2007
TOPIQUE
Avant-Propos
Jean-Jacques Barreau
Louis Brunet
Dianne Casoni
Jean-Pierre Chartier
Francine Cyr
C’est en 2005, à l’occasion d’une discussion lors d’un colloque international
entre Guy Roger, alors président du Quatrième Groupe, Jean-Pierre Chartier,
secrétaire scientifique du Quatrième Groupe, et Louis Brunet, membre de la
Société canadienne de psychanalyse, qu’est née l’idée d’organiser un colloque
à Montréal.
C’est ainsi que se sont tenu, les 29 et 30 septembre 2006, les Premiers entretiens
psychanalytiques Québec-Quatrième Groupe, sur le thème « Psychanalyse,
violence et société », dont les textes des interventions sont réunis dans ce numéro
de Topique.
Freud, qui disait que nous avons le plaisir au meurtre dans le sang, a montré
comment la tension entre les exigences des pulsions et celles de la vie en
société était la source d’un profond malaise dans la culture. Ainsi, la violence
pulsionnelle s’exprimant dans la cure par la violence des manifestations transféro-contre-transférentielles, le conflit d’ambivalence entre l’amour et la haine, la
permanence des souhaits de mort inconscients, le processus infini d’intrication
et de désintrication entre les pulsions de vie et les pulsions de mort, les effets
destructeurs d’un surmoi défini comme pure culture d’instinct de mort... sont
quelques-unes des voies par lesquelles la psychanalyse a exploré le champ de la
violence.
Comme l’a montré Piera Aulagnier, la violence de l’interprétation du porte-parole – qui, en nommant les éprouvés de l’enfant, l’introduit à la symbolisation
et au désir de l’Autre – est une violence nécessaire à la subjectivation qui porte
en elle les possibilités de son excès et de son abus. Cette exposition à la violence
pulsionnelle de l’autre est patente dans l’histoire infantile des sujets dont parlent
la plupart des conférenciers : psychopathes, enfants incestués, délinquants,
itinérants... Moins criante, elle peut s’inscrire au cĹ“ur même de la langue et de
sa transmission à travers les effets d’aliénation du sujet à la langue de l’Autre ;
colonisation par la langue de l’Autre dont on mesure la violence et la destructivité
que se soit au niveau individuel, dans la psychose par exemple, ou au niveau
politique dans les discours totalitaires.
Le mot n’est pas la chose, il est habité par le deuil. Sur cette impuissance se
développe la puissance de la métaphore, la puissance magique des mots dont
Freud soulignait l’efficacité thérapeutique. Mais sur cette impuissance peut se
développer, aussi, le pouvoir maniaque de discours ou d’agirs ignorant la perte et
le refoulement. Ainsi, les intervenants à ces Premiers entretiens psychanalytiques
Québec-Quatrième Groupe témoignent de l’actualité du malaise dans la culture.
Ces Premiers entretiens Québec- Quatrième Groupe ont constitué une occasion
de nouer des liens étroits entre des analystes des deux continents : de la Société
psychanalytique de Montréal et de la section Quebec English Branch, du côté
québécois, et du Quatrième Groupe du côté français. La qualité des discussions
lors du colloque, mais aussi la richesse des échanges qui se sont prolongés dans
des réunions privées, démontrent que l’objectif des organisateurs fut atteint.