2006
TOPIQUE
Avant-propos
Jean-Jacques Barreau
Jean-Pierre Chartier
Interprétations et constructions résument en général les interventions actives
et nécessaires de l’analyste dans la cure. Encore faut-il évidemment postuler,
comme l’a fait Freud dès 1890 dans Traitement psychique, que “les manifestations morbides des nerveux n’ont pas d’autre origine qu’un changement dans
l’influence de leur vie psychique sur leur corps et que par conséquent la cause
première du trouble est à chercher dans le psychique.”
Le concept de causalité psychique se complexifiera ensuite, au fur et à
mesure qu’évoluera la métapsychologie freudienne, en intégrant successivement
des acquisitions nouvelles : rôle du fantasme, en tant qu’acte psychique
générateur des névroses, puis place centrale des rapports de force entre les
instances de la deuxième Topique et du dualisme pulsionnel de la libido et de
la pulsion de mort. À la fin de sa vie, après avoir mis en évidence l’importance
des relations objectales et le poids de la civilisation sur les futures pathologies
éventuelles du sujet, Freud insistera sur la valeur causale essentielle du Surmoi
et de l’angoisse de castration dans L’homme Moïse et le monothéisme et dans
son dernier texte l’Abrégé de psychanalyse. Mais, quelque soit l’évolution de
sa pensée concernant la notion de causalité psychique, il faut noter l’insistance
de Freud à rechercher “le socle de réalité” historique sur lequel elle repose,
comme en témoigne son attachement renouvelé à la notion de traumatisme
psychique.
L’œuvre de Lacan constituera, plus tard, une tentative originale pour définir
la causalité psychique en identifiant l’inconscient à la chaîne signifiante. Serge
Viderman, en 1970, relancera le débat sur la causalité psychique en soutenant,
dans son livre La construction de l’espace analytique, que la construction en
analyse n’est pas celle du passé de l’analysant, car elle est créée, imaginée,
inventée par l’analyste. Dans La causalité psychique, André Green, en 1995,
a fait une critique magistrale des tentatives “régressives” des neurosciences et
de la psychiatrie biologique contemporaine qui tentent d’invalider la découverte
freudienne au profit du retour en force de l’hérédité et de la constitution, credo
de la médecine du XIXe siècle.
Qu’en est-il aujourd’hui des conceptions psychanalytiques de la causalité
psychique et de leurs conséquences techniques quant à l’utilisation de l’interprétation et de la construction dans la cure ? C’est à ce débat que le Quatrième
Groupe a convié des psychanalystes de diverses sociétés de psychanalyse lors
des Journées scientifiques qui se sont déroulées les 19 et 20 novembre 2005.
On trouvera dans ce numéro de Topique les interventions des participants
à ces journées scientifiques du Quatrième Groupe, complétées par d’autres
textes qui viennent en prolonger les réflexions.