Topique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950761
158 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no 95 2006/2

2006 TOPIQUE

Argument

Évelyne Tysebaert
Dans son texte « Constructions dans l’analyse » [1], Freud dépeint ainsi les deux pièces du travail analytique qui se jouent chez les protagonistes en présence : « Nous savons tous que l’analysé doit être amené à se remémorer quelque chose qu’il a vécu et refoulé, et les conditions dynamiques de ce processus sont si intéressantes qu’en revanche l’autre partie du travail, l’action de l’analyste, est reléguée à l’arrière-plan. De tout ce dont il s’agit, l’analyste n’a rien vécu ni refoulé; sa tâche ne peut pas être de se remémorer quelque chose. Quelle est donc sa tâche ? Il faut que, d’après les indices échappés à l’oubli, il devine ou, plus exactement, il construise ce qui a été oublié. La façon et le moment de communiquer ces constructions à l’analysé, les explications dont l’analyste les accompagne, c’est là ce qui constitue la liaison entre les deux parties du travail analytique, celle de l’analyste et celle de l’analysé. »
Dans ce même texte, Freud précise les termes de construction et d’interprétation : « La raison pour laquelle on entend si peu parler de « construction » dans les exposés de la technique analytique, c’est qu’au lieu de cela on parle d’« interprétations » et de leur effet. Mais, à mon avis, le terme de construction est de beaucoup le plus approprié. »
Autrement dit, cette question des causalités, étroitement liée à la notion de construction, pourrait se formuler ainsi : dans la pratique actuelle, que reste-t-il aux analystes des premières amours théoriques de la psychanalyse ?
De nos jours, la pratique analytique, dans la diversité de ses références théoriques, est-elle encore garante de cette vision freudienne de la cure ? Croyons-nous encore à la valeur de ces constructions ? À quelles causalités faisons-nous référence ? (Complexe d’Œdipe, de castration, relation à l’objet primaire…). Notre théorisation flottante nous oriente-t-elle toujours à énoncer des interprétations en ces termes : « Voilà ce qui est arrivé et qui peut éclairer tel ou tel aspect de votre vie. » ? Comment interprétons-nous les rêves aujourd’hui ?
La tentation, à travers l’élargissement à de nouvelles cliniques, de théoriser l’archaïque et de considérer, par exemple, la situation œdipienne et le complexe de castration comme des événements psychiques tardifs par rapport à ce qui s’est joué en des temps premiers, a sans aucun doute enrichi nos ressources interprétatives, mais n’a-t-elle pas quelques fois distrait les analystes de certains concepts fondateurs ?
 
NOTES
 
[1]S. Freud, Résultats, idées, problèmes, T.2, P.U.F., 1992.
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