2003
Topique
Participer au rétablissement de l’État de droit – les exemples du Kosovo et de la Bosnie
Emmanuel Altit
Avocat au Barreau de Paris, Responsable de la section Ile-de-France d’“Avocats sans frontières” 95 rue Courcelles 75017 Paris
Avant de parler de l’action d’“Avocats sans frontières” sur le territoire de
l’ex-Yougoslavie, je voudrais rappeler quels sont les objectifs et les types
d’intervention de notre association en brossant un rapide historique.
“Avocats sans frontières” est née d’un constat : quelques uns d’entre nous
étaient régulièrement sollicités pour défendre ceux qui, dans des pays au régime
peu respectueux des droits de l’homme, étaient pourchassés du fait de leurs
opinions.
Il appartenait alors à l’Avocat d’ameuter les journalistes, de mettre en garde
les autorités responsables, de se précipiter sur place – s’il y était autorisé et s’il
obtenait, y compris par ruse, un visa – pour obtenir des renseignements sur le
lieu et sur les motifs de la détention, sur le responsable de la détention, sur
l’état physique et moral de l’intéressé; et, une fois en possession – miraculeusement – de ces éléments, de plaider pour un strict respect de la loi et enfin de
se faire le porte parole d’un homme traqué et écrasé.
Tout était question de vitesse (un accident est vite arrivé et les traces des
opposants se perdent facilement) et de publicité.
Mais il était bien difficile pour un Avocat seul de mener de front la gestion
de son cabinetet de telles interventions.
C’est pourquoi “Avocats sans frontières” fut créée : regroupement d’Avocats,
elle devait permettre que soit envoyé immédiatement unAvocat à toute personne
qui en aurait besoin afin d’être présent à ses côtés lors de la phase d’instruction
et de la défendre lors de la phase juridictionnelle.
Nos interventions ont toujours eu un impact positif (à Djibouti, en Tunisie,
etc.) parce que face au pouvoir d’Etat, à l’arbitraire, il n’y a plus un individu
seul, un militant des droits de l’homme réduit au silence par la force, mais une
association et au-delà, des médias, des politiques, bref des pouvoirs divers.
La défense des principes qui fondent la démocratie ne peut en effet être
laissée à un pays, un groupe, une corporation; elle appartient à tous, individuellement et collectivement et quel que soit notre rôle et notre fonction sociale.
Elle n’appartient pas aux membres d’“Avocats sans frontières” mais à tous les
Avocats quelles que soient leurs opinions et leur couleur politique et aussi aux
institutions professionnelles.
Elle n’appartient pas à certains journalistes mais à tous les journalistes et à
tous les responsables de médias.
Elle n’appartient pas seulement auxAvocats et aux journalistes mais à tous,
politiciens de tous bords, universitaires, responsables économiques, fonctionnaires, etc.
De ce point de vue, il n’existe pas de “société civile”, de lignes de démarcation à l’intérieur de la société : tous les membres d’une société pris
individuellement et tous les corps de cette société, pris collectivement, sont
responsables de ce qu’est la société. La société est le produit d’une volonté
humaine (certes, fonction de circonstances, de l’environnement international,
économique, écologique, etc.). La société est ce que tous, nous en faisons.
Syndicats, corporation professionnelles, partis, communautés religieuses,
tout inter agit. C’est pourquoi il n’y a et ne peut y avoir d’immobilisme social :
une société avance ou recule.
La défense des droits de l’homme est donc l’affaire de tous.
Mais il est vrai que pour que ce qui nous préoccupe, Avocats et journalistes
sont en première ligne : ils obtiennent les premiers les renseignements indispensables à l’action et peuvent mobiliser rapidement. Et l’efficacité de leur
intervention dépend de leur entente : ce dont a peur le tenant de l’arbitraire
c’est du bruit, de la publicité, d’être désigné pour ce qu’il est : partisan de
l’injustice, dévoué à la violence.
Il ne craint qu’une chose : d’être jugé (symboliquement avant de l’être
judiciairement). Il a besoin de l’obscurité, du silence.
Et que serait une cause si l’individu était laissé à son sort, s’il ne pouvait
s’appuyer sur une présence, n’avait pas de soutien sur place, si un professionnel
ne pointait pas les manquements à la loi ?
L’entente entre Avocats et journalistes est donc fondamentale. C’est ainsi
que nous travaillons souvent avec des associations telles que “Reporters sans
frontières” dont le rôle, soulignons-le encore, est primordial.
En 1994, avait lieu au Rwanda le génocide des Tutsis : 800.000 hommes,
femmes et enfants étaient massacrés en deux mois et demi.
Personne ne pouvant rester insensible à une telle tragédie, “Avocats sans
frontières” décidait d’intervenir; grâce à l’Union Européenne et aux coopérations belge, scandinaves, allemande, etc. la mission Rwanda était créée : ce
seront des dizaines d’Avocats de toutes nationalités, européens et africains et
même américains qui se succéderont à Kigali et dans les villes importantes du
pays pour défendre victimes ou accusés et dans le même temps pour former
Avocats et magistrats puisque tous ou presque tous avaient été tués.
Ainsi “Avocats sans frontières” a-t-elle eu une part prépondérante dans la
remise sur pied d’un vrai système judiciaire au Rwanda, a-t-elle contribué, en
participant à l’œuvre de justice, à la réconciliation et à la reconstruction du
pays.
Sur le modèle Rwandais, toujours en partenariat avec le barreau local,
“Avocats sans frontières” montait une mission au Burundi voisin.
Aujourd’hui, “Avocats sans frontières” intervient au Congo, au Timor
oriental, au Cambodge, en Bolivie, en Colombie, en Bosnie et au Kosovo.
I - RECONSTRUCTION DE L’ETAT DE DROIT ET TERRORISME AU
KOSOVO
Pendant les dix ans qui précédèrent la guerre, les albanais du Kosovo avaient
organisé un système parallèle, une administration parallèle, des écoles et universités parallèles, etc. laissant le système officiel aux mains de la minorité serbe.
Pendant dix ans, il n’y eut donc pas de juges albanais, pas de diplômés
albanais, pas même d’étudiants en droit albanais, ou plutôt il y en eut mais
leurs diplômes délivrés par des universités parallèles n’étaient pas reconnus.
Les fonctionnaires yougoslaves enfuis dans les fourgons de l’armée, le pays
se retrouvait donc avec un système judiciaire à construire entièrement et des
professionnels à former.
Les représentants de la communauté internationale s’étaient mis d’accord
pour que la province soit administrée par un “Représentant spécial du Secrétaire
général des Nations Unies” doté de pouvoirs législatifs (élaboration etproposition de textes) et exécutifs (imposition de ces mêmes textes si nécessaire). Il
était chargé de mettre en place un gouvernement autonome représentatif et
d’établir les fondations d’un pays que chacun espérait démocratique.
Parmi les “piliers” autour desquels est structuré un Etat de droit, le plus
important est le système judiciaire : des règles claires, non discriminatoires,
appliquées de manière impartiale et rapide, voilà ce qui contribue à la sécurité
de chacun etpar conséquent au bien-être des habitants.
Si les règles du jeu sont connues et ne changent pas, chacun peut jouer,
chacun peutparticiper à l’enrichissement matériel ou intellectueldu pays.
La justice fait reculer l’arbitraire; chacun adhère alors au système car chacun
y trouve son compte.
Ainsi s’installe la démocratie, système fondé sur la confiance. La peur recule
et les solidarités se nouent : le maillage social devient plus serré, plus solide et
la société plus forte, plus assurée donc plus souple, plus tolérante.
Dès son arrivée le Représentant Spécial décidait que seraient applicables sur
le territoire du Kosovo les principaux textes internationaux protecteurs des
droits de l’homme : Déclaration Universelle des droits de l’homme, Pacte sur
les droits civils et politiques, Convention européenne de sauvegarde des droits
de l’homme. Ce dernier texte est très important car il est d’application directe
dans le droit interne du pays. Par exemple, pour s’y conformer il était nécessaire de bannir la peine de mort.
Le Représentant Spécial passait par ailleurs des résolutions qui permettaient de modifier le droit kosovar dans le sens des standards internationaux
(intervention de l’Avocat, débat contradictoire, suppression des dispositions
héritées du système communiste, etc.). Si ces importantes modifications au
droit kosovar rapprochaient celui-ci des droits des pays occidentaux, les responsables de la communauté internationale n’en considéraient pas moins qu’il
n’était pas possible de faire l’économie d’une réforme de fond. Celle-ci était
menée par l’OSCE (qui dispose au Kosovo de nombreux juristes de haut
niveau), sous la supervision de l’équipe du Représentant Spécial. Les textes
modifiés, encore fallait-il qu’ils s’appliquent. Des mécanismes permettant
l’accès au droit de tous furent inventés.
Enfin, que seraient des textes sans Avocats pour discuter de leur pertinence
au cas par cas et de juges pour trancher, c’est-à-dire réguler les rapports sociaux ?
“Avocats sans frontières” fut active dans ces trois champs d’intervention.
A - Avocats sans frontière, partie prenante à la coopération institutionnelle
1/ Les réformes
Le code pénal
Après discussions impliquant les kosovars, les représentants des agences des
Nations Unies, ceux des institutions européennes (Union européenne, Conseil
de l’Europe, Agence européenne pour la reconstruction), l’American Bar et
“Avocats sans frontières”, un nouveau code pénal fut adopté, certaines discriminations au parfum “socialiste” étant supprimées, d’autres (trafic d’êtres
humains, trafic de drogue, crimes contre l’humanité, génocide, etc.) adoptées.
Le code de procédure pénale
La plupart des juristes de l’OSCE étant anglo-saxons, scandinaves ou germaniques, le juge d’instruction, pierre angulaire de l’ancienne procédure pénale
fut supprimé au profit d’un procureur puissant. L’indépendance des juges fut
accrue. Le rôle des Avocats fut étendu et leurs pouvoirs mieux déterminés.
2/ Les mécanismes d’accès au droit
Si les citoyens les plus pauvres n’avaient pas accès à le justice, à quoi cela
servirait-il d’avoir le meilleur système procédural ?
“Avocats sans frontières” fut associée dès le début à la mise sur pied d’un
bureau de la défense, compétent en matière pénale, réunissant Avocats locaux
et étrangers dont le rôle était de soutenir et conseiller les prisonniers. Le bureau
de la défense devait intervenir dans les cas délicats.
Mécanisme d’aide légale
Ce furent les membres d’“Avocats sans frontières” qui, à la demande de
l’Agence Européenne pour la Reconstruction, conçurent un système centralisé
et informatisé qui permettait à chaque citoyen d’être aiguillé vers un conseiller
spécialisé et de voir son dossier analysé d’abord, soutenu ensuite devant une
juridiction. L’avantage de ce système était double : organiser l’accès au droit
et renforcer par la même occasion le barreau local.
3/ Soutien et formations destinées aux magistrats etAvocats
Pour “Avocats sans frontières”, il était primordial, conformément à notre
éthique, de n’intervenir qu’à la demande du barreau et en liaison étroite avec
lui, toujours sur un plan de stricte égalité.
Notre aide fut à la fois matérielle (informatique, livres de droit, prise en
charge de salaires), humaine (présence au côté du bâtonnier du Kosovo d’un
Avocat français dont le rôle était de conseiller) et pédagogique. A ce titre,
“Avocats sans frontières” organisa plusieurs formations (sur les instruments
internationaux, le procès pénal, etc.) et conférences.
Il était important que les juges y participent pour que juges et Avocats
apprennent à mieux se connaître et à travailler ensemble.
B – Les ratés de la coopération internationale; rôle d’“Avocats sans frontières”
Le Kosovo n’est pas un pays calme : les nombreuses victimes de la guerre,
l’oppression que les kosovars albanais disent avoir subie, génèrent rancœurs
et vengeances. Les villages serbes ont beau être protégés par des blindés internationaux et entourés de fils barbelés, les meurtres sont monnaie courante.
Pour mettre fin à ce terrorisme, éviter qu’un incident ne dégénère, les autorités
internationales tentent d’étouffer dans l’œuf toute tentative de faire monter la
tension.
Il arrive ainsi à la K-For, la force internationale, de détenir sans ordre
judiciaire des activistes. Ses chefs ont pour habitude de demander alors au
Représentant spécial un ordre pour couvrir cette détention arbitraire.
Plusieurs légitimités s’opposent : celle, civile, du Représentant spécial, celle,
militaire du chef de la K-For, celle, judiciaire, des Cours kosovares et enfin,
celle, politique, du gouvernement kosovar.
“Avocats sans frontières” est intervenue notamment dans deux dossiers :
- en faveur d’un kosovar albanais, accusé d’avoir assassiné de sang froid
trois serbes.
- en faveur d’un kosovar serbe, accusé de crime de guerre.
Dans les deux cas, “Avocats sans Frontières” a considéré que le meilleur
moyen de lutter contre le terrorisme était de faire triompher la justice et pour
cela qu’il convenait de faire confiance en la justice kosovare.
Bien sûr, des problèmes d’insuffisance de formation existent, sans compter
les a-priori ou préjugés que cultivent les albanais à l’encontre de leurs concitoyens serbes. A tel point que le Représentant Spécial a fait passer une loi
prévoyant que, dans certains cas, l’accusé peut demander que le panel de trois
juges qui examinera son cas soir composé d’un juge local et de deux juges
internationaux.
Bien sûr, la corruption est une réalité. Mais comment s’attendre à ce que des
juges payés moins de 1.000 marks (500 ??) par mois restent insensibles à des
sollicitations accompagnées de cadeaux ?
Pour autant, faut-il systématiquement mettre en doute la bonne volonté et
la compétence des professionnels kosovars ?
“Avocats sans frontières” a toujours eu pour ligne de conduite de favoriser
des solutions “locales”. Dans les deux espèces nous sommes intervenus en ce
sens. Nous nous sommes d’abord élevés contre les pratiques de la K-For et
plus généralementcontre les tentations des autorités internationales de ne pas
respecter la règle de droit et avons demandé au Représentant Spécial que les
décisions des juridictions kosovares soient appliquées.
Pour ce faire, nous avons dépêché un Avocat international qui est intervenu
auprès de la Cour, des militaires américains (l’accusé étant détenu dans une base
US) et du ReprésentantSpécial.
Nous avons aussi envoyé unAvocat international aider l’Avocat de l’accusé
serbe. Cela a permis de découvrir que l’instruction avait été menée à charge et
que les accusateurs poursuivaient probablement des buts politiques.
Cette intervention a été payante puisque l’accusé a été relaxé.
II - RECONSTRUCTION DE L’ETAT DE DROIT ET TERRORISME EN
BOSNIE
La guerre de Bosnie a fait environ 250.000 morts dans un pays d’à peine
plus de trois millions d’habitants. Ses traces sont visibles partout : villages
abandonnés, blessés de guerre, etc.; la guerre est surtout encore présente dans
les esprits et les cœurs. La construction d’un pays divisé en deux entités (plus
le district de Brcko) rivales, la Fédération croato-musulmane et la Republika
Serbska, passe par la mise en place d’institutions communes et l’examen objectif
du passé.
Les procédures judiciaires (elles vont se multiplier dès la fermeture du
Tribunal pénal international en 2008) permettent une analyse individuelle des
responsabilités. Ce n’est pas toute une communauté qui est accusée, stigmatisée,
mais des individus. Il s’agit de déterminer le rôle de chacun, de distinguer entre
victimes et bourreaux.
Ainsi la réconciliation passe-t-elle par la dénonciation et la condamnation
des coupables. En ce sens, le processus judiciaire est une démarche morale. Peu
importent l’origine des individus, leur religion, leur fonction sociale ou militaire,
leurs intentions même, seuls importent les faits.
Analyser des faits, c’est déterminer des responsabilités, c’est comprendre
l’enchaînement des événements, c’est refuser la fatalité del’antagonisme éternel,
refuser de voir l’autre comme un ennemi héréditaire.
A – L’aide aux Barreaux
Compte tenu de l’omniprésence internationale et du rôle très actif joué par
le bureau du Haut Représentant (OHR) dans la mise en place de juges et procureurs indépendants et bien formés, “Avocats sans frontières” décida de focaliser
son aide sur les barreaux. Mais contrairement au Kosovo où existe un seul
barreau, il en existe plusieurs en Bosnie : en Republika Serbska, à Sarajevo, à
Mostar (barreau croate) et à Brcko.
De plus, à la suite des réformes entreprises par la communauté internationale, quatre systèmes de droit coexistent : un système traditionnel en
Republika Serbska, modernisé par les experts du Conseil de l’Europe en
fédération croato-musulmane, d’inspiration américaine à Brcko et proche du
modèle scandinave pour la Cour d’Etat, institution chargée de juger les crimes
les plus graves, notamment les crimes de guerre ou de terrorisme.
Les représentants d’“Avocats sans frontières” proposèrent donc auxAvocats
bosniens de s’organiser afin, unis, d’être plus forts, plus présents.
Cela passait, naturellement, par l’apprentissage d’un travail en commun et
donc par des formations. Cela passait aussi par la réflexion sur la mise en place
de structures communes, futurs interlocuteurs des autorités.
“Avocats sans frontières” a pesé aussi pour que la loi sur la profession
d’Avocat, récemment adoptée dan les deux entités, organise une profession
indépendante des organes administratifs aussi bien que des Cours et prévoit, à
l’image des barreaux d’Europe de l’Ouest, des mécanismes de régulation
interne. Indépendant, l’Avocatest libre.
“Avocats sans frontières” met en place un bureau à Sarajevo afin d’aider les
Avocats bosniens et de servir de relais à leurs demandes en formations,
échanges, soutien matériel, etc.
Quant au processus d’harmonisation entre les différentes procédures initié
par l’OHR, il aura des effets positifs : les Avocats pourront plaider partout et
les règles s’appliqueront de la même manière à tous.
B – Terrorisme et respect de la règle de droit
Pendant la guerre de Bosnie, quelque milliers de soldats islamistes, tchétchènes, arabes, nord-africains, iraniens, etc. combattaient au côté des forces
musulmanes. La guerre finie, certains restèrent dans le pays, quelques centaines.
Parmi eux, la moitié environ ont aujourd’hui la nationalité bosnienne.
Beaucoup ont conservé des liens avec les groupes ou les gouvernements qui
les avaient envoyés, d’autres ont développé de tels liens depuis leur installation
en Bosnie. Certains sont par exemple affiliés au mouvement Al-Qaida (il a
beaucoup été dit que Ben Laden détenait un passeport bosnien); un grand
nombre est en contact avec les ONG ou sociétés de bienfaisance arabes très
actives en Bosnie. Ces structures sont souvent suspectées par les services
occidentaux d’être des officines d’activistes dont l’activité officielle sert souvent
de paravent à des activités répréhensibles.
Peu après le 11 septembre 2001, les ambassades anglaise et américaine en
Bosnie furent fermées car les services de sécurité avaient découvert que des
groupes islamistes formaient des projets d’attentats.
La réponse de la communauté internationale (menée par les américains) fut
donnée en deux temps :
- Adoption de lois anti-terroristes : inclusion de nouvelles incriminations
dans le code pénal (notamment le fait d’être membre d’un groupe terroriste est
désormais punissable), d’une nouvelle loi sur la citoyenneté (qui permet de
retirer la citoyenneté à un individu dans certains cas), d’une loi sur l’immigration (qui réglemente l’entrée et le séjour des étrangers sur le territoire),
d’une loi sur l’état d’urgence (en cas de “crise internationale”), etc.
- Application de ces lois : arrestation et expulsion de suspects.
Par exemple, à la fin de l’année 2001, six nord-africains (dont plusieurs
algériens) furent arrêtés; certains qui avaient la nationalité bosnienne s’en
voyaient déchus mais les preuves quant à un complot terroriste n’ayant pas été
présentées par les américains (pour des raisons de sécurité), la Cour bosnienne
les relaxait de ce chef d’inculpation, ils étaient donc libérés. A leur sortie, ils
étaient interpellés par la S-For (force internationale) puis remis aux américains
qui les envoyaient dans la base de Guantanamo.
Avec Amnesty International et d’autres ONG de défense des droits de
l’homme, “Avocats sans frontières” s’élèvent contre de tels procédés, attentatoires à l’Etat de droit.
Des Avocats libres et forts, une magistrature indépendante et puissante,
voilà ce qui est nécessaire à la défense des droits de l’homme, voilà ce qui
aurait permis un autre dénouement et voilà ce à quoi travaille “Avocats sans
frontières”.
Le temps et la place nous manquent pour détailler les actions d’“Avocats
sans frontières”. Mais il est intéressant de noter que ces interventions s’inscrivent dans une dynamique internationale de développement et de renforcement
des droits de l’homme. Sans doute la manière dont la communauté internationale gérera l’après Sadam Hussein en Irak sera-t-elle déterminante à cet
égard et le rôle d’“Avocats sans frontières” important pour maintenir l’équilibre
entre raison d’Etatet respect des droits individuels.