2003
Topique
La terminologie idéologique du terrorisme dans le conflit du Proche-Orient sous le regard de l’interprète et du traducteur
Francine Kaufmann
École de Traducteurs et d’Interprètes Université Bar-Ilan Faculté des Lettres 52900 – Ramat-Gan, Israël http ://www.biu.ac.il/HU/tr/tr-staff/kaufm-fran/kauf-main-0902.html 6 re’hov Kfar Etsion, appt. 8 93392 Jérusalem
Remarques sur l’emploi des mots et des concepts concernant le terrorisme
dans le conflit du Proche-Orient, les malentendus qu’ils peuvent faire surgir de bonne foi,
le rôle qu’ils peuvent jouer dans la manipulation de l’opinion. Description historique et
lexicologique en miroir d’un choix de concepts relevant du champ sémantique du terrorisme, en français, en hébreu et en arabe et appréciation de leur charge idéologique. La
méthodologie utilisée s’appuie sur les stratégies de clarification terminologique préliminaire effectuée par un interprète de conférence ou un traducteur pour sélectionner ses mots
en fonction du locuteur, de l’interlocuteur et d’une situation donnée.Mots-clés :
Terrorisme, Terminologie, Idéologie, Proche-Orient.
This article remarks on the use of words and concepts linked with terrorism in the Middle East conflict, the misunderstandings that these can legitimately give rise
to and the role that they can play in the manipulation of public opinion. We are also presented with a historical and lexical reflection of the choice of concepts from the semantic
field of terrorism in French, Hebrew and Arabic, along with an appreciation of their ideological force. The methods used here are based on the strategies available for clarifying
terminology undertaken by a conference interpreter or translator prior to carrying out their
work,when selecting words appropriatetotheposition occupied bythespeaker,thosehe/she
addresses and in a specific context.Keywords :
Terrorism, Terminology, Ideology, Middle East.
Dans tout conflit et notamment dans le conflit du Proche-Orient, les concepts
utilisés pour en définir les enjeux sont susceptibles de susciter des malentendus
par méconnaissance du contexte, mais aussi parce qu’ils sont connotés différemment selon le point de vue de qui les emploie, sans parler du rôle qu’on peut
leur assigner dans une manipulation délibérée de l’opinion. N’étant ni psychanalyste, ni linguiste, ni politologue, c’est uniquement sur le plan pragmatique
de notre pratique d’interprète et de traductrice que nous nous proposons
d’aborder le problème des ambiguïtés du champ sémantique du terrorisme,
consciente de la nécessité de clarifier les concepts utilisés par les acteurs du
conflit et par les médias qui les relaient. Formant de futurs interprètes dans une
université israélienne, nous les sensibilisons au poids des mots, à leur charge
idéologique, nous les incitons à prendre conscience de la responsabilité du
médiateur dans la communication interculturelle.
En principe, les écoles de journalisme font de même. Pourtant il existe des
différences fondamentales entre les deux professions. En effet, la presse d’information se donne pour objective mais on connaît bien aujourd’hui les procédés
par lesquels elle “organise” la réalité, la circonscrit dans un langage qui, par
ses choix, reflète les a priori du journaliste (l’auteur), du rédacteur en chef
préoccupé de répondre aux attentes supposées de son public-cible. Par ailleurs,
son destinataire est généralement “absent”: le lecteur ou l’auditeur est invité à
se faire, chez lui, sa propre opinion, a posteriori. Quant à l’interprète, c’est un
médiateur qui, cependant, dit ‘
Je’au nom d’un locuteur présent dont il s’attache
à reproduire aussi fidèlement que possible la terminologie. Son rôle consiste à
faire progresser un discours interactif qu’il découvre, au fur et à mesure. Chaque
concept avancé débouche sur une réaction de l’interlocuteur, en temps réel et
peut donner lieu à une rectification ou à une précision de la part d’un autre
interlocuteur présent. L’interprète est donc tenu d’épouser successivement les
points de vue subjectifs de chacun des locuteurs dont il réexprime tour à tour
le “vouloir dire”. Cette stratégie peut être adoptée par tout homme de bonne
volonté qui cherche à comprendre ce qui se dit autour de lui. Car que se passe-t-il quand une même réalité (géographique, historique, culturelle, religieuse) est
simultanément décrite dans un langage idéologique codé différemment par
chacune des parties ? Les interlocuteurs désignent-ils vraiment le même signifié
quand ils parlent d’Abraham/Ibrahim, d’
Erets Israël/la Palestine, de
Jérusalem/Al Kods, du Mont du Temple/Esplanade des Mosquées, des réfugiés,
du droit au retour, du
jihad, des terroristes kamikazes/
shahid ? Pourquoi, dans
ce cas, utilise-t-on sans y prendre garde l’un des termes de ces “couples” pour
traduire l’autre, comme s’il s’agissait de parfaits doublons ? Comment s’étonner
alors que la presse soit généralement accusée par les uns et les autres d’être
partiale ?
[1] Quelle stratégie de rechange peut proposer l’interprète, conscient
des significations implicites exprimées dans chacun des langages utilisés mais
qui intervient comme pièce rapportée, interposé entre des acteurs moyenorientaux et une tierce-partie occidentale ? Une traduction peut-elle être
‘objective’quand on en est réduit à des équivalences, à l’emprunt, l’explicitation,
la glose, ou à une terminologie imposée par l’usage mais souvent erronée,
imprécise ou biaisée ?
D’entrée de jeu, nous dirons que la solution la plus courante consiste en effet,
pour l’interprète, à “emprunter” ou à “calquer” le mot qui fait problème, à le
conserver dans sa forme “étrange” et “étrangère”, en l’accompagnant d’une
paraphrase ou d’une glose qui prenne en compte le vouloir dire du locuteur, tout
en le complétant par une ‘traduction’ que le destinataire est culturellement
préparé et prêt idéologiquement à “entendre”, compte tenu des contraintes et
des libertés offertes par les langues en présence et, enfin, des enjeux de la
rencontre. Solution hybride et rarement satisfaisante.
La presse française, quant à elle, a tendance, pour “traduire” en français la
réalité “autre”, à privilégier des termes qui sont “connus” et reconnaissables,
qui “font image” pour un public français, plutôt que de faire l’effort de trouver
et d’imposer un équivalent exact. C’est ainsi que Catherine Lauchter a
longuement analysé l’emploi pervers de qualificatifs importés d’autres contextes
et chargés d’un autre sens, tels que : “Etat colonialiste”, “Apartheid”, “nazisme”,
“œil pour œil dent pour dent”, qui plaqués sur la réalité israélienne actuelle,
“excluant toute autre vision du contexte”, constituent une “mal-information”,
une “récupération et un détournement de sens”
[2].
Le résultat est souvent ce que la journaliste Annie Lelièvre appelle une
“détérioration du langage” qui se superpose à la tyrannie des “images, l’arbitraire de leur découpage, l’absence de toute analyse”, et en fin de compte, à une
falsification de la réalité
[3]. Des qualificatifs qui semblent appartenir au “langage
familier”, comme : “gamins”, “infidèles”, “martyr” constituent souvent de “faux
amis”. Car, dit-elle, les “gamins” de l’intifada ou des violences antisémites ne
connotent pas le charme vif et insolent de la jeunesse mais ils désignent, selon
les circonstances, des lanceurs de pierres, des prédélinquants, (ceux-là même
qu’on appelle aussi “les jeunes”). De même on parlera de quartiers “sensibles”,
de zones “fragiles”, ou par antithèse de “crimes d’honneur” de “sévices
culturels”, de délinquance “expressive”. “L’humanisme à la mode” se livre à
une humanisation de la violence par des euphémismes “qui sont des lâchetés
du langage”, fournissant au violent des arguments sur mesure, qui dédouanent
implicitement les victimes de “l’exclusion”, de la “crise identitaire”. Annie
Lelièvre poursuit : “L’aberration atteint jusqu’à son comble lorsque le mot
‘martyr’en vient à désigner, non pas le supplicié mais l’auteur du massacre.
La presse, le plus souvent, fait l’ellipse des guillemets… légitimant ainsi l’insoutenable inversion. Ces dérives du langage ne sont pas innocentes (…) ces
glissements sournois (sont) d’autant plus efficaces qu’ils demeurent inconscients”.
Nous voudrions, à l’aide de quelques exemples, et forte de notre expérience
d’interprète, explorer le champ sémantique du terrorisme proche-oriental, mettre
en évidence sa complexité et les malentendus qu’il risque de générer. Le terme
“terrorisme” lui-même fait problème comme l’a montré l’un des spécialistes
français du terrorisme, Jean-Luc Marret :
“C’est une idée répandue que le terrorisme ne peut être défini. Substitut de
la guérilla, moyen d’expression des faibles, usage alternatif de la diplomatie d’un
Etat, il désigne encore ceux qui sont vus par d’autres comme des résistants.
“Terroriste”, comme “fasciste”, peut désigner n’importe qui. Il y a différents
moyens pour échapper à ce dilemme : considérer l’action terroriste du point de
vue des motivations des hommes qui en font l’usage ou voir au contraire le terrorisme selon ses effets destructeurs. Il y a encore une voie médiane : l’analyser
comme une pratique, voire un métier”
[4].
Nous nous proposons, quant à nous, d’adopter une quatrième approche,
descriptive, celle de l’observateur du langage, qui ne cherche pas à dire le
“pourquoi” (les motivations), ni le “comment” (les pratiques), encore moins à
définir les “techniques”, mais à rendre compte des vocables par lesquels se
désignent eux-mêmes ou sont désignés par autrui les auteurs d’actes de “terrorisme”. Si le français possède toute une panoplie de termes, depuis longtemps
étudiés par les spécialistes et dont nous ne nous occuperons pas ici (Terroriste/
activiste/ militant/ combattant/ résistant/ franc-tireur/ rebelle/ maquisard/
partisan/ guérillero/ desperado), l’hébreu et l’arabe désignent autrement ces
réalités qu’ils vivent au quotidien.
LE CHAMP SÉMANTIQUE DU TERRORISME
1. Le point de vue israélien
Les Israéliens désignent les terroristes palestiniens par le vocable : me’habelim. Le mot vient de la racine biblique : le’habel, frapper, blesser, détruire,
abîmer. C’est ainsi que le Cantique des Cantiques (II, 15) parle des “renardeaux qui font des ravages (me’habelim) dans les vignes”, et la tradition juive
connaît les mal’akhey ‘habala, les “anges destructeurs”, qui selon la légende
tourmentent les méchants en enfer (voir aussi Isaïe 54,16). ‘Habala désigne à
l’origine une plaie, une blessure, une meurtrissure (nè’hbal = blessé).
Durant la période mandataire en Palestine, les mouvements clandestins juifs
qui luttèrent contre le mandat britannique étaient désignés comme terroristes
par les Anglais. Entre eux, ils s’appelaient “combattants” (
lo’hamim) mais aussi
‘habelanim (saboteurs).
Maassé ‘habala désignait alors un acte de sabotage
contre l’armée britannique, tandis qu’il désigne aujourd’hui, un acte de terrorisme arabe
[5]. Mais puisque
‘hablane a été employé comme terme mélioratif
dans la presse, la littérature, la chanson hébraïques de l’époque de la lutte pour
l’indépendance d’Israël (cf. la valeur “héroïque” des ‘saboteurs’dans la résistance française, telle qu’elle se reflète dans le Chant des Partisans en France et
dans le
chir Ha’hablanim de ‘Haïm ‘Hefer, en Israël) il a conservé sa valeur
positive en hébreu contemporain et désigne désormais les sapeurs-démineurs.
Il existe même une unité de
‘habelanim dans l’armée (dans le génie militaire),
de même qu’il existe un corps de sapeurs-démineurs dans la police israélienne,
d’où le panonceau que l’on voit sur certaines voitures qui participent à la
prévention anti-terroriste :
‘habelane michtarti (estafette de déminage de la
police). En revanche, pour désigner l’adversaire, l’hébreu a d’abord emprunté
à l’arabe et employé un certain temps le mot
feddayin (de
fida’yi = prêt à se
sacrifier), à l’époque des premières infiltrations hostiles, après la création de
l’Etat d’Israël, avant la Campagne du Sinaï (1956). Par la suite et surtout depuis
la création du
Fata’h en 1964,
feddayin a été remplacé par un mot hébreu. Pour
éviter de recourir au mot
‘habelane, identifié, nous l’avons vu, avec les combattants du
Palma’h (= Plougot ma’hats, troupes de choc de la
Haganah), l’hébreu
contemporain a donc donné une acception nouvelle à un mot de la même racine
que ‘habelane, le
me’habel (destructeur) qui, en hébreu contemporain, désigne
désormais uniquement un terroriste arabe (
irgoun me’habelim = organisation
terroriste). Pour les autres conflits, l’hébreu a emprunté le mot international :
terroristim = les terroristes, qui désignera donc indifféremment, par exemple,
les preneurs d’otage tchétchènes du théâtre de Moscou (octobre 2002), ou les
terroristes irlandais, corses basques ou autres.
Le terme me’habel reçoit une acception plus large dans la presse israélienne
d’extrême droite, en tout cas selon la définition qu’en propose le lexique de la
chaîne pirate Arouts 7, une radio ultranationaliste :
“Combattant arabe qui n’est pas soldat dans une armée régulière. C’est
pourquoi, même un adolescent de quatorze ans, qui lance un cocktail Molotov
contre des voitures israéliennes, sera appelé sur nos ondes : ‘
me’habel’(terroriste). Lorsqu’il
ne lance
que des pierres, on peut se contenter de l’appeler
‘
mitparè’a’(émeutier), mais sous aucun prétexte on ne l’appellera ‘manifestant’
(
mafguine). Ceci parce que les phénomènes ‘intifadiens’ne sont pas de simples
manifestations mais font partie intégrante du long conflit sanglant entre Israël
et ceux quien veulent à sa vie, les Ismaélites (traduction F.K.)”.
[6]
Me’habel continue à s’employer également, en hébreu contemporain pour
désigner, au sens figuré, l’action de saboter, de détruire, de saper les efforts de
quelqu’un. D’où le néologisme ‘mitna’habel’, créé il y a une vingtaine d’années
par le député d’extrême gauche, Yossi Sarid, pour désigner les militants du
Goush Emounim (les partisans du grand Israël, sous la houlette de Daniella
Weiss). Il s’agit d’un mot-valise où l’on reconnaît deux substantifs : ‘mitna’hel’
(‘colon’) et ‘me’habel’ (‘saboteur’, sous-entendu ‘saboteur du processus de
paix’, mais la polysémie subsiste et le sens de ‘terroriste’ juif coexiste,
‘mitna’habel’étant à la fois *colon saboteur et *colon-la-terreur). Le vocable
continue d’être employé par la gauche et les arabes. Récemment, le député
arabe israélien Baraké a qualifié les députés résidant en Judée-Samarie de :
Mitna’habelim. “Les députés de la Commission de la Knesset ont exigé que le
député Baraké retire sa déclaration. Celui-ci a affirmé qu’il avait signifié par
là que les mitna’halim (colons) me’habelim (sabotent) le processus de paix”
(Cf. Arouts 7, 13/2/2002).
Signalons un paradoxe récent : l’emploi d’un pronom possessif accolé au
mot me’habel dans Mon terroriste, un film documentaire israélien de 58
minutes, écrit, réalisé et produit par Youlie Cohen Gerstel, sélectionné et
présenté au Festival du Cinéma de Jérusalem (juillet 2002). Le titre hébreu :
Hame’habel chèli (My Terrorist), manifeste une volonté d’entamer le dialogue
(effectivement engagé, d’abord sous la forme d’une correspondance puis d’une
rencontre face à face, documentée dans le film), voire d’assumer la subjectivité de “l’autre”. Adolescente patriote et sioniste ardente, Youlie Cohen est
devenue au fil des ans une mère de famille non moins ardente militante de la
paix et de la coexistence avec les arabes. (On lira ci-dessous le résumé du film,
document B3 en annexe).
Ces dernières années, une nouvelle racine vient participer au champ sémantique hébraïque du terrorisme : lifgo’a (frapper, atteindre, porter atteinte, blesser,
nuire et – au sens figuré – blesser dans son amour-propre, vexer, offenser),
d’où nifga’(blessé, touché, atteint), pagui’a (vulnérable), pèga’(blessure),
pegui’a (atteinte, coup), mifga’(nuisance). On emploie désormais mefaguè’a,
pour désigner l’auteur d’un attentat, et pigou’a (moins lourd que maassé
‘habala) pour désigner l’attentat. Grâce à ce nouveau vocable, on distingue
désormais le mefaguèa’ya’hid (le terroriste ‘solitaire’, qui semble avoir agi
seul, hors du cadre d’un irgoun me’habelim, d’une organisation terroriste). On
distingue également le pigoua’yeri (attentat à l’arme automatique, littéralement,
“avec tirs”), le pigoua’mikoua’h (attentat avec prise d’otage, littéralement
“marchandage”), le pigoua’hamoni (l’attentat de masse) et à présent le pigoua’
hit’abdoute, l’attentat-suicide (le me’habel mit’abed étant un ‘destructeur’qui
se “suicide”).
Notons que les vocables
mefaguèa’comme
me’habel ne mettent pas l’accent
sur “la terreur”, c’est à dire sur l’effet recherché par le terroriste (dont le but
est de “terroriser” la population) de même qu’on évite en hébreu toute connotation “victimale”. Le mot “victime” (
korbane) n’est d’ailleurs jamais employé
dans ces contextes
[7]. On lui préférera précisément l’adjectif
nifga’(assez flou
pour englober à la fois les blessés et les tués dans les premiers bilans,
nifga’
désignant toute personne qui a été atteinte par le
pigoua’, l’attentat (atteinte à
l’intégrité physique et morale des cibles). Les associations d’aide aux ‘victimes’
du terrorisme assistent donc les
nifga’ey haTerror, (frappés par le terrorisme).
Signalons rapidement, sans les développer, d’autres termes relevant de ce
champ sémantique : Les ‘hotefim sont des preneurs d’otage (‘hatifa =
enlèvement, rapt – d’une personne, détournement – d’un avion). Une mekhonit
tofèt (tofèt = l’enfer) est une voiture piégée (rappelons-nous les machines “infernales” des premiers terroristes russes). Les mevoukachim (de la racine levakèch,
rechercher) sont des terroristes présumés, recherchés pour arrestation ou liquidation. L’emploi de l’adjectif seul (“les recherchés”) évite de qualifier
précisément le suspect. Une ptsatsa metaktékète est une bombe à retardement
(littéralement : une bombe *tic-tacante), mais dans le jargon des services israéliens de renseignement, l’expression désigne un suspect arrêté ou recherché
qui possède les informations nécessaires qu’il faut lui soutirer pour permettre
d’empêcher un attentat en cours de réalisation (dont il serait l’auteur ou le
complice). Déjouer un attentat se dit lesakèl pigoua (lesakel = mettre en défaut,
empêcher, prévenir, déjouer). D’où l’euphémisme : Sikoul memoukad, qu’on
traduit généralement en français par “assassinat ciblé” mais qui cherche à
signifier en hébreu une frappe ‘chirurgicale’qui ne vise que le mevoukach, pas
son entourage : donc mettre hors d’état de nuire (Sikoul) par une opération
ciblée (moked = le centre, le foyer, memoukad: focalisé). Terminons par un
autre euphémisme construit avec la même racine : la fraction de la Police palestinienne chargée (depuis le processus d’Oslo) de la lutte anti-terroriste est
appelée en hébreu : habita’hon hamessakel (traduit en français comme ‘Sécurité
préventive’, (Bita’hon = sécurité, chargée de “déjouer” [lessakel] les attentats).
2. Le point de vue palestinien
Etrange jeux de miroirs : le bras armé d’Israël, Tsahal (sigle hébraïque de
Tsva Hagana leYisraël, Armée de Défense d’Israël) est désigné en arabe comme
Djaïch ’al Ikhtillal (l’armée d’occupation) tandis que le bras armé des
Palestiniens, l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) a été désigné
en hébreu, jusqu’en 1993, comme irgoun me’habelim (organisation terroriste).
Il va sans dire qu’aux yeux des Palestiniens, les actes de terrorisme exécutés
sur le sol israélien et dans les territoires occupés sont des actes de “résistance”,
de lutte contre le terrorisme sioniste. L’Intifada exprime la dignité retrouvée
(Intifada, forme pronominale du verbe se redresser, se relever, équivalent de :
“soulèvement”).
Le thème est ancien. N’oublions pas que Al Fat’h a été créé dès 1957, et
l’OLP en 1964 pour libérer la terre de Palestine perdue par la création de l’Etat
d’Israël, la “nakba”, littéralement : la “catastrophe” de 1948 (l’événement que
les Israéliens célèbrent comme leur Yom Atsma’outh, leur “Journée de
l’Indépendance” – le mot hébreu qui signifie “catastrophe”, Shoah, désignant
le génocide des juifs d’Europe). La Palestine d’alors était constituée de l’Etat
d’Israël (dans les frontières d’avant la guerre de juin 67, dite des Six jours)
mais aussi de la Cisjordanie annexée par la Jordanie et de la bande de Gaza
annexée par l’Egypte). Depuis la “naksa” de 1967 (littéralement naksa signifie
la “rechute” d’une maladie), il est convenu implicitement, dans les langues
occidentales, que “libération de la Palestine” signifie uniquement évacuation
des “territoires occupés”, conquis par Israël durant la guerre de 67 (en arabe :
al-aradi al-mu’htalla, terres occupées, traduction de l’anglais “Occupied
Territories”). Mais les représentants du ‘Hisbollah (littéralement : le “Parti
d’Allah”), du ‘Hamas ou du Djihad islamique, tant dans leurs déclarations en
arabe que dans les interviews qu’ils accordent en d’autres langues, utilisent
‘Ihtilal (l’occupation) pour désigner la présence sioniste/juive sur l’ensemble
de la Palestine historique (y compris le territoire de l’Etat d’Israël). L’OLP ne
cache pas non plus que l’étape ultime de son projet est la libération de toute la
Palestine. Les Palestiniens, comme l’ensemble du monde arabe accompagnent
systématiquement le nom de toute localité israélienne du qualificatif “occupé”
même lorsqu’il s’agit d’une ville nouvelle, située à l’intérieur des frontières de
1948 (cf. la terminologie des émissions en français de la télévision jordanienne).
Et leurs media parlent, bien évidemment, de ‘Haïfa occupée, Lod occupée et
bien sûr de Jérusalem occupée Al Kouds ‘al Mo’htalla, même lorsqu’un attentat
a lieu dans Jérusalem-ouest. Notons par contraste que depuis le décret de 1967
du Ministère israélien des Affaires étrangères, la chaîne arabe de la radio israélienne utilise toujours un double patronyme, arabe et hébraïque, pour désigner
la ville : Ourshalim Al Kouds (Jérusalem dans la traduction de la Bible en arabe
est Ourshalim, tandis que dans le Coran la ville est rebaptisée Al Kouds, la
Sainte).
Aux yeux du monde arabe, c’est l’Etat d’Israël, qui commet un acte de
terrorisme par sa présence sur une terre arabe et par la répression de la “résistance”. Là encore, le thème n’est pas nouveau, même dans les langues autres
que l’arabe. Lorsque Yasser Arafat, président de l’OLP et dirigeant d’Al Fat’h,
s’est rendu à l’Assemblée générale des Nations Unies le 13 novembre 1973,
pour prononcer un discours, (en treillis militaire, revolver au côté), il a évoqué
à de nombreuses reprises le “terrorisme” des juifs, des sionistes, et l’idéologie
sioniste raciste, colonialiste. Parlant des années 1963-1973 (donc dès avant
l’occupation de 1967, incluant peut-être aussi les massacres de Septembre noir
par les Jordaniens, en 1970), il déclarait :
“Au cours des dix dernières années de notre lutte, des milliers de Palestiniens
sont devenus martyrs, d’autres ont été blessés, mutilés et emprisonnés; ils se
sont sacrifiés pour résister à la menace de disparition, pour regagner notre droit
à l’autodétermination et retourner sur nos terres. Les Palestiniens qui vivent sous
l’occupation sioniste résistent à l’arrogance et luttent contre l’oppression, la
tyrannie et le terrorisme”
[8].
Les vocables “martyrs”, “sacrifice”, “terrorisme sioniste” “occupation
sioniste” (sur toute la Palestine historique Phalastin recouvrant la Palestine
mandataire, y compris le territoire de l’Etat d’Israël, les arabes israéliens étant
appelés en arabe alastiniyou/les Palestiniens de 1948”), ces concepts, donc,
figurent depuis toujours dans la terminologie du Fata’h. Le nom Fata’h lui-même joue sur un double registre, destiné à frapper les esprits, à la fois des
arabes traditionalistes et des modernes, des croyants et des laïcs, ainsi que
l’expliquait (à l’époque du processus d’Oslo) l’arabisant Israélien Roubik
Rosenthal dans la rubrique linguistique de Maariv (22/5/98):
“Ihtilal, qui signifie “occupation”, est toujours péjoratif, mais il existe en
revanche en arabe un terme désignant une occupation à connotation positive,
qui n’est autre que : fat’h, un mot qui évoque les conquêtes de l’Islam à l’époque
de Mahomet. Est-ce bien le Fata’h, l’organisation qui a engendré l’O.L.P., avec
qui nous cheminons clopin-clopant vers la paix ? Oui et non. Le mot fat’h reste
dans le flou sémantique : pour les arabes traditionalistes il évoque les conquêtes
de l’Islam, pour les jeunes générations et les médias, il représente les initiales
inversées de Harakat al-TA’hr–r al-FAlastiniyya, (Mouvement de Libération
de la Palestine). Le ‘Hamas a employé le même stratagème, jouant sur la double
signification du vocable ‘Hamas, (à la fois “enthousiasme” et “dynamisme”),
et sur le sigle : Mouvementde Résistance Islamiste” (trad. F.K.).
Quant au martyre, il se dit en arabe shahada, littéralement “témoignage”,
le martyr (shahid) étant donc un “témoin” de Dieu, tout comme son homologue
français puisque “martyr” vient du latin des chrétiens : Martyr, du grec martur,
témoin (de Dieu).
Rappelons qu’en arabe,
shahada désigne d’abord l’un des cinq piliers de
l’Islam, la “profession de foi”: “
Asha’hadu anna (je témoigne)
la ill’aha illa
Allah (qu’il n’y a pa s d’a utre Dieu qu’Alla h), et que Ma homet est son
émissaire”. Par la suite, le même vocable a été utilisé dans un sens laïc avant
de désigner à nouveau, aujourd’hui, un acte de foi qui engage la personne tout
entière, un sacrifice qui fait du
shahid celui qui “meurt pour Allah”. La différence essentielle entre le martyr chrétien ou juif et le
shahid est que les martyrs
se laissent tuer et persécuter plutôt que d’abjurer leur foi. Il s’agit d’une
souffrance subie, endurée pour une cause sacrée. Dans le judaïsme, le martyre
s’appelle
Kidouch Hachem (littéralement : sanctification du Nom… divin).
Il n’est imposé que dans trois circonstances : quand un juif est mis en demeure
de choisir entre la mort et une a bjura tion publique de sa foi, l’ordre de
commettre un meurtre ou un acte sexuel dépravé. Dans ces trois cas, il doit
préférer le
Kidouch Hachem et se la isser tuer. En a ucun ca s, il ne doit
“rechercher” le martyre. La
shahada, par contre, est une conduite active. Elle
est généralement associée, voire identifiée aujourd’hui avec le
jihad, cet “effort
suprême” qui, sur un plan spirituel consiste à engager la lutte contre ses
passions et ses mauvais penchants et, sur un plan collectif, engage la communauté des musulmans à lutter, fût-ce au sacrifice de leur vie, pour la défense
de leur religion, de leurs personnes, de leurs biens et de leurs frontières. Dans
cette dernière acception, le
jihad est une guerre sainte, menée pour préserver
ou étendre le
Dar el Islam (le territoire, la maison de l’Islam). Tout territoire
qui n’est pas régi par l’Islam ou qui n’est pas touché par lui est
Dar el ‘Harb
(territoire de la guerre). En principe, seul un Calife successeur de Mahomet
est habilité à décréter la guerre sainte. Mais le
jihad armé a reparu au cours
des guerres de décolonisation (1950-1970). Le colonel Khadhafi a même créé
un fonds du
Jihad en 1971 pour subventionner les guerilleros musulmans et
Saddam Hussein a décrété le
Jihad armé pour l’Irak lors de la première guerre
du Golfe, en 1991 (Cf.
Quid 1999, p. 533). Chaque combattant engagé dans
un
jihad, ou tout membre du
jihad islamique est un
Moudjahed, les
Mudjahedin
afghans étant appelés en arabe :
Moudjahedoun (de la même racine que
jihad).
Dans ce contexte, l’homme-bombe,
isstis
hahdi, (forme pronominale, active,
de
shahid, qui sacrifie sa vie pour Allah), n’est pas un “martyr”, acceptant
passivement la souffra nce ou ma nifesta nt sa protesta tion en s’immolant
(comme les bonzes s’immolaient autrefois par le feu), mais un combattant qui
prône et revendique l’arme violente de la guerre sainte contre l’ennemi. Notons
que le
jihad est devenu aujourd’hui une obligation individuelle. Les combattants palestiniens, qui considèrent l’Etat d’Israël tout entier comme occupant
illégalement le
Dar el Islam et le sionisme comme une extension du colonialisme et de l’impérialisme économique des Occidentaux se sentent tenus
individuellement de libérer par la violence, voire par des attentats sanglants,
la terre dont on les a dépouillés, devenue
Dar el ‘Harb. Il suffit, pour prendre
la mesure des connotations religieuses de la
Shahada, de suivre les émissions
de la télévision officielle de l’Autorité palestinienne, de lire sa presse, de
dépouiller ses manuels scolaires et ses sites internet (cf. dans les annexes ci-dessous une brève sélection de documents, A1 à A7)
[9].
3. Démystifier le vocabulaire
Dans cette réflexion sur une définition du terrorisme, il n’est pas lieu d’établir
la valeur sémantique de l’ensemble des concepts employés dans le conflit
israélo-palestinien, rendant compte des contentieux représentés par la question
des réfugiés, des territoires occupés, du traitement des arabes israéliens, d’une
part, des guerres répétées, des expulsions des juifs des pays arabes, des attentats,
de la délégitimation et des incitations à la haine de l’autre. Ce serait pourtant
un exercice tout autant révélateur. Nous nous limitons ici aux termes désignant
ce que les uns appellent : terrorisme et les autres : résistance, autodéfense ou
prévention. Arrêtons-nous pour terminer sur la charge émotive du terme
shahid
qui désigne, en arabe, un héros qui, dans son combat (son
jihad) pense défendre
sa vérité et sa foi tandis que ses adversaires le perçoivent comme un terroriste,
un meurtrier sanguinaire pour qui la fin justifie les moyens. Au nom de l’objectivité, une partie de l’opinion publique occidentale unit dans la même
“compassion” les victimes israéliennes des attentats et les
shahids (perçus et
décrits comme “martyrs”): “Quatre victimes dont le terroriste” écrira la presse.
“Une étudiante palestinienne s’est donné la mort, faisant trois blessés israéliens”, constate un hebdomadaire français pour la jeunesse relatant l’action
d’une femme-bombe, que d’aucuns qualifieront d’attentat-suicide terroriste
contre trois civils et que l’hebdomadaire présente non comme le combat d’une
intégriste contre des cibles innocentes mais comme l’acte d’une désespérée
[10].
La formule “une étudiante s’est donné la mort” dérive de l’équivalence établie
entre le “suicide” (“le fait de se tuer, de causer volontairement sa propre mort,
et au sens figuré “action de se détruire, de se nuire”, selon la définition du
Petit
Robert) et “l’attentat-suicide”, action violente qui consiste à transformer son
corps en arme infaillible puisqu’elle explose sur la cible choisie. Dans cet ordre
d’idée, les
shahids ne sont d’ailleurs pas non plus des “kamikazes”, comme le
rappelle Emeric Deutsch :
“Les attentats-suicides du 11 septembre 2001 et ceux qui ensanglantent
actuellement Israël ne sont pas l’œuvre de kamikazes. Ce ne sont pas des pilotes
qui, sentant la défaite inéluctable de leur armée, se jettent avec leur avion sur
des bâtiments de guerre ennemis, avec comme objectif d’affaiblir sa capacité
militaire.
Ce sont des hommes, et maintenant des femmes, de 17 à 35 ans, qui se
transforment en bombes avec la volonté, en faisant le sacrifice de leur vie, de
tuer le maximum de femmes et d’enfants”
[11].
Une évolution semble d’ailleurs se faire jour à ce sujet dans l’opinion internationale, puisque l’organisation Amnesty International a publié le 9 juillet
2002 un rapport important, stigmatisant notamment les “attentats suicides”
commis contre les civils israéliens :
“Les attaques lancées contre des civils par les groupes armés palestiniens
sont fréquentes et systématiques. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une politique
visant explicitement à attaquer des civils. (…) C’est pourquoi, elles constituent
des crimes contre l’humanité au regard du droit international”. (Cf. document
B1 en annexe).
Le récent rapport de Human Rights Watch va aussi dans le même sens :
“Les gens qui commettent des attentats suicides ne sont pas des martyrs. Ce
sont des criminels de guerre, tout comme ceux qui planifient ces attaques. Ces
crimes répondent très exactement à la définition de crimes contre l’humanité.”
(Rapport du 1er novembre 2002).
Certes, Israël est condamné, dans un même souffle, pour la violence
excessive de sa répression ou de ses opérations préventives. Mais l’Occident
commence à s’interroger sur le phénomène des hommes-bombes qu’une soirée
Thema, sur
Arte, le 25 juin 2002, résumée par Francis Cornu dans
Le Monde,
décrivait ainsi : “Les pilotes du 11 septembre ne manifestaient aucun déséquilibre ni penchant suicidaire, selon le témoignage de leurs proches.” “Les
nouveaux kamikazes veulent supprimer plutôt que se supprimer.”
“L’endoctrinement, la promesse du paradis et la conviction de devoir combattre
par ‘d’autres moyens’ un adversaire normalement invincible” gagne les
Palestiniens qui, avec “des moyens de propagande modernes (vidéos,
télévision)” créent “à grande échelle” une “
culture du martyre” durant la
deuxième intifada. “L’enquête montre que l’“
arme du martyr”, cette bombe H
(humaine) du pauvre, a été également développée par les Tigres tamouls au Sri
Lanka, utilisée dès 1983, à Beyrouth, ainsi que par le Hezbollah au Liban sud
[12].
Francis Cornu conclut : Comme le dit un professeur à Harvard, le danger est
d’autant plus grave que “la tentation pour les victimes des attentats-suicides est
d’en finir par une violence telle qu’elle ressemble, du coup, à celle de
l’agresseur”.
Violence en miroir, vocabulaire en miroir. Mais les adversaires parlent-ils
vraiment de la même chose ? Quelles chances existent pour qu’un dialogue
véritable s’engage lorsque les mots sont pipés ? Les observateurs “entendent-ils” vraiment ce qui se dit, ce qui est en jeu dans le champ sémantique du
conflit ?
Cette étude semble indiquer le contraire. L’imaginaire, le mythe, une terminologie sociopolitique ou d’inspiration religieuse nourrissent des antagonismes
irréductibles que l’on décèle dans le vocabulaire et que l’on retrouve exprimés
dans les media sous forme d’amalgames sommaires, d’équivalences douteuses,
de traductions arbitraires, de détournements de sens insidieux. L’analyse critique
du discours (CDA en anglais) met en évidence les idéologies contradictoires
qui se cachent derrière les mots choisis par les uns et les autres pour dépeindre
ou pour “manipuler” la réalité. La presse se fait l’écho sinon la complice de ces
idéologies sous-jacentes qui forgent l’opinion des acteurs comme des spectateurs et contribue à entretenir un “dialogue de sourds”. Une approche
interdisciplinaire peut permettre de mettre à plat, de faire affleurer à la surface
les enjeux enfouis dans le langage, de le démystifier. Les stratégies d’analyse
du “vouloir dire”, propres à la traductologie (ou Sciences de la traduction)
peuvent contribuer à clarifier le sens des concepts en situation dans le discours.
En pratiquant une radiologie du vocabulaire, on éviterait d’être dupe et de
relayer des idéologies à l’œuvre dans une représentation de la réalité qui utilise
des concepts biaisés empruntés à d’autres contextes, pour se gagner la sympathie
d’un auditoire ignorant des enjeux réels du conflit. Mais l’on s’efforcera aussi
d’être à l’écoute de ce que dit autrui sans surimposer son propre “vouloir dire”,
de parler pour faire avancer la communication, de respecter les concepts
employés en s’efforçant de ne rien ajouter ni retrancher au sens du discours,
d’apprivoiser les mots de l’autre pour appréhender ses peurs et ses sensibilités,
de s’approprier la subjectivité de son langage pour pouvoir le traduire sans le
recouvrir du masque d’une prétendue objectivité. Peut-être alors les “terroristes” des uns et des autres apparaîtront-ils alors avec leur vrai visage, d’homme
tout simplement.
Texte figurant dans le programme du Festival du Cinéma de Jérusalem,
(juillet 2002, p. 43) avec des nuances différentes en hébreu et en anglais. Traduit
de l’hébreu et de l’anglais par Francine Kaufmann.
A. Extraits des médias palestiniens
La Shahada dans la presse officielle
Dossier préparé et traduit de l’arabe en anglais par l’Observatoire des Médias
palestiniens, Palestinian Media Watch, wwww. pmw. org. il. (traduction française,
Francine Kaufmann).
A/1 : Interview de Yasser Arafat, Télévision officielle de l’Autorité
Palestinienne, 18/8/2002 :
Q. : M. le Président, quel message voulez-vous adresser… au peuple palestinien en général, et aux enfants palestiniens, en particulier ?
Y.A. : L’enfant qui saisit une pierre, affronte un char, n’est-ce pas le message
le plus grand, pour lemonde, quand ce héros devient Shahid (meurt pourAllah)?
Nous sommes fiers d’eux.
A/2 : “Une lettre d’adieu”.
Les paroles de ce vidéo-clip, diffusé régulièrement sur l’antenne de la
Télévision palestinienne en 2001-2002, constituent une “lettre d’adieu” imaginaire chantée par un garçonnet sur des images d’Intifada menée par des enfants
et sur des gros plans du visage grave du ‘père’, et de la ‘mère’, en larmes.
Ne sois pas triste, mon cher (père)
Ne pleure pas mon départ
Mon cher père,
Pour mon pays, me suis offert en sacrifice
Ne sois pas triste, mon cher (père)
Ne pleure pas mon départ
Mon cher père,
Pour mon pays, me suis offert en sacrifice
À Dieu nous avons fait promesse, en Eden
De lui dédier notre Jihad
Déterminé, de tous mes vœux,
J’aspire à arriver
Combien douce est la Shahada
Quand je t’étreins, ma terre !
(le clip montre l’enfant touché à mort, tombant et caressant la poussière)
Combien douce est la Shahada
Quand je t’étreins, ma terre !
Ma mère tant aimée
Tu m’es plus chère que tout
Réjouis-toi de mon sang versé,
Ne pleure pas pour moi.
A/3 : Oh vous, les jeunes Clip de la Télévision de l’Autorité Palestinienne.
L’appel est entonné par une jeune fille en uniforme et béret rouge, chantant
les poings serrés, d’un air menaçant, avec en arrière plan une danse extatique
d’adolescents : nombreuses diffusions depuis le 24 juillet2002.
Oh vous, les jeunes
Oui, oui, à pleine voix
Allah Akbar, oh vous, les jeunes.
Qu’avons-nous de plus cher qu’El Aqsa ?
Ébranlez la terre, ramassez des pierres
Vous ne serez point sauvés, ohsionistes,
Du volcan des pierres de mon pays
Vous ne serez point sauvés, ohsionistes,
Du volcan des pierres de mon pays
Vous êtes la cible de mes yeux
Je voudrais pouvoir tomber comme Shahid
Allah Akbar, oh vous, les jeunes.
A/4 : Une émission de la Télévision de l’Autorité Palestinienne
LETTRE DU PEUPLE
Émission spéciale : “L’État de l’enfant palestinien”, (première partie diffusée
le 6 juin 2002). Interview de deux écolières de onze ans, en studio.
L’animateur : Nous recevons aujourd’huiWala al-Tawil. Wala est en sixième,
elle a onze ans. Nous accueillons aussi Youssra, âgée de onze ans, en sixième.
Wala, vous avez décrit la Shahada comme quelque chose de beau. Vous pensez
que c’est beau ?
Wala : La Shahada est une très, très belle chose. Chacun aspire à la Shahada.
Qu’y a-t-il de mieux qu’aller au Paradis ?
L’animateur : Vaut-il mieux la paix et les pleins droits pour le peuple palestinien ou la Shahada ?
Wala : La Shahada. J’obtiendrai mes droits après être devenue une Shahid.
Nous ne resterons pas des enfants pour toujours.
L’animateur : OK, Youssra, es-tu d’accord ?
Youssra : Bien sûr. La Shahada est préférable. Ce que nous voulons, ce n’est
pas ce monde-ci; c’est l’Autre monde. Nous tirons profit non de cette vie, mais
de la vie éternelle. Tous les jeunes Palestiniens, contrairement aux autres jeunes,
ont le sang chaud. Ils choisissent la Shahada, parce qu’ils sont Palestiniens.
L’animateur : Vous aimez donc la mort ?
Youssra : La mort n’est pas la Shahada.
L’animateur : Non, je voulais dire l’absence après la mort, l’absence
physique, vous aimez la mort ?
Youssra :Aucun enfant n’aime la mort. Les enfants de Palestine ont accepté
l’idée que c’est cela la Shahada. Ils pensent que la Shahada, c’est très bien.
Chaque enfant palestinien, disons, de douze ans, dit : Oh mon Dieu, je voudrais
devenir un Shahid.
A/5 : Déclaration du Prof. Iss’am Sissalam, directeur du Département d’histoire de l’université islamique de Gaza, animateur d’une émission éducative à
la télévision officielle de l’Autorité Palestinienne, le 8 septembre 2002 :
Allah offre de grandes compensations à qui sacrifie des shahids pour
l’héroïsme et l’honneur. Nous n’avons pas peur de mourir et nous n’aimons pas
la vie. Nous aimons l’héroïsme, l’honneur et le prestige.
A/6 etA/7 : Deux sermons du vendredi, à la mosquée:
Les Juifs sont des Juifs. Qu’ils soient Travaillistes ou Likoud, les Juifs sont
des Juifs.
Il n’y en a pas de modérés, ni d’avocats de la paix. Ce sont tous des menteurs.
Il faut les massacrer, il faut les tuer. Comme l’a dit Allah, le Tout-Puissant :
“Combattez-les, Allah les punira par vos mains. Il les humiliera. Il vous
accordera la victoire sur eux.”
Les Juifs sont comme un ressort. Tant que vous l’écrasez sous le pied, il ne
bouge pas.
Mais si vous levez le pied du ressort, il vous frappe et vous punit. C’est la
même chose avec les Juifs. N’ayez aucune pitié des Juifs, où qu’ils se trouvent,
dans tous les pays,
Combattez-les où que vous vous trouviez, quand vous en rencontrez, tuez
les.
Où que vous soyez, tuez ces Juifs, et ces Américains qui sont comme eux,
et ceux qui se tiennent à leurs côtés. Ils sont tous dans le même camp contre
les Arabes et les musulmans.
(Sermon du Dr. Ahmed YoussoufAbou Halabiya, Membre du Conseil palestinien de la Sharia [loi islamique] et recteur des Etudes supérieures de
l’Université islamique, retransmis en direct sur les écrans de la télévision
Palestinienne, 13 Octobre 2000).
Le prophète Mahomet (que les Juifs ont essayé d’assassiner, plus d’une
fois, par le poison ou par sorcellerie, en le lapidant ou en l’assassinant politiquement), nous a mis en garde contre les Juifs, contre la vilenie des Juifs, contre
la duplicité des Juifs.
Et lui (le prophète) Il les a combattus, Il les a expulsés d’Arabie, disant :
“Il n’y aura pas deux religions en Arabie”.
Il a exposé le caractère des Juifs dans le Coran et dans les Hadiths (les
paroles du Prophète). Ainsi, méfions-nous d’eux à chaque instant et en tous
temps, pour que nous sachions comment nous comporter avec les Juifs.
Dites aux Juifs : “La tombe vous attend !” “L’ultime bataille vous attend.”
(Sermon du Dr. Mahmoud Moustafa Najem, retransmis en direct sur les
écrans de la télévision officielle de l’Autorité Palestinienne, le vendredi 8 février
2002)
B. Extraits des media israéliens
B/1 : Article du journal électronique d’information en français d’Aroutz 7
(chaîne israélienne ultra-nationaliste), qui rend compte du rapport d’Amnesty
International qualifiant les attentats contre des civils israéliens de “crimes
contre l’humanité”.
L’organisation Amnesty International, qui avait déjà exprimé à plusieurs
reprises sa réprobation à l’égard des attaques commises contre des civils israéliens et ses critiques envers l’Autorité palestinienne, a rendu public hier un
rapport beaucoup plus exhaustif et systématique. Dans ce document intitulé
“Israël, les territoires occupés et l’Autorité palestinienne”, Amnesty “appelle les
dirigeants de tous les groupes armés palestiniens à cesser immédiatement et sans
condition, les attaques contre des civils”.
Amnesty se félicite aussi de l’attitude d’un nombre croissant d’intellectuels
palestiniens qui condamnent ces attaques. Malgré les critiques du terrorisme
émises précédemment, ce rapport marque un véritable tournant dans l’attitude
d’Amnesty International qui condamnait toujours sévèrement les actions d’Israël
dans les territoires et fermait en partie les yeux sur les attaques des Palestiniens.
“Quel que soit l’objectif de leur combat, il ne justifie pas, aux yeux du droit
international, des attaques visant directement des civils”, souligne ce rapport.
“Nous appelons l’Autorité palestinienne à arrêter et à juger les auteurs de tels
actes.” Amnesty précise encore que 350 civils israéliens ont été tués dans des
attentats depuis le début de l’Intifada, parmi lesquels 60 enfants dont le plus
jeune était âge de cinq mois. Le rapport n’établit aucune distinction entre les
civils tués à l’intérieur de la Ligne verte et ceux assassinés en Judée-Samarie
et dans la bande de Gaza, contrairement à certains Palestiniens, comme Marwan
Bargouti, qui revendiquent le droit d’attaquer tous les Israéliens dans “les territoires occupés”. “Les attaques lancées contre des civils par les groupes armés
palestiniens sont fréquentes et systématiques. Elles s’inscrivent dans le cadre
d’une politique visant explicitement à attaquer des civils (…) C’est pourquoi,
elles constituent des crimes contre l’humanité au regard du droit international”,
souligne le rapport d’Amnesty. Il précise encore que, dans un conflit, il est
interdit aux groupes armés, quel que soit leur camp, de prendre pour cibles
“des personnes n’appartenant pas aux forces armées.”
Le rapport indique aussi que l’Etat hébreu a le devoir de protéger ses citoyens
de ces attaques et appelle l’Autorité palestinienne et Israël à prendre les mesures
nécessaires pour prévenir ces attentats, capturer leurs auteurs et les juger.
Amnesty précise cependant que ces actions doivent être menées dans le respect
des droits de l’homme et du droit humanitaire international.
(Aroutz 7, édition du mardi 9 juillet 2002)
B/2 : Un article de Tsahal sur L’Université Al-Najah de Naplouse – “usine
à terroristes” publié sur le site internet en français du Bureau du Porte-parole
de Tsahal, (Armée israélienne, section information), 17 août2002.
L’Université Al-Najah de Naplouse n’est pas une institution académique
typique. La plupart de ses étudiants soutiennent les organisations terroristes
palestiniennes et prônent la lutte armée contre Israël, y compris les attentats
suicide.
Le tableau suivant montre les résultats des dernières élections au Conseil
étudiant, tenues en 2001:
Le triomphe du ‘Hamas et du Jihad Islamique dans ces élections est la
preuve de leur poids politique dans l’Université Al-Najah. Les deux partis ont
connu une hausse de 14 % par rapport aux précédentes élections de 2000. Cette
hausse reflète la prépondérance des mouvements islamistes extrémistes dans
la population palestinienne. Avantagé par ses résultats au sein du Conseil
étudiant, le ‘Hamas utilise le campus universitaire comme base de recrutement
et d’endoctrinement.
Parti Nombre de sièges au Nombre de sièges au Affiliation au
Conseil étudiant Secrétariat étudiant terrorisme
Le “Parti de la 48 8 ‘Hamas et Jihad
Palestine musulmane” islamique:
‘Hamas : reconnu
organisation terroriste
par Israël, les Etats-Unis et l’Union
Européenne
Le “Parti des Martyrs” 28 3 Fatah: son bras
militaire a été
reconnu organisation
terroriste par les
Etats-Unis et l’Union
européenne
Le “PartiAl Quds” 2 Le FPLP-Ahmed
Sadat: reconnu
comme organisation
terroriste par Israël,
les Etats-Unis et
l’Union Européenne
Les opérations du ‘Hamas à Al-Najah sont caractérisées par :
-
Encourager les attaques suicide contre Israël :
- Le ‘Hamas effectue une campagne de propagande systématique destinée
à inculquer aux étudiants les valeurs du Jihad (Guerre sainte menée contre les
infidèles). Le but de cette opération est de diffuser le message du Jihad au
sein de la population palestinienne par le biais des étudiants. Les attaques
armées et les attaques suicides (forme d’expression la plus importante du
Jihad) y sont revendiquées. Le 13 novembre 2001, Abdallah Shalah, le dirigeant
du Jihad islamique s’est adressé aux étudiants par téléphone : “Jeunes de
Palestine, des élections du Conseil étudiant résulte un vote en faveur de
l’Intifada, un vote en faveur du Jihad et de ses attaques, un vote en faveur du
sang et des martyrs… un vote en faveur des héros des bataillons d’Iz-Aladin
Al-Quassam et des troupes de Jérusalem. Ceci est un choix juste, le véritable
référendum… Une épreuve que les étudiants ont réussi haut la main. Ils ont
ainsi prouvé leur foi et la profondeur de leur relation à l’Islam, à la Palestine
et au Jihad.”
-
Encourager le meurtre de citoyens israéliens :
- L’Université Al-Najah permet aux organisations terroristes palestiniennes
de promouvoir leur soutien au conflit armé. Ces organisations terroristes
organisent des réunions dans le campus. Lors de ces réunions, relayées par les
médias, des activistes armés de différents types d’armes, notamment de missiles
anti-tanks, défilent en scandant des slogans en faveur du conflit armé. Divers
“ateliers” expliquent aux étudiants comment assassiner des Israéliens et tuer des
passagers d’autobus israéliens. En 2001, le ‘Hamas a fièrement reproduit sur
le campus des scènes d’attaques suicide perpétrées par le mouvement l’année
précédente. À l’entrée de l’exposition était représenté le restaurant Sbarro de
Jérusalem, scène d’une attaque-suicide en août 2001 par IzAdin al-Masri, un
terroriste du ‘Hamas, originaire de Jénine.
-
Recrutement d’activistes pour la branche armée du hamas :
- L’Université Al Najah sert de lieu de recrutement à plusieurs organisations
terroristes, et particulièrement au ‘Hamas. Le Conseil étudiant du ‘Hamas
investit des fonds afin de bâtir un système d’aide aux nouveaux étudiants :
chaque étudiant reçoit ainsi une lettre donnant des conseils universitaires d’ordre
pratique et leur propose une assistance afin d’obtenir une aide financière. Ceci
ajouté aux meetings réguliers renforce le lien et l’engagement des étudiants
envers le ‘Hamas. La transition vers une activité intense au sein de la branche
armée est donc naturelle. Les infrastructures du ‘Hamas à Naplouse et ses
environs ont été bâties et développées à l’Université Al Najah. De nombreux
responsables du ‘Hamas à Naplouse, y compris des membres actifs de la
Branche armée, IzAdin Al Qassam, ont débuté leur activisme comme étudiant
ou professeur à l’Université. Les infrastructures terroristes du ‘Hamas qui se
sont développées à Al Najah sont derrière les attaques suicide de Jérusalem en
juillet et septembre 1997.
Selon les données du ‘Hamas (16 juin 2002) plus de 70 étudiants d’Al Najah
ont été arrêtés par Israël ces deux dernières années, suspectés d’implication
dans des activités terroristes.
- envoi de terroristes kamikazes afin de perpétrer des attaques suicides en
Israël :
Le mouvement du ‘Hamas a souvent et fièrement nommé l’Université Al
Najah “une usine à martyrs”. Ceci est avéré par de nombreux faits : l’Université
Al Najahest le berceau de plus de terroristes kamikazes que n’importe quelle
autre institution académique palestinienne.
Le Conseil des étudiants du Fatah a fait une proclamation spéciale en juillet
2002 appelant les Juifs “cochons” et “satans”, et déclarant que le ‘Hamas continuerait de perpétrer des attaques suicides contre des civils israéliens.
Le Fatah et le Front Populaire de Libération de la Palestine organisaient
également des activités similaires à l’UniversitéAl Najah, bien qu’à une échelle
plus réduite. Ces organisations terroristes proposaient des manifestations dans
le campus. Lors d’une de ces manifestations, des modèles de villages israéliens
ont été détruits, en accord avec l’idéologie prônant l’assassinat de chaque
Israélien visitant ou vivant en Judée-Samarie.
Les professeurs d’Al Najah partagent un sentiment anti-israélien commun.
Vers la mi-2002,75 professeurs d’Al Najah et des membres du personnel ont
envoyé une lettre ouverte aux stations detélévisions arabes diffusant par satellite,
appelant à un boycott de tous les Israéliens et leur demandant de ne pas donner
à ceux-ci une tribune d’expression.
Voici des extraits de la lettre :
“Nous, professeurs et étudiants dénonçons et nous opposons aux actions
des stations de télévision diffusant par satellite, en particulier Al Jazeera, Abu
Dhabi et MBC qui invitent régulièrement des personnalités israéliennes. Nous
craignons que ces stations deviennent des podiums exploités par les sionistes…
Nous appelons à une action rapide visant à mettre un terme à ce phénomène,
qui cause des dommages aux Palestiniens”.
Parmi les signataires figure le Dr. Abed Alsatar Kassam, professeur ayant
déclaré son intention de concourir contreArafat aux élections pour la présidence
de l’Autorité palestinienne. Kassam supporte ouvertement la lutte armée contre
Israël, et a déclaré que le but ultime était l’établissement d’un Etat palestinien
sur le territoire de l’Etat d’Israël.
Réaction de l’Université Al Najah, figurant sur le site de Tsahal :
“Chers Messieurs de Tsahal,
“Nous avons été très surpris de voir l’article publié sur votre site le 17 août
2002 au sujet de l’Université Al Najah de Naplouse. Al Najah est très mal
décrite sur votre site; l’Université Al Najah est une institution académique
célèbre. Sa réputation s’étend au monde entier. L’Université Al Najah croit en
la construction de la paix, en la démocratie, la tolérance, la coexistence et
l’amour universel. Nous tenons à vous faire savoir que depuis son établissement
en 1918, Al Najah a éduqué des dizaines de milliers d’étudiants. Ses diplômés
occupent des positions importantes dans le monde. Je voudrais également
ajouter que l’UniversitéAl Najah a reçu de nombreux prix internationaux dans
le domaine scientifique.
Nous insistons sur le fait que notre université a été mal représentée et nous
vous invitons à surfer sur notre site wwww. najah. eduafin d’en savoir plus sur
notre université.
Ce que vous avez mis sur votre site n’est pas conforme à la vraie image de
l’Université Al Najah.
Nous pensons que la perte de vies innocentes d’Israéliens ou de Palestiniens
doit cesser, et appelons les deux parties à mettre fin à cette effusion de sang.
Nous espérons que ce message sera publié sur votre site.”
Administration de l’Université Al Najah
Naplouse – Palestine
B/3 : Mon terroriste, (Hame’habelchèli; My Terrorist)
Description du film documentaire Mon terroriste, (58 minutes), écrit, réalisé
et produit par Youlie Cohen Gerstel, sélectionné et présenté au Festival du
Cinéma de Jérusalem (juillet 2002).
“C’est l’histoire d’une jeune fille de bonne famille, du quartier chic de
Tsahala, d’un patriotisme sans faille, qui dans les années 70, rêvait d’être officier
dans l’armée d’Israël. Hôtesse de l’air, elle est blessée dans un attentat terroriste (pigoua ‘hablani) dirigé par le Front Populaire pour la Libération de la
Palestine (FPLP) contre un équipage d’El Al à Londres, en 1978. Devenue
mère de famille, elle tremble aujourd’hui pour ses filles lorsque celles ci veulent
se rendre dans une galerie marchande, craignant comme chaque mère en Israël
qu’elles ne rencontrent un ‘homme bombe’(me’habel mit’abed) palestinien.
Aujourd’hui, à ses yeux, le patriotisme israélien consiste à trouver une conciliation avec le terroriste (me’habel) qui a tiré sur elle il y a 22 ans et qui se trouve
toujours dans une prison anglaise. Youlie, la femme du film et son auteur,
considère l’histoire de l’État d’Israël depuis son enfance, dans les années 60,
son service comme officier dans l’armée de l’air depuis la fin des années,
jusqu’au début de la Guerre du Liban. Dans une réalité de violence et de haine,
à l’heure où le monde entier est confronté au terrorisme (terror), avec colère et
angoisse, elle rencontre une mère qui a perdu sa fille dans l’explosion d’une
voiture piégée à Afoula. La douleur et la peur que rencontreYoulie en tant que
mère de deux adolescentes dans la réalité violente d’aujourd’hui, réussissent à
ébranler ses certitudes d’autrefois.
Sera-t-elle en mesure d’écrire la lettre appuyant la demande de libération
anticipée de ‘son’terroriste ?”
·
ABDEL-MALEK A.(1975) La Pensée politique arabe contemporaine, LeSeuil, coll. Politique, 2ème édition.
·
CHERKI E., “Les conceptions politiques de l’Islam”, édition française du Jerusalem Post,
4 au 10 juillet2001, p. 10.
Conflit israélo-palestinien. Les médias français sont-ils objectifs ? (juin 2002), Observatoire
du monde juif, Dossiers et documents. Cf. notamment : Leuchner C., “Etat des lieux
au 31 mai 2002, Qu’avons-nous appris des médias ?”, pp. 8-50. (pp. 32-36) et Ktourza
V. “Le conflit de Proche-Orient vu par les média pour enfants et adolescents”, 93-141.
·
DRAY J. et SIEFFERT D. (2002) La guerre israélienne de l’information; désinformation
et fausses symétries dans le conflit israélo-palestinien, éd. La découverte sur le vif, Paris.
·
KOREN R. “A propos de quelques dénominations “perverses” ou quand le terrorisme est
“paré” de “toutes les séductions de la geste héroïque” in Etudes sur l’Art et la Littérature,
Université de Jérusalem, Tome 20,1993, pp. 67-76.
·
KOREN R. (1996) Les enjeux éthiques de l’écriture de presse, la mise en mots du terrorisme, L’Harmattan.
·
LEWIS B. (1985) “Palestine, histoire et géographie d’un nom” in Le retour de l’Islam,
Gallimard, pp. 145-166.
·
MARRET J.-L. (2000) Techniques du terrorisme, Méthodes et pratiques du “métier terroriste”, coll. Défense et défis nouveaux, P.U.F.
Mots, les langages du politique, n° 50, mars 1997, n° spécial consacré à “Israël-Palestine.
Mots d’accord etde désaccord”.
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NEHER-BERNHEIM R. (2001) La vie juive en Terre sainte, 1517-1918, Calmann-Lévy.
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NEHER-BERNHEIM R. (2002) Histoire juive de la Révolution à l’Etat d’Israël, Faits et
documents, Seuil, Points Histoire.
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PANNEQUIN R. “Résistance et Terrorisme”, in n° spécial de Raison présente, (1987), n°
81, pp. 29-32.
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REBOUL O., Langage et idéologie, P.U.F.
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ROGEL N. (1998) Tadrikh Nakdi, Tadrikh ‘Hadachot veaktoualia, (“code Nakdi”, code
éthique à l’attention des journalistes d’actualité), éd. Rechout Hachidour, (Office de
Radiodiffusion et Télévision Israélienne), Jérusalem.
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ROSENTHAL R. (1998) “Messa’hakim be-Elokim” (Jouer au démiurge), Maariv du
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SEGAL ‘H. (1998) Mouna’hon, Milon Aroutz Shèva le ïvrit mechoudéreth (Lexique,
Dictionnaire d’hébreu radiodiffusé de Aroutz 7, Canal 7), publié par le service de
l’Information de Arouts 7; Version électronique sur le site internet de la chaîne (en
hébreu): http :// www. a7. org/ hebrew/ newspaper/ ondisplay/ ref/ munachon. htm.
[1]
Cf. la remarque d’Antoine Jacob dans
Le Monde du 26/6/2002, p. 22 : “Les médias
occidentaux accusés de partialité au Proche-Orient par les partisans des deux camps”: “De
nombreux reproches adressés aux médias portent sur les mots qu’ils emploient. “Colon” ou
“habitant d’une implantation”, “kamikaze” ou “terroriste”, “Cisjordanie” ou “Judée-Samarie”?
Le choix des termes n’est pas neutre, toutes les rédactions en sont conscientes. Mais
“parler de
‘dérive’des mots laisse entendre qu’il existe un sens juste et unique qui correspondrait à une
norme, ce qui n’est pas le cas, note la linguiste Marie-Anne Paveau
. Le sens des mots se définit
le plus souvent selon le contexte et le locuteur”. Sur la relativité des points de vue et le fait que
la “vérité” de l’un est taxé par l’autre d’“idéologie”, lire aussi l’article virtuel de Marc Saghié
(
Courrierinternational.com, 20 juin 2002):
La guerre des mots : “Israéliens comme Palestiniens
pensent avoir perdu la guerre médiatique (…) les deux camps essaient d’expliquer les raisons
de cet ‘échec’en utilisant curieusement les mêmes mots et les mêmes concepts pour décrire leur
propre failliteet la ‘victoire’del’adversaire(…) De l’idée que la presseinternationaleet les correspondants étrangers sontanti-israéliens ou antisémites, repriseen chœur par la majorité des médias
israéliens et des médias pro-israéliens dans le monde, à l’affirmation que les médias obéissent
au ‘puissant lobby juif’, que répètent inlassablement les médias arabes, les deux camps hurlent
leurs prétendues défaites de communication pour galvaniser leurs supporters”.
[2]
CatherineLeuchner in “Etatdes lieux au 31mai 2002, Qu’avons-nous appris des médias ?”,
pp. 8-50 (notamment pp. 32-36), in
Le conflit israélo-palestinien. Les médias français sont-ils
objectifs ? (juin 2002)
. Elle se penche également sur le “champ et le hors-champ visuel” du
“donner à voir” sur le Proche-Orient, sélectif ou imposé par les média (“mensonges par omission
et par surexposition”). Sur les détournements de sens de la terminologie du terrorisme, lire
notamment le n° spécial de
Raison présente, (1987), n° 81 (dont l’article de Roger Pannequin
sur Résistance etTerrorisme, 29-32), l’étude deRoselyne Koren : “A propos dequelques dénominations “perverses” ou quand le terrorisme est “paré” de “toutes les séductions de la geste
héroïque” (
Etudes Art et Littérature, Tome 20,1993, pp. 67-76), le n° spécial de
Mots, les
langages du politique, n° 50, mars 1997, consacré à “Israël-Palestine. Mots d’accord et de
désaccord).
[3]
Annie Lelièvre, “La dérive humaniste”,
Information juive, n° 215, février 2002, p. 12.
[4]
Jean-Luc Marret :Techniques du terrorisme
, Méthodes et pratiques du “métier terroriste”,
P.U.F, 2000. Premiers mots de l’introduction, p.5.
[5]
La lutte juive clandestine en Palestine (Ma’htérèt, clandestinité) contre le Mandat britannique etpour l’indépendancejuives’unifia en 1945 etpritle nom deTenouat Hameri(Mouvement
de rébellion). Le Meri était composé de la Haganah (Défense, protection), du Le’hi (sigle de
Lo’hamey ‘HèroutYisraël, Combattants de la libertéd’Israël) et de l’Etsel(sigle deIrgoun tsevaï
leumi, Organisation Militaire Nationale). Leurs principales actions étaient des actes de sabotage
(‘habala). Aux yeux des Britanniques, ils étaient tous des ‘terroristes’. Les historiens parlent, selon
le point de vue adopté, de ‘résistance’, de mouvements de ‘libération nationale’, de ‘terrorisme’
et de ‘contre-terrorisme’(cf. par exemple RenéeNeher-Bernheim, Histoirejuivede la Révolution
à l’Etat d’Israël, 1208-1212).
[6]
‘Hagaï Segal, Mouna’hon, (Lexique d’hébreu radiodiffusé de Canal 7), p. 13. Publié par
la section “Actualités” de Canal 7, février 1998. Consultable (en hébreu) sur son site internet :
w
www. A7.org.
[7]
Notons que
korbane signifie victime mais aussi sacrifice et sacrifié. C’est le mot employé
dans le culte sacrificiel du Temple de Jérusalem. Plus tard on parlera de
korbanot hashoa (en
yiddish et en hébreu, victimes de la Shoah). En hébreu contemporain,
korbane s’emploie dans
le vocabulaire criminel (donc “laïcisé”)et l’on parlera, par exemple, de
korbanot oness (victimes
d’un viol).
[8]
Le discours deYasser Arafat est partiellement reproduit par Anouar Abdel-Malek dans
La
Pensée politique arabe contemporaine, Le Seuil, coll. Politique, 2
e édition, 1975, pp. 327-336,
citation p. 335.
[9]
On peut voir, entendre, et lire en traduction un choix de programmes et d’articles sur le
site israélien de Palestinian Media Watch, w
www. pmw. org. il. (l’Observatoire des Médias palestiniens). On lira aussiles dossiers préparés par lemensueldujudaïsme français,
L’Arche, notamment
celui du n° 515, de janvier 2001, intitulé : “Les Palestiniens éduquent-ils leurs enfants à la paix ?”
[10]
Cf.
Clés de l’Actualité du 7 mars 2002, cité par Valérie Ktourza : “Le conflit de Proche-Orient vu par les médias pour enfants et adolescents”, 93-141; citation p. 99, in
Le conflit
israélo-palestinien. Les médias français sont-ils objectifs ? (juin 2002).
[11]
Information juive, n° 218, mai 2002, p. 3, “Des bombes humaines : une arme absolue ?”
[12]
Cf.la recension de Francis Cornu, dans
Le Monde de la Télévision, 22/6/2002, p. 15.