Ecrire l’histoire de la psychanalyse
Jacques SÉDAT
Alain de Mijolla, en fondant la Revue Internationale d’Histoire de la
Psychanalyse, souhaitait par les nombreux sujets abordés pouvoir fournir des éléments de
réponse à la question : un psychanalyste est-il mieux placé qu’un historien des idées pour
écrire une histoire de la psychanalyse ? Est-il apte à rendre compte de l’évolution de sa
pensée, de sa théorie et de sa pratique psychanalytique ? Une théorie psychanalytique n’est
pas une œuvre purement spéculative et elle porte la marque de la subjectivité de son auteur,
ce à quoi Freud lui-même n’a pas échappé, au milieu des polémiques et des préoccupations
personnelles. Tout psychanalyste doit résister à la tentation du dogmatisme sans chercher à
transformer des hypothèses aléatoires en vérités scientifiques, puisque, seule l’expérience
clinique peut valider la pertinence d’un concept. La pratique de l’histoire de la psychanalyse
doit conduire à une grande modestie théorique, elle n’est pas l’invention d’une nouvelle
pensée mais l’interrogation fondamentale sur nos modes de pensée et sur les modalités
d’investissement que nous en faisons. Nous avons à construire la mémoire non pas dans
le sens de Historie (événements du passé) mais au sens de Geschichte, l’histoire de ce qui
s’est passé, pour témoigner de cette histoire dont nous sommes partie prenante.Mots-clés :
Passé, Mémoire, Histoire du passé.
Alain de Mijolla, when he founded the Revue Internationale d’Histoire
de la Psychanalyse, wished to explore a number of subjects in order to attempt to provide
an answer to this essential question - is a psychoanalyst better placed than a historian to
write a history of psychoanalysis? Is he or she better armed to account for the evolution of
psychoanalytical thought, theory and practice? For psychoanalytical theory is not a matter
of mere speculation but bears the marks of its author’s subjectivity, a truth that not even
Freud escaped amid the disputes and personal preoccupations that marked his life. Each
and every psychoanalyst must fight against the temptations of dogmatism, while at once
resisting the desire to attempt to transform random hypotheses into scientific truths, since
only clinical experience itself can indeed confer validation on the pertinence of a concept.
Close practice of the history of psychoanalysis necessarily leads to immense modesty
concerning its theory, and this practice is not to be seen as a means of inventing a new line
of thought but of questioning our existing modes of thought and the way we invest them.
Our role is to build up a memory of the past not as History (events from the past) but as
Geschichte, the history of what happened, the history of which we are all protagonists and
to which we may all bear witness.Keywords :
Past, Memory, History of the past.