2007
TOPIQUE
Editorial
Sophie de Mijolla-Mellor
20 rue du Commandant Mouchotte 75014 Paris
Le dévoilement historique
A quoi sert l’histoire et, plus spécifiquement, qu’est-ce que les psychanalystes
peuvent trouver dans leur propre histoire ? Ce numéro de
Topique
[1] tente un bilan à
la fois historique et épistémologique qui fait le point sur les recherches qui ont été
menées depuis 20 ans et propose une analyse critique en partant des distinctions
épistémologiques propres aux historiens et à l’historiographie.
Ainsi, avec les nouvelles recherches de Harold Blum sur le Petit Hans et
les éléments jusqu’ici inconnus concernant sa mère, on a une idée de ce que la
consultation des archives lorsqu’elles sortent du secret peut apporter non seulement
à l’histoire des institutions analytiques mais aussi à la pratique de la cure.
Dévoilement donc sur ce que l’on croyait bien connaître et qui apparaît sous
un jour nouveau. Dévoilement d’une « vérité » indiscrète certes mais éclairante,
toujours partielle cependant et qui marque les limites de la communication sur
un cas car tout ne pourra jamais être porté à la lumière ainsi que l’a évoqué
le précédent numéro de Topique sur « L’écoute transmise » et les nécessités
déontologiques qui entourent la publication d’un « cas ».
Pourtant la démarche de la cure et sa communication exigent bien de telles
transparences qui permettent avec le recul du temps de jauger la relativité d’une
pratique ou au contraire son caractère durable et incontournable car il tient à
l’essence même de la psychanalyse.
A ce titre, l’écriture de l’histoire de la psychanalyse est un repère indispensable
non seulement pour l’histoire de la pensée mais pour la pratique des analystes.
Histoire qui est aussi indissociable de l’histoire des peuples dans laquelle elle
s’inscrit. Car la psychanalyse n’est pas une pure théorie pour comprendre les faits
psychiques ou les soigner lorsqu’ils dysfonctionnent mais une conduite de vie
impliquant une pensée du sujet et de la condition humaine, bref une « morale »
au sens antique du terme.
Aussi le psychanalyste est-il partie prenante de la vie de la Cité et, au même
titre que Socrate démontre à Criton l’inanité philosophique de s’enfuir pour
éviter la condamnation à mort, le psychanalyste trouverait dans l’exercice de
sa fréquentation des processus inconscients de quoi guider son appréciation des
limites infranchissables dans la relation à l’autre.
Mais est-ce à l’historien spécialiste ou au psychanalyste lui-même que revient
la tâche d’écrire cette histoire ?
Cette question rejoint plus généralement celle de la capacité ou l’incapacité de
l’historien et du savant concernés à écrire l’histoire d’une science particulière.
Et l’évaluation en ce domaine découle d’une conception préalable portant sur
la notion même d’histoire.
On trouvera ainsi dans ce numéro la mise en discussion des points où
l’écriture de l’histoire de la psychanalyse rencontre la pratique théorico-clinique
de l’analyste : par exemple le statut de la trace, la question de la vérité etc. comme
un questionnement sur la nature des thématiques qui ont retenu l’attention des
chercheurs en histoire de la psychanalyse, leurs éventuelles focalisations ou
évitements.
Les textes qui suivent, reprennent l’ordre des questions soulevées en table
ronde lors des XIe Rencontres internationales sur l’Histoire de la psychanalyse :
- Qui écrit l’histoire de la psychanalyse ?
- Débats autour de l’histoire de la psychanalyse en France
- Les conditions socio-historiques de l’écriture de l’histoire de la psychanalyse
en Méditerranée
- Méthodologie de l’écriture de l’histoire de la psychanalyse
- Réflexions épistémologiques sur l’écriture de l’histoire de la psychanalyse.
[1]
Les textes de ce numéro représentent une partie des communications prononcées lors
des XI
e Rencontres de l’Association Internationale d’Histoire de la Psychanalyse (AIHP)
qui se sont tenues à Aix en Provence en Juillet 2006. La totalité de ces communications est
consultable en ligne sur le Site de l’AIHP.