2003
Topique
L’Amérique, Israël, la Grèce et la presse française de 1947 et 2002
Danièle Katz
12 rue des Vignoles 75020 Paris
Le discours de Bush contre “l’Axe du Mal” incarné par le terrorisme international est calqué sur celui de Truman de mars 1947 qui, pour porter assistance à la Grèce
en proie à une insurrection communiste, annonçait l’entrée en guerre de l’Amérique contre
la “subversion communiste”. L’anthropologie politique étudie les représentations “archétypiques”, produits d’imaginaires collectifs, qui influencent la perception des événements.
Proet anti-américanisme,relation à la violenceet à l’ordre, distinguent les grandes familles
idéologiques. Le propos de cet article est d’analyser comment la presse de 1947-1949 et
d’aujourd’huiperçoivent à la fois la “subversion terroriste” etla réaction américaine à cette
violence, afin de mettreà jour des archétypes spécifiques à la pensée de droiteet de gauche.Mots-clés :
Anthropologiepolitique, Rerrorisme, Amérique, Grèce, Proche-Orient, Israël (études comparatives 1947-2002).
George W. Bush’s speech against the ‘Axis of Evil’embodied by international terrorism is based on that made by Truman in March 1947, which, to help Greece
that had fallen prey to a communist insurrection, heralded the beginning of America’s war
against ‘communist subversion.’Political anthropology studies the ‘archetypal’representations produced by the collective imagination, which influence our perception of events.
Pro and anti-Americanism, the relation with violence and order are the distinguishing features of the main ideological groups. This article aims at analysing how the Press between
1947 and 1949 and the Press today perceive this ‘terrorist subversion’along with theAmerican response to this violence, in order to shed light on the specific archetypes of rightwing and left-wing thinking.archétypes spécifiques à la pensée de droite et de gauche.Keywords :
Politicalanthropology, Terrorism, America, Greece, Middle-East, Israel (comparative representations 1947-2002).
LES REPRÉSENTATIONS DE L’AMÉRIQUE, DU TERRORISME ET DE
LA GUERRE DANS L’IMAGINAIRE DE LA PRESSE FRANÇAISE DE
1947 ET D’AUJOURD’HUI : GUERRE CIVILE GRECQUE (1944-1949) ET
CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN EN 2002
« L’existence même de l’Etat grec est à présent menacée par l’activité terroriste de plusieurs milliers d’hommes armés menés par les communistes. Les
semences des régimes totalitaires sont nourries par la misère et le dénuement.
Elles croissent et se multiplient dans le sol aride de la pauvreté et du désordre.
Elles atteignent leur développement maximum lorsque l’espoir d’un peuple en
une vie meilleure est mort. (…) Les peuples libres du monde attendent de nous
que nous les aidions à sauvegarder leurs libertés
[1] ». Le discours du 12 mars
1947 connu sous le nom de “Doctrine Truman” inaugurait une ère d’interventions américaines contre la “subversion communiste”. Le Président Bush, parlant
de “l’Axe du Mal”, évoque en termes similaires la lutte de la Démocratie contre
les forces immuables d’un totalitarisme sans cesse régénéré par la misère et le
désespoir. Comme si l’Histoire se résumait au cycle des retours sans fin d’un
conflit toujours le même.
Alors que l’Histoire ne se répète jamais, les représentations “archétypiques”
issues de l’imaginaire collectif ont tendance à resurgir. Elles sont le ciment des
grandes familles idéologiques. Le terrorisme, en tant qu’expression violente du
refus du modèle dominant, a des significations différentes dans l’imaginaire de
droite et de gauche.
La culture politique française est de type antagonique. Elle est marquée par
la coexistence de valeurs héritées de la Révolution et des Lumières et de valeurs
contre-révolutionnaires
[2]. Dans ce contexte, l’Affaire Dreyfus provoque un
premier grand schisme idéologique
[3]. Deux fronts se constituent, l’un défendant
les principes de la République universaliste, l’autre regroupant les tenants d’une
France “organique” et antisémite. Dans les années 30, cette guerre civile idéologique se prolonge sur la scène internationale : héritiers des Lumières regroupés
dans le camp des Alliés, antifascistes, et puissances de l’Axe anti-modernistes
et corporatistes s’affrontent pendant la Deuxième guerre mondiale. La Guerre
froide, elle, sonne le glas de cet antagonisme traditionnel et redistribue les
cartes. Alors que l’Occident est fédéré par l’anticommunisme, “le grand
schisme” français de 1948 oppose désormais intellectuels atlantistes et antiatlantistes. Ainsi, le véritable clivage concerne l’adhésion ou le rejet du modèle
américain. Les nouvelles nébuleuses qui se constituent alors en France sont
issues d’un brassage entre valeurs de gauche et de droite. Elles sont la base de
notre système de références actuel. Les intellectuels français continuent à se
confronter à ce sujet. Ainsi, depuis la fin de la deuxième guerre, les archétypes
français de pensée politique ont été bouleversés par l’irruption de l’Amérique.
Si le vieil antagonisme universalisme – corporatisme refait surface à l’occasion
du deuxième tour des élections présidentielles, il apparaît comme anachronique
face aux réalités politiques d’aujourd’hui.
La guerre civile grecque offre en ce sens un double intérêt pour l’étude des
représentations politiques : les différentes perceptions de la subversion reproduisent clairement les archétypes traditionnels de pensée politique. Ce conflit
constituant aussi la première intervention des Américains contre ce qu’ils
perçoivent comme une violence terroriste, il permet de comprendre sur quelles
représentations de l’Amérique fonctionnent les nouveaux clivages français.
Une étude des représentations de la guerre civile grecque, menée à partir
de 5 quotidiens représentatifs des différentes sensibilités politiques de l’époque,
montre que presse de gauche et de droite, n’ayant pas la même lecture de la
“subversion”, adoptent des positions opposées sur le conflit, alors que le clivage
est généralement beaucoup moins marqué quand il s’agit de politique étrangère.
La ligne de démarcation est très nette entre Le Figaro (droite traditionnelle) et
Le Monde (centre droit) qui défendent la thèse du complot communiste et Le
Populaire (socialiste), Combat (gauche libertaire) et L’Humanité, pour qui il
s’agit d’une réaction défensive contre la terreur fasciste exercée par le gouvernement grec. Pourtant, la perception du rôle joué par les Américains en Grèce
ne recouvre pas le clivage gauche-droite. Ainsi, lorsqu’en 1948 se pose la
question du Pacte atlantique, Le Figaro et Le Populaire se rangent dans le camp
des atlantistes, alors que Le Monde, Combat et L’Humanité intègrent le camp
adverse.
On notera que, curieusement, le conflit grec, symbole du complot communiste contre l’Occident, point de départ de la croisade américaine pour la
démocratie, n’a pas été provoqué par Moscou. En effet, la Grèce n’est pas une
zone d’intérêt vitale pour Staline. L’affaire grecque lui sert surtout à occuper
l’esprit des Alliés, pendant qu’il satellise l’Europe de l’Est. Il freine les velléités
insurrectionnelles des partis communistes occidentaux, notamment en France,
en novembre 1944 et 1947
[4]. Il sait que toute menée expansionniste hors de sa
sphère d’influence se solderait par un échec.
LA SUBVERSION VUE PAR LA PRESSE DE DROITE
“La Grèce, attaquée tout à la fois de l’extérieur et à l’intérieur, doit tenir tête
à une double menace”
[5]. L’ennemi intérieur, c’est le communiste, dont le terroriste d’aujourd’hui n’est que la reproduction fidèle : Markos, le chef des
guérilleros est dépeint comme autoritaire, taciturne fanatique, remarquablement
organisé et obéissant. Ses “bandes” sont des “terroristes”, “rebelles”, “bandits”,
voire “machines à tuer” et agissent avec une “bestialité” peu commune.
Endoctrinés dans les républiques voisines, où ils suivent un entraînement intensif
pour se préparer à la guérilla, ils sont redoutablement disciplinés et mobiles.
Markos dispose de surcroît dans les agglomérations populeuses des grandes
villes d’une cinquième colonne “vigilante” et “fanatisée”.
La Grèce est menacée de l’extérieur par des hordes de barbares slaves
[6].
Mais tous, qu’il s’agisse de Markos ou des satellites balkaniques, “ne sont que
de simples pions au service des froids et profonds calculateurs, qui, de leurs
bureaux du Kremlin, dirigent toute la partie
”. Dans cette conception chrétienne,
le Kremlin est une “machine infernale”
[7] qui cristallise les hantises contradictoires du machinisme et de la barbarie primitive, face à un Occident humaniste,
entité organique et spirituelle. Pour défendre cet Occident, il faut faire bloc
contre ce que François Mauriac appelle “le slavisme”
[8].
Dans l’imaginaire de droite, la subversion communiste, ou plus généralement la violence est perçue comme une menace contre le corps de la nation
ou contre la communauté. Elle a pour finalité la destruction de la civilisation.
Ce mal agit par prolifération dans le corps sain. Mauriac traite les communistes
occidentaux de “bactérie” contre laquelle aucune neutralité n’est possible
[9]. Le
seul remède à ce mal insidieux est la répression brutale, érigée en vertu dès lors
qu’elle a pour fonction de préserver l’ordre. On exalte la détermination et la
cohésion des Alliés de la Grèce tout en préconisant une politique de “nettoyage”
radical des régions “infestées”: extermination des bandes, fermeture hermétique des frontières pour empêcher leur reflux et surtout, dislocation de leur
commandement
“constitué des éléments les plus dynamiques, et les plus
dangereux”
[10]. Marc Marceau,
du Monde fustige d’ailleurs les alliés pour leur
modération hors de saison face au dynamisme du bloc slave. Le correspondant
en Grèce ne ménage pas les démocraties anglo-saxonnes qu’il juge incohérentes et versatiles, et auxquelles il préfère les régimes autoritaires
[11], dont il
admire la détermination et l’efficacité. Cet engouement pour la force et l’action
est un trait caractéristique des ligues de l’entre-deux guerres, droite populiste
antiparlementaire et plébiscitaire, issue de la tradition bonapartiste.
Toutes ces représentations resurgissent face au terrorisme islamiste. Ben
Laden, cerveau machiavélique et insaisissable, recrute parmi les désespérés
des camps d’entraînement qu’on envoie noyauter l’Occident. A ce danger du
dedans se superpose celui d’un monde musulman, peuplé de miséreux, incultes
et fanatisés.
Le thème de la double menace trouve sa source dans l’Affaire Dreyfus, qui
permet un brassage de toutes les idées de la droite ultra au sein d’une nébuleuse
qui comprend catholiques assomptionnistes, ligue antisémite de Drumont et
ligue nationaliste. Maurras, de l’Action Française voit dans l’antisémitisme
l’élément fédérateur de toutes ces droites. Il faut défendre la nation contre le
juif. C’est à cette époque que le nationalisme, jusque-là valeur de gauche glisse
à droite et que la nation, de notion abstraite, se fait entité organique et spirituelle. Dreyfus est à la fois l’ennemi de l’intérieur, le juif, qui sape les
fondements de la chrétienté et celui de l’extérieur, l’Allemand. La germanophobie de cette droite est consécutive à la défaite de 1870
[12].
Mais un troisième danger guette alors la nation : la barbarie, qui menace la
civilisation. Avec l’exode rural, le socialisme est devenu une véritable force
politique. Le prolétariat misérable des grandes villes apparaît comme une
menace pour la civilisation. Gustave Lebon dans
La psychologie des foules, paru
en 1895, écrit : “La masse en abandonnant ses idéaux anciens a perdu son âme.
Elle est redevenue une foule d’individus isolés : les barbares avancent contre
les élites”
[13].
Après la Révolution Russe, la droite se construit à présent autour de la
défense de l’Occident. Un glissement s’opère cette fois de la nation à l’Occident
qui devient dépositaire des valeurs chrétiennes. Il devient à son tour entité
organique et spirituelle. En 1927, Henri Massis, ami de Maurras, écrit un premier
Manifeste : “La défense de l’Occident”, où il reprend les grands thèmes de la
menace de la barbarie contre la civilisation. En 1935, opposé aux sanctions de
la SDN contre le coup de force de Mussolini, en Ethiopie, Massis rédige un
nouveau Manifeste : “Pour la défense de l’Occident”, où il accuse la SDN de
détruire la civilisation en plaçant sur un pied d’égalité, “Rome, la civilisée”, et
“le barbare Ethiopien”
[14]. En 1947, l’anticommunisme permet à cette droite,
discréditée par la collaboration, de retrouver ses lettres de noblesse au sein du
bloc occidental.
L’Humanité inverse systématiquement les rôles. Ainsi, les guérilleros sont
les héroïques combattants de la liberté, victimes du terrorisme gouvernemental
“monarcho-fasciste” du chef du gouvernement, Tsaldaris et de sa bande “d’usurpateurs du pouvoir
[15] ”. Contrairement à la presse de droite, qui dépeint les
communistes comme des fanatiques endoctrinés, l’Humanité voit dans ces
terroristes “monarcho-fascistes” des mercenaires à la solde de Washington. Ce
ne sont pas des “pions”, mais des “valets” de l’impérialisme américain. Alors
que dans la vision spiritualiste catholique de droite, le système communiste
réduit l’homme à un simple rouage, l’idéologie marxiste ramène tout au rapport
de force économique entre dominants et dominés. Ainsi, Tsaldaris et Sophoulis
sont les valets des Américains. Le valet est un traître. C’est celui qui a abdiqué
sa liberté devant le pouvoir de l’argent. Simone Tery, le 02/01/48, dans :
“Combien de dollars pour un cadavre ?” résume le fondement de l’assistance
à la Grèce : “Donnant - donnant : Truman fournit les dollars, et Sophoulis les
cadavres”.
Les rôles au sein du complot sont échangés. Ainsi, le chaos en Grèce est
déclenché par Washington, et ce sont les magnats du pétrole qui tirent les ficelles
de la politique
[16]. L’Amérique c’est l’incarnation du mal absolu,
“la diplomatie
du dollar et de la bombe atomique”: à la fois héritière du nazisme et auteur de
Hiroshima, elle fait planer sur le monde la menace atomique
[17].
L’Humanité n’a pas la même conception de la barbarie que Le Figaro ou
Le Monde: pour la droite, il s’agit de “hordes” de Slaves ou de prolétaires qui
menacent les élites, alors que pour les communistes, les barbares ce sont au
contraire les élites dirigeantes, menées par leurs maîtres américains. Ici comme
à droite, la violence est perçue comme un mal proliférant et le conflit grec sert
de catalyseur aux liens de solidarité : Mais, alors que la droite invite les gouvernements occidentaux à se coaliser, c’est aux peuples que les communistes
demandent de se mobiliser pour faire barrage à la “marshallisation” de l’Europe.
Depuis la constitution du Kominform, en octobre 1947, les communistes
occidentaux se sont vus attribuer la mission de saper le plan Marshall. La
situation de la Grèce, premier pays “assisté” par les Américains doit donc
apparaître comme un avant-goût de ce qui menace la France du Plan Marshall.
L’extravagance du journal est sans limites. “Mamans de France, aidez le peuple
grec, afin que les hommes du dollar ne viennent pas jusque-là égorger vos fils”
écrit Simone Téry, le 22/06/48. De même, lors de la signature du Pacte de
Bruxelles, en mars 1948, alliance militaire défensive conclue entre la France,
la Grande-Bretagne et le Benelux en réaction au coup de Prague de février, la
visite du chef du gouvernement grec à Paris est immédiatement récupérée.
“Fort de son expérience”, écrit L’Humanité du 16/03/48, “le bourreau de la
Grèce”, “le criminel endurci” vient aider “le gang occidental” à préparer la
guerre. L’Alliance Occidentale ressort donc du terrorisme.
Dans la phraséologie communiste, le terrorisme est associé au fascisme,
défini par Dimitrov en 1935 comme “dictature terroriste constituée des éléments
les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capitalisme
financier”. La lutte antifasciste devient, en 1935, le moteur de l’action des
communistes. Le préfixe “anti” a d’abord une fonction identitaire : il reproduit
l’archétype marxiste de la lutte des classes. Le fascisme est un terme à géométrie
variable, applicable indifféremment à tous les ennemis de l’URSS : Hitler, puis
les Américains, voire les socialistes à parti de 1947
[18]. Ce concept fourre-tout,
très fonctionnel, a permis au discours antifasciste de résister aux atteintes du
temps. Les islamistes se sont réapproprié cette rhétorique. D’où une similitude
troublante dans la présentation des partisans grecs de 1947 et dans celle des
terroristes d’Al Qaïda du Fatah ou du Hamas. Tous sont présentés comme des
héros ou des martyrs. Tous incarnent le juste combat des peuples du tiers monde
contre l’impérialisme américain et ses valets.
LA PRESSE DE GAUCHE NON COMMUNISTE
Cette gauche réprouve toutes les formes de violence : messianisme révolutionnaire ou répression policière. Elle ne croit ni à un complot contre la nation
grecque, voire contre l’Occident, orchestré par Moscou, ni à des menées
impérialistes de Washington, en vue d’une hégémonie mondiale. Les troubles
en Grèce seraient plutôt le fait d’une oligarchie réactionnaire, qui, pour assurer
la sauvegarde de ses privilèges face à la montée des forces progressistes décapite
l’opposition au nom d’un prétendu complot communiste contre la nation. C’est
la terreur qui ferait le lit du communisme. Car les Soviétiques exploitent la
détresse des partisans traqués à des fins de pure propagande, érigeant ce conflit
en symbole du soutien des Anglo-Saxons au fascisme. Ainsi pour la presse de
gauche, le terrorisme serait engendré par la répression et l’Etat policier. Loin
d’être la conséquence de la subversion, ainsi que l’avance la presse de droite,
il en serait la source
[19]. Seul un changement de régime et des mentalités permettraient de mettre terme à la violence
[20].
Aujourd’hui encore pour la gauche, régimes répressifs et inégalités sociales
font des exclus les proies faciles des islamistes. Mais ce n’est pas par la force
brutale que l’on élimine le phénomène terroriste. La répression engendre au
contraire la révolte. On retrouve au sein de la gauche modérée les mêmes
clivages sur le soutien que l’on doit apporter à une intervention américaine au
Moyen-Orient. Pour les uns, l’Amérique apporte la démocratie en Afghanistan
et par là affaiblit le terrorisme. Ils approuveraient une attaque contre le dictateur
irakien. D’autres voient dans l’assistance militaire fournie jadis par les
Américains à ces mêmes régimes la source des maux présents et justifient par
là leur opposition à toute intervention Alliée.
Pourtant, en 1948,
Combat et
Le Populaire n’ont pas la même perception
du danger communiste et par conséquent du bien-fondé de la présence américaine en Grèce. Pour
Le Populaire, qui craint une victoire des communistes,
l’assistance américaine se justifie. Ils mènent un combat pour restaurer la
démocratie. Pour
Combat, au contraire, le gouvernement grec, en brandissant
le spectre de la conjuration bolchevique, exploite la psychose anticommuniste
de Washington pour obtenir des crédits américains qu’il destine au renforcement de l’Etat policier. Ainsi, les Américains s’ils souhaitent une
démocratisation du régime ne peuvent qu’aggraver la situation en s’alliant à la
réaction grecque
[21].
Le Populaire et
Combat ne sont pas issus de la même tradition politique.
Le premier est marqué par l’humanisme de Jaurès et de Blum dont la priorité
est la défense de la démocratie et des valeurs républicaines contre les forces de
la réaction. Cimentée par l’Affaire Dreyfus qui permet aux socialistes de rallier
la République bourgeoise, puis par le front antifasciste de mars 1934, la gauche
socialiste se concentre sur la dénonciation des atteintes à la démocratie et aux
droits de l’Homme
[22]. Elle ne s’interroge guère sur la relation entre l’arrivée
des Américains sur la scène grecque en mai 1947 et la recrudescence de la
répression, en juillet.
On peut voir dans
Combat, un précurseur des écologistes d’aujourd’hui.
Le journal est l’héritier du mouvement pacifiste et libertaire contemporain de
la Grande Guerre.
Combat est proche d’un penseur commeAlain, qui incarne
cette idéologie
[23]. Il dénonce la logique de puissance des Empires qui mène
au sacrifice de l’humain dans la guerre. Dès la Libération,
Combat manifeste
son rejet de “l’Esprit de Yalta” qui restaure cette politique de puissance et de
zones d’influence dont il voit l’aboutissement en Grèce. Le sentiment antifasciste prime chez lui, car il est issu de la Résistance. C’est pourquoi il est plus
sévère à l’égard de régimes comme celui de Franco ou Tsaldaris, qu’envers
l’URSS.
En 1948, des intellectuels de sensibilités politiques très différentes, voire
antagoniques, se rejoignent dans leur adhésion ou leur refus d’un pacte avec
l’Amérique. Il s’agit d’un phénomène spécifiquement français.
La droite catholique et antilibérale se rallie au principe de la croisade pour
la défense des peuples libres deTruman, en faisant de la démocratie le nouveau
fondement spirituel et identitaire de l’Occident.
Aujourd’hui, encore, le discours de la droite catholique reste centré sur la
défense de la civilisation et des valeurs spirituelles de l’Occident : démocratie
et droits de l’homme - contre la barbarie (l’Islam).
La droite libérale et moderniste est, quant à elle, ravie de voir dans le discours
deTruman, le libéralisme érigé en vertu universelle. Constituée des élites économiques du pays, elle admire le dynamisme et la puissance de l’Amérique
[24], se
faisant aujourd’hui l’apôtre de la mondialisation.
La détermination de Truman à faire barrage au communisme provoque
l’adhésion immédiate d’une droite gaulliste, qui d’ailleurs séduit une partie de
l’extrême droite par son discours nationaliste et sécuritaire. Dans le climat de
psychose qui gagne peu à peu la France, les gaullistes veulent se présenter
comme la seule force capable de faire rempart au bolchevisme. Condescendants
à l’égard des Américains et de leur culture
[25], ils n’en espèrent pas moins devenir
leur interlocuteur privilégié. L’atlantisme de cette droite est sans doute plus
opportuniste que sincère
[26]. Très souverainiste, elle refuse en fait de voir la
France inféodée à l’Amérique. Elle tient aujourd’hui le même discours sécuritaire face à la montée de l’islamisme. Si elle soutient la politique de fermeté
de Bush, elle cherche à se démarquer de l’Amérique en jouant la carte de la
supériorité morale par ses prises des positions “éthiques” sur les grands dossiers
du Proche-Orient(Israël, Irak).
Le camp des socialistes est scindé par deux courants. Derrière Léon Blum,
les réformistes – plus sociaux-démocrates que socialistes – voient dans le
discours de Truman une volonté d’ériger la démocratie en système politique
universel. Une alliance avec l’Amérique représente pour eux un pas franchi
dans l’édification de la démocratie internationale. Les “guesdistes”, dont le
chef de file est Guy Mollet, sont, eux, plus réticents à lier le sort de la France
à celui de l’Amérique capitaliste. Ils se veulent avant tout les défenseurs des
classes modestes et portent la lutte sur le terrain social. Ils se rallient à
contrecœur à l’atlantisme, surtout par anticommunisme. Car depuis la
Libération, le parti communiste, soucieux de conserver le monopole sur la
classe ouvrière, concentre sa haine sur la SFIO
[27]. Le parti socialiste se débat
aujourd’hui encore, dans ces contradictions. Les cadres ont dans l’ensemble une
attitude plus consensuelle face au modèle politique etéconomique américain.
Malgré certaines réserves, ils conçoivent la mondialisation comme une marche
vers le progrès de l’humanité. Toujours dans la tradition de Jaurès, ils voient
dans cet islamisme anti-moderniste, une dangereuse atteinte aux principes
républicains et une remise en cause des acquis politiques, fruits d’une longue
lutte contre la réaction. La base des socialistes se montre toujours plus circonspecte vis-à-vis de l’omnipotenteAmérique et de son modèle économique. Pour
ces derniers, la répression du terrorisme doit s’accompagner d’une réflexion
approfondie sur la mondialisation qui, creusant le fossé entre riches et pauvres,
fait le lit du terrorisme
[28].
LA NÉBULEUSE ANTI-ATLANTISTE
En 1948, une partie de la rédaction du
Monde, quoique très anticommuniste,
prend position contre le Pacte atlantique. Pour ces journalistes, il ne fait aucun
doute que l’Amérique cherche à entraîner l’Europe dans son antagonisme avec
l’URSS. L’Europe, par sa situation géographique étant le champ de bataille
tout désigné, une guerre entre les deux Grands se ferait aussi par soldats
européens interposés
[29]. Cette méfiance envers une Amérique perçue comme
viscéralement isolationniste, prend sa source dans les représentations des non
conformistes des années 30 qui ont une influence notable sur Hubert Beuve-Mery et une partie de la rédaction du
Monde (Etienne Gilson, Maurice
Duverger). Ces non conformistes, d’inspiration néo-thomiste créent le concept
de “personnalisme” qui prône le non-engagement et le retour à la spiritualité,
pour résister au grand mal de la civilisation : le matérialisme, incarné aussi bien
par le bolchevisme que par le libéralisme anglo-saxon
[30]. Ils nourrissent une
aversion toute particulière pour l’Amérique et ses valeurs : argent, productivisme, individualisme, machinisme qui, selon eux, tuent le lien social et
transforment l’homme en robot. Cette vision d’uneAmérique déshumanisée et
égoïste influence leur prise de position, en 1948
[31]. Aujourd’hui resurgit dans
un certain discours “neutraliste” ce réflexe de repli face à la coalition antiterroriste que le président Bush appelle de ses vœux. L’arrogante Amérique,
alliée inconditionnelle d’Israël, est certes l’ennemi désigné des terroristes, mais,
c’est l’Europe, plus facile d’accès que la citadelle américaine, qui, en cas de
représailles, en fera les frais.
Mais l’anti-atlantisme est surtout un phénomène de gauche. Dès 1948,
Combat dénonce la militarisation de la politique américaine. Neutraliste, le
journal est hostile au principe d’un pacte défensif, réintroduisant les jeux traditionnels d’alliances et la logique de guerre qui conduisirent aux désastres des
deux conflits précédents. Encore sous le choc de Hiroshima, ces pacifistes
craignent que le réarmement intensif et “l’hubris” des militaires du Pentagone
ne mènent à la destruction de la planète
[32]. Les écologistes, notamment, tiennent
aujourd’hui, ce discours : ils fustigent les Américains pour leur attitude irresponsable en matière de défense : course effrénée à l’armement, alliances
stratégiques ineptes avec les islamistes contre les Soviétiques, incroyable
prétention à contrôler l’usage d’armes de destruction massive qu’ils ont eux-mêmes mis en circulation.
Quant aux communistes, ils inaugurent en 1948 une nouvelle stratégie de
propagande : la croisade pour la paix contre “le parti de la guerre”, qui, pour
s’assurer la domination mondiale, veut transformer l’Europe en “une nouvelle
Grèce”, un champ de ruines. La perception qu’a aujourd’hui l’extrême gauche
d’un monde unipolaire dominé par une Amérique en quête effrénée de
puissance, procède de la même logique. Dictant sa loi au reste du monde,
l’Amérique écrase sous les bombes tous les récalcitrants. Seule l’excitation de
la guerre peut sortir son économie du marasme.
Cette analyse appelle trois observations :
- La différence entre les représentations de la subversion et de la violence
à gauche et à droite perdure jusqu’à constituer des archétypes bien distincts. La
pensée de droite appréhende la confrontation avec le terrorisme comme une
épreuve de force. La subversion s’apparente à l’agression d’un corps étranger
contre un organisme. Son éradication exige tout un arsenal répressif qui vise
en même temps à renforcer sa capacité de résistance, comme le ferait un vaccin.
La pensée de gauche procède d’une logique inverse. La subversion apparaît
comme le symptôme d’un dysfonctionnement de l’organisme. Si le mal est
engendré par le corps lui-même, seul un changement de comportement durable
peut en constituer le remède. C’est pourquoi, la gauche s’interroge davantage
sur les causes du terrorisme, et sur la responsabilité du système tout entier dans
l’émergence de la violence.
- L’Amérique est en fait un une sorte de miroir aux alouettes, qui catalyse
les désirs et les rejets des intellectuels français. Ceux-ci projettent sur elle leur
propre vision du monde l’investissant de valeurs qui ne doivent rien au Nouveau
Monde mais tout à l’histoire intellectuelle de la France.
- Le conflit grec a été le lieu de projection de l’antagonisme idéologique entre
démocratie et communisme. Il est le microcosme des tensions qui agitent le
monde de l’époque. C’est le rôle que joue de nos jours le conflit israélopalestinien. Le discours islamiste souligne le rapport de causalité entre le
11 septembre et le conflit israélo-palestinien. La lutte du peuple palestinien
symbolise la volonté de libération du monde musulman et du tiers monde, de
la servitude de l’Occident américano-sioniste. Le discours américain transforme lui ce conflit en une lutte pour la survie de la démocratie israélienne
menacée par le fanatisme du Hamas. Il s’identifie à Israël. Le discours français
s’efforce de dissocier le phénomène d’Al Qaïda du terrorisme palestinien. Loin
de faire corps avec Israël, il dénonce les manquements aux droits de l’Homme
dans ce pays, cherchant à manifester son attachement aux valeurs françaises de
justice universelle. Pourquoi cette mise à distance d’Israël, qui lui-même ne fait
que réactualiser l’histoire récente des démocraties occidentales ? Après 1870,
l’impérialisme a évolué de pair avec la consolidation de la démocratie. Les
agissements d’Israël devraient en fait conduire à une interrogation critique sur
les ressorts de la démocratie elle-même : morale et prospérité, deux principes
souvent contradictoires et pourtant essentiels au fonctionnement de la
démocratie, ne sont pas toujours conciliables.
La France aurait-elle un comportement plus éthique qu’Israël si ses intérêts
vitaux étaient aujourd’hui menacés ? La critique d’Israël ne lui permet-elle pas
d’exorciser le sentiment de culpabilité né de la difficulté à harmoniser l’exigence
de puissance avec celle de la morale ?
[1]
in Truman (Harris)
Mémoires Tome II, Paris, Plon, 1956, p. 125.
[2]
Sur la culture du conflit voir Rioux (J.P.) in Rioux (J.P.) et Sirinelli (J.F.)
Histoire culturelle de la France, Paris, Seuil, 1998, p.35.
[3]
voir Winock (M.): “Le mythe fondateur; l’Affaire Dreyfus”, in Bernstein (S.) et Rudelle
(O.) (sous la direction de)
Le modèle républicain, Paris, PUF, 1992, p. 131-136.
[4]
Voir Becker (JJ.),
Le parti communiste veut-il prendre le pouvoir ? La stratégie du PCF
de 1930 à nos jours, Paris, Seuil, 1981, p.148-159 et230-232.
[5]
Voir Photiades, (
Le Figaro du 25/12/47):
“Hors de Grèce, les fugitifs reçoivent la fraternelle hospitalité du camarade albanais, yougoslave ou bulgare. (…) On souhaite aux proscrits
la bienvenue. (…) On les nourrit de la mœlle communiste. Le manuel du parfait insurgé, composé
pour eux, devient leur bréviaire” et Marceau (
Le Monde du 25/05/47).
[6]
Le Figaro du 23/01/48. Ils empêchent “
le flot slave de déferler jusqu’à l’Acropole” (Marc
Marceau,
Le Monde du 14/02/48). “
Les cadres Epirotes de l’armée de Markos, à qui les commanditaires de la rébellion auraient reproché de ne pas avoir montré assez de zèle dans
l’extermination des populations helléniques de certaines régions, seraient remplacés par des
Macédoniens de race slave”. (Marceau,
Le Monde du 16/01/48).
[7]
Marceau,
Le Monde du 15/02/48. Voir aussi Jean Eparvier
Le Figaro du 26/10/46.
“La
Grèce est un merveilleux champ d’expériences pour machines infernales” écrit Photiadès, (
Le
Figaro du 26/12/47).
[8]
Mauriac : “
Nous appartenons charnellement et spirituellement à l’Occident” (
Le Figaro
du 24/03/48),
“à cette race chrétienne d’Occident, nourrie pendant des siècles du lait d’une
humaine tendresse”. (
Le Figaro du 17/03/48)
[9]
Cf : (
Le Figaro du 24/03/48).
“La Grèce est infestée par les communistes” (Stéphane
Zotos,
Le Figaro du 27/12/48).
[10]
Voir M. Marceau(
Le Monde, 19/02/48,24-25/10/48 et 07/01/49 et
Le Figaro du 18/07/47
et du 27/12/48)
[11]
“
Aux prises avec des adversaires particulièrement cohérents, dont la ligne de conduite
est immuable, la Grèce voit ses alliés couper les cheveux en quatre et lui discuter les moyens de
se défendre vraiment efficacement”. (
Le Monde du 24/10/48).
[12]
Voir notamment Birnbaum (P.): « L’affaireDreyfus : culture catholique et antisémitisme »
in Winock (M.) (sous la direction de):
Histoire de l’extrême droite en France, et Paris, Seuil,
1993, p. 83-12. Sur la double menace voir Winock (M.), “L’Action Française”, in
Ibid p. 129.
[13]
in Rioux (J.P.)“Le temps des masses” in Rioux (J.P.)et Sirinelli (J.F.)
op. cit., p.55.
[14]
Cf Sirinelli (J.F.)
ibid p. 140-142.
[15]
Cf Pierre Courtade, 10.06.46. “
Le peuple a répondu à la terreur par l’insurrection. Il
s’agit donc d’un acte de légitime défense” (Courtade, 06/11/48). Marcel Cachin (08/07/47) parle
de
“gouvernement d’assassins, dictature fasciste aux mains des collaborateurs hitlériens, imposée
au peuple grec par l’intervention militaire britannique”.
[16]
“
Truman obéit aux consortiums du pétrole” (Cachin, 09/05/48) “
Il faut une guerre pour
les USA, car la malheureuse Grèce est une base stratégique pour la surveillance du pétrole de
la Standart Oil et contre les Républiques d’Europe orientale”. (Cachin, 24.10.47)
[17]
Voir notamment
“L’impérialisme yankee accumule les bombes atomiques et prépare la
guerre bactériologique”. (Etienne Fajon, 10/10/47).
“Américanisme égal nazisme” (Courtade,
27/03/48, “
Ne laissons pas écraser la Grèce, comme Munich, par l’impérialisme américain”
(Tery, 28/12/47).
[18]
Annie Kriegel : “Sur l’antifascisme”
in Commentaire, été 1990, n° 50, p. 300-302.
[19]
“
Les royalistes, parce que minoritaires, font régner la terreur et la violence pour
s’imposer” (Charles Dumas,
Le Populaire, 12/03/46). “
La politique d’extermination des rebelles
menée par Tsaldaris, est à l’origine de la situation actuelle” (Charles Dumas,
Populaire, du
22/12/46”.
[20]
“
Washington (…) exige des améliorations. Mais comment cela serait-il possible sans
transformer non seulement la structure, mais aussi la mentalité de l’actuelle politique ?”
(P. Carreau,
Combat du 12/03/48).
[21]
“
Athènes est plus occupée que jamais au commerce traditionnel de la vente des positions
stratégiques. Le client est américain”, (Carreau, 10/03/48). “
A quoi servirait donc une guerre
civile sans bailleurs de fonds ?” (Carreau, 11/03/48). Evoquant la gauche grecque modérée
Carreau écrit le 13/03/48 :
“ces individualistes, qui auraient pu permettre aux Américains de
trouver une porte de sortie, sont pratiquement éliminés depuis que les Etats-Unis se sont décidés
à la présence à tout prix”.
[22]
Sur le ralliement des socialistes à la République voir notamment Winock (M.): “Le
mythe fondateur : l’Affaire Dreyfus”, in Berstein et Rudelle,
op. cit. p. 131-145 et sur le modèle
antifasciste voir Sirinelli (J.F
.) Aux marges de la République, Paris, PUF,2001, p. 67-71.
[23]
Sur les pacifistes Sirinelli (J.F.) in Sirinelli et Rioux
op. cit. p. 143-144.
[24]
Photiadès donne une version idyllique du travail des experts américains en Grèce. (cf
Le
Figaro du 03/01/48) “
Les experts et conseillers doivent joindre à une compétence hors de pair
des qualités proprement diplomatiques Comment donc le simple paysan grec n’aurait-il pas
envers les Etats-Unis, si riches, si généreux, un sentiment de gratitude sincèrement admiratif ?”.
[25]
Marceau est méprisant à l’égard des Américains :
“Ce ne sont pas les avalanches de
coca-cola, de chiclets ou de peignes en celluloïd qui empêcheront le peuple grec de mourir de
faim”, (17/02/48). Ils sont
“naïfs et généreux” (03/11/49).
[26]
Sur l’atlantisme de De Gaulle : Roger (P.)
, Rêves et cauchemars américains. Les Etats-Unis au miroir de l’opinion française (1945-1953), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires
Septentrion, 1996, p. 289.
[27]
Voir notamment Lindenberg (D.) chap 1, in Berstein (S.) et Proste (A.) (sous la direction
de):
Le Parti socialiste entre résistance et république, Paris, Publications de la Sorbonne, 2000,
p. 12-20; ainsi que Bergounioux (A.): “Socialisme et République avant 1914”, in Berstein et
Rudelle,
op. cit; p. 117-128.
[28]
Jean-Claude Sergeant, dans “La politique étrangère et de défense des gouvernements
Blair”, in
La Revue des deux Mondes, septembre 2002, (p. 145-149) analyse les principes qui
prévalent dans les choix politiques des travaillistes. Il semble que ceux-ci aient moins de difficultés que leurs homologues français dont ils partagent les valeurs, à concilier leurs idéaux avec
leur adhésion au camp américain.
[29]
Gilson : “
S’il doit y avoir demain une guerre mondiale américaine, l’extrême pointe
d’avant garde ne saurait être ni française, ni anglaise, ni moins encore allemande. C’est le tour
des Etats-Unis”. (
Le Monde 25/12/48). “
Les US veulent acheter le sang de l’Europe avec des
dollars. Nous n’avons d’autre choix qu’un engagement non pas moral mais militaire américain”
(02/03/49).
Le Monde se demande ainsi si les Américains seront prêts à “faire les sacrifices
nécessaires” en envoyant des troupes en Grèce. (14/08/47 et 03/01/48).
[30]
“
La France ne peut ni de doit opter pour le capitalisme américain dont elle connaît les
défauts (…) ni pour le totalitarisme russe, qui serait comme la négation de toute son histoire et
de tout son être” (Beuve Mery,
Temps Présent, du 05/04/46).
[31]
Sur l’anti-américanisme des non-conformistes : Armus (S.D.): “The Eternel Ennemy :
Emmanuel Mounier And FrenchAnti-americanism”,
French Historical Studies, n°24, Printemps
2001, p. 271-303.
[32]
Sur la militarisation de l’assistance américaine à la Grèce :
“Le réalisme a fait son
apparition : l’Amérique dépassant les difficultés locales s’apprête à affronter l’URSS. Ainsi,
donne-t-elle maintenant plus aisément aux Grecs ce qu’elle leur refusait jusqu’alors pour leur
bien.” (Carreau,
Combat du 11/03/48). Sur la hantise d’une destruction totale : “
Toute participation à un prochain conflit fera des pays continentaux de l’Europe occidentale et de la
Scandinavie des zones de guerre totale. (…), é
crasés par les plus puissants moyens de destruction
que l’homme ait inventés.” (Claude Bourdet,
Combat du 22/10/48)