2005
TOPIQUE
Avant-propos
Sophie de Mijolla-Mellor
Définir le Mal a fait l’objet de siècles de philosophie et de théologie.
L’approche psychanalytique ne saurait se situer à ce même niveau et pourtant
elle se doit de répondre au même vécu d’injustice que sous-tend ce terme. Le
fait que les théodicées se soient employées à innocenter Dieu de l’existence du
Mal implique que la représentation de celui-ci implique toujours, selon la
logique propre au fantasme, le désir d’un Autre qui en est l’origine.
La sécularisation du concept en fera à l’inverse, avec Hobbes et Spinoza,
quelque chose qui part du sujet lui-même. Le Mal en soi n’existe pas, il est ce
qui nous apparaît tel parce qu’il s’oppose à nos désirs, à nos attentes de plaisir,
et plus radicalement à notre vie individuelle, voire à nos valeurs. Nietzsche en
dénoncera la notion comme l’expression du ressentiment et donc de l’envie
des faibles contre les forts.
La rupture instaurée par les crimes génocides imprescriptibles a reposé la
question du Mal dans une direction plus kantienne d’un Mal radical. Le Mal
est défini par ce dont la raison ne peut rendre compte, ce qui altère en chacun
l’humanité.
Les textes de ce numéro et du suivant proposent de revenir sur ces questions
brûlantes en y employant les apports de la métapsychologie, l’énigmatique
pulsion de mort en particulier.