2007
Topique
Avant-propos
Sophie de Mijolla-Mellor
Topique a atteint son 100e numéro !
Les psychanalystes connaissent bien le formidable pouvoir fantasmatique des nombres qui va conduire tel ou tel à choisir inconsciemment, parfois en répétant le vécu d’un des parents, la date d’une décision importante voire celle de sa propre mort comme si les chiffres qui la déterminent dans un calendrier, totalement formel par ailleurs, constituaient autant de signes de l’au delà auxquels il faudrait obéir ou plutôt s’accorder. Qu’on le veuille ou non, Freud et Fliess nous ont certainement légué à cet égard quelque héritage transgénérationnel de leurs obsessions partagées.
Le nombre 100, tout rond et donc particulièrement satisfaisant en cela, a la force particulière d’évoquer dans sa simplicité le sommet de la vie d’un homme.
Si à 10 ans nous pouvons réclamer quelque considération du haut de nos deux chiffres, qu’en sera t’il à 100 ! On peut difficilement prétendre dépasser sereinement la centaine d’années mais on n’en n’espère pas moins secrètement y parvenir, gaillardement il va de soi…
Et, si nous n’y arrivons pas nous-mêmes, nos objets de culture le feront et bien au delà.
Car il est difficile de croire en cette terrifiante vision d’un Freud envisageant dans « Ephémère destinée » la possibilité que vienne « un temps où les tableaux et les statues que nous admirons aujourd’hui se désagrègent, ou que vienne après nous une race d’hommes qui ne comprenne plus les Ĺ“uvres de nos poètes et de nos penseurs, voire une époque géologique dans laquelle tout ce qui vit sur terre soit sans voix » (Résultats, Idées, problèmes, Paris, PUF, p. 234).
Nous n’en sommes pas à imaginer un temps où la découverte freudienne sinon ses formulations ne feraient plus sens. Et parmi les signes de leur capacité de se prolonger et de se renouveler, il y a la recherche théorico-clinique dans sa dimension d’ouverture à la cure d’une part et aux autres champs du savoir et de la culture.
Aussi, malgré la « haine de la psychanalyse » qui n’est pas nouvelle, malgré les attaques diverses au nom de la rapidité, de l’efficacité, de l’éradication des symptômes ou au nom de la « scientificité », nous pouvons nous féliciter collectivement que nos revues portent aujourd’hui comme hier les voix de la recherche en cours.
Nous avions déjà il y a huit ans dans le numéro 69 fêté les trente ans de Topique par une commémoration des conditions de sa fondation par Piera Aulagnier en 1969. Le dernier numéro qu’elle avait dirigé date de 1990, il est paru en Juin soit deux mois après sa mort.
Je suis heureuse aujourd’hui pour ma part, depuis ces dix sept ans où elle nous a quittés, d’avoir pu contribuer à porter notre revue à ce chiffre fatidique de 100 numéros, avec le concours de Jean-Paul Valabrega et de tous ceux qui nous y ont aidé en écrivant et en s’impliquant dans le comité de lecture et surtout dans le secrétariat de rédaction. Qu’ils en soient tous, ainsi que notre éditeur et ses collaboratrices, chaleureusement remerciés !
Une revue repose sur la confiance entre la rédaction, les auteurs, les lecteurs et l’éditeur qui accepte de porter la charge et le risque de l’aventure.
De cette étroite collaboration et de nos v
Ĺ“ux de la poursuivre encore très longtemps, le présent numéro se veut l’hommage en un florilège des textes qui ont jalonné notre parcours
[*]. Choix nécessairement limité et incomplet, aussi est-il accompagné d’un index thématique, d’auteurs et de titres dont nous souhaitons qu’il puisse constituer, pour tous ceux qui aiment la psychanalyse, un instrument utile pour continuer à la penser.
[*]
Les textes qui constituent ce volume ont été publiés dans des numéros antérieurs de
Topique, dont le n° 1 de 1969. Leur source est indiquée dans le sommaire, page 5.