2004
TOPIQUE
La psychanalyse dans l’œuvre de Eugenio Tanzi et Ernesto Lugaro
Franco Quesito
Corso Regina Margherita, 123 I – 10122 Torino Italie
En 1905 – avant que la psychanalyse ne soit introduite en Italie – les psychiatres et professeurs universitaires Tanzi et Lugaro publièrent le Trattato delle malattie
mentali (Traité des maladies mentales), qui fut longtemps un important texte d’étude pour
la formation de beaucoup de générations de médecins psychiatres. Dans cet épais traité
S. Freud n’était absolument pas nommé, mais était présent dans les éditions suivantes de
1914 et 1923. Dans chaque référence tirée de l’œuvre de S. Freud, Tanzi et Lugaro réfutèrent la psychanalyse, en essayant de tronquer les fondements théoriques par des jugements
grossièrement préjudiciaux. Mots-clés :
Tanzi et Lugaro, Trattato delle malattie mentali, Médecins psychiatres, Jugements grossièrement préjudiciaux.
In 1905, before psychoanalysis was introduced into Italy, Tanzi and Lugaro, both psychiatrists and university professors, published the Trattato malattie mentali (Treaty of Mental Illness) which for years was the key text in the training of generations of psychiatrists. Sigmund Freud gets no mention in this hefty work, but did appear in the 1914
and 1923 editions. In each reference to Freud’s work, Tanzi and Lugaro refute the principle
of psychoanalysis and sabotage its theoretical basis in the most biased and unsophisticated of ways.Keywords :
Tanzi and Lugaro, Trattato delle malattie mental, Psychiatrists, Bia- sed and Unsophisticated Criticism.
LE DÉVELOPPEMENT DE LA VISION MÉDICALE DE LA MALADIE
MENTALE
Avant 1850 (année de l’institution à Turin de la première chaire – confiée
à M. Bonacossa – de psychiatrie dans une université italienne) la folie était
considérée comme un événement lié aux vicissitudes de l’âme et des passions
de l’homme et d’abord une possession démoniaque. Petit à petit à partir de
cette date prend place une approche sur la définition du statut de la maladie qui
envahit tout le débat scientifique de la deuxième moitié du XIXe siècle et mène
la psychiatrie italienne sur des positions organicistes.
En 1852 fut publié le premier numéro de l’Appendice Psichiatrica alla
Gazzetta medica italiana (Appendice Psychiatrique à la Gazette médicale
italienne) où Verga publia le premier document de la psychiatrie italienne venant
de naître, par moyen duquel il proposa une loi organique sur les aliénés, la
publication d’une recherche statistique sur la folie en Italie, l’institution d’asiles
d’aliénés criminels (nécessaires pour la séparation entre malades et criminels)
et un projet de formation pour les infirmiers.
Le soir du 2 juin 1861 dans l’asile de Aversa, le Directeur du « Morotrofio
Royal », le Docteur Miraglia fonda la Société Phrénopatique Italienne tout en
rappelant que déjà en 1849 il avait exprimé la nécessité d’organiser une
Académie de Médecine Mentale.
[1]
En 1873 naquît la Société de Phréniatrie qui comprenait les amateurs des
sciences neurologiques et psychiatriques et discutait dans ses congrès les thèmes
concernant les deux disciplines.
[2]
A travers les différentes modifications au statut établies lors du XIV
e Congrès
de Perugia de 1911 et du XX
e Congrès en 1933, la société prit le nom actuel de
Società Psichiatrica Italiana (Société Psychiatrique Italienne). En 1907 se
constitua à Rome la Società Italiana di Neurologia (Société Italienne de
Neurologie).
[3]
Au Conseil de Direction furent élus les professeurs : Bianchi, Golgi,
Mingazzini, Tanzi, Morselli, D’Abundo Tamburini, De Sanctis, Belmondo,
Colella, Tonnini, Pellizzi, Lugaro, Donaggio, Negro.
On ne vas pas procéder au résumé de l’histoire de la Società Italiana di
Neurologia car on a déjà à ce point rencontré deux des protagonistes de la
recherche psychiatrique italienne, qui ensemble – grâce à leurs publications –
contribuèrent à rendre dominante dans la psychiatrie pas seulement une ligne
théorique précise, mais également un point de vue sur la psychanalyse.
- Eugenio Tanzi (Trieste 1856 – Firenze 1934)
Né à Trieste, et donc sujet de l’Empire Austro-hongrois, il étudia à Padoue
et à Graz. Après son diplôme, à cause de sa passion patriotique, il fut obligé de
se transférer à Reggio Emilia, où il fût collaborateur de Augusto Tamburini à
l’Hôpital Psychiatrique San Lazzaro. En 1893 il devint professeur de psychiatrie
de Palerme et deux ans après il prit la place de Tamburini à l’université de
Florence, charge qu’il maintint jusqu’à la fin de son activité scientifique.
Il fut l’un des rares savants italiens, avec son élève et collaborateur Ernesto
Lugaro, qui soutint la théorie du neurone de Santiago Ramon y Cajal, tout en
critiquant la position réticulaire de Camillo Golgi. Il était convaincu que la
psychiatrie devait reposer sur des bases strictement biologiques, point de vue
similaire à celui d’Emil Kraepelin. Il supposa que les stimulations externes
pouvaient apporter des modifications réelles dans les tissus cérébraux. Un
souvenir durable était donc une véritable structure physique due à une stimulation récurrente. Son idée était que le système nerveux est constitué par un
ensemble de neurones séparés de distances minimes. Les « vagues neurales »
qui traversaient le système stimulaient la croissance d’autres neurones, en
facilitant le passage des stimulations. Quelques années après, en 1897,
Sherrington aurait forgé le terme « synapse ». Sur ces bases, Tanzi menait des
recherches originelles sur la mémoire associative et sur les atrophies expérimentales des centres nerveux. D’une certaine importance fut également l’étude
sur la paranoïa (1884) considérée comme occasionnée par le retour à la pensée
primitive et aux tendances réprimées de l’individu. Il fonda avec Enrico Morselli
et Tamburini la « Rivista di patologia nervosa e mentale » (Revue de pathologie nerveuse et mentale) (1896) et avec Ernesto Lugaro il publia le Trattato
delle malattie mentali (1905) (Traité des maladies mentales), s’inspirant de
Kraepelin.
Il était le grand-oncle de l’écrivaine Natalie Ginzburg (Palerme 1916 –
Rome 1991) et en janvier 1917 il reçut pour une consultation le poète Dino
Campana, accompagné par l’écrivaine Sibille Aleramo, ce qui témoigne de sa
réputation de luminaire à l’époque.
- Ernesto Lugaro (Palerme 1870 – Salò 1940)
Après les études de médecine à Palerme, il entreprit son activité auprès de
la Clinique Psychiatrique de Palerme dirigée à l’époque par Eugenio Tanzi. En
1895 il suivit Tanzi, qui s’était transféré au San Salvi de Florence. Rédacteur,
dès la fondation, de la Rivista di patologia nervosa e mentale (Revue de pathologie nerveuse et mentale), il mena son activité scientifique et didactique dans
les Universités de Sassari, Messina, Modena et Turin. En 1906 il dirigea l’Asile
d’aliénés de Sassari et publia I problemi odierni della Psichiatria (Les problèmes
actuels de la Psychiatrie). En 1915 il alla à Turin où il dirigea la Clinique
Psychiatrique et publia Per la clinica psichiatrica di Torino (Pour la clinique
psychiatrique de Turin); un texte dans lequel il se plaignit des difficultés
d’effectuer de la recherche et de la didactique à l’intérieur de la Clinique à
cause du manque d’intérêt des autorités locales, qui l’amènera à transférer la
didactique uniquement auprès des structures de l’Université, pour ne pas avaliser
les manques de la Clinique psychiatrique.
En 1916 il publia à Turin Per l’Università di domani (Pour l’Université de
demain), dans lequel il soutient ses idées sur la maladie mentale :
Les causes des maladies mentales ne diffèrent pas tellement des causes de
toute autre maladie. D’ailleurs elles agissent de façon assez plus compliquée;
le lien entre la cause de la maladie et l’altération cérébrale est difficile à
retrouver, car elle se passe à travers des voies complexes sur l’organisme avant
de rejoindre le cerveau (page 273).
A propos de l’asile d’aliénés il affirme, en prenant ses distances des idées
du passé, que :
Cette ambiance apte au soin et à la garde du malade mental, cette ambiance
de paix, d’isolation, qui donne au moins un peu de répit, qui atténue et abolit
toutes les stimulations énervantes, qui enlève le malade des luttes et des
contraintes de la vie, cette ambiance est bien l’asile d’aliénés (page 324).
En ce qui concerne la thérapie ses idées sont entièrement adressées vers
une position médicale, il écrit en effet :
Le soin des maladies mentales, surtout de celles qui dépendent de la
complexité du procès pathogénique et davantage de l’impossibilité de combattre
directement dans le cas individuel les causes de la maladie car trop lointaines
et naissant même de générations précédentes, se heurte à des difficultés. Ce sont
ces dernières qui poussent à essayer la voie de la PROPHYLAXIE, qui dans
d’autres domaines a donné beaucoup d’espoir et qui peut être définie comme
la vraie médecine du futur (page 335).
Sa position sur l’inconscient est tout à fait précise et son jugement définitif :
Un état de conscience, même si atténué, est en tout cas conscient; on
suppose que si à un moment donné il disparaît car un autre plus intense se
manifeste, le premier de ces états cesse d’être conscient, ou mieux il cesse
d’exister; dans ce cas donc l’explication psychologique subconsciente des
idées latentes faillit entièrement. Vraisemblablement on affirme que le souvenir
latent est une trace anatomique, dans un mécanisme inerte, mais prêt à entrer
en action à chaque stimulation dûment donnée. On introduisait ainsi dans le
mécanisme de la psychologie introspective un élément absolument objectif, un
parmi plusieurs éléments qui auraient amené plus tard à l’équivoque d’une
psychologie de l’inconscient (page 33).
Il écrit également un pamphlet assez curieux dans lequel il intervient en
veste de « psychiatre du régime » à propos des raisons du conflit mondial en
cours :
La diagnose exacte, et si elle l’est ne sera pas tellement utile au soin,
profitera les peuples sains pour les préserver des dangers. Nous ne sommes pas
face à des souverains fous qui ont traînés leurs peuples, nous nous trouvons
vis-à-vis d’une nation dangereuse : l’Allemagne (Pazzia d’Imperatore o aberrazione nazionale ? Roma, 1916, pag. 31), (Folie d’Empereur ou aberration
nationale ? Rome, 1916, page 31).
En général, les recherches de tous les spécialistes, et des italiens aussi,
étaient menées autour de la définition du statut de la maladie mentale et concernaient donc la possibilité d’une définition capable d’aller au-delà de la
simplification qui définissait le « fou » uniquement à travers sa déviance de
l’ordre social courant. Cette définition – qui s’était imposée dans les siècles
précédents – n’était pas dépassée, mais adoucie du point de vue de la progressive
médicalisation de la « folie ». La médecine, tout en continuant son œuvre de
séparation du fou des autres membres de la société dans les asiles d’aliénés,
essaya la route de la classification selon les différents symptômes de la folie et
donc aussi celle d’une possible thérapie.
Ce débat en Italie concernait en effet la règle de l’hospitalisation obligatoire
dans les asiles d’aliénés et donc aussi les différences entre l’anomalie (considérée un état d’aberration fonctionnel de l’organisme) et la maladie (considérée
comme procès biologique anormal dû aux agents extérieures). Déjà Cesare
Lombroso avec ses théories physionomiques s’était mesuré avec le sujet (auprès
du Musée d’Anthropologie de Turin il y a encore plusieurs pièces angoissantes)
et c’est justement dans ce domaine qu’également M. Tanzi et M. Lugaro avaient
exprimé leurs premières réflexions en faveur d’une théorie médicale de la
maladie mentale et aussi de l’emploi thérapeutique des asiles d’aliénés.
Pour tous les deux il faudrait que la psychiatrie se fusionne avec la clinique
et que les troubles mentaux deviennent de véritables manifestations pathologiques à étudier avec les méthodes de la neurophysiologie et de la
neuropathologie.
Leur position est caractérisée par la conviction que la maladie mentale ait
une origine organique et donc ils refusent toute autre possible définition; dans
ce sens, ils s’intègrent bien dans l’histoire de la psychiatrie italienne, ils l’aident
même à se définir, et en même temps ils contribuent, à travers leur œuvre à
garantir une séparation entre la recherche psychiatrique italienne et la psychanalyse, qui par contre se diffusait à l’étranger.
Dans leur manuel « Trattato delle malattie mentali » (Traité des maladies
mentales) en effet la psychanalyse avait un rôle précis, qui était le suivant.
La première édition de ce manuel qui date de 1905 (manuel qui d’ailleurs
constitue la pierre miliaire de la psychiatrie italienne) ne mentionne même pas
la psychanalyse, qui par contre apparaît à partir de la deuxième édition en 1914.
On remarque qu’en 1905 dans le Règne d’Italie on ne parlait pas encore de
psychanalyse; l’effort des auteurs qui publient dans la deuxième édition leur
opinion sur Freud et sur la psychanalyse est donc absolument remarquable.
Dans ces années-là il n’était pas si facile de trouver des spécialistes déjà au
courant de la matière, ce qui met en évidence que M. Tanzi et M. Lugaro étaient
très attentifs, même si factieux. A leur intérêt correspond donc un effort réitéré
de critique envers tout ce qui concerne la psychanalyse à partir des positions
absolument organicistes, qui n’acceptent pas d’autre étiologie sinon celle
exogène ni aucune psychopathologie sinon celle purement descriptive. Même
s’ils jugeaient toujours de façon négative le travail de Freud, les deux auteurs
sont en tout cas assez bien renseignés et en quelque sorte à même de relater de
façon suffisamment précise l’état actuel de la recherche psychanalytique.
Malheureusement celle qui peut apparaître en 1914 comme une prise de position
préjugée, ou bien un défaut d’approfondissement, ne l’est plus en 1923, année
de parution de la troisième édition du Traité.
Ici également la psychanalyse subit la même destinée de « critique et de
ridicule » et pour eux Freud «
est resté bloqué dans le labyrinthe de sa propre
herméneutique; il a cru avoir établi un schéma scientifique, alors qu’il n’a
fait rien d’autre jusqu’à maintenant que de composer une symphonie de
métaphores sonantes »
[4] et se trouve «
désormais entouré d’un groupe de
disciples fanatiques, qui donnent aux idées du maître, déjà assez confuses, un
développement fantastique et une publicité sensationnelle »
[5].
Ou bien «
les idées préconçues de la pathogenèse sexuelle généralisée à tous
les dérangements psychiques et névroses deviennent chez les psychanalystes
l’aspect d’une véritable obsession, et rendent leur procédés pas seulement
inopportuns et ambigus mais surtout insidieux ».
[6]
Même pas pour la méthodologie thérapeutique le jugement est clément, en
effet ils disent : «
D’ailleurs toute la théorie de Freud s’appuie surtout sur les
données de la psycho-analyse méthode très suggestive, aussi bien pour ceux
qui la pratiquent que pour ceux qui la subissent ».
[7]
La critique de M. Tanzi et M. Lugaro à la psychanalyse s’étend donc à
plusieurs aspects, de la structure théorique à celle scientifique, de l’importance
donnée à la sexualité aux méthodes même de la thérapie; pour eux rien ne
pourrait être sauvé, voici quelques jugements ayant la prétention d’être
définitifs : «
il suffit de connaître les acrobatismes psychologiques, qui frisent
le delirium d’interprétation par lesquels les psychanalystes déchiffrent le rêve
le plus confus, pour ne pas s’étonner si dans les actions et dans les mots incohérents d’un idiot ils savent lire la traduction symbolique d’un sale roman ».
[8]
Il est vrai que la première guerre mondiale vient de terminer et que la vague
antigermanique est assez forte, donc on ne peut pas s’attendre à une attitude
plus positive; il est toutefois utile de rappeler en tout cas qu’en même temps
en Italie on avait entrepris la route de la fondation du mouvement psychanalytique. Cela est bien connu des deux auteurs, mais en toute hâte ils disent : «
On
n’aurait pas prêté attention à ce sujet si ces élucubrations doctrinaires n’avaient
pas suscité un intérêt qui pour plusieurs raisons a quelque chose de pathologique. Mais l’infatuation des néophytes passera vite, et déjà dans l’église
psychanalytique ils s’avèrent des séismes précurseurs de la désagrégation ».
[9]
Le travail de M. Tanzi et M. Lugaro ne contribua décidément pas à l’histoire de la psychanalyse italienne, sinon dans l’essai d’en contraster sa diffusion.
Mais peut-être même qu’à travers leurs jugements grossièrement négatifs, la
psychanalyse a su trouver sa route pour la diffusion.
[1]
Le statut de la Société, approuvé le 14 mars 1862, affirme que la Société « Phrénopatique »
a pour but de « cultiver et faire progresser l’étude de l’aliénation mentale et des sciences affines »
et que l’objet des études de cette société est « l’anatomie, la physiologie et la pathologie du
.../...
cerveau et du système nerveux, l’anatomie comparée, (…) objet principal le perfectionnement
de l’institution ainsi que l’organisation des asiles d’aliénés et de la jurisprudence aliéniste ».
L’appel, malheureusement, ne sera pas accueilli, donc seulement un nombre exigu parmi les
aliénistes (six ou sept) participent au Congrès de Siene qui eut lieu en septembre 1862; parmi
eux figure le professeur Carlo Livi, directeur de l’asile d’aliénés de Siene, comme représentant
de la Députation Académique du Reale Morotrofio (Morotrofio Royal) d’Aversa et de la Société
« Phrénopatique » Italienne.
Dans les années suivantes la société ne résulte pas être en activité. Seulement dans le numéro
du 26 septembre 1873 dans la revue
Archivio Italiano per le Malattie Nervose (Archive Italien
pour les Maladies Nerveuses) on retrouve une invitation, signée par les docteurs Andrea Verga
et Serafino Biffi, dans laquelle on demande aux collègues aliénistes de participer au Congrès des
savants, qui aurait eu lieu à Rome du 20 au 30 octobre 1873, de façon à permettre de constituer
une section psychiatrique.
[2]
Lors de la première séance du 23 octobre 1873 participèrent : M. Francesco Azzurri,
Ingénieur membre correspondant de la société de médecine – psychologie de Paris; M. Giulio
Bastianelli, professeur, médecin-chef des hôpitaux de Rome; M. Clodomiro Bonfigli, docteur,
directeur de l’asile d’aliénés de Ferrara; M Gaetano Cappelli, médecin directeur de l’asile d’aliénés
de Lucca; M. Clito Carlucci recteur de l’Université de Rome; M. Paolo Fiordispini, médecin
assistant dans l’asile d’aliénés de Rome; M. Giuseppe Girolami, professeur médecin - directeur
de l’asile d’aliénés de Siena; M. Carlo Livi médecin directeur de l’asile d’aliénés de Siena;
M. Cesare Lombroso, médecin, directeur de l’asile d’aliénés de Pavie; M. Antonio Michetti, médecin
directeur de l’asile d’aliénés de Pesare : M. Giuseppe Neri médecin directeur de l’asile d’aliénés
de Perugia; M. Giuseppe Domenico Pinelli représentant de l’Association Nationale des savants
de Naples; M. Andrea Verga, professeur de clinique phrénopatique auprès de l’Hôpital Majeur
de Milan. Aussi d’autres psychiatres tels que Miraglia, Biffi, Bonacossa, Sbertoli, Tamburini qui
n’avaient pas participé concordèrent pour la constitution d’une Société Psychiatrique Italienne.
Après la discussion des points constituant l’ordre du jour il nous paraît également intéressant de
rappeler un autre objet de discussion, c’est-à-dire le nom à attribuer à la société. Verga proposa
la dénomination de
Società medico-psicologica (Société médico-psychologique), comme avaient
déjà fait les Français, de façon à permettre également aux philosophes d’y participer. Bonfigli
affirma que : « Les maladies du système nerveux avec aliénation mentale doivent être étudiées
et soignées par les médecins et non pas par les philosophes ». Même Lombroso accepte ce point
de vue, contraire aux philosophes. De son côté Livi préfère la première version; il dit « la racine
grecque “fren / frhn” mieux servit de la parole psyché à l’expression de nos idées et estime donc
plus convenable l’appellation Société Phréniatrique ».
La discussion continua dans la séance suivante, le 25 octobre 1873. Verga tout en partageant
l’analyse de Livi estime que le terme psychiatrie étant déjà couramment utilisé il vaudrait mieux
utiliser le mot psychiatrique. Livi riposte que le radical « fren » était déjà introduit depuis
longtemps dans notre langue, par exemple dans les mots frénésie, frénétique, etc. Le mot psyché
représente l’âme selon la conception platonique alors que « fren / frhn » représente le complexe
des forces dynamiques de l’organisme. Verga à son tour « reconnaît avec Livi la majeure propriété
du radical « fren », rappelle ce qu’il écrit sur le même sujet Guislain et assure que lui-même l’a
utilisé dans ses leçons et dans ses écrits; puisqu’ici il s’agit de créer une association visant à imiter
celles déjà existantes en France et en Allemagne portant dans le nom le mot « psychiatrique », il
insiste pour qu’on le garde et l’on n’introduit pas de nouvelles dénominations.
À la fin de la discussion Verga retira sa motion et l’idée de Livi prévaut sur les autres : la
nouvelle association prit donc le nom « phréniatrique ».
On approuva le Statut organique de la Société Phréniatrique Italienne qui comprenait
15 articles.
L’art 1 dit : on a créé une Société ayant le nom de Société Phréniatrique Italienne qui aura
pour but d’augmenter le nombre des études phréniatriques, le progrès des asiles d’aliénés, et la
protection et l’avantage des aliénés ». Peuvent faire partie de la société « les médecins, les hommes
de loi, les magistrats et tous les experts dans les sciences naturelles et philosophiques qui se
passionnent à l’étude de l’homme du point de vue physique, de ses relations morales et sociales,
et plus en général tous ceux qui peuvent faire profiter les malheureux fous ».
La durée de la charge du président et du secrétaire est de trois ans; le siège de la société change
tous les trois ans et se situe chaque fois dans l’une des grandes villes italiennes; le Congrès se
tient tous les trois ans, en automne, dans une ville siège d’un asile d’aliénés, et dure au maximum
huit jours. Le premier siège de la Société est Milan et
l’Archive Italien pour les Maladies
Nerveuses et les Aliénations Mentales, revue fondée à Milan par Verga en 1864, sera provisoirement l’organe officiel de la Société Phréniatrique Italienne.
Les comptes rendus des congrès et des réunions périodiques de la société furent publiés
jusqu’en 1892, quand la revue se fusionna avec la
Revue Expérimentale de Phréniatrie, une
autre revue de psychiatrie fondée à Reggio Emilia par Carlo Livi en 1875.
[3]
Le premier congrès scientifique se tint à Naples et vit la participation dans le Comité de
promotion de : Leonardo Bianchi (Président), Enrico Morselli (Vice-président), Giovanni
Mingazzini (Vice-président), Eugenio Tanzi (Secrétaire Général), Ernesto Belmondo, Carlo
Ceni, Rosolino Colella, Giuseppe d’Abundo, Arturo Donaggio, Camillo Golgi, Cesare Lombroso,
Ernesto Lugaro, Casimiro Mondino, Camillo Negro, Giambattista Pellizzi, Luigi Roncoroni,
Sante De Sactis, Ferruccio Schuffer, Giuseppe Seppilli, Augusto Tamburini, Silvio Tonnini,
Giulio Vassale.
On arriva ainsi au premier congrès de la Société Italienne de Neurologie (SIN), qui fut
inauguré le 8 avril 1908 à 10 h 00 dans le Salon Principe de Naples. Le professeur Bianchi, dans
son discours d’inauguration en souhaitant la bienvenue aux participants, mit en évidence les
progrès obtenus par la neuropathologie en Italie et donne « un salut fraternel à la Société
Phréniatrique Italienne qui avait gardée et développée jusqu’alors le patrimoine dans le domaine
neurologique à travers les laboratoires des meilleurs asiles d’aliénés et qui dans le domaine
psychiatrique et anthropologique se fait gloire des créations géniales de Lombroso; dans le
domaine histologique des découvertes de Golgi; dans le domaine expérimental des recherches
dans les fonctions de l’écorce cérébrale; on ajoute qu’après trente ans de travail en commun nous
nous éloignons de la Société Phréniatrique, riche d’histoire, d’hommes et de titres de haut
mérite. Nous nous séparons, nous nous distinguons, nous obéissons à la loi de la ramification
des plantes robustes qui se développent dans un terrain fertile, tout en répondant à la nécessité
de réunir non seulement l’œuvre des neuropathologues, mais aussi des biologistes, des
embryologues, physiologiques, anatomistes, etc. qui dédient leur œuvre scientifique aux études
du système nerveux ».
[4]
Tanzi e Lugaro,
Trattato delle malattie mentali, Società Editrice Libraria, Milano, 1914,
pag. 90, vol. I.
[5]
Ibidem, pag. 86 vol. I.
[6]
Ibidem, pag. 509 vol. I.
[7]
Ibidem, pag. 641, vol. II.
[8]
Ibidem, pag. 511, vol. II.
[9]
Ibidem, pag. 511, vol. I.