements de masse et de ses propres positions, pendant la Grande Guerre. Au demeurant, la transformation de ses proches en soldats, à commencer par ses fils, aura peut-être imposé le clivage qui semble se profiler, lorsqu’on compare les Actuelles sur la guerre et la mort avec certaines lettres contemporaines de leur rédaction, ou postérieures.
Me suis-je protégée grâce à la stature tutélaire de Freud ? En empruntant des chemins analogues aux siens ? En évitant le plus blessant, qui consiste à reconnaître sa propre aliénation, dans les convictions bien cachées de sa propre culture ? En effet, il s’agit de retrouver sa propre enflure narcissique, avec l’acquiescement au meurtre qu’elle implique. « Il n’y a pas de quoi être fière » dit l’adage. Accepter de se reconnaître meurtrière, non seulement selon l’inconscient, mais potentiellement, en acte, si les conditions collectives s’y prêtent.
C’est ce que mes père et grand-père ont vécu, dans la réalité. Il semble qu’ils m’aient « quand même » transmis la dette des vies annihilées dont ma propre existence est tributaire – constatation qui provoque une sorte de sidération. Il y a là comme une étrange variante de scène primitive.
En 1932, en réponse à une demande d’Einstein, Freud lui écrivit une lettre dont il autorisa la publication, sous le titre « Pourquoi la guerre ? ». On peut y lire ceci : « Pourquoi nous indignons-nous tant contre la guerre, vous et moi et tant d’autres, pourquoi ne la tolérons-nous pas comme une autre des nombreuses nécessités cruelles de la vie ? [...] je crois que la raison fondamentale pour laquelle nous nous indignons contre la guerre est que nous ne pouvons pas faire autrement. Nous sommes des pacifistes, parce que, pour des raisons organiques, il nous faut l’être. [...] Je pense ce qui suit : Depuis des temps immémoriaux, le procès de développement culturel s’étend sur l’humanité. (Je sais que d’autres préfèrent l’appeler : civilisation [51].) À ce procès, nous sommes redevables du meilleur de ce que nous sommes devenus et d’une bonne partie de ce dont nous souffrons [...] Peut-être ce procès est-il comparable à la domestication de certaines espèces animales; sans aucun doute, il apporte des modifications corporelles avec lui; on ne s’est pas encore familiarisé avec la représentation que le développement culturel est un tel procès organique [...] Parmi les caractères psychologiques de la culture, deux semblent les plus importantes : le renforcement de l’intellect, qui commence à dominer la vie pulsionnelle, et l’internalisation du penchant à l’agression avec toutes ses suites avantageuses et dangereuses. À ces positions psychiques, que le progrès culturel nous impose, la guerre apporte maintenant contradiction, de la façon la plus crue, c’est pourquoi il nous faut nous indigner contre elle, tout simplement nous ne la supportons plus, ce n’est pas seulement une récusation intellectuelle et affective, c’est chez nous, pacifistes, une intolérance constitutionnelle, une idiosyncrasie en quelque sorte poussée à l’extrême. » [52] Freud a oublié son (ses) nationalisme(s) d’antan, sa joyeuse participation aux commencements de la Grande Guerre, ainsi qu’une partie de son travail – entre autres, Le Je et le Ça. Il donne dans le wishfull thinking, position dont il n’est guère coutumier, mais qui le montre à nouveau pris par l’un des mouvements d’opinion dominants de ce temps-là – le pacifisme [53]. En un sens, Freud nous dédouane de notre propre aliénation. Surtout, il démontre la puissance de la dynamique des collectifs, puisque nul n’en était averti mieux que lui, et qu’il y a succombé [54]. Jauger la part que le refoulement, le déni et le rejet prennent à la méconnaissance des propres motions meurtrières, dans cette lettre, n’est pas aisé.
Ma génération analytique peut-elle élaborer d’une façon plus adéquate les atrocités du XXe siècle ? Comme la génération correspondante des historiens s’y essaie ? Le travail déjà effectué en matière de processus psychiques collectifs et ce récit même vont, en un sens, à l’encontre d’un tel projet. La passion régressive de la toute-puissance, sans cesse entretenue et valorisée par notre culture, inexpugnable et contagieuse, paraît l’empêcher.
En outre, les identifications collectives et leur trace dans l’histoire individuelle échappent au travail de la cure, selon mon expérience. Les pères de certains de mes patients étaient d’anciens combattants de la guerre d’Algérie, des hommes dont on pouvait penser qu’ils souffraient d’une névrose traumatique. Néanmoins, le travail de la cure donnait accès aux détails des élaborations fantasmatiques que les échanges avec leur père avaient suscitées, chez ces patients. Si tel père, présenté comme alcoolique, a ensuite été considéré comme déprimé, si des éléments de culpabilité ont été mis au jour, il ne semble pas qu’un travail sur les identifications collectives ait pu s’accomplir, chez ces patients, pendant leur cure. Du moins n’est-il pas venu à ma connaissance.
Selon Freud, seuls les poètes, s’ils ne sont pas assassinés, permettent aux masses d’élaborer davantage le niveau symbolique de leurs échanges [55]. La voix d’un poète est-elle audible, parmi l’actuel vacarme de nos hordes sauvages ?
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]Freud S., 1915b, Zeitgemässes über Krieg und Tod, G.W. X, pp. 323-355. Actuelles sur la guerre et la mort, OCP XIII, pp. 125-155.
[2]L’un d’entre eux, Martin Freud, était réformé. Comme il s’était porté volontaire, Freud écrivit à Ferenczi : « [...] je comprends ses considérations et finalement il me faut lui donner raison » (23 août 1914). Freud S., Ferenczi S., Correspondance. 1914-1919, Paris, Calmann-Lévy, 1996, p. 18. Le troisième fils de Freud, Olivier, était ingénieur. Mobilisé lui aussi, il travaillait à l’arrière, dans les Ponts et Chaussées.
[3]En France, l’équipe de l’« Institut d’Histoire du Temps Présent » a beaucoup œuvré à leur mise au jour, et continue d’y travailler. Ainsi, Danièle Voldman et Luc Capdevilla viennent de faire paraître, Nos morts. La société occidentale face aux tués de la guerre, Paris, Payot, qui étudie à nouveaux frais toute la question de la ritualisation de la mort, entre autres en 14-18.
[4]Par exemple, Becker A., 1998, Oubliés de la Grande Guerre. Humanitaire et culture de guerre 1914-1918. Populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre, Paris, Éditions Noêsis. Le dernier chapitre de l’ouvrage traite de « L’impossibilité de la mémoire, 1919-1939 », puis la conclusion s’intitule : « Vers le système de mise à mort nazi ». La thèse est qu’il n’y a pas de solution de continuité entre la guerre de 1914-1918 et celle de 1939-1945. La « guerre totale » a été instaurée en 1914-1918, l’événement n’a pas été élaboré, et les pratiques s’en sont perpétuées et amplifiées. Or, il est superflu de démontrer que le « système de mise à mort nazi » n’a pas cessé après 1945, et qu’il s’est transmis jusqu’à nos jours : par exemple, dans les régimes dits communistes, avec leurs déplacements de populations et camps de concentration (héritage direct de 14-18); au Rwanda et au Burundi, pour ce qui concerne les génocides; en Amérique Latine et du Sud, avec les régimes totalitaires aidés par les nazis recyclés via les États-Unis; sans parler des discours de l’actuel Président états-unien, qui reprennent le thème de la croisade et les catégories, « barbare » vs « civilisé », comme pendant la guerre de 14-18.
[5]Porte M., 2002, De la cruauté collective et individuelle. Singularités de l’élaboration freudienne, Paris, L’Harmattan, 2002.
[6]Comme il s’avère à la lecture de Inhibition, symptôme et angoisse (1925). L’appareil théorique de la psychanalyse semble peu adapté à l’intelligibilité des affects, fussent-ce les peurs, terreurs et angoisses.
[7]« La négligence de ce facteur libidinal dans l’armée, même dans le cas où il n’est pas le seul efficient, semble non seulement un manque théorique, mais aussi un danger pratique. Le militarisme prussien, qui était tout aussi inpsychologique (unpsychologisch ) que la science allemande, a dû peut-être en faire l’expérience pendant la Grande Guerre. Les névroses de guerre, qui désagrégèrent l’armée allemande, ont certes été reconnues comme, en grande partie, une protestation du particulier (des Einzelnen, de l’homme isolé) contre le rôle exigé de lui dans l’armée, et d’après les communications de E. Simmel, on peut affirmer que le traitement sans amour (lieblos) de l’homme du commun par ses supérieurs était en tête parmi les motifs de maladie. Avec une meilleure appréciation de cette revendication libidinale, les fantasmatiques promesses des 14 points du Président américain [Th. W. Wilson] n’auraient pas si aisément trouvé croyance, et le grandiose instrument ne se serait pas brisé dans la main des stratèges allemands. » G.W. XIII, p. 103. Les OCP XVI signalent en note, p. 34 : « À la demande de Freud, ce paragraphe fut placé en note de la traduction anglaise de 1922. Dans toutes les éditions allemandes avant et après cette date il apparaît dans le corps du texte ».
[8]Porte M., 1997, Pulsions et Politique, Paris, L’Harmattan.
[9]Du moins, à ma connaissance. (Freud S., 1923b, Das Ich und das Es, G.W. XIII, pp. 237-289; Le moi et le ça, OCP XVI, pp. 255-302. Il est connu que cet essai est pour l’essentiel consacré au sur-Je.)
[10]Freud S., 1924/1925d, « Selbstdarstellung », G.W. XIV, pp. 33-96; « Autoprésentation », OCP XVII, pp. 51-122; en l’occurrence, p. 94/117.
[11]Das Ich und das Es, op. cit., p. 237.
[12]On peut se demander si l’extraordinaire succès du Malaise dans la culture, ne tient pas à la façon d’édulcoration et de restriction que l’essai de 1929 offre, par rapport à celui de 1923. Le Malaise développe en effet quelques conséquences de Le Je et le Ça.
[13]Par exemple, Bartholomé de las Casas, Varlam Chalamov, Evguenia S. Guinzbourg, Victor Klemperer et Primo Levi.
[14]Audoin-Rouzeau S. et Becker A., 2000, 14-18, retrouver la Guerre, Paris, Gallimard, p. 8-9, souligné par moi. En écho à ces propos, voici une remarque de Freud : « Et maintenant, partez de l’individuel et regardez vers la Grande Guerre, qui continue de ravager l’Europe, pensez à la démesure de brutalité, de cruauté et de mensonge qui peut maintenant s’étaler parmi le monde cultivé (Kulturwelt). Croyez-vous vraiment qu’une poignée d’ambitieux sans conscience et de séducteurs (Verführer) aurait réussi à déchaîner tous ces mauvais esprits si les millions de séduits n’étaient pas complices ? », 1916-1917, Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse. IX. Die Traumzensur, G.W. XI, p. 147. Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1969, p. 131.
[15]16 avril 1917. Des milliers de soldats furent envoyés au massacre, par un état-major français « aveugle et entêté », commandé par le général Nivelle. Ce dernier fut déclaré « indifférent aux pertes humaines » et « d’une incompétence criminelle » par les députés et sénateurs, réunis en « Comités secrets ». Ils optèrent néanmoins pour l’impunité des chefs. « [...] après la tenue de ces Comités, le mensonge, la vérité officielle, reprennent leurs droits. Les procès-verbaux de ces séances à huit clos n’ont jamais été publiés, si ce n’est au Journal officiel, bien après la guerre – certains incomplets paraîtront seulement en 1968. » (Castex H., 1998, L’affaire du Chemin des Dames. Les Comités secrets (1917), Paris, Auzas éditeurs Imago, 4e de couverture et Introduction.)
[16]Audoin-Rouzeau S. et Becker A., op. cit., p. 18, souligné par les auteurs.
[17]Et encore ! C’est une réaction nationaliste à l’envahissement du territoire et aux exactions qui l’ont accompagné. Des circonstances analogues reproduisent de nos jours le même style d’obnubilation collective.
[18]Sauf pour ce qui concerne les peurs, terreurs et angoisses, dont les historiens actuels font grand cas. Les millions d’hommes soudain mobilisés, déplacés au front, privés de tous repères et devant combattre immédiatement auraient été terrorisés. Le déchaînement de la cruauté serait une conséquence de la panique.
[19]Ib., p. 42. Néanmoins, les Européens ont commis la conquête des Amériques; fomenté la Guerre de Trente Ans (1618-1648), au cours de laquelle la population européenne passa de 20 à 7 millions d’habitants, selon les estimations de P. Chaunu; mis en œuvre la traite des Africains; enfin procédé, au cours du XIXe siècle, à des conquêtes coloniales aussi massives que cruelles. Dans tous ces cas, « l’“autocontention” de la violence de guerre » n’a pas été pratiquée. Ainsi ne s’effondre-t-elle pas « d’un coup », même si elle s’effondre « définitivement ».
[20]Ib., p. 43, souligné par moi.
[21]Ib., p. 40.
[22]Ib., p. 44.
[23]Ib., p. 40.
[24]Ib., p. 52.
[25]Ib., p. 53.
[26]Témoignage d’un directeur d’école, ancien combattant : « Elle [la guerre] a réveillé en nous et parfois porté au paroxysme, d’antiques instincts de cruauté et de barbarie. Il m’est arrivé [...] à moi qui n’ai jamais appliqué un coup de poing à quiconque, à moi qui ai horreur du désordre et de la barbarie, de prendre plaisir à tuer. Lorsque, au cours d’un coup de main, nous rampions vers l’ennemi, la grenade au poing, le couteau entre les dents comme des escarpes, la peur nous tenait aux entrailles, et cependant une force inéluctable nous poussait en avant. Surprendre l’ennemi dans sa tranchée, sauter sur lui, jouir de l’effarement de l’homme qui ne croit pas au diable et qui pourtant le voit tout à coup tomber sur ses épaules ! Cette minute barbare, cette minute atroce avait pour nous une saveur unique, un attrait morbide, comme chez ces malheureux qui, usant de stupéfiants, mesurent l’étendue du risque, mais ne peuvent se retenir de prendre du poison. » 1914-1918, retrouver la Guerre, op. cit., p. 56. Les auteurs soulignent l’« audace inouïe » de ce témoignage publié en 1936, et l’extrême rareté des témoignages concernant le meurtre.
[27]Ib., p. 58, souligné par moi.
[28]Ceci vaut pour les Belges : cinq mille cinq cents personnes victimes des soldats allemands, en 1914, lors de l’invasion; pour les populations françaises du Nord et de l’Est de la France occupées; mais aussi pour les Serbes, martyrisés par les soldats austro-hongrois dès les guerres balkaniques, et pour tous les habitants des fronts de l’Est de l’Europe. Les Arméniens victimes du génocide, en 1915, ne sont pas comptabilisés ci-dessus. S. Audoin-Rouzeau et A. Becker montrent que l’attitude des Turcs envers cette minorité, réputée alliée de l’ennemi Russe, se situe dans la continuité des autres atrocités commises ailleurs à l’encontre des civils. Les soldats français eurent moins d’occasions de s’en rendre coupables, parce qu’ils n’étaient pas occupants – sauf au début de la guerre, en Alsace, où ils commirent les mêmes exactions que les autres.
[29]L’écho récent de ces pratiques, sur l’un des lieux où elles avaient eu cours, les victimes d’alors, « les Serbes », devenant les bourreaux, ne manque pas de frapper.
[30]1914-1918, retrouver la Guerre, op. cit., p. 104. L’ouvrage de A. Becker, Oubliés de la Grande Guerre, op. cit., est consacré à l’étude des destins des civils martyrisés et à l’oubli radical dont ils furent l’objet dès les années 20.
[31]« La guerre de 31 ans » (1914-1945), selon E. J. Hobsbawn va, pour partie, dans le même sens. (E. J. Hobsbawn, 1994, Age of Extremes : The Short Twentieth Century, 1914-1991, trad. fr. Éditions Complexes et Le Monde Diplomatique, Paris, 1999. La censure des éditeurs français s’est exercée contre cet ouvrage, de 1994 à 1999, et il fallut une campagne de presse pour qu’il fût traduit et édité, cf. « Préface à l’édition française », pp. 7-11.) Clore en 1945 l’épisode de la guerre entamée en 1914 semble optimiste – du moins pour ce qui concerne les comportements collectifs de « guerre totale ».
[32]L’institution était systématique. Les marraines de guerre entretenaient une correspondance avec les soldats et leur envoyaient des colis. En l’occurrence, cette institution perdura cinq ans. En effet, mon grand-père participa à l’occupation, quelque part en Allemagne, jusqu’en 1919. Comme il avait accompli trois ans de service militaire, avant la déclaration de guerre, il avait dépensé continûment 8 ans de sa vie dans l’armée française, de 21 à 29 ans, ainsi que tous ceux de sa « classe » qui avaient survécu. L’impact psychique, individuel et collectif, de telles contraintes demeure à explorer.
[33]Selon le terme que Sophie de Mijolla-Mellor propose pour qualifier ces solitaires méditations enfantines. (De Mijolla-Mellor S., 2002, Le besoin de savoir. Théories et mythes magico-sexuels dans l’enfance, Paris, Dunod.)
[34]Il ne s’agit pas de soutenir que le régime hitlérien et ceux de ses opposants étaient semblables, mais de mesurer la conviction dont cette différence est investie.
[35]Réciproquement, une autre détermination du silence des anciens combattants envers leurs enfants est sans doute l’enjeu narcissique de « His Majesty the Baby » (Freud S., 1914c, Zur Einführung des Narzissmus, G.W. X, p. 157-158. Pour introduire le narcissisme, La vie sexuelle, Paris, P.U.F., 1969, p. 96.)
[36]La seule balle qui aurait dû le tuer a été arrêtée par la montre gousset qu’il portait. Ce genre de miracle semble plus fréquent que ce qu’un calcul des probabilités proposerait. Pensée magique en acte ?
[37]Primo Levi, 1986, I sommersi e i salvati. Trad. fr. 1989, Les naufragés et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz, Paris, Gallimard, p. 81.
[38]F reud S., 1912-1913, Totem und Tabu. II. Das Tabu und die Ambivalenz der Gefühlsregungen, G.W. IX, pp. 26-92. Totem et tabou. II. Le tabou et l’ambivalence des motions de sentiments, OCP XI, pp. 219-282.
[39]L ettre à K arl Abraham. Freud S., Abraham K., Correspondance 1906-1927, Paris, Gallimard, 1965, p. 190.
[40]Ib., p. 198.
[41]Jones E., 1953, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud. 2. Les années de maturité (1901-1919), Paris, P.U.F., 1969, p. 184.
[42]Lettre à Karl Abraham. Freud S., Abraham K., Correspondance, op. cit., p. 201.
[43]Lettre à Sandor Ferenczi. Freud S., Ferenczi S., Correspondance. 1914-1919, Paris, Calmann-Lévy, 1996, p. 44.
[44]Lettre à Karl Abraham. 3 juillet 1915. Correspondance, op. cit., p. 229. Cette lettre est postérieure à la rédaction des Actuelles sur la guerre et la mort, qui ont été rédigées au début de l’année (selon Jones, op. cit., p. 199, et les Correspondances).
[45]Lettre à Karl Abraham. 22 juin 1917, Correspondance, op. cit., p. 259.
[46]Les deux vers suivants sont : « que le moine et le rabbin / sentent tous les deux mauvais ». Citation de Heine H., Romanzero, livre III. Mélodies hébraïques, trad. L. Laloy, Paris, Rieder, 1926; derniers vers de la « Discussion », p. 178. Une remarque de même teneur est adressée à Ferenczi, le 16 décembre 1917.
[47]Lettre à Karl Abraham. Correspondance, op. cit., 10 décembre 1917, p. 268.
[48]Jones E., op. cit., p. 209; lettre à Abraham censurée – si Jones n’invente pas le propos –, Correspondance, op. cit., pp. 276-277.
[49]Jones E., op. cit., p. 214. En ce cas, il n’y a pas de lettre de Freud, à la date du 25 octobre 1918, dans la Correspondance publiée.
[50]Lettre à Sandor Ferenczi. Freud S., Ferenczi S., Correspondance. 1914-1919, op. cit., p. 341.
[51]La distinction « culture » vs « civilisation » rappelle la virulente guerre de propagande entre intellectuels français et allemands, en 14-18, quant à la désignation des barbares – les autres. Les Français se targuaient de « civilisation » (universelle) et les Allemands de « culture » (plus locale). Chaque groupe accusait l’autre, arguant que les déterminations de la « culture » ou de la « civilisation » impliquaient la « barbarie ». Freud prit position à l’endroit de ce conflit en 1927, dans L’avenir d’une illusion : « La culture humaine – je pense à tout ce en quoi la vie humaine s’est élevée au-dessus de ses conditions animales et à ce en quoi elle se différencie de la vie des bêtes – et je dédaigne (ich verschäme) de séparer culture et civilisation – [...] » G.W. XIV, p. 326, et OCP XVIII, p. 146. Le choix du titre, Malaise dans la culture, participe aussi de ce conflit et s’y réfère, du moins pour les contemporains de la publication de l’ouvrage, en 1929.
[52]Freud S., 1932/1933b, Warum Krieg ?, G.W. XVI, pp. 25-26. Pourquoi la guerre ? OCP XIX, p. 79-81.
[53]On songe à Norbert Elias persistant, malgré la guerre de 14-18 et très au-delà, dans sa thèse, selon laquelle le progrès de la civilité aurait été à peu près continu en Europe, depuis le Moyen Âge; il aurait entraîné l’accroissement tout aussi continu d’« une réglementation et [d’]un contingentement de la vie affective, par quelque forme de self-control, bref par des auto-contraintes » (Elias N., La civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 1991, pp. 270-271). Dans ce cas, il semble qu’il y ait eu déni de la Grande Guerre.
[54]De nouveau, l’enjeu narcissique est prévalant.
[55]Freud S., 1921c, Massenpsychologie und Ich-Analyse. Nachträge B), G.W. XIII, p. 151-153. Psychologie des masses et analyse du moi, OCP XVI, pp. 73-76.
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Freud S., 1915b, Zeitgemässes über Krieg und Tod, G.W. X, p...
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[2]
L’un d’entre eux, Martin Freud, était réformé. Comme il s’é...
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En France, l’équipe de l’« Institut d’Histoire du Temps Pré...
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Par exemple, Becker A., 1998, Oubliés de la Grande Guerre. ...
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[5]
Porte M., 2002, De la cruauté collective et individuelle. S...
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[6]
Comme il s’avère à la lecture de Inhibition, symptôme et an...
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« La négligence de ce facteur libidinal dans l’armée, même ...
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Porte M., 1997, Pulsions et Politique, Paris, L’Harmattan. Suite de la note...
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Du moins, à ma connaissance. (Freud S., 1923b, Das Ich und ...
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Freud S., 1924/1925d, « Selbstdarstellung », G.W. XIV, pp. ...
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[11]
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[12]
On peut se demander si l’extraordinaire succès du Malaise d...
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Par exemple, Bartholomé de las Casas, Varlam Chalamov, Evgu...
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Audoin-Rouzeau S. et Becker A., 2000, 14-18, retrouver la G...
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16 avril 1917. Des milliers de soldats furent envoyés au ma...
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Primo Levi, 1986, I sommersi e i salvati. Trad. fr. 1989, L...
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F reud S., 1912-1913, Totem und Tabu. II. Das Tabu und die ...
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Jones E., 1953, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud. 2. Les ...
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