2003
TOPIQUE
Au miroir de l’islam
Saïd Bellakhdar
17 Mail Gérard Philippe 77185 Lognes
L’Occident et l’Orient ont construit, au cours de plusieurs siècles d’affrontements de toutes sortes, des représentations stéréotypées des uns envers les autres.
Aujourd’hui, l’Islam, tel que nous le représentent certains médias et spécialistes, est très
souvent réduit au terrorisme et la situation complexe sur le plan économique, social et
politique des pays où cette religion est majoritaire est le plus souvent analysée à partir de
la religion comme explication unique. Un examen plus précis des faits, montre la diversité
et la complexité des rapports des croyants à leur religion. L’usage, la lecture et l’élaboration
des textes sacrés est aussi fonction des contextes sociaux, politiques et historiques différents.Mots-clés :
Islam, Islamiste, Intégrisme, Terrorisme, Communauté, Idéologie, Coran, Textes sacrés, Guerres, Guerres coloniales, Guerre sainte, Préjugés, Stéréo- types, Manipulation de l’opinion publique, Systèmes d’écriture, Question de l’origine.
Over many centuries of various affrontements, Est and West have each
constructed stereopical views of the other. Today, Islam, as portrayed by certain media and
specialists, is frequently reduced to terrorisme. The complex economic, social and political
situation in the contries where it is the majority religion is often analysed in terms of religion
as the sole explanation. A more detailled examination of the facts shows the diversitiy and
complexity of the relationships between believers and their religion. The use, the interpretation and the elaboration of sacred texts is a function of different social, political and
historical contexts.Keywords :
Islam, Islamic, Extremism, Terrorism, Community, Ideology, Koran, Sacred Texts, War, Colonial War, Holy War, Prejudice, Stereotypes, Manipulation of Public Opinion, Writing Systems, Question of Origins.
La question du terrorisme est associée depuis plusieurs années à l’Islam
comme religion après avoir été associée en Europe au marxisme (avec les
Brigades Rouge en Italie et à la Fraction Armée Rouge en Allemagne) et aux
luttes nationalistes (de l’ETA ou de l’IRA etc.). Aujourd’hui, l’Islam a pris le
devant de la scène médiatique. Il est lié, voire réduit, à l’intégrisme et au terrorisme, thèse qui semble rencontrer un très large public depuis la révolution
Islamique d’Iran, la guerre de coalition contre l’Irak il y a une dizaine d’années,
la violente attaque terroriste contre les « Twins Towers » à New York ainsi que
ce qui est présenté par les médias comme étant le terrorisme islamiste en Algérie.
Il est remarquable que depuis près d’un siècle, les mêmes thèmes sont
développés avec insistance à savoir la question de
la femme et de
la guerre,
autrement dit ce qui a partie liée au domaine de
la sexualité, voire de
la féminité
et de
l’agressivité. Cela participe le plus souvent à la construction d’une représentation négative de cette religion et des populations des pays où cette religion
est majoritaire. L’amalgame de l’Islam au fanatisme, puis au terrorisme, relève
aujourd’hui, du discours doxologique. Il est extrêmement rare, cependant, que
nous en trouvions l’écho dans le champ de la psychanalyse. Néanmoins ni les
psychanalystes ni les psychiatres n’ont su aborder de façon satisfaisante, ce
sujet concernant la question de la domination d’un peuple ou d’un empire sur
un autre peuple. Cela s’inscrit non seulement dans l’histoire universelle de la
domination mais a des effets sur chaque personne, adulte ou enfant, vivant dans
des conditions de dominés et de colonisés. Les positions prises par O. Mannoni
au début des années cinquante sur le colonialisme, sont exemplaires de la surdétermination de l’idéologie coloniale et de la manière dont elle pouvait s’imposer
à un esprit des plus brillants. Il avance que les colonisés avaient des dispositions psychologiques à être colonisés et à souhaiter la colonisation de leur pays.
Il explique le soulèvement des habitants de Madagascar en 1947, par leur crainte
inconsciente d’être abandonnés par la France
[1]. Toujours, en ce qui concerne la
question coloniale, pendant la guerre d’Algérie, il n’y eut que deux psychanalystes à avoir signé l’appel des 121 pour le droit à l’insoumission dans un
contexte où prévalaient la torture et les « massacres coloniaux »
[2] en un temps
où des citoyens français d’Algérie étaient désignés sous le vocable de « français-musulmans ». Cette dénomination n’étonnait, ni ne gênait personne dans une
république laïque. La Psychiatrie fut, elle aussi, marquée par son époque comme
en témoignait, il y a encore une vingtaine d’années, le dictionnaire de référence
en ce domaine. On pouvait y lire, à certains articles, des choses idéologiquement
très marquées, comme : « paléophrénie » ou « primitivisme »
[3]. Ces psychiatres
considéraient que la violence que pouvaient manifester des colonisés était due
à des problèmes de connexions corticales moins bien intégrées chez eux que
chez les personnes appartenant aux « races civilisées ». La critique de ces prémices de l’ethnopsychiatrie a été faite, il y a plusieurs décennies, par F. Fanon
[4].
Je me propose de reprendre, dans les pages qui suivent, un certains nombre de
préjugés couramment développés dans les médias et de les analyser.
1 – QUELLE LECTURE DU CORAN ?
Pour situer les enjeux de la lecture du Coran, voire des lectures de celui-ci,
il convient de prendre en compte la façon dont il a été rassemblé, transcrit et
transmis. L’édition définitive de ce texte, telle que nous la connaissons aujour-d’hui, a été constituée, pour l’essentiel, du VIIe au VIIIe siècle après J.C., soit un
siècle après le début de la prédication de Muhammad. Il est aisé de faire, ici,
le rapprochement avec l’Évangile. L’histoire exacte de cette construction du
Coran, demeure difficile à faire en raison des désaccords et contradictions des
sources, des documents et des témoignages. Il est admis que cette édition se fit
à l’initiative du calife Abou Bakr qui craignait que la mort ne fauche les derniers
témoins de la révélation. Il fut suivi par le calife Omar puis par le calife Othman,
qui a régné de 644 à 656. Ce dernier, inquiet du fait que des musulmans récitent
le Coran avec d’importantes divergences, a réuni une commission regroupant
des proches du prophète et certains de ses secrétaires. Ils ont repris ce qui avait
été mémorisé et certains feuillets couchés par écrits, en particulier ceux de
Hafsa, une épouse du prophète. Ils établirent une ultime recension et Othman
fit détruire les versions refusées. Ceci lui fut fortement reproché par ses contemporains au motif que le choix des versions détruites aurait été fait en fonction
de considérations politiques. D’autres versions ont circulé. Avec le temps, tout
le monde fini par se rallier à la version définitive du Coran établi au Xe siècle
et basée sur la version othmanienne. Celle-ci avait fait l’objet de quelques
modifications et rajouts.
La version définitive du Coran, telle que nous la connaissons aujourd’hui,
n’est pas de lecture aisée en raison de la présentation de celle-ci. Les textes ont
été réunis en fonction de leur taille, de la sourate la plus longue à la plus courte.
Aussi pour lire le Coran, est-il nécessaire de tenir compte de l’histoire, du
contexte dans lequel une sourate ou un verset a été révélé et des apports de ce
qu’il est convenu d’appeler la tradition constituée des dits attribués au prophète :
les « hadiths ». Un long travail d’élaboration a permis la constitution du Coran
et il ne suffit pas de le lire, ni même de l’apprendre par cœur pour en saisir le
sens et la portée. Il y a eu, à la période de l’apogée de l’Islam, un immense travail
de réflexion philosophique et théologique riche, subtile et loin des lectures
univoques que nous connaissons de nos jours.
Aborder l’Islam uniquement sous un angle politique et prosélyte comme
l’ont fait, depuis la révolution Islamique d’Iran, certains spécialistes, n’est en
rien une approche nouvelle, ni moderne. Nous la trouvons déjà chez
Chateaubriand, pour qui, l’Islam apparaît plutôt comme une doctrine politique
qu’une religion et qui considérait Mahomet, comme un envahisseur au même
titre qu’Alexandre ou César. Cette approche n’est pas seulement en miroir avec
l’approche du Coran faite par les intégristes car la religion a aussi une fonction
symbolique comme l’a montré Cassirer
[5] et elle concoure, à partir des mondes
symboliques du langage et du mythe, à l’organisation de la réalité humaine.
La fréquente invocation, en Occident, de l’espoir du réveil des « musulmans
modérés » relève aussi du registre politique. Cela témoigne du fait que l’accueil
du différent a du mal à se faire autrement qu’à travers des catégories du même.
Cette invocation va également dans le sens d’une lecture politique de l’Islam.
Qu’est-ce qu’un musulman modéré ? Que veut dire modéré en religion ? Peut-on dire, sauf à avoir une lecture uniquement religieuse du monde, qu’il existe
« des chrétiens modérés » ? Cette expression de musulmans « modérés » était
utilisée dans les colonies et protectorats français. Les musulmans « modérés »
étaient en fait ceux qui étaient « modérés » de part leurs revendications à l’égard
du système colonial. L’usage d’une telle expression dans le contexte d’aujourd’hui garde encore la marque du passé, même si elle évoque aussi la modération
par rapport à l’intégrisme. Les critiques à l’endroit de celui-ci émanent de
musulmans, en particulier des réformistes, de syndicalistes, de féministes,
d’intellectuels, de chercheurs et de personnes d’origine sociale des plus diverses.
Certains ont payé très cher leur prise de position comme Naghib Mahfouz, Prix
Nobel de littérature gravement blessé à la suite d’une tentative d’assassinat.
2 – L’ISLAM COMME EXPLICATION UNIQUE
L’Islam est souvent invoqué comme mode d’explication unique de phénomènes les plus divers. On expliquait, par exemple, durant l’époque coloniale
où l’on cherchait, selon l’expression consacrée, à « faire suer le burnous », le
peu de productivité des musulmans dans le champ économique par la religion.
Celle-ci ne les rend-elle pas fataliste ? Ne disent-ils pas
« Si Dieu le veut » à
chaque instant ? Le sens de tous les comportements et des attitudes seraient
générés par la religion. Ils sont tous réductibles à leur dimension religieuse en
méconnaissant toutes les formes que l’Islam peut revêtir soit à des moments
différents de son histoire ou plus exactement, de l’histoire des sociétés qui sont
loin d’être toutes « arabes », mais qui ont majoritairement l’Islam pour religion.
Il y a lieu de prendre en compte à la fois la diversité sur le plan diachronique,
et en même temps ce qu’il en est de ces sociétés à une même période historique,
autrement dit la diversité sur le plan synchronique. Il n’y a chez ces « analystes »,
aucune distinction entre l’Islam pratiqué par les Black Muslims américains et
celui qui se pratique en Malaisie, ni entre celui qui se pratiquait à Médine au
temps du prophète et celui qui se pratiquait plusieurs siècles après à la cour du
calife El Ma’mûn qui fit traduire les penseurs grecs, ni même entre l’Islam qui
se pratique en milieu rural ou en milieu citadin. Que dirions-nous d’un chercheur
« oriental » qui ne distinguerait pas le catholicisme pratiqué par un auvergnat
vivant à Paris décrit par Le Play au XIX
e siècle avec celui d’un habitant de la
campagne normande décrit par Bernard Alexandre
[6] ou encore avec le catholicisme tel qu’il peut s’inscrire dans le mode de vie de la bourgeoisie girondine
décrit par F. Mauriac ! Que dirions-nous encore si ce chercheur déduisait le
terrorisme de l’IRA, de l’ETA ou des nationalistes corses du christianisme pris
comme unique explication ? Le rapport au religieux s’inscrit toujours dans un
rapport à la fois, culturel, social et historique. Il est un fait, cependant, que les
transformations des pays « arabes » comme de la plupart des pays du tiers-monde se sont réalisées avec beaucoup plus de lenteur que celui des pays de
l’hémisphère Nord avant de se trouver complètement bouleversés par la violence
des conquêtes coloniales et par l’ampleur des transformations économiques.
L’exode rural n’a pas trouvé une issue dans les possibilités offertes par la
révolution industrielle ou durant les « trente glorieuses » comme en Europe.
Les mutations technologiques, les progrès scientifiques mais également les
conflits aussi meurtriers les uns que les autres et qui ont ensanglanté ces régions-là aux XIX
e et XX
e siècles ont eu des effets majeurs sur la manière de comprendre
le monde par une grande partie des habitants de notre planète. Pour l’historien
G. Corm
[7], les pays du Proche et Moyen-Orient sont sortis de l’Antiquité en 1919
lorsque l’Empire ottoman a été démembré. L’Angleterre et la France se sont,
alors, partagées les dépouilles de celui-ci, sous l’égide de la Société des Nations,
et ont organisé leur domination en fonction de que ces puissances percevaient
comme « minorités » et « majorité »
[8].
De nombreux stéréotypes et simplifications émaillant les écrits sur l’Islam
ont été élaborés dans un face-à-face où s’affrontent « Occidentaux » et « Orientaux », deux entités produites et alimentées par des contentieux et des préjugés
qui datent de l’avènement même de l’Islam. Ces deux entités ont construit des
représentations décalées par rapport à la réalité dans les deux camps opposés,
chacun diabolisant et constituant l’autre comme ennemi. Les croisades ont eu
un rôle majeur dans cette construction de stéréotypes. Elles se sont déroulées
sur deux siècles et ont contribué à la constitution d’un sentiment d’unité des
peuples d’Europe sous la bannière du Christianisme romain, elles ont renforcé
le pouvoir du Pape et celui des monarchies
[9]. L’Église catholique n’a révisé ses
positions que depuis Vatican II (1962-1965) en prônant le dialogue islamo-chrétien.
De leur côté, les intégristes islamistes perçoivent l’Occident comme responsable de tous les maux du tiers monde du fait des croisades, de la colonisation
et de la domination de l’Occident en matière économique, politique et militaire
sur une grande partie de la planète.
3 – UN CHOC DES CIVILISATIONS
Un poncif souvent ressassé depuis la publication d’un ouvrage à succès est
le « choc des civilisations. » Voici ce que dit à son propos le philosophe
Sloterdijk :
« Le choc des civilisations est derrière nous : vous savez, Hutington [10] est un
recycleur d’idées. Son génie est d’avoir réussi à revendre une bonne vielle
guerre contre les Turcs aux américains, qui n’ont pas de frontières communes
avec les Turcs. Si on veut vraiment savoir où on en est du choc des civilisations,
il faut lire la correspondance dans laquelle Voltaire encourage la tsarine
Catherine à attaquer l’empire musulman au nom de la civilisation et lui donne
la bénédiction des Lumières pour mener cette guerre libératrice. C’est ça le choc
des civilisations. Et les Américains ont avalé la pilule... » [11].
Ces propos appellent quelques remarques. La première concerne le « choc
des civilisations. » Oui, celui-ci a bien eu lieu, mais la formule est à mettre au
pluriel tant ils ont été nombreux les chocs entre civilisations différentes dans
l’histoire de l’humanité : écroulement et disparition des civilisations amérindiennes du fait des conquistadors, chocs brutaux entre les conquérants européens
et « les nations indiennes » en Amérique du Nord, colonisation de l’Afrique et
mise en esclavage d’une partie importante de sa population noire dans le cadre
du commerce triangulaire etc. Il y eut aussi des chocs d’une violence inouïe entre
peuples appartenant au même espace de civilisation comme en 1914 ou en
1939.
Présenter aujourd’hui un « choc des civilisations » mettant aux prises l’Islam
agressant l’Occident (sous-entendu Occident chrétien) n’est-ce pas tenter la
légitimation d’une guerre dite préventive contre une partie du Tiers-Monde et
oublier les entreprises conquérantes de l’Occident ?
Seconde remarque : en effet, si les Américains, à l’évidence, « ont avalé la
pilule », ils ne sont pas les seuls sur notre planète à l’avoir fait. Les guerres contre
le Grand Turc ainsi que les guerres coloniales étaient menées pour la propagation
de la « civilisation » et le « progrès ». La France n’avait-elle pas une « mission
civilisatrice » ? Or, les idéologies qui justifiaient ces guerres étaient en contradiction avec leurs objectifs réels comme la mise en esclavage de certains peuples
dans le cadre du commerce triangulaire. L’Occident (chrétien ?) a toujours eu
besoin de justifier ses entreprises conquérantes par de nobles principes : les
croisades pour « libérer le tombeau du Christ », la guerre d’Algérie à « cause
des mouches »
[12] comme le disait Boris Vian, l’exportation de la « démocratie »,
la lutte contre « le communisme »
[13] et maintenant contre des despotes facilement
diabolisés et choisis au gré des besoins politiques
[14] avec « l’action humanitaire » comme « supplément d’âme ».
Ce qui est présenté comme un « choc des civilisations » n’est que la prise
en compte et la construction d’une représentation réifiée d’espaces de civilisations dont les écarts de développement sont importants sur le plan économique
et sur la maîtrise de la technologie. Cela, et c’est très bien connu, se traduit par
l’accumulation de richesses au Nord et de la très grande misère au Sud.
L’idéologie qui consiste, aujourd’hui, à mettre en avant le « choc des civilisations » est l’une des versions des idéologies qui légitiment le statu quo et qui
font apparaître comme une agression provenant du Tiers-Monde, toute revendication d’un ordre mondial différent. Il est vrai que certains discours provenant
du Tiers-Monde se font dans un lexique qui peut paraître « archaïque », ce que
j’examinerai plus loin.
4 – LES MUSULMANS DES NAZIS ?
Un autre stéréotype consiste, selon les enjeux du moment, à faire de
Muhammad, des musulmans, des « arabes », voire des Anciens Égyptiens, les
précurseurs des nazis
[15]. Sur ce plan-là, nous sommes en droit de nous demander
si ce n’est pas une façon de se dédouaner d’un certain passé en projetant un
certain nombre de ses aspects les plus pénibles sur autrui ? Des régimes nazis
et staliniens ont bel et bien existé ainsi que les idéologies qui les ont justifiées...
en Europe.
Il est indéniable que le vocabulaire employé par les Frères Musulmans est
très violent et s’inscrit dans une rhétorique et des mœurs politiques tout à fait
détestables, à savoir celles de régimes politiques dictatoriaux et qui ont, parfois,
peu de considération pour la personne humaine. O. Carré précise, à ce sujet,
que Nasser fit des Frères Musulmans,
« des martyrs par sa police, ses tribunaux
militaires, ses potences et la torture. C’est endurci qu’il émerge des prisons et
des tortures en 1971. »
[16]
F. Burgat va dans le même sens et ajoute :
« La violence de la rhétorique de
l’Égyptien Sayyed Qutb (1906-1966) qui a attendu en prison – sous la torture –
l’élimination de la plupart de ses compagnons avant de finir lui-même pendu
au terme d’un simulacre de procès, est avant tout le résultat de la férocité de
l’état nassérien à son égard : celle-ci a durci ses analyses jusqu’au rejet et à
l’excommunication de ses bourreaux d’abord, de ceux qui les soutenaient
ensuite, puis de la quasi-totalité de ses semblables. Sans tenir compte du fait
que l’Association des Frères musulmans dont il était membre avait eu, avant
de connaître cette brutale répression, des positions bien différentes, on persiste
aujourd’hui à voir l’alpha et l’oméga de la pensée islamiste dans ce qui ne fut
en fait qu’une posture réactionnelle, circonscrite dans le temps et dans
l’espace. »
[17]
De nombreux régimes agissent de façon tout à fait identique, à l’endroit de
leurs opposants qu’ils qualifient de « fascistes »
[18].
En ce qui concerne le fascisme, voici ce qu’en dit le philosophe P. Sloterdijk
qui avance que le véritable danger fasciste se situe aux USA :
« Il est effarant,
dit-il, de voir avec quelle facilité la sentimentalité, le ressentiment, le bellicisme peut envahir la Maison-Blanche. L’invraisemblance de la forme de la vie
démocratique est plus palpable quand on vit aux États-Unis, parce que l’hétérogénéité de la société y est telle que, sans un délire partageable, la société se
dissoudrait d’un instant à l’autre. Et il faut renouer le prétendu contrat social
à chaque instant. »
[19] De là à imaginer que ce qu’on appelle aujourd’hui
« l’Occident », qui a déjà dû inventer un Orient qui diffère prodigieusement
des réalités orientales
[20], a besoin à nouveau, de se créer et se constituer un
adversaire à sa mesure, il n’y a qu’un pas. Cet adversaire actuel, comme chacun
le sait, est Ben Laden, un personnage que presque personne ne connaissait
avant les attentats du 11 septembre 2001. Alors même que personne ne sait s’il
est, aujourd’hui mort ou encore vivant, il est apparu de nombreuses fois sur nos
écrans de télévision avec sa barbe (vraie ou fausse ?) et son turban dans les
médias
[21] qui utilisent force expression comme « fatwa », « Djihad », « tchador »,
« umma » et maintenant « El Qaïda ». Ces expressions dont on ne donne jamais
de définitions exactes, sont-elles utilisées pour faire « couleur locale » comme
à la grande époque de l’Orientalisme et du colonialisme triomphant ou pour
accroître l’impression de mystère et de violence qui émanerait de l’Islam ? Le
terme
El Qaïda est actuellement utilisé pour faire accréditer l’idée qu’il existe
de par le monde une organisation « Islamique » extrêmement bien organisée et
aux moyens financiers considérables et dont le seul objectif est de troubler le
sommeil des occidentaux par l’usage d’un terrorisme tout aussi meurtrier que
spectaculaire. L’appellation d’
El Qaïda vient de l’époque de la guerre en
Afghanistan. Les volontaires, qui allaient se battre aux côtés des partisans
afghans contre les Soviétiques, utilisaient ce terme qui signifie la « base » ou
la « fondation », et qui peut s’entendre à la fois dans le sens de « la tradition »
et dans le sens plus concret de la « caserne » que rejoignaient les combattants.
Aujourd’hui, tout « terroriste musulman », voire tout opposant à la dictature
d’un pays qui a l’Islam comme religion majoritaire, risque d’être présenté et
parfois accusé d’appartenir à « El Qaïda » ou d’avoir des accointances avec
cette organisation. Or, à l’exception de l’assurance que nous en donnent les
mass média, peut-on vraiment soutenir qu’il existe une telle organisation structurée qui a investi le système bancaire international sans que les responsables
dudit système n’aient pu réagir avec efficacité ? Ceux qui ont commis les
attentats du 11 septembre 2001 ou ceux du Maroc en mai 2003 paraissent plutôt
appartenir à des groupuscules relativement sectaires et très fermés sur eux-mêmes et ne semblent pas avoir eu besoin de moyens financiers importants
pour commettre des massacres. Ces islamistes écartent sans doute, le commandement divin en référence à Caïn et assimilant le meurtre d’un homme à celui
de l’humanité toute entière (V-32). Je doute que ce qui est en question, ici, soit
à rechercher dans une bonne ou mauvaise lecture du Coran mais le sens des
agissements terroristes est à rechercher ailleurs. La prise en main groupale,
dans le cadre d’une entreprise sectaire, de jeunes gens sélectionnés pour la
cause, certains étant peut-être fragilisés par le vœu maternel du sacrifice
suprême, pourrait être une voie de recherche possible. Nous imaginons mal, en
« Occident », à quel point la personnalité et l’imaginaire de ces jeunes gens
sont marqués par les très nombreuses guerres et les entreprises de domination
impérialistes qui ont traversé le XX
e siècle, pourrait, peut-être, constituer une
des possibles voie de recherche pour comprendre ce phénomène
[22].
5 – LA REVENDICATION POLITIQUE EXPRIMÉE DANS LE LANGAGE
RELIGIEUX
Il est nécessaire, pour mieux comprendre le phénomène de l’Islamisme, de
se départir de jugements hâtifs, d’appréciations négatives
a priori et d’exclusions concernant telle ou telle manière de pratiquer une religion. Cependant,
l’utilisation du vocabulaire du Coran dans le champ politique est un phénomène
majeur, à tel point que l’Islam, dans certains milieux islamistes, pourrait se
réduire à une idéologie politique. Cela a sans doute eu pour conséquence, le fait,
que certains spécialistes, en tout cas les plus en vue dans les médias et qui
produisent une pensée attendue par celles-ci, n’ont vu l’Islam, après la révolution
islamique iranienne, qu’à travers le prisme de « l’Islam politique ». C’est de
celui-là qu’il est presque exclusivement question lorsqu’on évoque l’Islam
aujourd’hui. Ces spécialistes publiaient, il y a une quinzaine d’années, des
ouvrages sur les dangers de l’Islam radical et du Jihad et affirment le contraire
aujourd’hui disant que nous assistons maintenant au reflux de l’Islam politique
et à son échec. Ces penseurs admettent maintenant, pour certains d’entre eux,
qu’un « musulman », peu différent en cela d’un « catholique », ne passe pas
tout son temps à fomenter des attentats mais que, comme tout un chacun, il tente
de faire ce qu’il peut, ici bas, avec « l’œuvre de Dieu, la part du Diable » et les
contraintes de notre humaine condition. Certains ont même remarqué que ceux
que l’on désigne comme « musulmans » connaissent très mal leur religion qu’ils
réduisent parfois à quelques rites et n’ont que très rarement ouvert un Coran !
Ces mêmes chercheurs découvriront peut-être, un jour, que l’Islam, comme un
grand nombre de religions est certes, une religion dont les rites, les cérémonies,
les prières etc. peuvent s’exprimer de façon collective mais que cette religion
se pratique, elle aussi, sur la base d’expressions personnelles et singulières et
qu’elle se réalise dans une réflexion du croyant sur lui-même, de ses interrogations existentielles et d’un dialogue direct du croyant avec cette instance
qu’il constitue et qu’il appelle Dieu et que cette relation à Dieu prend beaucoup
plus de place et de temps dans la vie d’un musulman que les autres manifestations de sa spiritualité. Rappelons aussi qu’il n’y a pas dans l’Islam majoritaire,
c’est-à-dire
« sunnite », d’intercesseurs entre le croyant et Dieu, ni de clergé,
ni de hiérarchie comme cela existe dans la chrétienté et dans une certaine mesure
dans l’Islam chiite. Un
« imam » est d’abord celui qui « se tient devant » les
autres pour diriger la prière. Par extension, c’est celui qui en sait un peu plus
que les autres dans le domaine religieux
[23]. De ce point de vue le rapprochement
avec le protestantisme a toute sa pertinence. Cependant, il est un fait, dont les
effets n’ont pas été mesurés, c’est la « fonctionnarisation », depuis quelques
décennies, des imams dans les pays où l’Islam est religion majoritaire. Ceci pose
la question de leur légitimité, voire de leur subordination à l’égard des gouvernements et de la formation de ces imams dans un contexte où les filières
universitaires les plus prisées sont les filières scientifiques.
Mon propos, n’est pas de faire une analyse exhaustive de l’islamisme. Je
ne rappellerais que les éléments les plus connus et les plus évidents. L’essor de
l’islamisme politique est à rechercher dans l’échec des politiques économiques
et sociales de nombreux pays du tiers monde. La chute des ressources issues
des matières premières, l’accroissement de la pauvreté et de la misère, les problèmes liés à la sécheresse, les guerres et ses cortèges de réfugiés, le déclassement et la perte d’un statut social ont aggravé ces problèmes. C’est par millions
que des hommes se trouvent « inutiles », autant d’éléments pouvant asseoir les
bases du Totalitarisme tel qu’Hanna Arendt l’a analysé. L’Islam évolue, aujour-d’hui, dans un environnement économique et intellectuel extrêmement pauvre.
S’il y a effondrement de l’Islam, comme l’avancent certains auteurs, cet effondrement ne peut se comprendre hors du contexte d’effondrement économique
et social des pays qui ont l’Islam comme religion majoritaire.
Pour les déshérités, la revendication islamiste est d’abord une revendication
éthique. Ils réclament plus de justice et une lutte efficace contre la corruption.
L’islamisme, en tant qu’idéologie politique, s’appuie sur un imaginaire social
que l’on pourrait qualifier de plébéien et populiste et fait usage du lexique
coranique. Cela donne l’allure de prêches à des discours qui sont avant tout de
violentes diatribes politiques contre les tenants du pouvoir et contre l’impérialisme. Leur refus du mode vie et de la culture occidentale est nourrie d’une
vision réductrice de la sous-culture diffusée par les médias et les télévisions par
satellites. Leurs discours mettent en avant des revendications morales et les
références à « l’authenticité ». Ils affirment la croyance dans le fait que l’instruction religieuse rendue obligatoire permettra de résoudre la majorité des
problèmes, ils insistent sur l’honneur et la place des femmes dans la société et
sur l’évocation d’un mythique « âge d’or ».
Cela étant dit, si l’idéologie est parfois simpliste, cela ne doit pas occulter
la complexité du phénomène islamiste. Le terme « islamiste » masque des
réalités diverses et complexes. Parmi eux, il y a les Frères Musulmans
pourchassés et dont les partis sont violemment réprimés dans certains pays.
Dans d’autres, ils sont parfaitement intégrés dans le jeu politique, comme en
Jordanie où ils siègent au Parlement. Il est tout à fait excessif de qualifier de
« fascistes » un grand nombre d’islamistes qui sont au contraire, des démocrates
dont la particularité est de se référer à l’Islam de la même manière dont en
Europe, on peut se dire « Démocrate chrétien ». La référence à l’Islam sert de
« ciment » à ces partis islamistes, masquant et occultant les divergences qui les
traversent. Ceux-ci sont quelquefois organisés sous la forme de « Front » comme
le FIS algérien qui rassemble plusieurs associations politiques comprenant
d’anciens indépendantistes, d’anciens « socialistes arabes », des « Démocrates »,
des pratiquants rigoristes. Si leurs électeurs sont d’origine sociale modeste,
l’encadrement de ces partis, se recrute davantage dans les classes moyennes ou
supérieures. « La répulsion instinctive » en Occident, pour le courant islamiste,
pour reprendre l’expression de F. Burgat, rend difficile une approche objective
a minima de leurs thèses. La caricature dans laquelle ils se sont laissés enfermer
a rendu possible, la féroce répression dont ils ont été l’objet ainsi que l’absence
de toute prise de position politique en leur faveur, ne serait-ce qu’au nom des
« Droits de l’Homme », les livrant aux exécutions extra judiciaires et à la torture.
L’évocation de l’Islamisme et de l’intégrisme musulman convoque toutes
sortes d’images de violences et de terrorisme aveugle. Or, les témoignages concernant la violence terroriste dans certains pays musulmans posent problème. En
effet, les informations qui nous sont données par les sources officielles et journalistiques nous interrogent quant à leur fiabilité du fait qu’elles émanent de pays
où il n’y a au mieux qu’un simulacre de démocratie. L’exemple de l’Algérie
où de nombreux témoignages mettent en cause la responsabilité des autorités
[24]
dans les massacres commis depuis plus de dix ans est très significatif.
6 – LE « JIHAD » ET LA UMMA
Le terme Jihâd est l’un des termes parmi les plus usités lorsque l’on cherche
à donner une image négative de l’Islam. Il est possible, en effet, de trouver, dans
le texte coranique ou dans les textes des autres religions, des proclamations en
faveur de la guerre ou en faveur de la paix et d’utiliser celles-ci, hors contexte,
selon ce que l’on souhaite montrer, démonter et nourrir des principes invitant
à la tolérance, tout comme des principes prônant la violence et la guerre. Nous
pouvons, par exemple, tirer des Évangiles des propos comme ceux de Matthieu
disant : « N’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre; Je
ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. » (Matthieu, 10-34) ou ceux
de Luc disant : « Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis,
faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent,
priez pour ceux qui vous calomnient. » (Luc, 6-27,28) De la même manière, il
est également facile de trouver dans l’Ancien Testament des versets invitant à
la guerre et des versets invitant à la paix.
Le Jihâd, dont la racine est JHD, veut dire, dans son sens commun actuel :
effort, lutte. On distingue, d’une part le « grand Jihâd », c’est-à-dire « l’effort
dans le chemin de Dieu » et la recherche à améliorer sa conduite, et certain y
incluent la lutte contre les passions, et d’autre part le « petit Jihâd », à savoir le
combat pour défendre la communauté. La notion de « Guerre légale » est plus
appropriée. Elle est déclarée par le chef de la communauté. Le terme « guerre
sainte », était plutôt employé par les croisés. Le sens du terme Jihâd est à
rechercher dans la langue arabe telle que celle-ci était parlée dans la Péninsule
Arabique à l’époque du prophète. La langue arabe comme toute langue a connu
des évolutions sensibles au cours des siècles. A. L de Prémare
[25] rappelle que
dans La Constitution de Yathrib, dont certains passages ont vraisemblablement
été rédigés par Muhammad lui-même, le terme
jihâd est d’abord employé sous
sa forme verbale de la façon suivante :
« ceux qui combattent (jahada) avec
eux. » Il ajoute :
« Ce terme sera précisé plus loin, dans le même document de
base, par l’expression « le combat (qitâl) sur le chemin d’Allah ». Cette
expression est très employée dans le Coran, où alternent également les verbes
synonymes correspondant au jihâd et au qitâl ». Le jihâd et son synonyme qitâl
n’avaient donc pas tout à fait le même sens dans la langue arabe du Coran et
dans la langue arabe actuelle. Ces problèmes lexicaux ont des incidences sur
les commentaires et sur les traductions du Coran. Voici un exemple dans lequel
R. Blachère propose de traduire les versets 4 et 5 de la Sourate 47, de la manière
suivante :
«Quand donc vous rencontrerez ceux qui sont infidèles, frappez au col
jusqu’à ce que vous les réduisiez à merci !
[Alors] serrez les liens !
Ensuite ou bien libération ou bien rançon après que la guerre aura déposée
son faix. Cela [est l’ordre d’Allah] Si Allah voulait, Il se déferait d’eux; mais
[il se sert de vous] pour vous éprouver les uns par les autres. Ceux qui auront
combattu dans le chemin d’Allah, Allah ne frappera pas de nullité leurs actions
[louable ] ».
Voici le même verset du Coran traduit cette fois par Kasimirski :
« Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez les jusqu’à en faire un grand
carnage, et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits.
Ensuite, vous les mettrez en liberté ou les rendrez moyennant une rançon,
lorsque la guerre aura cessée. Si Dieu voulait, il triompherait d’eux lui-même;
mais il vous fait combattre pour vous éprouver les uns les autres. Ceux qui
auront succombé dans le chemin de Dieu, Dieu ne fera point périr leurs
œuvres ».
La traduction proposé par Blachère prend en compte le contexte et ne traduit
pas « qitâl » et « qatala » par le verbe tuer comme le commande, très souvent,
son emploi de nos jours. Le verset ci-dessus, si souvent cité, peut être pris,
selon le lecteur et ses inclinations personnelles, comme une vérité intemporelle ou comme une injonction contextuelle et datée et en fonction de la position
délicate dans laquelle s’est trouvé, à un moment précis, le prophète face à ses
adversaires. Nous trouvons dans le Coran, comme dans la Bible des principes
soit à valeur universelle, soit à valeur tout à fait contextuelle. Les intégristes,
ne distinguent pas les deux niveaux. À cela s’ajoute, également le fait que des
pratiques coutumières sont prises pour des impératifs religieux.
Aux questions posées par la recension du Coran s’ajoute la question de
l’écriture même du Coran. En effet, l’écriture arabe, comme l’écriture hébraïque
a vu l’apparition tardive des signes diacritiques dont sont munies les consonnes
pour distinguer celles d’entre elles dont le tracé est identique. Les voyelles
brèves n’étaient pas écrites et les voyelles longues ne l’étaient pas toujours. Les
signes diacritiques et vocaliques étaient absents de la recension othmanienne
[26].
Ainsi un point mis sur une syllabe, peut changer du tout au tout le sens d’un
mot ou d’un verset du Coran
[27]. Il fallait, en quelque sorte, déjà connaître le
contenu de ce qui était lu pour pouvoir le déchiffrer comme en dactylographie.
Un consensus se fit au X
e siècle autour de sept systèmes d’écriture du Coran.
Avec l’imprimerie, deux systèmes d’écriture se sont imposés. Les recherches
actuelles sur ces questions d’écriture du Coran et de sa recension, qui prennent
en compte la langue même du Coran qui était, selon C. Luxenberg
[28] proche du
syro-araméen, soulèvent d’autres questions encore. À propos des nombreuses
traductions du Coran qui se lisent à travers le monde, un chercheur comme
R. Brague se demande :
« si c’est bien le Coran que l’on lit à travers ces traductions. Et déjà, si c’est bien le Coran que les traducteurs ont traduit. » Il ajoute :
« On croit lire, écouter, traduire le Coran. En réalité, on ne fait que répéter les
interprétations des commentateurs qui, à partir de la fin du IXe siècle, en particulier de Tabari (m. 923), ont cherché tout simplement à venir à bout du tissu
d’obscurité qui constitue le “Livre clair”. »
[29] Cette approche permet une lecture
renouvelée du Coran et peut apporter des éclaircissements sur des points très
délicats.
Ceci étant posé, le « fameux Jihâd » ne compte pas parmi les cinq piliers de
l’Islam que sont la profession de foi, la prière, le jeûne, le pèlerinage à la
Mecque, et l’aumône légale
[30].
Bien que ce concept de Jihâd ait fait l’objet d’écrits et de réflexions théologiques, c’est à partir de l’époque des Croisades, c’est-à-dire, à l’époque
médiévale, qu’a été codifié le
« Jihâd » par des théologiens musulmans comme
Ibn Ali Zayd qui en fit une obligation divine et il incombe au calife de
proclamer
[31]. Ce « concept » a évolué selon les circonstances historiques et
mérite donc, comme beaucoup d’autres, un travail de « déconstruction ».
L’élaboration d’une théorie du
« Jihâd » s’est constituée face aux croisés qui
avaient construit le concept de « guerre sainte » et de « guerre voulue par Dieu »
en s’appuyant sur les écrits de saint Augustin pour légitimer leurs guerres. Il y
eut, par la suite des légitimations plus « laïques » de la guerre : les guerres de
conquêtes, les guerres révolutionnaires, les guerres pour « l’intérêt supérieur de
la France » et pour « sa grandeur » selon Tocqueville. De nos jours, il y a des
guerres « propres », pour « la Démocratie », mais Dieu serait toujours du côté
des combattants comme lors de la Grande Guerre ou celle menée contre l’Irak
en mars 2003. Autrement dit, plus qu’œuvre de Dieu, la guerre est l’œuvre des
hommes.
Dans le Coran, Dieu encourage le prophète à mener le combat contre les
« kûffar », expression habituellement traduite par « les infidèles », « les païens »,
mais que J. Chabbi
[32] et A.L. de Prémare préfèrent traduire par « réfractaires ».
Chacun sait que ces réfractaires étaient, avant tout, des Mecquois comme
Muhammad, souvent ses propres parents qui l’ont chassé de la ville. La
Constitution de Yathrib
[33], dite aussi Constitution de Médine, est une Charte
organisant la
umma à entendre comme une confédération de clans et qui inclue
les juifs alliés à Muhammad. Ainsi, selon A.L. de Prémare :
« Le mot umma
comporte-t-il une nuance importante qui en renforce le caractère politique
dans le sens d’une confédération. »
[34]. Cette conception de la communauté s’est
maintenue durant des siècles et a inspiré des générations de juristes lors de
décisions importantes comme lors de la nomination d’un calife par exemple
[35].
Il ne s’agit donc pas seulement d’une entité abstraite voir mystique à laquelle
se référerait tout musulman et qui symboliserait la mère. La conception de la
umma comme « communauté des croyants » a eu comme vertu principale la
tentative d’abandon de la société bédouine et tribale et de ses règles pour un
autre type de référence. Il n’en demeure pas moins que la référence à l’
« umma »
se fait le plus souvent sur le mode de l’invocation d’un mythe et d’une idéologie
et que contredisaient déjà les très graves dissensions entre musulmans après la
mort du prophète. Celles-ci se sont très vite soldées par l’assassinat de trois
parmi les quatre premiers califes (successeurs de Muhammad), par la guerre
civile qui opposa les partisans d’Ali aux autres et donna naissance au chiisme
puis la création de califats rivaux. L’émergence de la question des nationalités
au XIX
e siècle a sans doute réintroduit cette question d’une manière différente
et les notions de Nation et de Patrie sont souvent associées dans les discours
nationalistes à l’idée de mère, ce à l’instar de ce qui s’est passé en Europe.
Au fil des siècles en Occident, s’est constituée l’image d’un Islam
conquérant et partant à l’assaut de la chrétienté. Qu’un Islam se soit imposé,
dans certains pays et à certaines époques, par la violence est un fait difficilement récusable. Cependant la réalité est plus complexe car, en certains lieux,
les conquérants ont pu apparaître comme des libérateurs apportant avec eux
quelque chose de nouveau sur le plan de la pensée et de la civilisation, ce qui
s’est traduit par des conversions en masse. Dans certaines régions du monde,
comme en Afrique Subsaharienne, ces conversions se sont faites, tout au long
du XX
e siècle, sans aucune violence et avec un prosélytisme quasi inexistant.
Ignacio Olagü
[36] a montré, par exemple que les arabes avaient conquis l’Espagne
avec à peine quinze mille hommes (chiffre habituellement donné pour les
conquêtes arabes). Ce chercheur avançait qu’il y eut, des conversions en masse
dans un contexte où le christianisme n’était pas encore celui qui s’était unifié
par la suite sous l’égide de Rome et faisait l’objet de contestations et de
schismes. Le maintien de l’Islam aurait été impossible sans une adhésion
certaine. Il a fallu, en Espagne, le zèle de la « Sainte Inquisition » et des combats
durant plusieurs siècles pour en obtenir le reflux.
7 – DES VOLEURS D’« ORIGINES » ?
Depuis saint Jean Damascène (650-749) puis Théophane le Confesseur
(760-818), il est reproché au prophète de l’Islam, d’avoir réinterprété ou réécrit
l’Ancien et le Nouveau Testament et de s’inscrire dans une origine et une
filiation qui n’est pas la sienne en faisant d’Abraham le premier « musulman »
[37]
et en refusant l’idée que le Christ soit mort sur la Croix. Ces reproches témoignent de la méconnaissance du fait que toutes les religions héritent du contexte
qui les a vues naître et empruntent des d’éléments à celles qui les ont précédé.
Elles en modifient quelques-uns et en rejettent d’autres. L’Islam n’a pas
seulement emprunté à la Bible mais aussi à d’autres religions, comme l’ont
fait également le judaïsme et le christianisme
[38]. La filiation d’Abraham, à
laquelle se réfèrent le judaïsme, le christianisme et l’Islam, est une filiation
spirituelle et symbolique et constitue une référence relevant du domaine
religieux. Les sciences de l’homme ont montré depuis longtemps que ce type
de généalogies se retrouvent dans de nombreuses religions et sont construites
par les hommes.
Muhammad fait d’Abraham le premier « musulman », c’est-à-dire le premier
homme qui se soit « soumis aux commandements de Dieu ». Il est donc, selon
Muhammad, le premier monothéiste. O. Vallet
[39] rappelle qu’« Islam » et
« musulman » sont des termes qui viennent aussi de la racine sémitique
« s, l, m » que l’on retrouve dans l’arabe « salam » et en hébreux « shalom » qui
signifie « paix », renvoyant à « la paix de l’esprit ». Muhammad situait son
message dans le champ du monothéisme dont il affirme une conception stricte
comme « vraie religion »; c’est pourquoi, il rejette la Trinité, car il y voit le
risque du retour au Polythéisme. Ces questions concernant la Trinité ont fait
l’objet d’intenses discussions dans le christianisme d’Orient et d’Occident
parmi les Nestoriens, les Monophysites etc. Elles étaient au centre des discussions du Concile de Nicée en 325. Elles étaient encore très présentes du vivant
de Muhammad parmi les Chrétiens d’Orient, ce dont il avait connaissance. En
fait, et c’est une banalité que de le dire, toute lecture d’un texte sacré, comme
de tout texte est toujours une relecture et un commentaire de celui-ci. Cela est
également vrai pour l’Ancien Testament. Les sciences des religions nous enseignent que celui-ci n’a pas été écrit d’une seule traite. Chacun sait que les Juifs,
les Protestants et les Catholiques sont en désaccords sur la place à accorder aux
textes « deutérocanoniques » au point, pour certains de les exclure du canon.
Je rappellerai simplement que les textes composant la Bible sont parfois considérés, et ce, depuis des siècles comme un assemblage de contes et de légendes
sortis tout droit de l’imagination des hommes. Voici ce qu’en disent aujourd’hui
deux archéologues, I. Finkelstein et N.A. Silberman :
« Cette saga épique se composait d’une collection, fabuleusement riche, de
récits historiques, de souvenirs, de légendes, de contes populaires, d’anecdotes, de textes de propagande royale, de prédictions et de poèmes antiques.
Ce chef-d’œuvre de la littérature – moitié composition originale, moitié
adaptation de textes antérieurs – connu un certain nombre de réajustements et
d’amélioration avant de servir de point d’ancrage spirituel, non seulement aux
descendants du peuple de Juda, mais aussi à de nombreuses communautés
humaines dans le monde entier. »
[40] La Genèse peut, en effet, être lue comme
un mythe des origines, inspiré des textes Sumériens, Babyloniens, entre autres,
et dont l’enseignement a été repris et transmis par le christianisme puis par
l’Islam.
Comme pour tout un chacun, la question de l’origine se pose en fonction
de ses propres signifiants et de son rapport à sa propre scène primordiale. Cette
question de l’origine en Islam a été analysée par F. Benslama qui en pointe
« l’entame » par la formule : « il y a un il n’y a pas ». À travers l’étude de quelques textes sacrés et profanes, il montre qu’à l’origine, il y a un manque, comme
par exemple, la stérilité de Sarah épouse d’Abraham qui aura avec Agar un
premier enfant, Ismaël, considéré dans la tradition Islamique comme l’ancêtre
des arabes
[41]. Il me semble important d’ajouter à cette analyse que le Coran ne
cesse d’affirmer la transcendance de Dieu qui, par sa grandeur, transcende toute
vie, et s’oppose à la faiblesse et l’impuissance de l’homme et le caractère transitoire de la vie terrestre. Toute créature est vouée à la disparition, à la vieillesse
et à la mort : De nombreux versets répètent inlassablement des propos sur
l’incomplétude de l’homme :
« Tous les Êtres sur la terre périront.
« Seul subsistera la face de ton Seigneur,
plein de majesté et de magnificence » (55-26.27).
Dieu, « Le Seigneur des mondes », est le créateur absolu et par sa volonté
provoque sécheresse, tempêtes, bonnes ou mauvaises récoltes, donne garçons
ou filles à qui il veut. (42-49). L’homme, comme Job dans la Bible, doit admettre
et se soumettre à sa condition et la sagesse revient à reconnaître cela et à pouvoir
vivre dans une paix intérieure relative.
Pour conclure sur les questions que j’ai abordées et qui mériteraient de plus
longs développements, je noterai que la croyance a une fonction de consolation
et le croyant qui vit religieusement, inscrit au cœur de l’existence et de la
condition humaine une distance avec le quotidien vécu comme contingent et
inessentiel. Il suppose que le sens d’un acte, d’un fait, d’un événement est à
rechercher dans un « au-delà » même de sa manifestation et de sa causalité
immédiate et par delà son immédiate utilité. Cette quête de sens est l’un des
fondements du sentiment religieux et ne peut qu’excéder, pour certains,
l’emprise de la raison. C’est pourquoi, il ne saurait y avoir de « retour du
religieux » que dans la mesure où il y a dans toutes sociétés des hommes et des
femmes qui ne cessent de se demander d’une manière ou d’une autre : « d’où
je viens ? Où vais-je ? Que suis-je en mesure d’espérer ? »
[1]
O. Mannoni :
Psychologie de la colonisation, Paris, Seuil, 1950.
[2]
Y. Benot :
Massacres coloniaux. 1944-1950 : la IVe République et la mise au pas des
colonies françaises. Paris, La découverte. 1994.
[3]
Voici ce qu’écrit par exemple A. Porot à l’article Paléophrénie : « Terme créé en 1955 par
Pierson, de Casablanca, pour désigner chez l’indigène marocain des tendances ancestrales à des
réactions impulsives et criminelles dont la place d’honneur revient au meurtre. Cette aptitude
s’identifie avec l’impulsivité criminelle de l’indigène algérien décrite en 1932 par A. Porot et
D.C. Arri (...) Il s’agit de « fondations souterraines d’archétypes structuraux sur lesquels peuvent
s’échafauder les superstructures les plus modernes en apparence, sans que soit ébranlée cette
structure fondamentale ». Ainsi entendue la paléophrénie rejoint et, dans une certaine mesure, se
superpose à ce que l’on avait décrit jusqu’ici sous le nom de « Primitivisme » (voir ce mot), mais
elle s’en distingue cependant par le fait que, dans ce dernier, il s’agit plutôt d’une façon d’agir
et de penser (« la pensée magique » de H. Aubin) tandis que dans la paléophrénie, on est en
présence surtout d’une aptitude « réactionnelle » spéciale aboutissant à la criminalité avec mépris
de la vie humaine et inconscience totale. Elle peut ressurgir malgré un vernis superficiel de civilisation, à la moindre occasion qui réveille cet instinct profond ». A. Porot :
Manuel alphabétique
de psychiatrie. Paris, P.U.F., 1972.
[4]
F. Fanon :
Les damnés de la terre. Paris, Maspéro, 1974, p. 215 et suivantes.
[5]
E. Cassirer :
La philosophie des formes symbolique s, Paris, Minuit, 1999.
[6]
B. Alexandre :
Le Horsain, vivre et survivre en pays de Caux. Paris, Omnibus, 1998.
[7]
G. Corm :
Le Proche-Orient Éclaté, 1956-2000, Paris, Folio, 1999.
[8]
Il s’agit là de la méthode souvent utilisée consistant à diviser pour régner. La solution
politique proposée par les USA après avoir envahi et conquis l’Irak n’a rien d’originale en
imposant un « gouvernement » fondé sur la « représentation » des « minorités religieuses » et non
pas sur ceux qui sont fondés à représenter les citoyens.
[9]
R. Delors :
Les croisades, Paris, Seuil, 1988.
[10]
A. Adler déclarait lors d’une émission sur France Culture le 18 avril 2003 que cet auteur
a eu un rôle catastrophique durant la guerre du Viêt Nam en proposant à la CIA qui l’employait,
un profil type du chef de village susceptible de rejoindre les insurgés partisans d’Hô Chi Minh.
Cela se serait soldé par de terribles massacres.
[11]
Interview accordée à l’hebdomadaire
Le Point du 14 février 2003.
[12]
Il s’agit d’une allusion à l’invocation du fait que le Dey d’Alger, mécontent du non-paiement par le Directoire d’une importante livraison de blé, aurait levé son chasse mouche
devant l’ambassadeur de France. La France ainsi humiliée, aurait pour cette raison, entrepris la
conquête de l’Algérie en 1830.
[13]
Je pense à la guerre du Viêt Nam mais il y a d’autres exemples.
[14]
À l’exception de la Libération en 1945, les Américains, par exemple n’ont jamais apporté,
bien au contraire, la démocratie que ce soit au Viêt Nam, au Chili où ils ont imposé la dictature
de Pinochet, en Grèce ou en Iran où ils ont chassé Mossadegh pour imposer un régime à leur
convenance avec les avatars politiques que l’on sait et la Révolution Islamique qui s’en suivit.
[15]
R. Draï, par exemple, désigne les villes de Pithom et Ramsès comme ayant été des :
« camps de concentration » in
La sortie d’Égypte. L’invention de la liberté, Paris, Fayard, 1997,
p. 80. Se conformant, peut-être, à une Égypte imaginée par le cinéma hollywoodien, il affirme
que la ville de Ramsès fut construite par : « des milliers et des milliers d’esclaves tractant
d’énormes blocs depuis les premières heures du matin et sans répit, sous le soleil. », idem p. 79.
[16]
O. Carré :
Mystique et politique, Paris, Le cerf, 1984, p. 10.
[17]
F. Burgat :
L’Islamisme en face, La découverte, Paris 2002, p. 37.
[18]
Chacun connaît le proverbe selon lequel : « quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a
la rage. »
[19]
In
Le Point,
op. cit., p. 92.
[20]
E. Saïd :
l’Orientalisme, Paris, Seuil, 1980.
[21]
Des ingénieurs du son interrogés par la presse ont mis en doute l’authenticité de la
majorité des interviews et déclarations médiatiques attribuées à Ben Laden.
[22]
Il s’agit des guerres coloniales et de décolonisation, des problèmes liés à l’effondrement
de l’Empire ottoman et le partage de ses dépouilles par les impérialismes anglais et français, la
partition de la Palestine et le conflit israélo-arabe suivi de plusieurs guerres, massacre et attentats.
[23]
L’Islam chiite considère que l’imamat, c’est-à-dire la direction de la communauté des
croyants devait revenir à des descendants de Muhammad.
[24]
Nesroulah Yous,
Qui a tué à Bentalha, La découverte, Paris, 2000.
Reporters sans frontière :
Le drame algérien, un peuple en otage, Paris, La découverte, 1994.
Habib Souaïdia,
La sale guerre, Paris, La découverte, 2001.
Hichem Aboud,
La mafia des généraux, Paris, J.C. Lattès, 2002.
[25]
A.L. De Prémare,
Les fondations de l’Islam. Entre écriture et histoire, Paris, Seuil, 2002.
p. 95.
[26]
R. Blachère,
Introduction au Coran, Paris.
C. Gilliot,
Exégèse, langue et théologie en Islam. L’exégèse coranique de Tabari, Paris,
Vrin, 1990.
[27]
Tous les petits enfants espiègles qui, lorsqu’ils apprennent à écrire ou à réciter le Coran
savent cela : ajouter un point sur une consonne, l’effacer ici et avoir un sens tout à fait différent.
Il m’a été dit que de telles pratiques existent aussi parmi les enfants espiègles apprenant l’hébreux.
[28]
C. Luxemberg,
Die Syro-Amaïsche Lesart des Koran, Berlin, Arabische Buch, 2000.
[29]
R. Bargue, « Sortir du cercle », In
critique, avril 2003, p. 233.
[30]
Certains de ces « piliers » comme le pèlerinage à la Mecque ont été imposés après la mort
de Muhammad.
[31]
A. Morabia,
Le Gihad dans l’Islam médiéval, Paris, Albin Michel, 1993.
J. Flori,
Guerre sainte, jihâd, croisades, Paris, Seuil, 2002.
P. Crépon,
Les religions et la guerre, Paris, Albin Michel, 1991.
[32]
J. Chabbi,
Le seigneur des tribus, Paris, Noêsis, 1997.
[33]
In Watt,
Mahomet, Paris, 1996, p. 474.
[34]
A.L. De Prémare,
op. cit., p. 97.
[35]
D. Sourdel,
Dictionnaire historique de l’Islam, Paris, P.U.F., 1996.
[36]
Ignacio Olagü,
Les Arabes n’ont jamais envahi l’Espagne, Paris, Flammarion, 1969.
[37]
C’est également la thèse avancée par D. Sibony dans
Les trois monothéismes. Paris,
Seuil, 1992. Il s’agit d’une approche du monde et des sociétés perçus à travers le prisme d’une
conception anhistorique, immuable des religions.
[38]
A. Miquel,
L’Islam et sa civilisation, Paris, Armand Colin, 1977.
O. Vallet,
Une autre histoire de religions, Paris, Gallimard, 2001.
[39]
O. Vallet, idem p. 96.
[40]
I. Finkelstein et N.A. Silberman,
La bible dévoilée, Paris, Bayard, 2002. p. 12.
[41]
F. Bensalama,
La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam, Paris, Aubier, 2002.