Topique 2009/3
Topique
2009/3 (n° 108)
256 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782847951592
DOI 10.3917/top.108.0113
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Vous consultezTransformations et métamorphoses

Écriture et « pensabilité » entre Kafka et Freud

AuteursMarco Francesconi du même auteur

Dipartimento di Psicologia Università di Pavia Piazza Botta, 6 27100 Pavia marco.francesconi@unipv.it

Daniela Scotto di Fasano du même auteur

Dipartimento di Psicologia Università di Pavia Piazza Botta, 6 27100 Pavia danielasdf@libero.it

« En se levant un matin après une nuit de rêves inquiétants, Gregor Samsa se découvrit transformé, dans son lit, en un énorme insecte. »

2 Ce sont les premiers mots de « La métamorphose » de Kafka (1912), le début de la lente « mort » psychique et physique du « voyageur de commerce ». Quelques lignes plus loin, Samsa-cafard découvre une partie de son ventre « couverte de nombreux petits boutons blancs qu’il ne pouvait expliquer. Il essaya de les toucher avec une de ses pattes, mais il dut la retirer immédiatement, car à leur contact, il éprouva une sensation de froid. »

3 Peut-être que cette sensation de froid indique la double « peine » de Kafka : l’une, envers son corps à travers les premiers symptômes d’une maladie dont il mourut quelques années plus tard[1] [1] Nous faisons ici référence à la tuberculose de Kafka. ...
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, l’autre, liée à un interdit œdipien présent depuis toujours et révélée par son amour pour Felice Bauer, rencontrée quelques mois plus tôt.

4 Notre hypothèse est que Kafka réagit à la « sensation de froid » à travers une intention psychique inconsciente destructive [2] [2] Peut-être une nouvelle forme de la pulsion de mort, de...
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, irrationnelle, mais triomphante, parce qu’elle « confirme » le destin déjà écrit d’un échec œdipien : ici Laios triomphe et tue Œdipe.

5 Le cafard kafkaïen est-il une illusion capable de s’étendre à la condition humaine tout entière (comme on l’interprète habituellement), ou s’agit-il d’un verdict inscrit dans le corps et prononcé par un Surmoi implacable, entraînant une maladie destructrice ?

6 Dans Le procès, Josef K. écrit : « un seul bourreau pourrait remplacer le tribunal entier ». Pour lui, en effet, le bourreau gagne toujours son combat, car cette authentique transformation du destin est impossible. Tandis qu’elle le fut pour Freud durant les mêmes années (à l’époque de la première Guerre Mondiale).

7 Face au traumatisme de la décadence, les autobiographies involontaires suivent deux chemins différents : Freud réécrit l’Œdipe comme Histoire et le relance dans le temps, Kafka réécrit l’Œdipe comme Maladie et y met fin.

8 Ainsi, chez Kafka ne domine pas la Transformation, mais la Métamorphose, c’est-à-dire la mutation totale sans lien avec l’état précédent. Gregor Samsa ne se transforme pas, il se mue en cafard.

9 Nous avons mutation et violence, mais il nous manque la troisième composante nécessaire l’invariance, selon Bion[3] [3] Bion, 1965, p.  18. Rappelons que la mutation catastrophique...
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, pour parler de transformation catastrophique : il ne reste rien du passé qui garde un minimum de continuité. Kafka ne souhaite pas changer, il veut plutôt que la réalité fasse un pas en arrière, que la vie reprenne son cours normal, comme par magie :

10 « Il me suffirait de considérer comme un endroit différent celui où je suis en ce moment » (Journal, 1922, in Kafka, 1972, p. 613)

11 Bleger a écrit :

12 « Le terme « métamorphose » issu du Grec, signifie « changement total ». (…) Pour que la métamorphose se produise, le moi doit se déplacer par segments massifs, condensés, non suffisamment dissociés ou différentiés entre eux, et ainsi le passage d’un fragment du moi à un autre est un véritable changement de personnalité, une métamorphose. C’est ce que j’appelle objet agglutiné ou relation objectale agglutinée ». (Bleger, 1967, p. 101).

13 « Le changement est vécu comme un désastre, comme l’écroulement du moi précédent et de toute l’organisation qui y correspondait. Ainsi tout est réaménagé et acquiert un sens nouveau. C’est une réorganisation dans laquelle tous les éléments sont classés dans un ordre différent et s’adaptent à un moi situé à un niveau régressif, magique (…) C’est la rencontre avec une image interne, idéalisée, et c’est pour cela qu’elle apparaît avec les caractéristiques de la prédétermination ». Si : « La régression est trop intense, on court le risque de se dissiper et le contact avec l’autre devient indispensable pour circonscrire la régression et configurer à nouveau la personnalisation « en se reflétant dans l’autre » ; il s’agit donc d’une recherche de limites » (Bleger, 1967, p. 102).

14 L’objet agglutiné concentre et dissout toutes les pulsions à tous les niveaux psychiques. Le sujet éprouve une alternance entre vécus claustrophobes et agoraphobes, il évite la confusion par l’intensification du contrôle rigide, de l’immobilisation de l’objet et des relations en perdant le sens de la réalité, du schéma corporel et des différences de genre (ibidem, p. 103 et 107).

15 Dans cet état émotif, le contact sexuel, le travail, l’activité en général ne sont plus des formes de réalisation issues du domaine psycho-affectif, mais des sensations éminemment physiques capables de rassurer le sujet par le biais de modalités autiste-symbiotiques (ibidem). Approximativement, comme le dit Citati de Kafka :

16 « C’était une sorte d’alchimie : abolir la vie à l’intérieur de soi et la transformer en une substance pure, translucide, absente, vide, qui s’appelle littérature. S’il ne l’avait pas fait, s’il ne s’était pas brûlé et sacrifié au pied d’un autel en papier, le dieu de la littérature lui aurait interdit de vivre. “Demain je recommence à écrire. Je veux m’y jeter avec toutes mes forces, je sens que si je n’écris pas, il y a comme une main inflexible qui me chasse de la vie” ». (Citati, 2007, p. 68-69).

17 L’écriture de Kafka semble avoir un caractère différent des formes réussies d’élaboration du deuil : elle est plutôt mise au service de la négation d’une réalité non adaptée à l’imaginaire[4] [4] En termes bioniques, nous sommes dans le langage de substitution,...
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.

18 « Inquiet, incertain, méfiant envers son avocat, Josef K décide de se défendre seul. Si le tribunal ne révèle pas l’accusation, il s’interrogera lui-même, devenant son propre enquêteur, et écrira sa propre autobiographie. Ainsi, désespérément, commence ce travail interminable, ce labeur infini (…) S’il veut se défendre, il doit renoncer à vivre, abandonnant son travail, oubliant ses habitudes et ses pensées, les consolations fuyantes des matins, des soirs et des nuits. Se défendre de la culpabilité devient ainsi un substitut de l’existence : un effort épuisant, mené en écrivant au nom de l’accusation et contre l’accusation. (…) L’autobiographie, cette arme du moi rationnel, ne nous donne aucune garantie d’atteindre la vérité sur nous-mêmes. Cette vérité ne permet que l’autodestruction du moi ou la métamorphose impersonnelle du récit et du roman, où le moi se dissout dans une trame de rapports objectifs ». (Citati, 2007, p. 169-170).

19 De nos jours, les énormes capacités de stockage des systèmes informatiques permettent de conserver une quantité impensable d’informations et de les mettre à la disposition simultanée au niveau global. Et pourtant aujourd’hui, peut-être pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, de telles traces de culture contemporaine sont presque intégralement transférées sur des instruments virtuels d’enregistrement, ou fortement volatiles et éphémères. La lecture est entièrement conditionnée par la possibilité de faire fonctionner un outil arrimé à une métamorphose radicale, avec l’intention explicite d’exclure l’accès à l’information, pour des raisons commerciales, à celui qui ne dispose pas du dernier outil ou du dernier logiciel. Cette écriture labile marque notre époque, où la durée est un problème[5] [5] Bauman, 2005. ...
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, où domine la liquéfaction[6] [6] Bauman, 2005. ...
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. Ordinateurs, bandes magnétiques, disquettes, DVD, CD sont accumulés, sont jetés, moisissent et sont remplacés à une vitesse vertigineuse : l’écrit semble prévaloir sur l’oral, mais ce n’est que dans le présent qu’il semble avoir perdu son sens de legs dans le temps, de signe destiné aux autres : la quantité du simultané a totalement étouffé la qualité du permanent.

20 Comme le dit Lorena Preta (2007, p. 10), à l’intérieur de l’instabilité morphologique substantielle de l’être humain nous devons aujourd’hui, aborder le changement et essayer de le lire avec de nouveaux instruments. Et en même temps considérer comme une donnée la métamorphose incessante de l’homme, afin de ne pas supprimer défensivement les nouvelles formes qui apparaissent sur la scène de l’humanité, sans pour autant les exalter comme le nouveau, stable phénotype avec lequel s’essayer.

21 L’impossibilité d’échapper à ces nouvelles angoisses crée, apparemment, une recherche inconsciente de quelque chose de destructeur, une identification défensive réalisée tantôt dans le registre de l’idéalisation perverse tantôt dans celui de l’immobilisation de l’école argentine.

22 Ce n’est, cependant pas, chose nouvelle : en 1911 Kafka se rend au sanatorium de Erlenbach, près de Zurich, après avoir voyagé durant tout l’été avec son ami Max Brod, à Lugano, Milan, Paris. Il est déjà malade, mais c’est comme si ce sujet était tabou : le diagnostique « officiel » de tuberculose pulmonaire, après une grave hémorragie nocturne, date du 4 septembre 1917. En 1911 [7] [7] Lugano, Parigi, Erlenbach, in : Kafka, 1972. ...
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, les « localités » ne sont que des « étapes de vacances », les références au sanatorium se poursuivent avec une continuité « indifférente », comme si on parlait encore de Paris… Seule une note de Max Brod, elle aussi un peu ambiguë, permet de comprendre :

23 « À partir de ce moment, les notes furent écrites au sanatorium de Erlenbach (Suisse), où Franz se rendit seul, alors que je rentrai chez moi : sa liberté durait un peu plus que la mienne » (Kafka 1972, Nota, p. 1016).

24 Les paroles de Kafka sont évasives, l’écriture doit cacher plutôt que révéler, et ce n’est pas un hasard si l’image « d’entrée » est esquissée par les termes ne pas entendre et ne pas voir qui appartiennent cependant à l’autre, même s’ils respectent très bien la dénégation kafkaïenne de la réalité :

25 « Dans la salle de lecture, seul, avec une dame dure d’oreille à laquelle, pendant qu’elle regardait de l’autre côté, je me suis présenté inutilement ». (Kafka, 1972, p. 59)

26 Kafka semble chercher appui, secoué par la peur du vide, dans un « double » perturbant, « se reflétant dans l’autre » :

27 « Des dangers sont représentés par un orfèvre juif. Il vient de Cracovie, a un peu plus de vingt ans, il a vécu en Amérique pendant deux ans et demi et maintenant vit à Paris depuis deux mois (…) Il a des cheveux longs bouclés qu’il fait passer de temps en temps entre les doigts, une grande splendeur dans les yeux, le nez légèrement arrondi, des creux aux joues, des habits à la mode américaine, la chemise avec des franges, les chaussettes roulées. » (ibid p. 60)

28 Le garçon imite « les Autrichiens » qui portent tous « une cape comme cela », car à son avis, Kafka en aurait une identique.

29 « En montrant les manches, je donne la preuve qu’il ne s’agit pas d’une cape, mais d’un paletot. Cependant, tous les Autrichiens portent une cape. Ils la jettent sur leurs épaules comme cela. S’adressant à une troisième personne, il montre comment ils font. Il fait semblant de fixer quelque chose à l’arrière, au col de sa chemise, plie son corps pour vérifier si cela tient, tire ensuite la chose sur son bras droit puis son gauche et finalement s’enveloppe entièrement jusqu’à ce que l’on voie qu’il a chaud. Les mouvements des jambes indiquent, bien qu’il soit assis, toute la légèreté et même la décontraction des Autrichiens qui portent une telle cape. Et il n’y a presque pas d’ironie, cela est même exposé comme par quelqu’un qui a beaucoup voyagé et donc vu, énormément de choses. Un « je ne sais quoi » d’assez puéril s’y mêle : ma promenade dans le petit jardin obscur devant le sanatorium. » (ibid, p. 60-61)

30 Kafka voit son reflet chez le jeune homme qui à son tour imite Kafka ou plus précisément lui renvoie l’image qu’ [il] est sûr de voir dans une certaine typologie…, un jeu de miroirs, de mise en abîme, où chacun voit ce qu’il veut voir… ce qu’il sait déjà qu’il verra… Où l’on se fond et se con-fond. Mais où l’on n’évite pas de replonger dans l’obscur petit jardin du sanatorium.

31 Chez Kafka, dans sa vie et dans son écriture, la façon d’observer n’est pas disponible à l’accueil, le regard n’est pas perméable, il n’y a pas d’imprévus sinon interprétés comme une mise en forme perceptible de desseins tramés ailleurs : menaces, condamnations, verdicts, exécutions, frappent soudainement.

32 L’écriture n’est pas, du moins pour l’auteur, un instrument de rachat ni de réparation : elle n’est pas trace, pas un parcours possible pour d’autres. C’est, plutôt, une perversion de la façon d’observer, de manière à ne pas voir que Betty Joseph met subtilement au fondement de l’addiction toxicomaniaque le risque de mort.

33 Dans son essai « Near death addiction », Joseph (1982) examine la dépendance chez de nombreux patients « de plus en plus en proie au découragement et impliqués dans des activités qui semblent destinées à les détruire physiquement et mentalement » (p. 330). Pour eux, « le simple fait de mourir, bien qu’attirant, ne serait pas suffisant, il y a un besoin précis d’être conscient de sa propre destruction et d’y assister » (ibidem p. 331).

34 Nous sommes dans le domaine des « organisations pathologiques » (Steiner[8] [8] Steiner, 1987. ...
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), caractérisées par la prédominance d’un soi méchant, élément pervers, recherché avec une sujétion toxicophilique qui permet à l’individu de garder une position qui le protège du chaos persécutoire de la « soi-disant » position schizoparanoïde, mais aussi de la douleur mentale de la position dépressive. Une organisation de ce type est profondément réfractaire à la croissance et au changement et transforme la condition équilibrée de l’esprit en un état d’équilibrisme où prévalent immobilisations, coexistences contradictoires, attaques destructrices des fonctions intellectuelles. Les métaphores, les rêves, quelquefois les idées « déliroïdes », ont souvent pour thèmes la caverne, la prison, la tanière, éléments souvent présents chez Kafka. Il suffit de se référer au récit, « la tanière » écrit en septembre 1923 [9] [9] Kafka, 1980 ...
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, juste quelques mois avant sa mort. Une construction merveilleuse et pourtant imprégnée d’une incessante mise en mouvement défensif inutile, d’angoisses persécutrices absolument inaffrontables, terrorisantes, mais indispensables où le protagoniste semble disparaître par implosion dans un néant central ou d’être « hors-scène », spectateur extérieur, comme le dit Citati :

35 « Le salut ne résidait pas dans une quelconque solution du conflit : il n’y en avait aucune dans la guerre qui prit le nom de Kafka. Le seul espoir était que le champ de lutte devienne celui d’un autre où il pourrait assister à la bataille comme à un spectacle. (..) Son seul soutien était la littérature. Dans l’acte « ondulé » de l’écriture où les impulsions étaient représentées comme des personnages, d’où naissait la forme parfaite, fermée et ambiguë d’une architecture narrative qui lui restait au-dehors, identique à la totalité du livre auquel il assistait, qu’il regardait et peut-être jugeait. » (Citati, 2007, p. 38)

36 Le triomphe est justement dans le fait d’idéaliser ce renversement pervers : « Nous sommes en train de construire le puits de Babel » [10] [10] Kafka, 1972, p.  970, en italique dans le texte. ...
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.

37 Un monde renversé, conscient de sa prétention d’omnipotence, mais caractérisé par un bionnien signe algébrique « moins » qui en renverse le sens et la direction tout en se soumettant à la primauté du « négatif » (Green) et du mortifère :

38 « Je suis en effet comme de pierre, je suis comme mon monument funèbre, et ici il n’y a pas de place pour le doute ou la foi, pour l’amour ou pour la répugnance, pour le courage ou la peur en particulier ou en général, mais il reste seulement un vague espoir qui n’est pas meilleur que les inscriptions sur les pierres sépulcrales (…). Mes doutes sont en cercle autour de chaque mot et je les vois avant la parole, mais que dis-je ? Je ne vois pas du tout la parole, je l’invente ». (15 déc.1910, Journaux, dans Kafka, 1972, p. 140-1)

39 « Lui, (Kafka) désirait quelque chose de plus qu’un ermitage : le sommeil profond de la mort, la paix imperturbable du tombeau où s’éteint tout contact humain. Devenu ainsi, un reclus et un mort, Kafka trouvait finalement la condition nécessaire pour écrire ». (Citati, 2007, p. 71)

40 Le langage est éloigné des caractéristiques pénibles du trajet dépressif indispensable. À l’inverse, de ce que souligne Bleger dans les symbioses pathologiques ici, le langage « n’agit pas sur le plan de sa pleine valeur symbolique, mais à un niveau régressif, comme s’il était un « acting out » en même temps qu’un facteur de provocation dans l’autre. Au lieu d’évoquer chez le récepteur un symbole ou une signification, il suscite directement une mise en acte. Le niveau symbolique n’est pas au premier plan et les mots maintiennent leur sens littéral, concret » (Bleger, 1967, p 99)

41 La douleur mentale s’avère tellement insoutenable qu’on lui préfère un contrôle décisionnel omnipotent : « Reste le fait que j’ai moi-même décidé depuis longtemps de mourir en 1917 ou 1918, mais, bien évidemment, je n’en fais pas une question de principe ».

42 Ce n’est pas Kafka qui affirme cela, mais Freud[11] [11] S. Freud e S. Ferenczi, Lettere, Cortina, Milano, 1993,...
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 dans une lettre adressée à Ferenczi le 10 janvier 1910 ! Lui, en fait « une question de principe ».

43 Néanmoins, en écrivant Mosé de Michelangelo, Considérations actuelles sur la guerre et la mort, Caducité, Deuil et Mélancolie…, Freud transforme le destin, fait de l’abîme, une marge[12] [12] Balsamo, 1998, p.  56. ...
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 de l’écriture, une trace qui s’adresse au prochain (Nebenmensch). Il se confronte ainsi à la mort, sans doute quand il la reconnaît à travers le « non soi semblable à soi » (il suffit de penser au Mosé). La « pensabilité » d’un autre vivant au-delà de nous, évite de nier ou d’investir de façon narcissique le fait de mourir : on peut laisser en vie le Soi et trouver la voie pour la survie dans le temps, d’un quelque chose de transformé lié au Soi, comme les œuvres d’art ou celles de l’esprit.

44 Cela ne se retrouve pas chez Kafka. En se transformant en cafard, il se donne l’illusion d’arriver à maîtriser la mort qui le terrorise. Il l’idéalise, essaie de la déposséder de son pouvoir tout en déclarant que c’est lui-même qui le lui donne.

45 « Ce que j’ai écrit de mieux, trouve son fondement dans ma faculté de mourir content (..) Ma plainte est on ne peut plus parfaite et n’éclate pas à l’improviste comme une véritable plainte, elle se développe en beauté limpide ». (Journaux, 1914, en 1972, p. 511).

46 Réussir, par contre, à penser à la mort comme à un ingrédient de la vie[13] [13] On renvoie pour références à Francesconi e Scotto di...
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, tout en ne la rendant pas nécessairement agréable – nous n’allons pas jusqu’à affirmer comme Beckett (1951, p. 227) que le jour de la mort est « un jour semblable aux autres, seulement plus court » – aide à la symboliser, à pouvoir la gérer par la pensée, en en comprenant sa fonction et son sens. Un fragment de Saffo reste vrai : « Mourir est un mal : les dieux en ont décidé ainsi. Car, si mourir était agréable, les dieux aussi mourraient », mais peut-être, c’est justement parce qu’ils ne meurent pas qu’ils n’écrivent pas, n’en ont-ils pas besoin » ?[14] [14] Saffo, fr. 201, cit. in Svenbro J. , 1988, p.  155. ...
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47 Kafka opte pour l’identification fusionnelle-envieuse avec le divin-négatif :

48 [L’arpenteur K. du Château] « rêve d’embrasser le divin : peut-être de se fondre et de se perdre extatiquement dans le divin sans défenses. (…) Ce Dieu auquel il aspire est une proie à conquérir : peut-être voudrait-il monter au Château, prendre la place des dieux, arracher leurs secrets, devenir l’un des leurs » (Citati, 2007, p. 295).

49 En revanche les hommes, nous rappelle Svenbro (1984), utilisent l’écriture pour témoigner de leur mortalité, de leur humanité, comme le montre l’inscription d’une statue funéraire grecque (un sema) du VIe siècle av. J.-C. retrouvée à Maratona. Le nom même de la jeune fille défunte, Phrasikleia (« celle qui conduit la pensée à la renommée/résonance ») devient un message précis du sens de la permanence dans le temps, de la tentative de vaincre la cruauté d’une mort précoce.

50 Lire, comme c’était l’usage, le nom à voix haute permet que l’on fasse de nouveau résonner, que l’on re-nomme celle qui s’appellera à jamais « jeune fille » comme le montre l’épigramme.

51 Nous sommes donc en présence d’une renaissance du nom, d’une filiation lancée dans un temps à venir, que Svenbro compare aux effets de l’habitude de l’épiclérate, une convention visant à permettre que le nom ne disparaisse pas et continue de résonner à travers les générations.[15] [15] Cette dernière en effet alimentait l’usage selon lequel,...
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52 La tradition « mythique » considère l’écriture comme un don offert à l’humanité par Orphée – figure, symbole du deuil inévitable de ce qui ne peut être ramené en vie[16] [16] Detienne, 1989. ...
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. Orphée qui perd la femme-mère oedipienne, pour continuer à exister, montre une autre façon de savoir se tourner vers le passé, devenant ainsi l’artisan de la survie dans le futur de la parole, de la pensée, transformées par l’écriture. « L’écrit est à l’origine, la voix de l’absent » rappelle Freud (1929, p. 581).

53 Si pour Derrida (1967), on peut dire de l’écriture ce que Feuerbach disait de la philosophie : qu’elle parle « pour ne pas parler, mais pour penser » grâce à ce temps supplémentaire, à cette « différence » que l’écriture possède par le fait de serrer et contraindre davantage la parole, ce n’est pas le cas de Kafka. À part quelques écrits (parmi lesquels La Métamorphose) publiés avec son accord, alors qu’il était en vie, il somme à la fin de ses jours Max Brod de détruire toute son œuvre littéraire.

54 En 1920 [17] [17] Citati, 2007, p.  255. ...
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 il écrit à Milena : « d’où sera venue l’idée que les hommes puissent se mettre en contact par l’intermédiaire des lettres ? (…) Les baisers écrits n’arrivent pas à destination, mais sont bus par des fantômes pendant leur trajet ».

55 Ce n’est pas pour autant qu’il vit mieux le présent, qu’il remplit les vides : « il est faux d’affirmer que j’ai fait l’expérience de la phrase , « je t’aime », j’ai seulement fait l’expérience de l’attente silencieuse qui aurait dû être interrompue par mon , « je t’aime » ; je n’ai fait l’expérience que de cela, de rien d’autre. » (Journaux, 12 février1922, dans Kafka, 1972, p. 623).

56 Nous avançons l’idée, avec Franco Rella lorsqu’il affirme sur un ton peut-être légèrement emphatique, que : « C’est avec Freud que nous sommes au-delà des décombres des grands « noms » et des grandes « paroles » de la raison classique. Nous sommes sur la voie qui mène au-delà du silence, au-delà du deuil et de la tragédie pour la perte et l’effondrement du langage de la rationalité classique, vers un nouveau rapport représentatif avec le monde et la réalité ». (Rella, 1981, p. 13). Et aussi avec Maurizio Balsamo (1998, p. 45) lorsqu’il rappelle, comme l’a remarqué Laplanche, que « le terme de ‘reconnaissance de l’inconscient’, titre du dernier chapitre de l’essai de 1915 en allemand, est die Agnoszierung des Unbewussten. Or, Agnoszierung est un terme très rare, d’origine latine, dont la signification est principalement liée à une forme particulière de reconnaissance, celle d’un cadavre, « la morgue par exemple ». (…) Fonder ainsi la reconnaissance psychique de l’inconscient sur un reste aussi particulier que celui d’un cadavre a certainement une portée singulière, bien au-delà de la question de l’indiciaire à laquelle elle aussi fait allusion. La reconnaissance ainsi effectuée, en termes propres, est la condition d’une possible opération transformatrice, celle qui conduit à une prise en charge symbolique. C’est-à-dire le passage de l’étrangeté (du cadavre) à une acceptation qui doit de nouveau déplacer, avec l’enterrement et le deuil, cette altérité autrement insupportable ».

57 C’est le contraire de ce qui se produit dans le lien symbiotique pathologique décrit par Bleger (1967, p. 97) :

58 « Le lien symbiotique est donc un pacte entre les parties mortes, détruites et dangereuses de ceux qui le stipulent, qui prêtent « un serment » d’aide réciproque pour pouvoir supporter un cadavre qu’ils ont en commun. Mais c’est un pacte qu’ils scellent pour pouvoir continuer à vivre. Le secret de la symbiose est dans ce cadavre vivant qui doit être conservé, contrôlé et immobilisé par ceux qui y sont impliqués ; la perte de contrôle provoque ou, risque de provoquer la destruction ».

59 Ce que Freud accepte et non pas Kafka peut, selon nous, se résumer par la phrase d’une carte postale écrite par Michel de Certeau à Greimas quelques jours avant sa mort[18] [18] Facioni, 2006, p. XI. ...
suite
 :

60 « Nous sommes des passants dans des formes qui restent ».

61 Pouvons-nous aujourd’hui, dire la même chose ? Sommes-nous encore en mesure de nous inquiéter si quelque chose reste ? La mutation collective n’est-elle pas justement dans le glissement de la transformation à la métamorphose ? À cette époque, que les formes restent, ne paraissait pas important. Ainsi, le haut fonctionnaire Klamm du Château « change continuellement comme Protée et son éternelle métamorphose est le signe du caractère insaisissable du divin. » (Citati, 2007, p. 278). Il « semble reposer sur une montagne irrésistible de pages écrites, il ne lit ni documents ni procès-verbaux, « laissez-moi en paix avec vos procès ! » dit-il toujours. (…) De quoi est faite la sagesse de Klamm ? De mémoire ? Pas même. Klamm oublie tout et immédiatement, les femmes aimées aussi bien que les documents. Les dieux vivent dans les ténèbres, sans écriture, sans mémoire, sans paroles, semblables à ce bourdonnement très fort, lointain et infantile qui résonne au microphone. » (ibid, p. 280).

62 Pouvons-nous rejoindre l’idée de Bleger qui est celle de la suprématie de la non-relation, sur la relation ?

63 L’auteur estime qu’à l’intérieur de tout groupe existe un genre de liaison qui paradoxalement est une non-relation, une non-individuation qui fonctionne comme une matrice fondamentale, appelée socialité syncrétique pour la différencier de la socialité caractérisée par l’interaction.

64 Il s’agit d’une partie de l’identité fondée nécessairement sur une certaine immobilisation des états non discriminés de la personnalité ou du groupe, séparés par un fort clivage qui les empêche d’entrer en relation avec les autres. L’immobilisation des aspects syncrétiques permet le fonctionnement des aspects les plus intégrés de la personnalité et du groupe (Bleger, 1970, dans Bleger, 1966-1972, p. 187). Un tel fond de sécurité, constitué par les parties agglutinées qui doivent pouvoir s’appuyer sur un cadre inconscient immobilisé, fonctionne justement quand on ne le remarque pas et garantit le sentiment d’identité, comme un sol l’est pour la marche de l’être. A contrario, des situations critiques se produisent par la rupture subite de cet aspect « naturellement » stable, comme si un gouffre soudain s’ouvrait sous la terre qui mettrait le sous-sol au premier plan, transformant la socialité connue en une autre, « très particulière caractérisée par une non-relation et par une indifférenciation, où aucun individu ne se distingue d’un autre, est discriminé par rapport à un autre. Et où il n’y a pas de discrimination établie entre le Moi et le non-Moi, entre le corps et l’espace, entre Moi et l’autre. » (cité, p. 189).

65 Dans le cas d’un groupe, les membres peuvent :

66 « Se trouver devant une socialité qui les destitue de leur « être des personnes » et les transforme en un unique milieu homogène, syncrétique, d’où personne n’émerge du fond comme figure (comme personne), mais où chacun s’y trouve plongé, ce qui implique une dissolution de l’identité structurée des niveaux les plus intégrés du Moi, du Soi ou de la personnalité. La peur naît face à cette organisation et non seulement de la désorganisation. » (Bleger, 1970, p. 193)

67 Paradoxalement, c’est justement la peur d’une condition syncrético-agglutinée[19] [19] On renvoie aux textes « Hurler avec les loups » de...
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 qui la promeut faisant ainsi perdre de vue, ce que rappelait Bion pour les groupes (en hypothèse de base), par rapport au groupe de travail, le but réaliste du travail et ce qui s’ensuit.

68 Une « Loi générale des organisations, selon laquelle dans toutes les organisations, les objectifs explicites pour lesquels elles ont été créées courent toujours le risque de passer au second plan, alors que la perpétuation de l’organisation en tant que telle acquiert une importance fondamentale (…). C’est ainsi que n’importe quelle organisation tend à avoir la même structure que le problème qu’elle doit affronter et pour lequel elle a été créée » (ibidem, p. 195-196).

69 Peut-être Kafka affronte-t-il la peur de la mort en tendant d’avoir la même structure que le problème, se transformant dans le mort, dans le plat et rachitique machin-là (le cafard) dont on ne doit plus s’inquiéter puisque la diligente femme de chambre l’a déjà balayé.

70 Pouvons-nous dire que c’est ce qui arrive à notre mémoire historique, qui a l’illusion d’immobiliser la dissolution au moment précis où elle agit inconsciemment pour la mettre en acte ?

71 Sommes-nous revenus à l’idée, que l’astuce protéïforme de Metis l’emporte sur la rationalité de Zeus ?

72 Vernant écrivait (1999) que, dans la cosmogonie grecque, Terre et Ciel (Gaia et Ouranos) constituent deux plans superposés de l’univers, un sol et une voûte, un dessus et un dessous qui se couvrent réciproquement, dans une union physique et sexuelle ininterrompue qui donne son origine à une nombreuse progéniture, les Titans. Lesquels ne peuvent pas sortir du flanc maternel, car le manque d’espace ne leur permet ni de voir le jour ni de conduire une existence autonome.

73 C’est l’un des Titans, Cronos, qui se rebellera contre son père Uranus. Il le castrera au moyen d’une serpette fabriquée par sa mère, provoquant la dilatation spatiale de l’Univers :

74 « Uranus lance avec force un cri de douleur et, s’éloignant de Gaia s’arrête, pour ne plus bouger là-haut en haut au-dessus du monde, (…) dès ce moment-là, tout ce que produira la terre, tout ce qui sera engendré par les êtres vivants, aura une place pour respirer et pour vivre. » (Ibid).

75 Comme l’indique le nom Cronos, la genèse de l’espace coïncide avec celle du temps, il faut souligner, cependant, la modalité négative avec laquelle cela se produit. En effet, à l’instant où Uranus leur attribue un nom, il lance une malédiction à ses enfants : « Vous vous appellerez Titans parce que vous avez levé les bras trop en haut ! (titaino) » ; avec les gouttes de son sang, il engendre une progéniture agressive et chargée de haine : les Érinyes, les Géants et les Méliades.

76 Cependant, la blessure même de la castration donne lieu à la naissance d’Aphrodite, issue de la semence d’Uranus unie à l’écume de la mer, et, par cela, elle permet au nouvel Eros d’apparaître : inventeur des stratégies amoureuses, des conquêtes incertaines, du mélange de sentiments opposés, de séduction, de passion, d’accords, de luttes, de jalousie.

77 On passe[20] [20] Francesconi, 2001 ; Munari, 2008 ...
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 ici des formes que la psychanalyse appelle prégénitales à celles, dites génitales de configurations archaïques d’accouplement, de génération et d’agressivité à des aspects plus évolués et articulés. Si le nom des Titans naît, en effet, dans la haine comme pour rappeler la sortie pénible du corps maternel, la progéniture successive, celle de Cronos et Rea, pourra voir le jour mais, à cause de la malédiction d’Uranus, elle sera immédiatement dévorée par le père. Le pas successif sera celui de Zeus. Il évitera la destruction orale grâce à la substitution du nouveau-né par une pierre, effectuée par la mère. C’est aussi en utilisant l’astuce (Metis), que le fils et la mère feront boire à Cronos une potion émétique qui l’obligera à vomir tous les enfants qu’il avait avalés et qui renaissent, ainsi, par une sorte d’accouchement masculin.

78 Mais Metis, la déesse de l’astuce et des métamorphoses infinies, est aussi le nom de la première femme de Zeus qui tombe enceinte et accouchera d’Athéna. Astucieuse certes, mais femme. Les flatteries de Zeus, qui la stimule sur ses capacités à se métamorphoser, obtiennent leur effet. C’est ainsi que, lorsqu’elle devient une goutte d’eau, Zeus peut l’avaler facilement avec le produit de l’accouplement. Ce sera donc Zeus, et non pas Metis dissoute et absorbée, qui accouchera d’Athéna.

79 Dans ce passage progressif des aspects « incorporatifs » concrets à ceux qui sont plus typiques de l’ordre symbolique on assiste à une atténuation graduelle de la destruction irrémédiable en faveur de la possibilité de porter remède, de récupérer quelque chose de non détruit, de faire re-vivre.

80 Du corps maternel originel, dangereux qui inclut et retient tout, on passe à une fantaisie d’insémination orale masculine aussi bien chez Cronos que chez Zeus. Il semble cependant que c’est seulement dans ce dernier cas que s’exprime un processus d’assimilation et d’identification aux caractéristiques de l’autre et non pas la mise en place d’une simple enveloppe dans laquelle les objets introduits restent accumulés et inchangés.

81 Zeus se soustrait à la compulsion de destruction parce qu’il fait sienne, assimile la fonction générative elle-même. Ce faisant, il transcende les précédentes modalités incestueuses et montre que les capacités transformatives parviennent à l’emporter sur les capacités métamorphiques et magiques de Metis.

82 À l’inverse, il semblerait de nos jours que les crises liées aux capacités de confrontation au deuil, à la perte, à la précarité soient en train d’arriver à un renversement de ce parcours, jusque-là considéré comme un progrès. Les modalités astucieuses et métamorphiques seraient à nouveau préférables au véritable travail de transformation barrant, ainsi, la route aux capacités d’introjection et d’apprentissage.

83 Un travail de recherche mené par quatre étudiantes qui préparaient leur mémoire de maîtrise en Psychologie dynamique[21] [21] Stefania Barresi, Patrizia Novellino, Silvia Pedrini, Elisa...
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 dans lequel étaient comparés des dessins et des histoires d’enfants (garçons et filles de trois à cinq ans dans les années 1984/1985 et 2006/2007-[22] [22] Les consignes suivantes ont été présentées à chaque...
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mettait en évidence, parmi d’autres observations, une chute impressionnante de la capacité de répondre à la tâche, aussi bien chez les enfants de trois ans que chez ceux de cinq ans[23] [23] 3 ans : en 1984 60%, en 2007 20%, 5 ans : en 1984 87%...
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. On a relevé, tout au long des années, non seulement une réduction de la capacité de verbalisation mais encore des portraits beaucoup moins détaillés et, quelquefois même, défigurés. Il émergeait une sorte de pauvreté diffuse de langage, d’imagination, de symbolisation, d’interaction, de mémoire. Ce n’était pas la quantité, mais la qualité des dessins qui faisait défaut : moins de couleurs, moins de détails, moins d’imagination. Dans les interviews destinées à recueillir les histoires inventées par les petits, on remarquait une diminution de la capacité d’interagir, d’inventer, d’exprimer les émotions, de verbaliser un souvenir plus lointain que celui de la veille.

84 Par exemple Marie, âgée de cinq ans, à la question : « joues-tu seule ou avec quelqu’un ? », répond : – « toute seule, parce que mon père ne veut pas jouer avec moi à Barbie ».

85 – « Ah, toute seule, et que fais-tu ? »

86 – « Je balade Barbie dans le camion dans la maison puis je l’arrête et elle se transforme en maison ».

87 Pourquoi, devant une frustration[24] [24] Nous ne voulons pas nous référer au choix du « père »...
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, Barbie se transforme-t-elle en maison au lieu d’en trouver une, ou d’en chercher une et encore moins de penser pouvoir en chercher / en trouver une ?

88 Je pense que deux des essais de Ogden (2005) peuvent faciliter la réponse et la réflexion. Dans le premier, les origines (freudiennes) de la théorie des relations objectales, l’auteur explore à fond et de façon innovante, le célèbre écrit freudien Deuil et Mélancolie qui met l’accent sur la qualité de l’identification du Moi à l’objet abandonné (Freud, 1915, p. 108) et à la non moins célèbre formule, l’ombre de l’objet :

89 « La métaphore de l’ombre affirme que l’expérience du mélancolique au cours de l’identification à l’objet abandonné a une qualité subtile, bidimensionnelle, opposée à un ton émotif vif et robuste. L’expérience douloureuse de la perte est entravée par l’identification du mélancolique à l’objet, niant ainsi la séparation d’avec l’objet : l’objet c’est moi et moi je suis l’objet, il n’y a pas de perte ; un objet externe (l’objet abandonné) est de façon omnipotente remplacé par un objet interne. (…) On pourrait affirmer que la relation objectale interne est créée afin d’éviter le sentiment douloureux de la perte de l’objet. L’évitement est atteint grâce à « un pacte avec le diable » inconscient : en échange de l’évitement de la douleur pour la perte de l’objet, le mélancolique est condamné à faire l’expérience du sentiment d’être sans vie, qui est la conséquence de la séparation de vastes portions de la réalité extérieure. » (Ogden, 2005, p. 43)

90 Ogden affirme, en reélaborant le texte freudien, que l’identification du mélancolique est narcissique dans une certaine mesure depuis toujours. Car le mélancolique n’a toujours été capable de s’engager que dans des formes narcissiques de relation objectale (p. 47) : aussi, s’il perd l’objet, il perd la partie de Soi identifiée à l’objet. Il perd tout. Il ne lui reste qu’une re-création omnipotente de quelque chose qui aurait davantage le caractère de la restauration maniaque que de la réparation.

91 « L’individu remplace ce qui aurait pu être une relation tridimensionnelle avec l’objet externe mortel et quelquefois frustrant, par une relation bidimensionnelle (comme une ombre) avec un objet interne qui existe dans un domaine psychologique en-dehors du temps (et qui par conséquent est protégé de la réalité de la mort). Agissant ainsi, le mélancolique évite la douleur de la perte et, par extension, d’autres formes de douleur psychologique, mais au prix énorme de la perte d’une bonne partie de sa vitalité (émotive). » (ibid, p. 47)

92 Freud lui-même, n’a-t-il pas montré une certaine inclination pour ce registre quand il a essayé, peut être avec trop de décision, de corriger sa réaction euphorique au moment de l’explosion de la première guerre mondiale en se rassurant lui-même, ainsi que le couple, l’ami silencieux et poète déjà célèbre malgré son jeune âge – Lou Andréas-Salomé et Rainer Maria Rilke, d’après Rella (1981) – ? Voici ce qu’il dit dans Caducité :

93 « Lorsque le deuil sera surmonté, on découvrira que notre haute considération pour les bienfaits de la civilisation n’a pas souffert de l’expérience de leur fragilité. Nous recommencerons à reconstruire tout ce que la guerre a détruit, sur un fondement plus solide et durable qu’avant » (Freud, 1915, p. 176)

94 Freud réussit cependant à éviter le risque de tomber dans la reconstruction paranoïaque du monde qu’il avait estimé être, en 1910 (p. 396), pathologique (bien que partiellement saine) chez Schreber :

95 « Le paranoïaque reconstruit le monde en vérité non pas splendide, mais au moins tel qu’il puisse de nouveau y vivre. Il le reconstruit, par le travail de son délire. La formation délirante que nous considérons être le produit de la maladie constitue en fait la tentative de guérison, la reconstruction ».

96 Freud, probablement, y arrive grâce à la complexe et douleureuse élaboration dont témoignent tous ses écrits de ces années-là. Justement du travail de transformation, de l’expérience de vie et de travail, effectué par le biais de l’écriture.

97 C’est ce que Ogden décrit dans son deuxième essai, Sur l’écriture psychanalytique. Il invite à formuler la « fiction » analytique en passant continuellement de l’expérience vivante aux personnages. Voici ce qu’il dit :

98 « La personne réelle et les personnages courent sans cesse le risque de s’envoler dans des directions différentes. Lorsque cela arrive, toute la vie découle de l’histoire ; les personnages ne sont plus vraisemblables ; ce qu’ils disent sonne faux ».

99 Ogden soutient qu’il y a des personnes qui écrivent ce qu’ils pensent, d’autres qui pensent ce qu’ils écrivent. Selon lui, Freud appartiendrait à cette seconde catégorie.

100 Quant à nous, il nous semble que, Ike, un jeune homme qui vit à Cascina Rossago, première Communauté Agricole Résidentielle pour personnes atteintes d’autisme, réalisée dans l’Oltrepó pavesan[25] [25] On renvoie au recueil édité par Stefano Mistura Autisme,...
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, appartient à la même catégorie.

101 Nous savons qu’une sorte de défi à l’évidence (Mistura, 2006 XL) pour atteindre l’humanité cachée des personnes autistes (ibid, XLI) est nécessaire du moment qu’« il n’est pas facile de s’introduire là où tout donne à croire que nous ne sommes ni nécessaires ni désirés » (Ibid). Toutefois, si l’on crée l’espace mental avant le physique afin que ces sujets puissent se dire, plutôt que dans une forteresse vide (Bettelheim, 1967), nous pouvons entrer et explorer une faiblesse pleine (Barale, Ucelli, 2006), en contact avec une vie qui est, sans doute, autre. Mais, vie qui, même dans le cadre d’une pathologie aussi grave que celle de l’autisme (le poème de Ike le prouve), manifeste le désir d’écrire et la possibilité de penser- comme Freud- ce que l’on écrit, grâce à un alphabet introspectif précieux.

102 « Je dis stop à des règles et à des lois inutiles pour moi et d’autres personnes /Je lève mes cris aigus vers le ciel/ils grincent, mais ma voix, je veux qu’on l’entende/Vous devez écouter mes cris/ Donnez leur juste signification/ Je suis bien clair et du ton on comprend la signification/mon humeur/ S’il est aigu et pareil à un sifflet je suis serein et heureux/S’il ressemble au cri de la chouette et par moments muet je suis agité/si semblable aux pleurs je ne supporte pas/Comment vous ne comprenez pas mes gestes/Si je me cache derrière les coins pour mieux écouter/ voix agaçantes/ Si je me mets tendrement des coussins sur la tête/ je protège mes émotions/Si je donne beaucoup de cinq (mauvaises notes ?)/C’est pour mieux partager ? Si je vais sous les couvertures je me sens protégé/Bien, je vous parle et supportez mes gestes bizarres comme moi/je fais avec vous/quand vous étouffez sous trop de mots/ quand vous faites semblant que je ne suis pas là et parlez de moi/J’entends même si je ne parle pas ». (Ike)

103 Ce que Kafka dit par ses paroles et par sa vie, aussi précieux et génial soit-il, nous semble, à contrario, concerner une troisième possibilité. Ne parvenant pas à trouver une maison psychologique, il se trouve dans la nécessité d’arrêter sa vie émotive, de bloquer la main inflexible qui le chasse de la vie et de la transformer en une maison-tanière-tombe – un peu ce que Marie fait avec Barbie – par une métamorphose. Il écrit ce qu’il ne peut pas penser.

104 Peut-être la permanence dans le temps nous intéresse-t-elle tout de même encore. Si nous pensons à l’exigence de Randy Pausch, condamné par une maladie mortelle à ne pas voir grandir ses enfants, de leur faire parvenir, à eux -et à tous- un testament spirituel plein d’expériences vives et de souvenirs au moyen de son Dernier cours (2008). En ajoutant que l’histoire personnelle de ce « lion blessé », qui a gagné à la loterie de ses parents, qui choisit la devise « je n’essaie pas de faire semblant de rien », n’a pas le caractère typique de beaucoup de ses contemporains. Il a eu une mère « sévère » et un père qui « enseignait la loyauté ». Une famille où « l’on ne dépensait pas beaucoup, mais où on réfléchissait sur tout » et où « pendant le dîner il pouvait arriver que l’on éprouve le besoin d’un dictionnaire ». On pourrait dire, que c’est peut-être l’absence de ces facteurs existentiels qui rend difficile à un grand nombre de personnes de trouver, comme Randy Pausch, un viatique pour se catapulter dans un futur qu’il ne vivrait pas.

105 Pourtant Kafka aussi, malgré tout[26] [26] Malgré certaines affirmations comme celle, récente, de...
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, est encore ici avec nous pour nous faire penser, nous émouvoir, pour nous montrer qu’il y a aussi eu un Kafka[27] [27] Cf. Citati, 2007, p.  345 et 352. ...
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 capable d’empêcher que l’on se moque d’un enfant maladroit qui trébuche et tombe, de dire au bon moment : tu es bien tombé et tu t’es relevé de façon merveilleuse ! Il est capable d’expliquer à une petite fille en larmes au parc de Stegliz (Berlin) qui avait perdu sa poupée, que celle-ci était en voyage et venait de lui écrire une lettre. Il est à même de lui envoyer, pendant trois semaines, des lettres imaginaires de la poupée, de les lui lire régulièrement jusqu’au moment où il la marie et que sereinement elle salue la petite fille désormais consolée : « tu comprendras bien qu’à l’avenir nous devons renoncer à nous voir… »

106 Nous sommes à la fin de 1923. Kafka mourra sept mois après, en 1924, la même année où Freud écrit la Selbstadarstellung, son autobiographie.

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Notes

[ 1] Nous faisons ici référence à la tuberculose de Kafka. Il semble curieux qu’une relation n’ait jamais été établie entre l’expérience subjective de la découverte d’une infection alors incurable et la condamnation (sans possibilité de faire appel) qui devient le fil conducteur de la gigantesque œuvre littéraire que Kafka commence à rédiger. Cette relation est à notre avis transparente dans le texte comme dans les premiers commentaires. E. Neumann a écrit en 1933 (même si le texte ne sera publié que par la suite) que dans le tribunal qui ne connaît pas l’absolution « le procès se déroule substantiellement en secret même pour le condamné : celui-ci ignore donc ce qui va arriver à lui et à l’intérieur de lui. Et pourtant c’est lui qui, indirectement, dirige le procès. » (Neumann, 1974, p. 53), et ensuite : « derrière un visage (…) resté quasiment identique continue l’inexorable érosion interne, où se développe le danger d’une timide mais fatale révélation , d’une explosion. Kafka entrevoit ce danger lorsqu’il affirme que le tribunal veut « endormir le condamné pour le laisser sans défense et l’attaquer en traître avec la décision du juge » (ibidem, p. 59).Retour

[ 2] Peut-être une nouvelle forme de la pulsion de mort, de mémoire ancienne mais pas totalement dépassée (Francesconi et Zighetti, 2004 ; Francesconi, 2004)Retour

[ 3] Bion, 1965, p. 18. Rappelons que la mutation catastrophique est pour Bion certes éprouvante, mais aussi utile et nécessaire afin d’accueillir les nouveautés, alors que la catastrophe est un élément destructeur.Retour

[ 4] En termes bioniques, nous sommes dans le langage de substitution, en lieu et place de celui de l’effectivité (Bion, 1970, p. 169). L’effectivité correspond à l’accès et à la maîtrise de capacité, alors que la substitution prévoit un « faire à la place de » extérieur qui n’enseigne pas la fonction, mais propose des solutions « magico-omnipotentes » aux problèmes.Retour

[ 5] Bauman, 2005.Retour

[ 6] Bauman, 2005.Retour

[ 7] Lugano, Parigi, Erlenbach, in : Kafka, 1972.Retour

[ 8] Steiner, 1987.Retour

[ 9] Kafka, 1980Retour

[ 10] Kafka, 1972, p. 970, en italique dans le texte.Retour

[ 11] S. Freud e S. Ferenczi, Lettere, Cortina, Milano, 1993, p. 129-130. Cit. in : Balsamo, 1998, p. 58.Retour

[ 12] Balsamo, 1998, p. 56.Retour

[ 13] On renvoie pour références à Francesconi e Scotto di Fasano, 2001.Retour

[ 14] Saffo, fr. 201, cit. in Svenbro J., 1988, p. 155.Retour

[ 15] Cette dernière en effet alimentait l’usage selon lequel, un chef de famille s’il n’avait pas de fils considérait comme sien et non comme petit-fils, celui d’une de ses filles ou d’un proche parent explicitement autorisé par le rituel à accomplir cette « transgression ».Retour

[ 16] Detienne, 1989.Retour

[ 17] Citati, 2007, p. 255.Retour

[ 18] Facioni, 2006, p. XI.Retour

[ 19] On renvoie aux textes « Hurler avec les loups » de Gaburri et Ambrosiano (2003) et « L’Ambiguïté » de Argentieri (2008) pour des développements du discours.Retour

[ 20] Francesconi, 2001 ; Munari, 2008Retour

[ 21] Stefania Barresi, Patrizia Novellino, Silvia Pedrini, Elisa PezziRetour

[ 22] Les consignes suivantes ont été présentées à chaque sujet : exécuter un dessin au choix, son propre portrait, l’intérieur de son corps, décrire un souvenir, effectuer un jeu en « racontant une histoire » impliquant des objets – stimulus (un poupon nouveau-né, un ours en peluche, une Barbie, un Ken, un Big Jim) et raconter une situation de jeu effectuée dans un milieu extrascolaire.Retour

[ 23] 3 ans : en 1984 60%, en 2007 20%, 5 ans : en 1984 87% , en 2007 37%.Retour

[ 24] Nous ne voulons pas nous référer au choix du « père » comme élément de référence, car manquent ici les éléments contextuels pour y réfléchir.Retour

[ 25] On renvoie au recueil édité par Stefano Mistura Autisme, L’humanité cachée et, en particulier, au chapitre écrit par Francesca Barale et Stefania Ucelli, La faiblesse pleine. Le trouble autiste de l’enfance à l’âge adulte, qui considère aussi l’expérience de Cascina Rossago (pp. 172 suiv.) On remercie la mère d’Ike de nous avoir autorisé l’utilisation de la poésie de son fils pour notre recherche.Retour

[ 26] Malgré certaines affirmations comme celle, récente, de l’éditorialiste David Brooks parue sur le New York Times et reportée par le Corriere della sera du 20-8 08 : « moins de Kafka plus de iPhone »Retour

[ 27] Cf. Citati, 2007, p. 345 et 352.Retour

Résumé

À travers l’étude des écrits de Kafka et de Freud, le texte analyse comment on peut affronter de différentes façons, la fragilité du corporel. La découverte d’une grave maladie, en même temps que la révélation de conflits oedipiens irrésolus ont conduit Kafka à exprimer une nette dérive vers la culpabilité et la mort dans ses œuvres. Chez l’auteur de la Métamorphose, domine l’idée d’une mutation immédiate, totale et sans liens avec le passé.
Pour lui, l’écriture n’est pas un instrument, ni de réparation ni de rachat, elle n’est pas une trace pour les autres. Le langage n’a pas une fonction communicative, il opère comme une action directe (Bleger).
Il affronte la maladie en écrivant ce qu’il s’interdit de penser, il est alors l’insecte horrible et disparaît. Tandis que Freud maîtrise les angoisses liées à la Première Guerre Mondiale et ceci, à travers l’élaboration douloureuse des écrits de ces années-là. Dans la mythologie, Zeus est capable de transformations de la pensée, par contre Metis, l’astuce, domine la Métamorphose. Metis succombe face à l’utilisation intelligente de la pensée initiée par Zeus. Mais, peut-on penser, encore aujourd’hui, que la lutte entre les deux mène au même résultat.

Mots-clés

Transformations, Métamorphose, Pensabilité, Écriture



Transformations and Metamorphoses. Writing and ‘Thinkability’ between Kafka and Freud

This article explores works by Kafka and Freud to shed light on different forms of bodily fragility. The discovery of a serious physical illness simultaneously with the revelation of unresolved Oedipal conflicts led Kafka to express a strong sense of guilt and a fascination with death in his works. In The Metamorphosis, he expresses the idea of immediate and total transformation, with no link to the past. For Kafka, writing is not a tool for repairing or buying back the past, nor is it a trace left for others to follow. Language is devoid of is communicational purpose but acts directly. (Bleger). He faced illness by allowing himself to put down in writing what he forbade himself to think, becomes the horrible insect and disappears. Freud, for his part, contained his fears engendered by the Great War through his painful times spent writing during those years. In mythology, Zeus is gifted with a great capacity for transformation through thought, while Metis, synonymous with cunning, dominates The Metamorphosis. Ultimately Metis succumbs to Zeus’s intelligent use of thought. Perhaps we might even consider today that the struggle between these two positions inevitably produces a similar result.

Key-words

Transformations, Metamorphosis, Thinkability, Writing


POUR CITER CET ARTICLE

Marco Francesconi et Daniela Scotto di Fasano « Transformations et métamorphoses », Topique 3/2009 (n° 108), p. 113-133.
URL :
www.cairn.info/revue-topique-2009-3-page-113.htm.
DOI : 10.3917/top.108.0113.