2003
TOPIQUE
Sublimation et sexualité féminine. À partir d’une lecture de la Correspondancede Marie d’Agoult et de George Sand
Janine Filloux
75 rue Saint-Charles 75015 Paris
Avec le concept de sublimation Freud a tenté de rendre compte du passage
du sexuel au non sexuel sans jamais varier sur l’infériorité de la femme en ce domaine, sur
son incapacité « à égaler l’homme dans la sublimation de la sexualité » et partant à œuvrer
au développement de la culture et du lien communautaire. Il n’a d’ailleurs semble-t-il pas
témoigné d’un quelconque intérêt pour les créations littéraires, artistiques ou scientifiques
de femmes du XIXe siècle déjà connues à sa naissance, telle George Sand dont l’œuvre littéraire abondante s’impose dans la littérature romantique française. Dans la Correspondance
avec Marie d’Agoult, avec qui George Sand sera liée d’une amitié intense pendant une
courte période de sa vie, s’appréhende comment, faute de pouvoir affronter le travail de la
haine vis-à-vis de l’objet primaire, le lien affectif entre deux femmes ne peut trouver d’issue
sublimatoire. En revanche, l’œuvre de George Sand, ses romans, ses écrits autobiographiques, ses multiples Correspondances – avec Gustave Flaubert tout particulièrement –
témoigne avec force d’une possible métabolisation de cette haine au travers de la création
littéraire. La question d’un rapport particulier de la femme à la sublimation, non aligné sur
le modèle freudien de la sublimation, apanage du masculin, se pose à partir de la conception
de l’implication de l’écrivain dans son œuvre, des conflits qu’elle doit assumer pour rendre
opérante sa bisexualité psychique et d’une frontière qui paraît incertaine entre sublimation
et idéalisation.Mots-clés :
Sublimation, Amitié, Création, Matricide, Identité sexuée, Double.
With the notion of sublimation, Freud was trying to account for the passage
of the sexual to the non-sexual, leaving unvaried the inferiority of women in this field, in
their incapacity to ‘equal men in the sublimation of sexuality’and to work towards the
development of culture and community bonding. Apparently, he showed little interest for
the literary, artistic or scientific achievements of women in the nineteenth century who
were already renown at the time of his birth, like George Sand whose multi-facetted literary
works play a role of prime importance in French Romantic literature. In the letters she
exchanged with Marie d’Agoult, with whom she was intimate for a short period of time,
we can see how, even if the progression of hate in its elaboration towards the primary object
is less clear, the affective link between two women can be sublimated. On the other hand,
George Sand, in her novels and autobiographical writings and in the letters she exchanged
with Flaubert among others, bears witness to the possible metabolisation of this hatred
through literary creation. The idea of a specific female relation with sublimation, not aligned
on the Freudian model which is a male prerogative, can be questioned if we consider the
implication of the writer in her work, the conflicts that she had to assume to make her
psychic bisexuality operative and the uncertain frontier between sublimation and idealisation
she was faced with.Keywords :
Sublimation, Friendship, Creation, Matricide, Sexual Identity, Double.
« La nécessité intérieure qui fait qu’un artiste doit être un artiste,
a tout à voir avec le genre et la sexualité. La frustration de la
femme artiste et son absence d’influence immédiate comme artiste
dans la société est une conséquence de cette nécessité et son
impuissance (même si elle a du succès) est la conséquence de
cette vocation incontournable. »
Le peu d’aptitude des femmes à la sublimation, ou tout au moins leur
aptitude « moindre que celle des hommes », toujours affirmée par Freud est
dans la continuité de sa théorie de la libido. Dans le texte sur « La féminité »
de 1933 il en fait le constat comme d’une évidence qui s’impose à l’observation; il précise que « leurs intérêts sociaux sont plus faibles » et que « la femme
de trente ans, contrairement à l’homme du même âge encore plein d’avenir,
effraie le thérapeute par sa rigidité psychique et son immuabilité... comme
si le développement féminin avait épuisé les possibilités de la personne ». Cette
pétrification des forces vives, dont les forces créatrices sont une expression,
suscitant l’effroi d’une vision spectrale se donne comme un écho de ce que
vingt-deux ans plus tôt il formule sur le déclin de la capacité créatrice d’un
Léonard de Vinci vieillissant : « l’activité de recherche se substituant à la création
artistique semble présenter quelques-uns des traits qui caractérisent l’activité
des pulsions inconscientes : l’insatiabilité, la rigidité implacable et un manque
de capacité à s’adapter aux conditions réelles »; déclin de la capacité de sublimation laissant le champ ouvert à la régression pathogène. Freud donne ainsi
à penser que l’accès au féminin et au maternel, que son « genre et sa sexualité »
excluent pour la femme la possibilité d’œuvrer au développement de la culture
représentée par la création artistique, l’investigation intellectuelle et, plus
généralement, les activités socialement et moralement valorisées dans lesquelles
il faut inclure la constitution du lien communautaire lorsqu’il fonde en 1921
[2]
son modèle de constitution du groupe sur la sublimation de l’homosexualité
masculine : le processus de sublimation est à l’origine des liens particulièrement
durables entre les hommes, des liens d’amitié et de tendresse; il le réaffirme
en 1922
[3] : « Du point de vue psychanalytique nous sommes habitués à concevoir
les sentiments sociaux comme des sublimations de positions d’objet
homosexuelles ». Le lien social communautaire comme lien symbolique serait
ainsi l’apanage du masculin, l’homme serait le sujet qui parle et qui pense.
On sait que pour Freud la sublimation est un destin de la pulsion sexuelle,
une voie de l’économie psychique qui fournit l’énergie nécessaire au travail
culturel en opérant la désexualisation de la pulsion sexuelle ou plus précisément
des pulsions partielles qui la composent; c’est elle qui assigne à la libido des
buts conformes aux idéaux porteurs et portés par le travail culturel. La sublimation créatrice de formes nouvelles s’oppose à la répétition. Il le dit déjà dans
Dora en distinguant des transferts comme simples rééditions stéréotypées,
réimpressions, et des transferts « faits avec plus d’art » en ce qu’ils « ont subi
une atténuation de leur contenu, une sublimation, et sont même capables de
devenir conscients... ce sont alors des éditions revues et corrigées, et non plus
des réimpressions ». À partir de cela on conçoit bien le lien qu’il fait entre
inaptitude féminine à la sublimation et rigidification, inaptitude à s’adapter
à la réalité, à se dégager de fixations affectives.
Du rapport ainsi établi entre féminité et vie pulsionnelle découle tout aussi
logiquement le rapport – le non-rapport – de la femme aux idéaux ainsi que
le danger que la sexualité féminine fait peser sur la civilisation, sa capacité
de subversion de l’ordre social et, en représailles, la nécessité de limiter,
canaliser, circonscrire, neutraliser cette dangerosité qui, véhiculée par des représentations fantasmatiques universelles hautement actives dans les inconscients
individuels, trouve à s’exprimer dans la peur du féminin
[4]. Dans le champ de
la sublimation tel que Freud en construit les prémisses, à l’instar de la névrose
comme négatif de la perversion, le féminin est le négatif du masculin. Il est
remarquable de constater qu’il n’a pas varié sur l’infériorité des femmes du
point de vue de leur moindre capacité à sublimer. Déjà en 1907 il pouvait dire
à l’occasion de la candidature de la première femme médecin à la Société
psychanalytique de Vienne que « la femme ne gagne rien à étudier et que cela
n’améliore pas, dans l’ensemble, la condition des femmes. En outre, la femme
ne peut égaler l’homme dans la sublimation de la sexualité. »
[5]
Un tel modèle n’a pas été sans poser problème aux analystes. En novembre
1975 J. Laplanche ouvre le séminaire qu’il consacre à la sublimation par ces
réserves : « La sublimation est certainement une des croix (dans tous les sens
du terme : à la fois point de recoupement, de croisement, mais aussi ce qui met
à la croix) de la psychanalyse et une des croix de Freud. Dès le début et jusqu’à
la fin la sublimation sera plus citée que développée et analysée : plutôt comme
l’index d’un questionnement qu’il faudrait mener à bien, tâche à accomplir
notion indispensable mais jamais « saisie dans le
Begriff ». Laplanche reprend
ici le terme de « croix » que Freud utilise à propos du transfert dans une lettre
au pasteur Pfister. Il souligne le vide de la théorie et la duplicité des énoncés
freudiens sur la sublimation présentée comme modèle d’un destin non-défensif
de la pulsion puisqu’elle échapperait au refoulement. Aussi propose-t-il à partir
de l’examen critique qu’il en fait en parcourant l’œuvre de Freud de « faire
dériver la sublimation » (en la faisant transiter notamment par la question
de l’étayage, de la séduction, du traumatisme), dérivation de la sublimation
qui pourrait être «
inséparable de la psychanalyse elle-même s’il est vrai
que celle-ci fait bouger non seulement notre conception de la sublimation mais
la sublimation elle-même dans le mouvement culturel »
[6].
Même constat de flou théorique chez J. Guillaumin avec ce que cette conceptualisation « manque à dire sur la création ». Pour lui, « l’aspect théorique
ambigu et l’inachèvement de la notion freudienne de sublimation viennent
probablement de ce qu’elle a dû se résigner à demeurer dans la métapsychologie un reflet verbal de la position paradoxale de l’expérience créative
elle-même ». S’interrogeant sur la création littéraire, son effort théorique le
conduit à rejeter les facilités qu’il y aurait à relier ces difficultés théoriques à
quelque « inachèvement de l’analyse personnelle » de Freud, à une insuffisante
« élaboration de son expérience pré-génitale » – facilités interprétatives qui
reposent bien (trop) souvent sur la mise en acte d’un fantasme de toute-puissance
et une idéalisation masquée. Si le processus créatif s’enracine dans le corporel,
si le créateur donne corps à son œuvre en y incorporant son expérience, s’il puise
dans son inconscient la substance et l’énergie – les charges pulsionnelles et les
identifications profondes – nécessaires au travail créatif, ce n’est pas son corps
de désir, son corps libidinal qu’il met en scène même s’il cherche à nous le faire
croire. Le créateur incarne son désir en faisant confiance à son expérience
intime mais il ne montre qu’un corps imaginaire, « autre », un corps « recorporer » dans une autre dépouille, « la peau du Centaure »
[7].
Soumettre ce constat freudien à l’épreuve d’une réflexion sur la vie et
l’œuvre de femmes créatrices est une autre voie d’élaboration possible de la
question. Les travaux que J. Kristeva consacre au « génie féminin »
[8], triptyque
sur la vie et l’œuvre de trois figures féminines marquantes du XX
e siècle qui ont
« placé la pensée ou la sublimation (son équivalent) au cœur de leur vie » :
Hanna Arendt, Mélanie Klein, Colette, débouchent inévitablement sur une
remise en question du modèle freudien. Intégrant l’apport de M. Klein – qui
met l’accent sur le matricide et l’intention réparatrice dans la démarche créatrice
– et celui des post-kleiniens, J. Kristeva substitue à la dynamique de désexualisation envisagée par Freud l’idée d’une dynamique sublimatoire fondée sur
une érotisation déplacée. La possibilité de penser et de situer les activités sublimatoires au féminin en passe par la restauration d’un lien entre sexualité
féminine et création culturelle pour se demander « comment les œuvres des
femmes se détachent, se déprennent ou s’articulent sur la sexualité féminine ».
La difficulté inhérente à cette démarche réside dans le fait d’aborder les
processus sublimatoires sur le terrain des sublimations et à partir des produits
des sublimations, au risque d’être captif des sublimations de l’auteur. Sans
doute n’évite-t-on pas toujours ce piège mais cela reste une démarche potentiellement fructueuse quand on sait les difficultés qu’il y a à cerner les contours
de l’activité sublimatoire comme de se confronter au sens des visées sublimatoires dans le cadre d’une cure. Avec la lecture de la nouvelle édition de la
Correspondance de Marie d’Agoult et de G. Sand les doutes et les interrogations sur cette « inaptitude féminine à la sublimation » qui ont jalonné mon
parcours analytique pour moi comme pour mes patientes – leur désir d’écrire,
de peindre, de faire du théâtre, de la musique, de la reliure... surgissant en cours
ou en fin d’analyse – se trouvaient remobilisés par les questions que cet échange
épistolaire posait sur la nature du lien unissant pendant de courtes années deux
femmes écrivains, nées un demi siècle avant Freud, qui ont marqué leur époque
par leur liberté de mœurs et d’esprit. Il m’a paru possible de m’appuyer sur cette
Correspondance pour aborder aussi bien la sublimation des liens homosexuels
féminins en liens d’amitié,– des conditions qui la constituent, empêchent
son avènement ou la ruinent, – que celle dont résulte une démarche créatrice
chez deux femmes qui, avec des bonheurs différents, ont désiré se consacrer
à un travail d’écriture à une époque où Freud ne leur accordait guère de don
en la matière et qui nous ont laissé de nombreux témoignages tant sur les avatars
de leur histoire commune que sur leurs conceptions littéraires. George Sand
nous a laissé l’œuvre la plus abondante et la plus reconnue, la plus imaginative
et romanesque aussi, bien qu’elle soit quelque peu tombée en désuétude de nos
jours, aussi est-ce elle que je privilégierai pour approcher la création littéraire.
Dans les dernières années de sa vie son dialogue avec Gustave Flaubert nous
a légué une longue et passionnante correspondance où s’échangent les propos
les plus vifs sur la genèse de leurs œuvres respectives et sur leur façon d’écrire,
sur la question de la subjectivité, du genre et de la sexualité comme épicentre
de l’activité créatrice.
Peut-on envisager chez la femme l’accès et le maintien d’une relation
homosexuée stable, durable, à l’égal du lien de tendresse sublimé dont Freud
qualifie le lien entre hommes ? Quelles en seraient les conditions de réalisation ?
Admettre, comme la clinique l’enseigne au quotidien que la féminité est toujours
pour la femme féminité idéalisée en l’autre, que c’est l’autre qui l’incarne,
l’assume, la représente à ses yeux et que pour se reconnaître dans sa féminité
c’est tout à la fois comme elle qu’il faut être et elle qu’il faut vaincre, constitue
déjà un obstacle puisque l’idéalisation vient ici propulser l’envie à la place du
lien d’une fraternité fondée sur une culpabilité commune (le partage du sang
n’est pas de même nature). Il y a dans toute relation d’amitié entre femmes un
mode d’impact de la problématique du double qui lui confère une potentialité
latente de ravage, la rendant plus passionnelle, plus vulnérable, moins « socialisée » et « socialisante » que la relation au masculin. La dimension persécutrice
de relations de travail dans un monde uniquement féminin, l’imago envahissante de la mère archaïque qui en émerge, seraient là pour témoigner de cette
prévalence aliénante d’un ordre affectif sur un ordre social. C’est pourquoi on
peut penser que la permanence du lien repose sur la possibilité de se dégager
de l’homosexualité primaire, d’échapper au corps à corps mortifère avec la
mère et d’élaborer cette haine primordiale perçue et théorisée par Freud dans
le cadre du complexe de castration. L’histoire de l’amitié, d’assez courte durée,
entre Marie d’Agoult et George Sand peut illustrer quelque peu cette hypothèse
en éclairant comment emprise maternelle et envie à l’œuvre dans cette relation
n’ayant pu être élaborées ont laissé le champ ouvert à la haine et à la persécution.
Lorsque cette amitié débute en 1835 George Sand est un écrivain déjà
confirmé et reconnu, Marie d’Agoult souhaite le devenir et elle le deviendra,
avec moins de lustre il est vrai. George Sand, qui de son vrai nom s’appelle
Aurore Dupin et est Baronne Dudevant par son mariage, a trente et un ans
– cet âge fatidique pour Freud – deux enfants : un garçon âgé de douze ans
Maurice, une fille de sept ans Solange. Elle est récemment divorcée et se trouve,
à ce moment, très éprouvée par sa rupture avec l’avocat Michel de Bourges
qui s’est occupé de son divorce. Marie, récemment endeuillée par la mort d’une
fille, vient de quitter son foyer pour vivre avec Liszt dont elle attend un enfant.
C’est lui qui met en relation les deux femmes. George Sand a déjà publié deux
romans qui l’ont fait connaître : Indiana (1832) et Lélia (1833); Marie d’Agoult
écrira et publiera après sa rupture avec Liszt sous un pseudonyme lui aussi
masculin Daniel Stern, Stern c’est-à-dire étoile. Au plus fort de leur amitié elles
ouvrent ensemble un salon littéraire où sont reçus écrivains et musiciens les plus
connus de l’époque. Cette amitié qualifiée par l’éditeur de leur Correspondance,
Charles F. Dupêchez, de « brutale et exaltée » se dissout en 1839 dans la
médisance et la haine.
Par les écrits autobiographiques et les œuvres de fiction de George Sand
on peut concevoir que ce qui se passe avec Marie d’Agoult prend sa source
dans la relation tragique à une mère qui l’abandonne quand elle a huit ans
et qui confie à l’aristocratique Mme Dupin de Francueil, la grand-mère paternelle d’Aurore qui vit à Nohant, le soin d’élever sa fille tandis qu’elle-même
vivra à Paris avec son autre fille, demi-sœur d’Aurore. Cet abandon maternel
met fin à une enfance marquée dramatiquement par la mort d’un frère de trois
mois, – Aurore a alors quatre ans –, à laquelle succède trois semaines plus tard
celle du père qui fait une chute de cheval. Dans Histoire de ma vie, une autobiographie très romancée, elle dit qu’à la mort du bébé la mère d’Aurore aurait forcé
son mari à déterrer de nuit le petit cadavre enterré dans le jardin pour s’assurer
qu’il était bien mort.
L’environnement de l’enfant est ainsi constitué de figures maternelles
endeuillées. La grand-mère qui s’occupe d’elle, et qui à ce titre exerce une
emprise rigoureuse sur sa petite-fille, la sépare des petits paysans berrichons,
ses compagnons de jeu de l’enfance; c’est elle qui donne la permission à Aurore
d’être habillée en homme pour chevaucher son domaine avec son précepteur
qui a été aussi celui du père. Saisie par la ressemblance d’Aurore à son père
qu’elle a ainsi contribué à édifier, elle l’appelle parfois « mon fils » ou
« Maurice ». La mère doublement endeuillée, reporte tout d’abord sur sa fille
des sentiments passionnés, mais elle lui reproche de ne pas être belle – on dit
qu’elle est elle-même ravissante – et trahit sa promesse de faire venir sa fille
auprès d’elle à Paris où elle part, fuyant Nohant, pour ouvrir une boutique de
mode; elle lui avait dit qu’elle la prendrait comme ouvrière. Elle vivra « dans
le velours et dans l’hermine » comme George l’écrira au sujet de M. d’Agoult,
menant une vie de femme très libre. Non seulement Mme Dupin, la mère
d’Aurore, n’a pas tenu sa promesse de faire venir sa fille auprès d’elle à Paris,
mais encore, à treize ans, Aurore apprend de sa grand-mère paternelle – qui
pardonne sans doute difficilement le mariage secret de son fils, peu avant la
naissance d’Aurore, avec cette femme qu’elle juge légère – qu’avant son
mariage sa mère avait suivi les armées de la République et que passant de bras
en bras elle avait eu plusieurs bâtards, morts pour la plupart. La mort de l’enfant
doit être la punition de cette mère abandonnante.
Fuyant les conflits entre grand-mère et mère, les inconséquences de celle-ci, Aurore, enfant à l’imagination débordante, crée dans sa solitude un
personnage de son invention Corambé héros des histoires qu’inlassablement
elle se raconte, des contes où les bons triomphent des méchants, un scénario
qui alimentera la plupart de ses romans. Au fond du jardin où elle se réfugie
elle élève un autel à sa divinité (maternelle), un autel qui, on peut le penser, doit
aussi figurer un mausolée au frère mort. Les dialogues prolixes que la petite
Aurore mène avec ce compagnon imaginaire sont vraisemblablement au
fondement de sa création littéraire. À ces fantaisies de complétude narcissique
activées par le traumatisme de la mort du père et du frère peut aussi se rapporter
ce rêve de retrouvailles du paradis perdu, rêve répétitif de l’enfance relaté
par George Sand dans Lettres d’un voyageur : « je me souviens fort bien que,
dans mon berceau, dès l’âge de cinq ou six ans, (je souligne), je voyais en
m’endormant une troupe de beaux enfants couronnés de fleurs, qui m’appelaient
et me faisaient venir avec eux dans une grande coquille de nacre flottante sur
les eaux, et qui m’emmenaient dans un jardin magnifique ».
L’imagination de l’enfant dans laquelle s’enracine celle de l’écrivain est la
seule arme contre le désespoir. George Sand mélancolique et suicidaire le fait
dire à son héroïne Lélia, la fille aux épais cheveux noirs comme elle, à l’adresse
de sa sœur Pulchérie, blonde aux cheveux dorés comme le sera Marie aux yeux
de George : « si vous étiez comme moi, placée entre ceux qui vivent et ceux
qui ne vivent plus, vous seriez, comme moi, agitée d’une sombre colère, et
tourmentée d’un insatiable désir d’être quelque chose, de commencer la vie
ou d’en finir avec elle »; aussi se défendra-t-elle d’écrire essentiellement
par nécessité, « pour faire vivre sa famille » et acquérir le plein exercice de sa
liberté et non pour le plaisir.
C’est à Paris où sa mère n’a pas voulu d’elle qu’Aurore commence sa
carrière d’écrivain; elle a vingt-six ans quand elle quitte Nohant et s’installe
avec Jules Sandeau son cadet de quelques années. Lorsqu’ils se séparent elle
garde pour elle seule le nom de plume qu’elle partage au début avec lui. Sand,
nom emprunté au jeune amant, nom amputé d’une de ses moitiés. Mais elle niera
avoir choisi elle-même son nom de plume et dira tenir son identité d’écrivain
de son éditeur qui est bien clairement une figure paternelle pour elle. Grand-mère paternelle et père sont ainsi les référents de son identification phallique
masculine. Quant à elle, c’est avec le nom de Karl Sand illuministe révolutionnaire ayant perpétré un assassinat politique, dit pour ce fait l’assassin de
Kotzbue, qu’elle s’accordera la reconnaissance d’une possible parenté dévoilant
ainsi le roman des origines fondateur de l’origine de sa vie de romancière !
L’amitié entre Marie d’Agoult et George Sand suscite un certain nombre
d’interrogations : comment s’est créée cette relation ? Que signifie-t-elle pour
l’une et pour l’autre ? Qu’est-ce qui fait qu’elles n’ont pas réussi à maintenir
ce lien ? Quel lien peut-il y avoir avec leur activité d’écriture ?
Ce qui étonne au tout début de leur échange, c’est l’apologie de l’amitié
sans réserve et l’idéalisation de l’autre femme que George exprime dans une
longue lettre datée de janvier 1836. Elle y dresse un autoportrait d’elle-même
sans complaisance dans lequel transparaît sa mélancolie et sa soif d’amour.
Elle écrit : « Si nous nous lions davantage comme j’y compte, comme je le
veux, il faudra que vous preniez de l’empire sur moi, autrement je serai
désagréable. Mais si vous me traitez comme un enfant, je deviendrai bonne,
parce que je serai à l’aise... parce que je pourrai dire tout ce qu’il y a de plus
bête, de plus fou, de plus faux, de plus déplacé, sans avoir honte. Je saurai que
vous m’avez acceptée (souligné par elle et au féminin) et si j’ai de mauvais
moments, j’en aurai aussi de bons ! » Il y a là sans doute espoir de retrouvailles
avec l’objet perdu, promesse d’une réconciliation entre des parties clivées
d’elle-même sources de sa souffrance, possibilité de renouer avec la langue
d’enfance par delà les deuils et les renoncements, de restaurer l’enfant-fille
encryptée par les figures maternelles. Mais on peut y voir aussi à l’œuvre
la forme d’une pulsionnalité orale vampirique assurant le lien d’emprise sur le
registre de l’homosexualité féminine primaire : « Arrangez-vous donc pour que
je vous fasse entrer dans mes yeux, dans mes oreilles, dans mes veines, dans
tout mon être et vous saurez alors que personne sur la terre n’aime plus que moi,
parce que j’aime avec cynisme, c’est-à-dire sans rougir de la raison qui me fait
aimer et cette raison, c’est la reconnaissance que j’ai pour ceux qui m’adoptent. »
On peut cliniquement entendre ici une fantasmatisation consciente du lien
symbiotique tel que Bleger le théorise et l’illustre avec l’analyse qu’il fait du
roman
Le repos du guerrier de Christiane Rochefort, une autre femme écrivain,
lien qu’il définit comme une relation d’objet narcissique d’aliénation et de
contrôle du dépositaire mettant en jeu des formations très primitives du moi
[9].
La réponse de Marie d’Agoult se veut à la hauteur de cette insolite demande
– soulignons qu’au temps de cet échange épistolaire elles ne se sont qu’à peine
entrevues –; elle scelle le pacte proposé : « Donc, d’après tout ce qui vient
d’être dit, je conclus qu’un traité d’alliance offensive et défensive doit être
signé entre George Sand et Marie trois étoiles (elle est comtesse)...
Art. 1er : Il a été reconnu que George Sand est un enfant indiscipliné, taquin,
mutin, hargneux, sournois etc.
Art. 2 : Que Marie 3 étoiles est un diamant, un cygne, un luth, une Pèri etc.
et généralement tout ce qui constitue la créature idéale que l’on ne saurait trop
louer, chanter, vanter, encenser en prose et en vers etc. »
C’est dans une lettre à Liszt que George a parlé de Marie comme « d’une
blonde péri à la robe d’azur aimable et noble créature qui descendit un soir
du ciel... merveilleuse princesse des joyeux contes d’Hoffman ». Il y a quelque
chose de très enfantin dans la représentation de cette vierge raphaélique (George
vénère Raphaël et l’image de la robe bleue ciel se retrouve dans des personnages de romans; ainsi dans Lélia Pulchérie la courtisane, la « sœur souillée »
de Lélia, se dissimule sous un domino bleu ciel), de cette princesse de conte
qui doit représenter l’objet perdu, celle-celui qui n’existe plus (il y a du père
dans péri) car George écrit péri comme un participe passé et au masculin.
Marie, elle, en l’écrivant avec une majuscule se réfère à un mot persan
substantif à la fois masculin et féminin désignant, selon Littré, au masculin un
génie qui dans les contes persans joue le rôle attribué aux fées dans les nôtres,
et au féminin la femme de ces génies. Marie s’identifie, en symbiose avec les
attendus de George, comme dépositaire d’une féminité idéale; elle se veut
céleste, elle se veut sublime dans le mouvement ascensionnel sublimatoire
qu’elle escompte de ce lien.
Quoi d’étonnant à ce que dès leur première rencontre elle se dise désorientée
par « l’étrangeté » de Sand et par ses « gamineries ». De fait elle ne lui pardonnera jamais « son manque de tenue, ses grosses farces, ses manières de rapin
à son âge »... la condamnation tombe : « bien née elle n’avait aucune excuse
de rester gamin ». Marie rêve d’une réalisation phallique; George, écrivain
connu depuis la parution de Lélia, peut revêtir pour elle les traits d’un double
auquel s’identifier en tant qu’idéal du moi masculin; ses lettres commencent
par « mon cher George », elle veut clairement profiter de son amitié avec elle
pour se réaliser comme écrivain.
George est elle dans une quête d’amour et d’identité narcissique et sexuée
[10],
elle est en recherche d’une mère narcissisante dont elle puisse dépendre et par
qui elle puisse avoir confirmation de sa valeur en tant que fille, une mère susceptible de lui transmettre le secret de la beauté et de la féminité, de lui donner
le secret de l’éros féminin comme le demande la « froide Lélia » à son double
« Pulchérie la courtisane » : « Vous êtes donc toujours femme et vivante donnez-moi votre secret, donnez-moi de votre bonheur, puisque vous en avez », solution
nécessaire pour se dégager de cette identification masculine qui lui sert de
prothèse identificatoire. Sand déplore souvent de « sentir le cigare ». À sa fille
d’élection elle dira que « pour une femme c’est une infériorité de se déféminiser », la seule infériorité qu’elle attribuera vraiment à la femme. Et c’est bien
ce « rabaissement » de George (bien née elle se rabaisse au rang de gamin qui
sent mauvais, se déféminise), tout à la fois absence de conformité aux exigences
et aux idéaux de sa condition et non renoncement à la sexualité infantile,
que l’aristocrate Marie d’Agoult ne pourra tolérer relayant en cela la position
de censeur de l’aristocrate grand-mère paternelle.
Déboutée de ses propres désirs identificatoires par la façon dont George
« se souille » à l’image de la courtisane Pulchérie double de Lélia, Marie
s’emploie très vite à rabaisser George en parlant de crépuscule de son talent
après ce qu’elle appelle la « période de l’émotion » où s’écrivent Lélia et Lettres
d’un voyageur. Leur amitié sombre dans des accusations réciproques de haine.
Quelques trois ou quatre ans plus tard, en novembre 1839, Sand écrit une longue
lettre de rupture, message en quête de son destinataire, car, selon toute vraisemblance, elle ne l’enverra pas; elle écrit : « Vous savez que je me jetais dans votre
amitié prévenante, avec abandon, avec enthousiasme même. L’engouement est
un ridicule que vous raillez en moi et c’est peu charitable au moment où vous
détruisez celui que j’ai pour vous. » Elle lui reproche de calomnier et de rabaisser (je souligne) les êtres qui l’aiment : « Vous leur dites de ces injures qui dans
l’amitié blessée, trahissent la douleur et le regret, mais qui dans d’autres cas
ne trahissent que le dépit et la haine. Oui, la haine, ma pauvre Marie. N’essayez
pas de vous faire illusion à vous-même. Vous me haïssez mortellement. »
Or, en lieu et place de cette longue missive qui s’adresse à une imago maternelle omnipotente et persécutrice, elle enverra à son amie-ennemie un court
billet que celle-ci jugera « très doux », l’assurant qu’elle n’a pas de ressentiment contre elle, qu’elle est « seulement blessée » car elle lui a mis « une
douleur de plus dans une vie... c’est moi, lui dit-elle, qui ai reçu la blessure
dont vous vous plaignez ». Elle retourne le couteau contre elle, impuissante
à affronter sa propre haine.
Deux ans plus tard, en 1841, Marie écrit de son côté : « Mme Sand me hait.
Nous ne nous voyons plus ». Cette même année, dans son Journal, George
accusera Marie d’abandonner ses enfants en ces termes : « L’autre (il s’agit
de Marie) les abandonne, les oublie, les fait élever dans un taudis tout en
vivant dans le velours et l’hermine (je souligne) ni plus ni moins qu’une femme
entretenue et ne s’occupe de sa progéniture, non plus que d’une portée de chat ».
Une accusation qui semble aussi fantaisiste que malveillante.
De fait, une telle calomnie jette quelque lumière sur les fondements de
cette relation d’amitié, fortement idéalisée à son origine puis assez vite naufragée
dans la détresse d’un « vous ne m’avez jamais aimée », la plainte féminine
par excellence. La plainte de George à l’égard de Marie, l’autre, la sœur, est
d’évidence l’écho de la plainte vis-à-vis de l’Autre. Elle a vingt-trois ans
lorsqu’elle écrit dans le
Voyage en Auvergne : « O ma mère que vous ai-je fait ?
Pourquoi ne m’aimez-vous pas ? Je suis bonne pourtant. Quand vous étiez en
colère, je tremblais, j’étais pâle et me sentais mourir. Quand vous m’entouriez
de vos séductions, j’arrosais vos mains de pleurs... O que je vous aurais aimée,
ma mère, si vous l’aviez voulu ! Mais vous m’avez trahie, vous m’avez menti,
oh que vous êtes coupable ! vous avez brisé mon cœur. Vous m’avez fait une
blessure qui saignera toute la vie. » À la mort de sa mère, George Sand redit
que ses plus grands maux lui sont venus d’elle dans l’incapacité de se dégager
de l’emprise de cette imago maternelle ambivalente passionnelle
[11].
La courte histoire d’une amitié féminine qui se lit dans cette
Correspondance
montre les ravages d’un amour-haine passionné et exclusif pour un objet,
indépassable faute sans doute pour la fille d’avoir pu s’identifier à l’objet primaire et se constituer un moi-idéal homosexué. Persiste ce noyau mélancolique
d’origine maternelle dont M. Cournut-Janin
[12] repère l’émergence en fin de cure
quand ces affres d’un amour-haine demeurent méconnus; noyau mélancolique
qui semble bien rendre compte de ce qui a été ainsi occulté, continent enfoui,
continent noir. George Sand ne rentrera pas en conflit ouvert avec Marie et, ne
négociant pas cet amour-haine, répétera les mauvaises relations mère-fille avec
sa fille Solange qui, écrira-t-elle sans ambages, « aurait mauvaise grâce à dire
qu’elle a besoin de l’amour d’une mère qu’elle déteste et calomnie, dont elle
souille (je souligne) les plus saintes actions et la maison par des propos atroces ! »
perpétuant en sa fille cette imago maternelle mauvaise et persécutrice dominante
dans la lignée des mères, constituée en double d’elle-même
[13]. En contraste
radical sera sa relation à son fils Maurice, relation mère-fils idéale dira Freud.
Ne pouvant s’édifier à partir d’une culpabilité partagée, le lien homosexué
féminin doit pour se construire sous une forme sublimée, affronter le travail de
la haine s’en s’y dévaster. Là est la condition pour sortir de ce puits sans fond
– le minoé-mycénien et la fixation maternelle incestueuse – où l’intrication du
féminin et du maternel ne permet pas qu’un dégagement de la trop grande
proximité avec la mère ôte à cette profondeur son attraction mortifère. Dans
la voie de la théorisation kleinienne seul le matricide imaginaire ouvre la voie
à la sublimation, « à l’inverse la création de la pensée, puis l’exercice d’une
liberté souveraine, qui donnera peut-être naissance à une œuvre de génie, témoignent d’un fantasme réussi de matricide »
[14]. On lit dans le
Journal intime
de George ce cri aux accents raciniens « moi, la haine me dévore. La haine
de quoi ? ne trouverais-je personne qui vaille la peine d’être haï ? » De
Lélia
à
Consuelo le thème du voyage initiatique traverse l’univers romanesque de
George Sand. L’héroïne doit parcourir un labyrinthe souterrain où elle se trouve
confrontée aux pires dangers : murs qui bouchent toute sortie, chutes de pierres
qui menacent de l’ensevelir, montée des eaux de l’engloutir, bêtes répugnantes
qu’il faut côtoyer (tous les ingrédients de l’imaginaire des contes); dans cette
traversée qui l’affronte au corps du monstre maternel elle trouve l’aide et le
soutien d’un protecteur anonyme qui selon le scénario œdipien se révèle être
l’homme aimé.
On peut difficilement douter que le travail d’écriture et son identité
d’écrivain n’aient été thérapeutiques pour George Sand. Elle écrit d’abondance :
deux romans par an pendant trente ans. Elle préconise sans détour la franchise
dans l’expression des affects et l’on sait combien cette revendication de franchise
sur l’intime et de liberté d’expression lui vaudra du temps de son vivant autant
d’injures visant cette « impudeur » féminine que d’admiration et de reconnaissance de tous les plus grands écrivains – au féminin comme au masculin – de
son temps. Ils seront très nombreux, peintres, – Delacroix –, et musiciens aussi,
à lier amitié avec elle. Elle inspirera à son ami Balzac son roman Béatrix où
il trace un beau portrait de Sand et un autre, peu complaisant, de Marie d’Agoult.
George Sand s’est exprimée sur son idéal d’écrivain et d’écriture dans ses
Correspondances et dans son
Journal. C’est dans la
Correspondance avec
Flaubert que se dit dans le plus grand contraste le rapport que l’un et l’autre
établissent entre le sexuel et la création littéraire, sur le rapport de l’écrivain à
son vécu corporel et à son identité sexuée. Au fil de cette longue correspondance
– quatre cent vingt deux lettres échangées en treize ans, jusqu’à la mort de
George – la question du surmoi de l’écrivain, de l’écriture comme sublimation,
du détournement des pulsions opéré par l’œuvre est longuement débattue. Sand
défend l’implication de l’écrivain dans son œuvre, participant en cela du « credo
romantique », Flaubert se veut « théoricien de l’impersonnalité qui tient les
émotions de l’art pour entièrement distinctes des émotions de la vie »
[15] et Muzil
parlera d’une écriture désexualisée. Sur cette question Sand s’oppose à Flaubert
sans grand ménagement : « dès que tu manies la littérature tu veux, je ne sais
pourquoi être un autre homme celui qui doit disparaître, celui qui s’annihile,
celui qui n’est pas ! Quelle drôle de manie !... Notre œuvre ne vaut que par ce
que nous valons nous-mêmes... retirer son âme de ce que l’on fait, quelle est
cette fantaisie maladive ? » Flaubert s’insurge : «...laisser voir mon opinion
personnelle sur les gens que je mets en scène, non, non, mille fois non ! Je ne
m’en reconnais pas le droit ». Mais peuvent-ils s’entendre sur la place du
créateur dans son œuvre ? Elle lui répond : « Qui te parle de mettre ta personne
en scène ».
Il ne connaît pas encore celle qui deviendra sa grande amie, lorsqu’en 1852
il adresse à Louise Colet, sa maîtresse, ces conseils pour écrire : « Tu arriveras
à la plénitude de ton talent en te dépouillant de ton sexe qui doit te servir comme
science et non comme expansion. Dans George Sand on sent les fleurs blanches,
cela suinte, et l’idée coule entre les mots comme entre les cuisses sans muscles. »
Lui, pourra-t-il dire plus tard, il aime « les œuvres qui sentent la sueur, celles
où l’on voit les muscles à travers le linge et qui marchent pieds nus ». « Écriture
molle » contre « écriture dure »... On sait comment il écrivait, lui, au compte-gouttes. Quand il suait toute une nuit sur un mot – on pense aussi à Mallarmé
– Sand abattait trente pages au cours de la sienne.
Malgré ces divergences qui ne sont pas uniquement « théoriques » comme
on peut le constater, tout ne les oppose pas. Au « Madame Bovary c’est moi »
de Flaubert, George Sand pourrait rétorquer « le Champi c’est moi ». Dès le
début de cette œuvre d’une ampleur considérable qui l’a faite reconnaître comme
un génie par les plus grands créateurs de son époque elle revendique son identification aux personnages masculins qu’elle crée. À la parution d’Indiana
son premier roman elle écrit : « À Paris, Mme Dudevant est morte. Mais
G. Sand est connu pour un vigoureux gaillard ». De même, elle ne cessera
jamais de se défendre de toute identification aux personnages féminins de ses
romans : « on n’a pas manqué de dire qu’Indiana était ma personne et mon
histoire. Il n’en est rien ». Ou encore « Je ne me suis jamais mise en scène sous
des traits féminins ». Le malaise à lire la biographie qu’André Maurois lui a
consacrée Lélia ou la vie de George Sand tient à l’implacable et fallacieuse
réduction qu’il prétend faire de l’auteur au personnage. Maurois veut, comme
Freud, penser que féminité et création littéraire ne sont pas vraiment compatibles. À partir de la frigidité dont se plaint Lélia et qu’il interprète comme
un refus du féminin, il construit le tableau d’une George Sand androgyne.
Le biographe n’en arrive là qu’à négliger l’existence dans ce roman du double
de Lélia, sa sœur, la courtisane Pulchérie à qui, comme je l’ai évoqué plus haut,
elle demande le secret du désir et de la jouissance.
Or, du point de vue de la création littéraire, l’une et l’autre sont également
dépositaires des questions de l’écrivain. Avec Lélia se pose la question de savoir
si la femme peut écrire, se réaliser phalliquement en s’exposant en tant que
femme sans y perdre quelque chose du côté d’un certain mode de jouir, tandis
que la courtisane exprime l’incompatibilité vécue entre corporel et spirituel :
« J’aurais voulu pouvoir mêler les jouissances épurées de l’esprit aux jouissances fiévreuses du corps; mais d’où vient qu’elles semblent s’exclure ou
qu’elles s’étouffent mutuellement ? » s’interroge Pulchérie. À la fin de sa vie
George assure que « si c’était à refaire elle serait chaste » et que dans sa vie
seules ont compté l’amitié et la maternité « affection d’instinct, la seule que la
réflexion désespérante ne puisse ébranler », hymne à la nature (l’instinct) comme
aimable façon d’éliminer la double part maudite de la femme qui s’assume
comme créatrice sur le plan culturel : la sexualité et la pensée.
Le conflit entre activités sublimatoires et féminité semble inscrit au cœur
du destin féminin, et l’on peut se demander par quelle voie la femme créatrice
peut-elle assumer ce conflit ? Il est frappant de voir des créatrices aussi différentes que Mélanie Klein et Louise Bourgeois évoquer « le paradis de la
sublimation », comme si la création d’un objet de pensée ou artistique prenait
ainsi valeur de réparation de l’objet, assurait de son indestructivité dans l’apaisement de la création
[16]. C’est sans doute en cela que l’activité de création ne
saurait être chez la femme détachée de l’idéalisation comme Freud le pensait
en théorie
[17]. À George Sand préconisant « l’idéalisation du sentiment qui fait
le sujet, en laissant à l’art du conteur le soin de placer ce sujet dans les conditions et dans le cadre de réalité assez sensible pour le faire ressortir, si toutefois
c’est bien un roman qu’il veut faire », Balzac faisait ce reproche : « Vous
cherchez l’homme tel qu’il devrait être; moi je le prends tel qu’il est... Idéaliser
dans le joli et dans le beau, c’est un ouvrage de femme ». Il est également significatif que Marthe Robert ne fait référence à des romancières que pour illustrer
une conception du roman mission, vertueux à proportion du reproche d’immoralité auquel le choix des sujets, la manière de les traiter exposaient leurs auteurs.
Le sort d’écrivain de Mme de Staël pour qui « les fictions doivent nous expliquer
par nos vertus et nos sentiments les mystères de notre sort » et celui de George
Sand suggérant que « l’art du conteur consiste à intéresser à leur propre sort les
coupables qu’il veut ramener, les malheureux qu’il veut guérir » se trouvent ainsi
scellés, les excluant dans la continuité de la pensée freudienne d’une position
de créateur. À cette manière « féminine » de rompre le cercle vicieux de la
culpabilité infantile, M. Robert oppose précisément l’écriture de Flaubert, celle
de « l’enfant trouvé (matricide imaginaire) qui se fait fort de réparer ses torts
en produisant des textes parfaits... L’œuvre de Flaubert se lave par une beauté
sans défaut des crimes infantiles dont le désir affleure encore dans ses moindres
images »
[18].
La possibilité de spécifier la création en fonction du genre et du sexe ne
saurait passer outre le fait que tout créateur concerné dans sa bisexualité
psychique se trouve confronté à la nécessité de la rendre opérante pour pouvoir
créer. La difficulté pour la femme, dont la bisexualité psychique est plus forte
que celle de l’homme comme le dit Freud, tient à une toujours possible coalescence entre affirmation phallique et revendication phallique en tant que défense
contre le féminin. C’est la plainte de George Sand lorsqu’à la fin de sa vie elle
déplore la souffrance d’avoir dû se « déféminiser », souffrance née de la nécessité
de faire de son propre corps sexué une énigme en se déguisant ou en en faisant
l’expérience d’un autre, d’un double, dans lequel le créateur va devoir vivre
secrètement. Car on ne peut qu’être d’accord avec J. Guillaumin lorsqu’il dit
que ce n’est pas le corps du créateur mais celui du double qui représente le
corps engagé dans le désir du sexe, celui qui donne un exutoire à un excès
pulsionnel inassumable comme tel par le créateur
[19]. Et c’est bien en vertu de
cela qu’en fin de compte George Sand peut tout autant dénier s’identifier sous
des traits féminins que sous des traits masculins; le narrateur des
Lettres d’un
voyageur qui retrace certains événements de sa vie n’a ni âge ni sexe. Dans la
préface de ces
Lettres écrites entre 1834 et 1836 on peut lire cette clause
concernant son identité : faire en sorte qu’on ne puisse voir « si c’est un homme,
un vieillard ou un enfant qui raconte ses impressions ».
L’idéal d’écrivain exige le secret sur la personne, exige d’être libre de se
projeter au déni de son sexe dans le jeu ouvert de la bisexualité psychique :
« Moi j’avais l’idéal logé dans un coin de cervelle et il ne me fallait que quelques
jours d’entière liberté pour le faire éclore... je n’étais plus une dame, je n’étais
plus un monsieur ». Ni homme ni femme. La revendication d’être identifiée
à ses personnages masculins n’est chez George Sand qu’un déguisement. L’habit
d’homme sert à écarter tout soupçon : « l’absence de coquetterie du costume
et de la physionomie écartait tout soupçon... pour n’être pas remarquée en
homme il faut avoir déjà l’habitude de ne pas se faire remarquer en femme » (ses
italiques).
Si toute œuvre est, comme le dit Louise Bourgeois, un autoportrait il y a
nécessité d’un déguisement pour protéger le secret du corps; et l’on ne saurait
dénombrer dans les romans de George Sand le nombre de situations où les
personnages sont masqués, se cachent sous un domino ou se tiennent dans
l’ombre sans qu’on puisse les reconnaître vraiment même si on subodore
qui ils sont.
L’embarras quant à son identité sexuée dans lequel Sand met ses contemporains témoigne de son habileté de créateur à maintenir le secret et les
souffrances du ressort de sa créativité. Parce qu’elle est écrivain, quand elle
ne tombe pas sous la violence de jugements moraux qui seront condamnés
par Victor Hugo comme propos antiféministes, elle confronte ses confrères
avec qui elle tisse des liens d’amitié forts et durables à cette question qui
les désarçonnent, non pas « que veut-elle ? » mais « qui est-elle ? », une question
apparemment perturbante pour tous. Peut-être aussi en empruntant aux hommes
leur apparence souhaitait-elle provoquer en eux une égale assomption de leur
bisexualité psychique et faire vaciller ces certitudes identificatoires qui
conduisent à oublier que « la femme est différente de l’homme, que le cœur et
l’esprit ont un sexe » et à admettre que « cette différence essentielle pour l’harmonie des choses puisse constituer une infériorité morale ». C’est à l’énigme
de la sublimation, apanage des hommes, et non plus seulement à celle du désir
qu’elle prétend les confronter. Aussi bien, entre féminin et masculin pour la
caractériser, l’injurier, l’encenser ou la rejeter, ses contemporains n’auront cessé
de patauger. À commencer par Balzac qui dans une lettre à Mme Hanska lors
de sa visite à Nohant en février 1838 dit d’elle : « Elle est garçon, elle est artiste,
elle est grande, dévouée, chaste; elle a des grands traits de l’homme; ergo elle
n’est pas femme... C’est d’autant plus un homme qu’elle veut l’être, quand elle
est sortie du rôle de femme, et qu’elle n’est pas femme. La femme attire et elle
repousse, et comme je suis très homme – (cf. Freud !) – si elle me fait cet effet-là, elle doit le produire sur les hommes qui me semblent similaires... il faut
qu’une femme aime toujours un homme qui lui soit supérieur ou qu’elle y soit
si bien trompée que ce soit comme si ça était »... Disons qu’à l’exception de la
dernière phrase l’analyse psychologique de Balzac manque pour une fois de
repères de réalité... À sa suite Sainte-Beuve va louer « cette loyauté d’homme
dans cette grâce de femme ». Mais la palme revient sans conteste à « son vieux
troubadour », Gustave Flaubert, qui l’appelait « chère maître », et qui écrira à
sa mort à Tourgueneff, un autre grand ami et admirateur de Sand : « J’ai pleuré
à son enterrement comme un veau... Pauvre chère grande femme ! Il fallait la
connaître comme je l’ai connue pour savoir tout ce qu’il y avait de féminin dans
ce grand homme, l’immensité de tendresse qui se trouvait dans ce génie. » Des
propos partagés par Henry James, Dostoïevski, Proust... et Lénine qui en faisait
son auteur de chevet pour l’intérêt de sa pensée sociale il faut bien le dire !
Flaubert pourrait bien être le plus lucide en cette affaire lorsqu’il évoque
comme constituant du génie féminin sur le versant de la féminité la tendresse,
cette même tendresse que Freud place à l’origine de la création du lien communautaire symbolique en tant que sublimation des liens homosexuels masculins.
Un hommage à leur chaste amitié ? Une défense contre ce que Sand n’a cessé
de mettre en œuvre souterrainement dans son écriture : cette part de la sexualité
infantile indépendante des diktats du surmoi toujours présente dans le processus
créateur et la capacité à penser ? Elle écrira à l’âge de cinquante-trois ans :
« Le Je pense donc je suis devrait être : j’aime donc je suis », reconnaissance
de cette concurrence toujours active entre Éros et Épistémè pour le créateur,
comme elle peut l’être pour le psychanalyste confronté au transfert
[20].
La liberté de ton dont Sand traite de la création littéraire, du rapport de
l’écriture à l’expérience personnelle intime, sans ignorer pour autant les transpositions nécessaires à la création artistique, l’oppose sur l’essentiel aux
exigences proclamées par Flaubert
[21]. Là où il s’acharne à soutenir une
séparation de l’art et de la vie et une suffisance de la pensée : « ma vie ce ne
sont pas des faits, ma vie c’est une pensée », elle se dit « toute d’instinct,
influencée par le hasard des choses, rarement dirigée par la raison et l’expérience », affirmant sans réserve le lien pouvant rattacher la pensée à ses sources
fantasmatiques et la création aux déterminations psychiques de son histoire :
« Je ne sais que jouer avec mes propres désastres ». Elle le sermonne : « écrire
c’est accepter le chant de l’autre en soi... Vous m’étonnez toujours avec votre
travail pénible... Quand au style, j’en fais meilleur marché que vous. Le vent
joue de ma vieille harpe comme il lui plaît d’en jouer. Il a ses hauts et ses bas,
ses grosses notes et ses défaillances; au fond ça m’est égal pourvu que l’émotion
vienne, mais je ne peux rien trouver en moi. C’est
l’autre qui chante à son gré,
mal ou bien, et quand j’essaie de penser à ça, je m’en effraie et me dis que je
ne suis rien, rien du tout... Laissez donc le vent courir un peu sur vos cordes.
Moi, je crois que vous prenez plus de peine qu’il ne faut et que vous devriez
laisser faire
l’autre plus souvent. Ça irait tout de même et sans fatigue ».
La musique de l’autre, l’autre portée musicale dont la bisexualité psychique
de la fille inscrite dans son évolution peut lui donner la clef.
Latences, rêve, passivité font ici le creuset de l’expérience créatrice. George
pouvait passer ses nuits à écrire, consacrer une journée entière à apprendre
comment on fait les gnocchis, courir les théâtres, se plonger tout habillée
dans l’Indre glacée en fumant un cigare pour se rafraîchir d’une course éperdue
dans sa chère campagne, herboriser avec ses petites filles... Elle a eu deux
enfants, de nombreux amis, de nombreux amants et peut-être aussi des
amantes
[22]. Elle dira cependant « Je ne songeais à rien... J’ai passé les trois
quarts de ma vie ainsi, et pour ainsi dire, à l’état latent. Je crois bien que je
mourrai sans avoir réellement songé à vivre et pourtant j’ai vécu à ma manière,
car rêver et contempler est une action insensible qui remplit parfaitement les
heures et occupe les forces intellectuelles sans trop les user ».
·
Marie d’Agoult-George Sand, Correspondance, 3e édition revue et corrigée, Bartillat, 2001.
Gustave Flaubert-George Sand, Correspondance, (1904), Flammarion, 1981.
·
MALLET F. George Sand, édition augmentée et mise à jour, Grasset, 1995.
·
MAUROIS A. Lélia ou la vie de George Sand, Hachette, 1952.
·
SAND G. Indiana (1832) Gallimard, coll. Folio, prés. par Béatrice Didier 1984.
·
SAND G. Lélia (1833) Calmann-Lévy, 1958.
·
SAND G. Lettres d’un voyageur (1834-1836) Garnier-Flammarion, 1971.
·
SAND G. Mauprat, (1837) Gallimard, coll. Folio, 1981.
·
SAND G. Consuelo (1842-1843) Tome 2 : La Comtesse de Rudolstadt, (1843-1844) Éditions
de l’Aurore, 1984.
·
SAND G. Histoire de ma vie (1854-1855) Stock, 2001.
·
SAND G. Journal intime (1834-1868) Gallimard, Pléiade, 1970-1971.
·
SAND G. Journal de voyage en Auvergne et en Velay, P.U.F., 1986.
·
SAND G. Correspondance, édition dirigée par George Lubin, (25 volumes), Garnier, 1990-
·
STERN S. Mémoires, Souvenirs et Journaux de la Comtesse d’Agoult, t. 1,2, Mercure de
France, 1990.
[1]
L. Bourgeois, « L’art a-t-il un sexe ? » (1972) in :
Destruction du père - Reconstruction du
père. Écrits et entretiens, 1923-2000, Daniel Lelong éditeur.
[2]
S. Freud, « Psychologie des masses et analyse du moi » (1921) in :
Essais de psychanalyse.
[3]
S. Freud, « Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité » (1922) in :
Névrose, psychose et perversion, P.U.F., 1973.
[4]
J. Filloux, « La peur du féminin : de “La tête de Méduse” (1922) à “La féminité” (1932) »,
[5]
« Protokolle I » pp. 186-187 « Minutes I » p. 220, cité par F. Rexand in S. de Mijolla-Mellor
(sous la direction de)
Les femmes dans l’histoire de la psychanalyse, Perspectives psychanalytiques, L’esprit du temps, 1999.
[6]
J. Laplanche,
Problématiques III, La sublimation, Quadrige / P.U.F., 1998.
[7]
J. Guillaumin, « La peau du Centaure », in : J. Guillaumin (sous la direction de)
Corps
Création entre Lettres et Psychanalyse, P.U.L., 1980.
[8]
J. Kristeva,
Le génie féminin, t. 1 : Hanna Arendt, t. 2 : Mélanie Klein, t. 3 : Colette, Fayard,
1999-2002.
[9]
J. Bleger,
Symbiose et ambiguïté, Étude psychanalytique, Le fil rouge, P.U.F., 1981.
[10]
Il y a dans la symbiose déficit du sentiment d’identité et confusion entre rôles féminins
et masculins. Cf. Bleger, op. cit.
[11]
Dans « Envie et gratitude » M. Klein souligne que c’est bien la haine pour la mère
qui se révèle perdurer de telle sorte qu’amitiés féminines et homosexualité apparaissent sur
ce fond de haine comme la quête d’un bon objet qui remplacerait enfin l’objet primordial envié.
Cf. J. Kristeva, op. cit. t. 2.
[12]
M. Cournut-Janin,
Féminin et féminité, Épîtres, P.U.F., 1998.
[13]
Les relations de Mélanie Klein avec sa mère et sa fille illustrent également cette impasse
répétitive du rapport mère-fille. J. Kristeva relate comment Libussa, la mère de Mélanie Klein,
pouvait dire à Mélitta, fille de Mélanie, sa petite-fille, que « sa mère n’était qu’une infirme
émotionnelle, si malade qu’elle devait constamment déserter sa fille » et Mélanie attribuera à « la
maladie de Mélitta » les violents démêlés qu’elle aura avec sa fille et qui s’exprimeront notamment
sur le plan scientifique, in : J. Kristeva Tome 2
La Folie, Mélanie Klein ou le matricide comme
douleur et comme créativité. op. cit. On pense aussi aux rapports de Marguerite Duras à la folie
maternelle cf.
Barrage contre le Pacifique.
[14]
Cf. J. Kristeva, op. cit.
[15]
M. Robert,
Roman des origines et origines du roman, Gallimard, 1972.
[16]
« L’expression de soi exclut le savoir. La sublimation est plaisir fantastique, mais c’est
aussi un privilège extraordinaire. Sublimer c’est vivre au ciel avec la permission de sa
conscience ». Louise Bourgeois, « Cellule (Tu ferais mieux de grandir) », 1993, op. cit.
[17]
Cf. S. Freud, « Pour introduire le narcissisme ».
[18]
M. Robert, op. cit.
[19]
J. Guillaumin, op. cit.
[20]
Cf. F. Perrier, « Séminaire sur l’amour », in :
La chaussée d’Antin, Nelle éd, Albin Michel,
1994.
[21]
Un conflit qui dans ses termes n’est pas sans évoquer un conflit plus familier au psychanalyste : le refus de Freud de suivre Ferenczi sur son mode d’implication dans l’analyse, entendu
par Freud comme désir de Ferenczi de se mettre à la place de la mère, de son désir qui lui avait
manqué, – une autre façon peut-être de parler de la sublimation sans tomber dans la désexualisation et l’idéalisation –, et l’accusation en retour faite par celui-ci à Freud d’un surmoi paternel
castrateur, l’analyse l’ayant à ses dires mêmes privé de sa capacité à éprouver les choses de façon
passionnelle. (cf.
Le Journal clinique de Ferenczi).
[22]
Julien Gracq lui rend ainsi hommage : « Bacchante, puis vestale, Muse dans les deux cas,
et non indigne de l’être, personne n’a
accompagné le cortège du romantisme avec autant de vie
et de naturel, dans un rôle à transformations », in :
Le Monde le 5-2-2002.