Naissances latentes, la suspension de l’action et la genèse du temps humain
Jean Guillaumin
Dans cet article ici très brièvement résumé, Jean Guillaumin envisage les
rapports de la temporalité et de l’acte ou de l’agir sous un angle freudien essentiel. Il s’agit
de la clinique et de la métapsychologie de la subjectivation individuelle à partir du développement d’une capacité de rétention du premier noyau du Moi. Il se réfère à l’Esquisse et
montre comment le temps humain comme tel ne peut émerger que de la prise en charge par
l’appareil psychique d’une sorte de « quatrième dimension du temps » (en plus du passé,
du présent et de l’avenir), qui assure au sujet une position en surplomb sur l’écoulement
temporel permanent auquel l’acte est assujetti par la recherche de la décharge selon le
principe de plaisir/déplaisir, ordonné selon Freud à une finalité entropique. Pour l’auteur,
la notion d’une « latence », à la fois attente et intimité est ici centrale et ne se réduit pas à
la « période de latence ». L’immaturité naturelle de l’enfant humain le contraint à ne pouvoir
échapper temporairement à la destruction ou à l’auto-destruction incessante par la décharge
qu’au moyen même des dispositifs de freinage de l’action, que le monde extérieur l’aidera
à potentialiser à travers les échanges et emprunts renvoyant à d’autres sujets, « objectalisés »,
et à un ensemble humain doté de caractéristiques spécifiques. Ces caractéristiques incluent
la dimension de la sublimation et le développement de la culture et de la vie sociale comme
auxiliaires indispensables de la personnalisation individuelle, y compris dans la part de
sacrifice que l’individu doit faire aux autres pour en maintenir l’existence nécessaire, et dans
la part d’agressivité qu’il doit assumer et gérer pour en demeurer distinct sans en perdre le
bénéfice. La cure et tout le dispositif analytiques correspondent à la mise en place d’un
processus, à certains égards paradoxal, de recherche et d’ajustement de cette position
complexe, et souvent déréglée, d’amour et de deuil que le mode humain d’existence nous
impose.Mots-clés :
Acte, action, agir, Deuil, perte, individuation, Étayage, Processus psycha- nalytique, Relation d’objet, Rétention, Latences, Sublimation, Sujet, subjectivation, Temps, temporalité, durée.
In this article, briefly summarised here, Jean Guillaumin takes a look at the links
between temporality and action or taking action, from an essential Freudian viewpoint. We are
dealing here with clinical psychology and the metapsychology of individual subjectivation
based on the development of the capacity to retain the first core part of the Ego. The author shows
how human time as such can only emerge when our psychic apparatus adopts a sort of “fourth
temporal dimension” (in addition to past, present and future) which allows the subject to take
a longer view on time passing, a permanent process to which our acts are subjected by the quest
for unloading associated with the pleasure/displeasure principle, organised by Freud according
to an entropic end. For the author, the notion of “latence”, both its dimension as waiting but also
its intimacy, is essential here and cannot be boiled down to a simple “latence period”. The
natural immaturity of the human child means that the child can only temporarily escape from
the incessant destruction or self-destruction of unloading by applying breaking systems to
action, that the outside world then helps the child to make active through exchanges and borrowings with/from other subjects that are “objectified” to form a human being with specific
characteristics. These characteristics include the sublimation dimension and the development
of culture and socialisation as indispensable parts of individual personalisation, including the
sacrifices the individual must make for others to maintain necessary existence, and the element
of aggressiveness that the individual must manage and accept to remain distinct from others.
The analytical cure and other analytical practices correspond to the setting up of a process,
which in some senses is paradoxical, that involves both developing and adjusting this complex
position that often functions poorly, of love and loss that the human mode of existence imposes
upon us.Keywords :
Act, action, acting, Loss, bereavement, individuation, Anaclisis, Psychoanalytical process, Retention, Latence, Sublimation, Subject, subjectivation, Time, temporality, duration.