Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.sans
210 pages

p. 11 à 12
doi: en cours

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N°83 2003/2

2003 Topique

Terrorisme et Contre-terrorisme

Jean-Paul Valabrega 151 rue de Grenelle 75007 Paris
La courte note du grand résistant que fut Raymond Aubrac – avec sa femme Lucie – est émouvante par les souvenirs personnels et collectifs tragiques qu’elle évoque, après plus d’un demi-siècle, et non moins émotive par sa discrétion, sa retenue, rappels en tous points dignes des Services, résistants, combattants secrets que furent ceux qui s’y engagèrent, souvent au prix de leur vie; ceux qui refusèrent catégoriquement la barbarie, la trahison de l’humanité, l’extermination, la torture, le terrorisme d’Etat. Nous avons tous été des passagers, des exilés, des insurgés clandestins.
Terrorisme : le mot est lâché. Mais comme R.Aubrac y fait allusion, tout en le revendiquant, une mise au point est à faire sur ce terme, comme sur tous les mots importants d’ailleurs, qui disent quelque chose tout en en dissimulant d’autres : sens cachés jusqu’à leurs contraires :Amour-haine, liberté-esclavage, vérité-mensonge, vie-mort.
Or la terreur initiale, première, étiologique, c’est celle des Etats et de ceux qui détiennent et exercent le pouvoir : monarques, tyrans, dictateurs, chefs proclamés absolus. Et la preuve en est qu’ils peuvent être monarchistes, fascistes, nazis, communistes. C’est-à-dire que toutes les idéologies, credo, religions opposées, droite ou gauche peuvent y conduire : Hitler, Mussolini, Franco, Staline, Mao Zedong, Fidel Castro… Ce sont les dictateurs qui pratiquent le terrorisme d’Etat comme mode premier et constant de gouvernement. L’enchaînement (sic) idéologique est le suivant : Intégrisme, fanatisme, terrorisme.
Encore faut-il ajouter – ce que l’on fait moins parce que c’est troublant, gênant, dérangeant, inavoué – que jamais un dictateur ne pourrait prendre le pouvoir s’il ne trouvait un peuple disposé, consentant, acclamateur sur qui s’appuyer. Ce sont les grenouilles qui demandent un roi. « Servitude volontaire » (La Boétie, 1574).
Voilà ce qu’il faut dire d’abord. C’est dans les régimes dictatoriaux de terrorisme d’Etat que prennent naissance et s’organisent des opposants résistants, d’abord en nombre restreint parmi les victimes, persécutés, torturés, exterminés. Un combat qu’il faut qualifier, non pas de terrorisme, mais d’anti ou de contre-terrorisme.
De même on ne saurait tenir pour une anomalie pathologique le fait qu’un organisme produise des anti-corps défensifs, immunitaires, face au péril vital d’une infection épididémique ou pandémique. Ni, bien entendu, faire grief à ceux qui combattent les maladies infectieuses. Or le fascisme et le terrorisme d’Etat sont des maladies psychiques contagieuses, régressives, de civilisation (cf. Freud, Malaise dans la civilisation, 1930).
Sans doute, et c’est là le problème toujours actuel de la contagion, les anticorps de défense sont contraints de répondre au terrorisme avec ses armes. On ne combat pas un tir de mitrailleuse ou de Kalachnikov avec une chiquenaude ou une homélie. Telles sont les conséquences du terrorisme d’Etat : il engendre le contre-terrorisme défensif. Au pire cela pourrait aller – comme l’a dit Freud encore – jusqu’à ce que les humains s’exterminent jusqu’au dernier.
Le pire résultat du terrorisme, c’est l’enfermement (mot exact en tous sens) dans le cycle infernal de la mise à mort de l’autre : l’altericide.
Mais, en essayant de rétablir quelque vérité : la résistance à l’infection n’est pas une infection. La résistance à l’oppression n’est pas une oppression.
Voilà peut-être, cher Raymond Aubrac, de quoi vous rassurer ou vous conforter dans votre « fière revendication terroriste ». Nous n’avons pas été des terroristes, mais des contre-terroristes, et serions prêts à le redevenir. La situation est bonne, mais elle n’est pas désespérée… [1]
 
NOTES
 
[1]Un combattantde Budapest, cité par Paul Guimard.
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Un combattantde Budapest, cité par Paul Guimard. Suite de la note...