2008
TOPIQUE
Ouverture
René Peran
5, square Roland Garros 35000 Rennes
Mes chers collègues, je me réjouis en tant que Président du Quatrième Groupe
d’ouvrir ces journées de travail et d’échanges sur le thème : « Contrôle,
Supervision, Analyse quatrième »; Ceci sur l’initiative du Quatrième Groupe.
Je souhaiterais commencer par vous conter une brève histoire qui n’est pas
de moi :
« Il était une fois un Empereur qui s’appelait Freud, et ses patients le trompaient en l’habillant de transfert, de telle sorte qu’il crut qu’il était bon, beau et
savant. Puis une enfant appelée Dora se moqua de lui et il se rendit compte qu’il
était seulement un Freud tout nu. Alors un grand homme appelé Freud comprit
que l’habillage par le transfert avait sa propre réalité psychique et qu’accepter
le fait d’être nu en dessous lui donnait une beauté étrange et le pouvoir de soigner l’esprit de ses patients. Mais plus tard d’autres découvrirent que le fait de
porter les vêtements du transfert faisait naître certains changements dans leur
sagesse et dans leur bienveillance (reconnaissance du contre-transfert), alors
que l’oubli de leur nudité sous-jacente les conduisait à la grandiosité, à l’autosatisfaction et à l’avidité. Plus tard encore, on découvrit que ce roman avéré sur
leur relation permettait aux deux partenaires d’utiliser leur appareil psychique
pour réfléchir à un degré que ni l’un ni l’autre n’auraient atteint seul (Bion).
Mais alors, on commençait à comprendre que ce n’était pas eux qui utilisaient
leur appareil psychique, c’était leur appareil psychique qui les utilisait…. »
Ce passage attribué à Donald Meltzer, dans son texte sur « Le conflit esthétique », montre avec élégance que la rencontre du Transfert et du Contre-transfert
a, bien entendu, des effets positifs, mais aussi des effets négatifs. Démêler les
écheveaux de ces deux figures de l’investissement suppose, nous le savons bien
aujourd’hui, le déploiement d’un espace tiers et la référence à un tiers.
Avant le lever de rideau sur les exposés scientifiques proprement dits, je
voudrais faire quelques remarques. Il est classique de faire remonter la cure
contrôlée aux origines de la psychanalyse, W. Fliess et Breuer ayant été, avec
Freud, les premiers superviseurs.
À l’époque des pionniers, de grandes différences apparaissaient lorsque les
analystes superviseurs parlaient de leur pratique tant sur le mode du cadre que
de la manière de mener ces cures supervisées. Les bases de ces cures reposaient
sur peu de règles, pratiquement pas de règles dans la Société Psychanalytique
de Vienne et dans les débuts de l’API; jusque-là notamment il était courant que
l’analyste soit aussi le superviseur. Un début de clarification s’est fait jour en
1925 au sein de l’Association Psychanalytique Internationale :depuis cette date,
l’analyste du candidat ne peut être son superviseur. Certes, il s’agissait d’éviter les confusions générées par le mélange des rôles, dit-on. Ce point nodal de
la dissociation analyste du candidat-analyste contrôleur ouvrait la réflexion sur
la notion de pluri référentiel dans la cure contrôlée comme le rappelle Sophie
de Mijolla-Mellor dans son article concernant l’analyste quatrième, dans le
Dictionnaire Internationale de Psychanalyse. Cette évidence du pluri référentiel pour le candidat fut le point de départ de la théorie de l’analyse quatrième
développée par Jean-Paul Valabrega.
Dans la plupart des sociétés nous nous sommes depuis toujours fort mobilisés sur les questions de la formation psychanalytique, et plus encore dans le
contexte politique actuel. Beaucoup de productions scientifiques ont eu lieu en
vue de ces journées et malheureusement trop nombreuses, pour trouver place à
communication. Mais vous pourrez en trouver une partie dans le numéro 97 de
Topique intitulé :« L’écoute transmise ».
Je remercie les membres des sociétés avec lesquelles nous avons des liens
d’échange scientifique, et bien souvent amicaux, d’avoir bien voulu participer
activement à nos débats. Vous pourrez entendre successivement au cours de ces
journées scientifiques du Quatrième Groupe : Jean-Paul Valabrega (Quatrième
Groupe), Jean-Luc Donnet (Société Psychanalytique de Paris), André Beetschen
(Association Psychanalytique de France), Patrick Guyomard (Société de
Psychanalyse Freudienne), Alain Vannier (Espace Analytique) et Nathalie
Zaltzman (Quatrième Groupe).
À défaut de devenir beau, bon et savant, je souhaite qu’à l’issue de ces journées, nous ressortions au moins un peu satisfaits.
Je laisse maintenant la parole à Jean-Jacques Barreau qui nous propose une
introduction au travail scientifique qui va suivre.