Topique 2006/4
Topique
2006/4 (n° 97)
182 pages
Editeur
I.S.B.N. 2847950877
DOI 10.3917/top.097.0139
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Topique
Abonnement annuel 2013 81 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Topique

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Chantal Vénier
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée

Vous consultezMouvance

AuteurChantal Vénier du même auteur

17 rue du docteur Métreaud 33240 St André de Cubzac
« L’univers s’étageait à mes pieds et toute chose humblement sollicitait un nom, le lui donner c’était à la fois la créer et la prendre.
Sans cette illusion capitale je n’eusse jamais écrit. »(J.P. Sartre, Les mots)
« Il est certain que s’il y a du vrai dans ce que je vais dire, les poètes du monde s’en seront déjà saisi, mais les éclairs d’intuition qui traversent la poésie n’empêcheront pas que ce soit péniblement et pas à pas que nous devions nous éloigner de l’ignorance, vers notre but. »(D. Winnicott)

Il était une fois l’Homme. L’énigme du psychisme et de la pensée humaine est aussi vieille que lui. Freud l’évoque ainsi dans des textes comme « Totem et tabou », et « L’homme Moïse ».

2 Freud a conceptualisé cette discipline qu’on appelle la psychanalyse et s’est soucié des modalités possibles de sa transmission. Voici ce qu’il dit dans un petit article de 1919 « Psychanalyse à l’université »:
« Il est certain que le psychanalyste peut tout à fait, sans aucun préjudice pour lui-même, se passer de l’université. Ce dont il a besoin au niveau théorique, il peut le trouver dans la littérature spécialisée, et, pour aller plus avant, dans les réunions scientifiques des sociétés de psychanalyse aussi bien que par son contact personnel avec ses membres les plus expérimentés. Quant à l’expérience pratique, en dehors de ce que lui apporte son analyse personnelle, il peut l’acquérir en conduisant des cures pourvu qu’il s’assure du contrôle et du conseil de psychanalystes confirmés. Le fait qu’un tel type d’organisation existe provient en fait de ce que la psychanalyse est exclue de l’université. »

3 Voilà posée la trame de toute formation psychanalytique. En ce qui concerne l’université, Freud met en évidence l’intérêt que soit délivré un savoir sur la psychanalyse, en particulier dans la discipline psychiatrique, permettant d’éclairer la compréhension des phénomènes psychopathologiques, mais également dans d’autres domaines. Il souligne le fait que cet enseignement théorique ne suffirait pas à former des psychanalystes faisant acte de leur savoir psychanalytique avec des analysants.

4 Les enjeux et les horizons ouverts par la psychanalyse se révèlent-ils encore aujourd’hui si subversifs au point qu’on donne le primat au statut de psycho-thérapeute, et qu’actuellement même ce mot reste banni des statuts hospitaliers, qui ne retiennent que les titres universitaires ?

5 Qu’est-ce que le savoir psychanalytique, ce savoir que nous prêtent nos patients ou analysants ?

6 Qu’est-ce que l’acte analytique si ce n’est l’acte de parole, l’acte interprétatif avec son corollaire : l’écoute de l’inconscient, le sien et celui de son patient ? Comment se transmet ce savoir là ?

7 Pour le psychanalyste, après coup, qu’est-ce qui a fait enseignement ?

8 La découverte de l’inconscient s’est faite historiquement pas à pas, comme elle se fait de façon singulière en chacun de nous au cours de la psychanalyse personnelle, entreprise au départ pour des motivations personnelles et pas obligatoirement dans l’intention de devenir psychanalyste. Avant d’entreprendre ce voyage nous sommes déjà quelque part, nous exerçons une autre profession, ou nous sommes étudiants à l’université, parfois nous sommes en panne, en panne de sujet, ou souffrant de symptômes gênants, inhibant, réduisant notre vie. Mais on peut penser que le futur analyste éprouve aussi une grande curiosité, un intérêt particulier pour la psyché humaine.

9 La psychanalyse personnelle permet l’intériorisation d’une relation analytique, dont le sentiment de progression fait partie. Elle comprend la résolution des conflits infantiles, le processus de subjectivation, le développement de la capacité sublimatoire en même temps que la capacité d’être seul.

LA SOLITUDE DU PSYCHANALYSTE

10

« L’autonomie réalise la mise en étrangeté du savoir familier qui inaugure la capacité heuristique. Épreuve de la solitude que celle du savoir-le vrai cher-cheur-l’enfant-est seul : condition infantile qui se pérennise dans la condition de tout chercheur. » (1)

11 Le psychanalyste est, en définitive, seul, de la solitude du chercheur, solitude porteuse de la dialectique de l’altérité. Sa capacité heuristique prend sa source dans l’infantile en soi. Cela, il l’explore et/ou le libère dans sa psychanalyse personnelle.

12

« L’Einsamkeit (éloignement envers quelqu’un qui vous semble désormais étranger) est donc vertu épistémologique, sa condition du côté du sujet. » (1)

13 Cela pourrait se rapprocher de ce que dit François Perrier : « La formation d’idéal augmente les exigences du moi et c’est elle qui agit le plus fortement en faveur du refoulement; la sublimation représente l’issue qui permet de satisfaire à ces exigences sans amener le refoulement » (2). Des remaniements concernant ces deux pôles sont à l’œuvre pendant une analyse.

14 Quand le futur analyste quitte son analyste, il est à souhaiter que le travail qu’il a accompli avec lui permette une double autonomie : d’une part en tant que sujet et dans le registre des conflits identificatoires infantiles, d’autre part par rapport à son analyste, c’est-à-dire qu’il ne soit pas aliéné au savoir de l’analyste; même si on sait bien qu’il reste toujours de « l’inanalysé » et des identifications possibles à l’analyste.

15 Pourrait-on dire que « l’einsamkeit » se pose en fin d’analyse ?

16 L’analyste s’éloigne, il reste un peu de nostalgie, ce qu’on y a laissé, ce qu’on garde avec soi : soi-même, une plus grande clarté, une plus grande liberté de penser, de dire, d’agir, de l’amour à donner, du désir de vivre, et une plus grande disposition à l’écoute de l’inconscient. L’effet de l’analyse se continue, effet après coup, intégration, mise en mouvement, développement, gain de liberté pour ce que W. Bion appelle « l’appareil à penser les pensées », qui n’est pas qu’un modèle infantile et qu’il nous laisse encore à conceptualiser. Ne présente-t-il pas sa théorie comme « un système théorique conçu pour que les analystes reformulent les hypothèses qui le composent sous la forme de données empiriquement vérifiables »? (3). On pourrait parler de l’appareil à penser l’analytique. Arrivés là, il va falloir commencer à parler de « formation ».

17 En effet, la psychanalyse personnelle ne suffit pas à penser l’analytique en position d’analyste, et si celui-ci est seul, il n’est pas sans lien avec d’autres auprès desquels il a cherché et continue à se former.

18 Au départ, se trouve un mouvement d’ouverture qui porte en lui le désir d’aller plus loin, de s’engager, de continuer la quête à la recherche de nouvelles réalisations, de nouvelles connaissances.

FORMATION

19 La forme exprime et met en valeur le contenu : c’est dans la mesure où la forme s’emploie à cela, que la notion de formation a un sens : le sens de mise en forme liée à la subjectivité, à la connaissance, à la mise en théorie de l’expérience subjective, entre éros et épistémè. La forme émane du fond. S’il y a effet de formation quand on se forme, c’est qu’il y a effet de changement, de transformation interne progressive : c’est le processus : développement, croissance, progression.

20 Cela se déroule entre celui ou celle qui prend l’initiative de se former, et un espace culturel commun composé de psychanalystes qui ont le souhait de promouvoir et de transmettre la psychanalyse; donc dans la rencontre avec une institution analytique et avec des analystes responsables de la transmission. La représentation que chacun se fait de l’institution analytique reste subjective et mouvante, susceptible d’évoluer, de se modifier, tout comme la dynamique de l’institution peut changer dans le temps.

21 Il s’agit aussi pour l’analyste de la représentation de sa relation à cette institution, qui peut s’inscrire en tiers quand il travaille, tiers qui ne doit pas prendre trop de place. Cette représentation est subjective même si elle a à voir avec la réalité de la vie institutionnelle et les relations interpersonnelles qui en font partie. A partir du moment où, dans une société analytique, le parcours de formation est installé une fois pour toute en cursus, avec des étapes préétablies comportant chaque fois une validation de l’acquis, on peut se consacrer à la formation sans avoir à y réfléchir. Ce n’est pas le cas au quatrième groupe où, jusqu’à un certain point le processus se déroule dans une grande liberté de choix des lieux de travail et des personnes, le seul moment où il est question de « validation » étant la session habilitante. Dans le cadre de cette organisation la réflexion sur la formation va donc de pair avec la formation elle-même. Le participant ne peut faire autrement que de penser à la transmission, de s’interroger sur la question de la transmission en même temps qu’il en bénéficie, ce qui le prépare peut-être, dans la mesure où il le souhaite, à transmettre à son tour une fois qu’il est habilité.

22 D’ailleurs la transmission est réellement réussie quand celui à qui on a transmis est animé du désir et de la créativité nécessaire pour transmettre à son tour les connaissances et le savoir faire qu’il a acquis. On a envie de transmettre ce qu’on considère être important, se situant du côté de la vie et du futur, ce à quoi on tient, ce qu’on désire voir et savoir se continuer après soi, s’inscrire dans la culture. Un bémol à cette idéalisation de la transmission :elle comporte une part d’inconscient, donc du non maîtrisable, de l’insaisissable qui laisse une ouverture vers la découverte et le changement. Mais ne serait-ce pas cette part inconsciente de la transmission qui est interrogée au moment des crises institutionnelles ?

23 Ce qui va suivre concernant la formation au quatrième groupe n’est pas à prendre comme un exposé des modalités de formation telles qu’on peut les trouver dans les statuts de ce groupe. Il s’agit plutôt de se poser, à un moment donné de l’expérience subjective d’un parcours de formation pour repenser, après coup, les idées soutenant la transmission dans cette organisation.

LA LIBERTÉ. MAIS ON POURRAIT DIRE LIBERTÉ BORDÉE

24 Se former au quatrième groupe ne comporte pas l’exigence d’une analyse didactique, ni même celle d’avoir fait une psychanalyse avec un membre de ce groupe. Le préalable reste d’avoir fait une analyse personnelle avec un ou une analyste de son choix.

25 Des lieux de travail sont proposés : groupes de travail, analyse quatrième, session inter-analytique (nous y reviendrons). Leur investissement est laissé à l’initiative et au choix de celui qui s’appelle participant et continue à s’appeler ainsi jusqu’à ce qu’il décide de s’engager institutionnellement en se présentant à une session d’habilitation.

26 Pour connaître ces lieux, il suffit de prendre contact avec un ou plusieurs des membres du groupe et en particulier avec le ou la secrétaire analytique. La liberté est d’abord la liberté de penser, qui est un préalable à l’initiative, au choix, donc aux pertes acceptées (c’est dans le choix). On devient analyste pour des motivations variées et dans les lieux institutionnels que l’on a choisis et où finalement on s’est ou non engagé, on pourrait dire par « affinité » ou communauté de penser.

27 Au quatrième groupe, le critère pourrait se poser implicitement comme la possibilité d’assumer cette liberté relative. Par exemple, si on reprend cette formule un peu usée :
« l’analyste ne s’autorise que de lui-même …et de quelques autres », ici les quelques autres se présentent sous la forme des membres rencontrés et de l’analyste que l’on a pressenti pour une analyse quatrième, qui peuvent donner leur avis sur son projet à un moment donné du parcours du participant. Celui-ci ne souhaite pas faire prendre trop de risque à l’analysant qu’il prendra pour la première fois en cure analytique, c’est une question d’éthique, c’est-à-dire de décision prise dans son fort intérieur et en s’assurant du travail entrepris dans une analyse quatrième. Quoique, même avec un analyste compétent, l’analysant prend toujours le risque d’y perdre quelque chose.

28 Comme le dit une patiente à un analyste, à l’issu d’un deuxième entretien, en colère de réaliser que ce serait payant : « Je ne vais pas m’engager, de toute façon on m’a dit qu’on ne sortait jamais indemne d’une psychanalyse !» En effet, on ne sort pas « indemne », c’est-à-dire pas identique, pas inchangé. La liberté de se mettre dans la position d’analyste avec un analysant va de pair avec la conscience de sa responsabilité et avec un début d’engagement. C’est là peut-être que s’ébauche l’engagement à transmettre la psychanalyse, dans l’intimité d’un « entre deux analysants dont l’un est là pour être analysé et l’autre pour être analyste » (F. Perrier). Il ne le fait pas sans concertation, même si, en dernier lieu, il ne doit sa décision qu’à lui-même.

29 Quand j’ai commencé à m’engager auprès de patients, je l’ai fait avec d’autant plus de prudence que ces patients-là étaient très malades, c’étaient des enfants psychotiques d’un hôpital de jour où il y avait encore des psychanalystes, enfants auxquels on fait violence au départ, car il faut bien aller les chercher pour tenter de les sortir de là où ils se sont immobilisés, mais enfants dénudés de confiance, juste bardés de défenses psychotiques dont la plus grave est la capsule autistique, dernier recours avant le retour à la « non existence » dont parle Ferenczi dans son article sur « l’enfant mal accueilli ». La théorie et la clinique psychanalytique de l’enfant s’enseignait encore à l’université sous la forme d’un D.U. de clinique psychanalytique du jeune enfant et les contrôles se faisaient en dehors. Si je parle de cette expérience, c’est que ce D.U. était présenté comme un moyen de sensibilisation à la psychanalyse de l’enfant, mais pouvait tout aussi bien constituer un début de formation, sinon à l’analyse du moins à la thérapie d’enfants, selon comment on choisissait de s’en saisir. J’ai eu la chance, dans ces circonstances, de rencontrer le chef de service de pédopsychiatrie responsable du D.U. et de travailler avec lui. Psychanalyste inscrit à l’A.P.F., il m’a parlé des sociétés analytiques, dont le quatrième groupe. J’ai encore voyagé un peu avant de m’approcher du quatrième groupe en commençant par la rencontre avec des membres de cette organisation à Bordeaux, l’inscription dans un groupe de travail, une supervision de thérapie d’adulte, et le paiement d’une cotisation de participant.

30 Depuis j’ai fait du chemin. En tant qu’analyste en formation je trouve important de pouvoir me référer à une société analytique qui est toujours le quatrième groupe, avec laquelle j’entretiens des liens moins idéaux mais certainement plus vivants qu’auparavant.

31 Au fil du temps des liens se tissent, à la faveur des rencontres, dans les groupes de travail, dans des échanges sur l’analyse, la vie, la culture au sens large, des liens amicaux se créent. « La vrai amitié est telle que mon désir de ce que l’autre peut m’apporter ne s’éteint jamais, tandis que ce que l’autre m’apporte m’est de plus en plus précieux. Il y a dans la vrai amitié quelque chose de très paradoxal puisque le désir et sa satisfaction coexistent ». « Socrate utilise le mot Oikeion, le familier, pour caractériser le bien que je trouve chez l’autre dans l’amitié. Ce bien, je le reconnais comme mien; il est à moi et pourtant il est d’origine étrangère. Il vient d’en dehors de chez moi. » (4) Cela fait partie des relations interpersonnelles qui enrichissent la vie et peuvent enrichir la réflexion psychanalytique.

32 Pour parler plus précisément des lieux de formation au quatrième groupe, j’aborderai :
L’analyse quatrième, la théorie au contact des groupes de travail, la session inter analytique.

33 L’analyse quatrième. L’analyste quatrième la définit en en dessinant les contours par son attitude au cours de cette forme de supervision : il ne se met pas en place d’analyste avec un analysant, mais son écoute reste celle d’un analyste, c’est-à-dire écoute de l’inconscient; il ne se met pas non plus à la place de l’analyste avec le patient dont il est question, le renvoyant à la responsabilité qui lui incombe dans son écoute et ses élaborations interprétatives. Ce qui est mis au travail : à partir du dire de l’analyste sur son analysant, le transfert, la parole, le contenu du discours, ce qui est entendu et perçu par l’analyste et ce qui ne l’est pas, y compris son contre-transfert conscient et inconscient. Cette question du contre-transfert se trouve au cœur de l’analyse quatrième. On sent que l’analyste quatrième s’appuie sur sa théorisation et sur sa fonction d’analyste. La position d’analyste quatrième est sans doute une position délicate qui, exercée avec tact, permet à l’analyste de se mouvoir librement, d’aller à la rencontre de sa propre pensée sur le sujet analytique, de mettre en jeu des moments d’analyse avec un analysant dans un va-et-vient intemporel, dégageant du sens, au fil du temps, et découvrant ce qu’il n’entend pas ou ne réalise pas en raison de ses propres résistances. L’association libre y joue un rôle, mais également la mise à l’épreuve de l’assise théorique, c’est-à-dire comment l’analyste présentifie son intégration des théories analytiques.

34 Il n’y a pas de validation institutionnelle de l’analyse quatrième. C’est un processus qui se commence, se déroule dans le temps, on quitte cet analyste quatrième, mais le travail d’élaboration se continue. Parfois ce temps de travail débouche sur la reprise d’une analyse personnelle.

35 Théorie et groupe de travail. Il est beaucoup plus simple de parler de la théorie que de l’analyse quatrième, ce sera pour souligner l’importance de l’acquisition de connaissances théoriques psychanalytiques, mais aussi dans le domaine plus général de la culture, en particulier littéraire.

36 On peut penser que la capacité de penser ne cesse de s’accroître au fur et à mesure que de nouvelles conceptions s’imposent, celles qui naissent de la réalisation de l’expérience clinique et viennent interroger la théorie dans sa certitude de théorie et à l’inverse celles découvertes à la lecture d’un texte qui vient éclairer des moments pré conceptuels de la clinique analytique.

37 Le groupe de travail est un lieu de dialogue, d’échange, de liens entre la clinique, la théorie et l’expérience personnelle de la psychanalyse. Chacun peut s’y essayer à clarifier sa propre pensée et à parler en son nom à partir de l’intégration de théories, du va-et-vient entre l’expérience clinique et la théorie. L’après coup peut jouer pour le groupe : par exemple, il se peut qu’on réalise, après avoir quitté un groupe, le bien fondé d’une idée qu’on n’avait pas jusque-là éprouvée comme vraie, dont on n’avait pas saisi l’importance, qui était restée en attente quelque part dans le préconscient et revient à la rencontre de l’expérience.

38 Chaque groupe de travail a sa spécificité : groupe de lecture, groupe de réflexion, groupe de recherche, dont les thèmes et les arguments sont précisés sur le bulletin du quatrième groupe.

39 On entre dans un groupe de travail en rencontrant le ou la secrétaire du groupe de travail. La personne qui vient s’inscrire sait la plupart du temps, mais si elle ne le sait pas il faut le lui préciser, que le travail effectué dans le groupe ne suffit pas à s’installer comme analyste. Il peut être important de l’inviter à un moment donné à rencontrer le ou la secrétaire analytique et d’autres membres pour parler de son projet, projet qui, pour participer à certains groupes de travail, n’a pas obligatoirement à être au départ celui de devenir analyste. Il peut le devenir.

40 La fonction de secrétaire de groupe est assumée par un analyste, membre ou participant, qui prend l’initiative d’ouvrir un groupe sur un thème qui l’intéresse particulièrement et dont il a aussi perçu l’intérêt chez d’autres.

41 A l’occasion, je parlerai de mon expérience de secrétaire de groupe depuis ma place de participante. Il s’agit d’un groupe de lecture de textes de Freud; il n’en existait pas dans notre province; il s’est donc créé un peu par défaut, et beaucoup par désir de revenir aux sources théoriques fondamentales. Après un an, j’ai accepté la fonction de secrétaire pour ce groupe, à sa demande, dans la perspective de l’inscrire dans les activités scientifiques du quatrième groupe. Du temps a passé, je suis toujours participante et ne ressens actuellement aucune ambiguïté dans le fait d’être aussi secrétaire de groupe. Je ne m’y considère pas comme enseignante ou formatrice, mais le travail de l’analyse y est très présent. J’assume cette position charnière entre le groupe de travail et l’institution, et, parallèlement, entre un moment et un autre de mon processus de formation. J’attache de l’importance à la fonction d’accueil : organisation et lieu des rencontres, accueil des nouveaux participants, des questions en lien avec l’institution, accueil de la parole de l’autre (ce qui n’est pas dans ce dernier exemple, spécifique à la secrétaire, tous les participants sont concernés).

42 Freud est le fondateur de la psychanalyse, son développement théorique est une référence de base à acquérir, à travailler à plusieurs, pour se distancier du mot à mot des textes, tout en suivant sa pensée, ses tâtonnements, ses allers et retours, la construction de sa théorisation à partir de sa clinique et de sa réflexion en lien avec les auteurs qu’il lisait, son histoire personnelle, ses correspondances et le monde dans lequel il vivait. Je ne peux m’empêcher de signaler au passage que tous ses écrits cliniques sont un excellent modèle pour la préparation de sessions inter analytiques.

43 Nous lisons dans une certaine convivialité, chacun apportant sa compréhension, ses questions, son éclairage clinique, ses connaissances, ses associations avec d’autres auteurs ou d’autres textes de Freud décalés dans le temps.

44 Lire Freud touche de près au début de l’histoire de la psychanalyse, à la naissance et à l’évolution des concepts psychanalytiques dans l’œuvre même de Freud et à travers la littérature qui a suivi.

45 Le groupe de travail a une dimension sociale. Au-delà des relations d’échange sur la théorie et la clinique, existent les relations interpersonnelles qu’on a à prendre en compte, mais qui en définitive constituent plus un enrichissement qu’un obstacle.

46 On peut dire que la transmission joue dans ce groupe à partir de la théorie, et du travail de réflexion des participants, chacun dans sa solitude d’abord, dans l’échange ensuite.

47 Parler d’effet de formation est un peu différent, je ne peux pas en juger pour les autres. Chacun peut aller en élaborer quelque chose auprès des secrétaires scientifiques ou de la secrétaire analytique s’il le souhaite.

48 La pose, la scansion pour élaborer un moment de son parcours peut se présenter sous forme d’une session inter analytique, difficile à définir quant à son contenu, qui reste singulier.

49 Sa modalité : un participant sollicite trois analystes membres de l’institution qui se réuniront avec lui pour un travail autour d’un thème choisi par le participant.

50 La session inter analytique comporte les deux aspects : analytique et institutionnel.

51 Institutionnel puisqu’elle fait partie de l’organisation institutionnelle comme lieu de rencontre, d’élaboration et qu’elle est considérée non pas comme un lieu de validation mais comme un lieu de formation. L’institution y est représentée par les analystes membres qui ont accepté d’en faire partie.

52 L’analytique, c’est cela qui est mis au travail, travail d’élaboration théoricoclinique dans lequel le participant met à l’épreuve son mode de penser l’analytique en le confrontant à des analystes référents de la psychanalyse et de l’institution, mais qui sont là aussi avec leur singularité, leur propre mode de pensée et leurs différentes affinités théoriques.

53 Dans la rencontre, il y a parfois du saisissement, de l’étonnement, de l’interrogation, des malentendus, du plaisir de penser aussi. Il y a émergence de questions, dont certaines se trouvaient dans la motivation même du thème annoncé. Les analystes présents font acte d’écoute et de parole qui peut produire un effet d’interprétation mobilisateur. Et puis on ne comprend pas tout, il reste de l’insaisissable, cause du désir et du plaisir de continuer à chercher. Restent des questions, des pistes de recherche.

54 L’élaboration se continue dans l’après coup de la rencontre. Il y a un décalage, l’écoute se trouve modifiée, les positions théoriques mobilisées, et certainement se pose particulièrement la question de l’acte de parole qu’est l’interprétation dans le travail de l’analyste, question qui se trouve prise dans celle de l’engagement psychanalytique. D’autres rencontres suivront pour une même session.

55 Dans le contexte actuel et aussi parce que je n’en ai pas l’expérience, je ne parlerai pas de la session habilitante, sauf pour dire que le processus de formation au quatrième groupe rencontre en ce lieu la seule occasion de reconnaissance institutionnelle de la qualité d’analyste en même temps que de la qualité d’analyste quatrième. Se former devient transmettre. L’analyste habilité s’autorise à transmettre, à un moment donné, parce que son processus de formation l’y a préparé. Ce faisant, il continue à se former : toute proportion gardée, tout comme nous apprenons de nos analysants, un analyste quatrième apprend certainement des analystes qui viennent le voir pour se former, cela, en lien, peut-on supposer, avec une élaboration commune sur l’analyse quatrième.

56 Au-delà de la reconnaissance institutionnelle, la session habilitante marque l’engagement institutionnel de l’analyste et la responsabilité qui l’accompagne dans le développement de la psychanalyse : activités scientifiques et transmission.

57 La question de la dette ne joue-t-elle pas dans ce moment charnière de l’engagement institutionnel ? Et également dans le désengagement possible d’une institution donnée, dans la liberté que l’on prend d’en partir ?

58 Le processus de formation au quatrième groupe est soutenu par l’idée du pluriréférenciel : liberté du choix personnel de son analyste, liberté des références théoriques, liberté d’échange et de travail scientifiques avec d’autres sociétés psychanalytiques. Le pluriréférenciel ne concerne pas les modalités de formation qui restent propres à chaque institution psychanalytique.

59 Il reste encore à lire, à dire, à penser, et on ne parle vraiment que dans la distance.

60 Ce texte était une volonté de ne pas surseoir à ce qui était sur le point de s’écrire, dans un besoin de clarification, mais ma position de participant et surtout le contexte institutionnel actuel ne me permettent pas d’aller plus loin dans l’élaboration du processus de formation dans cette organisation, du temps sera nécessaire.

61 Décembre 2004

Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE

(1) Paul-Laurent ASSOUN, « La solitude du chercheur de fond », Topique, N° 64, « Solitude », 1998.

(2) François PERRIER, « Le séminaire sur L’amour ».

(3) Wilfred R. BION, « Une théorie de l’activité de pensée » dans « Réflexion faite ».

(5) Pierre FORCE, « Heureux qui comme Ulysse » dans la revue Penser, rêver le fait de l’analyse.

(6) Donald W. WINNICOTT, « La crainte de l’effondrement ».

 

Résumé

Si le travail d’écriture de cet article s’origine dans l’expérience personnelle d’un processus en cours pour devenir psychanalyste, il est, au-delà, une élaboration qui n’a pas pour visée de développer une théorie de la formation généralisable, mais tente de mettre au jour ce qui, dans les différentes étapes du processus de formation au quatrième groupe, est susceptible d’enrichir et de mobiliser la capacité de penser et de penser le fait analytique, dans un va-et-vient entre l’idéal et la réalité. Autrement dit, qu’est-ce qui est opérant pour la progression psychique du psychanalyste dans sa spécificité tout au long de sa rencontre avec cette organisation psychanalytique?

Mots-clés

Transmission, Inconscient, Progression, Solitude, Lieu intermédiaire, Temps, Recherche



Sphere of Influence
This article is rooted in my current personal training to become a psychoanalyst but is also an attempt, rather than to develop a theory of a generalised form of training, to shed light on what, within the different stages in training provided by the Fourth Group, enriches and rallies our capacity for reflection, in a movement of ebb and flow between ideal and reality. In other words, what is operative for the psychic progression of the analyst in his or her specificity within the framework of their encounter with this psychoanalytical organisation ?

Key-words

Transmission, Unconscious, Progression, Solitude, Intermediary zone, Time, Research

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Chantal Vénier « Mouvance », Topique 4/2006 (n° 97), p. 139-149.
URL :
www.cairn.info/revue-topique-2006-4-page-139.htm.
DOI : 10.3917/top.097.0139.