Topique 2006/4
Topique
2006/4 (n° 97)
182 pages
Editeur
I.S.B.N. 2847950877
DOI 10.3917/top.097.0121
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Vous consultezLes effets de l’écoute écoutée : Ecouter la mère/guérir l’enfant

AuteurJean-Paul Douvier du même auteur

2 avenue des belges 69230 Saint-Genis-Laval
A Eric, Marc, Nathalie, et Jean-Claude pour la chaleur et l’acuité de leur écoute.

L’homme avait lâché avec une assurance tranquille devant un parterre d’étudiants une phrase qui m’interloqua : “quand un bébé ne peut pas dormir, prescrivez un somnifère à la mère.”

2 A l’entendu du reste de son enseignement, je parie qu’il ne s’était pas intéressé aux travaux des analystes, mais son intuition clinique teintait ses exposés. Il venait de me confirmer, de donner forme à ce que j’entrevoyais déjà, à savoir que l’enfant est à son insu et à l’insu de sa mère parfois, le porte-symptôme[1] [1] Le porte-symptôme, Kaës René. La parole et le lien, Dunod. ...
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de cette dyade mère-enfant.

3 Mais cette forme injonctive et paradoxale pour un étudiant rompu à l’apprentissage de la clinique objective ouvrit l’espace de la boutade, du jeu, de la paradoxalité, et de la clinique relationnelle. Là où d’autres auraient vu un bébé, il avait entendu une plainte maternelle, il avait introduit la question de l’autre à traiter. Bien sûr, je retins surtout le mouvement de déplacement d’un pôle à l’autre de la relation. L’humanisme de l’homme ne faisait pas porter comme parfois on l’entend, la culpabilité sur la mère, mais m’ouvrait à un questionnement. La plupart des analystes s’accordent sur l’importance que revêt l’histoire des parents, ou leur structure, ou la conjonction des deux dans la symptomatologie de l’enfant.

4 Raconter une cure, c’est essayer d’en traduire une forme communicable, mais que devient alors raconter une cure racontée, comment rendre compte ou faire le récit du « conte » où se mêlent les différents entendus d’une cure dans laquelle l’analysante raconte son enfant plus qu’elle ne se raconte enfant. L’enfant est « malade » de l’enfance « malade » de la mère.

5 Tel fut le postulat inconscient insu dégagé dans l’après-coup.

6 J.-B. Pontalis écrit dans La force d’attraction[2] [2] La force d’attraction, J. -B. Pontalis (p. 109) suite :
« A tout prendre, mieux vaudrait inventer le cas de part en part, plutôt que de modifier ceci, d’effacer cela, quitte à faire dans la littérature, au moins nous mentirions vrai. »

7 La cure dont je parlerai est une pure invention construite à partir du métissage d’éléments cliniques recueillis au cours d’écoutes transmises à des collègues chevronnés qui ont su éviter l’écueil du contrôle. Cette clinique inventée a le mérite de réserver à mes patients, ainsi qu’à moi-même la discrétion et l’intimité qui rendent possible l’analyse. J’espère me tenir au plus près, selon l’expression de J.-B. Pontalis du « mentir vrai ».

Campons la scène, il s’agit d’un triptyque

8 Sur la scène centrale, ou pivot, se déroule l’analyse, l’analyste est dans son fauteuil derrière une patiente étendue sur le divan.

9 Sur un panneau latéral du tableau, la dyade « mère-enfant » se joue.

10 Sur le panneau latéral opposé, deux fauteuils : deux analystes échangent. Le plus expérimenté des deux écoute ce que l’analyste a entendu dans l’écoute de ce que la femme a écouté de son enfant.

11 Trois scènes sur lesquelles se déroulent trois dialogues profondément différents reliés entre eux par les gonds de l’écoute.

12 L’on sort parfois de l’écoute, comme l’on sort de ses gonds, quand l’enfant se met à, excéder, à outrepasser ce que l’on est en capacité d’entendre, ou lorsqu’il s’absente.

13 Comment cet excès d’insupportable, par saturation de sens ou par défaut, ou par dévitalisation, est-il traitable dans le récit écouté de l’écouté, pour permettre à l’analyste de se désentraver et retrouver sa liberté de penser/créer[3] [3] Penser/ créer est le thème d’un groupe de travail proposé...
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 ? Et comment par analogie ce phénomène rétroactif de l’écoute écoutée déve-loppe-t-il chez les partenaires du panneau adjacent des possibles surprenants ? Tout se passe comme si toute modification de l’appareil psychique de l’un des partenaires conduisait à une modification de l’appareil psychique de l’autre sur chaque panneau du triptyque, et en interaction d’un panneau à l’autre. Ainsi l’analyse de la mère eut pour effet la guérison de l’enfant, qui s’était jusqu’alors heurtée à une résistance conjointe mère/enfant.

14 Mais de quoi souffrait cet enfant ?

15 Et de quoi souffrait l’enfant dans cette mère ?

16 Je pourrais le formuler de façon lapidaire, d’un manque de père, un manque tel qu’il venait saturer le discours de l’enfant rapporté par la mère. Quand l’absence est cruelle, elle se présentifie sous forme d’un excès d’excitation, dont le sujet se défend par la « dépressivité »[4] [4] Fédida Pierre, Des bienfaits de la dépression. Eloge de...
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qui le protège dans le même temps, et de toute emprise de l’objet, et de toute altérité.

17 Et j’allais l’apprendre à mes dépens quand tout le début de l’analyse, je me trouvais confronté à l’absence de l’analysante à de nombreuses séances.

18 Etait-ce le prix à payer pour cette interprétation inaugurale “c’est vous que j’écouterai”. Pas de prescription comme le préconisait le professeur de pédiatrie mais le même mouvement de déplacement vers l’infantile maternel de la mère.

19 Si nous ne vivons jamais ce qu’ont vécu nos patients, il se peut bien que parfois sur la scène du transfert ils mettent en œuvre à leur insu et temporairement au nôtre, une tentative de nous faire éprouver les affects qu’ils n’ont pas encore pu nommer.

Acte 1 : Le divan vide

20 Sur le troisième panneau, un analyste parle non pas de ce que lui a dit la femme mais de ce que l’absence de l’analysante à cette séance a produit de bribes de réflexions, d’affects, d’éprouvés, d’ennuis, de rage, d’impuissance. Il devient l’enfant abandonné et tout à la fois ce père abandonnant, et derrière le père, la mère abandonnante. L’analyste chevronné ne parle guère, il est là. Etre là pour écouter ce que produit l’absence. Il repère et donne les éventuels indices de la topologie transférentielle à partir du contre-transfert, lorsque ce dernier est la seule source d’information.

21 L’analyste apprend son métier auprès de son aîné dans l’après-coup toujours avec un temps de retard, dans une sorte de contre-courant, comme si je ne pouvais dire qu’après-coup je suis analyste, quand je l’ai été, d’où ce sentiment de prématurité dans l’exercice de l’écoute et ce plaisir d’une découverte de sens lors de la transmission de l’écouté.

22 Sur le panneau opposé, l’analyste entend et se représente la vigueur des combats, qui opposent la mère et l’enfant. La mère refuse à l’enfant l’attention du père. Elle répète sans le savoir le refus que sa mère lui a opposé de rencontrer son propre père. La mère est excédée. Elle veut se débarrasser de l’enfant et le place en pension, il fait retour dans ses rêves et revient sur le devant de la scène. Cet enfant, elle l’aime. Quelle force d’attraction, quel élastique, quel petit Poucet prompt à tout pour revenir près de sa mère !

23 Dans le film Les choristes, le metteur en scène montre avec sensibilité comment Pierre Morange est un enfant dont les symptômes caractériels sont l’expression d’une complicité maternelle. De façon quelque peu naïve, Gérard Jugnot, en portant intérêt de façon croisée à la mère de l’enfant, et à l’enfant de cette mère, réussit le passage de la psychopathie à la création, de l’enfermement à la voix !

24 Il se fait révélateur d’une potentialité ignorée, enfermée dans une « prison d’invention »[5] [5] J’emprunte ce terme à Nathalie Zaltzman, De la Guérison...
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à deux.

25 Par identification à l’enfant enfermé et au parent enfermant, il autorise la mutation en montrant à l’enfant la voie du renoncement à la mère, qui lui refuse son amour, et ne l’enferme plus pour mieux le garder. C’est vers un autre que s’oriente son désir : ni Pierre Morange, ni Gérard Jugnot, l’autre.

Acte 2 : Présence/absence

26 Sur le panneau central, celui de la cure, le divan est alternativement vide puis occupé de nouveau, même mouvement de présence/absence. L’absence est déniée, amnésiée. L’analyste se soucie de l’enfant et se dit que le temps est compté et qu’il faudrait peut-être faire quelque chose. La mère ne lui parle que de son enfant. Elle s’absente et tout à la fois se présentifie derrière ce dernier.

27 Sur le troisième panneau, l’analyste chevronné garde le cap et continue ses relevés de topologie transférentielle. Il reconnaît la situation difficile, pathétique et incite son collègue en formation à ne pas céder au découragement. D’ailleurs d’autres avant lui, en s’occupant de l’enfant ont laissé la dyade mère-enfant inchangée. Jugement de réalité : « je ne peux qu’écouter la mère, je l’ai voulu. »

28 Il découvre que vouloir s’occuper de l’enfant consisterait à se laisser entraîner vers une complicité inconsciente avec la mère, réduire la dissymétrie pour ne pas donner à l’altérité toute sa chance, complicité pour éviter l’inconnu, que pourtant ils s’étaient engager à rechercher ensemble.

29 Cette troisième oreille, en référence à Théodore Reik[6] [6] Théodor Reik, La troisième oreille ou l’expérience...
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, permet ce mouvement de sortie de la complicité, car en parlant de son patient, l’analyste livre bien des bribes de son expérience intérieure, sa troisième oreille dont le tympan ne peut vibrer qu’à être écoutée par un autre : l’analyste chevronné, qui permet la transmission de l’analyse en laissant l’analyste s’écouter[7] [7] Freud dans L’analyse profane écrit à propos du patient...
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. Analogiquement l’analyste permet à la mère de s’écouter à travers ce qu’elle dit de son enfant (fils ou fille).

Acte 3 : Présence

30 Sur la scène centrale, l’analyse se déroule selon les modalités les plus classiques.

31 La mère parle d’un homme nouvellement rencontré, aimé, qui prend de plus en plus de place auprès d’eux : « elle et l’enfant ». Plus l’enfant perd, pour la mère, de sa superbe phallique et érotique, plus l’homme peut s’introduire, la pénétrer psychiquement et physiquement.

32 L’homme permet à l’enfant de faire le deuil de son père, de changer de père, en en trouvant un bien vivant. Il permet à la mère, par l’amour qu’il lui porte, le déplacement libidinal jusqu’alors orienté vers l’analyste, représentant du père, dont il autorise le deuil.

33 Le deuil est impossible in abstentia, d’où le recours à l’analyse.

34 Il aura fallu cependant à l’analyste préalablement soutenir, une position paradoxale et inversée, d’enfant présent en l’absence de la mère (cf le divan vide), pour que l’enfant qui gît en cette mère puisse s’absenter en présence de l’autre. Sur la scène adjacente les deux analystes continuent leurs échanges.

35 L’heure est à l’apaisement, au mouvement de l’entente. La mère devenue femme entend de plus en plus combien l’enfant a été objet consolateur, souteneur d’Eros contre l’effondrement. L’analyste entend la bisexualité de l’enfant dans la mère, et parlant à son collègue repère combien est mise en jeu sa propre bisexualité dans les différentes topologies, tant transférentielles que contre-transférentielles. Elle dit vouloir s’absenter comme l’homme, mais s’étend sur le divan comme une femme. Lui s’évade dans ses pensées, puis présentifie de nouveau son écoute. L’écoute flottante ne favoriserait-elle pas la mise en jeu de la bisexualité de l’analyste ?

36 La femme renonce à ce que l’enfant en elle, objet de complétude impérieuse, assure sa satisfaction pour être digne d’amour. Elle consent à reconnaître qu’elle souffre d’un manque, sans tomber dans la détresse, manque à jamais refermé, qui l’ouvre à l’amour.

37 J’écoute son désir de mise en pièces de sa mère, sur la scène du transfert, non comme concurrente aimante avérée, mais comme celle qui disqualifie l’homme. Par analogie, son fils ou sa fille, pourra s’extraire de cette identification forcenée à l’objet érotique-consolateur condamné à satisfaire une femme, que l’homme vient enfin lui interdire.

38 La dissymétrie se réintroduit entre elle et l’analyste, comme entre elle et son fils, entre elle et sa propre mère.

Acte 4 : On tue un enfant

39 La mère fait une fausse-couche qui la dispense d’avorter; elle parle de sa décision, ambivalente certes, car elle veut aussi recevoir un enfant de l’homme aimé. « L’infans » meurt sans intervention médicale. Dans cette situation des vœux de mort ont pu trouver une libre expression.

40 Ils ne sont parfois que déduits. Ils ne s’énoncent qu’avec réticence.

41 La mère survit à cette épreuve, alors qu’elle croyait mourir, emportée par l’enfant mort en elle/confondue avec lui. Elle l’évoque comme l’expérience la plus douloureuse qu’elle ait vécue.

42 Lorsqu’il parle de cet épisode à son collègue chevronné, l’analyste ignore que derrière l’enfant avorté, derrière l’événement se dissimule le plus secret et le plus profond de nos vœux : la mort de l’enfant « Sa Majesté l’Enfant » qui règne en tyran tout-puissant.

43 Passage à une écoute non analytique Il commence par se raconter qu’au fond la décision d’avortement est plutôt sage. Elle pourrait prendre le temps, elle est jeune, ce qui lui évite d’entendre le fantasme décrit par Serge Leclaire : « On tue un enfant ».

44 Son collègue, lui pointe simplement qu’il aurait pu en être autrement, et qu’elle lui dit sans doute autre chose, derrière son discours manifeste.

45 Il se mit à réentendre le « On » indifférencié, elle et l’infans en elle. En le mettant à mort, elle mettait à mort l’enfant merveilleux hors manque, qu’elle crut être, « figure où se rassemblent les vœux secrets des parents qui enracine dans son étrangeté l’inconscient de chacun » (Serge Leclaire)[8] [8] Leclaire Serge, On tue un enfant, Point Seuil, 1974. ...
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. Il se trouva dans le transfert confronté « aux vœux de mort mutuels des parents et des enfants dont la réalité et le poids doivent être reconnus et supportés dans chaque cure d’enfant » décrits par J.-Claude Rolland[9] [9] Rolland J. -C. , Playing is not speaking, conférence prononcée...
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et cités par Laurence Kahn[10] [10] Khan Laurence, Cure d’enfance, Gallimard, Connaissance...
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dans « Cure d’enfance ».

46 Le collègue chevronné lui permis d’entendre cette expression bicéphale de la pulsion de mort, dans toute sa dimension scandaleuse. La décondensation pouvait se produire grâce à ce tympan de l’autre. Il n’y avait plus « On » mais parents et enfants séparés par la différence des générations, et mutualité humaine dans le scandale des vœux de morts réciproques.

47 Cette écoute croisée, dans l’appareil psychique de l’analyste, permis la reconnaissance par analogie par l’analysante de ce qu’elle fut l’objet de vœux de mort, en même temps qu’elle en fut le sujet. L’enfant vivant enfin reconnu s’en trouva guéri.

EPILOGUE

48 « Le géniteur » se veut époux et adopte l’enfant après la fausse-couche. Il devient père. L’analyste entend l’après-coup de la fausse-couche, un enfant meurt, un autre reçoit le nom d’un père, la mère quitte le nom de son père, en même que l’enfant tyran, représentant narcissique primaire. La mère a survécu à cette épreuve alors qu’elle croyait mourir, emportée par l’enfant mort en elle (non celui de la fausse-couche, mais celui objet de désir de mort de ses parents)/confondue avec lui.

49 Le bel homme apparaît dans cette épreuve comme tiers. Il demande la main de la femme. Il donne son nom à l’enfant. Il fait de la femme une mère, qui le fait père.

CONLUSION

50 Ce cas clinique qui veut « mentir vrai », ne parle volontairement pas de fils ou de fille car l’enfant occupe obligatoirement la place de « celui qui est le sexe », celui censé assurer la complétude, et ainsi mettre à l’abri du manque, et du désir, son corrélat.

51 L’analyste, enfant de la psychanalyse doit éprouver le manque dans son écoute, comme signe de sa défaillance fondamentale, signe nécessitant la mise à mort de l’enfant merveilleux en lui; il doit faire appel à l’autre : celui que j’ai appelé l’analyste chevronné.

52 L’écoute s’apparente à la caresse dont parle Emmanuel Levinas dans Le Temps et l’Autre[11] [11] Levinas Emmanuel, Le Temps et l’Autre, 1948, Quadrige,...
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. Il écrit : « Cette recherche de la caresse en constitue l’essence par le fait que la caresse ne sait pas ce qu’elle cherche. Ce « ne pas savoir », ce désordonné fondamental en est l’essentiel. Elle est comme un jeu avec quelque chose qui se dérobe, et un jeu absolument sans projet ni plan, non pas avec ce qui peut devenir nôtre et nous, mais avec quelque chose d’autre, toujours inaccessible, toujours à venir… Si on pouvait posséder, saisir et connaître l’autre, il ne serait pas l’autre. »

53 Dans l’écoute nous avons également affaire avec quelque chose d’inconscient qui se dérobe, sans projet ni plan pour l’autre, mais ce qui différencie l’écoute de la caresse tient en ce que l’écoute se réfère à la langue aux mots qui relient et séparent. La caresse n’est pas parole, elle accompagne cette dernière et témoigne de sa véracité.

54 L’écoute a pour effet de désarticuler, de délier, de frayer un passage vers l’inconnu, l’imprévu et de se confier à de nouveaux possibles que l’analysant pourra choisir ou non. Elle suppose la confiance acquise en la découverte freudienne, une certaine reconnaissance de l’inconnu, un su de l’insu, un connu de l’inconnu.

55 Ce travail d’inconnu s’avère un travail de mutation. Si un tableau se modifie, il entraîne dans son sillage la modification du tableau adjacent. L’écoute transmet ses effets, dans le cas raconté, de l’analyste vers la patiente et l’analyste chevronné, de l’analyste chevronné vers son collègue moins expérimenté, de l’analysante vers l’enfant, de l’enfant vers l’homme de la mère …etc, ce qui lui donne ce caractère désordonné.

56 Grâce à l’écoute de quelques analystes, soit dans l’analyse personnelle, soit dans les cures contées, j’ai acquis la conviction que le pédopsychiatre de l’enfant serait souvent bien avisé, mais pas toujours, de céder la place à l’analyste de la mère.

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE

BONNET M., Séminaire sur la technique :

2002-2003 Freud : La technique analytique

2003-2004 Freud : l’analyse profane 1926

2004-2005 : textes de Ferenczi -Conférence sur la mélancolie prononcée à Paris, mars 2005, à paraître.

FEDIDA P., Des bienfaits de la dépression, éloge de la psychothérapie. Odile Jacob, Paris, 2001.

FREUD S., La question de l’analyse profane. 1926. NRF Gallimard. Connaissance de l’inconscient, 1999.

LECLAIRE S., On tue un enfant. Seuil, 1974.

LEVINAS E., Le temps et l’autre. Quadrige/P.U.F., 1948. Réédition de 1991.

KAES R., La parole et le lien. Edition Dunod.

KAHN L., Cures d’enfance. NRF Gallimard. Connaissance de l’inconscient. 2004.

PONTALIS J.-B., La force d’attraction. Editions du Seuil, Librairie du XXe siècle, 1990.

ROLLAND J.-C., Guérir du mal d’aimer. NRF Gallimard. Connaissance de l’inconscient. 1998.

REIK T., Ecouter avec la troisième oreille, 1948 : Claude Tchou pour la bibliothèque des introuvables. 2001.

ZALTZMAN N., De la guérison psychanalytique. Epitre, P.U.F., 1998.

 

Notes

[ 1] Le porte-symptôme, Kaës René. La parole et le lien, Dunod.Retour

[ 2] La force d’attraction, J.-B. Pontalis (p. 109) La Librairie du XXe siècle, Seuil, 1990.Retour

[ 3] Penser/créer est le thème d’un groupe de travail proposé par C. Ménassé au 4e groupe.Retour

[ 4] Fédida Pierre, Des bienfaits de la dépression. Eloge de la psychothérapie, Odile Jacob, Paris, 2001.Retour

[ 5] J’emprunte ce terme à Nathalie Zaltzman, De la Guérison psychanalytique, Collection Epitre, 1998.Retour

[ 6] Théodor Reik, La troisième oreille ou l’expérience intérieure d’un psychanalyste, 2001.Retour

[ 7] Freud dans L’analyse profane écrit à propos du patient p. 33 : «L’analyste convoque le patient à une certaine heure de la journée, le laisse parler, l’entend puis il lui parle et le laisse écouter ». Par analogie avec son patient l’analyste s’écoute dans un processus qui fait une large place à l’identification. Ce point d’identification régressif de l’analyste au patient, et vice versa, paraît préliminaire à l’introduction d’une radicale altérité. De même, dans l’analyse quatrième se conjuguent identification et altérité, mettant en jeu les pulsions de vie et de mort des deux analystes, à partir de leur potentialité mélancolique. De cette préoccupation commune pour l’autre, l’analysant(e), émergera un travail de pensée différentiateur pour les deux analystes. Mais pour se faire, elle soutient, sur la scène où joue la dyade mère-fille des combats plein de rage avec sa propre mère, combats évoquant ceux qu’elle avait soutenu avec l’enfant : même rage, même vigueur, même tonalité, même revendication du père. Se dégager, s’extraire d’une mère endeuillée d’un amour impossible, rejeton de son narcissisme primaire.Retour

[ 8] Leclaire Serge, On tue un enfant, Point Seuil, 1974.Retour

[ 9] Rolland J.-C., Playing is not speaking, conférence prononcée à Londres, nov. 1994.Retour

[ 10] Khan Laurence, Cure d’enfance, Gallimard, Connaissance de l’inconscient, 2004.Retour

[ 11] Levinas Emmanuel, Le Temps et l’Autre, 1948, Quadrige, P.U.F.Retour

Résumé

A la manière d’une pièce de théâtre, j’ai conté un cas inventé qui «mente vrai». J’ai tenté de suivre les mouvements psychiques complexes des différents protagonistes et leurs effets mutatifs engendrés par l’écoute de l’analyste écouté par un analyste chevronné, sur son analysante, et sur son enfant. L’écoute analytique conjointe du transfert et du contre-transfert transmet ses effets comme dans un jeu de dominos, de l’analyste chevronné à son collègue en quête de troisième oreille, de l’analyste à la mère, de la mère à l’enfant, de telle sorte que l’enfant puisse être entendu et guéri. En dernier ressort, l’analyste chevronné sera autant transformateur que formateur en questionnant plus qu’en préconisant. Il autorisera l’analyste à risquer son oreille là où s’affole son écoute. En permettant d’entendre, ce qu’a de scandaleux la pulsion de mort, il permettra de découvrir qu’elle œuvre aussi pour la guérison en ce qu’elle ouvre à l’irréductibilité de l’autre.

Mots-clés

Ecoute, Dyade (mère/enfant), Transmission, Altérité, Analogie



The Effects of Listening to Listening
This article is similar in many ways to a play in that it tells a story I have invented that, as it were, ‘lies as if it were truth.’ I tried to follow the complex psychic dynamics and the changes these engender on the analysand and her child by listening to the analyst in turn listened to by a qualified analyst. The analytic ear in conjunction with the dynamics of transference and countertransference impacts rather like dominos toppling over – from the qualified analyst to the colleague in need of a third pair of ears, from the analyst to the mother, from the mother to the child, so that the words of the child can be heard and suffering alleviated. As a last resort, the qualified analyst functions both as a transformer and as a teacher. By helping the analyst dare hear the alarming expressions of the death drive at work, the analyst will discover that this drive also works towards the alleviation of suffering as it opens up a vision of what is irreducible in the other.

Key-words

Analytic ear, Dyad (mother/child), Transmission, Otherness, Analogy

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Jean-Paul Douvier « Les effets de l'écoute écoutée : Ecouter la mère/guérir l'enfant », Topique 4/2006 (n° 97), p. 121-130.
URL :
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DOI : 10.3917/top.097.0121.