2003
TOPIQUE
Le mythe de Prométhée et les figures paternelles idéalisées
[*]
Robert C. colin
6 rue d’Estrées 35000 Rennes
Quelles fonctions remplissent les figures paternelles idéalisées dans le mythe ?
Le récit légendaire raconte l’histoire d’un héros qui déroba au maître de l’Olympe le feu
divin pour l’offrir aux hommes qui en étaient dépourvus et qui vivaient dans l’ignorance,
le désordre et la confusion. Au geste généreux du premier répondit le terrible châtiment du
second. Le voleur de feu fut enchaîné sur un rocher et condamné par Zeus à d’éternelles
souffrances. À l’acte créateur du premier, source de progrès et de civilisation répond le
châtiment du second dont la cruauté et la démesure ne sont pas sans rappeler la cruauté et
la démesure du surmoi archaïque. «Et pourquoi un tel bienfait culturel devait-il, après tout,
être traité par la légende comme un crime passible de châtiment ?», nous dit Freud en
1932. Le paradoxe du mythe sera l’occasion d’interroger le rôle des figures paternelles
idéalisées dans l’introjection du père symbolique. Parmi les très nombreuses interprétations
que le récit légendaire a reçu, je propose d’en retenir cinq qui concernent directement la
question de la castration.Mots-clés :
Création, Castration, Idéal, Fonction paternelle, Mythe.
What role is played by idealised paternal figures in myths ? The legends
tells of a hero who steals sacred fire from Mount Olympus to give it to man who was forced to live in ignorance, disorder and confusion without it. Prometheus’s generosity was
outweighed by Zeus’s punishment who had him tied to a rock and condemned to eternal
torture. Prometheus’s act was one of creativity, helping society to progress and become
more civilised but was answered by a particularly cruel and excessive punishment that
reminds us of the cruelty and excesses of the archaic superego. ‘Why should such a positive cultural deed be portrayed in the legend as a deed that deserved to be punished ?’
Freud writes in 1932. The paradox of this myth leads us to consider the role of idealised
paternal figures in the introjection of the symbolic father.Among the numerous interpretations that have been given to this myth I shall study five which all revolved around the
question of castration.Keywords :
Creation, Castration, Ideal, Paternal function, Myth.
Le mythe de Prométhée est un mythe d’origine, un mythe fondateur de
la culture grecque. Comme tout mythe d’origine, il est construit, dirait
J.P. Valabrega
[1], sur un paradoxe fondamental, un paradoxe irréductible. Car
il raconte, nous dit-il, l’origine première et la fin ultime, tout en étant causalité
de l’inexplicable, de l’inconnaissable et du mystère.
Le mythe de Prométhée a inspiré poètes et écrivains. Il a sans aucun doute
servi et sert encore aujourd’hui, à un moindre degré, de pôle identificatoire
dans l’introjection de figures paternelles. Ce récit légendaire raconte l’histoire
d’un héros qui déroba au maître de l’Olympe le feu divin pour l’offrir aux
hommes qui en étaient dépourvus et qui vivaient dans l’ignorance, le désordre
et la confusion. Au geste généreux du premier répondit le terrible châtiment
du second. Le voleur de feu fut enchaîné sur un rocher et condamné par Zeus
à d’éternelles souffrances. Le récit du mythe nous introduit d’emblée sur un
paradoxe qui n’est pas sans éveiller notre curiosité analytique. Ce qui me paraît
intéressant dans ce mythe, au-delà de la culture grecque dans laquelle il
s’affirme, c’est qu’il soulève une question fondamentale qui concerne la
castration. La magie de ce discours originaire est qu’il met en scène sous la
forme d’un drame très vivant l’étroite proximité, évidemment toujours actuelle,
qui existe entre la création et l’inhibition, mais également entre la toute
puissance des désirs infantiles et la castration constitutive d’une maturité
accomplie. La question qui se pose alors est de savoir quelle fonction remplit
l’idéal dans l’inflexion de ce destin.
Je me souviens avoir lu un jour une phrase du séminaire de Lacan dans un
chapitre qui traitait du père du petit Hans et qui m’avait inspiré cette réflexion.
Cette phrase déplorait l’incapacité de ce père à se mettre en colère contre son
fils qui faisait irruption la nuit dans la chambre de ses parents. Cette phrase, la
voici :
Malheureusement, le père [de Hans] n’est jamais là pour faire le dieu
Tonnerre
[2]. Je partage ce point de vue. Le père doit en effet trouver une ressource
en lui suffisamment puissante pour réussir à contraindre son enfant
[3]. Faut-il pour
autant adjoindre une dose de père idéalisé, en la personne du dieu Tonnerre, pour
que s’accomplisse chez le père réel la fonction symbolique de dire « non » ?
L’étude que je vous propose cherchera à répondre à cette question.
Je vous invite à une courte promenade dans le récit du mythe de Prométhée.
Parmi les très nombreuses interprétations
[4] qu’il a reçu, j’en retiendrai cinq qui
me semblent assez bien illustrer notre propos d’aujourd’hui s’agissant de la
place des figures idéalisées dans l’exercice de la fonction paternelle. Les deux
premières interprétations appartiennent à la préhistoire de la psychanalyse.
Elles ont été conçues au VIII
e et au V
e siècle avant notre ère. Les trois suivantes
sont l’œuvre partielle ou totale de la pensée psychanalytique.
1 – Le première interprétation résout artificiellement le paradoxe. Elle est
représentée par la version d’Hésiode qui veut que le bienfait culturel soit
passible de châtiment pour la simple et bonne raison que la naissance de
l’humanité est rattachée à une faute originelle.
La race humaine vivait
auparavant sur terre à l’écart et à l’abri des peines, de la dure fatigue, des
maladies douloureuses, qui apportent le trépas aux hommes
[5]. Par la seule
faute du voleur de feu, les hommes connaîtront la souffrance, la maladie et la
mort, matérialisées par l’arrivée de Pandore, la première femme sur terre
[6].
La naissance de l’humanité, son ouverture à la connaissance éclairée du bien
et du mal introduisent les hommes sur un chemin sans retour, où, tel Prométhée,
ils subiront l’incessante torture et l’éternelle prison de la conflictualité
psychique. Voilà une belle métaphore de la castration. La comparaison est
évidente avec le mythe hébraïque du bannissement d’Adam et Ève du Paradis.
Dans ces deux mythes, nous retrouvons des thèmes en commun : une loi qui
interdit et dont le contenu est voilé par une ruse, une transgression qui est agie
et qui donne accès à la connaissance du bien et du mal, une punition finale
qui aboutit à la rude condition des hommes sur terre et enfin une responsabilité
qui est déplacée sur la femme
[7].
Quelle est le rôle des personnages idéalisés dans cette première lecture du
mythe ? Je dirais que leur rôle semble davantage de figurer des représentations
psychiques insuffisamment élaborées, car enveloppées d’une pénombre de
mystère ou de charge libidinale non maîtrisée. La fonction de ces images paternelles grandioses est de figurer de façon caricaturale et amplifiée, ce qui est
encore inconnu ou non maîtrisé par l’homme des origines, un peu à la manière
de l’enfant qui met en scène dans ses cauchemars ou dans ses dessins des
personnages caricaturaux et démesurés. Dans cette perspective, Zeus, le dieu
Tonnerre
qui gronde dans les nuages, est une figure de père tout autant idéalisée
que symbolique. Il y aurait une coalescence bénéfique entre ces deux figures
du père, à ce stade précoce du développement des hommes
[8]. Le mythe serait
un culte de la loi, celle que
le père des hommes et des dieux, tout à la fois
incarne et impose. Le mythe serait déjà un début d’élaboration d’une violence
primordiale bénéfique
[9].
Cette première réponse représentée ici par la version d’Hésiode confirme
le propos de J.P. Valabrega, s’agissant de définir le mythe d’origine comme la
tentative d’expliquer l’inexplicable. En effet, le mythe de Prométhée, au même
titre que le mythe d’Adam et Ève, invente une faute originelle pour donner
sens au mystère de la condition humaine, à l’inexplicable de l’origine etde la
finitude de l’homme
[10]. Voilà une définition du mythe qui rejoint également
celle donnée par Sophie de Mijolla-Mellor, qui dans un livre récent,
Le Besoin
de savoir, conçoit le mythe d’origine comme une construction magico-sexuelle
dont l’ambition serait d’expliquer l’énigme de la sexualité des parents. Dans
cette perspective, le conflit de ruses qui oppose Prométhée et Zeus sous les
yeux attentifs des hommes serait à lire comme une vaste scène primitive ouverte
au regard et à la compréhension débutante de l’enfant. Karl Abraham et Freud
ont eux aussi avancé une théorie du mythe qui mettait l’accent sur le procédé
de figuration propre au récit mythologique dont l’ambition est de représenter
un inconnaissable. Le premier considère que le mythe est exactement construit
comme un rêve, avec ses procédés de figuration, de déplacement, de condensation, sans oublier l’élaboration secondaire. L’inconnaissable serait ici
l’inconscient
[11]. Le second avance une théorie du mythe tout à fait novatrice.
Pour lui le mythe est une tentative chez l’homme primitif de représenter et de
comprendre le monde extérieur à partir de la représentation et de la compréhension qu’ilse donne de son propre corps
[12].
2 – La deuxième interprétation promeut la solution sacrificielle. Elle est
représentée par le
Prométhée enchaîné d’Eschyle. L’action de l’ensemble de la
pièce est centrée sur le châtiment. La tragédie, issue de la trilogie des
Prométhéides, vante les qualités d’endurance de Prométhée dont la principale visée
est de permettre à Zeus une prise de conscience de sa propre tyrannie destructrice. Dans cette apologie du sacrifice, Eschyle nous peint un Prométhée doublement héroïque. C’est le héros de l’humanité puisqu’il la sauve de l’errance
et de l’ignorance en lui apportant le feu. C’est aussi le héros des dieux auxquels
il enseigne la tempérance et la mesure dans le maniement du pouvoir. La version
éschylienne magnifie le culte du dépassement de soi tout en sacralisant le culte
du sacrifice de soi. Elle semble juxtaposer à la figure symbolique d’un Prométhée
guidé par
la loi de son désir
[13] celle imaginaire d’un Prométhée assujetti à la
toute puissance de l’autre. Face à la barbarie d’un tyran tout puissant, la solution
masochiste originelle que conseille le tragédien est en fait de courber l’échine,
d’endurer la souffrance, d’accepter le sacrifice, de tenir bon mais de ne céder
ni à la tentation mélancolique, ni à celle d’un assujettissement sans borne. Un
jour viendra où le tyran de lui-même renoncera à l’abus de pouvoir.
Quelle est la fonction des figures idéalisées dans cette version sacrificielle
du mythe ? Il me semble qu’elles jouent un rôle économique dans le traitement
de la violence. En effet, Prométhée atténue et tempère la destructivité latente
amorcée par Zeus. La solution proposée est celle d’un masochisme originel
dont la vertu est de développer la capacité à tolérer un certain degré de pulsion
de mort désintriquée.
Il est intéressant ici de s’accorder une courte pause historique. Cette version
sacrificielle fut refoulée pendant plusieurs siècles. L’interprétation qu’elle
contient a particulièrement dérangé les hommes d’Église. Il est vrai que le
supplicié du Caucase ressemble trop au crucifié
[14]. Jusqu’au XVIII
e siècle, la
lecture des classiques se passait d’Eschyle, alors que les tragédies de Sophocle
ou d’Euripide étaient appréciées
[15]. Nous devons l’exhumation du
Prométhée
enchaîné à Diderot. Cette tendance à christianiser Prométhée est réapparue à
la fin du XIX
e siècle sous la plume de nombreux écrivains
[16]. Le culte du sacrifice
a aussi été battu en brèche. En 1899, A. Gide publie son
Prométhée mal
enchaîné, et nous en livre une version critique et satirique
[17].
3 – Le troisième groupe d’interprétations solutionne de façon expéditive le
paradoxe du mythe par le déni pur et simple du châtiment. Nombreux écrivains
et philosophes dès le début du XIX
e siècle retiennent cette lecture du mythe,
glorifiant le culte de l’action, du dépassement de soi et de l’accomplissement
de soi tout en laissant dans l’ombre le châtiment. Dans son
Prométhée, œuvre
de jeunesse, Goethe loue la détermination inébranlable, la force d’âme et la puissance d’action de celui qu’il assimile à un fils qui se doit de crier victoire sur
un père bassement tyrannique. Nietzsche voit lui aussi en Prométhée la figure
d’un artiste créateur.
Ce besoin titanesque de devenir en quelque sorte l’Atlas
de tous les autres hommes et de les soulever de plus en plus haut sur ses larges
épaules, de les porter de plus en plus loin, c’est le trait commun au prométhéisme et au dionysisme. Porté par cet élan littéraire et philosophique et nourri
de la découverte récente de l’inconscient, K.Abraham est le premier psychanalyste à proposer une interprétation dans ce sens héroïque. Il assimile la
puissance d’action de Prométhée à celle d’un Moïse et d’un Héraclès. Le mythe
serait pour lui
l’apothéose de la puissance génératrice de l’homme
[18]. Freud
retient lui aussi l’idée d’un Prométhée héros culturel. D’autres auteurs ont
soutenus ultérieurement ce point de vue. Bachelard considère que tout homme
doit, tel Prométhée, désobéir et dépasser ses pères et ses maîtres
[19]. J. Laplanche
voit dans ce mythe l’expression de
la sublimation réussie de la libido
[20].
Cette lecture édifiante du mythe qui ne voit que le culte du dépassement de
soi, et qui passe sous silence la cruauté du châtiment, contient, en fait, en toile
de fond, une très sévère remise en question de l’autorité paternelle. Elle préfigure
la lente agonie que le XIXe siècle réservera aux dieux. Shelley, contemporain
anglais de Goethe, donne dans son Prométhée délivré une version d’une extrême
violence à l’égard du père. Le rôle des figures paternelles idéalisées mises en
scène dans le mythe est ici de remettre en question le culte du père, de malmener
les personnages d’autorité dont la mission est de contraindre et d’incarner la
loi au profit d’un nouveau culte, celui du créateur, héros de génie sans entrave,
et que rien n’arrête.
4 – Le quatrième groupe d’interprétations est représentée par la très
intéressante interprétation que nous propose Freud en 1932. Face à la barbarie
d’un tyran tout puissant qu’il assimile d’ailleurs aux pulsions du ça, Freud
conçoit lui aussi un Prométhée, héros de grande envergure, capable, non pas
de créer une œuvre culturelle novatrice, mais surtout de contraindre les hommes
à renoncer aux satisfactions pulsionnelles. Freud opère une synthèse entre
les précédentes interprétations. Il conserve le culte du père qui contraint,
intègre celui du grand homme et va bientôt adjoindre celui du sacrifice.
En effet, Freud ne passe pas sous silence la question du châtiment. Il en donne
deux explications. La première concerne le supplice de l’aigle. Pour Freud,
le supplice est, par le jeu de retournements, une joyeuse consolation
[21]. Mais
Freud va plus loin, il ajoute une deuxième explication. L’enchaînement de
Prométhée sur le rocher représente
le ressentiment et l’hostilité de l’humanité à l’égard de celui qui exige le renoncement pulsionnel. Nous retrouvons
là un thème qui nous était familier vingt ans auparavant avec
Totem et tabou
et qui sera repris et développé dès 1933 jusqu’en 1938 dans
L’Homme Moïse
et la religion monothéiste. Le progrès de la civilisation n’advient qu’après
l’accomplissement par les hommes d’un meurtre, celui du père primitif, du
grand homme, du héros ou du guide. L’interprétation freudienne du châtiment et du supplice de Prométhée, par le jeu des renversements, souligne
combien les progrès de la civilisation ne peuvent se réaliser qu’au prix d’une
hostilité à l’égard du héros qui éclaire d’un feu divin l’humanité vers plus
de civilisation.
Je trouve que l’habileté et la justesse de l’interprétation freudienne attribuent
deux fonctions à la figure paternelle idéalisée. La première est que Prométhée participe incontestablement à l’idéalisation de l’action de contraindre.
Exiger le renoncement pulsionnel sur la personne d’autrui serait un acte
héroïque, idéalisé, dénué de scrupule
[22], source d’admiration et qui inviterait
irrésistiblement à l’identification. La figure idéalisée d’un tel Prométhée incarnerait un certain idéal de force intérieure, nécessaire au dépassement de soi.
Elle sera dans le meilleur des cas un pôle identificatoire majeur pour assurer
aux hommes l’édification de leur surmoi culturel. La deuxième fonction est
que ce père idéalisé sera dés-idéalisé, attaqué, et transformé en père mort. Nous
parvenons à cette idée essentielle et totalement novatrice selon laquelle le mythe
met en scène des personnages dont la fonction est de perlaborer la destructivité
inhérente à tout mouvement progrédiant. Prométhée, en tantque figure paternelle idéalisée doit être sacrifiée sur l’autel de la civilisation.
Parmi les analystes qui se sont intéressés au mythe de Prométhée, notons
que seul D. Anzieu partage intégralement le point de vue de Freud
[23].
5 – Le cinquième et dernier groupe d’interprétations est le plus récent et date
des vingt dernières années. Ces interprétations soutiennent que, si châtiment
il y a, c’est qu’une faute cachée a bien été commise, celle d’avoir secrètement
satisfait à la démesure de désirs infantiles. Dans cette lecture, Zeus et Prométhée
sont tous les deux concernés.
Lorsque Zeus inflige une punition avec fermeté, nous découvrons que son
acte d’autorité dissimule en fait la réalisation d’un désir homosexuel sadique
anal dont l’enjeu est de savoir qui va tromper l’autre, à moins qu’il ne s’agisse
d’une joute sadique-urinaire comme le souligne Freud dans laquelle le défi à
relever est d’éteindre d’un jet d’urine la flamme de l’autre. Dans le conflit de
ruses qui l’oppose à Prométhée, Zeus se laisse volontairement berner pour
mieux se venger. Emporté par une réaction de rage, nous dit le poète, il forgera
un mal pour tous les humains
[24]. Cette passion homosexuelle que nos deux
protagonistes se vouent réciproquement réduit considérablement la fonction
d’autorité qui était dévolue au Maître de l’Olympe. Nous remarquerons par
symétrie qu’à l’acte coercitif exercé par Zeus répond le masochisme érogène
de Prométhée.
Le mythe nous en dit plus. Zeus se révèle en effet particulièrement soucieux
de préserver sa propre mégalomanie. Il est résolument décidé à ne jamais
partager son pouvoir. Il ne donnera pas le feu aux hommes. Il ne leur transmettra pas le pouvoir de la foudre qu’il détient. Prométhée se situe dans l’excès
inverse. Il préservera lui aussi sa propre mégalomanie par la satisfaction d’une
libido orale et phallique sans limite. Il nourrit les hommes, qu’il transforme
en l’occurrence en nourrisson passif, en leur imposant généreusement le feu
et la connaissance
[25].
Enfin, le mythe qui est censé nous introduire à la dimension de la castration
en nous invitant à reconnaître le principe de réalité, à renoncer à l’idéalisation
d’une vie sans conflit, à modérer toute forme d’abus de pouvoir, nous apprend
simultanément le contraire. Zeus ne tolère aucun rival. Il éradique le moindre
descendant qui risquerait de le détrôner comme il avait lui-même non seulement
détrôné mais aussi chassé définitivement de l’Olympe son propre père, Chronos.
De même, nous découvrons que Prométhée qui est enchaîné par d’infrangibles
liens à son rocher satisferait secrètement au désir incestueux de s’unir à sa mère
Gaïa, la Terre aux larges flancs
[26].
Le rôle des figures paternelles idéalisées, dans cette lecture psychanalytique moderne du mythe, serait de cacher et de révéler en même temps les
apories de l’exercice d’une fonction paternelle. Zeus et Prométhée sont suffisamment magnifiés dans le mythe pour que leurs actes, de coercition et de
création, fassent illusion. Nos deux personnages accomplissent l’un et l’autre
une fonction paternelle de façon héroïque. Simultanément, ils nous dévoilent
les fantasmes infantiles qui nourrissent leurs secrètes intentions. La fonction
de l’idéal est donc ici de nous révéler le succès et l’écueil de l’accomplissement
de la fonction paternelle.
Les psychanalystes qui se sont récemment penchés sur le matériel
analytique qu’offrait le récit du mythe ont donné des interprétations tant narcissiques qu’œdipiennes. F. Pasche pense que toute la Théogonie est dominée
le
contre-Œdipe négatif
[27]. L’impasse dans laquelle s’épanouit le
moi idéal
mégalomaniaque de Prométhée ne sera surmontée, d’après lui, que lorsque,
celui qui incarne la fonction de père, réussira à tolérer une
auto-castration
symbolique
[28]. Tout en reconnaissant la relation sadique-anale réciproque,
A. Potamianou, considère davantage que Prométhée voue un sentiment d’amour
narcissique envers Zeus
[29]. Elle ne retient pas l’interprétation œdipienne.
Prométhée ressemblerait, d’après elle, aux patients qui sont dans l’incapacité
de tolérer la moindre séparation avec leur mère parce qu’ils vivent cette
séparation, non pas comme une perte d’objet, mais comme une perte de maîtrise
d’eux-mêmes
[30]. C. Lechevalier va plus loin dans son interprétation relative à
l’attachement maternel, en avançant que la tragédie reflète le monde archaïque
et confus de la mère originelle,
monde fusionnel dans lequel les corps sont
encore indifférenciés
[31].
Cette étude nous montre combien ce récit mythique des origines se prête à
des interprétations diamétralement opposées. Tantôt elles glorifient le culte du
père et de la loi, tantôt c’est tout le contraire, la figure du père ou de l’autorité
est malmenée au profit d’un moi créateur hypertrophié. Tantôt il s’agit du culte
du dépassementde soi, tantôt celui du sacrifice de soi.
Il est intéressant de remarquer l’évolution des interprétations analytiques
du mythe de Prométhée au fil de l’histoire. La première série d’interprétations
datent des années 1910 et exalte l’apothéose d’une libido accomplie. Le deuxième
temps est celui des années 1930 dans une Vienne meurtrie par la montée d’une
contre-culture et correspond à l’interprétation qui fonde l’enracinement du
bienfait culturel à partir du renoncement pulsionnel. La troisième série d’interprétations date des années 1980 et met l’accent sur la toute puissance mégalomaniaque d’un Prométhée-enfant qui serait confusément resté attaché à une
mère fusionnelle.
Notons qu’en toile de fond à ces interprétations, se situe une autre réflexion
analytique très actuelle portant sur le déclin de l’imago paternelle idéalisée.
Ce déclin, déjà annoncé par J. Lacan en 1938
[32], est ré-examiné aujourd’hui par
Jean-Claude Stoloff à travers le prisme de la place nouvelle qu’occupe la religion
de nos jours
[33] et par Guy Roger à travers l’évolution de la juridiction en matière
de parentalité
[34]. Là encore le mythe de Prométhée a lui aussi son mot à dire
puisque dans sa plus ancienne version grecque, le poème se termine par un
court récit sur le mythe des races dans lequel Hésiode nous informe que Zeus
anéantira bientôt la race des hommes car l’ordre de succession des générations
et la loi du père semblent de moins en moins respectées
[35].
Au terme de cette étude, nous parvenons à formuler l’idée selon laquelle les
figures idéalisées et paternelles du mythe remplissent tour à tour plusieurs
fonctions : elles servent tout d’abord de support à la figuration d’éprouvés insuffisamment connus ou maîtrisés; elles sont ensuite l’objet de vénération,
d’admiration nécessaires à l’accomplissement de l’identification héroïque; puis
elles rendent possible la solution du conflit de violence inhérent à tout processus
identificatoire progrédiant; enfin, elles nous révèlent l’obstacle défensif et
fantasmatique à l’accomplissement de la fonction symbolique.
[*]
Conférence lue le 14 septembre 2002 à Rennes, lors d’une après-midi de travail consacrée
au thème « Père et idéaux » et qui réunissait Jean-Claude Stoloff, Guy Roget et René Péran.
[1]
J.P.Valabrega,
Les Mythes, conteurs de l’Inconscient, Paris, Payot, 2001.
[2]
J. Lacan [1956-1957], Livre IV,
La Relation d’objet, texte établi par J.-A. Miller, Paris,
Seuil, p. 263.
[3]
Nous connaissons bien une autre histoire de père qui réprimande. C’est l’histoire d’un jeune
garçon un peu plus âgé que ne l’était le petit Hans qui s’introduit lui aussi dans la chambre de
ses parents et qui, sans aucun scrupule, se met à uriner dans le pot de chambre. Son père, Jacob,
le réprimande et dit notamment au jeune Sigismond :
On ne fera rien de ce garçon. Freud S.
[1900],
L’Interprétation des rêves. P.U.F., 1967, p. 191.
[4]
Je crois judicieux d’abandonner dès maintenant l’étude des interprétations mythologiques
s’agissant de l’origine culturelle du mythe, origine indienne, védique (Reinach S. [1907], « Aetos
Prometheus », in
Cultes, mythes et religions, Ed. Robert Laffont, 1996, pp. 468-484 et Sechan
L., [1951],
Le Mythe de Prométhée, Paris, P.U.F., 2
e éd., 1985, p. 11), origine indo-européenne
et grecque (Vernant J.P. et Bonnafé A., [1981], « Essai et préface », in
Hésiode.
Théogonie, La
naissance des dieux, traduit par A. Bonnafé, Paris, éd. Rivages poche, 1993, pp. 7-50), origine
mésopotamienne (Duchemin J.,
Prométhée, Paris, Les Belles Lettres, 1974, pp. 33-46) ou
s’agissant de la « raison » du mythe (Vernant J.P., « Raisons du mythe » et « Le Mythe prométhéen chez Hésiode » in
Mythe et société en Grèce ancienne, Paris, éd. La Découverte, 1974,
pp. 177-250), en tant que mémoire d’un rituel religieux sur le feu (Séchan L., 1951,
Le mythe de
Prométhée, P.U.F., 2
e éd., 1985, p. 2) ou en tant qu’explication historique de la conquête du feu
(Frazer J.G., [1930], Mythes sur l’origine du feu, traduit de l’anglais par G.M.M. Drucker, Petite
Bibliothèque Payot, éd. 1991, pp. 216 et 244). Quant aux versions littéraires du mythe, voir
Trousson E.,
Le mythe de Prométhée et la littérature européenne, Genève,2 tomes.
[5]
Hésiode,
Les Travaux et les jours, Ed. Les Belles Lettres, Paris, 1928, texte traduit et
introduit par P. Mazon, 14
e tirage, 1993, vers 80 à 100 p. 89.
« Mais la femme, enlevant de ses
mains le large couvercle de la jarre, les dispersa par le monde et prépara aux hommes de tristes
soucis. Seul, l’Espoir restait là, à l’intérieur de son infrangible prison, sans passer les lèvres de
la jarre, et ne s’envola pas au dehors, car Pandore déjà avait replacé le couvercle, par le vouloir
de Zeus, assembleur de nuées, qui porte l’égide ».
[6]
Hésiode,
Théogonie, La naissance des dieux, traduit par A. Bonnafé, Ed. Rivages poche,
vers 570 à 591, p. 111-113.
« Zeus forgea un mal pour les humains. Prenant de la terre, le très
illustre Boiteux modela la semblance d’une vierge respectée (...). La déesse aux yeux clairs,
Athènè, la ceignit, la para d’un vêtement éblouissant de blancheur, (...) de la tête aux pieds
l’enveloppa d’un voile savamment brodé, une merveille pour les yeux, (...) déposa une couronne
de fleurs des prés sur sa tête, (...) puis un diadème d’or (...) forgé en mille ciselures savantes (...)
L’émerveillement tenait cois dieux immortels et mortels humains à la vue de la profondeur de
la ruse : contre elle les humains ne peuvent rien. C’est de celle-là que provient la race des
femmes, (...) grand fléau pour les mortels ».
[7]
Si dans la Genèse, la première femme incarne la tentation de céder aux pulsions, avec
Hésiode, elle symbolise la naissance à la conflictualité. Elle est à la fois celle qui inspire l’émerveillement, celle qui tient cois dieux et mortels, celle qui, en noble épouse, est faite et
bien faite
pour le cœur. Elle est en même temps
le grand fléau pour les mortels, celle qui, insatiable – car il
lui en faut Plus qu’Assez – est œuvre de souci, œuvre de douleur. Elle représente le conflit incessant par opposition à la paix éternelle. Elle est Dolos, Tromperie. Elle symbolise Eris, la Lutte,
contre laquelle l’homme ne peut rien d’autre qu’espérer.
Elle balance sans trêve le mal et le bien.
[8]
J.C. Stoloff soutient à juste titre que le progrès de la civilisation repose en partie sur la
disjonction de ces deux figures paternelles, disjonction que l’avènement du monothéisme à tenter
d’opérer. J.C. Stoloff,« De la difficulté à être père », in
Topique, n° 72, Le Bouscat, L’Esprit du
Temps, 2000, pp. 67-87.
[9]
Soulignons que le récit hésiodique sur Prométhée est introduit par un court poème évoquant
l’existence de deux sortes de violence, de lutte, l’une bénéfique, l’autre cruelle et néfaste.
« Ne
disons plus qu’il n’est qu’une sorte de Lutte : sur cette terre, il en est deux. L’une sera louée de
qui la comprendra, l’autre est à condamner. Leurs deux cœurs sont bien distants. L’une fait
grandir la guerre et les discords funestes, la méchante ! Chez les mortels, nul ne l’aime; mais
c’est contraints, et par le seul vouloir des dieux, que les hommes rendent un culte à cette Lutte
cruelle. L’autre naquit son aînée de la Nuit Ténébreuse, et le Cronide, là-haut assis dans sa
demeure éthérée, l’a mise aux racines du monde et faite bien plus profitable aux hommes. Elle
éveille au travail même l’homme au bras indolent : il sent le besoin de travail le jour où il voit
le riche qui s’empresse à labourer, à planter, à faire prospérer son bien : tout voisin envie le
voisin empressé de faire fortune. Cette lutte-là est bonne aux mortels. Le potier en veut au potier,
le charpentier au charpentier, le pauvre est jaloux du pauvre et le chanteur du chanteur. » Hésiode,
Les Travaux et les jours, vers 11 à 26, pp. 86-87.
[10]
L’origine charnelle des hommes est classiquement attribuée à Prométhée notamment
chez Ésope, Lucien, Ovide, Phèdre et Platon.
[11]
Abraham K., [1909], « Rêve et mythe, contribution à l’étude de la psychologie collective »,
in
Œuvres complètes-I, Payot, 1965, p. 108.
[12]
S. Freud, [1932], « Sur la possession de feu », in
Résultats, idées et problèmes II, P.U.F.,
2
e ed. 1987, p. 191
« L’homme des origines, contraint à comprendre le monde extérieur à l’aide
de ses propres sensations corporelles et des relations corporelles, n’avait pas été sans apercevoir
et sans utiliser les analogies que lui indiquait le comportement du feu ».
[13]
J. Lacan, « Kant avec Sade », in
Les Écrits, Paris, Seuil, 1966.
[14]
Du II
e au V
e siècle de notre ère, les philosophes théologiens, tels Tertullien, Lactance,
saint Augustin ou Fulgence, verront dans Prométhée la figure du faux créateur des hommes.
Ils opposèrent le vrai Prométhée chrétien au faux Prométhée grec.
[15]
En 1730, la traduction intégrale du théâtre grec par le père Brumoy fait encore l’impasse
complète sur Eschyle.
[16]
Avec E. Quinet dans
Prométhée, 1838, Richard Garnett dans
Le crépuscule des dieux,
1888, IwanGilkin dans
Prométhée, 1899 ou Elémir Bourges, dans
La Nef, 1922.
[17]
A. Gide,
Prométhée mal enchaîné, Paris, Gallimard, 1899.
[18]
K. Abraham, 1909, « Rêve et mythe, contribution à l’étude de la psychologie collective »,
in
Œuvres complètes-I, Payot, 1965, p. 108.
[19]
G.Bachelard, 1949,
La psychanalyse du feu, Paris, Gallimard, p.54.
[20]
J.Laplanche,
Problématiques III, La sublimation, Paris, P.U.F.,1980, p. 154.
[21]
En effet, l’aigle qui dévore le foie de Prométhée représente le
pénis se rassasiant de
passion et la régénérescence quotidienne du foie représente
la renaissance quotidienne des
convoitises libidinales. La cruauté du supplice correspond, non pas à la violence sadique d’une
répression pulsionnelle accomplie dans une cruelle démesure, mais plutôt à la vivacité et à la bonne
vitalité de la libido qui ne sera jamais éteinte. Le châtiment subirait un renversement en son
contraire. Il assurerait une consolation à l’homme des origines.
[22]
En revanche, les hommes ordinaires n’accèdent à davantage de culture qu’à certaines
conditions. Plusieurs opérations psychiques doivent se succéder : la première est que l’homme
subisse une répression de la satisfaction de ses pulsions; la seconde est qu’il éprouve un ressentiment à l’égard de celui qui lui impose la répression des pulsions; la troisième est de mettre en
acte, d’extérioriser ce ressentiment en agressant le héros qui exige le renoncement et de ce fait
de mettre à mal le lien libidinal qu’il entretient avec lui; une quatrième opération qui n’est pas
développée ici consistera, sous l’effet d’un sentiment de culpabilité, à édifier l’image de ce héros
culturel en objet interne, c’est-à-dire en surmoi ou en idéal du moi, et de renoncer, aidé en cela
par les effets édifiants de cette identification, à témoigner une passion libidinale dans la réalité.
La figure d’un père mort se substituerait à celle d’un père idéalisé.
[23]
D. Anzieu, [1970], « Freud et la mythologie », in
Psychanalyser, Paris, Dunod, 2000,
pp. 61-63.
[24]
La réponse de Zeus à la première ruse de Prométhée lorsque ce dernier disposa deux lots
de viande, n’est pas la ruse mais la rage et la vengeance :
Depuis lors, bien sûr sa colère sans
cesse en mémoire, il refusait de donner aux frênes la force ardente du feu infatigable pour les
humains mortels habitants de la terre. (vers 564). La seconde réponse de Zeus, après le vol du
feu est identique :
Cela mordit au vif, au fond de l’être, Zeus qui gronde dans les hauteurs, cela
lui emplit le cœur de bile, de voir le feu chez les humains – son éclat visible de loin. Aussitôt en
contrepartie du feu il forgea un mal pour tous les humains. (vers 570).
[25]
« J’ai le premier subjugué d’un joug l’animal, pour qu’il plie sous le collier et que
son corps remplace les mortels dans les gros travaux; j’ai conduit au char les chevaux bridés,
luxe orgueilleux du riche. Nul que moi n’a trouvé pour les matelots ces chars aux ailes de toile,
ces coureurs de mer. (...) Tu t’étonneras plus à entendre le reste, quels arts et quels moyens
j’ai imaginés. Surtout si quelqu’un tombait malade il n’avait aucun médicament dont manger
ou s’oindre ou boire et, faute de remède, périssait, avant que je leur enseigne les mixtures d’ingrédients salutaires qui écartent toutes les maladies. J’ai aussi classé beaucoup de modes
divinatoires. J’ai le premier discerné ceux des songes qui doivent s’accomplir. J’ai expliqué
les bruits incertains, les hasards des rencontres. J’ai bien déterminé quels vols de rapaces
sont propices et lesquels sont contraires (...) j’ai appris aux mortels l’art difficile d’augurer (...)
Et qui dira qu’il a trouvé avant moi dans le sol ces biens qui s’y cachent aux hommes : le bronze,
le fer, l’argent et l’or ? Personne, je le sais, à moins de vanterie. Et pour tout dire en une phrase :
les arts humains viennent tous de Prométhée ». (Eschyle,
Prométhée enchaîné, vers 462 à 507,
pp. 208-209).
[26]
Du moins dans la version d’Eschyle, alors que dans celle d’Hésiode, Prométhée est petit-fils de Gaïa et fils de Japet, lequel est un Titan, au même titre que Chronos, père de Zeus.
Prométhée et Zeus sont donc cousins.
[27]
Pasche F., [1979], « Le Prométhée d’Eschyle ou les avatars du contre-Œdipe paternel »,
in
Le Sens de la psychanalyse, P.U.F., coll. Le fil rouge, Paris, 1988, pp. 61-69.
[28]
pp. 63-64 :
En somme, pour que les relations entre Zeus et les hommes se stabilisent,
il a fallu que le Dieu-Père ait été deux fois symboliquement châtré, une première fois en subissant
le vol de son feu dans la tige de fenouil phallo-forme, analogon de l’émasculation d’Ouranos,
et une seconde fois en permettant que son oiseau-totem fût sacrifié. Il y a eu évidemment dans
l’intervalle une maturation de la fonction paternelle allant de pair avec l’évolution du contre-Œdipe.
[29]
A. Potamianou, « Réflexions psychanalytiques sur la « Prométhia » d’Eschyle. Rapport
entre l’omnipotence et la dépression. », in
Revue Française de Psychanalyse, vol 3, 1979, P.U.F.,
pp. 375-400.
[30]
A. Potamianou, « Le Deuil de Prométhée », in
Revue Française de Psychanalyse,
vol. 1-2,1977, P.U.F., p. 205.
[31]
C. Lechevalier, « Les formes de Prométhée. Mythe et Symbole dans les traductions et
les adaptations du
Prométhée enchaîné d’Eschyle, à la fin du XIX
e siècle. », in
Mythes et psychanalyse, publication du colloque de Cerisy de juillet 1995 sous la direction de Anne Clancier et
Cléopâtre Athanassiou-Popesco, Paris, éd.. In Press, 1997, pp.145-154.
[32]
J. Lacan, [1938], « Les Complexes familiaux dans la formation de l’individu. Essai
d’analyse d’une fonction enpsychologie », in
Autres écrits, Seuil, Paris 2001, p. 42.
[33]
J.C. Stoloff, « De la difficulté à être père », in
Topique, n° 72, Le Bouscat, L’Esprit du
Temps, 2000, pp. 67-87.
[34]
G. Roger, « Les enjeux de l’imprescriptible tiercéité », in
Topique, n° 72, Le Bouscat,
L’Esprit du Temps, 2000, pp. 49-65.
[35]
« Mais l’heure viendra où Zeus anéantira à son tour cette race d’hommes périssables :
ce sera le moment où ils naîtront avec des tempes blanches. Le père ne ressemblera plus à ses
fils, ni les fils à leur père; l’hôte ne sera plus cher à l’hôte, l’ami à son ami, le frère au frère,
ainsi qu’aux jours passés. À leurs parents, sitôt qu’ils vieilliront, ils ne montreront que mépris;
pour se plaindre d’eux, ils s’exprimeront en des paroles rudes, les méchants ! et ne connaîtront
même pas la crainte du Ciel. Aux vieillards qui les auront nourri, ils refuseront les aliments. Nul
prix ne s’attachera plus au serment tenu, au juste, au bien : c’est à l’artisan de crimes, à l’homme
tout démesure qu’iront leurs respects; le seul droit sera la force, la conscience n’existera plus.
Le lâche attaquera le brave avec des mots tortueux, qu’il appuiera d’un faux serment. Aux pas
de tous les misérables humains s’attachera la jalousie, au langage amer, au front haineux, qui
se plaît au mal. Alors, quittant pour l’Olympe la terre aux larges routes, cachant leurs beaux corps
sous des voiles blancs, Conscience et Vergogne, délaisseront les hommes, monteront vers les
Éternels. De tristes souffrances resteront seules aux mortels : contre le mal il ne sera point de
recours ». Hésiode,
Les Travaux et les jours, vers 179 à 202, pp. 92 et 93.