Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950419
200 pages

p. 23 à 33
doi: en cours

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no 89 2004/4

2004 TOPIQUE

Ponts et frontières entre psychanalyse et psychiatrie.

La contribution de Wilfred R. Bion

Pedro Luzes Av, A.A. Aguiar, 124-4Ëš P-1050-020 Lisboa Portugal Ana Almeida Av, A.A. Aguiar, 124-4Ëš P-1050-020 Lisboa Portugal Catarina Neves Av, A.A. Aguiar, 124-4Ëš P-1050-020 Lisboa Portugal
Ce travail est une investigation sur l’importance que les psychiatres accordent à la psychanalyse et aux auteurs qui s’y consacrent. Il développe la perception qu’ont les psychanalystes de la psychiatrie et son intérêt pour la psychanalyse elle-même. Un sondage effectué auprès d’un groupe de psychiatres et d’un groupe de psychanalystes permet de découvrir quelles ouvertures et quels ponts peuvent être établis entre eux.Mots-clés : Ecole de pensée, Nouveaux vertex, Neuropsychiatrie, Troubles de la pensée. This article looks at the importance that psychiatrists give to psychoanalysis and the contribution of authors who work on the significance of this relationship. We examine the perception psychoanalysts have of psychiatry and psychiatry’s interest in psychoanalysis. An opinion poll carried out on a group of psychiatrists and a group of psychoanalysts enables us to see what openings and bridges can be established between them.Keywords : School of thought, New vertex, Neuropsychiatry, Thought distur- bances.
Les relations entre psychanalyse et psychiatrie ont été jusqu’à aujourd’hui peu harmonieuses. Dans l’histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse, nombreux ont été les médecins (psychiatres, neurologues, pédiatres, etc.) qui ont eu un intérêt et un enthousiasme pour la psychanalyse faisant de cette activité et de cette branche du savoir leur principale passion. On a cependant la sensation que quand ces médecins changent leur parcours, ils perdent souvent de vue leur activité de départ, d’origine, soit la psychiatrie soit la médecine. C’est ainsi que, souvent, ils font en psychanalyse un parcours linéaire et unidirectionnel et non-circulaire, dans le sens que les deux aires ne cherchent pas à s’enrichir mutuellement.
Ce travail vise à évaluer l’importance que les psychiatres attribuent à la psychanalyse et aux auteurs qui s’y consacrent et à comprendre également la perception de ce que les psychanalystes considèrent comme important dans la psychiatrie pour la psychanalyse elle-même. Il s’agit de faire un sondage de deux mondes de façon à découvrir quels ponts et portes on peut établir entre les deux.
 
METHODOLOGIE
 
 
Deux questionnaires ont été élaborés (un pour les psychiatres et l’autre pour les psychanalystes) spécifiquement pour cette recherche. Dans les deux questionnaires, on présentait une liste de 33 psychanalystes bien connus dans l’histoire de la psychanalyse et ordonnés alphabétiquement d’après leurs prénoms. Chacun des questionnaires contenait des questions spécifiques et adéquates à l’échantillon étudié.
 
QUESTIONNAIRE SOUMIS AUX PSYCHIATRES
 
 
Aux Psychiatres on a demandé :
  1. Âge.
  2. Formation complémentaire, en plus de la psychiatrie.
  3. L’efficacité de la Psychanalyse comme méthode d’accès à la maladie mentale.
  4. À quel type de « savoir » correspond la Psychanalyse ?
  5. Pour chacun des 33 psychanalystes de la liste présentée, on demandait :
  6. Si connu ou non et avec quelle profondeur ?
  7. S’il était ou non un psychiatre ?
  8. Quelle était son importance pour la Psychanalyse ?
  9. Quelle était son importance pour la Psychiatrie ?
 
QUESTIONNAIRE SOUMIS AUX PSYCHANALYSTES
 
 
Aux Psychanalystes on a demandé :
  1. Âge.
  2. Nombre d’années d’affiliation à la Société Portugaise de Psychanalyse ?
  3. Formation de base.
  4. L’efficacité de la Psychanalyse comme méthode d’approche de la maladie mentale.
  5. Niveau des connaissances que le sujet possède en Psychiatrie.
  6. Complémentarité entre Psychiatrie et Psychanalyse.
  7. Quel est l’auteur le plus adéquat pour servir de pont entre Psychiatrie et Psychanalyse ?
  8. Pour chacun des 33 psychanalystes de la liste présentée, on demandait :
  9. Quelle est son importance pour la Psychanalyse ?
  10. Quelle est son influence sur la Psychiatrie ?
  11. Dans quelle mesure a-t-il été influencé par la Psychiatrie ?
 
ECHANTILLONS
 
 
Psychiatres – 16
Psychanalystes – 18
 
ANALYSE DES DONNEES EN PROVENANCE DES PSYCHIATRES
 
 
A. La moyenne d’âge des sujets de notre échantillonnage est de 41 ans et ils ont en moyenne 11 ans et demi de pratique comme psychiatres.
B. Leurs formations complémentaires oscillent avec quelque amplitude autour des psychothérapies (psychodrame, psychothérapie de groupe, thérapie centrée sur le patient, thérapie cognitive-comportementale et thérapie familiale).
C. Lorsqu’ils sont interrogés sur l’efficacité de la psychanalyse comme méthode d’approche de la maladie mentale, 37,5 % la considèrent efficace, tandis que 31,25 % la considèrent peu efficace et 18,75 % suffisamment efficace. Seulement 12,5 % considèrent la Psychanalyse comme une méthode d’investigation de la maladie mentale très peu efficace.
D. Lorsqu’ils sont invités à porter un jugement sur la Psychanalyse, la majorité (62,5 %) la considère comme une École de Pensée (concernant le style, les méthodes et non le contenu) et 50 % comme Psychothérapie. Seuls 6,25 % des psychiatres interrogés l’appréhendent comme une Science.
E.1 - Sur les 33 noms de Psychanalystes de la liste pésentée aucun n’a été nommé par la majorité des psychiatres comme très bien connu. Seulement 18,75 % des psychiatres interrogés ont dit connaître très bien Sigmund Freud et celui-ci fut le seul analyste mentionné dans cette catégorie. Les psychiatres qui ont participé dans cette enquête disent bien connaître Sigmund Freud, Mélanie Klein, Carl Gustav Jung, Donald Winnicott, Anna Freud, Michael Balint, Wilfred Bion, Jean Bergeret, Erik Erikson et John Bowlby. Ils répondent avoir une vague connaissance (ont entendu parler) des analystes suivants : Alfred Adler, Jacques Lacan, Sandór Ferenczi, Serge Lebovici, Wilhelm Reich, Erich Fromm, Heinz Kohut, Karl Abraham, Otto Fenichel, Ronald Fairbairn, Bruno Bettelheim, Ernest Jones, Heinz Hartmann, Michael Balint, Wilfred Bion, Donald Meltzer, Margaret Mahler, Erik Erikson, Franz Alexander et John Bowlby. Ils répondent n’avoir aucune connaissance de l’œuvre des analystes suivants : Thomas Ogden, Esther Bick, Karen Horney, Maurice Bouvet, Hélène Deutsch, André Green, Ernest Jones, Otto Rank, Heinz Hartmann, Françoise Dolto et Franz Alexander. On peut souligner que le nom Thomas Ogden n’a été reconnu par aucun des psychiatres.
Je connais bien :
Sigmund Freud (68,75 %)
Mélanie Klein (68,75 %)
Carl Gustav Jung (62,5 %)
Donald Winnicott (56,25 %)
Michael Balint (50 %)
Anna Freud (50 %)
Wilfred Bion (43,75 %)
Jean Bergeret (43,75 %)
Erik Erikson (37,5 %)
John Bowlby (37,5 %)
J’ai entendu parler :
Alfred Adler (81,25 %)
Jacques Lacan (68,75 %)
Sandor Ferenczi (68,75 %)
Serge Lebovici (62,5 %)
Wilhelm Reich (62,5 %)
Erich Fromm (56,25 %)
Heinz Kohut (56,25 %)
Karl Abraham (56,25 %)
Otto Fenichel (56,25 %)
Ronald Fairbairn (56,25 %)
Bruno Bettelheim (50 %)
Franz Alexander (37,5 %)
Ernest Jones (50 %)
Heinz Hartmann (50 %)
Michael Balint (50 %)
Wilfred Bion (50 %)
Donald Meltzer (43,75 %)
Margaret Mahler (43,75 %)
Erik Erikson (37,5 %)
John Bowlby (37.5 %)
Je ne connais pas :
Thomas Ogden (100 %)
Esther Bick (87,5 %)
Karen Horney (75 %)
Maurice Bouvet (75 %)
Hélène Deutsch (68,75 %)
André Green (68,75 %)
Ernest Jones (50 %)
Otto Rank (50 %)
Heinz Hartmann (50 %)
Françoise Dolto (43,75 %)
E. 2 - L’indentification de la formation de base des 33 psychanalystes qui font partie de notre liste a été très difficile pour les psychiatres. Sur les 33 de la liste présentée seulement 5 ont été classés comme non-psychiatres (Jung, Lacan, Klein, Bion et Mahler) et, comme psychiatres, on en a classé 4 (Anna et Sigmund Freud, Winnicott, Mahler). Ces identifications contiennent des erreurs. Pour les autres, 24 des psychiatres interrogés ont répondu ne pas savoir.
N’est pas Psychiatre :
Carl Gustav Jung (62.5 %)
Mélanie Klein (37,5 %)
Jacques Lacan (31,25 %)
Wilfred Bion (31,25 %)
Margaret Mahler (25 %)
Est Psychiatre :
Sigmund Freud (75 %)
Anna Freud (50 %)
Donald Winnicott (50 %)
Margaret Mahler (25 %)
Je ne sais pas :
Donald Meltzer (81,25 %)
Sandor Ferenczi (81,25 %)
Heinz Hartmann (75 %)
Heinz Kohut (75 %)
Otto Fenichel (75 %)
Erich Fromm (68,75 %)
Hélène Deutsch (68,75 %)
John Bowlby (68,75 %)
Otto Rank (62,5 %)
Ernest Jones (56,25 %)
Esther Bick (56,25 %)
Franz Alexander (56,25 %)
Karen Horney (56,25 %)
Karl Abraham (56,25 %)
Maurice Bouvet (56,25 %)
Michael Balint (56,25 %)
Ronald Fairbairn (56,25 %)
Serge Lebovici (56,25 %)
Wilhelm Reich (56,25 %)
André Green (50 %)
Jacques Lacan (50 %)
Françoise Dolto (50 %)
Bruno Bettelheim (50 %)
Erik Erikson (50 %)
Alfred Adler (43,75 %)
Jean Bergeret (43,75 %)
Wilfred Bion (43,75 %)
Thomas Ogden (43,75 %)
Margaret Mahler (37,5 %)
Mélanie Klein (31,25 %)
E. 3 - Questionnés sur l’importance de chacun des psychanalystes de la liste dans l’élaboration de la Psychanalyse, les psychiatres ont mis en évidence, avant tout autre, S. Freud (75 %) et Mélanie Klein (43,75 %) comme très très importants. Les sujets ayant des difficultés à classer les auteurs relativement à leur importance pour la construction de la Psychanalyse n’ont pas classé 17 des noms proposés.
E. 4 - Dans les réponses aux questions posées sur les psychanalystes ayant été importants pour la construction de la Psychiatrie, le seul qui fut considéré très très important par les psychiatres fut Sigmund Freud. Comme très importants furent pointés Winnicott et Franz Alexander mais seulement par un pourcentage bas de l’échantillon de psychiatres (respectivement 25 % et 18 %). Adler, Anna Freud, Jung, Bergeret et Abraham ont été considérés comme importants. Furent considérés peu importants : Jacques Lacan, Heinz Kohut, Wilhelm Reich, Margaret Mahler, Jean Bergeret, John Bowlby, Otto Fenichel, Ronald Fairbairn, Karl Abraham, Bruno Bettelheim, Erik Erikson, Mélanie Klein, Michael Balint, Sandór Ferenczi, Wilfred Bion, Anna Freud, Donald Winnicott et Françoise Dolto. Mélanie Klein a été considérée peu importante (31,25 %) ou sans importance (37,5 %) pour la Psychiatrie.
Voici le total de réponses sur l’importance des psychanalystes dans la construction de la Psychiatrie.
Sans Importance :
Mélanie Klein (37,5 %)
Peu Importants :
Jacques Lacan (50 %)
Heinz Kohut (43,75 %)
Wilhelm Reich (43,75 %)
Margaret Mahler (43,75 %)
Jean Bergeret (37,5 %)
John Bowlby (37,5 %)
Otto Fenichel (37,5 %)
Ronald Fairbairn (37,5 %)
Karl Abraham (37,5 %)
Bruno Bettelheim (31,25 %)
Erik Erikson (31,25 %)
Melanie Klein (31,25 %)
Michael Balint (31,25 %)
Sandor Ferenczi (31,25 %)
Wilfred Bion (31,25 %)
Anna Freud (25 %)
Donald Winnicott (25 %)
Françoise Dolto (25 %)
Franz Alexander (18,75 %)
Important :
Alfred Adler (56,25 %)
Carl Gustav Jung (56,25 %)
Karl Abraham (37,5 %)
Anna Freud (31,25 %)
Jean Bergeret (25 %)
Franz Alexander (18,75 %)
Très Important :
Donald Winnicott (25 %)
Franz Alexander (18,75 %)
Très, très Important :
Sigmund Freud (75 %)
N’ont pas été cités :
André Green (68,75 %)
Donald Meltzer (56,25 %)
Bruno Bettelheim (50 %)
Erich Fromm (50 %)
Ernest Jones (68,75 %)
Esther Bick (68,75 %)
Françoise Dolto (50 %)
Franz Alexander (37,5 %)
Heinz Hartmann (50 %)
Hélène Deutsch (75 %)
Karen Horney (62,5 %)
Maurice Bouvet (75 %)
Otto Fenichel (43,75 %)
Otto Rank (50 %)
Sandor Ferenczi (31,25 %)
Serge Lebovici (43,75 %)
Thomas Ogden (87,5 %)
Remarques sur cette partie du questionnaire :
  1. De façon générale, les Psychanalystes sont considérés peu importants pour la Psychiatrie, même Mélanie Klein et Wilfred Bion. Ceci malgré que Klein ait été jugée par les Psychiatres comme la deuxième figure dont le nom est le mieux connu des Psychiatres.
  2. Le Psychanalyste vu comme le plus important pour les Psychiatres, ayant le plus influencé l’élaboration de la Psychiatrie est Sigmund Freud.
  3. Une grande partie des Psychiatres interrogés n’identifie pas le travail des Psychanalystes mentionnés.
 
CONCLUSIONS SUR L’ANALYSE DES RÉSULTATS EN PROVENANCE DES PSYCHIATRES
 
 
Les Psychiatres de notre échantillon ont montré avoir quelque confiance dans la Psychanalyse en tant que méthode d’approche de la maladie mentale en la considérant : Efficace (37,5 %), Suffisamment Efficace (18,25 %) ou Peu Efficace (31,25 %). 12,5 % considèrent la Psychanalyse Très Peu Efficace. Donc la frontière ici semble se situer entre confiance et absence de confiance. Il va de soi que si le psychiatre n’a pas confiance dans la Psychanalyse comme méthode de traitement de la maladie mentale, il aura une motivation faible pour s’intéresser aux auteurs et thèmes psychanalytiques creusant davantage le fossé entre Psychanalyse et Psychiatrie. S’il n’y a qu’un nombre réduit d’individus considérant la Psychanalyse comme Très peu efficace (12,5 %), cela signifie, selon notre opinion, que la Psychanalyse ne connaît pas de discrédit auprès des psychiatres. Elle se maintient comme un corps théorique et une pratique méritant respect. Cet indicateur a de la valeur lorsqu’on prétend réfléchir sur les « ponts » que l’on peut construire (ou restaurer) entre Psychanalyse et Psychiatrie. Le chemin est ouvert, mais il a besoin d’être déblayé et restauré.
La plupart des psychiatres questionnés considèrent la Psychanalyse comme une École de Pensée mais non une Psychothérapie ou une Science. Quelques-uns ont donné une réponse multiple, considérant la Psychanalyse à la fois comme École de Pensée, Psychothérapie et Science. Il faudrait que la Psychanalyse, grâce à une variabilité plus grande d’angles d’approche, puisse être davantage assimilée par les psychiatres comme Psychothérapie et Science suscitant un réel intérêt (et non pas une simple curiosité) et stimulant une tendance à l’investigation qui rechercherait surtout l’approfondissement des connaissances. Certaines formules mathématiques, le renouvellement du langage, la création de ce qu’il appelle « nouveaux vertex », la théorie des transformations, toutes ces démarches avancées par Bion vont dans cette direction.
La majorité des auteurs bien connus en Psychanalyse sont inconnus des Psychiatres. Cette constatation nous amène à une autre : il y a une pénétration réduite du savoir psychanalytique dans le milieu psychiatrique. La zone de pénétration quand celle-ci a lieu semble être superficielle, arrivant à un « j’ai entendu parler » plutôt qu’à une connaissance plus approfondie. Il y aurait en principe un terrain fertile pour l’éclosion de la semence psychanalytique quand on entend dire : « j’ai entendu parler ». Si on ne dépasse pas ce stade, s’il y a une curiosité uniquement superficielle – dans ce cas la semence n’est pas dûment protégée et soignée, elle n’arrivera jamais à germer et à se développer.
Une connaissance très superficielle de la majorité des auteurs psychanalytiques rend difficile aux psychiatres d’évaluer la formation de base de ceux-là. Curieusement les psychanalystes « associés » à la psychiatrie furent dans cette investigation Sigmund Freud et Anna Freud, cette dernière par un effet de proximité par rapport à son père Sigmund. En dehors de ces deux-là, il y a deux psychanalystes à qui l’on a attribué une identité de psychiatres peut-être parce qu’ils ont étudié des pathologies classiquement classées chez les enfants comme psychiatriques (l’autisme de l’enfant par exemple) et qu’ils ont contribué à définir des troubles dans la relation mère-enfant capables d’engendrer des pathologies graves chez les jeunes enfants, par exemple des psychoses infantiles. Cependant, Mélanie Klein, que l’on pourrait peut-être classer dans le même groupe, est mentionnée comme n’ayant pas une formation psychiatrique, sans doute parce que son style d’écriture, ses exposés trop éloignés des modèles médicaux, la rendent « difficile » pour les personnes de formation médicale et psychiatrique.
 
ANALYSE DES DONNÉES EN PROVENANCE DE PSYCHANALYSTES
 
 
F, G, H – La moyenne d’âge des sujets de cet échantillon est de 46 ans et ils ont 10 ans d’appartenance à la Société Portugaise de Psychanalyse. Les formations de base des psychanalystes au Portugal ont changé : tandis qu’au début elles étaient exclusivement médicales et neuropsychiatriques, actuellement il y a prépondérance de Psychologues (66,7 %); le reste étant des Psychiatres et des Pédopsychiatres.
I – Interrogés sur l’efficacité de la Psychanalyse comme méthode d’approche de la maladie mentale, 42,85 % la considèrent Suffisamment Efficace, 33,33 % considèrent la Psychanalyse comme Peu Efficace. Seulement 4,75 % considèrent que la Psychanalyse est très efficace pour les psychoses.
J – Relativement au niveau des connaissances sur la psychiatrie, la majorité des analystes interrogés (44,85 %) considèrent qu’ils ont des connaissances de Niveau Moyen en Psychiatrie et seulement 19,04 % estiment avoir un Bon Niveau de connaissances psychiatriques. Sachant que parmi eux il y a un groupe assez grand de formation d’origine psychiatrique, on s’attendrait à voir aussi un meilleur niveau de connaissances psychiatriques. Le fait que cela ne soit pas le cas, signifie que depuis qu’ils sont entrés dans le domaine de la psychanalyse, il s’est produit un désintérêt et un éloignement des origines même pour ceux dont la formation de base est la Psychiatrie.
K – La plupart des psychanalystes interrogés considèrent que la Psychanalyse et la Psychiatrie sont des aires de savoir complémentaires (61,9 %) tandis qu’un pourcentage plus réduit, mais encore significatif, considèrent qu’elles sont des aires inévitablement complémentaires (19 %). Ces résultats sont révélateurs de la manière dont les Psychanalystes voient leur relation avec la Psychiatrie, mais ne correspondent pas à la réalité : en effet, l’ensemble de cette recherche, montre une complémentarité réduite des deux aires car elles ont une interpénétration réduite.
L – A la question sur quel auteur (ou quelle théorie) ils considéreraient le plus servir de pont entre Psychanalyse et Psychiatrie, le niveau de dispersion des réponses fut significatif, le même sujet proposant différents noms; cependant deux noms se détachent : Wilfred Bion qui fut nommé par 23,8 % et Donald Winnicott avec 14,28 %. Ces résultats sont renforcés par l’analyse des 3 dernières questions.
M – 1. Sur les 33 Psychanalystes présentés, celui qui fut considéré le plus important pour la Psychanalyse fut Sigmund Freud. Le deuxième et la troisième mieux placés parmi les plus importants pour la Psychanalyse furent respectivement Wilfred Bion et Mélanie Klein.
M – 2. Sigmund Freud fut considéré par les psychanalystes comme très très important pour la Psychiatrie. Karl Abraham fut classé comme très important certainement à cause de ces travaux sur les positions et fixations libidinales précoces et sur la psychose maniaco-dépressive (52,38 %). Parmi les psychanalystes plus modernes, W. Bion fut le seul à être mis dans le rang des très importants pour la psychiatrie (30,09 %).
M – 3. Quand on a posé la question sur l’influence de la Psychiatrie dans l’œuvre des 33 psychanalystes examinés, on a obtenu les résultats suivants : Carl Gustav Jung fut le seul à être signalé comme ayant développé son œuvre sans subir aucune influence psychiatrique (pour 24 % des psychanalystes interrogés). Anna Freud, Donald Meltzer et Bruno Bettelheim furent considérés comme faiblement influencés par la Psychiatrie. Des 33 Psychanalystes de notre liste, 25 ont été décrits comme ayant subi des influences de la Psychiatrie dans l’élaboration de leur œuvre. Parmi ces 25, on peut en isoler trois pour lesquels le consensus sur les sujets interrogés était le plus pointé : Sandor Ferenczi (57,14 %), John Bowlby (52,38 %) et Sigmund Freud (47,61 %).
 
LA CONTRIBUITION DE BION
 
 
Un de nous a fait connaître au Portugal mais aussi au niveau international l’œuvre de Bion à travers un Rapport présenté au XIXe Congrès des Psychanalystes de Langues Romanes tenu à Lisbonne en 1968 et dont le titre était : « Les Troubles de pensée en clinique psychanalytique » (voir Revue française de psychanalyse, tome XXXIII, 1969). La pensée de Bion a reçu une large adhésion de la part des collègues de la Société Portugaise de Psychanalyse. Sa pensée a acquis une position stable au long de ces dernières années comme on peut le constater à travers les questionnaires dont nous avons abordé les résultats. Chez nous il représente une des écoles de pensée les plus prometteuses avec de très nombreux adeptes. Il en est de même au Brésil, en Italie et pour d’autres pays.
L’œuvre de Bion développée autour de plusieurs pivots de base permet de :
  1. Approcher de façon explicative et compréhensible les troubles psychiatriques graves, utilisant des concepts nouveaux ou rénovés comme identification projective, clivage, théorie des transformations.
  2. Établir des théories qui éclairent les débuts de la vie mentale et de la psychopathologie de l’enfant, la genèse de ses toutes premières relations objectales.
  3. Ébaucher des théories qui permettent de comprendre les liens établis par l’enfant et les causes d’interruption et coupure des liens et de l’attachement.
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