2005
TOPIQUE
Avant-propos
Sophie de Mijolla-Mellor
Le terme de « grandir » interroge la dimension de l’Idéal comme celle du
Temps dans la problématique plus large du « projet ».
Quant au fait de grandir comme phénomène, loin d’être considéré comme
normal voire obligatoire, il fait l’objet de craintes diverses et d’espoirs cachés.
Pourrait-on ne pas grandir, rester toujours petit avec les prérogatives qui s’y
attachent ? Comment grandir sans vieillir, sans se rapprocher inexorablement
du terme de la vie avec toutes les pertes que cela implique ?
A la hâte d’être enfin grand répond la nostalgie de ne plus être petit et
l’enfant, comme les parents et les éducateurs perçoivent ce paradoxe. Ils y
apportent, le cas échéant, des réponses volontaristes comme le projet de « faire
grandir » les enfants ou bien grandir implique les épreuves diverses auto-imposées par ces derniers pour s’arracher parfois avec violence à l’enfance.
Mais grandir est en lien avec l’idée une autonomie à conquérir et, à ce titre,
cette notion n’est pas seulement à penser dans la perspective de l’éducation, ses
buts et son déroulement mais elle concerne aussi la cure analytique et ses
objectifs.
Quand et comment, enfant ou adulte, pensons-nous que nous avons
« grandi »et par rapport à quoi ou à qui ? Est-ce que le sentiment de grandir ne
se vit pas toujours dans l’après-coup et ne se décline pas nécessairement au
passé : « J’ai (il a) grandi »?
On fera ainsi intervenir des questionnements importants et trop peu étudiés
sur la pensée du « progrès » chez Freud et en psychanalyse, et sur les liens que
l’on peut établir avec les notions d’évolution ou, au contraire, de développement.