Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.sans
210 pages

p. 87 à 109
doi: en cours

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N°83 2003/2

2003 Topique

La terminologie idéologique du terrorisme dans le conflit du Proche-Orient sous le regard de l’interprète et du traducteur

Francine Kaufmann École de Traducteurs et d’Interprètes Université Bar-Ilan Faculté des Lettres 52900 – Ramat-Gan, Israël http ://www.biu.ac.il/HU/tr/tr-staff/kaufm-fran/kauf-main-0902.html 6 re’hov Kfar Etsion, appt. 8 93392 Jérusalem
Remarques sur l’emploi des mots et des concepts concernant le terrorisme dans le conflit du Proche-Orient, les malentendus qu’ils peuvent faire surgir de bonne foi, le rôle qu’ils peuvent jouer dans la manipulation de l’opinion. Description historique et lexicologique en miroir d’un choix de concepts relevant du champ sémantique du terrorisme, en français, en hébreu et en arabe et appréciation de leur charge idéologique. La méthodologie utilisée s’appuie sur les stratégies de clarification terminologique préliminaire effectuée par un interprète de conférence ou un traducteur pour sélectionner ses mots en fonction du locuteur, de l’interlocuteur et d’une situation donnée.Mots-clés : Terrorisme, Terminologie, Idéologie, Proche-Orient. This article remarks on the use of words and concepts linked with terrorism in the Middle East conflict, the misunderstandings that these can legitimately give rise to and the role that they can play in the manipulation of public opinion. We are also presented with a historical and lexical reflection of the choice of concepts from the semantic field of terrorism in French, Hebrew and Arabic, along with an appreciation of their ideological force. The methods used here are based on the strategies available for clarifying terminology undertaken by a conference interpreter or translator prior to carrying out their work,when selecting words appropriatetotheposition occupied bythespeaker,thosehe/she addresses and in a specific context.Keywords : Terrorism, Terminology, Ideology, Middle East.
Dans tout conflit et notamment dans le conflit du Proche-Orient, les concepts utilisés pour en définir les enjeux sont susceptibles de susciter des malentendus par méconnaissance du contexte, mais aussi parce qu’ils sont connotés différemment selon le point de vue de qui les emploie, sans parler du rôle qu’on peut leur assigner dans une manipulation délibérée de l’opinion. N’étant ni psychanalyste, ni linguiste, ni politologue, c’est uniquement sur le plan pragmatique de notre pratique d’interprète et de traductrice que nous nous proposons d’aborder le problème des ambiguïtés du champ sémantique du terrorisme, consciente de la nécessité de clarifier les concepts utilisés par les acteurs du conflit et par les médias qui les relaient. Formant de futurs interprètes dans une université israélienne, nous les sensibilisons au poids des mots, à leur charge idéologique, nous les incitons à prendre conscience de la responsabilité du médiateur dans la communication interculturelle.
En principe, les écoles de journalisme font de même. Pourtant il existe des différences fondamentales entre les deux professions. En effet, la presse d’information se donne pour objective mais on connaît bien aujourd’hui les procédés par lesquels elle “organise” la réalité, la circonscrit dans un langage qui, par ses choix, reflète les a priori du journaliste (l’auteur), du rédacteur en chef préoccupé de répondre aux attentes supposées de son public-cible. Par ailleurs, son destinataire est généralement “absent”: le lecteur ou l’auditeur est invité à se faire, chez lui, sa propre opinion, a posteriori. Quant à l’interprète, c’est un médiateur qui, cependant, dit ‘Je’au nom d’un locuteur présent dont il s’attache à reproduire aussi fidèlement que possible la terminologie. Son rôle consiste à faire progresser un discours interactif qu’il découvre, au fur et à mesure. Chaque concept avancé débouche sur une réaction de l’interlocuteur, en temps réel et peut donner lieu à une rectification ou à une précision de la part d’un autre interlocuteur présent. L’interprète est donc tenu d’épouser successivement les points de vue subjectifs de chacun des locuteurs dont il réexprime tour à tour le “vouloir dire”. Cette stratégie peut être adoptée par tout homme de bonne volonté qui cherche à comprendre ce qui se dit autour de lui. Car que se passe-t-il quand une même réalité (géographique, historique, culturelle, religieuse) est simultanément décrite dans un langage idéologique codé différemment par chacune des parties ? Les interlocuteurs désignent-ils vraiment le même signifié quand ils parlent d’Abraham/Ibrahim, d’Erets Israël/la Palestine, de Jérusalem/Al Kods, du Mont du Temple/Esplanade des Mosquées, des réfugiés, du droit au retour, du jihad, des terroristes kamikazes/shahid ? Pourquoi, dans ce cas, utilise-t-on sans y prendre garde l’un des termes de ces “couples” pour traduire l’autre, comme s’il s’agissait de parfaits doublons ? Comment s’étonner alors que la presse soit généralement accusée par les uns et les autres d’être partiale ? [1] Quelle stratégie de rechange peut proposer l’interprète, conscient des significations implicites exprimées dans chacun des langages utilisés mais qui intervient comme pièce rapportée, interposé entre des acteurs moyenorientaux et une tierce-partie occidentale ? Une traduction peut-elle être ‘objective’quand on en est réduit à des équivalences, à l’emprunt, l’explicitation, la glose, ou à une terminologie imposée par l’usage mais souvent erronée, imprécise ou biaisée ?
D’entrée de jeu, nous dirons que la solution la plus courante consiste en effet, pour l’interprète, à “emprunter” ou à “calquer” le mot qui fait problème, à le conserver dans sa forme “étrange” et “étrangère”, en l’accompagnant d’une paraphrase ou d’une glose qui prenne en compte le vouloir dire du locuteur, tout en le complétant par une ‘traduction’ que le destinataire est culturellement préparé et prêt idéologiquement à “entendre”, compte tenu des contraintes et des libertés offertes par les langues en présence et, enfin, des enjeux de la rencontre. Solution hybride et rarement satisfaisante.
La presse française, quant à elle, a tendance, pour “traduire” en français la réalité “autre”, à privilégier des termes qui sont “connus” et reconnaissables, qui “font image” pour un public français, plutôt que de faire l’effort de trouver et d’imposer un équivalent exact. C’est ainsi que Catherine Lauchter a longuement analysé l’emploi pervers de qualificatifs importés d’autres contextes et chargés d’un autre sens, tels que : “Etat colonialiste”, “Apartheid”, “nazisme”, “œil pour œil dent pour dent”, qui plaqués sur la réalité israélienne actuelle, “excluant toute autre vision du contexte”, constituent une “mal-information”, une “récupération et un détournement de sens” [2].
Le résultat est souvent ce que la journaliste Annie Lelièvre appelle une “détérioration du langage” qui se superpose à la tyrannie des “images, l’arbitraire de leur découpage, l’absence de toute analyse”, et en fin de compte, à une falsification de la réalité [3]. Des qualificatifs qui semblent appartenir au “langage familier”, comme : “gamins”, “infidèles”, “martyr” constituent souvent de “faux amis”. Car, dit-elle, les “gamins” de l’intifada ou des violences antisémites ne connotent pas le charme vif et insolent de la jeunesse mais ils désignent, selon les circonstances, des lanceurs de pierres, des prédélinquants, (ceux-là même qu’on appelle aussi “les jeunes”). De même on parlera de quartiers “sensibles”, de zones “fragiles”, ou par antithèse de “crimes d’honneur” de “sévices culturels”, de délinquance “expressive”. “L’humanisme à la mode” se livre à une humanisation de la violence par des euphémismes “qui sont des lâchetés du langage”, fournissant au violent des arguments sur mesure, qui dédouanent implicitement les victimes de “l’exclusion”, de la “crise identitaire”. Annie Lelièvre poursuit : “L’aberration atteint jusqu’à son comble lorsque le mot ‘martyr’en vient à désigner, non pas le supplicié mais l’auteur du massacre. La presse, le plus souvent, fait l’ellipse des guillemets… légitimant ainsi l’insoutenable inversion. Ces dérives du langage ne sont pas innocentes (…) ces glissements sournois (sont) d’autant plus efficaces qu’ils demeurent inconscients”.
Nous voudrions, à l’aide de quelques exemples, et forte de notre expérience d’interprète, explorer le champ sémantique du terrorisme proche-oriental, mettre en évidence sa complexité et les malentendus qu’il risque de générer. Le terme “terrorisme” lui-même fait problème comme l’a montré l’un des spécialistes français du terrorisme, Jean-Luc Marret :
“C’est une idée répandue que le terrorisme ne peut être défini. Substitut de la guérilla, moyen d’expression des faibles, usage alternatif de la diplomatie d’un Etat, il désigne encore ceux qui sont vus par d’autres comme des résistants. “Terroriste”, comme “fasciste”, peut désigner n’importe qui. Il y a différents moyens pour échapper à ce dilemme : considérer l’action terroriste du point de vue des motivations des hommes qui en font l’usage ou voir au contraire le terrorisme selon ses effets destructeurs. Il y a encore une voie médiane : l’analyser comme une pratique, voire un métier” [4].
Nous nous proposons, quant à nous, d’adopter une quatrième approche, descriptive, celle de l’observateur du langage, qui ne cherche pas à dire le “pourquoi” (les motivations), ni le “comment” (les pratiques), encore moins à définir les “techniques”, mais à rendre compte des vocables par lesquels se désignent eux-mêmes ou sont désignés par autrui les auteurs d’actes de “terrorisme”. Si le français possède toute une panoplie de termes, depuis longtemps étudiés par les spécialistes et dont nous ne nous occuperons pas ici (Terroriste/ activiste/ militant/ combattant/ résistant/ franc-tireur/ rebelle/ maquisard/ partisan/ guérillero/ desperado), l’hébreu et l’arabe désignent autrement ces réalités qu’ils vivent au quotidien.
 
LE CHAMP SÉMANTIQUE DU TERRORISME
 
 
1. Le point de vue israélien
Les Israéliens désignent les terroristes palestiniens par le vocable : me’habelim. Le mot vient de la racine biblique : le’habel, frapper, blesser, détruire, abîmer. C’est ainsi que le Cantique des Cantiques (II, 15) parle des “renardeaux qui font des ravages (me’habelim) dans les vignes”, et la tradition juive connaît les mal’akhey ‘habala, les “anges destructeurs”, qui selon la légende tourmentent les méchants en enfer (voir aussi Isaïe 54,16). ‘Habala désigne à l’origine une plaie, une blessure, une meurtrissure (nè’hbal = blessé).
Durant la période mandataire en Palestine, les mouvements clandestins juifs qui luttèrent contre le mandat britannique étaient désignés comme terroristes par les Anglais. Entre eux, ils s’appelaient “combattants” (lo’hamim) mais aussi ‘habelanim (saboteurs). Maassé ‘habala désignait alors un acte de sabotage contre l’armée britannique, tandis qu’il désigne aujourd’hui, un acte de terrorisme arabe [5]. Mais puisque ‘hablane a été employé comme terme mélioratif dans la presse, la littérature, la chanson hébraïques de l’époque de la lutte pour l’indépendance d’Israël (cf. la valeur “héroïque” des ‘saboteurs’dans la résistance française, telle qu’elle se reflète dans le Chant des Partisans en France et dans le chir Ha’hablanim de ‘Haïm ‘Hefer, en Israël) il a conservé sa valeur positive en hébreu contemporain et désigne désormais les sapeurs-démineurs. Il existe même une unité de ‘habelanim dans l’armée (dans le génie militaire), de même qu’il existe un corps de sapeurs-démineurs dans la police israélienne, d’où le panonceau que l’on voit sur certaines voitures qui participent à la prévention anti-terroriste : ‘habelane michtarti (estafette de déminage de la police). En revanche, pour désigner l’adversaire, l’hébreu a d’abord emprunté à l’arabe et employé un certain temps le mot feddayin (de fida’yi = prêt à se sacrifier), à l’époque des premières infiltrations hostiles, après la création de l’Etat d’Israël, avant la Campagne du Sinaï (1956). Par la suite et surtout depuis la création du Fata’h en 1964, feddayin a été remplacé par un mot hébreu. Pour éviter de recourir au mot ‘habelane, identifié, nous l’avons vu, avec les combattants du Palma’h (= Plougot ma’hats, troupes de choc de la Haganah), l’hébreu contemporain a donc donné une acception nouvelle à un mot de la même racine que ‘habelane, le me’habel (destructeur) qui, en hébreu contemporain, désigne désormais uniquement un terroriste arabe (irgoun me’habelim = organisation terroriste). Pour les autres conflits, l’hébreu a emprunté le mot international : terroristim = les terroristes, qui désignera donc indifféremment, par exemple, les preneurs d’otage tchétchènes du théâtre de Moscou (octobre 2002), ou les terroristes irlandais, corses basques ou autres.
Le terme me’habel reçoit une acception plus large dans la presse israélienne d’extrême droite, en tout cas selon la définition qu’en propose le lexique de la chaîne pirate Arouts 7, une radio ultranationaliste :
“Combattant arabe qui n’est pas soldat dans une armée régulière. C’est pourquoi, même un adolescent de quatorze ans, qui lance un cocktail Molotov contre des voitures israéliennes, sera appelé sur nos ondes : ‘me’habel’(terroriste). Lorsqu’il ne lance que des pierres, on peut se contenter de l’appeler ‘mitparè’a’(émeutier), mais sous aucun prétexte on ne l’appellera ‘manifestant’ (mafguine). Ceci parce que les phénomènes ‘intifadiens’ne sont pas de simples manifestations mais font partie intégrante du long conflit sanglant entre Israël et ceux quien veulent à sa vie, les Ismaélites (traduction F.K.)”. [6]
Me’habel continue à s’employer également, en hébreu contemporain pour désigner, au sens figuré, l’action de saboter, de détruire, de saper les efforts de quelqu’un. D’où le néologisme ‘mitna’habel’, créé il y a une vingtaine d’années par le député d’extrême gauche, Yossi Sarid, pour désigner les militants du Goush Emounim (les partisans du grand Israël, sous la houlette de Daniella Weiss). Il s’agit d’un mot-valise où l’on reconnaît deux substantifs : ‘mitna’hel’ (‘colon’) et ‘me’habel’ (‘saboteur’, sous-entendu ‘saboteur du processus de paix’, mais la polysémie subsiste et le sens de ‘terroriste’ juif coexiste, ‘mitna’habel’étant à la fois *colon saboteur et *colon-la-terreur). Le vocable continue d’être employé par la gauche et les arabes. Récemment, le député arabe israélien Baraké a qualifié les députés résidant en Judée-Samarie de : Mitna’habelim. “Les députés de la Commission de la Knesset ont exigé que le député Baraké retire sa déclaration. Celui-ci a affirmé qu’il avait signifié par là que les mitna’halim (colons) me’habelim (sabotent) le processus de paix” (Cf. Arouts 7, 13/2/2002).
Signalons un paradoxe récent : l’emploi d’un pronom possessif accolé au mot me’habel dans Mon terroriste, un film documentaire israélien de 58 minutes, écrit, réalisé et produit par Youlie Cohen Gerstel, sélectionné et présenté au Festival du Cinéma de Jérusalem (juillet 2002). Le titre hébreu : Hame’habel chèli (My Terrorist), manifeste une volonté d’entamer le dialogue (effectivement engagé, d’abord sous la forme d’une correspondance puis d’une rencontre face à face, documentée dans le film), voire d’assumer la subjectivité de “l’autre”. Adolescente patriote et sioniste ardente, Youlie Cohen est devenue au fil des ans une mère de famille non moins ardente militante de la paix et de la coexistence avec les arabes. (On lira ci-dessous le résumé du film, document B3 en annexe).
Ces dernières années, une nouvelle racine vient participer au champ sémantique hébraïque du terrorisme : lifgo’a (frapper, atteindre, porter atteinte, blesser, nuire et – au sens figuré – blesser dans son amour-propre, vexer, offenser), d’où nifga’(blessé, touché, atteint), pagui’a (vulnérable), pèga’(blessure), pegui’a (atteinte, coup), mifga’(nuisance). On emploie désormais mefaguè’a, pour désigner l’auteur d’un attentat, et pigou’a (moins lourd que maassé ‘habala) pour désigner l’attentat. Grâce à ce nouveau vocable, on distingue désormais le mefaguèa’ya’hid (le terroriste ‘solitaire’, qui semble avoir agi seul, hors du cadre d’un irgoun me’habelim, d’une organisation terroriste). On distingue également le pigoua’yeri (attentat à l’arme automatique, littéralement, “avec tirs”), le pigoua’mikoua’h (attentat avec prise d’otage, littéralement “marchandage”), le pigoua’hamoni (l’attentat de masse) et à présent le pigoua’ hit’abdoute, l’attentat-suicide (le me’habel mit’abed étant un ‘destructeur’qui se “suicide”).
Notons que les vocables mefaguèa’comme me’habel ne mettent pas l’accent sur “la terreur”, c’est à dire sur l’effet recherché par le terroriste (dont le but est de “terroriser” la population) de même qu’on évite en hébreu toute connotation “victimale”. Le mot “victime” (korbane) n’est d’ailleurs jamais employé dans ces contextes [7]. On lui préférera précisément l’adjectif nifga’(assez flou pour englober à la fois les blessés et les tués dans les premiers bilans, nifga’ désignant toute personne qui a été atteinte par le pigoua’, l’attentat (atteinte à l’intégrité physique et morale des cibles). Les associations d’aide aux ‘victimes’ du terrorisme assistent donc les nifga’ey haTerror, (frappés par le terrorisme).
Signalons rapidement, sans les développer, d’autres termes relevant de ce champ sémantique : Les ‘hotefim sont des preneurs d’otage (‘hatifa = enlèvement, rapt – d’une personne, détournement – d’un avion). Une mekhonit tofèt (tofèt = l’enfer) est une voiture piégée (rappelons-nous les machines “infernales” des premiers terroristes russes). Les mevoukachim (de la racine levakèch, rechercher) sont des terroristes présumés, recherchés pour arrestation ou liquidation. L’emploi de l’adjectif seul (“les recherchés”) évite de qualifier précisément le suspect. Une ptsatsa metaktékète est une bombe à retardement (littéralement : une bombe *tic-tacante), mais dans le jargon des services israéliens de renseignement, l’expression désigne un suspect arrêté ou recherché qui possède les informations nécessaires qu’il faut lui soutirer pour permettre d’empêcher un attentat en cours de réalisation (dont il serait l’auteur ou le complice). Déjouer un attentat se dit lesakèl pigoua (lesakel = mettre en défaut, empêcher, prévenir, déjouer). D’où l’euphémisme : Sikoul memoukad, qu’on traduit généralement en français par “assassinat ciblé” mais qui cherche à signifier en hébreu une frappe ‘chirurgicale’qui ne vise que le mevoukach, pas son entourage : donc mettre hors d’état de nuire (Sikoul) par une opération ciblée (moked = le centre, le foyer, memoukad: focalisé). Terminons par un autre euphémisme construit avec la même racine : la fraction de la Police palestinienne chargée (depuis le processus d’Oslo) de la lutte anti-terroriste est appelée en hébreu : habita’hon hamessakel (traduit en français comme ‘Sécurité préventive’, (Bita’hon = sécurité, chargée de “déjouer” [lessakel] les attentats).
2. Le point de vue palestinien
Etrange jeux de miroirs : le bras armé d’Israël, Tsahal (sigle hébraïque de Tsva Hagana leYisraël, Armée de Défense d’Israël) est désigné en arabe comme Djaïch ’al Ikhtillal (l’armée d’occupation) tandis que le bras armé des Palestiniens, l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) a été désigné en hébreu, jusqu’en 1993, comme irgoun me’habelim (organisation terroriste).
Il va sans dire qu’aux yeux des Palestiniens, les actes de terrorisme exécutés sur le sol israélien et dans les territoires occupés sont des actes de “résistance”, de lutte contre le terrorisme sioniste. L’Intifada exprime la dignité retrouvée (Intifada, forme pronominale du verbe se redresser, se relever, équivalent de : “soulèvement”).
Le thème est ancien. N’oublions pas que Al Fat’h a été créé dès 1957, et l’OLP en 1964 pour libérer la terre de Palestine perdue par la création de l’Etat d’Israël, la “nakba”, littéralement : la “catastrophe” de 1948 (l’événement que les Israéliens célèbrent comme leur Yom Atsma’outh, leur “Journée de l’Indépendance” – le mot hébreu qui signifie “catastrophe”, Shoah, désignant le génocide des juifs d’Europe). La Palestine d’alors était constituée de l’Etat d’Israël (dans les frontières d’avant la guerre de juin 67, dite des Six jours) mais aussi de la Cisjordanie annexée par la Jordanie et de la bande de Gaza annexée par l’Egypte). Depuis la “naksa” de 1967 (littéralement naksa signifie la “rechute” d’une maladie), il est convenu implicitement, dans les langues occidentales, que “libération de la Palestine” signifie uniquement évacuation des “territoires occupés”, conquis par Israël durant la guerre de 67 (en arabe : al-aradi al-mu’htalla, terres occupées, traduction de l’anglais “Occupied Territories”). Mais les représentants du ‘Hisbollah (littéralement : le “Parti d’Allah”), du ‘Hamas ou du Djihad islamique, tant dans leurs déclarations en arabe que dans les interviews qu’ils accordent en d’autres langues, utilisent ‘Ihtilal (l’occupation) pour désigner la présence sioniste/juive sur l’ensemble de la Palestine historique (y compris le territoire de l’Etat d’Israël). L’OLP ne cache pas non plus que l’étape ultime de son projet est la libération de toute la Palestine. Les Palestiniens, comme l’ensemble du monde arabe accompagnent systématiquement le nom de toute localité israélienne du qualificatif “occupé” même lorsqu’il s’agit d’une ville nouvelle, située à l’intérieur des frontières de 1948 (cf. la terminologie des émissions en français de la télévision jordanienne). Et leurs media parlent, bien évidemment, de ‘Haïfa occupée, Lod occupée et bien sûr de Jérusalem occupée Al Kouds ‘al Mo’htalla, même lorsqu’un attentat a lieu dans Jérusalem-ouest. Notons par contraste que depuis le décret de 1967 du Ministère israélien des Affaires étrangères, la chaîne arabe de la radio israélienne utilise toujours un double patronyme, arabe et hébraïque, pour désigner la ville : Ourshalim Al Kouds (Jérusalem dans la traduction de la Bible en arabe est Ourshalim, tandis que dans le Coran la ville est rebaptisée Al Kouds, la Sainte).
Aux yeux du monde arabe, c’est l’Etat d’Israël, qui commet un acte de terrorisme par sa présence sur une terre arabe et par la répression de la “résistance”. Là encore, le thème n’est pas nouveau, même dans les langues autres que l’arabe. Lorsque Yasser Arafat, président de l’OLP et dirigeant d’Al Fat’h, s’est rendu à l’Assemblée générale des Nations Unies le 13 novembre 1973, pour prononcer un discours, (en treillis militaire, revolver au côté), il a évoqué à de nombreuses reprises le “terrorisme” des juifs, des sionistes, et l’idéologie sioniste raciste, colonialiste. Parlant des années 1963-1973 (donc dès avant l’occupation de 1967, incluant peut-être aussi les massacres de Septembre noir par les Jordaniens, en 1970), il déclarait :
“Au cours des dix dernières années de notre lutte, des milliers de Palestiniens sont devenus martyrs, d’autres ont été blessés, mutilés et emprisonnés; ils se sont sacrifiés pour résister à la menace de disparition, pour regagner notre droit à l’autodétermination et retourner sur nos terres. Les Palestiniens qui vivent sous l’occupation sioniste résistent à l’arrogance et luttent contre l’oppression, la tyrannie et le terrorisme” [8].
Les vocables “martyrs”, “sacrifice”, “terrorisme sioniste” “occupation sioniste” (sur toute la Palestine historique Phalastin recouvrant la Palestine mandataire, y compris le territoire de l’Etat d’Israël, les arabes israéliens étant appelés en arabe alastiniyou/les Palestiniens de 1948”), ces concepts, donc, figurent depuis toujours dans la terminologie du Fata’h. Le nom Fata’h lui-même joue sur un double registre, destiné à frapper les esprits, à la fois des arabes traditionalistes et des modernes, des croyants et des laïcs, ainsi que l’expliquait (à l’époque du processus d’Oslo) l’arabisant Israélien Roubik Rosenthal dans la rubrique linguistique de Maariv (22/5/98):
Ihtilal, qui signifie “occupation”, est toujours péjoratif, mais il existe en revanche en arabe un terme désignant une occupation à connotation positive, qui n’est autre que : fat’h, un mot qui évoque les conquêtes de l’Islam à l’époque de Mahomet. Est-ce bien le Fata’h, l’organisation qui a engendré l’O.L.P., avec qui nous cheminons clopin-clopant vers la paix ? Oui et non. Le mot fat’h reste dans le flou sémantique : pour les arabes traditionalistes il évoque les conquêtes de l’Islam, pour les jeunes générations et les médias, il représente les initiales inversées de Harakat al-TA’hr–r al-FAlastiniyya, (Mouvement de Libération de la Palestine). Le ‘Hamas a employé le même stratagème, jouant sur la double signification du vocable ‘Hamas, (à la fois “enthousiasme” et “dynamisme”), et sur le sigle : Mouvementde Résistance Islamiste” (trad. F.K.).
Quant au martyre, il se dit en arabe shahada, littéralement “témoignage”, le martyr (shahid) étant donc un “témoin” de Dieu, tout comme son homologue français puisque “martyr” vient du latin des chrétiens : Martyr, du grec martur, témoin (de Dieu).
Rappelons qu’en arabe, shahada désigne d’abord l’un des cinq piliers de l’Islam, la “profession de foi”: “Asha’hadu anna (je témoigne) la ill’aha illa Allah (qu’il n’y a pa s d’a utre Dieu qu’Alla h), et que Ma homet est son émissaire”. Par la suite, le même vocable a été utilisé dans un sens laïc avant de désigner à nouveau, aujourd’hui, un acte de foi qui engage la personne tout entière, un sacrifice qui fait du shahid celui qui “meurt pour Allah”. La différence essentielle entre le martyr chrétien ou juif et le shahid est que les martyrs se laissent tuer et persécuter plutôt que d’abjurer leur foi. Il s’agit d’une souffrance subie, endurée pour une cause sacrée. Dans le judaïsme, le martyre s’appelle Kidouch Hachem (littéralement : sanctification du Nom… divin). Il n’est imposé que dans trois circonstances : quand un juif est mis en demeure de choisir entre la mort et une a bjura tion publique de sa foi, l’ordre de commettre un meurtre ou un acte sexuel dépravé. Dans ces trois cas, il doit préférer le Kidouch Hachem et se la isser tuer. En a ucun ca s, il ne doit “rechercher” le martyre. La shahada, par contre, est une conduite active. Elle est généralement associée, voire identifiée aujourd’hui avec le jihad, cet “effort suprême” qui, sur un plan spirituel consiste à engager la lutte contre ses passions et ses mauvais penchants et, sur un plan collectif, engage la communauté des musulmans à lutter, fût-ce au sacrifice de leur vie, pour la défense de leur religion, de leurs personnes, de leurs biens et de leurs frontières. Dans cette dernière acception, le jihad est une guerre sainte, menée pour préserver ou étendre le Dar el Islam (le territoire, la maison de l’Islam). Tout territoire qui n’est pas régi par l’Islam ou qui n’est pas touché par lui est Dar el ‘Harb (territoire de la guerre). En principe, seul un Calife successeur de Mahomet est habilité à décréter la guerre sainte. Mais le jihad armé a reparu au cours des guerres de décolonisation (1950-1970). Le colonel Khadhafi a même créé un fonds du Jihad en 1971 pour subventionner les guerilleros musulmans et Saddam Hussein a décrété le Jihad armé pour l’Irak lors de la première guerre du Golfe, en 1991 (Cf. Quid 1999, p. 533). Chaque combattant engagé dans un jihad, ou tout membre du jihad islamique est un Moudjahed, les Mudjahedin afghans étant appelés en arabe : Moudjahedoun (de la même racine que jihad). Dans ce contexte, l’homme-bombe, isstishahdi, (forme pronominale, active, de shahid, qui sacrifie sa vie pour Allah), n’est pas un “martyr”, acceptant passivement la souffra nce ou ma nifesta nt sa protesta tion en s’immolant (comme les bonzes s’immolaient autrefois par le feu), mais un combattant qui prône et revendique l’arme violente de la guerre sainte contre l’ennemi. Notons que le jihad est devenu aujourd’hui une obligation individuelle. Les combattants palestiniens, qui considèrent l’Etat d’Israël tout entier comme occupant illégalement le Dar el Islam et le sionisme comme une extension du colonialisme et de l’impérialisme économique des Occidentaux se sentent tenus individuellement de libérer par la violence, voire par des attentats sanglants, la terre dont on les a dépouillés, devenue Dar el ‘Harb. Il suffit, pour prendre la mesure des connotations religieuses de la Shahada, de suivre les émissions de la télévision officielle de l’Autorité palestinienne, de lire sa presse, de dépouiller ses manuels scolaires et ses sites internet (cf. dans les annexes ci-dessous une brève sélection de documents, A1 à A7) [9].
3. Démystifier le vocabulaire
Dans cette réflexion sur une définition du terrorisme, il n’est pas lieu d’établir la valeur sémantique de l’ensemble des concepts employés dans le conflit israélo-palestinien, rendant compte des contentieux représentés par la question des réfugiés, des territoires occupés, du traitement des arabes israéliens, d’une part, des guerres répétées, des expulsions des juifs des pays arabes, des attentats, de la délégitimation et des incitations à la haine de l’autre. Ce serait pourtant un exercice tout autant révélateur. Nous nous limitons ici aux termes désignant ce que les uns appellent : terrorisme et les autres : résistance, autodéfense ou prévention. Arrêtons-nous pour terminer sur la charge émotive du terme shahid qui désigne, en arabe, un héros qui, dans son combat (son jihad) pense défendre sa vérité et sa foi tandis que ses adversaires le perçoivent comme un terroriste, un meurtrier sanguinaire pour qui la fin justifie les moyens. Au nom de l’objectivité, une partie de l’opinion publique occidentale unit dans la même “compassion” les victimes israéliennes des attentats et les shahids (perçus et décrits comme “martyrs”): “Quatre victimes dont le terroriste” écrira la presse. “Une étudiante palestinienne s’est donné la mort, faisant trois blessés israéliens”, constate un hebdomadaire français pour la jeunesse relatant l’action d’une femme-bombe, que d’aucuns qualifieront d’attentat-suicide terroriste contre trois civils et que l’hebdomadaire présente non comme le combat d’une intégriste contre des cibles innocentes mais comme l’acte d’une désespérée [10]. La formule “une étudiante s’est donné la mort” dérive de l’équivalence établie entre le “suicide” (“le fait de se tuer, de causer volontairement sa propre mort, et au sens figuré “action de se détruire, de se nuire”, selon la définition du Petit Robert) et “l’attentat-suicide”, action violente qui consiste à transformer son corps en arme infaillible puisqu’elle explose sur la cible choisie. Dans cet ordre d’idée, les shahids ne sont d’ailleurs pas non plus des “kamikazes”, comme le rappelle Emeric Deutsch :
“Les attentats-suicides du 11 septembre 2001 et ceux qui ensanglantent actuellement Israël ne sont pas l’œuvre de kamikazes. Ce ne sont pas des pilotes qui, sentant la défaite inéluctable de leur armée, se jettent avec leur avion sur des bâtiments de guerre ennemis, avec comme objectif d’affaiblir sa capacité militaire.
Ce sont des hommes, et maintenant des femmes, de 17 à 35 ans, qui se transforment en bombes avec la volonté, en faisant le sacrifice de leur vie, de tuer le maximum de femmes et d’enfants” [11].
Une évolution semble d’ailleurs se faire jour à ce sujet dans l’opinion internationale, puisque l’organisation Amnesty International a publié le 9 juillet 2002 un rapport important, stigmatisant notamment les “attentats suicides” commis contre les civils israéliens :
“Les attaques lancées contre des civils par les groupes armés palestiniens sont fréquentes et systématiques. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une politique visant explicitement à attaquer des civils. (…) C’est pourquoi, elles constituent des crimes contre l’humanité au regard du droit international”. (Cf. document B1 en annexe).
Le récent rapport de Human Rights Watch va aussi dans le même sens :
“Les gens qui commettent des attentats suicides ne sont pas des martyrs. Ce sont des criminels de guerre, tout comme ceux qui planifient ces attaques. Ces crimes répondent très exactement à la définition de crimes contre l’humanité.” (Rapport du 1er novembre 2002).
Certes, Israël est condamné, dans un même souffle, pour la violence excessive de sa répression ou de ses opérations préventives. Mais l’Occident commence à s’interroger sur le phénomène des hommes-bombes qu’une soirée Thema, sur Arte, le 25 juin 2002, résumée par Francis Cornu dans Le Monde, décrivait ainsi : “Les pilotes du 11 septembre ne manifestaient aucun déséquilibre ni penchant suicidaire, selon le témoignage de leurs proches.” “Les nouveaux kamikazes veulent supprimer plutôt que se supprimer.” “L’endoctrinement, la promesse du paradis et la conviction de devoir combattre par ‘d’autres moyens’ un adversaire normalement invincible” gagne les Palestiniens qui, avec “des moyens de propagande modernes (vidéos, télévision)” créent “à grande échelle” une “culture du martyre” durant la deuxième intifada. “L’enquête montre que l’“arme du martyr”, cette bombe H (humaine) du pauvre, a été également développée par les Tigres tamouls au Sri Lanka, utilisée dès 1983, à Beyrouth, ainsi que par le Hezbollah au Liban sud [12]. Francis Cornu conclut : Comme le dit un professeur à Harvard, le danger est d’autant plus grave que “la tentation pour les victimes des attentats-suicides est d’en finir par une violence telle qu’elle ressemble, du coup, à celle de l’agresseur”.
Violence en miroir, vocabulaire en miroir. Mais les adversaires parlent-ils vraiment de la même chose ? Quelles chances existent pour qu’un dialogue véritable s’engage lorsque les mots sont pipés ? Les observateurs “entendent-ils” vraiment ce qui se dit, ce qui est en jeu dans le champ sémantique du conflit ?
Cette étude semble indiquer le contraire. L’imaginaire, le mythe, une terminologie sociopolitique ou d’inspiration religieuse nourrissent des antagonismes irréductibles que l’on décèle dans le vocabulaire et que l’on retrouve exprimés dans les media sous forme d’amalgames sommaires, d’équivalences douteuses, de traductions arbitraires, de détournements de sens insidieux. L’analyse critique du discours (CDA en anglais) met en évidence les idéologies contradictoires qui se cachent derrière les mots choisis par les uns et les autres pour dépeindre ou pour “manipuler” la réalité. La presse se fait l’écho sinon la complice de ces idéologies sous-jacentes qui forgent l’opinion des acteurs comme des spectateurs et contribue à entretenir un “dialogue de sourds”. Une approche interdisciplinaire peut permettre de mettre à plat, de faire affleurer à la surface les enjeux enfouis dans le langage, de le démystifier. Les stratégies d’analyse du “vouloir dire”, propres à la traductologie (ou Sciences de la traduction) peuvent contribuer à clarifier le sens des concepts en situation dans le discours. En pratiquant une radiologie du vocabulaire, on éviterait d’être dupe et de relayer des idéologies à l’œuvre dans une représentation de la réalité qui utilise des concepts biaisés empruntés à d’autres contextes, pour se gagner la sympathie d’un auditoire ignorant des enjeux réels du conflit. Mais l’on s’efforcera aussi d’être à l’écoute de ce que dit autrui sans surimposer son propre “vouloir dire”, de parler pour faire avancer la communication, de respecter les concepts employés en s’efforçant de ne rien ajouter ni retrancher au sens du discours, d’apprivoiser les mots de l’autre pour appréhender ses peurs et ses sensibilités, de s’approprier la subjectivité de son langage pour pouvoir le traduire sans le recouvrir du masque d’une prétendue objectivité. Peut-être alors les “terroristes” des uns et des autres apparaîtront-ils alors avec leur vrai visage, d’homme tout simplement.
Texte figurant dans le programme du Festival du Cinéma de Jérusalem, (juillet 2002, p. 43) avec des nuances différentes en hébreu et en anglais. Traduit de l’hébreu et de l’anglais par Francine Kaufmann.
 
DOCUMENTS EN ANNEXE
 
 
A. Extraits des médias palestiniens
La Shahada dans la presse officielle
Dossier préparé et traduit de l’arabe en anglais par l’Observatoire des Médias palestiniens, Palestinian Media Watch, wwww. pmw. org. il. (traduction française, Francine Kaufmann).
A/1 : Interview de Yasser Arafat, Télévision officielle de l’Autorité Palestinienne, 18/8/2002 :
Q. : M. le Président, quel message voulez-vous adresser… au peuple palestinien en général, et aux enfants palestiniens, en particulier ?
Y.A. : L’enfant qui saisit une pierre, affronte un char, n’est-ce pas le message le plus grand, pour lemonde, quand ce héros devient Shahid (meurt pourAllah)? Nous sommes fiers d’eux.
A/2 : “Une lettre d’adieu”.
Les paroles de ce vidéo-clip, diffusé régulièrement sur l’antenne de la Télévision palestinienne en 2001-2002, constituent une “lettre d’adieu” imaginaire chantée par un garçonnet sur des images d’Intifada menée par des enfants et sur des gros plans du visage grave du ‘père’, et de la ‘mère’, en larmes.
Ne sois pas triste, mon cher (père)
Ne pleure pas mon départ
Mon cher père,
Pour mon pays, me suis offert en sacrifice
Ne sois pas triste, mon cher (père)
Ne pleure pas mon départ
Mon cher père,
Pour mon pays, me suis offert en sacrifice
À Dieu nous avons fait promesse, en Eden
De lui dédier notre Jihad
Déterminé, de tous mes vœux,
J’aspire à arriver
Combien douce est la Shahada
Quand je t’étreins, ma terre !
(le clip montre l’enfant touché à mort, tombant et caressant la poussière)
Combien douce est la Shahada
Quand je t’étreins, ma terre !
Ma mère tant aimée
Tu m’es plus chère que tout
Réjouis-toi de mon sang versé,
Ne pleure pas pour moi.
A/3 : Oh vous, les jeunes Clip de la Télévision de l’Autorité Palestinienne.
L’appel est entonné par une jeune fille en uniforme et béret rouge, chantant les poings serrés, d’un air menaçant, avec en arrière plan une danse extatique d’adolescents : nombreuses diffusions depuis le 24 juillet2002.
Oh vous, les jeunes
Oui, oui, à pleine voix
Allah Akbar, oh vous, les jeunes.
Qu’avons-nous de plus cher qu’El Aqsa ?
Ébranlez la terre, ramassez des pierres
Vous ne serez point sauvés, ohsionistes,
Du volcan des pierres de mon pays
Vous ne serez point sauvés, ohsionistes,
Du volcan des pierres de mon pays
Vous êtes la cible de mes yeux
Je voudrais pouvoir tomber comme Shahid
Allah Akbar, oh vous, les jeunes.
A/4 : Une émission de la Télévision de l’Autorité Palestinienne
LETTRE DU PEUPLE
Émission spéciale : “L’État de l’enfant palestinien”, (première partie diffusée le 6 juin 2002). Interview de deux écolières de onze ans, en studio.
L’animateur : Nous recevons aujourd’huiWala al-Tawil. Wala est en sixième, elle a onze ans. Nous accueillons aussi Youssra, âgée de onze ans, en sixième. Wala, vous avez décrit la Shahada comme quelque chose de beau. Vous pensez que c’est beau ?
Wala : La Shahada est une très, très belle chose. Chacun aspire à la Shahada. Qu’y a-t-il de mieux qu’aller au Paradis ?
L’animateur : Vaut-il mieux la paix et les pleins droits pour le peuple palestinien ou la Shahada ?
Wala : La Shahada. J’obtiendrai mes droits après être devenue une Shahid. Nous ne resterons pas des enfants pour toujours.
L’animateur : OK, Youssra, es-tu d’accord ?
Youssra : Bien sûr. La Shahada est préférable. Ce que nous voulons, ce n’est pas ce monde-ci; c’est l’Autre monde. Nous tirons profit non de cette vie, mais de la vie éternelle. Tous les jeunes Palestiniens, contrairement aux autres jeunes, ont le sang chaud. Ils choisissent la Shahada, parce qu’ils sont Palestiniens.
L’animateur : Vous aimez donc la mort ?
Youssra : La mort n’est pas la Shahada.
L’animateur : Non, je voulais dire l’absence après la mort, l’absence physique, vous aimez la mort ?
Youssra :Aucun enfant n’aime la mort. Les enfants de Palestine ont accepté l’idée que c’est cela la Shahada. Ils pensent que la Shahada, c’est très bien. Chaque enfant palestinien, disons, de douze ans, dit : Oh mon Dieu, je voudrais devenir un Shahid.
A/5 : Déclaration du Prof. Iss’am Sissalam, directeur du Département d’histoire de l’université islamique de Gaza, animateur d’une émission éducative à la télévision officielle de l’Autorité Palestinienne, le 8 septembre 2002 :
Allah offre de grandes compensations à qui sacrifie des shahids pour l’héroïsme et l’honneur. Nous n’avons pas peur de mourir et nous n’aimons pas la vie. Nous aimons l’héroïsme, l’honneur et le prestige.
A/6 etA/7 : Deux sermons du vendredi, à la mosquée:
Les Juifs sont des Juifs. Qu’ils soient Travaillistes ou Likoud, les Juifs sont des Juifs.
Il n’y en a pas de modérés, ni d’avocats de la paix. Ce sont tous des menteurs. Il faut les massacrer, il faut les tuer. Comme l’a dit Allah, le Tout-Puissant : “Combattez-les, Allah les punira par vos mains. Il les humiliera. Il vous accordera la victoire sur eux.”
Les Juifs sont comme un ressort. Tant que vous l’écrasez sous le pied, il ne bouge pas.
Mais si vous levez le pied du ressort, il vous frappe et vous punit. C’est la même chose avec les Juifs. N’ayez aucune pitié des Juifs, où qu’ils se trouvent, dans tous les pays,
Combattez-les où que vous vous trouviez, quand vous en rencontrez, tuez les.
Où que vous soyez, tuez ces Juifs, et ces Américains qui sont comme eux, et ceux qui se tiennent à leurs côtés. Ils sont tous dans le même camp contre les Arabes et les musulmans.
(Sermon du Dr. Ahmed YoussoufAbou Halabiya, Membre du Conseil palestinien de la Sharia [loi islamique] et recteur des Etudes supérieures de l’Université islamique, retransmis en direct sur les écrans de la télévision Palestinienne, 13 Octobre 2000).
Le prophète Mahomet (que les Juifs ont essayé d’assassiner, plus d’une fois, par le poison ou par sorcellerie, en le lapidant ou en l’assassinant politiquement), nous a mis en garde contre les Juifs, contre la vilenie des Juifs, contre la duplicité des Juifs.
Et lui (le prophète) Il les a combattus, Il les a expulsés d’Arabie, disant :
Il n’y aura pas deux religions en Arabie”.
Il a exposé le caractère des Juifs dans le Coran et dans les Hadiths (les paroles du Prophète). Ainsi, méfions-nous d’eux à chaque instant et en tous temps, pour que nous sachions comment nous comporter avec les Juifs.
Dites aux Juifs : “La tombe vous attend !” “L’ultime bataille vous attend.”
(Sermon du Dr. Mahmoud Moustafa Najem, retransmis en direct sur les écrans de la télévision officielle de l’Autorité Palestinienne, le vendredi 8 février 2002)
B. Extraits des media israéliens
B/1 : Article du journal électronique d’information en français d’Aroutz 7 (chaîne israélienne ultra-nationaliste), qui rend compte du rapport d’Amnesty International qualifiant les attentats contre des civils israéliens de “crimes contre l’humanité”.
L’organisation Amnesty International, qui avait déjà exprimé à plusieurs reprises sa réprobation à l’égard des attaques commises contre des civils israéliens et ses critiques envers l’Autorité palestinienne, a rendu public hier un rapport beaucoup plus exhaustif et systématique. Dans ce document intitulé “Israël, les territoires occupés et l’Autorité palestinienne”, Amnesty “appelle les dirigeants de tous les groupes armés palestiniens à cesser immédiatement et sans condition, les attaques contre des civils”.
Amnesty se félicite aussi de l’attitude d’un nombre croissant d’intellectuels palestiniens qui condamnent ces attaques. Malgré les critiques du terrorisme émises précédemment, ce rapport marque un véritable tournant dans l’attitude d’Amnesty International qui condamnait toujours sévèrement les actions d’Israël dans les territoires et fermait en partie les yeux sur les attaques des Palestiniens. “Quel que soit l’objectif de leur combat, il ne justifie pas, aux yeux du droit international, des attaques visant directement des civils”, souligne ce rapport. “Nous appelons l’Autorité palestinienne à arrêter et à juger les auteurs de tels actes.” Amnesty précise encore que 350 civils israéliens ont été tués dans des attentats depuis le début de l’Intifada, parmi lesquels 60 enfants dont le plus jeune était âge de cinq mois. Le rapport n’établit aucune distinction entre les civils tués à l’intérieur de la Ligne verte et ceux assassinés en Judée-Samarie et dans la bande de Gaza, contrairement à certains Palestiniens, comme Marwan Bargouti, qui revendiquent le droit d’attaquer tous les Israéliens dans “les territoires occupés”. “Les attaques lancées contre des civils par les groupes armés palestiniens sont fréquentes et systématiques. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une politique visant explicitement à attaquer des civils (…) C’est pourquoi, elles constituent des crimes contre l’humanité au regard du droit international”, souligne le rapport d’Amnesty. Il précise encore que, dans un conflit, il est interdit aux groupes armés, quel que soit leur camp, de prendre pour cibles “des personnes n’appartenant pas aux forces armées.”
Le rapport indique aussi que l’Etat hébreu a le devoir de protéger ses citoyens de ces attaques et appelle l’Autorité palestinienne et Israël à prendre les mesures nécessaires pour prévenir ces attentats, capturer leurs auteurs et les juger. Amnesty précise cependant que ces actions doivent être menées dans le respect des droits de l’homme et du droit humanitaire international.
(Aroutz 7, édition du mardi 9 juillet 2002)
B/2 : Un article de Tsahal sur L’Université Al-Najah de Naplouse “usine à terroristes” publié sur le site internet en français du Bureau du Porte-parole de Tsahal, (Armée israélienne, section information), 17 août2002.
L’Université Al-Najah de Naplouse n’est pas une institution académique typique. La plupart de ses étudiants soutiennent les organisations terroristes palestiniennes et prônent la lutte armée contre Israël, y compris les attentats suicide.
Le tableau suivant montre les résultats des dernières élections au Conseil étudiant, tenues en 2001:
Le triomphe du ‘Hamas et du Jihad Islamique dans ces élections est la preuve de leur poids politique dans l’Université Al-Najah. Les deux partis ont connu une hausse de 14 % par rapport aux précédentes élections de 2000. Cette hausse reflète la prépondérance des mouvements islamistes extrémistes dans la population palestinienne. Avantagé par ses résultats au sein du Conseil étudiant, le ‘Hamas utilise le campus universitaire comme base de recrutement et d’endoctrinement.


IMGIMGParti Nombre de sièges au Nombre de ...IMGIMF
Parti Nombre de sièges au Nombre de sièges au Affiliation au Conseil étudiant Secrétariat étudiant terrorisme Le “Parti de la 48 8 ‘Hamas et Jihad Palestine musulmane” islamique: ‘Hamas : reconnu organisation terroriste par Israël, les Etats-Unis et l’Union Européenne Le “Parti des Martyrs” 28 3 Fatah: son bras militaire a été reconnu organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne Le “PartiAl Quds” 2 Le FPLP-Ahmed Sadat: reconnu comme organisation terroriste par Israël, les Etats-Unis et l’Union Européenne

Les opérations du ‘Hamas à Al-Najah sont caractérisées par :
  • Encourager les attaques suicide contre Israël :
  • Le ‘Hamas effectue une campagne de propagande systématique destinée à inculquer aux étudiants les valeurs du Jihad (Guerre sainte menée contre les infidèles). Le but de cette opération est de diffuser le message du Jihad au sein de la population palestinienne par le biais des étudiants. Les attaques armées et les attaques suicides (forme d’expression la plus importante du Jihad) y sont revendiquées. Le 13 novembre 2001, Abdallah Shalah, le dirigeant du Jihad islamique s’est adressé aux étudiants par téléphone : “Jeunes de Palestine, des élections du Conseil étudiant résulte un vote en faveur de l’Intifada, un vote en faveur du Jihad et de ses attaques, un vote en faveur du sang et des martyrs… un vote en faveur des héros des bataillons d’Iz-Aladin Al-Quassam et des troupes de Jérusalem. Ceci est un choix juste, le véritable référendum… Une épreuve que les étudiants ont réussi haut la main. Ils ont ainsi prouvé leur foi et la profondeur de leur relation à l’Islam, à la Palestine et au Jihad.”
  • Encourager le meurtre de citoyens israéliens :
  • L’Université Al-Najah permet aux organisations terroristes palestiniennes de promouvoir leur soutien au conflit armé. Ces organisations terroristes organisent des réunions dans le campus. Lors de ces réunions, relayées par les médias, des activistes armés de différents types d’armes, notamment de missiles anti-tanks, défilent en scandant des slogans en faveur du conflit armé. Divers “ateliers” expliquent aux étudiants comment assassiner des Israéliens et tuer des passagers d’autobus israéliens. En 2001, le ‘Hamas a fièrement reproduit sur le campus des scènes d’attaques suicide perpétrées par le mouvement l’année précédente. À l’entrée de l’exposition était représenté le restaurant Sbarro de Jérusalem, scène d’une attaque-suicide en août 2001 par IzAdin al-Masri, un terroriste du ‘Hamas, originaire de Jénine.
  • Recrutement d’activistes pour la branche armée du hamas :
  • L’Université Al Najah sert de lieu de recrutement à plusieurs organisations terroristes, et particulièrement au ‘Hamas. Le Conseil étudiant du ‘Hamas investit des fonds afin de bâtir un système d’aide aux nouveaux étudiants : chaque étudiant reçoit ainsi une lettre donnant des conseils universitaires d’ordre pratique et leur propose une assistance afin d’obtenir une aide financière. Ceci ajouté aux meetings réguliers renforce le lien et l’engagement des étudiants envers le ‘Hamas. La transition vers une activité intense au sein de la branche armée est donc naturelle. Les infrastructures du ‘Hamas à Naplouse et ses environs ont été bâties et développées à l’Université Al Najah. De nombreux responsables du ‘Hamas à Naplouse, y compris des membres actifs de la Branche armée, IzAdin Al Qassam, ont débuté leur activisme comme étudiant ou professeur à l’Université. Les infrastructures terroristes du ‘Hamas qui se sont développées à Al Najah sont derrière les attaques suicide de Jérusalem en juillet et septembre 1997.
Selon les données du ‘Hamas (16 juin 2002) plus de 70 étudiants d’Al Najah ont été arrêtés par Israël ces deux dernières années, suspectés d’implication dans des activités terroristes.
- envoi de terroristes kamikazes afin de perpétrer des attaques suicides en Israël :
Le mouvement du ‘Hamas a souvent et fièrement nommé l’Université Al Najah “une usine à martyrs”. Ceci est avéré par de nombreux faits : l’Université Al Najahest le berceau de plus de terroristes kamikazes que n’importe quelle autre institution académique palestinienne.
Le Conseil des étudiants du Fatah a fait une proclamation spéciale en juillet 2002 appelant les Juifs “cochons” et “satans”, et déclarant que le ‘Hamas continuerait de perpétrer des attaques suicides contre des civils israéliens.
Le Fatah et le Front Populaire de Libération de la Palestine organisaient également des activités similaires à l’UniversitéAl Najah, bien qu’à une échelle plus réduite. Ces organisations terroristes proposaient des manifestations dans le campus. Lors d’une de ces manifestations, des modèles de villages israéliens ont été détruits, en accord avec l’idéologie prônant l’assassinat de chaque Israélien visitant ou vivant en Judée-Samarie.
Les professeurs d’Al Najah partagent un sentiment anti-israélien commun. Vers la mi-2002,75 professeurs d’Al Najah et des membres du personnel ont envoyé une lettre ouverte aux stations detélévisions arabes diffusant par satellite, appelant à un boycott de tous les Israéliens et leur demandant de ne pas donner à ceux-ci une tribune d’expression.
Voici des extraits de la lettre :
“Nous, professeurs et étudiants dénonçons et nous opposons aux actions des stations de télévision diffusant par satellite, en particulier Al Jazeera, Abu Dhabi et MBC qui invitent régulièrement des personnalités israéliennes. Nous craignons que ces stations deviennent des podiums exploités par les sionistes… Nous appelons à une action rapide visant à mettre un terme à ce phénomène, qui cause des dommages aux Palestiniens”.
Parmi les signataires figure le Dr. Abed Alsatar Kassam, professeur ayant déclaré son intention de concourir contreArafat aux élections pour la présidence de l’Autorité palestinienne. Kassam supporte ouvertement la lutte armée contre Israël, et a déclaré que le but ultime était l’établissement d’un Etat palestinien sur le territoire de l’Etat d’Israël.
Réaction de l’Université Al Najah, figurant sur le site de Tsahal :
“Chers Messieurs de Tsahal, “Nous avons été très surpris de voir l’article publié sur votre site le 17 août 2002 au sujet de l’Université Al Najah de Naplouse. Al Najah est très mal décrite sur votre site; l’Université Al Najah est une institution académique célèbre. Sa réputation s’étend au monde entier. L’Université Al Najah croit en la construction de la paix, en la démocratie, la tolérance, la coexistence et l’amour universel. Nous tenons à vous faire savoir que depuis son établissement en 1918, Al Najah a éduqué des dizaines de milliers d’étudiants. Ses diplômés occupent des positions importantes dans le monde. Je voudrais également ajouter que l’UniversitéAl Najah a reçu de nombreux prix internationaux dans le domaine scientifique.
Nous insistons sur le fait que notre université a été mal représentée et nous vous invitons à surfer sur notre site wwww. najah. eduafin d’en savoir plus sur notre université.
Ce que vous avez mis sur votre site n’est pas conforme à la vraie image de l’Université Al Najah.
Nous pensons que la perte de vies innocentes d’Israéliens ou de Palestiniens doit cesser, et appelons les deux parties à mettre fin à cette effusion de sang. Nous espérons que ce message sera publié sur votre site.”
Administration de l’Université Al Najah Naplouse – Palestine B/3 : Mon terroriste, (Hame’habelchèli; My Terrorist)
Description du film documentaire Mon terroriste, (58 minutes), écrit, réalisé et produit par Youlie Cohen Gerstel, sélectionné et présenté au Festival du Cinéma de Jérusalem (juillet 2002).
“C’est l’histoire d’une jeune fille de bonne famille, du quartier chic de Tsahala, d’un patriotisme sans faille, qui dans les années 70, rêvait d’être officier dans l’armée d’Israël. Hôtesse de l’air, elle est blessée dans un attentat terroriste (pigoua ‘hablani) dirigé par le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) contre un équipage d’El Al à Londres, en 1978. Devenue mère de famille, elle tremble aujourd’hui pour ses filles lorsque celles ci veulent se rendre dans une galerie marchande, craignant comme chaque mère en Israël qu’elles ne rencontrent un ‘homme bombe’(me’habel mit’abed) palestinien. Aujourd’hui, à ses yeux, le patriotisme israélien consiste à trouver une conciliation avec le terroriste (me’habel) qui a tiré sur elle il y a 22 ans et qui se trouve toujours dans une prison anglaise. Youlie, la femme du film et son auteur, considère l’histoire de l’État d’Israël depuis son enfance, dans les années 60, son service comme officier dans l’armée de l’air depuis la fin des années, jusqu’au début de la Guerre du Liban. Dans une réalité de violence et de haine, à l’heure où le monde entier est confronté au terrorisme (terror), avec colère et angoisse, elle rencontre une mère qui a perdu sa fille dans l’explosion d’une voiture piégée à Afoula. La douleur et la peur que rencontreYoulie en tant que mère de deux adolescentes dans la réalité violente d’aujourd’hui, réussissent à ébranler ses certitudes d’autrefois.
Sera-t-elle en mesure d’écrire la lettre appuyant la demande de libération anticipée de ‘son’terroriste ?”
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ABDEL-MALEK A.(1975) La Pensée politique arabe contemporaine, LeSeuil, coll. Politique, 2ème édition.
·  CHERKI E., “Les conceptions politiques de l’Islam”, édition française du Jerusalem Post, 4 au 10 juillet2001, p. 10. Conflit israélo-palestinien. Les médias français sont-ils objectifs ? (juin 2002), Observatoire du monde juif, Dossiers et documents. Cf. notamment : Leuchner C., “Etat des lieux au 31 mai 2002, Qu’avons-nous appris des médias ?”, pp. 8-50. (pp. 32-36) et Ktourza V. “Le conflit de Proche-Orient vu par les média pour enfants et adolescents”, 93-141.
·  DRAY J. et SIEFFERT D. (2002) La guerre israélienne de l’information; désinformation et fausses symétries dans le conflit israélo-palestinien, éd. La découverte sur le vif, Paris.
·  KOREN R. “A propos de quelques dénominations “perverses” ou quand le terrorisme est “paré” de “toutes les séductions de la geste héroïque” in Etudes sur l’Art et la Littérature, Université de Jérusalem, Tome 20,1993, pp. 67-76.
·  KOREN R. (1996) Les enjeux éthiques de l’écriture de presse, la mise en mots du terrorisme, L’Harmattan.
·  LEWIS B. (1985) “Palestine, histoire et géographie d’un nom” in Le retour de l’Islam, Gallimard, pp. 145-166.
·  MARRET J.-L. (2000) Techniques du terrorisme, Méthodes et pratiques du “métier terroriste”, coll. Défense et défis nouveaux, P.U.F. Mots, les langages du politique, n° 50, mars 1997, n° spécial consacré à “Israël-Palestine. Mots d’accord etde désaccord”.
·  NEHER-BERNHEIM R. (2001) La vie juive en Terre sainte, 1517-1918, Calmann-Lévy.
·  NEHER-BERNHEIM R. (2002) Histoire juive de la Révolution à l’Etat d’Israël, Faits et documents, Seuil, Points Histoire.
·  PANNEQUIN R. “Résistance et Terrorisme”, in n° spécial de Raison présente, (1987), n° 81, pp. 29-32.
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·  ROGEL N. (1998) Tadrikh Nakdi, Tadrikh ‘Hadachot veaktoualia, (“code Nakdi”, code éthique à l’attention des journalistes d’actualité), éd. Rechout Hachidour, (Office de Radiodiffusion et Télévision Israélienne), Jérusalem.
·  ROSENTHAL R. (1998) “Messa’hakim be-Elokim” (Jouer au démiurge), Maariv du 22/5/98, Supplémentculturel, “L’arène linguistique”.
·  SEGAL ‘H. (1998) Mouna’hon, Milon Aroutz Shèva le ïvrit mechoudéreth (Lexique, Dictionnaire d’hébreu radiodiffusé de Aroutz 7, Canal 7), publié par le service de l’Information de Arouts 7; Version électronique sur le site internet de la chaîne (en hébreu): http :// www. a7. org/ hebrew/ newspaper/ ondisplay/ ref/ munachon. htm.
 
NOTES
 
[1]Cf. la remarque d’Antoine Jacob dans Le Monde du 26/6/2002, p. 22 : “Les médias occidentaux accusés de partialité au Proche-Orient par les partisans des deux camps”: “De nombreux reproches adressés aux médias portent sur les mots qu’ils emploient. “Colon” ou “habitant d’une implantation”, “kamikaze” ou “terroriste”, “Cisjordanie” ou “Judée-Samarie”? Le choix des termes n’est pas neutre, toutes les rédactions en sont conscientes. Mais “parler de ‘dérive’des mots laisse entendre qu’il existe un sens juste et unique qui correspondrait à une norme, ce qui n’est pas le cas, note la linguiste Marie-Anne Paveau. Le sens des mots se définit le plus souvent selon le contexte et le locuteur”. Sur la relativité des points de vue et le fait que la “vérité” de l’un est taxé par l’autre d’“idéologie”, lire aussi l’article virtuel de Marc Saghié (Courrierinternational.com, 20 juin 2002): La guerre des mots : “Israéliens comme Palestiniens pensent avoir perdu la guerre médiatique (…) les deux camps essaient d’expliquer les raisons de cet ‘échec’en utilisant curieusement les mêmes mots et les mêmes concepts pour décrire leur propre failliteet la ‘victoire’del’adversaire(…) De l’idée que la presseinternationaleet les correspondants étrangers sontanti-israéliens ou antisémites, repriseen chœur par la majorité des médias israéliens et des médias pro-israéliens dans le monde, à l’affirmation que les médias obéissent au ‘puissant lobby juif’, que répètent inlassablement les médias arabes, les deux camps hurlent leurs prétendues défaites de communication pour galvaniser leurs supporters”.
[2]CatherineLeuchner in “Etatdes lieux au 31mai 2002, Qu’avons-nous appris des médias ?”, pp. 8-50 (notamment pp. 32-36), in Le conflit israélo-palestinien. Les médias français sont-ils objectifs ? (juin 2002). Elle se penche également sur le “champ et le hors-champ visuel” du “donner à voir” sur le Proche-Orient, sélectif ou imposé par les média (“mensonges par omission et par surexposition”). Sur les détournements de sens de la terminologie du terrorisme, lire notamment le n° spécial de Raison présente, (1987), n° 81 (dont l’article de Roger Pannequin sur Résistance etTerrorisme, 29-32), l’étude deRoselyne Koren : “A propos dequelques dénominations “perverses” ou quand le terrorisme est “paré” de “toutes les séductions de la geste héroïque” (Etudes Art et Littérature, Tome 20,1993, pp. 67-76), le n° spécial de Mots, les langages du politique, n° 50, mars 1997, consacré à “Israël-Palestine. Mots d’accord et de désaccord).
[3]Annie Lelièvre, “La dérive humaniste”, Information juive, n° 215, février 2002, p. 12.
[4]Jean-Luc Marret :Techniques du terrorisme, Méthodes et pratiques du “métier terroriste”, P.U.F, 2000. Premiers mots de l’introduction, p.5.
[5]La lutte juive clandestine en Palestine (Ma’htérèt, clandestinité) contre le Mandat britannique etpour l’indépendancejuives’unifia en 1945 etpritle nom deTenouat Hameri(Mouvement de rébellion). Le Meri était composé de la Haganah (Défense, protection), du Le’hi (sigle de Lo’hamey ‘HèroutYisraël, Combattants de la libertéd’Israël) et de l’Etsel(sigle deIrgoun tsevaï leumi, Organisation Militaire Nationale). Leurs principales actions étaient des actes de sabotage (‘habala). Aux yeux des Britanniques, ils étaient tous des ‘terroristes’. Les historiens parlent, selon le point de vue adopté, de ‘résistance’, de mouvements de ‘libération nationale’, de ‘terrorisme’ et de ‘contre-terrorisme’(cf. par exemple RenéeNeher-Bernheim, Histoirejuivede la Révolution à l’Etat d’Israël, 1208-1212).
[6]‘Hagaï Segal, Mouna’hon, (Lexique d’hébreu radiodiffusé de Canal 7), p. 13. Publié par la section “Actualités” de Canal 7, février 1998. Consultable (en hébreu) sur son site internet : wwww. A7.org.
[7]Notons que korbane signifie victime mais aussi sacrifice et sacrifié. C’est le mot employé dans le culte sacrificiel du Temple de Jérusalem. Plus tard on parlera de korbanot hashoa (en yiddish et en hébreu, victimes de la Shoah). En hébreu contemporain, korbane s’emploie dans le vocabulaire criminel (donc “laïcisé”)et l’on parlera, par exemple, de korbanot oness (victimes d’un viol).
[8]Le discours deYasser Arafat est partiellement reproduit par Anouar Abdel-Malek dans La Pensée politique arabe contemporaine, Le Seuil, coll. Politique, 2e édition, 1975, pp. 327-336, citation p. 335.
[9]On peut voir, entendre, et lire en traduction un choix de programmes et d’articles sur le site israélien de Palestinian Media Watch, wwww. pmw. org. il. (l’Observatoire des Médias palestiniens). On lira aussiles dossiers préparés par lemensueldujudaïsme français, L’Arche, notamment celui du n° 515, de janvier 2001, intitulé : “Les Palestiniens éduquent-ils leurs enfants à la paix ?”
[10]Cf. Clés de l’Actualité du 7 mars 2002, cité par Valérie Ktourza : “Le conflit de Proche-Orient vu par les médias pour enfants et adolescents”, 93-141; citation p. 99, in Le conflit israélo-palestinien. Les médias français sont-ils objectifs ? (juin 2002).
[11]Information juive, n° 218, mai 2002, p. 3, “Des bombes humaines : une arme absolue ?”
[12]Cf.la recension de Francis Cornu, dans Le Monde de la Télévision, 22/6/2002, p. 15.
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La lutte juive clandestine en Palestine (Ma’htérèt, clandes...
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‘Hagaï Segal, Mouna’hon, (Lexique d’hébreu radiodiffusé de ...
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Le discours deYasser Arafat est partiellement reproduit par...
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On peut voir, entendre, et lire en traduction un choix de p...
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Cf. Clés de l’Actualité du 7 mars 2002, cité par Valérie Kt...
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Information juive, n° 218, mai 2002, p. 3, “Des bombes huma...
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Cf.la recension de Francis Cornu, dans Le Monde de la Télév...
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